Le cinéma de Dominique (4) : Touristes ? Oh, yes ! J.P Mocky

            Ce film de Jean-Pierre Mocky raconte les aventures d’une famille (nombreuse) hollandaise qui accompagne à Paris le maire de son village afin de le soutenir dans un concours de chansons. Ils affrètent un car où tout le monde s’entasse, sauf un petit rouquin marié à une jeune femme momentanément aphone, ce qui n’est pas grave vu que le film, plutôt que parlant, est sonore, les Hollandais en question étant incarnés par des acteurs français (inconnus sauf quelques-uns dont on connaît la trogne sans savoir le nom) qui, n’en parlant sûrement pas un mot, ne peuvent qu’émettre des sons aux accents vaguement néerlandais et réduits au strict minimum. Les seuls à faire de vraies phrases dans une vraie langue, c’est la grand-mère d’origine italienne et le pizzaïolo de son cœur à qui elle était fiancée avant d’épouser, allez savoir pourquoi, un Russe homosexuel qui ne rêve que d’aller à l’Opéra pour voir un ballet (et aussi les danseurs) mais pas de bol c’est complet.

 Le jeune rouquin doit subir un contrôle sanitaire dans son usine de fromages, raison pour laquelle il part après les autres, seul en voiture, en embarquant un énorme frometon dans son coffre à destination de sa cousine qu’il doit retrouver à Paris où vraisemblablement elle réside, sinon pourquoi s’embarrasser d’un tel machin qui pèse des tonnes, si elle vivait en Hollande elle pourrait s’approvisionner sur place. 

Bref il prend sa voiture à l’intérieur de laquelle, profitant d’un arrêt essence, se glisse une belle Noire sans papiers qui, lorsqu’elle se retrouvera seule à Paris après l’arrestation de son mec comme dealer, ne cessera de lui coller aux basques, courant derrière l’auto sans se faire semer (une vraie championne), ce qu’il tente pourtant avec persévérance et moult ruses.

Dans la capitale, le rouquin se fait mettre voiture et fromage à la fourrière. Avec un couple d’Américains, il est arrosé par un employé municipal. Dans un pressing, une dame les sèche avec un séchoir à cheveux. Quand ils peuvent enfiler à nouveau leurs vêtements, a lieu un malencontreux échange de papiers et de portefeuilles, à la suite de quoi le Hollandais présente, au commissariat où il est venu s’enquérir de son automobile, un passeport US, ce que le policier trouve à juste titre hautement suspect. Alors le rouquin s’enfuit et, afin d’échapper aux recherches, pique à un Ecossais son kilt et son béret.

Pendant ce temps-là sa mère (qui sous un chapeau tyrolien porte de grosses nattes jaunes et, sous sa jupe, des culottes façon petites filles modèles de la comtesse de Ségur née Rostopchine) ne songe qu’à aller au Salon de l’Agriculture. Elle s’y fait draguer par un Espagnol très excité qui se met en slip devant elle dans une cabine, mais quand il veut ressortir, son pantalon a disparu. 

Quant à son horticulteur de père, il est pris à piquer des fleurs dans le jardin des Tuileries par un agent de la force publique et se fait illico embarquer dans un commissariat qui s’avère être celui duquel s’enfuit son fils avant de se faire passer pour Ecossais.

Et à un moment on voir JPM qui court sur un trottoir en disant des choses qu’on ne comprend pas plus que le reste, c’est joyeusement foutraque, un film burlesque où ça s’agite beaucoup sans besoin de paroles, c’est le geste qui compte.  

A la fin de la journée (et du film), le maire ne gagne pas le concours. De désespoir il se jette à l’eau et un de ses compatriotes tente de le sauver et il l’attrape par les cheveux qui sont  une moumoute mais l’eau est peu profonde.

Et on rentre au bercail (la belle Noire aussi, adoptée par l’aphone qu’elle aide à récupérer son sac lorsqu’un gamin le lui pique dans un grand magasin, ce qui fait qu’elles se retrouvent dans le commissariat déjà évoqué deux fois, Paris est tout petit) sauf les grands-parents (la grand-mère suit son pizzaïolo et le grand-père les danseurs du corps de ballet) et la sœur du rouquin qui est venue retrouver un correspondant français qui lui a écrit des lettres enflammées.

« Suite à un problème technique, les toilettes [pour hommes, au sous-sol de la cinémathèque] sont fermées pour une durée indéterminée »[1]. Au cas où les messieurs n’auraient pas compris, une seconde affiche juste en dessous précise « Toilettes hors service ».

Jean-Pierre Mocky

  C’est la raison pour laquelle lesdits messieurs se retrouvent tous, à côté, dans les toilettes des femmes qui sont, de ce fait, surchargées. J’ai de la chance, lorsque j’y entre il en reste de libres. Ce qui n’est audiblement plus le cas quelques secondes plus tard : à peine ai-je eu le temps de poser mes affaires qu’une voix masculine proteste, Merde, merde, merde, merde, et que des coups de pied sont donnés dans les portes. Quand ils résonnent dans la mienne, je dis, Doucement. Dans la cabine d’à côté, un monsieur ironise, On se croirait dans un film de Mocky. A quoi je réponds, Oui, c’est le film qui continue.

    Lundi 21 juillet 2014


[1] Quand la même chose arrive à l’UGC Ciné Cité Les Halles, la note sur la porte dit que « nos super héros se démènent pour vous sortir de là ». Ce qui ne l’empêche pas d’être toujours affichée la semaine suivante et parfois au-delà. Les super héros sont fatigués.

NEVER RARELY SOMETIMES ALWAYS, un film de Eliza Hittman

Film américain (vostf, août 2020, 1h42) de Eliza Hittman avec Sidney Flanigan, Talia Ryder et Théodore Pellerin 

Synopsis : Deux adolescentes, Autumn et sa cousine Skylar, résident au sein d’une zone rurale de Pennsylvanie. Autumn doit faire face à une grossesse non désirée. Ne bénéficiant d’aucun soutien de la part de sa famille et de la communauté locale, les deux jeunes femmes se lancent dans un périple semé d’embûches jusqu’à New York.

Présenté par Chantal Levy

Une salle plutôt clairsemée pour ce troisième film d’Eliza Hittman : vacances de toussaint, changement d’horaire pour cause de couvre-feu ? Le film étant disponible sur plateforme VOD  ̶  volonté de la réalisatrice dont le film n’a pas pu sortir en salle comme prévu aux Etats-Unis pour cause de Covid  ̶  certains pourront se rattraper. 

Douloureux, délicat, tel est ce film à mes yeux, et « utile » pour reprendre l’adjectif d’Eliza Hittman. Ce film qu’elle a voulu « utile » l’est sans conteste.

Il raconte le périple d’Autumn Callahan et de sa cousine Skylar, un voyage odyssée qui mène les deux adolescentes de 17 ans d’une petite ville de Pennsylvanie, à New York City où Autumn, enceinte, pourra avorter malgré une grossesse de 18 semaines et cela sans autorisation parentale.  

Ce film n’a rien d’un réquisitoire, mais il déroule de façon quasi documentaire les difficultés auxquelles Autumn va devoir se confronter : les centres de planning familial, les cliniques d’aide aux femme en détresse, Autumn allant de l’un à l’autre, obligée de remplir à chaque fois le même formulaire, répondre aux questions quasi similaires, refaire des examens médicaux déjà faits, Autumn n’ayant d’autre choix que celui d’accepter ce processus qui alourdit son fardeau pour pouvoir finaliser son choix, celui de mettre fin à une grossesse non désirée, expliquant qu’elle ne « se sent pas prête à être mère« . 

Voilà une jeune fille qui a fait son choix, sans agressivité aucune : lorsque la doctoresse, qui l’a auscultée au centre familial de sa petite ville natale, lui téléphone afin de fixer un rendez-vous de suivi médical, Autumn, qui est dans le bus roulant vers New York, décline poliment le rendez-vous et dit simplement qu’elle la recontactera.   

Bien sûr, le film se concentre sur Autumn : d’une part le fardeau qu’elle porte, l’enfant non désiré, mais aussi l’unique valise emportée par Skylar comme métaphore du fardeau  et d’autre part le regard qu’elle porte sur ce qui l’entoure : les hommes, que ce soit dans la famille ou au travail, car comme beaucoup de jeunes aux Etats-Unis, Autumn et Skylar travaillent dans un supermarché après l’école, les hommes croisés durant le périple, dans le bus, le jeune Jasper, autre personnage important du film, ou dans le métro ; la ville avec son rythme effréné et effrayant, ses bruits, ses mouvements, ses lumières, ses transports, la grande ville où le mode de vie est à des années lumières de celui de Pennsylvanie ; enfin Autumn et son regard perdu, à certains moments, un regard d’incompréhension lorsque qu’on lui parle des différentes étapes qui mèneront à l’avortement, son regard inquiet toujours empreint d’incompréhension lorsqu’à proximité de la clinique qui va la prendre en charge elle voit une foule de manifestants pro-life, son regard écœuré qu’elle détourne lorsque la travailleuse sociale de centre familial de Hillsboro, sa ville natale, ayant compris qu’Autumn souhaite avorter,  lui montre une vidéo anti-avortement qui martèle le fait qu’avorter c’est tuer un être vivant. On veut culpabiliser la jeune fille, après l’avoir trompée sur le nombre de semaine de sa grossesse. Tous ces regards ne sont-ils pas aussi nos propres regards de spectateurs ? 

En effet, la réalisatrice décide de filmer en 16mm, de filmer au plus près, de filmer souvent en gros plan, nous rapprochant ainsi de ces deux adolescentes que l’on sent à peine sorties de l’enfance et découvrant un monde qui leur est étranger et que l’on aimerait aider. L’argent, autre facteur important, elles en ont volé un peu à leur employeur pour payer le trajet et essayer de survivre pendant 24h qui se transformeront en 48, l’argent nécessaire pour payer un avortement, pour se loger et se nourrir, cet argent qu’Autumn et Skylar n’ont finalement pas en quantité suffisante et qui va pousser Skylar à se sacrifier en acceptant les avances de Jasper connu pendant le trajet : un gros plan magnifique sur la main tendue d’Autumn cherchant celle de Skylar qui, adossée à un pilier dans une gare routière subit le long baiser de Jasper en échange d’argent.

Et comment ne pas être submergé de douleur, d’émotion et d’empathie lors de la scène clé qui donne au film son titre, Never Rarely Sometimes Always, réponses à un QCM posé par la travailleuse sociale Kelly Chapman, jouant son propre rôle, devant le visage d’Autumn qui se crispe à certaines questions, et se défait à d’autres ?

Ces deux adolescentes, ces deux jeunes femmes dont c’est le premier film en tant qu’actrices nous livrent une performance époustouflante : notons que Talia Ryder, Skylar, était mineure au moment du tournage ce qui posait des problèmes à la réalisatrice car elle ne pouvait pas la faire tourner à n’importe quand. 

L’avortement, sujet tabou, dans un pays où les états tentent par des lois qui leur sont propres de restreindre le droit à l’avortement autorisé par la Cour Suprême, loi fédérale, en 1973 et réaffirmé en 2016 par cette même cour, sujet sensible dans d’autres pays, l’Irlande par exemple dont la loi ne date que de janvier 2019 et qui depuis essaie aussi de la restreindre, en Pologne où les femmes manifestent aujourd’hui pour ce droit remis en cause, sujet sensible donc choisi par Eliza Hittman qui a mis plusieurs années à faire le film et qui en a parfois tu le thème de peur d’essuyer des refus de tournage. 

Autumn et Skylar sont à la fois matures et innocentes, solides et fragiles ; elles sont deux mais elles n’en sont pas moins seules, une solitude accentuée par certains plans de foule, par un entourage familial qui n’écouterait pas et ne comprendrait pas ; elles pourraient être nos filles, elles incarnent tout simplement l’adolescence meurtrie, blessée qui doit payer le prix fort pour renaître.      

Chantal

Manhunter de Michael Mann

Avec William L. PetersenKim GreistJoan Allen

Synopsis : L’agent fédéral William Graham vit retiré de ses obligations professionnelles depuis qu’il a été gravement blessé par le dangereux psychopathe cannibale Hannibal Leckor, incarcéré par la suite. Jack Crawford, un ancien collègue du FBI, le contacte pour qu’il l’aide à arrêter un tueur en série, Dragon rouge, qui assassine des familles lors des nuits de pleine lune. Pour réussir sa mission, Graham va se mettre à penser comme le meurtrier et va notamment consulter, dans ce sens, le détenu Hannibal Lecktor…

Seuls à deux dans la salle de l’Alticiné où est projeté Manhunter de Michael Mann, ce film réédité qui sort à Montargis en même temps qu’à Paris c’est inespéré.

Manhunter : du temps où je me permettais encore de découvrir un film à la télévision, je l’y avais vu sous le titre réducteur de Le 6è sens qui ne faisait référence qu’au don du profiler quand le titre original évoque deux chasses à l’homme : celles (reflets l’un de l’autre) dudit profiler à la poursuite du tueur en série et de ce dernier traquant ses proies, d’ailleurs pour lui les miroirs ont leur importance.

Du film je n’avais gardé souvenir (et encore, incomplet) que d’une unique (et je la pensais plus longue) séquence : un parking souterrain, sa rampe hélicoïdale…

(Je croyais qu’on en découvrait davantage alors qu’en réalité la caméra la filme toujours depuis le même point) 

… et les grincements des roues d’un fauteuil roulant avant qu’il n’apparaisse à l’écran : ça c’est bien là mais (et c’est inexplicable) comment avais-je pu oublier le climax de la séquence, soit le fauteuil roulant qui déboule avec son occupant en flammes ? Puissance du son et du hors champ.

Début…

(Mise à part l’une des premières séquences : assis devant un océan paisible, un policier du FBI tente de convaincre le profiler de rempiler en lui glissant des photos de familles assassinées. Le profiler les retourne face caméra : au lieu des scènes de carnage auxquelles on s’attend, ce sont des instants de bonheurs familiaux, c’est ce qui a été détruit qui s’offre aux regards et c’est très fort)

… du film très bavard, avec des sous-titres qui défilent à toute allure, nous avons  à peine le temps de les lire, nous galérons à emmagasiner une masse de renseignements en quelques secondes. Est-ce la raison pour laquelle (excepté la séquence susmentionnée) le film ne m’avait pas marquée ? Et pourtant :

Le tueur, longiligne de corps et de visage, affligé d’un bec de lièvre, le cheveu blond et rare, mais comment est l’acteur dans la vie ?

L’aveugle, qu’incarne une Joan Allen que j’associe trop à des rôles de victime (Volte/Face et aussi Blow out, mais là je me trompe d’Allen, chez Brian de Palma c’est Nancy).

Et Hannibal Lecter (cependant, désolée, je ne peux m’empêcher d’avoir en tête Anthony Hopkins). 

LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L’OEUF de Wang QUANAN

Synopsis : Le corps d’une femme est retrouvé au milieu de la steppe mongole. Un policier novice est désigné pour monter la garde sur les lieux du crime. Dans cette région sauvage, une jeune bergère, malicieuse et indépendante, vient l’aider à se protéger du froid et des loups. Le lendemain matin, l’enquête suit son cours, la bergère retourne à sa vie libre mais quelque chose aura changé.

Présentation Marie Annick Laperle

                                                            

 Peu de monde dans la salle pour ce film tourné en Mongolie, par le réalisateur chinois Wang Quanan. Mais les spectateurs présents n’oublieront pas les ciels indigo et les bandes de terre mongole embrassant la totalité de l’écran, s’étirant à l’infini. Pour ma part, je n’oublierai pas les scènes en apparence simples, que le cinéaste filme comme des scènes universelles dont la beauté vient de l’intérieur, en dehors de la volonté de produire « la belle image » : le corps nu d’une femme morte dans les hautes herbes de la steppe, les couleurs du ciel changeant avec les heures de la journée, la mise à mort d’un mouton ou le vêlage d’une vache, un arrêt de bus  perdu quelque part sur une piste et sorti tout droit d’un tableau de Hopper, un flic qui danse autour du cadavre maintenant recouvert d’un drap, sur une chanson d’Elvis Presley « Love me tender », sans oublier les deux magnifiques scènes d’amour, éclairées à la lumière d’un feu ou de lampes frontales.

Six ans après avoir subi toutes les indélicatesses de la censure chinoise pour son sixième film «  Au pays du cerf blanc », Wang Quanan choisit la Mongolie Extérieue, pays indépendant, pour filmer librement et nous livre un film lent, plutôt contemplatif qui donne le sentiment qu’il ne se passe pas beaucoup de choses. Pourtant, mon attention n’a cessé d’être mobilisée par la beauté des  levers et des couchers de soleil, par la simplicité des scènes de vie quotidienne, par la mise en scène et par le portrait étonnant de cette femme des steppes insolite.

                A partir d’un dispositif minimaliste, le cinéaste parvient à nous faire ressentir l’infinitude du temps et de l’espace, à resituer l’homme dans son rapport avec la nature et à engager une réflexion sur la vie et sur la mort. Les premières images donnent le ton : une voiture de police avance dans le noir, braquant ses phares sur une steppe jaune et déserte, soudainement traversée par des chevaux libres. Un des occupants du véhicule, des chasseurs parlant de chasse, dit : « ce que l’homme voit n’est pas toujours la réalité ». Deux tour de roue plus loin, le cadavre d’une femme surgit dans les phares. On ne saura rien de l’enquête et le meurtrier sera tout de suite retrouvé car le propos est ailleurs. Derrière ce cadavre, les policiers verront un drame passionnel avec souffrance et sentiments violents. La femme des steppes y verra le cycle de la vie. Le corps aurait pu se décomposer, l’herbe y aurait proliféré, les moutons s’en seraient nourris, l’homme aurait mangé le mouton. Et la femme morte aurait éventuellement pu se réincarner. Pas de quoi en faire un drame. Le regard que l’homme porte sur ce qu’il voit, créé sa réalité.

  Le fait de filmer en plan large et de donner la priorité au ciel qui peut occuper quatre-vingts pour cent de l’écran, donne à voir des personnages dont la taille est réduite par rapport aux éléments naturels. Ce dispositif permet de voir l’histoire comme une scène de théâtre où les personnages ont des interactions mais avec une sorte de distance et de détachement. Nous aussi, spectateurs, nous avons un détachement, une sorte de recul sur les événements que nous voyons à l’écran. Ce recul permet des moments d’humour et une acceptation de notre dérisoire condition humaine.

                 Mais venons en à l’histoire de la femme des steppes et du jeune flic. On l’appelle Dinosaure, elle vit seule avec son troupeau et envoie paître son ami qui lui propose ses services d’étalon ou lui conseille de vite en trouver un autre que lui. Cette femme-là est une guerrière qui sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas. Elle s’est affranchie de bien des carcans liés à sa condition pour exprimer sa puissance sans faire d’histoires. Elle va d’abord endosser le statut de femme protectrice de la vie en venant protéger le jeune policier inexpérimenté, du froid et de l’attaque d’une louve. Maniant le fusil sans l’ombre d’une émotion, même après un coït inattendu avec le jeune homme, elle abat l’animal au troisième tir avec son intuition de femme qui sait sans avoir vu. Dans la scène d’amour mémorable qui précède, sous le regard bienveillant et la toison chaude d’un chameau de bactriane, à travers les flammes d’un feu bienfaisant et sous l’effet libérateur de la vodka, notre femme des steppes devient l’initiatrice à l’amour, malicieuse et décomplexée. Le jeune flic utilisé comme étalon de reproduction s’en verra transformé en homme capable de séduire la jeune policière stagiaire qui retourne à Oulan Bator. Mais pas avant d’avoir goûté l’ivresse d’une chevauchée  nocturne à moto, illuminée de pétards lancés dans le ciel indigo. Quant à la femme des steppes, dont le rôle est tenu par une véritable bergère nomade, quelque chose a également changé pour elle. Elle a un œuf en elle. Elle est enceinte. Sa vache également qui va bientôt mettre bas. C’est le moment d’appeler Orgil pour qu’il l’aide. La scène se déroule dans un clair obscur digne d’un tableau de maître flamand, à la lueur des lampes frontales des deux protagonistes. Après la scène de la mise à mort du mouton, c’est celle de la naissance, de l’accueil d’une nouvelle vie. C’est le moment  de dire à Orgil, toujours amoureux et qui vient de lui offrir un œuf de dinosaure fossilisé, qu’elle aussi a un œuf dans le ventre. S’en suit une scène d’amour à la fois réaliste et magique, filmée également à la seule lumière des lampes frontales des deux personnages et dont les halos s’agitent dans le noir, comme si  leurs deux âmes dansaient dans la nuit.

  Le film s’ouvrait sur une scène de mort, il s’achève sur une promesse de vie. Entre les deux il y a l’amour. Il y a la vie. La femme est celle qui en assure la continuité, qui la perpétue.     Objet de trafic par cupidité, l’oeuf de dinosaure est ici le symbole d’une origine antédiluvienne et d’un monde disparu. Il rappelle la menace de disparition qui pèse sur le mode de vie des nomades mongoles. Dans ce monde traditionnel, la technologie a fait irruption avec la moto, le portable, les tests de grossesse et la pilule avortive. Un avion qui traverse le ciel et  au loin la cheminée qui fume d’une usine  viennent signaler que le monde fourmillant des villes et de l’agitation n’est pas loin. L’oeuf, présent dans bien des civilisations anciennes est aussi le symbole de la naissance du monde. Il est le symbole universel qui représente la vie à venir et qui en éclot. C’est la naissance et la régénération du cycle de la vie. Par sa forme ovale, il suggère l’infini.

                                                                                             Marie Annick

Week-End du Cinéma Italien 10 et 11.10.2020

Beau succès pour ce Week-End italien, avec sa sélection variée et la prestation sympathique et savante de Jean-Claude Mirabella. Mais ce succès, c’est aussi la présence chaleureuse du public, avec bien sûr les cramés de la bobine et d’une manière générale, tous les amateurs de cinéma, de cinéma italien, de bon cinéma.

Avec « Il campione » de Leonardo D’Agostini,  le week-end commence par un film qui semble facile, qui nous parle d’un cheminement, où l’on voit un jeune homme doué pour le foot, un peu caractériel et fragile pris dans le star-system, saisir l’opportunité d’une rencontre forcée avec un professeur, pour se construire, et quitter progressivement le Pinocchio qui est en lui. Voyant ce film, je repensais au « Maître Ignorant, un ouvrage philosophique de Jacques Rancière » qui montre que le maître a moins besoin d’un savoir académique que de son désir d’enseigner et que ce désir rencontre un désir d’apprendre. Et dans le film le maître trouve la clé. Si « Il campione » n’est certainement pas du grand cinéma, il y a des séquences sensibles et émouvantes soutenues par deux acteurs remarquables et un scénario qui en font un bon film. 

Una promessa (Titre original Spaccapietre (Brise-pierre)de Gianluca et Massimiliano De Serio a suscité de vives réactions. Parfois hostiles, à l’image de celle de R. dont je me souviens un peu du commentaire : Qu’est-ce que ce film qui en rajoute des couches ? Qui mobilise tous les clichés émotionnels, de qui se moque-t-on, le chien, un noir, etc… Où ils vont ? Que veulent-ils dire ? Oui, ce film ne laisse guère de temps de respiration. Ce n’est pas faux. Mais aujourd’hui je tombe sur cet article : « « Dans la nuit du 22 au 23 octobre 2019, 39 Vietnamiens meurent étouffés dans un camion frigorifique qui les fait passer clandestinement de Belgique en Angleterre. Un an après, les diverses enquêtes lancées aident à reconstituer ce drame et à mesurer l’ampleur des réseaux ». La réalité ne s’embarrasse pas toujours de subtilités et le cinéma n’est pas là pour nous caresser dans le sens du poil. J’appartiens à ceux qui ont aimé ce film et tout autant les acteurs du film.

Maternal, Film italien argentin de Maura Delpero en quasi-huis clos, dans les tons de bleu. La toile de fond sociale du film n’est pas dite, la violence qui s’exerce sur ces femmes, nous la ressentons petit à petit, comme sous l’effet d’un goutte-à-goutte. Et le hors-champ du film est immense. Il ne nous est pas permis de savoir ce que pense notre prochain, il faut qu’il nous le dise. Paola, cette jeune future Sœur affiche un sourire ineffable, elle nous montre que non seulement on ne sait pas ce qu’elle pense, mais qu’en outre, rien ne nous permet de nous en douter. Dans cet univers féminin où vivent des mères célibataires, avec ses Consœurs, Paola est là, patiente, disponible, et douce. Ce qui se joue secrètement en elle, c’est le désir d’être mère, mère de substitution, mais mère. Ce thème je me souviens l’avoir vu dans « l’institutrice » de Nadav Lapid. Si dans ce dernier tout est narcissique, dans Maternal, l’altruisme habille plus subtilement cette volonté, Paola désire réparer. Troublant et fascinant.

De Michel-Ange Film somptueux de Andrey Konchalolovsky, le synopsis nous dit « Michel Ange à travers les moments d’angoisse et d’extase de son génie créatif, tandis que deux familles nobles rivales se disputent sa loyauté ». Nous ne savons si les traits de personnalité de ce Michel Ange sont exacts, si c’est un personnage du 16ème ou du 21ème siécle. Pour le décrire on risque très vite de déborder d’adjectifs pour parler de lui : frénétique, exalté, intense, bouillonnant, passionné, tourmenté. On ne voit pas l’homme travailler la pierre mais l’homme imaginant, le patron, parfois roublard et injuste ; le génie. Le format du film, ses couleurs, les décors, les personnages tout y est parfait, un peu comme si le réalisateur s’était dit, pour parler d’un des plus génial artiste, il faut donner au cinéma ce qu’il peut de mieux. Et en effet ce Michel-Ange mériterait bien un Donatello.🙂 

Sole de Carlo Sironi avec Sandra Drzymalska, a eu le moins de spectateurs, sur le plan formel, il n’est comparable à aucun de cette série, mouvements de caméra réduits au possible — Parti pris de sobriété absolue — Avec ses personnages tristes, sans avenir, sans espoir, ce film fait écho à « Maternal » par cette question du désir de maternité et à « una promessa » pour la violence de l’exploitation de l’homme par l’homme, qui n’est pas banale, c’est celle de riches. Une femme de mafieux désire un enfant, elle ne peut pas en avoir. Qu’à cela ne tienne, un enfant ça s’achète, s’il n’y a que ça ! Il est là, dans le ventre d’une femme, une pauvre jeune polonaise, il n’y a qu’à attendre et la faire garder par un neveu bon à rien pour que tout se passe bien. Le rapport de ce jeune homme à cette jeune femme tient en une phrase qui arrivera aux deux tiers du film, elle est une manifestation d’identification, d’amour et d’impuissance en même temps…mais peut-être d’autre chose. Avec ce thème de l’exclusion, de la réification du tiers, la mère porteuse, nous entrons dans le stade ultime de la société marchande, un sujet actuel. 

Citoyens du Monde de  Gianni Di Gregorio  est la note joyeuse et pour reprendre Jean-Claude Mirabella, une manière de parler légèrement de choses graves, par touches légères, avec une sorte de pudeur exquise. Et en effet on retrouve dans ce film l’humour, la convivialité, et le plaisir de vivre généreusement, de bon vin, d’amitié et…de pastèques. S’il y a un film qui me donne un désir d’Italie, c’est bien lui. Aucun film n’aurait mieux fini ce week-end qui nous l’espérons a pu donner aux spectateurs une source raffraichissante de plaisir esthétique. Celle que procurent les films originaux et beaux, et par ces temps désolés, bien du bonheur. 

Merci aux cramés de la bobine, à tous les spectateurs qui font vivre ces films en même temps qu’ils les vivent, merci à Jean-Claude Mirabella, c’était un grand cru ! 

Et Viva Italia!

L’Amore in città

Novembre 1953, 1h49
ressorti en salles le 22 juin 2020
(diffusé actuellement sur Ciné+classic)

Six histoires par six grands metteurs en scène italiens sur la misère de l’amour à Rome au début des années 50.

Amore che si paga de Carlo Lizzani
Tentato suicido, de Michelangelo Antonioni
Un’agenzia matrimoniale de Federico Fellini
Storia d Caterina de Francesco Maselli
Paradiso per 3 ore de Dino Risi
Gli italiani si voltano d’Alberto Lattuada

Ce film, vu hier soir sur Ciné+classic m’a fortement impressionnée et juste avant que notre WE du cinéma ne commence, aujourd’hui à 14h30 !
Ce sextuple portrait de la jeune fille italienne des années 1950 entre en résonance avec la société contemporaine.
En 1953, l’Italie se reconstruit. En 1953, à Rome, autour de Rome, c’est la misère noire, très très noire …
Le cinéma italien, lui, par les succès du courant néoréaliste, commence sa renaissance et Cesare Zavattini (scénariste avec Vittorio de Sica sur Ladri di biciclette, Miracolo a Milano …), initie ce film de six sketchs et autant de regards portés sur la condition féminine en 1953, à Rome et qui en 2020 nous étourdissent, certains plus que les autres, tant ils se catapultent avec la condition féminine d’aujourd’hui, cf le sketch final, Gli italiani si voltano d’Alberto Lattuada !
Ces courts métrages de 1953 sont à mille lieues des sketchs satiriques du cinéma italien des années 1960 et 1970 ! 
Dans L’Amore in citta, Federico Fellini, Dino Risi ou Michelangelo Antonioni racontent des « histoires vraies », caméra au poing, collée à la misère, dressant le portrait-type de la jeune fille pauvre italienne du début des années 50. Les cinéastes sont de reporters, leurs scénarios, des faits-divers.
Pour Un’agenzia matrimoniale, Fellini filme déjà un journaliste faussement désinvolte qui plus tard se perdra dans La dolce vita, tandis que dans Paradiso per 3 ore Dino Risi promène sa caméra sur ses congénères au dancing en un tableau où jeunesse, beauté, laideur, fraicheur et transpiration se mêlent devant son regard sarcastique. en un bouquet entêtant.

L’Amore in citta, est à voir assolutamente !

L’occasion de renouer avec un cinéma exigeant et hyper réaliste et le temps du pain noir où rien ne portait à sourire …
Mais le temps de la comédie italienne et son pain blanc allait arriver !

Un « Amore in citta » aujourd’hui serait noir
et sans gluten 

Marie-No

Abou Leila-Amin Sidi-Boumediene

Film franco-algérien de 2 heures 13 minutes tourné en Algérie et dont la sortie a été retardée par le confinement. Réalisation, scénario et montage sont l’œuvre d’Amin Sidi-Boumediene.

Interprètes : Slimane Benouari (S.), Lyes Salem (Lofti),

Synopsis : Algérie, 1994. S. et Lotfi, deux amis d’enfance, traversent le désert à la recherche d’Abou Leila, un dangereux criminel. La quête semble absurde dans l’immensité du Sahara. Mais S., dont la santé mentale est vacillante, est convaincu d’y trouver Abou Leila. Lotfi, lui, n’a qu’une idée en tête : éloigner S. de la capitale. C’est en s’enfonçant dans le désert qu’ils vont se confronter à leur propre violence.

Amin Sidi-Boumediene avait 10 ans en 1990 quand la violence a commencé à frapper en Algérie et il ne mesurait pas les tenants et les aboutissants de la situation. Son grand frère lui a transmis son amour du cinéma. Il est parti en France faire des études au Conservatoire libre du cinéma pour se former à la technique. Il y a appris le métier d’assistant réalisateur et travaille depuis 10 ans en Algérie.

Amin Sidi-Boumediene ainsi que la script Sandra di Pasquale ont répondu à l’invitation des Cramés de la bobine et ont participé à l’animation de cette soirée.

Film – Révélé en 2019 à Cannes à la semaine de la critique, Abou Leila, road movie halluciné à travers une Algérie cernée par la violence, est enfin sorti en salles le 15/07/2020. Le réalisateur explique que son projet de long métrage est né d’un court métrage qui relatait la chasse au guépard d’un homme recueilli par les touaregs. Il est à rappeler que l’Algérie, un pays musulman, a été la première victime du terrorisme islamique.

Abou Leila est, avant tout, un thriller policier par moment fantastique et par moment un film d’horreur qui montre un pays imaginaire, qui nous fait rentrer dans la sensibilité des personnages, dans leur regard, leur fiction. C’est aussi une histoire de traumatismes qui ne sont ni guéris, ni pris en charge. Ce film parle de l’humanité, au sens large, de n’importe quel pays plongé dans la violence où l’être humain fait l’expérience d’une réalité oppressante, qui peut être traumatisante jusqu’à la folie.

Le spectateur est plongé dans une confusion étrange et importante sans début ni fin et qui n’est jamais expliquée. Le film ne cesse de muter. Il débute au son du chargement d’un revolver, un homme ouvre le feu et tue un avocat qui sort de chez lui.

Loin de la ville une voiture fonce vers le sud, à travers le Sahara algérien. A son bord, Lofti policier de la brigade anti-terroriste et S., ami et ancien policier que Lofti a sorti de son asile psychiatrique, qui poursuit de manière obsessionnelle un mystérieux homme : Abou Leila. Ils quittent la folie urbaine pour une folie sans limite dans le désert.

Ce film à l’atmosphère anxiogène montre la fraternité de deux hommes en fuite, désireux de s’extraire de la violence en traversant le désert. Les hallucinations de S se superposent au réel et finissent par le dissoudre : des hommes deviennent des bêtes sauvages, d’autres viennent et disparaissent. Les illusions et la narration sont perturbées par des pistes constamment brouillées.

Face à cette sauvagerie incontrôlable, les rapports peuvent se renverser. En effet, dans l’immensité du désert les âmes et leurs lois ne sont plus qu’animales.

Une chose est sûre : ce film ne laissera personne indifférent.

Marie-Christine

En bref sur quelques beaux films vus ici et là

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait Emmanuel Mouret : On dit qu’il est proche de Rohmer et de Woody Allen, nous pouvons aisément partager ce point de vue. Mais il y a chez Emmanuel Mouret une touche qui lui est propre. Nous avons tous vu beaucoup de films dont les personnages amoureux ou désireux de séduire, vont de l’un à l’autre, dans la plus grande indécision, les deux réalisateurs à qui on le compare nous en donnent un exemple, on pourrait en ajouter bien d’autres. « Dans les choses qu’on dit », il y a autre chose qu’un simple marivaudage ou qu’une valse des sentiments, dans son film, l’amour y est chose heureuse et douloureuse à la fois. En contrepoint de l’attrait, du désir de l’autre, et du bonheur qu’on espère, il y a souvent la douleur d’aimer avec son cortège : Inquiétude, hésitation, culpabilité, renoncements, accommodements, regrets et souffrance. Mais la vie va, avec toujours ce désir qui brûle ou picote, lui au moins est aussi fidèle qu’une ombre. Très belle distribution pour ce film remarquable. A l’Alticiné de Montargis

Jinpa Conte tibétain de  Pema Tseden, hier soir, bien heureux d’avoir vu ce premier film tibétain. Les grandes largeurs filmées avec du 1.33 ça donne de la hauteur, de vastes cieux, et de très belles images. Jinpa dans son camion hors d’âge, écoutant au sol e mio en radio cassette sur des routes cahotantes écrase un mouton qu’il charge dans son camion, puis prend en stop un voyageur un jeune homme, un certain Jinpa. Et ce Jinpa ne voyage pas pour rien, il a pour projet d’assassiner un homme qui a tué son père. Un film insolite qui nous montre un monde un peu onirique, entre la tradition et cette modernité qui pointe son nez. Avec humour, générosité, spiritualité et poésie . A l’Alticiné de Montargis

Adieu les cons, un film d’Albert Dupontel  qui sortira le 21 octobre 2020 avec Virginie Efira, Albert Dupontel et Nicolas Marié. C’était en avant-première à Fontainebleau avec la présence de Dupontel himself. Voici le synopsis : Lorsque Suze Trappet apprend à 43 ans qu’elle est sérieusement malade, elle décide de partir à la recherche de l’enfant qu’elle a été forcée d’abandonner quand elle avait 15 ans. Sa quête administrative va lui faire croiser JB, quinquagénaire en plein burn-out, (et oubli du synopsis, viré de manière moderne) et M. Blin, archiviste aveugle d’un enthousiasme impressionnant. À eux trois, ils se lancent dans une quête aussi spectaculaire qu’improbable. C’est un film tragicomique, un peu fou comme tout ce que fait Dupontel, à y regarder de près, grave. Au moment du débat Dupontel était pressé d’en finir, il parlait vite en n’était pas toujours sympathique. En fait, ce soir-là, allez savoir pourquoi, il fut le plus mauvais promoteur de son film. Il y a des soirs, où il vaut mieux rester au chaud. Exceptionnellement Ciné-Paradis Fontainebleau

Dans un jardin qu’on dirait éternel de Tatsushi Omori. vivre sa vie comme une cérémonie de thé avec l’actrice japonaise Kirin Kiki, morte en 2018 que nous connaissions bien aux cramés de la bobine puisqu’elle est de presque tous les films de Kore-Eda, que nous l’avons aussi vu dans « les délices de tokyo de Naomi Kawase. Ici elle est la maitresse Takeda qui enseigne chez elle l’art de la cérémonie du thé. C’est en accompagnant Niriko (Mikako Tabe)   que nous suivrons ce rituel. L’effort pour l’apprendre, la constance, la persévérance, nous paraissent presque absurdes, mais curieusement, on regarde, et on comprend que la cérémonie immuable du thé n’est que prétexte à autre chose de nature spirituelle, qui exige la perfection du geste, et une attention de tous instants. Le Zen nous échappe, on comprend que le geste change celles qui s’y appliquent et l’héroïne qui jamais n’a renoncé, deviendra Maitresse à son tour… Vox Château-Renard

Ondine est un Drame romance Allemand Français de Christian Petzold avec Paula Beer, Franz Rogowski,

Synopsis : Ondine vit à Berlin, elle est historienne et donne des conférences sur la ville. Quand l’homme qu’elle aime la quitte, le mythe ancien la rattrape : Ondine doit tuer celui qui la trahit et retourner sous les eaux…

Paula Beer l’actrice principale (et superbe) a 25 ans et elle a déjà 13 films à son actif, deux fois meilleur espoir, elle obtient avec Ondine, l’ours d’argent de la meilleure actrice. Et il faut bien le reconnaître, elle est belle et fascinante dans son rôle. Il y a aussi le fameux Franz Rogowski, (vous vous souvenez, Valse dans les allées). Ondine est la transposition d’une légende germanique. Et on ne peut s’empêcher de penser qu’un tel film aurait eu toute sa place dans une sélection des cramés de la bobine. Maïté nous aurait aidés à mieux le regarder. Si vous avez eu la patience de lire ces lignes, allez le voir.  A l’Alticiné  de Montargis

Encore un mot, avec ses salles grandes, hautes et spacieuses, avec son équipe professionnelle sympathique et rigoureuse, L’Alticiné respecte scrupuleusement les gestes barrières. Le ciné, un art à défendre!