Le Journal de Dominique-Prades 2026 (1)

            Fini les repas pris en commun : dans le catalogue du festival se trouve un plan de Prades avec les restaurants partenaires. Mais les Cramés qui ont testé regrettent de ne pas avoir pu finir leur repas (pas assez de temps entre midi et 14h + il y a d’autres clients à servir) et que les prix de certains d’entre eux soient trop élevés.

            De plus (last but not least), comment dans ces conditions partager sa table avec Michel Leclerc ou Stephen Frears ? 

            Je commence ma journée cinématographique à 17h…

            (Auparavant, projection de Butch Cassidy et le kid -zappé pour l’avoir revu il y a quelque temps- dans le cadre d’un hommage à ″Robert Redford le magnifique″)

            … avec Joachim Trier…

            (Il n’a pas pu venir, dommage -même si je ne suis pas très fan- ; nous a juste enregistré une petite vidéo)

            … dont les Ciné-Rencontres ont programmé une rétrospective présentée par N. T. Binh qui commence par nous dire quelques mots sur le réalisateur norvégien. Son grand-père maternel était un cinéaste expérimental…

            (Qui, si sa renommée n’a pas dépassé les frontières de son pays, est assez connu dans son pays)

            … et son père chef opérateur : il a donc connu les plateaux de cinéma dès son plus jeune âge. Il a fait ses études de cinéma à Londres, raison pour laquelle son premier court métrage, Pietà

            (2000. « Julian, narrateur de Pietà, raconte l’histoire de la perte de son meilleur ami Jacob. Il ne revoit Rebecca, mère de Jacob, que des années après la mort de son ami[1] »)

            Film de fin d’études)

            … projeté en début de séance, est en anglais.

            A remarquer : depuis ce tout premier film, Joachim Trier n’a eu qu’un seul (co)scénariste, Eskil Vogt, et un seul monteur, le danois Olivier Bugge-Coutté qui a fait un travail remarquable dans le premier long métrage du cinéaste, Nouvelle donne

            (2008. « Depuis l’enfance, Erik et Phillip, unis par une profonde amitié, ont pour ambition de devenir écrivains. Alors que le manuscrit d’Erik est rejeté, celui de Phillip est publié et le jeune homme devient du jour au lendemain une figure de la scène culturelle norvégienne. Cependant, six mois plus tard, Erik et ses amis vont chercher Phillip à l’hôpital psychiatrique[2] »)

            … film hommage à la Nouvelle Vague (va-et-vient entre présent et passé), sorte de Jules et Jim qui ne sont pas amoureux de la même femme mais ont en commun l’ambition de devenir écrivains.

            N. T. Binh définit Joachim Trier comme un cinéaste du 21è siècle nostalgique du 20è.

            (1998. « Isa a vingt ans, son sac à dos pour tout bagage et une « philosophie de la galère » plutôt souriante. Elle débarque à Lille, après d’autres villes de passage, à la recherche de petits boulots. Jamais les mêmes et jamais très longtemps. Son chemin croise celui de Marie, 20 ans, elle aussi. Fille du Nord, solitaire, comme Isa, mais pour d’autres raisons. Marie est sauvage, écorchée, révoltée contre sa condition sociale[3] »)

            … avec Natacha Régnier, actrice belge invitée des Ciné-Rencontres, à qui avait été attribué (ex-æquo avec Elodie Bouchez qui lui donne la réplique)  pour son rôle dans le film le prix d’interprétation féminine à Cannes, avant qu’elle ne reçoive le César du meilleur espoir féminin l’année suivante. Film déterminant pour la comédienne…

            (Merci Erick Zonca pour l’avoir choisie. A un critique qui lui dit, Vous avez fait Natacha Régnier, le cinéaste a eu l’élégance de répondre, Elle s’est faite à travers mon film.) 

            … dont la carrière ensuite décolle.

            Elle doit y faire preuve de douceur et de violence. Au milieu du tournage, elle téléphone à son agent, C’est trop dur. Elle veut arrêter. Il ne lui demande pas de continuer, C’est ton choix. Elle n’abandonne pas et reprend le travail.

            Film vu à sa sortie et jamais revu depuis, je l’avais totalement oublié et le redécouvre avec intérêt. Grégoire Colin : joue un sale type friqué, patron de bars et de boîtes de nuit, qui s’impose, fascine Natacha/Marie et la fait craquer pour mieux la jeter ensuite (elle ne s’en remettra pas) comme une vieille chaussette. 

  

Natacha Régnier

           

            (2026. « Deux demi-sœurs aux approches opposées s’introduisent par effraction dans la maison de leur père décédé pour récupérer ce qu’elles estiment leur revenir, mais découvrent que sa véritable volonté est de réparer les liens qu’il a contribué à briser[4] »)

            … premier court métrage, présenté à Cannes cette année, de Natacha Régnier en tant que réalisatrice.

            C’est la soirée d’ouverture et, avant la projection des films, nous avons droit à différents discours, dont celui de la nouvelle maire de Prades qui rend hommage à la culture, ce qui est réconfortant quand on sait que notre maire nouveau à nous veut, à terme, supprimer le Conservatoire Patricia Petibon, trois pétitions circulent, parmi elles une émane de la chanteuse lyrique elle-même…

            (Une amie me dira, Le maire ne sait peut-être même pas qu’elle est née à Montargis. Et moi j’ajouterai qu’il ne sait peut-être tout simplement pas qui elle est)…

            … « J’apprends, le cœur serré, que des mesures budgétaires soudaines, prises par le nouveau maire RN, mettent en péril, de façon imminente, l’avenir de ce conservatoire prestigieux dont je suis la marraine.

            Native de Montargis, dès l’âge de cinq ans, j’y ai fait mes études jusqu’à ma majorité. Sans cette chance de côtoyer de près l’apprentissage de la musique, je ne vous parlerais pas aujourd’hui à cœur ouvert en tant qu’artiste lyrique internationale et marraine de ce conservatoire.

            Des générations d’élèves y ont été formées dans une diversité culturelle de qualité, mettant en lumière le plaisir de jouer, de jouer ensemble. C’est toute l’histoire de ce lieu, de renommée régionale et internationale, qui est en voie d’être effacée par ces coupes sombres touchant le recrutement des professeurs et l’offre des disciplines.

            La culture n’est pas une variable d’ajustement budgétaire.

            Je lance ce cri d’alarme en vous invitant à vous questionner et à entrer en résistance pour sauver notre conservatoire.

            La culture, c’est le poumon de notre humanité. Dans un monde en constante transformation, et dans un contexte de guerre, n’oublions jamais que la culture est ce qui nous reste quand on n’a plus rien. Ce n’est pas une valeur marchande : c’est celle qui crée le lien. C’est celle qui prend soin de ce qu’il y a de plus précieux en nous.

            Dans une forêt, les grands arbres font de l’ombre aux plus petits afin de les laisser grandir. Laissons nos enfants errer, se nourrir du beau, rêver leur vie ! Ne les privons pas de l’essentiel, ce qui ne s’achètera jamais et fera toujours notre grandeur !

            La musique est la plus belle des politiques parce qu’elle est poétique et qu’elle rassemble les cultures. »

            Patricia Petibon, artiste lyrique, soprano colorature[5]

            Et une autre de Bruno Nottin[6]

            (« Sauvons le conservatoire et la culture à Montargis !

            Après des paroles faussement rassurantes pour ne pas inquiéter, le couperet est tombé en plein cœur de l’été. Le nouveau maire d’extrême droite a décidé de faire 200 000€ d’économies sur les emplois communaux dont 120 000€ de coupes budgétaires sur le conservatoire : suppression de six professeurs, annulation d’une grande partie de la saison musicale portée par un concert des professeurs ainsi que le non renouvellement du poste du pianiste qui part en retraite.

            Et ce n’est que provisoire car entre coupes budgétaires et tarifs d’inscriptions exorbitants pour les usagers extérieurs à la commune, le conservatoire ne s’en relèverait pas. Le scénario du maire annonce un nombre d’élèves en chute libre en passant de 473 élèves aujourd’hui à 132 dans deux ans ! Cela mettrait fin à ce fleuron de la ville qui faisait rayonner Montargis au-delà de l’agglomération.

            Pourtant, grâce à l’énergie déployée, à la qualité du travail accompli au sein du Conservatoire, les résultats sont impressionnants : déjà 370 enfants et adultes ont rempli un dossier de préinscription pour la rentrée, et plus d’une centaine sont encore attendus. Avec ces coupes budgétaires décidées par le maire, tous les élèves ne pourront pas s’inscrire et un tri devra être fait !

            Terriblement injuste pour ceux et celles en cours de cycle qui devaient accéder à des diplômes et qui seront sans solution pour poursuivre leur engagement. De nombreux parents vont avoir la surprise de cette nouvelle dans les médias puisque rien n’a été mis en place actuellement pour les prévenir. Ils vont se retrouver sans solution pour leurs enfants ! C’est parfaitement scandaleux ! 

            Jamais une majorité municipale n’avait osé remettre en cause les crédits alloués au conservatoire. Et bien évidemment, le maire s’était bien gardé de mettre dans son programme municipal cette orientation.

            En s’attaquant ainsi frontalement à un établissement culturel qui participe largement au rayonnement de la ville de Montargis, le maire d’extrême droite continue sa politique d’hyper austérité sur les dépenses de santé, formation et culture.

            Alors que les dépenses de la ville vont augmenter pour acheter des armes et des munitions (+ 78 000 euros), ainsi que pour le marché de Noël (+57 000 euros), le chantier de la nouvelle école aux Closiers ainsi que le projet de médecine intégrative pour les malades du cancer sont à l’arrêt, et les crédits de fonctionnement des écoles sont réduits de 50 000 euros.

            Et c’est maintenant le conservatoire qui est attaqué frontalement et à terme menacé de disparition. Ces choix financiers se font au détriment de l’humain et traduisent bien une orientation anti solidaire, anti éducation, anti formation, anti sociale, anti santé, anti culture, anti avenir. 

            Décidément, l’extrême droite n’aime pas la culture. Lors du dernier conseil municipal, le maire avait fait voter une explosion des tarifs de la saison théâtrale. À l’opposé de cette vision d’un autre âge, nous pensons que la culture devrait être un point important de la gestion municipale, pour l’émancipation individuelle et collective, l’enrichissement intellectuel, l’éveil à la création. C’est tout l’intérêt de mettre les moyens suffisants pour faire fonctionner le conservatoire Patricia Petibon.

            Quel est l’avenir d’une ville qui ne veut plus investir pour les écoles, la formation, la santé ? Quel est l’avenir d’une ville qui détruit la culture ? 

            Signez cette pétition pour que le maire RN, Côme Dunis revienne en arrière et redonne les moyens supprimés au conservatoire !

            Les élus du groupe « Montargis pour tou-te-s » »)

            …à signer d’urgence.

 Comme tous les films de Robert Redford, déjà vus et revus, je zappe Des gens comme les autres, de même que Le fils de Joseph d’Eugène Green (celui-ci, je l’aurais bien revu mais il reste deux séances en ce jour et je vais encore me coucher tard) dans lequel les personnages font les liaisons (depuis, j’appelle ma banque Le Crédit Tagricole) pour commencer ma journée cinématographique à

               (2026. « Dans une serre du sud de l’Espagne, Iván tombe amoureux de Hadoum, une collègue nouvellement embauchée. Mais sa promotion tant attendue vient perturber leur relation, le forçant à décider quel genre de personne il veut devenir[7] »)  

             … de l’Espagnol Ian de la Rosa.

            Histoire d’amour contrarié entre un Espagnol et une Marocaine.

            Note : 3/5

            (2026. « Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur[8] »)

            … du Français Emmanuel Marre qui a remporté le prix du scénario à Cannes.

            Film franco-belge, raison pour laquelle un Louis Héliot enthousiaste est chargé de sa présentation.

            Emmanuel Marre a fait ses études de cinéma en Belgique à Louvain-la-Neuve. Jusqu’alors, il tournait sans scénario, celui-ci s’écrivant au fur et à mesure des répétitions avec ses acteurs. Pour Notre salut, il a été obligé d’en présenter un mais n’a pas pour autant changé ses habitudes.

            Swann Arlaud, pressenti pour le rôle principal dès le début, a commencé par le refuser (personnage négatif) avant de revenir sur sa décision après des essais.

            Le protagoniste : inspiré par un arrière grand-père du cinéaste, Henri Marre, auteur d’un livre intitulé Notre salut, traité politique pétainiste. Est allé à Vichy afin de le proposer au gouvernement avec l’espoir de se faire embaucher. Le film le montre finissant par vivre, à Limoges, dans un appartement ayant appartenu à des Juifs et prenant part aux rafles en fournissant de l’essence et des camions à la Préfecture. Cependant, dit Emmanuel Marre, « dans ma famille on n’a jamais parlé de lui comme une personne ayant participé à des choses horribles, mais plutôt comme un individu à côté de la plaque ».

            Les lettres (retrouvées dans un carton par une tante du réalisateur) échangées par Henri Marre et sa femme avant qu’elle ne vienne le retrouver à Limoges avec leurs enfants (et plus tard) ont constitué la base sur laquelle s’est construit le scénario. Des extraits en sont lus en voix off.

            Musique employée de façon originale : pas d’époque. L’un d’eux (Popcorn, Hot Butter, 1972) sert à animer la soirée du préfet (extraordinaire séquence où la femme d’Henri Marre, interprétée par la comédienne belge Sandrine Blancke, mène la danse et entraîne les autres invités en sautillant et en simplement montant alternativement ses épaules).

            Humour : interrogé par un de ses fonctionnaires sur des problèmes qu’il rencontre dans son service, le maréchal Pétain (filmé de dos de très près, on ne voit que son képi), de passage à Limoges, est davantage intéressé par le gueuleton qui va suivre, Quand est-ce qu’on mange ?

            Je ne serais pas étonnée si Swann Arlaud remportait un César l’année prochaine.

            Je zappe La Raison du plus faible (vu en novembre dernier à Arras) et Oslo, 31 août également déjà vu, même si c’était il y a plus longtemps.

            (2026. « Trois femmes dans trois villes européennes (Budapest, Berlin, Paris) ont 24 heures pour prendre l’une des décisions les plus difficiles de leur vie. Une adoption, une insémination, un avortement. Trois portraits de femmes iconoclastes »

            … de la Hongroise Borbála Nagy. En compétition pour le prix Solveig Anspach.

            Est-ce les sujets du film ? Je ne rentre pas dedans.

            Note : 2.

            20h 30. Lecture par Natacha Régnier de Le Frigidaire est vide. On peut le remplir, réplique du film Demain on déménage et texte autobiographique de Chantal Akerman écrit à la demande du Centre Pompidou à l’occasion d’une rétrospective qui lui était consacrée. Louis Héliot et Natacha Régnier en ont extrait ce qui a trait au cinéma.

            Où Chantal Akerman (entre autres choses) dit qu’elle est une ressasseuse. « Et parfois à force de ressasser, je m’ennuie moi-même. Ma vie est longue, un long ressassement ».

               Parle de son amitié pour Delphine Seyrig, Aurore Clément…

            (Qu’elle rencontra, je crois, pour la première fois à Rome. Elle avait en tête une brune et se retrouva face à une blonde magnifique et pleine de grâce et oublia instantanément son idée initiale)

            … et quelques autres.

            Où elle dit son malaise quand, ayant voulu être dans la salle lors de la première d’un de ses films (peut-être Jeanne Dielman), elle entendit claquer les fauteuils des spectateurs qui quittaient la salle en cours de route. Jamais elle ne recommença et elle essaya de faire revenir (en vain) Aurore Clément sur sa décision de tenter elle aussi l’expérience qui s’avéra également malheureuse.

  

Natacha Régnier lit Chantal Akerman

            Où elle révèle avoir aimé passionnément Pierrot le fou, avec Anna K et Jean-Paul Belmondo.

            Lecture suivie, à

            (2004. « Une mère revient vivre chez sa fille après la mort de son mari avec piano, bagages et meubles. La fille n’arrive pas à écrire son livre érotique malgré les conseils judicieux de sa mère qui, contrairement à elle, en connaît un rayon dans son domaine. C’est bientôt trop encombré pour elles. Il faut déménager et vendre. C’est alors que la ronde des visiteurs commence et que l’histoire bascule[9] ») 

            … de Chantal Akerman, ave Aurore Clément, Sylvie Testud et Jean-Pierre Marielle.

            Ayant déjà refusé le rôle de La Captive (ne s’est pas sentie capable de le jouer ; beaucoup trop noir) que la cinéaste lui avait proposé, Natacha Régnier n’a pas voulu rater cette deuxième chance. Mais le rôle est aux antipodes de ce qu’elle est dans la vie. Elle venait d’être mère…

            (Aurait pu avoir une demi-douzaine d’enfants ; n’en a que deux -des filles- mais désormais elle prend du temps pour les élever)

           … et le personnage…

            (Enceinte jusqu’aux yeux, à une semaine d’accoucher, ne veut pas l’enfant qu’elle attend)

            … est à l’’inverse de ce qu’elle est dans la vie. Comment faire ? Elle se met alors à faire des va-et-vient sur la plage du Portugal où elle est en vacances. Jusqu’à ce qu’elle trouve. Mais elle ne nous dit pas quoi. Secret d’artiste.

            J’avais oublié ce film, vu lors de sa sortie. Je ne sais plus ce que j’en avais pensé mais aujourd’hui je ne l’aime guère. Trop loufoque. Farfelu. Exagéré. Je ne rentre pas dedans.

            (1999. « Alice et Luc, deux adolescents, décident de commettre un meurtre et assassinent Saïd, un camarade de classe. Aussitôt fait, ils s’enfuient dans une forêt enterrer le cadavre. Là, ils font la rencontre de l’homme des bois[10])

            … deuxième film de François Ozon, cinéaste très prolifique : il fait un film par an grâce, entre autres, au CNC. Ce qui n’est pas possible en Belgique, dit Louis Héliot, où il faut trois ans (c’est le cas pour les Dardenne) entre l’écriture du scénario, la production et le tournage.

            Dans Les amants criminels, Ozon réunit deux pépites du cinéma belge, Jérémie Rénier…

           (A qui on ne proposait que des rôles semblables à celui qu’il tenait dans La Promesse et qu’il avait tous refusés)

           … et Natacha Régnier, sortes de Hansel et Gretel qui, dans la forêt où ils enterrent le cadavre de leur camarade, rencontrent un ogre incarné par Miki Manojlovic, acteur découvert chez Emir Kusturica.

           11 h. Rencontre avec Natacha Régnier animée par Louis Héliot.

           Natacha Régnier. A reçu une éducation stricte.

            Enregistrait sur K7 les films qui passaient tard à la télévision. Aimait Jacques Demy et Peau d’âne et Le Passe-muraille avec Bourvil, que rien n’arrête mais qui perd son don par amour. Découvre le cinéma d’auteur avec La Belle noiseuse, Paris Texas et Le Maître de musique.

            Ado, se demandait quelles études entreprendre.      

            A commencé par faire un conservatoire de quartier.

            Malgré le désaccord de ses parents, s’inscrit à l’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle dont elle sort cassée par le directeur (n’ai pas noté les termes employés mais c’était très violent) devant les autres élèves. N’a plus confiance en elle pour faire du théâtre.

            Suite à un appel de production, Pascal Bonitzer l’engage pour son film Encore.

            Jean-François Gabard, qui est devenu son agent (ne savait pas ce que c’était : il n’y a pas d’agents en Belgique) lui fait tourner des téléfilms.

            Puis c’est La Vie rêvée des anges.

            Suit un film d’action : Les amants criminels. On a beaucoup ri en faisant le film, dit Natacha Régnier. Complicité. Bulle de joie.

            Fait la connaissance de Michel Piccoli sur le tournage de Tout va bien, on s’en va (2000. Claude Mouriéras). Afin de ne pas être trop impressionnée, elle le tutoie d’emblée. Quand les autres comédiens vont dans leur loge lorsqu’ils ne tournent pas, il reste sur le plateau. S’intéresse aux techniciens. Natacha Régnier l’accompagne. Respect et dignité. Michel Piccoli : un modèle.

            Quant à Michel Bouquet, il avait « toujours l’impression d’être un jeune homme de 17 ans ».

            Natacha Régnier a aussi tourné en 2012 dans Le Capital de Costa-Gavras. Afin que son personnage, assis à une table, fasse montre de malaise, il lui fait porter un kilt qu’on ne voit pas à l’écran. C’est ça la direction d’acteur. Tournage délicieux. Pour les Gavras aussi la famille est ce qu’il y a de plus important.

            Elle vit à Paris depuis trente ans. N’a pas pris pour autant la nationalité française pour se rappeler d’où elle vient. Tient à sa belgitude, au surréalisme. 

            Petite expo de photos de fenêtres qu’elle aime pour la lumière qu’elles laissent entrer.

            Natacha Régnier : une belle personne.     

            Nous partons avant la fin des échanges pour aller au restaurant L’Orri à 12h 15 et ainsi, pour ceux qui vont (re)voir Les Hommes du président, avoir fini de déjeuner pour 14h. En ce qui me concerne, je ne retourne au Lido qu’à

            (2025. « À 11 ans, Yuna vit avec son père Julien, un ancien athlète de haut niveau. Le père et la fille forment un duo complice et mènent une vie paisible dans la banlieue flamande. Il y a aussi Kai, le grand frère qui poursuit ses études en Allemagne. Yuna se réjouit de voir les grandes vacances approcher car elle part camper avec son papa. Mais le premier jour de l’été, Julien a un accident. La mère de Yuna revient alors en urgence du Japon, où elle a refait sa vie 7 ans plus tôt[11] »)

            … de Miwako Van Weyenberg, en compétition pour le prix Solveig Anspach. A pour sujet la communauté japonaise en Belgique (ici, en Flandres). Est-ce parce que le film traite du Japon qu’il me plaît ? En partie mais pas que. Les réactions de Yuna face aux changements qui s’annoncent sont finement observées. Elle est souvent filmée en train de manger (entre autres, des corn flakes secs qu’elle pioche à même la boîte) à grands mouvements de mâchoires : trait caractéristique de l’adolescence ou effet de son malaise ? Sûrement un peu des deux.

            Note (peut-être excessive ? mais non) : 5

            (2006. « Au moment de choisir leur vie, Eloi et Alexandre tombent sous l’influence d’André. Celui-ci devient, tout à la fois, leur ami, leur directeur de conscience, leur imprésario, leur maître à penser. Un jour, André disparaît…[12] »)

            … troisième film que Natacha Régnier a tourné avec Emmanuel Bourdieu qui, depuis a délaissé le cinéma pour se consacrer à sa famille (il a cinq enfants).

            Film intello (on n’est pas le fils de Pierre pour rien) mais néanmoins accessible. Milieu universitaire (il est question de DEA) et littéraire (la mère d’un des étudiants est écrivaine). André pense qu’on n’a pas le droit d’écrire si ce n’est par nécessité vitale et décourage ses camarades dans leurs velléités d’écriture, trouvant mauvais tout ce qu’ils produisent et le leur faisant savoir sans ménagements. Il va même jusqu’à supprimer de son ordinateur une nouvelle…

            (Heureusement, Malek Zidi, qui s’y connaît en informatique, la récupère en fouillant dans le disque dur)        

            … écrite par Natacha Régnier.

            André est un personnage déplaisant, pas plus doué que ses camarades excepté pour la tchatche. Incapable de mener à bien son DEA, il gifle son prof et disparait, faisant croire à ses camarades qu’il part poursuivre ses études aux Etats-Unis. Lorsqu’il réapparaît brièvement dans leur vie, c’est pour leur avouer qu’il n’est jamais allé aux USA, qu’il est devenu prof de culture générale dans l’armée et leur dire (il veut s’en persuader) que, s’ils sont devenus comédien et auteur à succès, c’est grâce à ses critiques. Après quoi il disparaît dans la nuit. 

           C’est la fête nationale de Belgique. Ce matin Louis Héliot nous a siffloté La Brabançonne en guise d’introduction à la présentation du film et ce soir on la lui sert sur un plateau, musique et paroles qui s’affichent sur l’écran et qu’il chante à pleine voix.       


[1] https://www.premiersplans.org/fr/film/pieta

[2] https://www.google.com/search?q=nouvelle+donne+joachim+trier&sca_esv=83b90f24a9a15629&biw=1600&

[3] https://www.festival-cannes.com/f/la-vie-revee-des-anges/

[4] https://www.notrecinema.com/communaute/v1_detail_film.php3?lefilm=805645

[5] https://www.change.org/p/patricia-petibon-sauvons-notre-conservatoire-de-montargis-en-grand-danger?signed

[6] https://www.change.org/p/sauvons-le-conservatoire-et-la-culture-%C3%A0-montargis?recruited_

[7] https://www.festival-cabourg.com/editions/2026/films/ivan-et-hadoum

[8] https://www.festival-cannes.com/f/notre-salut/

[9] Catalogue des Ciné-Rencontres

[10] https://www.legrandaction.com/films/les-amants-criminels/

[11] https://grignoux.be/fr/film/2627/soft-leaves

[12] https://www.legrandaction.com/films/les-amities-malefiques/

Le Journal de Dominique

(1979. « Sur la musique envoûtante de John Williams, Badham revisite le mythe de Dracula en troquant l’horreur brute contre une sensualité gothique assumée. À l’image de la mise en scène, élégante, Frank Langella incarne un vampire aristocratique plus séduisant que monstrueux. Une variation romantique et mélancolique sur la légende ») 

… présenté par son réalisateur, John Badham, invité d’honneur du festival de la Cinémathèque. 

Après le succès de La Fièvre du samedi soir qui a rapporté gros, carte blanche lui fut donnée pour faire le film de son choix. Ce fut Dracula, incarné par Frank Langella, loin de ceux de Belá Lugosi, Christopher Lee et la cinquantaine d’autres qui peuplent le cinéma sud-américain. Revenant au roman de Bram Stocker, John Badham fait de Dracula un être séduisant, nous mettant en garde contre les dangers qui peuvent se dissimuler derrière la beauté : celle-ci peut cacher le mal absolu (ce qui contredit un peu le résumé de la cinémathèque mais me semble plus approprié) → attention à ne pas se laisser envoûter.

Le film débute non par le voyage de Jonathan Harker en Roumanie mais directement par l’arrivée en Angleterre du bateau transportant Dracula, par une terrible tempête. Le vampire échoue sur une grève et la première chose qu’on voit de lui est une main fine qui sort de dessous la fourrure (semblable à celle du loup dont il prendra l’apparence) de son manteau.

Couleurs rares : camaïeu de gris pour la demeure de Dracula et…

(Mis à part un plan superbe dans lequel le vampire est couché sur Lucy, tous deux silhouettés de noir sur fond rouge -le sang- et mouvant -les flammes de l’enfer-)

… d’ocre pour le reste du film.

Avec Donald Pleasence (le directeur de l’asile qui, quoi qu’il arrive, ne perd jamais l’appétit) et Laurence Olivier (Van Helsing), vieilli, émacié, loin du fringant Andrew Wike qu’il incarnait six ans auparavant.

(1983. James L. Brooks. « Chronique familiale drôle, cruelle et bouleversante, Tendres Passions détricote le lien orageux mais indestructible entre une mère et sa fille -le duo Shirley MacLaine et Debra Winger- avec une écriture ciselée et des personnages désarmants d’humanité. Un classique hollywoodien sur les failles de l’intimité, récompensé par cinq Oscars, dont celui du meilleur film »)

… suivi d’un dialogue avec Debra Winger (belle et élégante femme aux cheveux blancs), autre invitée d’honneur.

     Debra Winger avant…           … et maintenant, toujours belle

Le film (le premier de son réalisateur) : destiné au public américain. Mélo…

(Trois mois de préparation et dix jours de répétition au cours desquels James Brooks matérialisait les décors en mettant du scotch par terre, ce qui déstabilisait l’actrice qui avait du mal à imaginer les lieux) 

… qui n’a pas marché en France…

(Ça ne m’étonne pas, c’est quand même très mélo, même si James Brooks disait que c’était une comédie : face au drame, on peut trouver à rire. Ah ! La fin, avec la mort de l’héroïne ! Manquait que ça !) 

… mais fut bien reçu au Japon.

Debra Winger a eu beaucoup à imaginer, à explorer : elle n’était pas mariée, n’avait jamais été enceinte.

C’est elle qui a eu l’idée de se mettre de la crème solaire sur le nez : la maquilleuse ne voulait pas sans l’accord de James Brooks mais elle l’a fait quand même, ce qui a déclenché le rire du réalisateur (elle imite le rire : des grands ah ah ah).

« Debra Winger n’a pas de scène avec Jack Nicholson mais ils étaient amis et s’aidaient pour répéter. Il n’y a pas eu d’antagonisme avec Shirley MacLaine, actrice d’une autre génération, malgré ce que certains ont pu prétendre.

Elle aimait beaucoup Robert Redford. Un jour, avec son agent, elle avait rendez-vous avec lui pour savoir s’ils pouvaient s’entendre pour tourner ensemble. Comme toujours il était en retard, mais elle l’a aperçu quand il est arrivé dans sa voiture, l’a vu vérifier sa coiffure et mettre une veste malgré la chaleur, et elle a apprécié le fait qu’il n’ait pas voulu les rejoindre avec une allure négligée.

Elle avait besoin de jouer mais pas pour l’argent. Elle n’était pas faite pour le cinéma et a choisi de se retirer pour vivre une vie de famille. Mais elle n’est pas fermée au cinéma pour autant : elle aimerait y retravailler, mais avec des cinéastes européens.

Au cours de l’entretien, elle repère quelqu’un qui la filme avec une caméra, lui demande s’il travaille pour une chaîne YouTube. Je n’entends pas la réponse, mais elle lui enjoint alors de braquer la caméra sur elle et lance « Free Palestine ! » ».

Dominique

Le Journal de Dominique – Animal Totem – Benoît Delépine 

Mardi 11 novembre

16h. Animal totem

Conte écolo tourné dans un format qui n’existe pas, plus large que le cinémascope en utilisant les marges de ce dernier, Ce n’est peut-être pas le plus grand film cinématographiquement parlant, mais c’est le plus grand par la taille ! dit Benoit Delépine, qui est accompagné par son actrice Solène Rigot.  

Le personnage interprété par Samir Guesmi…

(Benoît Delépine dit l’avoir rencontré dans un festival où il avait gagné quatre prix pour un court métrage, faisant à chaque fois un discours différent, et sa simplicité l’avait séduit. Samir Guesmi : « Ibrahim, mon premier film comme réalisateur, avait été sélectionné au festival du film francophone d’Angoulême en 2020. Benoît Delépine et Gustave Kervern, qui coprésidaient le jury, m’avaient donné quatre prix. A chaque fois que je montais sur scène pour les recevoir, j’hallucinais ! Benoît m’a expliqué que mon attitude ce jour-là l’avait convaincu de me donner le rôle principal de son nouveau film, Animal totem : un homme en costume-cravate qui se promène avec sa valise à roulettes dans les champs et les banlieues de Picardie. Ce personnage énigmatique et déterminé dans sa mission m’a tout de suite plu. Darius suscite l’intérêt, dans le sens où on le découvre au fur et à mesure de son cheminement. Quand je comprends tout d’emblée, je m’ennuie. Ce qui m’intéresse, c’est l’inconnu »)

… part, depuis l’aéroport de Beauvais où il déclare avoir perdu ses papiers, à pied à travers la campagne, suivant des routes et des chemins et coupant parfois à travers champs de tournesols et de maïs, consultant une boussole pour s’orienter. Il traîne derrière lui une valise à roulettes attachée à son poignet par des menottes et fait diverses rencontres : un policier stagiaire qui se prend pour le taxi driver de Scorsese…

(Il rappelle ceux de Dossier 137 et fait très peur quand il énumère avec gourmandise toutes les armes dont il disposera quand il sera titulaire)

… des joueurs de billard qui l’invitent à une partie (malgré son poignet menotté à la valise il réalise du premier coup un sans faute) ; des enfants qui apprennent à tirer à l’arc…

(Il met trois fois dans le mille, une seconde flèche venant s’encastrer dans la première et une troisième dans la seconde, ce qui donne une longue tige mouvante ondulante et fait demander à une gamine, Ça vaut combien de points ?)

.. un chasseur en tenue de camouflage qui le menace de son fusil et dont il se débarrasse par un tour de passe-passe que j’ai oublié de la magie, dira Annick– ; un poète (c’est Patrick Bouchitey) ; le conducteur d’une voiture qui s’arrête pour lui demander d’un ton peu amène, Qu’est-ce que vous faites là, à quoi Samir répond -allusion au bouddhisme-, Je suis sur la voie du Grand Véhicule ; une jeune fille qui s’introduit chez les vieux pour chercher leurs codes internet et se faire des virements, des animaux… 

(Oiseaux divers ; biche ; limace qu’il sort d’un champ pollué pour la déposer plus loin sur une feuille saine etc.)

… des loubards qui l’attaquent et dont il se débarrasse en faisant tournoyer sa valise, un autre qui l’attire chez lui afin de l’affronter dans une cage, mais Samir d‘une pichenette l’envoie à terre. En gage : le contenu de la valise, qui se révèle être vide.

Finalement il se retrouve à la Défense où il a rendez-vous avec le PDG de Totem Energies (c’est Olivier Rabourdin), qui est un salopard de première, amateur de chasse en Afrique et, Samir prétendant être lui aussi chasseur (de sangliers), l’invite à venir dans sa propriété. Là, Samir dévoile son jeu : il veut faire signer par Olivier un papier dans lequel il renonce à acheter un terrain pour implanter une nouvelle usine. Olivier, naturellement, refuse et Samir le tue en lui envoyant un projectile dans le front, après quoi il lui tranche la tête le système d’ouverture du portail dépendant d’un scanner de l’iris de l’œil du propriétaire

(Une dame évoque Quentin Tarantino mais Benoît Delépine dit que ce n’est pas le cas : il n’y a pas de sang)

… en sautant à pieds joints sur la valise dans laquelle il a fourré ladite tête qu’il va ensuite jeter dans une benne à « déchets non revalorisables », et le cinéaste avoue qu’il a fait trancher la tête pour le plaisir de tourner cette scène, il n’a rien contre les mecs du genre d’Olivier mais contre ce qu’ils ont dans la tête.

Et Samir retourne à pied (pour l’empreinte carbone) à l’aéroport de Beauvais près duquel il a garé son tracteur et retrouve son champ où il fait pousser des légumes bio. Il a trouvé son animal totem : l’abeille.

Dominique

Journal de Dominique -Arras Nov-25

Lundi 10 novembre

Père : médecin dans un hôpital, passionné de cinéma. Mère prof d’anglais. Tous deux sont bon public.

Fait du patinage artistique.

En classe de seconde, intègre un club théâtre.

Fatigue scolaire.

Suit des cours de comédie à l’Ecole de la rue Blanche. Chroniqueuse dans l’émission d’Edouard Baer chez Radio Nova. Vient au cinéma par le théâtre. Parcours désordonné, chaotique, bordélique. Pas de plan de carrière. En tournant dans une sitcom, a appris à se débrouiller avec des trucs plus ou moins bien écrits. 

Est pétrie de doutes, de culpabilité. Mais fait preuve aussi de fantaisie.

Ne s’identifie pas à l’image iconique des actrices. Aime les grands mélos avec Natalie Wood.

Retour sur son parcours cinématographique (extraits) :

Jusqu’à la garde (2017, Xavier Legrand). Premier grand rôle.

Incroyable mais vrai (2022, Quentin Dupieux). Film à très petit budget qui dit quelque chose sur les abîmes et gratte dans des endroits pas très confortables. Humour. Personnages qui ne cadrent pas avec le décor.

Le mélange des genres (2025, Michel Leclerc). Eloge de la tendresse. La comédie permet de dédramatiser.

La guerre des mondes (2019-2022). Série télévisée franco-américano-britannique dans laquelle elle incarne une astrophysicienne et a pour partenaire Gabriel Byrne. Les séries : le scénariste peut décider de vous en faire sortir.

Invitée à choisir un film projeté pendant le festival, opte pour Norma Rae

(1979, Martin Ritt. « Une ouvrière dans une filature du Sud lutte pour fonder un syndicat malgré l’hostilité de ses collègues »)

… énergie, candeur, adversité, silence du collectif : même si Norma sait qu’elle va perdre son travail, c’est un risque à prendre.

18h. Dossier 137

(2025, Dominik Moll. « Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité. Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro »)

Une dame de l’assistance qui a participé à de nombreuses manifs dit ne plus aller à Paris ni même à Lille parce qu’elle a peur.


1 https://festival-larochelle.org/film/dossier-137/

Journal de Dominique-Prades 2025, suite et fin (2)

5h 07. Bip de mon téléphone…

(Au contraire de mon Nokia précédent, je suis obligée de le laisser allumé si je veux avoir la fonction alarme, c’est malin)

… on m’a envoyé un message. Comme je suis entre deux phases de sommeil, je le consulte, on ne sait jamais : « Lauryne ? »

5h 09. « Non » (l’envoyeur du message a de la chance que j’aie un portable à touches : trop long d’en écrire davantage ; sinon, il aurait reçu un truc du genre, Non mais ça va pas la tête d’envoyer des sms à cette heure-ci, y’en a qui dorment).

5h 12. « Pardon, bonne journée ».

7h 15. Sonnerie du réveil. Je ne vais pas à la séance de 9h…

(La Loi du marché de Stéphane Brizé, autre réalisateur invité. Excellent film -vu à Troyes avec JC- mais dont la caméra mouvante m’avait donné mal au cœur : pas envie de retenter l’expérience)

… et reste tranquillement dans ma chambre afin d’écrire.

14h. A l’âge de 20 ans, un DUT électronique en poche, à part des Louis de Funès et des Belmondo le dimanche soir à la télévision, Stéphane Brizé…

(Seul cinéaste que N. T. Binh ait jamais vu venir présenter ses films AVANT  la projection en plus d’être là après. Demain, Claire Burger fera de même. Bonne ‶contagion‶ ?)

… n’avait jamais vu de film…

(Quatrième enfant d’une famille qui en compte cinq, il vient d’un milieu modeste -père fonctionnaire-, sans appétence pour le cinéma. Pas d’argent pour y aller. « Ça n’est pas pour nous ». Mais en quoi ça ne l’est pas ?)

… ni (excepté Le Rouge et le noir, pour un cours de français) lu un livre.

1987.  Il  monte  à  Paris.  Il  écrit  un  long  métrage  et  l’envoie  à un  producteur  qui l’accepte mais lui dit que ça serait bien s’il commençait par faire un court métrage. Ce sera Bleu dommage (1993. « Mademoiselle Solange aime son travail, c’est bien dommage… ») de et avec (« J’avais. 27 ans et douze kilos de moins »). Pour faire sérieux, crée un story-board (ce qu’il ne refera jamais). Sur le tournage, il se rend compte que jouer ne l’intéresse pas : sa carrière d’acteur s’arrête au bout de trois jours. Au contraire, à l’instant où il est sur le plateau, il se sent chez lui. 

(2012. « A 48 ans, Alain Evrard est obligé de retourner habiter chez sa mère. Cohabitation forcée qui fait ressurgir toute la violence de leur relation passée. Il découvre alors que sa mère est condamnée par la maladie. Dans ces derniers mois de vie, seront-ils enfin capables de faire un pas l’un vers l’autre ?) »)

… second film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon.

Le point de départ : un documentaire, Le choix de Jean, qui suit un protocole de suicide assisté. Cependant, le sujet du film est l’histoire d’amour entre un fils et sa mère.

Annie Cordy (elle avait tenu un rôle dramatique dans Les Passagers de la pluie) : pressentie pour jouer le rôle de la mère. Lorsque Stéphane Brizé la rencontre, elle tient un bichon dans les bras et lui dit qu’elle ne comprend pas comment on peut empoissonner son chien…

(Mais si tu n’as pas pigé qu’elle ne le fait pas par mauvaiseté mais que c’est un acte désespéré pour reprendre contact avec son fils sans perdre la face, c’est que tu es conne, Annie)

… alors le cinéaste sait que ce ne sera pas elle.

La mort d’Hélène Vincent. Les six premières prises, ça ne marchait pas. Histoire de timing : elle pleurait trop tôt, Il faut que tu retiennes la vanne et c’est quand tu lui prends la main que tu lâches tout. Seuls les très grands acteurs peuvent faire ça. Et la huitième prise fut magique. La totalité du film repose sur ce moment-là.

Le bébé. Filmer des bébés est très délicat. On ne peut tourner que très peu de temps (une demi-heure ?) avec eux dans une journée. C’est pourquoi on fait appel à des jumeaux. Encore faut-il qu’ils pleurent (si besoin) au moment voulu. Or les bébé pleurent quand ils ont faim → il faut tout calculer pour qu’ils soient affamés et décaler les biberons plusieurs jours avant. L’un d’eux ne pleurant quand même pas, Stéphane Brizé l’a regardé d’un air méchant et ça a marché. Il faut aussi que la mère ne soit pas dans la même pièce afin de ne pas distraire l’enfant.

N.T. Binh, qui anime la discussion, soulève la responsabilité des critiques. Il se souvient qu’au moment d’une projection, Stéphane Brizé lui avait recommandé de dire tout de suite s’il avait aimé son film mais d’attendre six mois dans le cas contraire. 

Le cinéaste se rappelle un critique qui lui avait dit du bien d’un de ses films mais l’avait démoli lors d’une émission de télévision. Quand il lui en avait demandé la raison, le critique avait répondu qu’un autre ayant aimé le film il s’était senti obligé d’être négatif afin d’animer  le débat.

Autre cas : une critique travaillant pour un journal de gauche lui avait pareillement dit du bien d’un de ses films. Aussi fut-il très surpris de lire un mauvais papier de sa part. Également questionnée, la journaliste avoua qu’avant d’écrire son article elle était allée voir ce qui avait été précédemment écrit sur le cinéaste dans son journal. Ne trouvant que du négatif, elle en avait suivi la ligne éditoriale.

Une mauvaise critique est quelque chose de très violent. 

Il pleut.

@@(2023. « Nine et Thaïs, deux adolescentes de 16 ans, passent leurs journées au city stade. À l’approche du nouvel an, elles vont devoir faire tomber leur maillot de foot pour leur première soirée en boîte de nuit »).

… de Lili Cazals…

(Originaire de Leucate, a étudié à la Ciné Fabrique, école de cinéma établie à Lyon et Marseille) 

… dont Bernard Payen, responsable de programmation à la Cinémathèque française et de Court-circuit sur Arte, dit beaucoup de bien.

Fille est suivi de

(2024. « Sur une île volcanique isolée que tout le monde veut quitter, la petite Nana apprend à rester. Sa mère Nia quitte l’île de Fogo, au Cap Vert, pour trouver une vie meilleure en Amérique du Nord. Nana grandit dans la famille de son père, elle est bien entourée. Un jour, Nia réapparaît soudainement après des années d’absence. La proposition de sa mère de quitter l’île avec elle pousse Nana à se demander où est sa place »)

… coproduction suisse, portugaise et cap-verdienne de Denise Fernandes, en compétition pour le prix Solveig Anspach. Joli film poétique dans lequel un vieil homme de l’île et un vulcanologue japonais conversent sans connaître la langue de l’autre. Note : 3, et je regretterai de ne pas lui avoir attribué un 4. 

(1979. Milos Forman. Vu il y a longtemps, je me souviens seulement qu’il y est question de la guerre du Vietnam pour laquelle un jeune s’apprête à partir)

… prévue dans le parc du château Pams, est rapatriée au Lido pour cause de risques d’intempéries. Elle conserve néanmoins son horaire tardif de 21h 30, et je reste sagement dans ma chambre.

Jeudi 24 juillet

(2005. « 50 ans, huissier de justice, le cœur et le sourire fatigués, Jean-Claude Delsart a depuis longtemps abandonné l’idée que la vie pouvait lui offrir des cadeaux. Jusqu’au jour où il s’autorise à pousser la porte d’un cours de tango »)

… de Stéphane Brizé qui, après avoir tourné Le Bleu des villes, se retrouve avec difficulté. Sentiment d’illégitimité. Tétanie absolue. Il se demande s’il va continuer.

C’est à la vision d’un documentaire sur un hôpital gériatrique qu’il retrouve son chemin, face à des gens qui racontent ce qu’ils n’ont pas fait de leur vie → il va s’accrocher.

Je ne suis pas là pour être aimé : plaisir de revoir ce film dont j’avais oublié des détails, par exemple la présence de Georges Wilson… 

(Dont, malgré les années, je garde un souvenir ébloui dans Maître Puntila et son valet Matti au TNP du temps où il était à Chaillot, avec, aussi, Charles Denner -ah ! Charles Denner !- et Judith Magre)

… dans le rôle du père, brutal, de Patrick Chesnais.  On retrouve quelque chose de cette rudesse dans la famille du cinéaste : Georges Wilson = son grand-père. A la mort de ce dernier, on a trouvé dans une malle des choses intimes qu’on n’aurait pas imaginé qu’il avait pu conserver (de même, le personnage d’Hélène Vincent dans Quelques heures de printemps est inspiré par sa mère). 

Question casting masculin, tous les acteurs cotés à Paris reçurent le scénario et tous refusèrent le rôle…

(Jean-Pierre Bacri prétexta qu’il ressemblait à ceux qu’il avait l’habitude d’interpréter mais répondit dans la semaine quand d’autres mirent des mois à le faire)

… personne n’avait pensé à Patrick Chesnais.

Pour le casting féminin, on a fait danser des actrices avec lui pour voir avec laquelle ça fonctionnait le mieux → choix d’Anne Consigny dont la carrière, qui était au plus bas, fut relancée.

Dans le rôle du fils : Cyril Couton que Stéphane Brizé avait rencontré lors d’un stage. Tragique et drôle à la fois.

Le personnage de Patrick Chesnais exerce une fonction sociale mal aimée : huissier, avec l’idée d’aller voir ce qu’il y a derrière la rugosité affective. Ce sont des gens qui se font insulter dans l’exercice de leur métier : il faut savoir encaisser (une huissière a laissé tomber son boulot pour devenir directrice d’une maison de retraite).

Musique composée par deux des trois musiciens du groupe Gothan Project. 

La caméra est toujours très loin des acteurs. Le cinéaste utilise une longue focale pour la faire oublier, ainsi que le dispositif cinéma.

Consignes données à Patrick Chesnais et Anne Consigny : vous allez oublier tout ce que vous avez appris. Se détacher de ce qu’on sait faire. L’important, c’est qu’ils vont bien ensemble.

Importance de la psychanalyse pour Stéphane Brizé. Il en commence une à l’âge de 27 ans, pour survivre, sinon il se serait éteint. C’est le début d’un chemin de liberté. Compréhension des mécanismes de la psyché.

(2018. « Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte-parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi »)

… de Stéphane Brizé encore. Je ne l’avais jamais vu, sans doute rebutée par le titre, d’ailleurs le cinéaste avoue que le producteur n’en avait pas voulu (trouvait qu’il n’est pas porteur) → le change, provisoirement, pour Un autre monde, qui sera celui de son film suivant.

En guerre se nourrit du conflit de Continental et de son leader Xavier Mathieu, qui a inspiré le personnage de Vincent Lindon. Stéphane Brizé a rencontré une trentaine de personnes de chaque bord (dont Xavier Mathieu) afin d’avoir le point de vue de chacun.

Dans l’Est, aucune usine n’accepte d’accueillir le tournage. Finalement c’est  dans la région d’Agen qu’on trouve une usine de métallurgie qui, après avoir employé plus de 3000 salariés, n’en comptait plus que 18.

Vincent Lindon : le seul acteur professionnel. Pour le casting, 600 personnes furent auditionnées pendant une heure (discussion d’une demi-heure suivie d’une autre demi-heure de bouts d’essai au cours desquels chacun joue ce qu’il est dans la réalité, cadre ou ouvrier). Ce sont deux langages qui s’opposent.

Dans le conflit d’Air France en 2015, les dirigeants se font déchirer leurs chemises. Dans le film, c’est une voiture qu’on retourne. Las ! Un peu avant ce moment-là, j’ai un gros coup de mou, je ferme les yeux (en continuant à entendre ce qui se dit mais alors, tout étant action, il n’a pas dû se dire grand-chose) et je loupe cette scène. Quand je rouvre les yeux, j’apprends que quelque chose s’est passé qui a fait capoter les négociations. Je ne saurai ce dont il s’agit que par le commentaire de Stéphane Brizé. Dommage. Il faudra que je revoie le film.

La caméra documentaire ne peut pas aller partout : le personnage incarné par Vincent Lindon (il pense qu’il ne sert à rien) n’a pas pu convoquer celle du film pour la scène de l’immolation → celle-ci est filmée avec un portable. Jamais personne ne va filmer le suicide de personnes licenciées en sachant ce qu’elles vont faire.

Cynisme du journaliste qui annonce que les personnes qui ont retourné la voiture ne seront pas poursuivies.

Stéphane Brizé pensait que son film allait provoquer une révolution mais rien ne s’est passé, tout comme les films de Ken Loach n’ont pas changé le monde. Il s’attendait néanmoins à un soutien des syndicats, mais son « tort » est d’avoir montré un combattant qui perd. Je ne peux pas me présenter devant les gens et leur annoncer des choses négatives, lui dit un syndicaliste qui joue dans le film.

En guerre n’a pas coûté très cher. Stéphane Brizé (il n’a gardé que le nécessaire pour la vie de tous les jours) et Vincent Lindon ont mis leur salaire dans la production. 

  (2024. « Josée a dix ans, elle approche doucement de l’adolescence. Sa mère, Gloria, jusqu’ici peu présente, décide de la retirer de son terrain de foot pour l’emmener faire les boutiques dans un centre commercial »)

… court métrage de Lili Cazals, est suivi de

(2024. « Une famille recomposée ukrainienne passe les derniers jours des ses vacances sur l’île de Tenerife. Suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ils se retrouvent alors coincés sur l’île et se confrontent à l’isolement, à leurs responsabilités, à leurs craintes… De touristes, ils passent à réfugiés »)

… film polonais de Damian Kocur, en compétition pour le prix Solveig Anspach. Note : 3.

Et c’est tout pour aujourd’hui : j’ai vu cette année le film de 21h, Langue étrangère de Claire Burger, troisième invitée des Ciné-Rencontres. 

Vendredi 25 juillet

(2008. « Samuel est comédien et vit à Paris. Il est de retour dans sa vile d’origine, Forbach, pour y recevoir une médaille d’honneur du maire -Forbach est une ville de l’Est de la France, qui vivait des mines de charbon et qui fait face à des difficultés économiques et sociales-. C’est aussi l’occasion pour lui de renouer avec sa mère et son frère »)

… ville natale de Claire Burger.

Ce court métrage (préquel de Party girl) est suivi de

(2018. « Depuis que sa femme est partie, Mario tient la maison et élève seul ses deux filles. Frida, 14 ans, lui reproche le départ de sa mère. Niki, 17 ans, rêve d’indépendance.  Mario, lui, attend toujours le retour de sa femme »)

… que je revois avec plaisir. 

Claire Burger continue à parler de Forbach à travers l’histoire de son père. Ses difficultés après que sa femme l’a quitté.  

Elle recrée une famille avec des gens de milieux sociaux différents (l’interprète d’une des filles a des parents producteurs, l’autre vient d’un milieu plus modeste) et s’apparente à la plus jeune sœur, Frida. 

Thèmes de prédilection : les bouleversements intimes et la société (la famille est une société).

Le père : un peu autiste (tout le monde se moquait de lui). Féru de culture. Mélomane et goût pour le théâtre. Emmenait ses filles à des expositions. N’expliquait rien mais  leur a transmis quelque chose.

La culture : sa dimension sociale (elle crée des liens).

Bouli Lanners : a quelque chose d’enfantin. Il a voulu que la cinéaste et lui se rencontrent non pas à Liège ou à Paris mais à Forbach, dans la maison même où a elle grandi, avec son père à côté. Claire Burger brouille les frontières. Les femmes peuvent être fortes et les hommes avoir une part féminine.

Le spectacle final. Découverte du talent des gens  → leur fierté. Dimension sociale : crée du lien. La chorégraphie est inspirée de Le Parc d’Angelin Preljocaj.   

Il y avait des gens de toutes tendances politiques, dont le RN. Créer une utopie dans un film : envie que des habitants de la ville s’embrassent. 

Envie aussi de faire dialoguer la poésie du réel et la poésie de la fiction. Claire Burger n’a pas envie de militantisme au premier degré.

Un film : ne peut pas changer le monde mais peut changer des personnes.

Le titre : manque peut-être un point d’interrogation. L’amour n’est pas la même chose pour tout le monde.

15h 45. Table ronde avec Claire Burger, animée par Bernard Payen.

Originaire, donc, de Forbach, ville minière de Moselle. Après la fermeture des mines, elle a vu le basculement de ses habitants dans le désœuvrement ce qui, ajouté à ses problèmes familiaux, lui a créé une enfance et une adolescence angoissées → son envie de partir.

Elle apprend à tourner en faisant des reportages pour une télé locale. Elle choisit de faire du cinéma pour creuser ses sujets. Etudie le montage à la Femis mais n’a pas envie de faire des films parisiens. Cherche à être authentique : propose aux gens de se représenter eux-mêmes. 

Découvre John Cassavetes qui faisait des films avec sa famille et ses amis → elle tourne Forbach avec son ami Samuel Theis…

(Il donne des cours de théâtre à des enfants et monte avec elle à Paris afin de ne pas stagner à Forbach) 

je ne le revois pas : je m’en souviens bien) qui s’inspire de l’histoire de la mère de Samuel et pour lequel on lui disait, Isabelle Huppert sera formidable dans le rôle, mais elle ne lui plaisait pas.

Party girl : difficile pour les comédiens non professionnels de dire un texte appris par cœur, il n’y a pas de spontanéité → Claire Burger leur expliquait les enjeux de la séquence et ils utilisaient leurs propres mots.

Angélique s’est comportée comme une star. Ainsi elle refusa que la demande en mariage de Michel se fasse au micro dans le car qui les emmenait à Strasbourg (c’était pourtant une bonne idée).

(2025. Autriche-Slovaquie. « Au début des années 1980 à Vienne, artiste et mère célibataire, Perla a reconstruit sa vie avec sa fille, Júlia, et son partenaire, Josef, un tibétologue. Vivant en exil, elle a essayé de laisser derrière elle les traumatismes de sa jeunesse en Tchécoslovaquie communiste »)

… d’Alexandra Makarova, elle-même slovaque-autrichienne qui a déménagé à Vienne pour vivre avec sa mère artiste.

Mais la mère du film est une idiote. Bien qu’ayant fait un mariage heureux avec un Autrichien, elle revient en Tchécoslovaquie pour revoir (ça peut se comprendre) le père de sa fille qui a été libéré du camp où il a été enfermé suite à leur tentative avortée de fuir le communisme. Il prétendait avoir un cancer mais dès qu’ils se retrouvent il lui annonce, Je suis guéri. Ça devrait lui mettre la puce à l’oreille mais, après un premier mouvement de révolte, elle s’obstine à le revoir et laisse mari et enfant repartir à Vienne pour aller retrouver le menteur dans leur village (ils font l’amour furieusement) sous le prétexte de rapporter les urnes de ses parents (deux gros trucs pas faciles à transporter). 

Lors d’une fête (?), les filles sont poursuivies par les mecs (société de merde où ils ont tous les droits) qui, après avoir sonné dans une trompe, les aspergent d’eau en plein hiver (ça a l’air d’être une tradition). Alors qu’elle s’apprête à repartir malgré tout, Perla est rattrapée par son ‶amoureuxʺ. Il sonne à son tour dans une trompe pour appeler les aspergeurs qui lui mettent la main dessus et la portent jusqu’à un ruisseau dans lequel ils la jettent. Furax, elle récupère sa valise et s’en va (l’‶amoureuxʺ la suit sur la route et la supplie de rester) prendre le car afin de rentrer pour de bon à la capitale.

 De retour dans sa chambre d’hôtel, elle téléphone à son mari pour lui dire qu’elle va prendre le train pour Vienne. A peine a-t-elle raccroché qu’on frappe à la porte, mais au lieu de la femme de chambre annoncée c’est une commissaire du peuple qui est là, encadrée par deux policiers. Qui m’a dénoncée ? Devinez. 

J’entends un spectateur dire qu’elle n’est pas idiote, elle est naïve. Mais, parfois, quelle est la différence entre naïveté et bêtise ? (« … capable d’être aussi la première ado nunuche venue prête à prendre n’importe quelle mauvaise décision par désir et égoïsme » peut-on lire sur le site « Le Polyester »).

Note : 2.

Perla sortira en salle dans une quinzaine de jours et Le Canard enchaîné  le classera dans « les films qu’on peut voir cette semaine ». « Tout est réussi dans ce film, fort bien accueilli dans les festivals où il a été présenté : scénario, construction, cadrage, musique, décor, costumes et interprétation d’un quatuor d’acteurs tout simplement impressionnants » Pourquoi pas.

19h et des poussières. Je rentre à la villa Lafabrègue et, pour la première fois depuis que nous venons, trouve la porte fermée. Je passe le bip devant la lumière rouge qui clignote au-dessus d’un digicode sans code connu : une lumière verte s’allume quelques secondes à côté de la lumière rouge mais j’ai beau pousser la porte, elle reste obstinément fermée. Après plusieurs tentatives…

(Jamais eu l’occasion de me servir du bip. Toujours trouvé la porte ouverte même de retour d’une séance à minuit et si Nick m’a un jour montré comment ça marche, j’ai oublié) 

… je vais à l’Hostalrich où les copains doivent être en train de se restaurer afin d’emprunter un portable… 

(J’ai laissé le mien dans la chambre. Le soir, Annie m’enverra un sms : « Puis-je me permettre de te recommander de prendre ton portable chaque jour avec toi même si on le ferme pendant le cinéma. Actuellement c’est un outil indispensable. Ce soir par exemple tu aurais pu appeler avec devant la porte sans être obligée de revenir jusqu’ici ». D’accord, ma cocotte, mais où ailleurs que là pouvais-je satisfaire l’envie de faire pipi qui me tenaillait les entrailles ? Et j’ai trop peur d’oublier d’éteindre mon portable au ciné, comme ça m’est arrivé le 5 juillet à la Cinémathèque où, cinq minutes avant le début de la séance, dring dring il a sonné -farfouiller dans mon sac afin de le trouver et l’éteindre- c’était toi qui m’appelais, heureusement que le film n’était pas commencé, ça aurait été la honte)

 … et composer le numéro de mes hôtes. Personne ne décroche et je me vois déjà passer la nuit à l’Hostalrich où il doit bien rester une ou deux chambres libres. 

Afin d’essayer de trouver ce qui cloche, Georges (je ne saurai jamais s’il aurait trouvé le truc, dommage) m’accompagne jusqu’à la villa. Mais entretemps Nick et Kate sont revenus. Nick me montre comment faire : après avoir passé le bip devant la lumière rouge, le descendre le long du digicode, voilà à quoi sert ce dernier !…

21 h. Je ne retourne pas voir Une Vie de Stéphane Brizé et le regretterai un peu.

Ayant vu tous les films du matin (Hors saison et Un autre monde de Stéphane Brizé dont je me souviens bien), je ne vais pas au Lido avant 

15h 45. Animée par N. T. Binh, table ronde avec Stéphane Brizé au cours de laquelle nous sont projetés des extraits de Le Bleu des villes, son premier long métrage.

1ère séquence : une contractuelle essaie de glisser un PV sur le pare-brise d’un très haut véhicule. Forme de cocasserie, de ridicule. Le cinéaste prête attention au travail des gens…

(Il raffole des émissions de télévision où on voit des gens passionnés par leur métier, qu’ils soient mécaniciens ou boulangers, même si lui-même n’y connaît rien) 

… à ceux qui acceptent d’occuper une fonction dans laquelle ils ne sont pas aimés. 

2ème extrait : présence de la mort. Il y a toujours quelque chose de trivial dans le fait de mettre un corps dans une boîte (voir aussi celui d’Hélène Vincent dans Quelques heures de printemps) puis le cercueil dans la tombe : nous ne sommes que « ça ». Fragilité de notre condition.

3ème extrait : la contractuelle retrouve une amie d’enfance devenue présentatrice météo. Se demandant si elle n’est pas passée à côté de sa vie, elle envisage de devenir chanteuse et, croyant que son amie a ses entrées dans le monde du spectacle, lui demande de l’aider à percer. Stéphane Brizé nous apprend qu’il a lui-même été sollicité et qu’il s’est trouvé bien embêté.

Une fois son DUT en poche, le cinéaste travaille trois mois à FR3 Le Mans. Il écrit des sketches et touche 2000 euros par mois, ce qui rassure son père. Puis il va à Paris où il a son premier choc en voyant Les Aventures de Reinette et Mirabelle d’Eric Rohmer. Quelque chose résonne en lui. Il s’inscrit au cours Florent et essaie ensuite toutes les écoles en tant qu’acteur. Refusé partout. Il écrit un scénario qu’il envoie par la poste à un producteur (voir le 23 juillet).

Il dit qu’il n’a pas beaucoup d’imagination mais a un grand sens de l’observation.

Je renonce également au film de 17h, Lumière, l’aventure continue (2025, Thierry Frémaux) parce que je l’ai vu cette année et que je me réserve pour ce soir.

21h. Soirée de clôture où sont annoncés :

• Le coup de cœur du jury jeunes : Une Vie de Stéphane Brizé qui, ému, vient recevoir son prix.

• Le prix du court métrage : Wesh Rimbaud

(2024, France. « Arthur habite dans une ville de banlieue où tout le monde le surnomme Rimbaud, car il a toujours été un élève brillant. Il vient d’ailleurs d’être admis en hypokhâgne. Au cours d’un examen oral, son accent va trahir ses origines sociales »)

… de Dimitri Lucas. C’est mérité.

• Et le prix Solveig Anspach est attribué à : On vous croit. Bravo. L’un des deux réalisateurs, en vacances dans le sud de la France, fait le déplacement pour recevoir son prix. Sa co-réalisatrice, restée en Belgique, nous envoie une vidéo. 

Après l’annonce des dates des prochaines Ciné-Rencontres (18-25 juillet 2026), place au film de clôture, la Palme d’or de Cannes :

(« Iran, de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu’il croit être son ancien tortionnaire. Cependant, face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe »)

… de Jafar Panahi dont N. T. Binh nous retrace les problèmes (plusieurs arrestations, interdiction de quitter le territoire) qu’il a eus avec le régime iranien.

N. T. Binh nous dit aussi avoir fait partie du jury qui lui a attribué la Caméra d’Or à Cannes pour Le Ballon blanc en 1995.

Un simple accident : si le contexte et le traitement sont très différents, le sujet est le même que celui de La Jeune fille et la mort de Roman Polanski.  

Surprise (et bonheur) de voir une femme dans la rue sans foulard.

Journal de Dominique-Prades 2025 (1)

En route pour Prades, en compagnie d’Annie. Dans le TGV Inoui terminus Perpignan. De retour du wagon bar où elle est partie nous prendre un café et un thé, je la vois toute fiérote. 

Ah, je suis contente de moi, tu sais pas qui j’ai rencontré au bar, 

Non, 

Yann Tobin. Je lui dis, Vous êtes Yann Tobin,

Oui,

Et vous allez à Prades,

Oui

Et là il me demande comment nous rejoignons Prades, je lui dis, en taxi…

(Petit rappel. L’année dernière, nous devions déjà venir en train. Pour le retour, un sms nous avait avertis qu’ « en raison de contraintes de production, la gare de PRADES – MOLITG-LES-BAINS n’[était[ plus desservie ». En fait, une loco s’était plantée sous un pont et depuis elle y est toujours : pour la dégager il faut démolir le pont, chose que le maire de la localité où l’accident s’est produit refuse formellement, arguant que le pont est très emprunté et manquerait à ses usagers. Et donc en prenant nos billets de TGV nous avions demandé à la dame du guichet s’il y avait des cars de remplacement, Oui, ils vont à Molitg. Et après ?) 

…  alors il me propose de partager la voiture qui vient le chercher, ils seront trois mais il y a cinq places. Jamais je n’aurais osé le lui demander mais il est tellement gentil et quand il m’a annoncé que l’un des deux hommes était Jean-Pierre Abizanda… 

(Délégué artistique, depuis toujours il loge comme elle à l’Hostalrich lors des Ciné-Rencontres et ils se feront la bise. Quant à moi, je le connaissais sans savoir son nom)

… je n’ai plus hésité.

Et voilà comment nous nous retrouvons à faire les 45 kms qui séparent Perpignan de Prades en automobile…

(Par bonheur, nous n’avons comme tout bagage qu’un sac à dos, Georges et Martine ayant pris nos valises -la mienne me sera livrée ce soir même villa Lafabrègue- dans leur voiture pour nous éviter d’avoir à les trimballer)

… en compagnie de N. T. Binh, trajet au cours duquel nos évoquons divers réalisateurs venus à Prades, parmi lesquels Stephen Frears bien sûr, mais aussi Atom Egoyan et Arsinée Khanjian qui était tombée amoureuse d’un mas à vendre dans le coin et voulait l’acheter (J.-P. Abizanda ne sait pas si ça s’est fait, probablement que non) et Joseph Losey à qui les Ciné-Rencontres avaient offert une chambre dans un hôtel 5 étoiles à Molitg où il avait laissé une ardoise carabinée de vodka, J. Losey était un grand monsieur sympathique mais il était alcoolique.

Merci monsieur Binh !

Projection, à

(2007. « En déplacement pour un soir à Nantes, Emilie rencontre Gabriel. Séduits l’un par l’autre, mais ayant chacun une vie, ils savent qu’ils ne se reverront sans doute jamais. Il aimerait l’embrasser. Elle aussi, mais une histoire l’en empêche : celle d’une femme mariée et de son meilleur ami, surpris par les effets d’un baiser. Un baiser qui aurait dû être sans conséquences… ») 

…d’Emmanuel Mouret, premier invité (je suis ravie) de ces 66è Ciné-Rencontres. 

Brève présentation du film par Thierry Laurentin, « chroniqueur cinéma, programmateur, ex-directeur des ventes de Gaumont ».

Le cinéma d’Emmanuel Mouret = l’amour sous toutes ses facettes = les jeux de l’amour + la puissance de l’oralité.

Culture de l’indécision amoureuse. L’amour doit-il être fantasmé ou vécu ?

(« Denni, 10 ans, décide d’engager un tueur pour éliminer le monstre, un père violent qui bat sa mère. Il jette son dévolu sur Secco, un petit voyou qui accepte la mission tout en sachant qu’il ne le fera pas. C’est sans compter sur l’incroyable détermination du jeune garçon. Un film drôle et tendre qui aborde avec pudeur et justesse le sujet des violences conjugales »)

… film italien (2024) de Gianluca Santoni, en compétition pour le prix Solveig Anspach. Note : 4 (très bon).

21 h. Je n’assisterai pas à l’arrivée d’Emmanuel Mouret : bien qu’aimant beaucoup beaucoup ce film… 

(A propos duquel j’avais écrit en 2020, à l’occasion de sa sortie en salle :

« Fluidité de la réalisation.

Eblouissante construction en flashbacks, histoires qui s’emboitent dans le récit, tiroirs qu’on ouvre et qu’on referme pour éclairer le présent.

Remarquable choix  des extraits musicaux  qui accompagnent  toujours à propos,  sans surligner.           

Justesse de l’analyse des sentiments amoureux. Jeux de l’amour et du hasard.

Qualité des dialogues,  écrits, littéraires sans êtres châtiés, sonnant justes : ici, point de langage parlé, à la mode, familier pour faire, soi-disant, naturel.

            Qualité de la diction : point d’acteurs qui marmonnent en mangeant les syllabes façon Vincent Lacoste. Ici on articule et je comprends sans effort tous les dialogues, c’est bien agréable et quand même pas compliqué.

            Intelligence. Elégance. Délicatesse.

            « C’est fin, La Fontaine », dit Fabrice Luchini. C’est fin, Emmanuel Mouret, ça, c’est moi qui le dis.

            Emmanuel Mouret : le plus grand réalisateur français actuel ? »)

… je ne vais pas à la projection de Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait

(Ces 66è Ciné-Rencontres sont dédiées à Emilie Dequenne qui reçut un César de la Meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation d’un personnage du film)

… parce que je l’ai revu récemment et que je veux me ménager. Je reste donc dans ma chambre Casals et me couche vers 23h pour me réveiller à 1h 10 et ne me rendormir qu’à 5h 30 passées. La nuit est courte et longue à la fois.

7h 15. Le réveil sonne.

8h. Petit déjeuner.

(1999.  « Tout pourrait aller très bien dans le couple que forment Stéphanie et Clément si ce dernier acceptait de se promener tout nu devant elle dans l’intimité ».)

…, moyen métrage (49 min), film de fin d’études à la Femis d’Emmanuel Mouret, dont l’inspiration s’inscrit, comme son titre l’indique, dans les pas de Feydeau.

L’action se passe à Marseille, où est né le réalisateur et où, après Paris, il est retourné vivre.

Le désir = fondateur de l’intrigue.

Le film est suivi du long métrage Chronique d’une liaison passagère que je ne revois pas (pas mon préféré)

  (2017. « Catherine dit à son compagnon Adrien qu’elle possède comme un sixième sens : dès que son petit ami la trompe, elle le sent »)

… court métrage d’Emmanuel Mouret. Au contraire des autres cinéastes qui, une fois qu’ils ont fait des longs, abandonnent le court, il continue à en réaliser. Ses courts métrages n’ont jamais été projetés en salle, c’est donc une première et un grand privilège de pouvoir les voir.

Les comédiens : pas connus. Mènent des carrières hors cinéma.

Travail sur le piège : prémisses de Mademoiselle de Jonquières.

Le film est suivi de 

(2011. « Au moment où l’on devient amoureux, à cet instant précis, il se produit en nous une musique particulière. Elle est pour chacun différente et peut survenir à des moments inattendus »)

… que j’ai beaucoup de plaisir à revoir : la rencontre des voisins de palier François Cluzet et Frédérique Bel et surtout l’histoire des rencontres amoureuses dans le noir d’une chambre d’hôtel m’enchantent de nouveau.

Sixième long métrage d’Emmanuel Mouret (je le vois, enfin ! lunettes et barbe de trois jours).

Film à la fois grave et drôle.

La voix off : elle prend le spectateur par la main. Elle et la musique permettent d’accélérer, de précipiter l’action. 

Les dialogues : ne sachant se mettre à la place des autres, Emmanuel Mouret fait parler ses personnages comme lui, avec son propre langage.

Il existe deux sortes de films : ceux où on parle beaucoup et où le silence fait évènement, et ceux où domine le silence et où c’est la parole qui fait évènement.

Plaisir procuré par les voix : le cinéaste préfère le son à l’image…

(Mais je ne suis pas d’accord avec cette façon de concevoir les films : désolée, Emmanuel, mais le cinématographe, c’est d’abord l’image)

… le fait de parler révélant des choses.

Ses personnages : sont proches de la population urbaine qu’il côtoie (bourgeoisie).

Ses films : se situent dans la dimension du conte.

Il fait de la mise en scène mais pas de la direction d’acteurs : il demande juste à ses comédiens de savoir leur texte par cœur. 

Sur l’improvisation : quand on fait plusieurs prises, il y a des détails qui changent, des subtilités, donc il y a de l’improvisation. Le présent est toujours improvisation.

(2025. « Aujourd’hui, Alice se retrouve devant un juge et n’a pas le droit à l’erreur. Elle doit défendre ses enfants, dont la garde est remise en cause. Pourra-t-elle les protéger de leur père avant qu’il ne soit trop tard ? »)

… film belge de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys, en compétition pour le prix Solveig Anspach. Personnages filmés le plus souvent frontalement. L’actrice principale, Myriem Akheddiou…

… mériterait un prix d’interprétation. Note : 4.

(Je découvrirai bientôt sur internet qu’elle est la femme de Fabrizio Rongione ; un joli couple) 
… mériterait un prix d’interprétation. Note : 4.

Je zappe la projection de La ruée vers l’or afin d’écrire et d’aller à la gare…

(Juste en face, le Centre de Formation Professionnelle, installé dans l’ancien ʺEntrepôt des Poudres Chefdebien Prévient et guérit les maladies de la vigne‶ a sa façade peinte en grisaille d’une scène de gare -voyageurs sur un quai et loco à vapeur conduite par Jean Gabin- et d’un paysage de vignes avec ouvriers poussant un tonneau et, en couleurs, un touriste sac au dos)

… me renseigner sur le car susceptible de nous emmener dimanche à Ille-sur-Têt prendre le train pour Perpignan.

(2023. « Pour une résidence organisée par l’Université, Miranda Ackerman, écrivaine, revient à Caen où elle a vécu une dizaine d’années auparavant. Elle découvre avec stupeur que l’Université l’héberge dans la maison même où elle habitait avec Richard, son compagnon de l’époque)

… dans lequel Emmanuel Mouret refait l’acteur (son dernier rôle : Caprice en 2015).

Fantaisie métaphysique. Vertige existentiel. Maison hantée qui ne fait pas peur, dans laquelle Miranda voit…

(D’abord le chat, puis Richard faisant du café dans la cuisine, enfin lui et Hélène, la fille qu’ils auraient eue si elle n’avait pas avorté)

… ce qu’aurait été sa vie si elle n’était pas partie. Acceptation : au tout dernier plan, Miranda rentre et appelle, Hélène.

(2024. « Lina, réalisatrice, apprend par son amie Judith que Bastien, le très professionnel monteur-son avec qui elle travaille, serait une sorte de séducteur en série)

… co-réalisé avec Emmanuel Mouret avec qui elle partage la prévalence du son (le séducteur en série : monteur-son) sur l’image : nuances psychologiques…

 (C’est d’accord Emmanuel, on peut écouter une histoire à la radio mais ça n’a rien à voir avec le cinéma)

…  émotion provoquées par une voix. 

(2025. « Lila accueille chez elle son amie Agathe qui vient vivre en colocation avec elle. Lila doit aussi se débarrasser d’une encombrante batterie laissée par son ex. La vendre ou la donner, la donner à qui et comment ? ») 

… présenté cette année à Cannes dans la section Semaine de la critique.

Fable morale sur la question du don.

Rappelle Reinette et Mirabelle d’Eric Rohmer.

Les trois courts métrages sont remarquables. Carmen Leroi : une cinéaste à suivre.

Je ne retourne pas voir Mademoiselle de Jonquières,d’abord parce que je l’ai revu récemment, ensuite parce que la séance…

(D’abord prévue dans le jardin de la sous-préfecture, elle est rapatriée au Lido en raison de risque d’orage) 

… est à 21h 30.

8h 11. J’émerge. Panique quand je vois l’heure à mon téléphone : j’ai oublié de mettre le réveil et j’ai, dans trois quarts d’heure, une séance de trois films (dont deux courts que je ne connais pas) d’Emmanuel Mouret, ce n’est donc pas un acte manqué.

Je m’habille en vitesse sans faire de toilette, prend la moitié de mon petit déjeuner habituel et fonce au Lido.

(2019. « Au XVIIIe siècle, un noble demande à une jeune fille de la bourgeoisie de lui offrir un baiser des plus doux. Celle-ci va alors lui démontrer que les femmes ne succombent pas aisément à ce genre de demande »)

… tourné dans la continuité de Mademoiselle de Jonquières

Dialogues d’Emanuel Mouret à la manière de Diderot.

Tout est dans les points de suspension.

Exercice de style. 

Décalage avec ce qu’Emmanuel Mouret…

(Il retrouve Frédérique Bel avec qui il a eu moins envie de faire des films à partir d’un moment : personnalité qui accapare son rôle, souci qu’elle a de son image. Ainsi, à moins d’être nue, elle n’a pas voulu tourner une scène où elle devait refuser de faire l’amour parce qu’elle lisait un livre)

… a fait jusqu’à présent.

(2006. « David joue du cor, instrument pratique pour faire des lapsus auditifs. Anne lui propose de venir habiter chez elle mais lui interdit formellement de tomber amoureux. Julia voudrait bien apprécier David, mais c’est surtout Julien qui l’attire, avec sa grosse voiture, son restaurant à New York et sa fâcheuse tendance à ne pas la rappeler. L’amour qui vient et s’en va les rend tous un peu fragiles, un peu ahuris, mais ne les empêche pas de continuer à y croire »)

… premier film d’Emmanuel Mouret réalisé hors de ses terres marseillaises et premier film parisien.

Le producteur lui propose Frédérique Bel. Emmanuel Mouret lui donne la réplique pour les essais, ça marche et le producteur lui dit, C’est toi qui vas jouer le rôle masculin.

Film d’apparence légère, tourné pour 300 000 euros.  

Rencontre avec le public. 

11h 15. Table ronde avec Emmanuel Mouret.

Ce qui l’a amené au cinéma ? Il voyait, à la télévision chez son grand-père, des films avec des personnages maladroits…

(La maladresse = constitutive de notre condition humaine. Elle raconte quelque chose de très intime. C’est avec elle que ses personnages explorent leurs ressentis) 

… → vers l’âge de 12-13 ans lui est venue la lubie de faire des films.

Tourne ses premiers à Marseille, dans les quartiers sud (les quartiers nord = territoire de Robert Guédiguian) qu’il découvre avec surprise (les calanques, pas encore filmées) quand il obtient son permis. Mais dès qu’il y a accent, on est moins libre, on pense à Pagnol, à Guédiguian → il monte à Paris (le monde entier connaît les capitales).

A la Femis, il rencontre Frédéric Niedermayer qui étudie la production. Ils font leurs premiers longs métrages chacun de leur côté, après quoi Niedermayer produit ses films. Ils en font deux avec peu d’argent. Rapport de confiance dans la difficulté. 

L’accueil de Caprice ayant été aimable sans plus, il faut que le cinéaste rebondisse en faisant autre chose, en surprenant : ce sera Mademoiselle de Jonquières. A partir de ce film, apparaît quelque chose de plus sombre, avec la préméditation et même la mort (Trois amies). Emmanuel Mouret ne se trouve pas très bon comédien → il voulait faire rire. Ne plus jouer lui a permis de changer de registre et de donner dans la cruauté. Il s’est trouvé un alter ego en Vincent Macaigne.

Une question revient d’œuvre en œuvre : comment filmer la parole. Le champ/contre-champ = classique. Autre possibilité : en marchant, comme faisait Éric Rohmer.

Prévalence du son. Les films d’Emmanuel Mouret sont tournés dans le plus grand silence afin de pouvoir ajouter de l’ambiance. Il demande à son équipe une certaine forme de disponibilité et d’écoute afin que les choses soient apaisées.

14h. Seconde séance de courts métrages en compétition pour le prix Bernard Jubard.

16h. Rencontre avec Thierry Laurentin à laquelle, ayant fait des courses, je n’assiste qu’à la fin.

(2024. « La location et la vente de pelleteuses dans l’entreprise familiale exigent toute l’attention. Lorsque la fille est victime d’un accident mortel, la famille cesse de fonctionner. Ils n’ont jamais appris à parler de leurs sentiments et doivent maintenant s’unir pour régler la succession de l’entreprise. Mais le chagrin conduit au mutisme. Les actions remplacent les conversations. La perplexité entraîne des malentendus. Les malentendus conduisent à la colère. Et la colère mène à la haine »)

… film suisse de Piet Baumgartner. Note 3, mais j’aurais pu lui donner 4 si j’avais mis 5 aux deux premiers.

de Stéphane Brizé, second invité des Ciné-Rencontres. Encore une fois j’ai revu le film récemment et, malgré tout le bien que j’en pense, je reste dans ma chambre afin de me reposer et pouvoir affronter les jours qui viennent sans trop de fatigue.

Le Journal de Dominique-Claude Lelouch à la cinémathèque de Paris

​14h 30 à la Cinémathèque. Projection de L’Aventure c’est l’aventure

​(1972, Claude Lelouch. « Cinq petits mafieux, devenus les meilleurs amis du monde, enchaînent les escroqueries. Du kidnapping de Johnny Hallyday à la démarche mythique d’Aldo Maccione, les séquences mémorables se succèdent dans une comédie politiquement incorrecte, qui fait la part belle aux joutes verbales et à un réjouissant éloge de la farce »

​« C’est l’histoire de cinq salopards qui vivent l’aventure telle qu’elle est possible en 1972. Leur seule qualité est d’être sympathiques et je montre par ce film à quel point les gens sympathiques sont dangereux et à quel point il faut s’en méfier, car, pour arriver à exécuter leurs méfaits, ces cinq salopards utilisent les principes les plus généreux de ceux qui veulent améliorer le monde ». Claude Lelouch)

​… que je n’ai jamais vu…

​(Frédéric Bonnaud demande à ceux qui sont comme moi de lever la main, il y en a un certain nombre, On voit que vous ne regardez pas la télévision, commente-t-il)

​… et qui est suivi d’une leçon de cinéma par le réalisateur interrogé par l’animateur cité trois lignes plus haut.

​Selon Claude Lelouch, qui a fait partie, comme Godard, Truffaut et Polanski, de ceux qui se sont opposés à la tenue du festival de Cannes en 1968, le général De Gaulle voulait changer le monde quand il y avait ceux qui voulaient changer leur quotidien.

​En 1972, tout était politique. Quand on avait un alibi politique on vous pardonnait tout → des voyous en ont profité.

L’Aventure c’est l’aventure : mélange de rationnel et d’irrationnel.

​Les scènes d’action n’y sont pas : on n’assiste pas à l’enlèvement de l’ambassadeur de Suisse. Ce qui y est : la loufoquerie.

​Ses protagonistes : des pieds nickelés (Lelouch : fan de cette série de BD) qui vivent du système D.

​Au départ, le cinéaste avait pensé faire tourner Jean-Louis Trintignant qui refuse : il ne peut pas faire le film car celui-ci ne rentre pas dans sa ligne politique.  Il pense alors à Jacques Brel, mais l’idée ne séduit pas Lino Ventura, C’est un chanteur, dit-il. A quoi Lelouch répond qu’un chanteur ça interprète, ça joue ses chansons. Comme Brel est en tournage à Knokke-le-Zoute, ni une ni deux, les voilà partis en voiture (ç’est pas la porte à côté) à Knokke où le chanteur (s’en fout de la politique), chaleureux, les reçoit à bras ouverts → Ventura est immédiatement séduit.  

​Charles Denner : un comédien classique, cartésien (c’est d’ailleurs lui qui donne aux autres la leçon de politique) et fou.

​La séquence de la fameuse démarche d’Aldo Maccione = fruit du hasard. C’est un dimanche, donc jour de repos. Claude Lelouch est devant son bungalow quand il voit Maccione marcher penché en avant en balançant les bras devant quatre jeunes femmes assises sur la plage. Il appelle les autres et leur demande de se joindre à lui. Ventura se fait prier mais finit par y aller aussi…

(Il se prend même au jeu et va jusqu’à prétendre, C’est moi qui lui ai appris, j’vais vous montrer !) 

… et Lelouch les filme…

(Charles Denner = le plus empoté sur ses jambes grêles. Jacques Brel, grand échalas, ne vaut guère mieux) 

… depuis son bungalow. Le plus drôle c’est que les nanas (elles recevront le salaire de figurantes) ne réagissent pas. Comme si rien ne se passait. Pour la suite du film, les acteurs garderont les mêmes chemises afin qu’il y ait raccord.   

Claude Lelouch essaie de faire un cinéma libre. Il aime la liberté, avec la possibilité de se tromper qui va avec. La liberté : un cascadeur qui prend des risques.

Il filme à la manière de la Nouvelle vague sans en faire partie. 

Pour Un Homme et une femme (1966), il n’a pas les moyens de bloquer la gare Saint-Lazare → Anouk Aimée descend du train au milieu des voyageurs ordinaires. De même Jean-Louis Trintignant et Lelouch participent vraiment au rallye de Monte-Carlo, On n’a pas gagné, dit le cinéaste qui ajoute, La contrainte sollicite l’imagination.

Les Américains ne voulant pas d’un film en N & B (il l’est, également pour raisons financières), Lelouch les a assurés que ce n’était pas le cas → quelques séquences en couleurs. 

​En 1956, pendant trois semaines, il travaille comme assistant sur L’homme aux clés d’or de Léo Joannon. Il voit la débutante Annie Girardot, magnifique, de l’autre côté de la lourde caméra, donner la réplique à Pierre Fresnay lui aussi magnifique. Quand vient le tour de filmer Annie Girardot, elle a tout donné face à son partenaire et n’atteint pas son meilleur niveau, d’autant plus que c’est la scripte qui lui donne la réplique…

(Pierre Fresnay : dans sa loge, Ce qui n’était pas très sympa de sa part, constate Frédéric Bonnaud) 

… → quand il y a échange entre deux comédiens, Claude Lelouch se jure d’utiliser toujours deux caméras afin de pouvoir les filmer en même temps.

Et pour Un Homme et une femme, afin d’avoir le son direct…

(Ce qui n’était pas possible jusqu’à présent en raison du bruit généré par la caméra : tous les films étaient post-synchronisés)

… il filme au téléobjectif (la caméra : moins encombrante que celle de L’homme aux clés d’or mais toujours bruyante)

Françoise Fabian, intello (Ma nuit chez Maud) a besoin de premier degré. Lelouch la met face à Lino Ventura dont le personnage ressemble, même s’il a fait des progrès, à celui qu’il interprète dans L’Aventure c’est l’aventure. Cela donnera La Bonne année (1973).

Avec le succès d’Un Homme et une femme, Claude Lelouch devient riche, donc capitaliste. Comme Jean-Pierre Melville qui avait son propre studio, il monte une maison du cinéma (il a même été distributeur). Mais c’est chiant d’être producteur. Ce qu’il aime, c’est tourner.

Il a toujours acheté ses caméras.

Lelouch : cinéaste des déplacements. 

Au milieu des années 1980, il ne va pas bien du tout. Impression d’être un frein pour ses enfants. Il part, pour il ne sait pas où, dans sa voiture équipée d’un téléphone, une toute récente innovation technologique avec une portée de 50 kms pas plus. Arrivé à Fontainebleau, il reçoit un appel : c’est Jean-Paul Belmondo qui lui demande, Comment ça va, Pas fort, je m’en vais, Mais fais-en donc plutôt un film ! Ainsi est né Itinéraire d’un enfant gâté.  

Claude Lelouch : ne sollicite pas ses acteurs, ce sont eux qui viennent à lui. Quand il tourne, il ne les dirige pas. La direction d’acteurs se fait en amont. Il a besoin de les connaître avant et pour cela il les rencontre, mange avec eux etc. 

Il n’est pas fait pour le cinéma de commande. Il admire les cinéastes qui peuvent faire des films avec un casting choisi par d’autres et des scénarios qu’ils n’ont pas écrits eux-mêmes, mais ça n’est pas pour lui. Il fait du cinéma comme il vit etdes propos travaille avec une grande scénariste : la vie, dont il est le reporter. La vie : on marche sur un fil et les excès font tomber.

​Il voit encore aujourd’hui un film par jour (en salle ?).

Claude Lelouch, 87 ans, sort son dernier film en date, intitulé Finalement.

Le prochain Charlie Hebdo rapportera des propos que Claude Lelouch a tenus le 13 novembre sur CNews, « On est fidèle tant qu’on n’a pas trouvé mieux. C’est vrai que ce soit pour une voiture, une femme, un frigo… ».

Claude Lelouch c’est Claude Lelouch (finalement).

Le journal de Dominique -Le Jour des Morts Vivants-George A. Romero

(1985. À la suite de l’invasion planétaire de morts-vivants, un petit groupe arrive [dans une ville] en hélicoptère pour rechercher d’éventuels survivants. Peine perdue, ils regagnent leur base, un camp militaire fortifié.  Dans ce camp qui est en fait un silo à missile datant de la guerre froide, la tension est forte entre les deux factions présentes, les militaires et les scientifiques. Les militaires sont partisans de l’éradication pure et dure des zombies — les scientifiques recherchent un moyen d’éradiquer la contamination[1] »)

… dernier volet de la trilogie de George A. Romero, après La nuit des morts-vivants et Zombie, le seul que je n’avais pu voir à Paris pour cause d’horaires tardifs et qui m’arrive à Montargis dans le cadre de Ciné-Culte !

Opposition militaires/scientifiques, mais lesquels sont les plus fous ? Le militaire obtus qui ne voit qu’une seule façon de réaliser sa mission (me rappelle celui d’Abyss de James Cameron), veut tout dézinguer et soumettre à sa loi ses compagnons d’infortune ? Ou le scientifique qui, ayant charcuté dépecé les zombies (cobayes dans un laboratoire ; images tout aussi peu ragoûtantes que celle des morts-vivants dévorant les humains) afin de savoir comment ils fonctionnent, cherche à leur rendre leur humanité, ce qu’il réussit avec un spécimen, mais ça prend du temps (s’occuper d’eux un par un) et ils ont des millions. C’est perdu d’avance.

Question : par où entrent dans le silo les quelques zombies qui sont capturés pour les expériences de Frankenstein ? Comment eux seuls (juste la quantité nécessaire) trouvent-ils le chemin quand des hordes se trouvent derrière les grillages qui protègent les lieux ?

Autre question : qui des militaires ou du zombie domestiqué qui apprécie Beethoven est le plus (ou le moins) humain ?

Une seule chose est sûre : l’espèce humaine est foutue (ce qui est vrai aussi dans la réalité) et ce ne sont pas les trois rescapés qui, sur leur île déserte, repeupleront la Terre : une femme (scientifique) et deux hommes (pilote d’hélico et radio), cela peut donner des enfants,  tels ceux d’Adam et Eve, mais ensuite, la consanguinité ? Après ça, comment s’étonner que l’humanité soit dingue…

Dominique


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Jour_des_morts-vivants

Le Journal de Dominique-Prades 2024 (4)

            Sur mon portable, un sms : « Info trafic : Votre train 877658 du 25/07 (départ 12h 14) est impacté en raison de contraintes de production. En conséquence la gare de  n’est plus desservie ». On pourrait savoir de quelle gare il s’agit ?

            (A mon retour à Montargis, un mél m’en apprendra un peu plus : « Bonjour, Nous vous informons que la circulation de votre train 877658 du 25/07 à destination de  PERPIGNAN est perturbée en raison de contraintes de production. En conséquence la gare de  PRADES – MOLITG-LES-BAINS n’est plus desservie. Nous vous invitons à vous rendre sur les canaux habituels pour avoir plus d’informations sur la possibilité de suivre votre voyage ». Il était temps de me prévenir, le message datant du 27, soit le lendemain de notre voyage présumé)

            Heureusement que nous avions annulé les billets… 

            (2004. « Irène est en tournée avec « Sale Affaire », un One Woman Show, dans le nord de la France. Elle rencontre Dries, un porteur de géants… C’est le début d’une histoire d’amour ! Histoire d’amour, qui a d’étranges résonances avec le spectacle qu’Irène joue sur scène[1]… »)

            … que Yolande Moreau a co-réalisé avec Gilles Porte, son directeur de la photographie. Elle pensait que le film passerait sur Arte à minuit mais il reçoit deux César (meilleur premier film et meilleure actrice) ainsi que le prix Louis Delluc. Il bénéficie du bouche à oreille → bien qu’elle n’aime pas les biopics, possibilité de faire Séraphine (Elle est attirée par ce qui est borderline +, à l’âge de 17 ans, a fait de la peinture parce qu’elle était interdite de sortie -voir plus bas-. Elle aime l’écriture cinématographique, proche de la peinture).

            Film qui traite de la solitude des acteurs pendant leurs tournées. Quand elle jouait Sale Affaire, Yolande Moreau était parfois seule, parfois avec son mari. Elle se souvient de la vieille DS dans laquelle il lui arrivait de dormir.

            Le titre fait référence…

            (« Quand la mer monte / J’ai honte j’ai honte / Quand elle descend / Je l’attends / A marée basse / Elle est partie hélas / A marée haute / Avec un au autre »)

             … à la chanson de Raoul de Godewarsvelde.

            Dans les dunes, les nattes qui s’envolent sont soulevées par un fil à pêche.

            10h 45. Salle Jean Cocteau, rencontre avec Yolande Moreau.

            Vient d’une famille de trois enfants avec pas beaucoup d’argent. En boulle avec ses parents qui posaient beaucoup d’interdits quand elle voulait vivre. Fulminait de ne pouvoir sortir avec des garçons.

            A l’âge de 21 ans, se sépare du père de ses deux enfants en bas âge qu’il s’agit de faire vivre.

            Prend des cours de diction.

            Commence par faire des spectacles pour enfants.

            A un déclic en voyant un spectacle de Zouc.

            Fait une école de clown à Paris. Son prof lui dit, Tu dois écrire. C’est flatteur et  déterminant.

            Vit de petits boulots et d’impros dans les cafés bruxellois (pas de hiérarchie comme à Paris) où elle passe, masquée, cinq minutes entre deux autres, essaie des choses devant les gens, encouragée par un ami magicien qui la pousse, Tu penses pas à l’avance, tu vas sur scène. Se souvient que la première fois elle est restée sans rien dire, au bout d’un moment elle a tapoté le micro, ça a fait rire, alors elle l’a retapoté. Mais ensuite il faut bien trouver autre chose.

            Repérée à Avignon par Agnès Varda qui l’engage pour son court métrage 7 p., cuis., s. de b., … à saisir et lui dit, A bientôt pour un long. Ce sera Sans toit ni loi. Agnès Varda : la femme la plus surprenante et anti-conventionnelle qui soit. Ses scénarios tiennent sur deux pages, elle écrit ses dialogues sur le capot d’une voiture. Travaille avec une équipe soudée, On se revoit.

            Rejoint en 1989 la troupe de Jérôme Deschamps et Macha Makeieff. Interprète Lapin chasseur et C‘est magnifique dont des extraits nous sont projetés. Confiance envers les toutes petites choses. Pendant douze ans (1993-2002) : fait partie de Les Deschiens sur Canal +, aux côtés (entre autres) de François Morel et Philippe Duquenne. C’est avec ce dernier qu’elle teste sa popularité en se rendant très lentement aux toilettes d’un café pour voir si les autres consommateurs les reconnaissent (ne nous dit pas si ce fut le cas, je gage que non).

            Difficile de faire autre chose (il faut une autorisation de sortie) quand on fait partie de la troupe Deschamps. Joue, contre son avis, dans le film, pas très bon, Tout doit disparaître, ce qui lui vaut un tsss désapprobateur quand elle le revoit.

            Fait une apparition dans Le Hussard sur le toit

            Parcours marginal : théâtre, cinéma à plus de 50 ans → syndrome d’imposture.

            Dix ans ce sont passés entre chacun des films qu’elle a réalisés, Si je fais le prochain… En 2016, a néanmoins tourné, en trois semaines, un documentaire pour Arte, Nulle part en France, sur la jungle de Calais, C’était agressant de venir filmer là, dit-elle. Raconte le camp à travers l’histoire d’un jeune. Il y a peu de femmes, ce n’est pas évident pour elles. Poèmes de Laurent Gaudé sur la distance, le vent.

            14h. Je fais l’impasse sur The Queen de Stephen Frears…

(Mais comme j’assiste à la projection du septième épisode de State of the union, je bénéficie de la présentation que N. T. Binh fait du film, à savoir que :

            S. Frears est un peintre ironique de la société britannique mais il échappe aux étiquettes.

            Il a été surpris de la réception chaleureuse qu’a reçue le film en France et en Espagne.

            C’est la suite d’un téléfilm, The Deal, qui a pour sujet la rivalité entre Tony Blair et son concurrent Gordon Brown.

            Le scénariste a ensuite écrit la série The Crown.

            Stephen Frears vient de terminer un tournage épuisant. Il est réconforté par l’accueil que lui fait Prades. Richesse des échanges avec le public, inconcevable en Grande Bretagne)

…revu il y a peu, pour aller à l’Espace Martin Vivès où sont exposées des marines du peintre pradois, il était temps qu’on le retrouve en lieu et place des photos de films qu’on y voyait depuis plusieurs années en cette époque.

            Au passage, je découvre le rideau métallique baissé…

(Il était temps, une dame arrive pour ouvrir la boutique -une librairie-, Ça vous plaît ? Oui)

… peint de lecteurs à minces corps rouges et grosses têtes vertes (des grenouilles ?) affublées de lunettes. A côté, sur le mur d’une étroite galerie, une jeune femme assise dans une barque (La Justinette, nom d’une boulangerie-pâtisserie) tient sous son bras gauche une baguette tandis qu’au dessus de sa main droite se tient, entouré d’un halo de lumière quasi divine (ce qui n’a pas empêché la boutique de fermer), un gâteau crémeux aux fraises.

17h. L’Amour du monde

(Suisse, 2023. « Sur les rives du lac Léman, la douce Margaux, 14 ans, rencontre Juliette, une enfant rebelle de 7 ans placée dans un foyer, et Joël, un pêcheur récemment rentré d’Indonésie suite au décès de sa mère. Trois âmes solitaires qui cherchent leur place dans la vie et qui, dans la moiteur fiévreuse de l’été, se soutiennent mutuellement pendant un bref moment. Un port de pêche idyllique devient leur lieu de retraite, le lac et la nature leurs alliés, jusqu’à ce que la réalité fasse à nouveau éclater ce trio[2] »)

… de Jenna Hasse. Encore un truc d’adolescents. Quatre films sur les six en compétition pour le prix Solveig Anspach ont pour sujets des teenagers ou des jeunes adultes à comportement d’ados. Y’en a marre !

21h. Les Vœux

(2008. « Une jeune femme fait deux promesses. Ainsi débute le conte amoureux de Bjorn le tailleur et de Colbrune la brodeuse[3] ».

Bien que l’héroïne promette son corps et non son âme -quoique-, il s’agit d’un pacte avec le diable dont elle se tire grâce à la ténacité de son amoureux)

… court métrage de Lucie Borleteau est suivi de

A mon seul désir

(2023. « Vous n’avez jamais été dans un club de strip-tease ? Mais vous en avez déjà eu envie … au moins une fois… vous n’avez pas osé, c’est tout. Ce film raconte l’histoire de quelqu’un qui a osé[4] »)

… de la même.

Regard féminin sur le strip-tease.

Intérêt pour l’ailleurs.

Le film aborde aussi la vie sentimentale (compliquée du fait de leur activité) de ses deux protagonistes principales et leurs aspirations artistiques (être actrice) plus « sérieuses ».

 La réalisatrice, qui devait être là ce soir, a été retenue à Montpellier par le tournage d’une série. On ira la chercher demain.

            Je zappe la séance de 9h. Pas envie de revoir Chanson douce (Lucie Borleteau, 2019) vu avec JC parce qu’il aimait bien Karin Viard, mais le sujet… Et un peu de repos ne me fera pas de mal.

            Je  me  pointe  au  restaurant   vers 12h 15.  La  table  habituelle  des  Cramés  est  vide

d’occupants → j’attends dans le canapé du palier. A 12h 25, personne n’est arrivé. Je retourne

dans la salle de resto et c’est là que je les aperçois, à une autre table, en compagnie de Stephen Frears et de N. T. Binh ! Toutes les chaises sont occupées. Constatant mon embarras, la dame qui prend les tickets me trouve une place avec le jury jeune.

Bientôt, Annie vient me trouver. Elle me dit que le cinéaste et le critique, voyant deux places libres, leur ont demandé s’ils pouvaient déjeuner avec eux : il n’était of course pas question de dire, Non, nous attendons Dominique Bonnet (qui ça ?). Mais ce qui me fait marronner, c’est qu’elle m’apprend qu’ils ont pris des photos avec eux. Merde alors !

Pendant que je mange mon poisson plein d’arêtes en essayant de ne pas en avaler  m’étrangler avec pour finir à l’hosto comme le grand Def, je cogite sec cerveau en ébullition. Et après avoir attendu la fin du dessert (une sorte de brazo de gitano bourré de crème), je prends mon courage à deux mains : je me lève, me dirige d’un pas ferme vers la table et, m’adressant à Stephen Frears, je dis…

(Quand je rapporterai ma phrase à mon amie Annick, je ne m’appliquerai pas à bien prononcer et elle s’en amusera, Oh, l’accent ! -Du pur Maurice Chevalier-)

… avec mon meilleur anglais sorti du fin fond de ma mémoire : I am a Cramée de la bobine like all the people (excepté le barbudo mais je ne le dénonce pas) around the table. I heard they took a photo with you. Could I have one too ?

Inutiles efforts linguistiques puisque le bruit de la salle couvre ma voix, seul m’entend N. T. Binh qui répète ma demande au cinéaste, lequel acquiesce tandis que très élégamment (ah merci merci) le critique se lève, me laissant sa place près de Stephen Frears et s’offrant à prendre le (les, sur les premières je suis un peu crispée mais la quatrième est la bonne) cliché(s) du siècle. Et quand les autres ont une photo de groupe (j’en prendrai ensuite une, superbe, de tous les deux), j’ai Mr Frears pour moi toute seule. Na na nè reu !

Après quoi je regagne ma table vidée de ses occupantes (le jury jeune : rien que des filles, mais où sont les garçons ?) et, lassée de ma solitude, vais me rasseoir dans le canapé du palier quand, dans le fauteuil d’à côté, j’avise un monsieur aux yeux fermés derrière ses lunettes, on dirait bien… Stephen Frears, cependant les lunettes… Mais quand le barbudo lui apporte un café, qu’il ôte ses verres et dit avec un délicieux petit accent anglais, Le sommeil… mais oui, c’est bien lui, ce sont les lunettes (première fois que je le vois en porter) qui m’ont perturbée ! Alors, discrète telle Shéhérazade, je m’éclipse afin de le laisser se reposer et qu’il ne croie pas que je le harcèle…

Ce soir, N. T. Binh annoncera qu’à la demande de son assistante le cinéaste était censé rentrer à Londres hier. Obliger un vieux monsieur de 83 ans à prendre l’avion en fin de journée après son intervention sur The Queen ! L’Inhumaine ! Mais il s’est doucement  rebellé (thank you Mr Frears), Vous voulez que je reste, Oui, Eh bien je reste. Et c’est cet après-midi seulement, après sa courte sieste dans le fauteuil susmentionné, qu’on l’a emmené à Blagnac, là où les avions sont plus beaux.

14h. Nievaliachka – La Poupée qui ne tombe pas, court métrage documentaire (2003) de Lucie Borleteau, pas très clair pour moi. Elle accompagne dans sa famille en Russie une amie dont je ne comprends pas très bien qui elle est : elle dit que sa mère, qui avait quitté son pays pour la France, lui envoyait des cadeaux pour Noël (et encore pas tous les Noël) alors qu’elle-même semble vivre aussi en France (elle parle un français comme vous et moi). Les deux n’ont-elles pas vécu ensemble ? Bref soit je suis idiote (ou fatiguée) soit le film n’est pas maîtrisé, (me fait l’effet d’un brouillon). Il est suivi de

Fidélio, l’Odyssée d’Alice

(2014. « Alice, 30 ans, est marin. Elle laisse Félix, son homme, sur la terre ferme et embarque comme mécanicienne sur un vieux cargo, le Fidelio. A bord, elle apprend qu’elle est là pour remplacer un homme qui vient de mourir et découvre que Gaël, son premier grand amour, commande le navire[5] ». Sexe et désir, déjà)

… premier long métrage (romanesque et intime à la fois ; femme seule au milieu d’hommes) de Lucie Borleteau (elle a fait l‘expérience du voyage sur un porte-container), que j’ai plaisir à revoir et qui est, à mon avis, son meilleur.

Emotion quand un personnage se met à chanter quelques vers de Mémère.

17h. Je n’assiste pas à la projection de 1996 ou les malheurs de Solveig de Lucie Borleteau. Pas plus qu’à la rencontre qui suit avec elle, tant pis, besoin de prendre un peu le large pour me préparer, ce soir à

21h 15, à la soirée de clôture et la remise des prix.

Coup de cœur du jury jeunes : Séraphine. Parfait.

Mention spéciale : Emilia Pérez. Bravo.

Prix du court métrage : Maman t’avait dit

(France, 2023. « Dans la peau d’une femme qui rentre tard chez elle après une soirée… sous la forme d’un jeu vidéo[6] »)

… de Cécile Cournelle. Très bien.

Prix Solveig Anspach : Young hearts. Bof… De toute façon, pour mon goût aucun ne méritait le prix, alors pourquoi pas celui-là, au moins il est bien réalisé.

Le film qui met fin à ces belles rencontres : En fanfare

(France, 2024. « Thibaut est un chef d’orchestre de renommée internationale qui parcourt le monde. Lorsqu’il apprend qu’il a été́ adopté, il découvre l’existence d’un frère, Jimmy, employé́ de cantine scolaire et qui joue du trombone dans une fanfare du nord de la France. En apparence tout les sépare, sauf l’amour de la musique. Détectant les capacités musicales exceptionnelles de son frère, Thibaut se donne pour mission de réparer l’injustice du destin. Jimmy se prend alors à rêver d’une autre vie[7]… »)

… d’Emmanuel Courcol.

Comédie d’auteur portée par les comédiens (Benjamin Lavernhe, Pierre Lottin).

« Attention les trompettes, je voudrais qu’on attaque ensemble ». Et je pense à l’orchestre d’amateurs dans lequel la maman de JC jouait du violon et à la remarque du chef, Là, vous êtes censés terminer tous ensemble… Ça me fera toujours rire.


[

            DansL’Indépendantdu jour, interview de Stephen Frears. Il y déclare avoir appris un mot qui lui était inconnu : laïcité. Qu’un homme cultivé comme lui, au courant de faits de société, n’en ait jamais entendu parler en dit long sur le multiculturalisme d’Etat britannique. Un sujet de film ?

1] https://www.lacid.org/fr/films-et-cineastes/films/quand-la-mer-monte

[2] https://www.youtube.com/watch?v=rPPhahZPaBQ

[3] https://www.unifrance.org/film/29718/les-voeux-histoire-de-colbrune-et-bjorn

[4] http://distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-a-l-affiche/a-mon-seul-desir.html

[5] https://store.potemkine.fr/dvd/3760129730475-fidelio-l-odyssee-d-alice-lucie-borleteau/

[6] Catalogue des Ciné-Rencontres

[7] https://diaphana.fr/film/en-fanfare/

Le Journal de Dominique-Prades 2024-(3)

            (2008. « Quelque part en Picardie, le patron d’une entreprise vide son usine dans la nuit pour la délocaliser. Le lendemain, les ouvrières se réunissent et mettent le peu d’argent de leurs indemnités dans un projet commun : faire buter le patron par un professionnel[1] »)

            … tourné en un mois par Gustave Kervern et Benoît Delépine, en vacances de Groland sur Canal +. Ils ont envie d’aller plus loin en se tournant vers le cinéma et une histoire (le film ne se fera pas tel quel) d’handicapés qui ont envie d’aller en Finlande voir Aki Kaurismaki. Quant à leur deuxième réalisation, expérimentale, elle est hermétique.

            Louise Michel : inspiré d’un fait divers. Toujours des sujets graves de société.

            Kervern et Delépine : pas de laïus sur la psychologie des personnages. Ne font pas beaucoup de prises. Sont contre la direction d’acteurs. L’acteur espère aller dans le sens voulu par le réalisateur, il est friand de ce qu’on peut lui proposer → Bouli Lanners regrette un manque d’indications (« on nous parle pas ») → au lieu de ça, Kervern applaudit.

            La fiction au cinéma : tant mieux si en sortant on a un sujet de réflexion, si on en est un peu grandi.

            Bonheur de revoir le Familistère, dehors d’abord, avec la statue de Godin, dedans ensuite, grande cour sous verrière, étages d’appartements. Mais celui des parents de Bouli Lanners était-il réellement l’un d’entre eux ? Pas sûr.

Plus tard. Au départ, Yolande Moreau refuse de jouer dans Mammuth parce qu’elle trouve le film misogyne. Un jour, elle reçoit un coup de fil de Depardieu : « Ils envoient le gros au charbon ! ». Elle et lui doivent s’embrasser : « Depardieu a un gros ventre, moi aussi » (petit rire dans les yeux). Ça a été très vite, en deux prises.

14h. Henri

(2013. « Henri, la cinquantaine, d’origine italienne, tient avec sa femme Rita un petit restaurant près de Charleroi, « La Cantina ». Une fois les clients partis, Henri retrouve ses copains, Bibi et René, des piliers de comptoirs. Ensemble ils tuent le temps devant quelques bières en partageant leur passion commune, les pigeons voyageurs. Rita meurt subitement, laissant Henri désemparé[2] »)

… deuxième film (en solo) de Yolande Moreau, le seul d’elle (ou avec elle) de la sélection que je n’ai jamais vu (ne connaissais même pas son existence).

Avec Pippo Delbono, comédien italien qui déteste les pigeons et a pris sur lui pour le rôle.

Avec aussi Miss Ming, rencontrée lors du tournage de Louise Michel. Comédienne atteinte de handicap…

(Comme les acteurs de la compagnie roubaisienne de l’Oiseau-mouche, souffrant tous d’un déficit mental,  que Yolande Moreau  embauche  « pour la  totalité  du tournage pour

effectuer de la figuration voire quelques seconds rôles de plus grande importance[3] »)

… ce qui la relie à Pippo Delbono qui avait sorti Bobò de l’asile…

( « Atteint de microcéphalie et sourd-muet, Bobò [est] interné à partir de 1952 dans un hôpital psychiatrique à Aversa [où] il est remarqué par le metteur en scène italien Pippo Delbono, venu organiser un atelier théâtre en 1995. « Il avait quelque chose de doux et de poétique. Une tendresse… quelque chose de rare ». Delbono le prend en charge et en fait dès lors son comédien fétiche, le plaçant au cœur de toutes ses mises en scène. Bobò meurt des suites d’une pneumopathie bronchique le 1er février 2019[4] »)

… et qu’il a intégré à tous ses spectacles jusqu’à sa mort.

Pas eu l’autorisation d’utiliser le nom de Les Papillons blancs

(Association « créée par des parents d’enfants en situation de handicap mental en 1949, « les Papillons blancs de Paris », régie par la loi de 1901, œuvre pour la défense des intérêts matériels et moraux, la recherche de l’épanouissement, le développement de l’autonomie des personnes en situation de handicap mental/cognitif ; et le soutien de leurs familles. Elle contribue à la sensibilisation de la société au handicap[5] »)

… comme titre du film → Henri, un peu terre à terre.

Rencontre d’un homme éteint avec quelqu’un qui a envie de normalité.

Pas de flot de paroles qui explique tout.

Yolande Moreau affectionne les petits personnages dans la vastitude de grands espaces + les films pas bavards (mais elle aime bien les mots). Il y a plein de manières de faire des films.

17h. Slow

(2023. « Elena, danseuse et Dovydas, interprète en langue des signes se rencontrent et tissent un lien profond. Alors qu’ils se lancent dans une nouvelle relation, ils doivent apprendre à construire leur propre type d’intimité[6] »)

… film lituano-hispano-suédois de la Lituanienne Marija Kavtaradze. Du sexe et de la danse filmée en plans rapprochés, ce qui est une aberration → le prix de la mise en scène au festival de Sundance aussi.

21h 15. Dans le parc du château Pams. My beautiful laundrette

(1985. « Dans la banlieue sud de Londres, un jeune immigré pakistanais entreprend par tous les moyens de sortir de la pauvreté. Son oncle Nasser, un affairiste douteux, lui confie alors une laverie automatique décrépite. Avec l’aide de Johnny, un voyou anglais, il va tenter d’en faire une affaire rentable[7] »)

… de Stephen Frears, en sa présence (ça y est, il est arrivé ! En 2012, à l’occasion des JO de Londres, les Ciné-Rencontres avaient déjà organisé une rétrospective de ses films   mais sans lui). Ovation.

N.T. Binh : Comment trouvez-vous Prades ? S. Frears : Je ne savais pas que ça existait.

Il dit que le scénario…

(De Hanif Kureishi, qui est venu à lui. C’est le deuxième grand écrivain d’origine pakistanaise né en Grande Bretagne. Il fait partie de la seconde génération de Pakistanais -les pères sont arrivés par bateau-. Voulait faire une sage façon Le Parrain)

… de My beautiful laundrette lui avait semblé stupide mais qu’il l’avait fait rire. Choix de faire une comédie légère mais avec quelque chose en plus.

Pour le rôle de Johnny, Daniel Day-Lewis l’a emporté sur Tim Roth et Kenneth Branagh grâce aux filles (« Il est beau ! »).

Mardi 23 juillet

            Quand j’écrivais avoir vu tous les films de Stephen Frears projetés en ces Ciné-Rencontres, j’aurais dû préciser « de fiction » car je ne connais pas celui de

            9h, A personal history of british cinema (1995), partie d’un projet international pour les 100 ans du cinéma. Récit à plusieurs voix : entretiens d’une part de Frears avec un critique et Alexander Mackendrick, réalisateur américain…

(Né à Boston de parents émigrés mais, suite à la mort de son père, élevé à partir de l’âge de sept ans par son grand-père écossais. Il étudia à la Glasgow School of Art)

… qu’en raison de son nom et de nombre de ses films je croyais britannique, d’autre part avec des cinéastes anglais (Michael Apted et Alan Parker) ayant fait carrière aux USA.

Film autobiographique (ses propres mémoires cinéphiliques) d’un réalisateur aimant le cinéma. Appartient à une génération nourrie des classiques hollywoodiens. A commencé comme assistant avec la Nouvelle vague britannique.

            10h 45. Espace Jean Cocteau, rencontre avec Stephen Frears.

            A fait ses classes sur Charlie Bubbles (1967) d’Albert Finney.

            Puis a travaillé sur If  (Lindsay Anderson, 1968).

            Reçoit ensuite une subvention du British Film Institute pour réaliser un film de trente minutes se passant en Afrique du Sud (The Burning, 1968) et tourné à Tanger.

            Rencontre le scénariste Neville Smith qui écrit son premier long métrage, Gumshoe, histoire d’un personnage incarné par Albert Finney qui « passe son temps à s’identifier aux personnages de détectives privés imaginés par Dashiell Hammett ou par Raymond Chandler. Fasciné jusqu’à l’obsession par Humphrey Bogart, il fait passer une annonce dans les journaux sous le nom de Sam Spade[8] ». Les Britanniques : obsédés par la culture américaine. Travaille pour la BBC (c’est très mal payé mais on a une totale liberté) comme Ken Loach…

(Il a inventé les téléfilms et révolutionné la façon de filmer : si on peut tourner une semaine en extérieur, pourquoi pas un film entier)

… et Mike Leigh, tous trois individus excentriques issus de l’éducation britannique, dont l’ego ne se met pas en avant au détriment de l‘histoire.

Va à Hollywood…

(Tous les cinéastes du Royaume-Uni veulent aller aux USA mais Hollywood est une industrie dure : difficile de survivre là-bas)

…  mais en gardant les pieds sur terre. S’est aperçu combien c’est effrayant…

(Hitchcock a pris son temps avant de faire des films américains. Son premier film aux USA a été Rebecca qui se passe en Angleterre et est interprété par des acteurs britanniques)

… mais personne n’a été méchant avec lui. A eu la chance qu’après avoir vu My beautiful laundrette Martin Scorsese lui demande de réaliser Les Arnaqueurs.

A eu un projet (non réalisé) sur Martin Luther King après The Queen. Reçoit alors celui d’une adaptation de Colette, Chéri (voir plus bas).

Qu’est-ce que la justice a à voir avec la loi ? demande Stephen Frears à propos de je ne sais plus quoi, avant d’ajouter avec un rire dans la voix, Je dis n’importe quoi…

14h. Chéri

(2009. « Dans le Paris du début du XXème siècle, Léa de Lonval finit une carrière heureuse de courtisane aisée en s’autorisant une liaison avec le fils d’une ancienne consœur et rivale, le jeune Fred Peloux, surnommé Chéri. Six ans passent au cours desquels Chéri a beaucoup appris de la belle Léa, aussi Madame Peloux décrète-t-elle qu’il est grand temps de songer à l’avenir de son fils et au sien propre[9]… »)

Juliette Binoche est d’abord pressentie mais elle est trop jeune pour le rôle qui échoit finalement à Michelle Pfeiffer.

Provoquer l’adhésion du spectateur envers un personnage (Chéri) plus ou moins antipathique.

Derrière la façade couve un volcan : ce monde va disparaître avec la Première guerre mondiale.

Allez savoir pourquoi…

(It’s a disaster, dit Stephen Frears de son film. Il a fait une erreur dès le début mais ne tient pas à nous dire laquelle. Tout ce que nous saurons c’est que, intimidé par la mythologie qui entoure Colette, il n’a pas trouvé la manière de la filmer)

… le cinéaste n’aime pas Chéri. Les spectateurs lui trouvant des qualités, J’aurais dû avoir cette conversation avec vous avant de faire le film, conclut-il.

Ce que je ne m’explique pas : pourquoi alors avoir mis le paquet sur Chéri (choix de le projeter + une photo du film sur l’affiche des Ciné-Rencontres) ?

Quoi qu’il en soit, Michelle Pfeiffer « Nounoune » habitant l’hôtel Mezzara, ça me donne la joie de revoir la belle façade (je ne saurais dire avec certitude si les intérieurs sont aussi les siens, l’escalier peut-être) de cette œuvre d’Hector Guimard visitée avec JC le samedi 9 décembre 2017 (sept ans, déjà).

17h. Paradise is burning

(2023. « Dans une région ouvrière de Suède, trois jeunes sœurs se débrouillent seules, laissées à elles-mêmes par une mère absente. La vie est joyeuse, insouciante et anarchique, loin des adultes, mais interrompue par un appel des services sociaux qui souhaitent convoquer une réunion. Laura, l’aînée, va alors devoir trouver quelqu’un pour jouer le rôle de leur mère sous peine d’être emmenées en famille d’accueil et séparées[10]… »

Mouais…

            Et c’en est fini pour moi aujourd’hui. Ce soir c’est Séraphine et la projection a lieu en plein air dans le parc du château Pams, à point d’heure (21h30), il faut attendre que la nuit soit tombée, en plus je l’ai revu récemment, l’ai bien en tête et besoin de me reposer.


[1] https://www.senscritique.com/film/louise_michel/432284

[2] https://www.unifrance.org/film/35400/henri#

[3] https://www.lavenir.net/regions/wallonie-picarde/2012/10/19/un-casting-des-plus-heteroclites-DJGNJ74S

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bob%C3%B2

[5] https://www.lespapillonsblancsdeparis.fr/notre-association/

[6] Catalogue des Ciné-Rencontres

[7] Id.

[8] https://www.senscritique.com/film/gumshoe/376923

[9] https://www.google.com/search?q=ch%C3%A9ri+film&sca_esv=0d4a60feda95d33d&source=hp&ei=

[10] Catalogue des Ciné-Rencontres