Ce premier long métrage de Grégory Lucilly nous transporte à la Réunion avec pour toile de fond de hautes montagnes, une végétation luxuriante, des eaux transparentes ….Mais arrêtons là la carte postale exotique car Marmaille, qui en créole réunionnais signifie enfant, nous plonge dans la misère sociale et les difficultés économiques d’une famille ‘ordinaire’ au parcours malheureusement trop souvent vu : mère élevant seule ses deux ‘marmailles’ , Thomas, 15/16 ans, et Audrey, 17/18 ans, remarquablement interprétés par des jeunes gens repérés soit par casting sauvage (c’est le cas de Maxime Calicharane, ou par vrai casting, pour Brillana Domitile Clain), un père que Thomas et Audrey n’ont pas vu depuis tellement longtemps qu’ils sont étrangers l’un à l’autre, d’autant plus que ce père s’est installé avec une nouvelle compagne dont il a une enfant et subvient aux besoins de la famille qui compte un autre adolescent, fils de la nouvelle compagne.
Thomas et Audrey se retrouvent donc à la rue car leur mère, toujours hors champ et dont on ne découvrira le visage que dans la toute dernière partie du film, les met dehors avec fracas et sans autre forme de procès dans une scène d’ouverture rapide où les injonctions fusent et les portes claquent : elle n’en peut plus ni des errements de son fils, vraie tête brûlée, ni de sa fille, jeune mère célibataire, ces deux-là ont sans doute usé sa patience maternelle, si tant est qu’elle en eût vraiment… Il ne leur reste plus que le placement en famille d’accueil, chacun séparé, sauf que, grâce à leur supplique auprès de l’assistante sociale, cette dernière parvient à convaincre leur père de les prendre sous son toit. Le décor est ainsi vite planté, et le ton donné.
Les retrouvailles avec le père sont plutôt fraîches, et on le comprend aisément, la parole ne se fait pas facilement, les rancœurs font surface, le ton monte souvent, difficile de rétablir ou plutôt d’établir des liens qui n’ont jamais eu le temps d’exister.
Thomas porte en lui une rage inextinguible que seul le breakdance parvient à canaliser : c’est son exutoire, ce qui lui permet d’extérioriser sa hargne, mais c’est aussi ce qui lui permet de rêver et d’envisager un avenir meilleur puisqu’il veut gagner un concours de breakdance.
L’odyssée de Thomas et Audrey nous montre ces deux jeunes, trop tôt brisés, essayant de se reconstruire : Audrey, solide face à l’adversité déploie une volonté de fer en se trouvant un travail, un logement et se bat contre l’incapacité de son jeune compagnon à s’assumer en père responsable ; Thomas lui passe par la case maison pour jeune délinquant, doit apprendre à se plier à des règles, et parvient à gagner la confiance de son éducateur référent malgré quelques ‘pétages de plombs’ …
Ce premier film est un vrai bonheur malgré le sujet grave qui y est traité, à savoir l’abandon d’enfants et les répercussions qui s’en suivent. Vivre en se sachant non désiré, et de surcroît abandonné, en étant privé d’amour maternel et paternel, voilà ce que Grégory Lucilly nous montre, sans misérabilisme mais avec une force, une énergie, un rythme de tous les instants. Ces deux jeunes qui essaient de se reconstruire sont sans cesse en mouvement. Il n’y a pas de temps mort dans ce film, mais une dynamique qui est le fruit de la volonté et de la détermination de ces deux-là. Et c’est ce qui est bouleversant dans ce premier film d’une force incroyable, à la fois violent et délicat, où les personnages peuvent évoluer entre froideur et distance, bienveillance et compréhension. Grégory Lucilly refuse la facilité du pathos, mais il filme les moments douloureux avec une sobriété efficace, ces moments d’appel au secours (Thomas envoyant des SMS suppliants à sa mère mais qui restent sans réponse ; Audrey appelant son père au secours lorsque son amoureux violent veut la frapper), les regards échangés, les bras qui étreignent suffisent à faire sens. Tout sonne juste dans ce film: les jeunes interprètes jouent sans surjouer, ils sont eux-mêmes, c’est du moins ce que l’on ressent, ils ont la grâce naturelle de leur jeunesse, ils nous touchent, nous émeuvent, nous font sourire aussi ; ils sont pleins d’énergie et de vie, de force et de détermination ; ils ne veulent pas subir ou se faire écraser, ils luttent pour avoir leur place dans ce monde difficile, et, dans le dernier plan du film, leur sourire est un rayon d’espoir.
Avec Marmaille, nous avons été parmi les premiers spectateurs du premier long métrage de ce jeune réalisateur, en même temps ceux du premier film long métrage réunionnais. Un film qui a eu quelques difficultés à trouver ses producteurs entre ceux qui n’acceptaient pas que le film soit tourné à la Réunion et ceux qui le refusaient en créole. Et puis il y a eu Pierre Forette, Thierry Wong, Baptiste Deville… qui eux ont dit oui. Et au total avec un budget de 3,4 millions d’euros, un réalisateur peut travailler… et il le fera avec une équipe de tournage à 90% locale.
C’est l’histoire de deux jeunes, Audrey 18 ans mère célibataire et Thomas 15 ans B.Boy, (breakdance) fichus vertement à la porte de chez leur mère et qui doivent affronter l’adversité affective et matérielle qui en résulte.
Le casting est pour beaucoup dans la qualité du film, il est vrai que la Directrice de casting était Christel Baras, elle a un C.V impressionnant : Portrait de la jeune fille en feu, Emilia Perez, Ama Gloria, Chanson douce etc… C’est ainsi qu’elle a choisi d’abord Maxime Calicharane pour interpréter Thomas ce B.Boy en souffrance. Qu’en dit-elle ?
« J’ai commencé à faire du casting sauvage dans la rue, dans les associations de quartier et les battles de danse. J’ai trouvé Maxime Calicharane en le filmant discrètement quand il était sur scène pour une battle. Ce qui m’a marqué dans ces images, ce ne sont pas les moments où il était en train de danser mais ceux où il était en attente face à son adversaire. Il avait en lui cette énergie folle de l’impatience qui correspondait à la rage du personnage de Thomas. »
La soeur de Thomas c’est Audrey, le réalisateur en dit ceci : « Nous avons trouvé Brillana Domitile Clain par hasard. C’est sa professeure de français qui avait entendu parler du casting et lui a conseillé de le passer. Brillana est venue sans trop y croire trois heures avant que Christel ne reprenne la route pour l’aéroport. Quand Christel m’a envoyé ses essais, j’ai vu quelqu’un possédant une intelligence de jeu rare et en mesure d’emporter un texte complètement ailleurs. C’était elle et personne d’autre ».
Coquet Gregory Lucilly dans son propos ! La professeur de Français ? j’ai lu dans le journal.re, (journal réunionnais) ce professeur n’était autre que la mère de Maxime ! Et là encore bon choix, Audrey est une jeune fille dynamique : « je suis basketteuse (une championne si j’ai bien compris) depuis l’âge de 13 ans » dit-elle, ça collait très bien.
Le réalisateur a obtenu une monteuse talentueuse Jennifer Augé (La Famille Bélier, Petit Paysan…). Elle a su capter le dynamisme du récit de Grégory pour l’adapter au montage et protéger l’histoire.
Au total, voici une histoire qui nous raconte bien des choses sur la Réunion. Nous en voyons ses beaux paysages, nous approchons la situation sociale et économique du plus grand nombre, et en fouillant un peu, nous découvrons que l’abandon de certains enfants adolescents sur cette île dont un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté existe bel et bien, que les violences conjugales sont elles aussi courantes, c’est hélas le deuxième département sur ce sujet. Et encore, qu’une femme sur cinq élève seule ses enfants.
Mais l’abandon est également un sujet qui dépasse largement la Réunion. Il faut voir ce film commeun miroir de la société réunionnaise, abordant des thématiques universelles.
Marmaille nous montre ces jeunes se battre et se débattre face à cette adversité, avec volonté et, on le serait à moins, avec parfois colère et violence. Le scénario comme la vie même est complexe et les récits s’entremêlent, Audrey est une jeune mère célibataire, aimante, solide, accrocheuse et stable, elle est le centre de gravité de cette famille d’infortune.
Nous verrons également réapparaître le père (le géniteur en fait !) « chic type » (Vincent Vermignon) qui par la force des choses essaie d’être à la hauteur après avoir, pendant bien des années , abandonné sa femme pour une autre et tout de même acquitté une pension alimentaire pour Audrey et Thomas qu’il ne connaissait pas. Et cet homme après sa défaillance, patiemment essaie de retisser le lien.
Quant à Thomas, c’est un garçon en proie a une souffrance et à une violence intérieure qu’il ne contient pas toujours, me rappelant discrètement Steve dans Mommy de Xavier Dolan. Violence le plus souvent sublimée, (mais le plus souvent seulement), il danse, c’est un B.boy, un danseur de Breakdance, et donc il va de battle en battle avec une « gnaque » incroyable. Mon petit fils m’en a expliqué les figures et leurs noms, c’est un monde très codé : Top Rock, Spin Down, Six Step, Freeze , traks, frog ! (1). La breakdance est un exutoire, une joute symbolique, donc un combat, hautement sublimé comme le sont par exemple les joutes musicales. (Le Docteur Freud remarquait que tout se substitue à la violence réelle, constitue un progrès dans la civilisation).
J’ai lu les observations suivantes que je vous livre pour tenter de les nuancer :
« Il est regrettable d’ailleurs que cette dernière pâtisse d’une conception « genrée » de la parentalité. Le scénario la catalogue comme défaillante et agressive. Elle est celle qui mérite « deux baffes », dixit Marie-Anna, la tante d’Audrey et de Thomas, parce qu’elle laisse ses enfants livrés à eux-mêmes.
« une « bonne mère » est celle qui est présente inconditionnellement alors qu’un « bon père » peut choisir ses moments et même disparaitre pendant des années… «
il me semble qu’ici cette conception « genrée » de la critique trouve ses propres limites en ne coïncidant pas toujours avec toutes formes de réalités. Ce que nous dit Marmaille est documenté par le réalisateur. Il a enquêté scrupuleusement auprès d’assistantes sociales, de juges, de policiers, d’éducateurs qui en ont souligné la fréquence. Quant au cas qu’il nous présente, il n’est pas que fiction.
On pourra trouver des défauts à ce film, comme on en trouve dans tous ces premiers longs métrages où le réalisateur veut trop en dire, cependant, on en voit surtout les qualités : son sujet est rare, il dégage une réelle énergie, les rôles sont tenus avec délicatesse et profondeur, et le réalisateur sait finir son film, ce qui n’est pas si fréquent lors d’un premier film. Et puis la Réunion tout de même ! et avec de beaux cadrages sur une bande musicale dans le style mayola d’Audrey Ismaël.
Georges
(1) le magazine Milan : En musique, un break est une partie d’un morceau pendant laquelle tous les instruments s’arrêtent de jouer, sauf les percussions. C’est sur ces « break » que les gens dansent, pour évacuer leur colère et surmonter leurs conditions de vie difficiles. Ils se défient dans des « battles » et s’affrontent, à tour de rôle, à coups de mouvements spectaculaires. Ils tournent au sol sur une main, font courir leurs jambes autour de leur tête, se relèvent d’un bond puis se figent dans une pause stylée.
A vous tous, Cramés ou pas encore, pour revoir trois acteurs épatants, je vous propose cette année un condensé de Garde à vue de Claude Miller qui se déroule la nuit de la St Sylvestre justement dans un commissariat, sans flonflons ni cotillons …
Et, en prime, le Kiss of death du Parrain 2 de Francis Ford Coppola avec tout le toutim celui-là, champagne, cotillons, musique, embrassades
Fario, nostalgie de la truite Fario est le nom d’une truite sauvage, qui vit en particulier dans les Montagnes Jurassiennes. C’est dans cette région, et plus précisément dans la vallée de la Loue, pays d’origine de Lucie Prost, que se déroule son premier film, qui emprunte justement le nom de cette truite sauvage. Il y a une forme de nostalgie, au sens propre, qui s’exprime dans cette première réalisation. Le personnage principal, Léo, ingénieur agronome, s’est exilé à Berlin, ville symbole d’une civilisation meurtrie puis renaissante, scène, entre autres, du magnifique “Himmel auf Berlin” (Les Ailes du Désir), de Wim Wenders. Comme dans le film de Wim Wenders, le héros de Fario ne profite pas à plein des nombreux plaisirs de la ville. L’amour (terrestre) se refuse à lui pour d’autres raisons que l’ange de Wim Wenders, sans doute liées aux paradis artificiels, pour filer la métaphore cinématographique. Même s’il est entouré de groupies charmantes et pleines d’attention, Léo exprime un certain mal être, comme il le dira à sa petite soeur, qui l’interroge sur ce qu’il fait de son séjour à Berlin: je travaille, l’argent rentre mais il sort aussi très rapidement à la faveur des distractions de la ville.
Le film de Lucie Prost met en image, de manière générale, un mal-être générationnel : la ville est le symbole de ce mal être pascalien : la jeunesse se divertit parce que la civilisation se meurt dans ses contradictions. Travailler pour consommer, consommer pour oublier l’impasse écologique.
Dès lors, au début du film, le retour à la terre natale, un milieu essentiellement rural et forestier, déploie une métaphore dramatique. Un retour au source est-il encore possible? Ce retour au source est d’abord le noyau familial, mais on apprend que la cellule familiale elle-même a été atteinte, comme l’est également le site rural, mis en danger par forage minier. Si Léo est parti, c’est peut-être parce qu’il lui fallait faire le deuil de son père, loin du pays. Faire le deuil, c’est aussi l’expression de l’employé de mairie pour convaincre Léo de vendre les terrains familiaux. Faire le deuil et repartir de zéro. C’est un peu également le message de la mère, consciente du malaise de Léo à son retour au Pays: ton père ne t’aurait pas reproché de vendre ta part des terres. Elle-même est repartie dans une nouvelle aventure, différente, avec un compagnon qui est sans doute l’inverse du père de Léo: expressif là où le père était taiseux. C’est ce que fait remarquer Léo, quand il s’étonne du choix de sa mère de faire du théâtre, sous l’influence de son nouveau compagnon. Au moment de lui parler de sa nouvelle vie, en aparté lors d’un voyage en voiture, la mère de Léo se surprend elle-même à être capable de verbaliser ses sentiments. Il y a beaucoup de non-dits dans cette histoire familiale.
La pièce de Théâtre que joue la mère est tout un symbole de ce non-dit qui parvient à refaire surface : le Songe d’une Nuit d’été, de Shakespeare, pièce “écologique” avant la lettre, fait partie des pièces, comme la Tempête, où le dramaturge met en scène la nature comme le reflet des sentiments profonds qui torturent les âmes des hommes.
Comme dans une pièce de Shakespeare, ainsi, la nature dans la Vallée du Loue s’adresse directement au personnage principal. Les truites alertent Léo, jusqu’à l’agresser quand il plonge dans la rivière, du danger de l’exploitation minière, et de sa pollution masquée. Mais ce dialogue avec la nature n’est pas seulement une communion physique. C’est une communion spirituelle avec le père, grand connaisseur et amoureux des truites, sans doute avec ce même caractère sauvage et pudique que leur prête l’un des personnages du film. D’ailleurs, le père a demandé que ses cendres soient dispersées à la source de la rivière, là où Léo plongera de dépit, vers la fin du film, sans pouvoir comprendre d’où vient le malaise des truites, pour être sauvé in extremis par une mystérieuse main providentielle.
Cette sorte de renaissance, ou ce nouveau baptême, symbolise la dimension épiphanique du film, dans son dénouement. Cette épiphanie rappelle l’histoire biblique, elle est en quelque sorte la renaissance d’une communauté, autour de Léo, en proie aux doutes et aux interrogations de la nouvelle génération face aux défis de l’avenir. Les liens s’étaient brisés, jadis, parce que Camille lui a préféré Augustin, son cousin, alors qu’Augustin fera plus tard son “coming out”, parce que le père de Léo lui-même à choisi Augustin plutôt que Léo, comme confesseur de ses tourments intimes, au moment où Augustin a fait son “coming out”, parce que la mère était absente, encore, au moment de découvrir le corps du père, laissant Léo seule face à cette découverte macabre. Tout le monde a choisi Augustin, finira par dire Léo, de dépit amoureux, quand finalement, au lieu de vendre ses terres, il finit par démasquer les effets néfastes du forage minier, grâce à l’aide de Camille. Augustin, en effet, est celui qui ressoude la communauté, par ses imitations burlesques de l’autruche, mais aussi et surtout parce que c’est lui qui a décidé de préserver l’héritage rural de la famille, contre l’expropriation minière, en construisant laborieusement son projet d’un élevage de qualité. Léo voulait vendre, toucher la “caillasse” et repartir s’échapper à Berlin. Finalement, il se range dans le camp de son cousin, apaisé en lui-même, parce qu’il a finalement réussi à partager ses angoisses avec ses proches, et comprendre que chacun a connu le même chemin que lui face à l’adversité et les défis du monde futur, au lieu de s’évader pour mieux les oublier. Dans cet apaisement, il retrouve l’amour de Camille, qui l’a aidé dans sa quête de comprendre l’origine des mutations de la truite, et a finalement persévéré avec succès quand Léo était prêt à abandonner pour repartir à Berlin.
Le film de Lucie Prost, ainsi, associe dans une même trame un drame écologique, une histoire familiale et un mal-être générationnel, autour d’une truite “mutante”, dénaturée par les rejets toxiques d’une mine industrielle. Comme dans une pièce Shakespearienne, ces différents fils de trame se complètent, s’illustrent et s’enrichissent mutuellement de façon très poétique et harmonieuse pour celui qui sait se laisser séduire par la beauté symbolique des paysages et partager les angoisses d’une génération inquiète mais résiliente. Au début et à la fin du film, la musique joue un rôle important, car elle traduit un rite de passage, comme dans le film de Wim Wenders. De la ville à la campagne, au début du film, du tourment à la paix intérieure, à la fin du film, symboles du voyage d’une génération abandonnée à son sort, à la fois complice et victime d’une économie du smartphone et de la voiture électrique. Une économie qui court à sa perte…
Lucie Prost joue le rôle de médiatrice de cette génération et sa truite mutante chante une autre harmonie que celle de Schubert, mais avec toujours la même conviction: la prise de conscience viendra sûrement de l’Art, là où la science, la technologie ou bien la politique ont pour l’instant échoué…
Pourquoi le nom de la Rose? (Interprétation libre du film “Le Nom de la Rose” de Jean-Jacques Annaud).
La formule latine, à la clôture du film, donne le sens de ce mystère: la rose, symbole de la beauté éphémère (carpe diem disait Ronsard, cueille la rose pendant qu’elle est encore belle et jeune, profite de la vie tant que tu peux) ne peut devenir immortelle que grâce à l’art. C’est à travers son nom, c’est-à-dire en devenant un symbole, que la rose accède à la beauté éternelle.
Mais la rose, carpe diem, est aussi le symbole de de la jouissance immédiate, épicurienne, le symbole de de la sensualité. Sans cette sensualité, sans les émotions, l’art peut-il vraiment s’exprimer? Baudelaire, dans Correspondances, inspiré par Platon, tente de réconcilier art et sensualité: les odeurs, les couleurs et les sons se répondent. Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.
Le film de Jean-Jacques Annaud nous raconte ce passionnant débat, mais il le met en image, en narration. La question de l’art, et de son origine, se métamorphose en une triple intrigue, policière, religieuse, amoureuse. C’est la réussite fondamentale de ce film que de rendre concret, vivant, populaire, captivant, un débat qui nous touche en profondeur sans que nous en soyons parfaitement conscients.
Sans art, en effet, notre vie n’a pas de sens. C’est aussi ce que nous dit le film. C’est l’art qui nous fait vivre, c’est au moment de se souvenir du goût de la madeleine que nous profitons réellement de la vie, car la vie ne prend son véritable sens que par l’art. C’est ce que nous dit Proust à la recherche du temps perdu, c’est ce que nous dit Jean-Jacques Annaud à la recherche du livre perdu. Ce livre perdu, que convoite guillaume de Baskerville, c’est une partie de la Poétique d’Aristote, qui est précisément une ébauche de Théorie de l’art. Ce qu’on appelle aujourd’hui une “Poétique”.
La religion, la première, a compris que l’Art seul peut donner un sens à la vie. Toute religion, en effet, défend sa propre vision de l’Art. L’Art est le moyen d’accéder au divin. Dès lors, on a le droit, ou non, d’imiter le divin. Aristote, le premier, explique la vocation “cathartique” et sociale de l’Art: purifier les passions, les empêcher de perturber la paix sociale en sacrifiant sur l’autel de la scène les héros qui se laissent emporter par leurs passions. L’Art a partie liée avec le Tragique, le sacrifice de la victime (du bouc émissaire) qui ramène la paix sociale. Le sacrifice de la sorcière ou de l’hérétique doit résoudre les crimes mystérieux au sein de l’Abbaye.
Or, cette vision “cathartique” de l’Art, étroitement liée à sa fonction religieuse, est le propre de la tragédie grecque, reprise par les règles de la Tragédie classique du temps de Louis XIV. Tout le monde a oublié qu’Aristote n’a pas parlé que de la Tragédie, il a parlé aussi de la Comédie. A côté d’Eschylle ou Euripide, il y a Aristophane. Mais la religion catholique, comme le pouvoir royal en France, ont volontairement laissé dans l’oubli ce livre de la Poétique d’Aristote où il est question de la Comédie. On dit d’ailleurs que derrière Molière se cache Corneille, car ce dernier, tragédien par excellence, ne pouvait pas apparaître comme un auteur de Comédie.
Or, là où la tragédie met en scène des héros nobles et exceptionnels, des rôles “modèles” pour la société, la comédie met en scène des rôles mineurs, des gens du peuple. La Comédie détourne les codes sociaux pour mieux les révéler. Dans la Comédie, c’est le valet qui est le héros, et non pas le maître. Le rire, comme le bouffon du Roi, est le contrepoids d’un Art asservi au pouvoir. Un tel art, en effet, n’a pas d’avenir. Le propre de l’Art, dit Aristote, est d’imiter la nature. Mais cette imitation est un détournement. Le singe imite, l’homme parodie. Le rire est le propre de l’homme. L’essence de la langue est une par-odie. La pensée, dit Aristote, naît de l’imagination, elle s’enracine dans les sens, elle joue avec les symboles.
Le Nom de La Rose, ainsi, est la revanche de l’Art populaire sur l’Art dogmatique, la revanche du roman policier (ou du roman paien, le Roman de la Rose) sur la Tragédie classique comme art “officiel”. Umberto Eco a amorcé ce mouvement en vulgarisant son érudition de médiéviste pour en faire un roman policier. Jean-Jacques Annaux détourne une deuxième fois cette érudition pour en faire un film aux couleurs et aux formes baroques, contorsionnées, comme tous ses personnages quasi caricaturaux, à commencer par Guillaume de Baskerville lui-même, James Bond reconverti en Philosophe. Le Nom de la Rose est un film quasi baroque, par la sensualité et le grotesque qu’il introduit dans la parabole religieuse et philosophique.
Aussi, la scène d’amour très crue et très charnelle du film, au milieu de l’intrigue, est, paradoxalement, au centre de la narration. Le Nom de la Rose, de prime abord, est un film majoritairement masculin. Combien en effet de personnages féminins? Deux, en réalité, aux deux extrémités du spectre de la féminité: la paysanne et la vierge marie. La femme charnelle d’un côté, la vierge immaculée de l’autre. Or, paradoxalement, ces deux personnages féminins que tout oppose se rejoignent en réalité dans une solidarité remarquable: elles ont toutes les deux autant de sensualité, qu’elles soient de chair ou de pierre, et c’est la prière du moine que semble exaucer la vierge Marie au moment d’éteindre le bûcher de la sorcière par une pluie providentielle. Cette solidarité féminine, réunion des contraires, rend plus insignifiante encore la cohorte des personnages mâles tous plus ou moins prisonniers de leurs contradictions, de leurs complexités et de leur lâcheté.
Guillaume de Baskerville se soucie peu, en définitive, du sort de la jeune paysanne. Ce qui l’intéresse, c’est de prouver qu’il a raison, par orgueil. C’est de conquérir son graal, la découverte du livre perdu. Pour l’inquisiteur, la femme est la sorcière, car elle est dominée par ses sens, elle menace l’ordre religieux en soumettant les moines à la tentation. Les moines, eux, ont perdu le sens de leur vocation: ils prélèvent leur impôt sur une population pauvre, s’enrichissent à leur détriment, et rejettent les restes de leur repas en contrebas de l’abbaye, à destination des pauvres gens, par une porte dérobée, comme un trop plein de vomi. Les moines qui meurent, eux, ont goûté au fruit défendu: chacun d’eux porte les stigmates d’une déchéance, d’une perversion. Quant au personnage principal, le moine amoureux, d’abord attiré par la beauté de la jeune fille, il s’effraie de voir la jeune paysanne partager les mœurs bien peu civilisées de son milieu. L’amour est aussi une affaire de caste.
L’Abbaye est tout un symbole: à force de se retirer du monde, les moines se sont détournés du monde réel, pour s’isoler dans des débats ou des plaisirs stériles. Son architecture est un symbole: en bas, le peuple, au cœur de l’édifice, son point culminant, forteresse dans la forteresse: la bibliothèque. Mais cette bibliothèque, comme le dit son cerbère implacable, n’est pas le symbole de la diffusion du savoir: il est le symbole d’une capitalisation de ce savoir, d’une thésaurisation qui a pour seul objectif le maintien au pouvoir d’une caste de privilégiés. Le Nom de la Rose ne serait-il pas un film bien plus actuel qu’il n’y paraît?
Le débat religieux que l’Abbaye doit héberger n’est pas anodin: le Christ possédait-il sa tunique? En apparence, le débat peut paraître futile. En réalité, il est au cœur du film et de l’intrigue. La religion a compris que l’ordre social a besoin de symboles, que tout pouvoir a besoin de symboles pour se maintenir au pouvoir. Les Médicis l’ont bien compris, eux aussi, qui ont su perpétuer un règne à la fois artistique, politique et religieux. Et à leur suite, la cour royale de France, modèle du “soft power” culturel.
Or, au cœur de cette hégémonie culturelle, il y a les artisans, et, plus généralement, l’industrie comme arme de pouvoir. Aristote l’a bien compris qui place l’art, l’industrie, sur le chemin qui mène à la science. Contrairement à Platon, pour Aristote tout savoir doit s’enraciner dans les sensations. L’homme est “homo faber”, celui qui s’approprie le réel par sa fabrique. Pour Aristote, les rapports de productions sont d’abord symboliques avant que d’être matériels. L’économie est, de prime abord, économie des savoirs, ce que l’économie d’aujourd’hui, soucieuse de compter avant tout, ne sait justement pas bien comment prendre en compte.
La scène de la bibliothèque, dans le film de Jean-Jacques Annaud, évoque ce dilemme. Le travelling étourdissant dans ce labyrinthe des livres, métaphore du mythe du Minotaure, nous révèle que le savoir ne se laisse pas facilement apprivoiser s’il n’est pas organisé ou capitalisé correctement, ce qui est en théorie le rôle de la science. La scène évoque les tableaux tourmentés de Escher, pour lequel, justement, la bibliothèque est un thème de prédilection. En cumulant, dans un même tableau, plusieurs perspectives simultanées, Escher désoriente le spectateur, ou bien l’invite à relativiser son expérience artistique. Umberto Ecco, dans son ouvrage l’Oeuvre Ouverte, explique cette “mise en perspective”, qui est aussi une mise en abîme. L’œuvre d’art est ouverte” car elle est la somme de toutes les perspectives qu’on peut apporter sur elle, et plus une œuvre est réussie, plus elle est ouverte, plus elle offre de multiples perspectives sur son interprétation. Dans l’œuvre d’art, l’auteur et le spectateur sont tous les deux actifs, tous les deux participent au sens à donner à l’œuvre.
La leçon du Nom de la Rose, en dernier lieu, est qu’il n’y a pas d’art élitiste. Chacun, à sa façon, contribue à faire de l’œuvre d’art ce qu’elle est, autant par le regard qu’il porte sur elle que par le geste qui lui donne forme. Il est vital que chacun le comprenne, car autant l’art appartient à la vie, autant la vie n’est finalement qu’un art, peut-être la forme ultime de l’art. L’intelligence humaine ne peut se développer qu’en partageant des savoirs, mais elle ne peut exister qu’en partageant des émotions.
Guillaume de Baskerville commence son enquête par un cours de mécanique des solides, fidèle à la Physique d’Aristote: tout corps suit le principe de gravité. Mais il l’achève sur un cours de Métaphysique: le mouvement ne peut pas s’expliquer à l’infini par une suite d’impulsions: il faut un premier moteur. En définitive, ce qui anime le monde des hommes, ce n’est pas la mécanique des corps mais celle des émotions. Le premier moteur, chez Aristote, ne meut pas par contact. Il meut… par émotion.
Hier, nous étions à l’enterrement de Melaine, 43 ans, morte tragiquement sur la route dans un accident de voiture, nous ne savons rien des circonstances si ce n’est ceci : quelqu’un aurait grillé un stop avant de percuter son véhicule.
Melaine était la plus jeune d’entre-nous à la commission de choix de films des Cramés de la Bobine, on la distinguait aussi par son port de corps bien droit, droit comme son regard également un peu rieur et ouvert. Elle était jolie. Elle s’exprimait avec une grande franchise et toujours avec bienveillance, c’est un exercice difficile, mais pas pour elle. Quant à ses jugements sur les films, ils étaient souvent originaux, elle y débusquait des sens inattendus, insolites qu’elle exprimait avec une touche d’humour et toujours avec élégance . D’ailleurs, sa personne était élégante. Et puis au cinéma comme dans la vie, elle savait s’émerveiller, être naïve et profonde à la fois.
Melaine , un moment a travaillé à la caisse de l’Alticiné, c’était sympathique de la voir là, de plus, ça ne la décourageait nullement de venir voir un bon film au cinéma parmi les cramés de la bobine, durant ses temps de repos.
Mélaine aimait également les animaux, on ne sait pas ce qu’est devenu ce merle éclopé qu’elle avait recueilli, à qui elle avait laissé le plus grand espace possible, chez elle, pour qu’il puisse voleter, et vivre en toute sécurité. Et son merle continuait de chanter. Elle avait également un chat. Un univers où il n’y aurait pas eu d’animaux à aider et à aimer n’aurait jamais pu être le sien, il n’aurait tout simplement eu aucun sens. Elle aimait les animaux comme elle aimait les gens, aimer c’était facile pour elle.
Avec Melaine, nous avons vécu de bons moments, je me souviens d’un joyeux et chaleureux jour de l’an chez Henri ; de sorties de prévisionnements et je repense à cette histoire qui la décrit bien : Un jour qu’à Châteauroux, nous avions prévu de casser la croûte ensemble. Faisant nos courses dans un super marché, Melaine avait choisi une bouteille de vin, qu’elle voulait nous offrir. Il y avait une longue file d’attente et pas de caisse rapide…sauf ces fameuses caisses robotisées vers laquelle une employée voulu la diriger. Tout bonnement, elle est allée reposer la bouteille en lui disant : « Je ne vais pas la prendre, ce ne sont pas les robots qui vont payer nos retraites ! »
Nous pensions d’elle, si disponible, qu’elle avait un petit cercle de connaissances, en fait elle avait un grand réseau d’amis sincères à qui elle se consacrait de la même manière, et qui l’aimaient. Il nous a fallu attendre son enterrement pour le mesurer. Nul ne sait si la vie lui fut tendre, toujours est-il qu’elle était présente aux autres, généreuse. Le mesurions nous ? Sans doute, on aurait aimé en être davantage conscients.
Sélectionner des films pour nous aux Cramés de la Bobine consiste le plus souvent à visionner des films avant qu’ils ne soient programmés à l’Alticiné. Or, chaque année, l’Association des Cinémas du Centre organise, outre des journées de prévisionnement, quatre jours de rencontres cinématographiques. Y voisinent des Directeurs de Salles, des représentants d’associations ou de collectivités locales, et autres personnes concernées par les projections de films dans leurs villes. Cette année du 21 au 24 Novembre c’était à Bourges. Nous y avons vu des films de belle facture, les voici accompagnés de nos avis :
La Pie Voleuse de Robert Guédiguian, 1H38 France
Maria n’est plus toute jeune et aide des personnes plus âgées qu’elle. Tirant le diable par la queue, elle ne se résout pas à sa précaire condition et, par-ci par-là, vole quelques euros à tous ces braves gens dont elle s’occupe avec une dévotion extrême… et qui, pour cela, l’adorent… Pourtant une plainte pour abus de faiblesse conduira Maria en garde à vue…
Notre Avis : Avec l’équipe habituelle, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Melan, le film dure peu, 1H38 et franchement, un film au contenu un peu répétitif sur une » voleuse « et des volés sentimentaux. Ce n’est pas le meilleur Guediguian mais vous irez le voir si vous aimez cette célèbre équipe.
Jouer avec le Feu de Delphine et Muriel Coulin 1H58 France
Pierre élève seul ses deux fils. Louis, le cadet, réussit ses études et avance facilement dans la vie. Fus, l’aîné, part à la dérive. Fasciné par la violence et les rapports de force, il se rapproche de groupes d’extrême-droite, à l’opposé des valeurs de son père. Pierre assiste impuissant à l’emprise de ces fréquentations sur son fils. Peu à peu, l’amour cède place à l’incompréhension…
Notre avis : Avec Vincent Lindon, Benjamin Voisin… Le film dure 1H58, c’est bien joué, mais un peu attendu et peu convaincant . Là encore on y va pour les acteurs.
My sunshine de Hiroshi Okuyama 1H30 Japon
Sur l’île d’Hokkaido, l’hiver est la saison du hockey pour les garçons. Takuya, lui, est davantage subjugué par Sakura, tout juste arrivée de Tokyo, qui répète des enchaînements de patinage artistique. Il tente maladroitement de l’imiter si bien que le coach de Sakura, touché par ses efforts, décide de les entrainer en duo en vue d’une compétition prochaine… À mesure que l’hiver avance, une harmonie s’installe entre eux malgré leurs différences. Mais les premières neiges fondent et le printemps arrive, inéluctable.
Un film qui induit des réminiscences de Billy Eliot pour la danse, (ici, c’est sur patin à glace) à Million Dollar Baby (pour l’entraineur). Mais ces réminiscences ne sont pas le film qui nous montre un jeune un peu maladroit en sport mais que fascine une jeune patineuse… Et qui s’initie avec une détermination peu commune. Et rien que les efforts de ce jeune mérite le film. Qu’est-ce qui le détermine ainsi, quelles sont les sources de sa motivation, elles sont très diverses et c’est un autre charme du film.
Mémoire d’un escargot, d’Adam Eliot, un film d’animation ! 1H34 Australie
A la mort de son père, la vie heureuse et marginale de Grace Pudel, collectionneuse d’escargots et passionnée de lecture, vole en éclats. Arrachée à son frère jumeau Gilbert, elle atterrit dans une famille d’accueil à l’autre bout de l’Australie. Suspendue aux lettres de son frère, ignorée par ses tuteurs et harcelée par ses camarades de classe, Grace s’enfonce dans le désespoir. Jusqu’à la rencontre salvatrice avec Pinky, une octogénaire excentrique qui va lui apprendre à aimer la vie et à sortir de sa coquille…
Notre avis : Tellement beau ! Ouvrez bien les yeux !
Le Pays de nos Frères de Raha Alirfazi et Alireza Ghasemi 1H35 Iran
Iran années 2000 : dans l’ombre de l’invasion américaine, une famille élargie de réfugiés afghans tente de reconstruire sa vie dans « le pays des frères ». Une odyssée sur trois décennies où Mohammad, un jeune étudiant prometteur, Leila, une femme isolée et Qasem qui porte le poids du sacrifice pour sa famille, luttent pour survivre à ce nouveau quotidien incertain.
Note avis : Très beau film, soutenu par Ciclic, qui raconte l’Iran comme tous les réalisateurs le font, avec force et finesse à la fois. C’est fou ce que cette dictature est impuissante à détruire l’intelligence de son peuple et de ses créateurs. A voir !
Maman Déchire d’Emilie Brisavoine, documentaire 1H20 France :
Emilie fait un film pour tenter de saisir le plus grand mystère de l’univers : sa mère, Meaud. Enfant brisée, mère punk, grand-mère géniale, féministe spontanée, elle fascine autant qu’elle rend dingue. Une odyssée intime, un voyage dans le labyrinthe de la psyché.
Notre avis : Avec la présence de cette jeune réalisatrice dont c’est le deuxième documentaire. Film très personnel, un exposé de conflictualités plutôt intimes qui déborde un peu le cadre du cinéma.
Mon Gâteau Préféré de Maryam Moghadem et Behtsah Sanaeeha- 1H37 Iran
Mahin a 70 ans et vit seule. Un jour, elle décide de rompre avec sa routine et de réveiller sa vie amoureuse. Une rencontre inattendue se transforme alors en une soirée inoubliable.
Notre avis : Deux interprètes : Lily Farhadpour et Esmail Mehrabi, sont formidables. Et si la toile de fond du film est toujours l’Iran d’aujourd’hui, (d’ailleurs c’est un quasi huis- clos) c’est tellement original. A voir !
A Bicyclette de Mathias Mlekuz avec Philippe Rebot 1H29 France
De l’Atlantique à la mer Noire, Mathias embarque son meilleur ami Philippe dans un road trip à bicyclette. Ensemble ils vont refaire le voyage que Youri, son fils, avait entrepris avant de disparaitre tragiquement. Une épopée qu’ils traverseront avec tendresse, humour et émotion.
Notre avis : Deux personnages très attachants et sensibles « même si le motif du périple est grave et émouvant,il y a quand même de nombreuses scènes très drôles, ce qui en fait un film dont on ne sort pas déprimé « .
Mon inséparable d’Anne Sophie Bailly 1H34-France
Mona vit avec son fils trentenaire, Joël, qui est « en retard ». Il travaille dans un établissement spécialisé, un ESAT, et aime passionnément sa collègue Océane, elle aussi en situation de handicap. Alors que Mona ignore tout de cette relation, elle apprend qu’Océane est enceinte. La relation fusionnelle entre mère et fils vacille.
Notre avis : Avec Laure Calamy , film sympathique sur le sujet du handicap.. Qu’on peut voir à la rigueur.
Bird de Andréa Arnold 1H58 France-Grande-Bretagne-USA-Allemagne
À 12 ans, Bailey vit avec son frère Hunter et son père Bug, qui les élève seul dans un squat au nord du Kent. Bug n’a pas beaucoup de temps à leur consacrer et Bailey, qui approche de la puberté, cherche de l’attention et de l’aventure ailleurs.
Notre avis :Un portrait intelligent d’une jeune fille qui avance dans la réalité crue de personnages déjantés … et qui peut se révéler magique.Un film à voir absolument.
Black Dog film Chinois de Guan Hu 1H50 Chine
Lang revient dans sa ville natale aux portes du désert de Gobi. Alors qu’il travaille pour la patrouille locale chargée de débarrasser la ville des chiens errants, il se lie d’amitié avec l’un d’entre eux. Une rencontre qui va marquer un nouveau départ pour ces deux âmes solitaires.
Notre avis : « Black dog » qui nous a beaucoup impressionnée dire que le personnage sort de prison et qu’il ne trouve comme humanité accueillante que celle d’un chien qui comme lui est rejeté. Ça c’est du cinéma!
Tout Ira Bien de Ray Yeung 1H33 (Hong-Kong)
Angie et Pat vivent le parfait amour à Hong Kong depuis plus de 30 ans. Jamais l’une sans l’autre, leur duo est un pilier pour leurs parents et leurs amis.Au brusque décès de Pat, la place de Angie dans la famille se retrouve fortement remise en question…
Notre avis : Beau film, le scénario est simple et prenant à la fois, (Lin-Lin Lie dans Angie le personnage principal joue un rôle dramatique sur mesure, ce film vaut également pour son final…
Sarah Bernhardt, La Divine de Guillaume Nicloux,
Notre avis : Avec dans le rôle principal Sandrine Kiberlain : c’est un film biopic bien fait, bien joué, un rôle dont S.K est capable , conçu pour attirer un large public, particulièrement ceux nombreux qui aiment les biopics…
Ce beau et rare film saoudien de Tawfik Alzaidi nous présente un court moment de vie. Une histoire qui se détricote au fil du film et dans lequel les deux personnages principaux Norah 16 ans et Nader le nouvel instituteur n’étaient pas destinés à se croiser sauf peut être si la vie de Norah n’était pas devenue ce qu’elle est au début du récit.
Dès son arrivée, Nader se différencie des autres hommes du village. Il porte des lunettes de soleil ce qui ravit et enthousiasme les enfants du village. Il est également, avec l’épicier, le seul habillé à l’occidental mais le commerçant explique qu’il est né en Inde ce qui le positionne comme autre, dès le début du film. L’épicier est celui qui entre et qui sort du village régulièrement pour aller à la ville chercher les victuailles, tel un cordon ombilical entre l’autre monde, celui de la ville, et le village. Notre héroïne, Norah nous apparait également différente. Elle a vécu d’autre choses (elle le pressent même si ses souvenirs sont lointains) et elle entend bien prendre sa vie en main. Elle est solide Norah, impatiente, drôle, pétillante. A l’inverse de sa tante accablée, triste et fatiguée chez qui elle vit avec son frère et sa cousine. Sa cousine est effacée et soumise, elle est son opposée. Celle qui ne s’oppose pas. Le petit frère, lui, est celui qui va, sans le vouloir, apporter le « trouble « chez Norah et dans son entourage. On ne voit pas d’homme dans la maison mais ils sont omniprésents car ils définissent les règles, relayées par la femme et la fille de la maison. Comment s’opposer à une vie toute tracée pour Norah ?… L’achat, avec la complicité monnayée de l’épicier de magazines. Notre jeune fille s’évade dans la lecture, rêve beaucoup devant les photos des mannequins, leur chevelure, leur maquillage. Elle lit et relit tout ce qui la nourrit.: la mode, les conseils de beauté, la photo d’un musée. Elle crée d’ailleurs son petit musée , bien caché, dans le couvercle de sa malle cantine. Il est touchant d’y voir des portraits, des dessins et … un peigne. Ce peigne, objet banal et pourtant émouvant quand on constate que les cheveux sont obligatoirement masqués dans le village de Norah. C’est seulement dans l’intimité de la maison qu’ils se découvrent. On voit pendre chez Norah une petite mèche plus courte, un peu coquine et indisciplinée qu’elle a du couper elle-même, certainement pour ressembler à la belle femme en photo qui la fait rêver. Comme un petit pied de nez au village qui la retient prisonnière. Car, prisonnière, elle l’est bien. On a décidé pour elle (les hommes du village, sa tante) qu’elle devait se marier. Norah renâcle, recule la date, ne ploient pas devant l’inévitable. » Tu n’es pas facile » lui dit sa tante. » N’as-tu pas compris que ce sont eux qui prennent les décisions ». Pas encore ! jette Norah. Derrière ces deux petits mots pas, se projette ce qu’elle ne pourra pas empêcher, elle le sait. En attendant, elle rêve. C’est son unique porte de sortie. Puis, de temps en temps, elle passe la main sur la flamme comme un besoin, l’explication viendra plus tard pour nous. Autre particularité chez la jeune femme. Elle sait lire, dans un pays ou l’accès à l’éducation leur est interdit … on comprend pourquoi, en découvrant son histoire au fil de l’histoire. Ainsi, lorsque à l’école commence l’apprentissage de la lecture, elle aide son petit frère. Elle veut qu’il soit bon. L’enseignant leur annonce, non un devoir sur table mais un quizz. Une sorte de jeu dans lequel celui qui fera un sans-faute sera récompensé d’un cadeau. C’est ce cadeau gagné par le garçon, un portrait de lui au crayon par son instituteur, qui va réveiller chez Norah une idée, un espoir, une ouverture. Qui dit portrait, dit musée pour Norah… elle veut son portrait pour figurer dans un musée. Mais pas n’importe quel portrait, elle veut de la couleur. Il est vrai que les couleurs sont rares dans son quotidien. Le village est monochrome, les intérieurs sombres. Les couleurs, c’est l’ailleurs, une autre vie qu’elle imagine en tournant et tournant les papiers glacés des magazines. Il faut donc trouver comment procéder, convaincre l’enseignant plutôt facilement (on apprendra plus tard qu’il était venu pour cela), par l’entremise de l’épicier complaisant. Notre peintre caché derrière une étagère joue le voyeur et Norah exhibe ses yeux, son beau regard devant le crayon. Et soudain, se réveille une créativité endormie, l’artiste renait, on devine qu’un évènement douloureux l’a mis à l’arrêt. Norah prend la pose. Elle est drôle notre héroïne dans son immobilité, sa curiosité, ses affirmations, son culot. Un lien se tisse dans ces échanges, une rencontre a lieu, les deux regards se croisent. Ainsi survient sous nos yeux de spectateurs, le plaisir retrouvé pour le peintre et l’idée possible d’un avenir pour Norah. Mais les hommes sont là, tout autour. Les scènes du conseil de village nous montrent combien certains sont figés dans leurs traditions, nous comprenons en les écoutant qu’ils savent les changements à venir, comme l’électricité par exemple. Ils la rejettent mais sont bien conscient qu’ils n’arrêteront pas l’inévitable marche du progrès. En attendant, ils restent accrochés à leurs coutumes. Norah qui a appris l’existence d’un grand père mis à distance par la famille, veut partir, le rencontrer. Malheureusement, l’évasion échouera et sa vie se fera au village. Contrairement à son portrait qui lui, vivra dans la lumière. Une petite part d’elle vivra sa vie, s’exposera telles les photos de magazine, telle que l’a rêvé Norah. Il n’y a rien de pire que les rêves dit Norah à la fin du film … Il est des films ou l’on aimerait passer dans l’écran et consoler, aider, encourager le personnage qui nous émeut. Lui dire que tout va s’arranger …. Je suis heureuse d’avoir rencontré Norah. Cette jeune femme courage et batailleuse et peinée de la voir retomber dans cette vie morne, étouffée et triste. Tawfik Alzaidi pose un regard empathique sur ses personnages. Il a eu le bon goût de ne pas choisir la romance entre ces deux êtres. La rencontre est artistique et réveille chez nos deux personnages ce qui dormait ou devait se révéler. Le réalisateur passionné par l’art depuis l’âge de neuf ans, exprime avoir grandi dans un environnement tourné vers la création, entouré de magazines et de cassettes audio à une époque, les années 1990, période choisie pour le film, où l’art n’était pas autorisé dans les lieux publics en Arabie saoudite et il restait cependant profondément convaincu qu’il est présent en chacun de nous. L’œuvre est donc très personnelle et cela se ressent. Une grande simplicité, beaucoup d’humanité, un regard empathique tout ce qui fait un beau film.
14h 30 à la Cinémathèque. Projection de L’Aventure c’est l’aventure…
(1972, Claude Lelouch. « Cinq petits mafieux, devenus les meilleurs amis du monde, enchaînent les escroqueries. Du kidnapping de Johnny Hallyday à la démarche mythique d’Aldo Maccione, les séquences mémorables se succèdent dans une comédie politiquement incorrecte, qui fait la part belle aux joutes verbales et à un réjouissant éloge de la farce »
« C’est l’histoire de cinq salopards qui vivent l’aventure telle qu’elle est possible en 1972. Leur seule qualité est d’être sympathiques et je montre par ce film à quel point les gens sympathiques sont dangereux et à quel point il faut s’en méfier, car, pour arriver à exécuter leurs méfaits, ces cinq salopards utilisent les principes les plus généreux de ceux qui veulent améliorer le monde ». Claude Lelouch)
… que je n’ai jamais vu…
(Frédéric Bonnaud demande à ceux qui sont comme moi de lever la main, il y en a un certain nombre, On voit que vous ne regardez pas la télévision, commente-t-il)
… et qui est suivi d’une leçon de cinéma par le réalisateur interrogé par l’animateur cité trois lignes plus haut.
Selon Claude Lelouch, qui a fait partie, comme Godard, Truffaut et Polanski, de ceux qui se sont opposés à la tenue du festival de Cannes en 1968, le général De Gaulle voulait changer le monde quand il y avait ceux qui voulaient changer leur quotidien.
En 1972, tout était politique. Quand on avait un alibi politique on vous pardonnait tout → des voyous en ont profité.
L’Aventure c’est l’aventure : mélange de rationnel et d’irrationnel.
Les scènes d’action n’y sont pas : on n’assiste pas à l’enlèvement de l’ambassadeur de Suisse. Ce qui y est : la loufoquerie.
Ses protagonistes : des pieds nickelés (Lelouch : fan de cette série de BD) qui vivent du système D.
Au départ, le cinéaste avait pensé faire tourner Jean-Louis Trintignant qui refuse : il ne peut pas faire le film car celui-ci ne rentre pas dans sa ligne politique. Il pense alors à Jacques Brel, mais l’idée ne séduit pas Lino Ventura, C’est un chanteur, dit-il. A quoi Lelouch répond qu’un chanteur ça interprète, ça joue ses chansons. Comme Brel est en tournage à Knokke-le-Zoute, ni une ni deux, les voilà partis en voiture (ç’est pas la porte à côté) à Knokke où le chanteur (s’en fout de la politique), chaleureux, les reçoit à bras ouverts → Ventura est immédiatement séduit.
Charles Denner : un comédien classique, cartésien (c’est d’ailleurs lui qui donne aux autres la leçon de politique) et fou.
La séquence de la fameuse démarche d’Aldo Maccione = fruit du hasard. C’est un dimanche, donc jour de repos. Claude Lelouch est devant son bungalow quand il voit Maccione marcher penché en avant en balançant les bras devant quatre jeunes femmes assises sur la plage. Il appelle les autres et leur demande de se joindre à lui. Ventura se fait prier mais finit par y aller aussi…
(Il se prend même au jeu et va jusqu’à prétendre, C’est moi qui lui ai appris, j’vais vous montrer !)
… et Lelouch les filme…
(Charles Denner = le plus empoté sur ses jambes grêles. Jacques Brel, grand échalas, ne vaut guère mieux)
… depuis son bungalow. Le plus drôle c’est que les nanas (elles recevront le salaire de figurantes) ne réagissent pas. Comme si rien ne se passait. Pour la suite du film, les acteurs garderont les mêmes chemises afin qu’il y ait raccord.
Claude Lelouch essaie de faire un cinéma libre. Il aime la liberté, avec la possibilité de se tromper qui va avec. La liberté : un cascadeur qui prend des risques.
Il filme à la manière de la Nouvelle vague sans en faire partie.
Pour Un Homme et une femme (1966), il n’a pas les moyens de bloquer la gare Saint-Lazare → Anouk Aimée descend du train au milieu des voyageurs ordinaires. De même Jean-Louis Trintignant et Lelouch participent vraiment au rallye de Monte-Carlo, On n’a pas gagné, dit le cinéaste qui ajoute, La contrainte sollicite l’imagination.
Les Américains ne voulant pas d’un film en N & B (il l’est, également pour raisons financières), Lelouch les a assurés que ce n’était pas le cas → quelques séquences en couleurs.
En 1956, pendant trois semaines, il travaille comme assistant sur L’homme aux clés d’or de Léo Joannon. Il voit la débutante Annie Girardot, magnifique, de l’autre côté de la lourde caméra, donner la réplique à Pierre Fresnay lui aussi magnifique. Quand vient le tour de filmer Annie Girardot, elle a tout donné face à son partenaire et n’atteint pas son meilleur niveau, d’autant plus que c’est la scripte qui lui donne la réplique…
(Pierre Fresnay : dans sa loge, Ce qui n’était pas très sympa de sa part, constate Frédéric Bonnaud)
… → quand il y a échange entre deux comédiens, Claude Lelouch se jure d’utiliser toujours deux caméras afin de pouvoir les filmer en même temps.
Et pour Un Homme et une femme, afin d’avoir le son direct…
(Ce qui n’était pas possible jusqu’à présent en raison du bruit généré par la caméra : tous les films étaient post-synchronisés)
… il filme au téléobjectif (la caméra : moins encombrante que celle de L’homme aux clés d’or mais toujours bruyante)
Françoise Fabian, intello (Ma nuit chez Maud) a besoin de premier degré. Lelouch la met face à Lino Ventura dont le personnage ressemble, même s’il a fait des progrès, à celui qu’il interprète dans L’Aventure c’est l’aventure. Cela donnera La Bonne année (1973).
Avec le succès d’Un Homme et une femme, Claude Lelouch devient riche, donc capitaliste. Comme Jean-Pierre Melville qui avait son propre studio, il monte une maison du cinéma (il a même été distributeur). Mais c’est chiant d’être producteur. Ce qu’il aime, c’est tourner.
Il a toujours acheté ses caméras.
Lelouch : cinéaste des déplacements.
Au milieu des années 1980, il ne va pas bien du tout. Impression d’être un frein pour ses enfants. Il part, pour il ne sait pas où, dans sa voiture équipée d’un téléphone, une toute récente innovation technologique avec une portée de 50 kms pas plus. Arrivé à Fontainebleau, il reçoit un appel : c’est Jean-Paul Belmondo qui lui demande, Comment ça va, Pas fort, je m’en vais, Mais fais-en donc plutôt un film ! Ainsi est né Itinéraire d’un enfant gâté.
Claude Lelouch : ne sollicite pas ses acteurs, ce sont eux qui viennent à lui. Quand il tourne, il ne les dirige pas. La direction d’acteurs se fait en amont. Il a besoin de les connaître avant et pour cela il les rencontre, mange avec eux etc.
Il n’est pas fait pour le cinéma de commande. Il admire les cinéastes qui peuvent faire des films avec un casting choisi par d’autres et des scénarios qu’ils n’ont pas écrits eux-mêmes, mais ça n’est pas pour lui. Il fait du cinéma comme il vit etdes propos travaille avec une grande scénariste : la vie, dont il est le reporter. La vie : on marche sur un fil et les excès font tomber.
Il voit encore aujourd’hui un film par jour (en salle ?).
Claude Lelouch, 87 ans, sort son dernier film en date, intitulé Finalement.
Le prochain Charlie Hebdo rapportera des propos que Claude Lelouch a tenus le 13 novembre sur CNews, « On est fidèle tant qu’on n’a pas trouvé mieux. C’est vrai que ce soit pour une voiture, une femme, un frigo… ».
Avec Revenge en 2018, Coralie Fargeat mettait déjà la barre très haut et nous avait bluffée par son goût du film de genre féministe et sa maîtrise du sujet. Souvenez-vous la scène finale … une villa chauffée à blanc et à l’intérieur, la longue poursuite, en rond, comme dans une cage, les murs qui deviennent écarlates …
Avec The Substance, son deuxième film, elle continue sur sa lancée gore, enfonce le clou à gros coups de gourdin et largue une bombe avec une plongée radicale et sanguinolente dans un récit de body horror au stade terminal de l’excès, c’est sans appel, cursus à fond, bande-son saturée à mort ! Il faut être prêt à vivre cette histoire (et consentir aux trente dernières minutes de grand huit sous amphét) ! Il faut, de base, l’être, prêt, pour ce brûlot anti-patriarcal sidérant, gorgé d’humour et de colère, cette satire noir corbeau de la dictature du paraître, du jeunisme obligé, et une dénonciation implacable de ses ravages. Le récit est traité comme un long cauchemar stylisé et il faut se mettre dans la tête d’Elisabeth Sparkle (Demi Moore, à nu au propre comme au figuré, époustouflante) du début à la fin, aller jusqu’au bout de ce parcours tout en tripes et boyaux et exulter.
A ce moment-là de sa vie, il va sans dire que tous les hommes dans la tête d’Elisabeth Sparkle sont ignobles, dégoûtants ou débiles. Ou les trois. Lorsque tout part vraiment en vrille, The Substance vire au délire, nous explose à la figure et c’est une dinguerie ! Gros plans de fureur et bande sonore malaisante, on plonge dans l’horreur pure. Corps qui explosent, membres sectionnés, tripes liquéfiées, peau arrachée, protubérances cauchemardesques… un festival de métamorphoses d’un réalisme à couper le souffle. Comment mieux montrer l’absurdité des diktats esthétiques qu’en collant un sein sur un visage mutilé se désagrégeant peu à peu jusqu’à n’être plus que les yeux d’Elisabeth, bordés d’une chevelure visqueuse faite de chair liquéfiée tel un soleil éphémère glissant sur Sunset boulevard vers son étoile abimée ?
Un film d’horreur féministe si abouti, réalisé par une cinéaste française et d’envergure décidément … on ne voit pas ça tous les jours.