La Disparition de Joseph Mengele-Kirill Serebrennikov  (2)

J’ai beaucoup apprécié « la disparition de Joseph Mengele » dont j’ignorais tout de la trajectoire d’après-guerre jusqu’alors et je pensais qu’il avait vécu en bon père de famille comme réfugié sous les tropiques.

Le film retrace bien l’itinéraire d’une déchéance dont on ne sait ce qu’elle fut en réalité mais dont la présentation d’un naufrage à le mérite de nous plaire. Ce qu’est réellement le personnage importe peu, l’essentiel est d’identifier les traits d’un salopard de fasciste de la pire espèce, un être sans scrupule, violent et pervers. Mais est-ce vraiment ce qu’il faut en retenir. Pourtant, et c’est mieux, il met en exergue les complicités et les adhérences des milieux dans lesquels baignent les assassins, et pour ce qui concerne Mengele il illustre le modèle familial de cette vieille bourgeoisie archaïque d’industriels ruraux à la mentalité prussienne des Junkers : le sens du devoir au service de l’État envers et contre tout pour assouvir la soif d’honneur de la famille souche, et, avant toute chose, le prestige immuable d’une condition atemporelle et inaltérable . Par conséquent l’aboutissement est imparable  : le barrage par la haine à tout corps étranger considéré comme une menace corrosive et corruptrice. La haine des autres est bien le lieu commun où se reconnaissent les élites dominantes de tous temps sous toutes latitudes quand elles considèrent leur ordre menacé. Il est dommage que ce genre de film ne s’expose pas dans les lycées car il serait davantage porteur d’enseignements qu’une visite sur les lieux de la Shoah, bien que non opposable. Au-delà, le film marque une distinction avec cette notion de « banalité du mal » de Hannah Arendt, à laquelle je n’adhère pas, du moins totalement. Ce mal là n’est pas banal ! Il ne vient pas de nul part et ne nait pas n’importe où. Il ne faut pas confondre la genèse d’une histoire, avec ses protagonistes de premier ordre, et les rôles couverts par les maillons plus ou moins faibles d’une chaîne d’actions. D’ailleurs la hiérarchie des principaux mis-en-cause ne s’y trompe pas, elle sait bien devant ses juges réintégrer la masse et broder des causalités pour éteindre les responsabilités. Il n’y a que les misérables exécutants des basses œuvres, ceux qui finissent le travail, qui n’ont pas la disposition intellectuelle d’effacer leur rôle, puisque l’acte innommable leur est autant imprononçable qu’inaudible.

Dans ces situations le partage des risques est inéquitable. Les livrables du tribunal de l’histoire sont inépuisables. Ils n’ont jamais sauté de générations. Et la jeunesse, la nôtre, massivement sortie du supérieur ne s’y trompe pas ; elle en a la pleine conscience.

Hervé

Des films à venir….

Sélectionner des films pour nous aux Cramés de la Bobine consiste le plus souvent à visionner des films avant qu’ils ne soient programmés à l’Alticiné. Or, chaque année, l’Association des Cinémas du Centre organise, outre des journées de prévisionnement, quatre jours de rencontres cinématographiques. Y voisinent des Directeurs de Salles, des représentants d’associations ou de collectivités locales, et autres personnes concernées par les projections de films dans leurs villes. Cette année du 21 au 24 Novembre c’était à Bourges. Nous y avons vu des films de belle facture, les voici accompagnés de nos avis :

Mahin a 70 ans et vit seule. Un jour, elle décide de rompre avec sa routine et de réveiller sa vie amoureuse. Une rencontre inattendue se transforme alors en une soirée inoubliable.

De l’Atlantique à la mer Noire, Mathias embarque son meilleur ami Philippe dans un road trip à bicyclette.
 Ensemble ils vont refaire le voyage que Youri, son fils, avait entrepris avant de disparaitre tragiquement.
 Une épopée qu’ils traverseront avec tendr
esse, humour et émotion.

À 12 ans, Bailey vit avec son frère Hunter et son père Bug, qui les élève seul dans un squat au nord du Kent. Bug n’a pas beaucoup de temps à leur consacrer et Bailey, qui approche de la puberté, cherche de l’attention et de l’aventure ailleurs.

Le Journal de Dominique, Prades 2024

Chers Amis Cramés de la Bobine,

Pour Jean-Claude

(A)NNEES EN PARENTHÈSES 2020-2022-HEJER CHARF

ENTRETIEN AVEC LA RÉALISATRICE

HEJER CHARF
SYLVIE BRAIBANT

Week-End Japonais des 13,14 Mai 2023

Les spectateurs étaient au rendez-vous de ce Week-End Japonais pour six films qui n’avaient qu’un point commun, durer plus de deux heures, pour le reste, dépaysement et sujets riches et variés garantis. Ajoutons que ces films étaient parfaitement présentés par Dimitri Ianni.

Vous êtes bienvenus, si vous souhaitez donner votre avis sur l’un où l’autre de ces films, nous serons heureux de vous lire ici-même. Mais commençons par lire les remarques d’Henri et de Marie-Annick, nos organisateurs de cet événement.

Henri :

Comme dans pratiquement tous les films japonais dans chacun des films que nous avons vus ce week-end, il y avait au moins un train qui passait au loin, quelque fois davantage. Il y avait aussi quelquefois un vélo, alors pour moi c’était presque parfait : j’ai adoré.

Par contre j’ai vu apparaître des autocars et des autobus, ça c’est nouveau et cela enlève beaucoup de charme, le Japon était un des derniers pays avec la Suisse à avoir conservé toutes ces lignes ferroviaires (rien que pour ça, je pourrais proposer à nouveau la programmation de « Notre petite soeur »)  mais le gouvernement libéral de Abe fait beaucoup de dégâts, il a commencé à supprimer les petites lignes. C’est le seul reproche que je ferai à Dimitri Ianni : il n’a pas parlé de la suppression de ces lignes de desserte fine du territoire.😥

Quelque chose n’a pas changé dans ce cinéma : la place importante accordée à la famille, aux enfants … et ça je le regrette un peu.😜

Marie-Annick :

Normal que la famille ait toujours une grande place. C’est la base qui structure un Japonais puisque traditionnellement les ancêtres morts ont besoin d’être régulièrement honorés par les rituels des vivants (tu honoreras tes ancêtres, c’est la base), même dans une famille recomposée.

De même qu’il y a toujours un ou des trains, il y a toujours un repas et même des repas. Par contre, c’est la première fois que je vois au cinéma autant d’hommes pleurer. Signe perceptible pour moi d’une évolution majeure: l’homme est en train d’accepter de lâcher ses émotions . Ça va faire du bien à la planète et surtout aux femmes. Et pour parler des femmes je dirai qu’elles apparaissent toutes courageuses, dignes et sans aigreur.. Des vraies femmes qui utilisent leur pouvoir sans l’exercer sur l’autre. Bref j’ai passé un bon moment de cinéma.

N’hésitez pas à écrire ici vos commentaires… À paraître article(s) de Chantal. Ouvrez le blog prochainement.

Pour Michel, par Gérard.

Annie m’a raconté qu’il y a quelques mois, Michel, déjà très malade et affaibli par la maladie, s’était remémoré une chanson de Hugues Aufray, écoutée alors qu’il avait une vingtaine d’années, et qu’il désirait qu’on lise le texte le jour de ses obsèques.

Annie lui en avait fait la promesse, et je l’aide à la tenir.

Voici le texte intitulé

« Près du cœur les blessures »

Un jour ou l’autre sur sa route,
Alors qu’on s’est cru le plus fort
L’angoisse vient et puis le doute
On est debout parmi les morts.
Deux fleurs fanées sur une tombe
On se souvient que l’on aimait.
Près du cœur, les blessures 
Ne se ferment jamais.

Michel était doué d’une grande sensibilité et bon photographe. Je le reverrai toujours dans le jardin, à 4 pattes dans l’herbe, à photographier les petites bêtes et les fleurs, entre 2 parties de ping-pong.

Avec moi il s’était inscrit au cercle Pasteur de Montargis, où il était apprécié. Il ne venait pas pour gagner, mais pour jouer et s’amuser.

Et j’imagine qu’au golf il a passé autant de temps à photographier les écureuils qu’à taper dans la balle…

Doux et lunaire, du côté de la poésie et de la beauté du monde, c’est pour cette raison qu’on l’appréciait et qu’on ne l’oubliera pas.