Le Journal de Dominique-Prades 2026 (1)

            Fini les repas pris en commun : dans le catalogue du festival se trouve un plan de Prades avec les restaurants partenaires. Mais les Cramés qui ont testé regrettent de ne pas avoir pu finir leur repas (pas assez de temps entre midi et 14h + il y a d’autres clients à servir) et que les prix de certains d’entre eux soient trop élevés.

            De plus (last but not least), comment dans ces conditions partager sa table avec Michel Leclerc ou Stephen Frears ? 

            Je commence ma journée cinématographique à 17h…

            (Auparavant, projection de Butch Cassidy et le kid -zappé pour l’avoir revu il y a quelque temps- dans le cadre d’un hommage à ″Robert Redford le magnifique″)

            … avec Joachim Trier…

            (Il n’a pas pu venir, dommage -même si je ne suis pas très fan- ; nous a juste enregistré une petite vidéo)

            … dont les Ciné-Rencontres ont programmé une rétrospective présentée par N. T. Binh qui commence par nous dire quelques mots sur le réalisateur norvégien. Son grand-père maternel était un cinéaste expérimental…

            (Qui, si sa renommée n’a pas dépassé les frontières de son pays, est assez connu dans son pays)

            … et son père chef opérateur : il a donc connu les plateaux de cinéma dès son plus jeune âge. Il a fait ses études de cinéma à Londres, raison pour laquelle son premier court métrage, Pietà

            (2000. « Julian, narrateur de Pietà, raconte l’histoire de la perte de son meilleur ami Jacob. Il ne revoit Rebecca, mère de Jacob, que des années après la mort de son ami[1] »)

            Film de fin d’études)

            … projeté en début de séance, est en anglais.

            A remarquer : depuis ce tout premier film, Joachim Trier n’a eu qu’un seul (co)scénariste, Eskil Vogt, et un seul monteur, le danois Olivier Bugge-Coutté qui a fait un travail remarquable dans le premier long métrage du cinéaste, Nouvelle donne

            (2008. « Depuis l’enfance, Erik et Phillip, unis par une profonde amitié, ont pour ambition de devenir écrivains. Alors que le manuscrit d’Erik est rejeté, celui de Phillip est publié et le jeune homme devient du jour au lendemain une figure de la scène culturelle norvégienne. Cependant, six mois plus tard, Erik et ses amis vont chercher Phillip à l’hôpital psychiatrique[2] »)

            … film hommage à la Nouvelle Vague (va-et-vient entre présent et passé), sorte de Jules et Jim qui ne sont pas amoureux de la même femme mais ont en commun l’ambition de devenir écrivains.

            N. T. Binh définit Joachim Trier comme un cinéaste du 21è siècle nostalgique du 20è.

            (1998. « Isa a vingt ans, son sac à dos pour tout bagage et une « philosophie de la galère » plutôt souriante. Elle débarque à Lille, après d’autres villes de passage, à la recherche de petits boulots. Jamais les mêmes et jamais très longtemps. Son chemin croise celui de Marie, 20 ans, elle aussi. Fille du Nord, solitaire, comme Isa, mais pour d’autres raisons. Marie est sauvage, écorchée, révoltée contre sa condition sociale[3] »)

            … avec Natacha Régnier, actrice belge invitée des Ciné-Rencontres, à qui avait été attribué (ex-æquo avec Elodie Bouchez qui lui donne la réplique)  pour son rôle dans le film le prix d’interprétation féminine à Cannes, avant qu’elle ne reçoive le César du meilleur espoir féminin l’année suivante. Film déterminant pour la comédienne…

            (Merci Erick Zonca pour l’avoir choisie. A un critique qui lui dit, Vous avez fait Natacha Régnier, le cinéaste a eu l’élégance de répondre, Elle s’est faite à travers mon film.) 

            … dont la carrière ensuite décolle.

            Elle doit y faire preuve de douceur et de violence. Au milieu du tournage, elle téléphone à son agent, C’est trop dur. Elle veut arrêter. Il ne lui demande pas de continuer, C’est ton choix. Elle n’abandonne pas et reprend le travail.

            Film vu à sa sortie et jamais revu depuis, je l’avais totalement oublié et le redécouvre avec intérêt. Grégoire Colin : joue un sale type friqué, patron de bars et de boîtes de nuit, qui s’impose, fascine Natacha/Marie et la fait craquer pour mieux la jeter ensuite (elle ne s’en remettra pas) comme une vieille chaussette. 

  

Natacha Régnier

           

            (2026. « Deux demi-sœurs aux approches opposées s’introduisent par effraction dans la maison de leur père décédé pour récupérer ce qu’elles estiment leur revenir, mais découvrent que sa véritable volonté est de réparer les liens qu’il a contribué à briser[4] »)

            … premier court métrage, présenté à Cannes cette année, de Natacha Régnier en tant que réalisatrice.

            C’est la soirée d’ouverture et, avant la projection des films, nous avons droit à différents discours, dont celui de la nouvelle maire de Prades qui rend hommage à la culture, ce qui est réconfortant quand on sait que notre maire nouveau à nous veut, à terme, supprimer le Conservatoire Patricia Petibon, trois pétitions circulent, parmi elles une émane de la chanteuse lyrique elle-même…

            (Une amie me dira, Le maire est si con qu’il ne sait peut-être même pas qu’elle est née à Montargis. Et moi j’ajouterai qu’il ne sait peut-être tout simplement pas qui elle est)…

            … « J’apprends, le cœur serré, que des mesures budgétaires soudaines, prises par le nouveau maire RN, mettent en péril, de façon imminente, l’avenir de ce conservatoire prestigieux dont je suis la marraine.

            Native de Montargis, dès l’âge de cinq ans, j’y ai fait mes études jusqu’à ma majorité. Sans cette chance de côtoyer de près l’apprentissage de la musique, je ne vous parlerais pas aujourd’hui à cœur ouvert en tant qu’artiste lyrique internationale et marraine de ce conservatoire.

            Des générations d’élèves y ont été formées dans une diversité culturelle de qualité, mettant en lumière le plaisir de jouer, de jouer ensemble. C’est toute l’histoire de ce lieu, de renommée régionale et internationale, qui est en voie d’être effacée par ces coupes sombres touchant le recrutement des professeurs et l’offre des disciplines.

            La culture n’est pas une variable d’ajustement budgétaire.

            Je lance ce cri d’alarme en vous invitant à vous questionner et à entrer en résistance pour sauver notre conservatoire.

            La culture, c’est le poumon de notre humanité. Dans un monde en constante transformation, et dans un contexte de guerre, n’oublions jamais que la culture est ce qui nous reste quand on n’a plus rien. Ce n’est pas une valeur marchande : c’est celle qui crée le lien. C’est celle qui prend soin de ce qu’il y a de plus précieux en nous.

            Dans une forêt, les grands arbres font de l’ombre aux plus petits afin de les laisser grandir. Laissons nos enfants errer, se nourrir du beau, rêver leur vie ! Ne les privons pas de l’essentiel, ce qui ne s’achètera jamais et fera toujours notre grandeur !

            La musique est la plus belle des politiques parce qu’elle est poétique et qu’elle rassemble les cultures. »

            Patricia Petibon, artiste lyrique, soprano colorature[5]

            Et une autre de Bruno Nottin[6]

            (« Sauvons le conservatoire et la culture à Montargis !

            Après des paroles faussement rassurantes pour ne pas inquiéter, le couperet est tombé en plein cœur de l’été. Le nouveau maire d’extrême droite a décidé de faire 200 000€ d’économies sur les emplois communaux dont 120 000€ de coupes budgétaires sur le conservatoire : suppression de six professeurs, annulation d’une grande partie de la saison musicale portée par un concert des professeurs ainsi que le non renouvellement du poste du pianiste qui part en retraite.

            Et ce n’est que provisoire car entre coupes budgétaires et tarifs d’inscriptions exorbitants pour les usagers extérieurs à la commune, le conservatoire ne s’en relèverait pas. Le scénario du maire annonce un nombre d’élèves en chute libre en passant de 473 élèves aujourd’hui à 132 dans deux ans ! Cela mettrait fin à ce fleuron de la ville qui faisait rayonner Montargis au-delà de l’agglomération.

            Pourtant, grâce à l’énergie déployée, à la qualité du travail accompli au sein du Conservatoire, les résultats sont impressionnants : déjà 370 enfants et adultes ont rempli un dossier de préinscription pour la rentrée, et plus d’une centaine sont encore attendus. Avec ces coupes budgétaires décidées par le maire, tous les élèves ne pourront pas s’inscrire et un tri devra être fait !

            Terriblement injuste pour ceux et celles en cours de cycle qui devaient accéder à des diplômes et qui seront sans solution pour poursuivre leur engagement. De nombreux parents vont avoir la surprise de cette nouvelle dans les médias puisque rien n’a été mis en place actuellement pour les prévenir. Ils vont se retrouver sans solution pour leurs enfants ! C’est parfaitement scandaleux ! 

            Jamais une majorité municipale n’avait osé remettre en cause les crédits alloués au conservatoire. Et bien évidemment, le maire s’était bien gardé de mettre dans son programme municipal cette orientation.

            En s’attaquant ainsi frontalement à un établissement culturel qui participe largement au rayonnement de la ville de Montargis, le maire d’extrême droite continue sa politique d’hyper austérité sur les dépenses de santé, formation et culture.

            Alors que les dépenses de la ville vont augmenter pour acheter des armes et des munitions (+ 78 000 euros), ainsi que pour le marché de Noël (+57 000 euros), le chantier de la nouvelle école aux Closiers ainsi que le projet de médecine intégrative pour les malades du cancer sont à l’arrêt, et les crédits de fonctionnement des écoles sont réduits de 50 000 euros.

            Et c’est maintenant le conservatoire qui est attaqué frontalement et à terme menacé de disparition. Ces choix financiers se font au détriment de l’humain et traduisent bien une orientation anti solidaire, anti éducation, anti formation, anti sociale, anti santé, anti culture, anti avenir. 

            Décidément, l’extrême droite n’aime pas la culture. Lors du dernier conseil municipal, le maire avait fait voter une explosion des tarifs de la saison théâtrale. À l’opposé de cette vision d’un autre âge, nous pensons que la culture devrait être un point important de la gestion municipale, pour l’émancipation individuelle et collective, l’enrichissement intellectuel, l’éveil à la création. C’est tout l’intérêt de mettre les moyens suffisants pour faire fonctionner le conservatoire Patricia Petibon.

            Quel est l’avenir d’une ville qui ne veut plus investir pour les écoles, la formation, la santé ? Quel est l’avenir d’une ville qui détruit la culture ? 

            Signez cette pétition pour que le maire RN, Côme Dunis revienne en arrière et redonne les moyens supprimés au conservatoire !

            Les élus du groupe « Montargis pour tou-te-s » »)

            …à signer d’urgence.

 Comme tous les films de Robert Redford, déjà vus et revus, je zappe Des gens comme les autres, de même que Le fils de Joseph d’Eugène Green (celui-ci, je l’aurais bien revu mais il reste deux séances en ce jour et je vais encore me coucher tard) dans lequel les personnages font les liaisons (depuis, j’appelle ma banque Le Crédit Tagricole) pour commencer ma journée cinématographique à

               (2026. « Dans une serre du sud de l’Espagne, Iván tombe amoureux de Hadoum, une collègue nouvellement embauchée. Mais sa promotion tant attendue vient perturber leur relation, le forçant à décider quel genre de personne il veut devenir[7] »)  

             … de l’Espagnol Ian de la Rosa.

            Histoire d’amour contrarié entre un Espagnol et une Marocaine.

            Note : 3/5

            (2026. « Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur[8] »)

            … du Français Emmanuel Marre qui a remporté le prix du scénario à Cannes.

            Film franco-belge, raison pour laquelle un Louis Héliot enthousiaste est chargé de sa présentation.

            Emmanuel Marre a fait ses études de cinéma en Belgique à Louvain-la-Neuve. Jusqu’alors, il tournait sans scénario, celui-ci s’écrivant au fur et à mesure des répétitions avec ses acteurs. Pour Notre salut, il a été obligé d’en présenter un mais n’a pas pour autant changé ses habitudes.

            Swann Arlaud, pressenti pour le rôle principal dès le début, a commencé par le refuser (personnage négatif) avant de revenir sur sa décision après des essais.

            Le protagoniste : inspiré par un arrière grand-père du cinéaste, Henri Marre, auteur d’un livre intitulé Notre salut, traité politique pétainiste. Est allé à Vichy afin de le proposer au gouvernement avec l’espoir de se faire embaucher. Le film le montre finissant par vivre, à Limoges, dans un appartement ayant appartenu à des Juifs et prenant part aux rafles en fournissant de l’essence et des camions à la Préfecture. Cependant, dit Emmanuel Marre, « dans ma famille on n’a jamais parlé de lui comme une personne ayant participé à des choses horribles, mais plutôt comme un individu à côté de la plaque ».

            Les lettres (retrouvées dans un carton par une tante du réalisateur) échangées par Henri Marre et sa femme avant qu’elle ne vienne le retrouver à Limoges avec leurs enfants (et plus tard) ont constitué la base sur laquelle s’est construit le scénario. Des extraits en sont lus en voix off.

            Musique employée de façon originale : pas d’époque. L’un d’eux (Popcorn, Hot Butter, 1972) sert à animer la soirée du préfet (extraordinaire séquence où la femme d’Henri Marre, interprétée par la comédienne belge Sandrine Blancke, mène la danse et entraîne les autres invités en sautillant et en simplement montant alternativement ses épaules).

            Humour : interrogé par un de ses fonctionnaires sur des problèmes qu’il rencontre dans son service, le maréchal Pétain (filmé de dos de très près, on ne voit que son képi), de passage à Limoges, est davantage intéressé par le gueuleton qui va suivre, Quand est-ce qu’on mange ?

            Je ne serais pas étonnée si Swann Arlaud remportait un César l’année prochaine.

            Je zappe La Raison du plus faible (vu en novembre dernier à Arras) et Oslo, 31 août également déjà vu, même si c’était il y a plus longtemps.

            (2026. « Trois femmes dans trois villes européennes (Budapest, Berlin, Paris) ont 24 heures pour prendre l’une des décisions les plus difficiles de leur vie. Une adoption, une insémination, un avortement. Trois portraits de femmes iconoclastes »

            … de la Hongroise Borbála Nagy. En compétition pour le prix Solveig Anspach.

            Est-ce les sujets du film ? Je ne rentre pas dedans.

            Note : 2.

            20h 30. Lecture par Natacha Régnier de Le Frigidaire est vide. On peut le remplir, réplique du film Demain on déménage et texte autobiographique de Chantal Akerman écrit à la demande du Centre Pompidou à l’occasion d’une rétrospective qui lui était consacrée. Louis Héliot et Natacha Régnier en ont extrait ce qui a trait au cinéma.

            Où Chantal Akerman (entre autres choses) dit qu’elle est une ressasseuse. « Et parfois à force de ressasser, je m’ennuie moi-même. Ma vie est longue, un long ressassement ».

               Parle de son amitié pour Delphine Seyrig, Aurore Clément…

            (Qu’elle rencontra, je crois, pour la première fois à Rome. Elle avait en tête une brune et se retrouva face à une blonde magnifique et pleine de grâce et oublia instantanément son idée initiale)

            … et quelques autres.

            Où elle dit son malaise quand, ayant voulu être dans la salle lors de la première d’un de ses films (peut-être Jeanne Dielman), elle entendit claquer les fauteuils des spectateurs qui quittaient la salle en cours de route. Jamais elle ne recommença et elle essaya de faire revenir (en vain) Aurore Clément sur sa décision de tenter elle aussi l’expérience qui s’avéra également malheureuse.

  

Natacha Régnier lit Chantal Akerman

            Où elle révèle avoir aimé passionnément Pierrot le fou, avec Anna K et Jean-Paul Belmondo.

            Lecture suivie, à

            (2004. « Une mère revient vivre chez sa fille après la mort de son mari avec piano, bagages et meubles. La fille n’arrive pas à écrire son livre érotique malgré les conseils judicieux de sa mère qui, contrairement à elle, en connaît un rayon dans son domaine. C’est bientôt trop encombré pour elles. Il faut déménager et vendre. C’est alors que la ronde des visiteurs commence et que l’histoire bascule[9] ») 

            … de Chantal Akerman, ave Aurore Clément, Sylvie Testud et Jean-Pierre Marielle.

            Ayant déjà refusé le rôle de La Captive (ne s’est pas sentie capable de le jouer ; beaucoup trop noir) que la cinéaste lui avait proposé, Natacha Régnier n’a pas voulu rater cette deuxième chance. Mais le rôle est aux antipodes de ce qu’elle est dans la vie. Elle venait d’être mère…

            (Aurait pu avoir une demi-douzaine d’enfants ; n’en a que deux -des filles- mais désormais elle prend du temps pour les élever)

           … et le personnage…

            (Enceinte jusqu’aux yeux, à une semaine d’accoucher, ne veut pas l’enfant qu’elle attend)

            … est à l’’inverse de ce qu’elle est dans la vie. Comment faire ? Elle se met alors à faire des va-et-vient sur la plage du Portugal où elle est en vacances. Jusqu’à ce qu’elle trouve. Mais elle ne nous dit pas quoi. Secret d’artiste.

            J’avais oublié ce film, vu lors de sa sortie. Je ne sais plus ce que j’en avais pensé mais aujourd’hui je ne l’aime guère. Trop loufoque. Farfelu. Exagéré. Je ne rentre pas dedans.

            (1999. « Alice et Luc, deux adolescents, décident de commettre un meurtre et assassinent Saïd, un camarade de classe. Aussitôt fait, ils s’enfuient dans une forêt enterrer le cadavre. Là, ils font la rencontre de l’homme des bois[10])

            … deuxième film de François Ozon, cinéaste très prolifique : il fait un film par an grâce, entre autres, au CNC. Ce qui n’est pas possible en Belgique, dit Louis Héliot, où il faut trois ans (c’est le cas pour les Dardenne) entre l’écriture du scénario, la production et le tournage.

            Dans Les amants criminels, Ozon réunit deux pépites du cinéma belge, Jérémie Rénier…

           (A qui on ne proposait que des rôles semblables à celui qu’il tenait dans La Promesse et qu’il avait tous refusés)

           … et Natacha Régnier, sortes de Hansel et Gretel qui, dans la forêt où ils enterrent le cadavre de leur camarade, rencontrent un ogre incarné par Miki Manojlovic, acteur découvert chez Emir Kusturica.

           11 h. Rencontre avec Natacha Régnier animée par Louis Héliot.

           Natacha Régnier. A reçu une éducation stricte.

            Enregistrait sur K7 les films qui passaient tard à la télévision. Aimait Jacques Demy et Peau d’âne et Le Passe-muraille avec Bourvil, que rien n’arrête mais qui perd son don par amour. Découvre le cinéma d’auteur avec La Belle noiseuse, Paris Texas et Le Maître de musique.

            Ado, se demandait quelles études entreprendre.      

            A commencé par faire un conservatoire de quartier.

            Malgré le désaccord de ses parents, s’inscrit à l’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle dont elle sort cassée par le directeur (n’ai pas noté les termes employés mais c’était très violent) devant les autres élèves. N’a plus confiance en elle pour faire du théâtre.

            Suite à un appel de production, Pascal Bonitzer l’engage pour son film Encore.

            Jean-François Gabard, qui est devenu son agent (ne savait pas ce que c’était : il n’y a pas d’agents en Belgique) lui fait tourner des téléfilms.

            Puis c’est La Vie rêvée des anges.

            Suit un film d’action : Les amants criminels. On a beaucoup ri en faisant le film, dit Natacha Régnier. Complicité. Bulle de joie.

            Fait la connaissance de Michel Piccoli sur le tournage de Tout va bien, on s’en va (2000. Claude Mouriéras). Afin de ne pas être trop impressionnée, elle le tutoie d’emblée. Quand les autres comédiens vont dans leur loge lorsqu’ils ne tournent pas, il reste sur le plateau. S’intéresse aux techniciens. Natacha Régnier l’accompagne. Respect et dignité. Michel Piccoli : un modèle.

            Quant à Michel Bouquet, il avait « toujours l’impression d’être un jeune homme de 17 ans ».

            Natacha Régnier a aussi tourné en 2012 dans Le Capital de Costa-Gavras. Afin que son personnage, assis à une table, fasse montre de malaise, il lui fait porter un kilt qu’on ne voit pas à l’écran. C’est ça la direction d’acteur. Tournage délicieux. Pour les Gavras aussi la famille est ce qu’il y a de plus important.

            Elle vit à Paris depuis trente ans. N’a pas pris pour autant la nationalité française pour se rappeler d’où elle vient. Tient à sa belgitude, au surréalisme. 

            Petite expo de photos de fenêtres qu’elle aime pour la lumière qu’elles laissent entrer.

            Natacha Régnier : une belle personne.     

            Nous partons avant la fin des échanges pour aller au restaurant L’Orri à 12h 15 et ainsi, pour ceux qui vont (re)voir Les Hommes du président, avoir fini de déjeuner pour 14h. En ce qui me concerne, je ne retourne au Lido qu’à

            (2025. « À 11 ans, Yuna vit avec son père Julien, un ancien athlète de haut niveau. Le père et la fille forment un duo complice et mènent une vie paisible dans la banlieue flamande. Il y a aussi Kai, le grand frère qui poursuit ses études en Allemagne. Yuna se réjouit de voir les grandes vacances approcher car elle part camper avec son papa. Mais le premier jour de l’été, Julien a un accident. La mère de Yuna revient alors en urgence du Japon, où elle a refait sa vie 7 ans plus tôt[11] »)

            … de Miwako Van Weyenberg, en compétition pour le prix Solveig Anspach. A pour sujet la communauté japonaise en Belgique (ici, en Flandres). Est-ce parce que le film traite du Japon qu’il me plaît ? En partie mais pas que. Les réactions de Yuna face aux changements qui s’annoncent sont finement observées. Elle est souvent filmée en train de manger (entre autres, des corn flakes secs qu’elle pioche à même la boîte) à grands mouvements de mâchoires : trait caractéristique de l’adolescence ou effet de son malaise ? Sûrement un peu des deux.

            Note (peut-être excessive ? mais non) : 5

            (2006. « Au moment de choisir leur vie, Eloi et Alexandre tombent sous l’influence d’André. Celui-ci devient, tout à la fois, leur ami, leur directeur de conscience, leur imprésario, leur maître à penser. Un jour, André disparaît…[12] »)

            … troisième film que Natacha Régnier a tourné avec Emmanuel Bourdieu qui, depuis a délaissé le cinéma pour se consacrer à sa famille (il a cinq enfants).

            Film intello (on n’est pas le fils de Pierre pour rien) mais néanmoins accessible. Milieu universitaire (il est question de DEA) et littéraire (la mère d’un des étudiants est écrivaine). André pense qu’on n’a pas le droit d’écrire si ce n’est par nécessité vitale et décourage ses camarades dans leurs velléités d’écriture, trouvant mauvais tout ce qu’ils produisent et le leur faisant savoir sans ménagements. Il va même jusqu’à supprimer de son ordinateur une nouvelle…

            (Heureusement, Malek Zidi, qui s’y connaît en informatique, la récupère en fouillant dans le disque dur)        

            … écrite par Natacha Régnier.

            André est un personnage déplaisant, pas plus doué que ses camarades excepté pour la tchatche. Incapable de mener à bien son DEA, il gifle son prof et disparait, faisant croire à ses camarades qu’il part poursuivre ses études aux Etats-Unis. Lorsqu’il réapparaît brièvement dans leur vie, c’est pour leur avouer qu’il n’est jamais allé aux USA, qu’il est devenu prof de culture générale dans l’armée et leur dire (il veut s’en persuader) que, s’ils sont devenus comédien et auteur à succès, c’est grâce à ses critiques. Après quoi il disparaît dans la nuit. 

           C’est la fête nationale de Belgique. Ce matin Louis Héliot nous a siffloté La Brabançonne en guise d’introduction à la présentation du film et ce soir on la lui sert sur un plateau, musique et paroles qui s’affichent sur l’écran et qu’il chante à pleine voix.       


[1] https://www.premiersplans.org/fr/film/pieta

[2] https://www.google.com/search?q=nouvelle+donne+joachim+trier&sca_esv=83b90f24a9a15629&biw=1600&

[3] https://www.festival-cannes.com/f/la-vie-revee-des-anges/

[4] https://www.notrecinema.com/communaute/v1_detail_film.php3?lefilm=805645

[5] https://www.change.org/p/patricia-petibon-sauvons-notre-conservatoire-de-montargis-en-grand-danger?signed

[6] https://www.change.org/p/sauvons-le-conservatoire-et-la-culture-%C3%A0-montargis?recruited_

[7] https://www.festival-cabourg.com/editions/2026/films/ivan-et-hadoum

[8] https://www.festival-cannes.com/f/notre-salut/

[9] Catalogue des Ciné-Rencontres

[10] https://www.legrandaction.com/films/les-amants-criminels/

[11] https://grignoux.be/fr/film/2627/soft-leaves

[12] https://www.legrandaction.com/films/les-amities-malefiques/

ROMERIA de Carla Simon

Il n’est pas simple d’écrire sur le film de Carla Simon, tant les portes à ouvrir sont nombreuses.

Il est toutefois passionnant de suivre le parcours de la réalisatrice au vu de ses trois films.

Avec ses œuvres toujours très personnelles, elle nous invite là encore dans sa famille et son histoire de vie.

Et nous entraine à l’aube de sa quarantaine, dans un film à la fois proche de ses deux premières œuvres par son approche naturaliste, mais également plus onirique, lorsqu’elle retrace l’histoire de ses parents biologiques, morts tous deux de la drogue et du sida quand elle avait six ans. Pour « combler » les manques, son imaginaire et de nombreuses ressources cinématographiques viendront illustrer cette partie du film.

Elle crée ainsi les moments manquants, relisant le travail de la peintre surréaliste Maruja Mallo ou encore s’inspirant de Monika de Bergman et du More de Barbet Schroeder. On reconnait également le couple d’amoureux de Zabriskie Point quand les futurs parents de Marina courent sur les rochers et font l’amour dans des paysages arides, bruts.

L’histoire qui nous est racontée peut paraitre toute simple. La petite fille de son premier film, Le bel été, a maintenant une vingtaine d’année et doit renouer avec sa famille biologique pour obtenir un document manquant qui lui permettra de s’inscrire à l’université pour des études de cinéma. Document important car il doit confirmer la paternité de son père biologique.

Armée du journal de sa mère biologique, véritable fil conducteur, elle retrace le parcours de ses parents, leurs dernières années. Elle visite les lieux, cherche à savoir. Un petit chat prendra le relais et apportera quelques nouvelles pièces au puzzle.

D’ailleurs le film lui-même nous est raconté comme un journal où chaque jour nouveau est annoncé.

Mais il n’est pas simple pour Marina, de faire connaissance avec tous les membres de sa famille biologique, réunis non sans mal à cette occasion. On comprend vite que sans la persévérance de l’oncle Lois, la réunion n’aurait surement pas lieu.

L’arrivée de la jeune fille bouscule toutes les histoires qu’ont pu se raconter les parents et la fratrie du père décédé. On ne sait pas trop quoi faire d’elle, les silences sont nombreux …

Dès le début du film, les scènes s’installent en douceur et délicatesse. La jeune fille lumineuse (incarnée par Llucia Garcia dont c’est le premier rôle), ne semble pourtant pas atteinte par l’accueil froid ou gêné.

Elle s’amuse même au début quand son oncle semble se mélanger avec les dates, les faits. Puis s’interroge devant les réactions des oncles et tantes ou bien les mots qui s’échappent chez les cousins. Les non-dits sont assez étouffants. Les secrets semblent vouloir remonter en surface ….

La jeune fille choisi l’écoute, l’attention. Elle prend souvent le parti de reculer, comme pour mieux voir, telle une mise à distance. Elle observe, s’installe dans un coin, se fait discrète, comme si elle n’était pas tout à fait là.

Existante mais finalement absente de ce qui se joue devant elle, à l’image des vingt dernières années.  » J’aurais voulu t’élever » lui dit l’une des tantes au détour de son récit. On comprend que son existence est reconnue mais que des choix ont été fait.

Trop occupée à chercher les vérités, elle s’implique assez peu dans la vie familiale, à part peut-être dans la scène de l’araignée avec les coussins, comme l’ébauche d’un lien possible. Lien qui peu à peu se tisse avec Nuno, l’un des coussins (le comédien joue également le père de Marina et l’actrice principale joue sa mère).

A aucun moment, on ne sent le besoin d’une nouvelle famille chez la jeune fille. On la devine proche de sa mère adoptive quand elle lui relate par téléphone les rencontres, les petits événements de la journée. Marina est aimée chez elle, c’est évident et ne semble pas en quête d’amour ni même de reconnaissance dans sa famille paternelle (excepté sur le papier tant désiré).

Au fil du film, on peut se demander si Marina, sans cette rencontre nécessaire et pratique, aurait cherché à créer des liens avec sa famille. Le besoin ou l’envie de rapprochement n’est jamais évoqué.

D’ailleurs, à la fin de son périple familial, elle semble qu’elle repartira sans rien livrer d’elle-même. Ou presque …

Une saine colère lèvera un petit peu le voile et nous laisse amusés et plutôt satisfaits de la rencontre de la piscine et du sac de feuilles. Les grands parents sont particulièrement odieux quand ils refusent de débâtir ce qui a dû leur donner des années à installer mentalement. Ils ont fabriqué leur propre vérité. Ce que l’on nomme tristement, les années sida ont souvent montré combien les réactions de l’entourage des malades pouvaient parfois être violentes.

Le film passe d’une époque à l’autre, rythmé par la lecture du journal décrivant les années 80 à 2004, année où se déroule le film.

Par les lieux revisités et certains protagonistes, on glisse continuellement entre les deux époques. Tel le bateau du père qui passe devant le hublot de Marina quand elle visite sa cabine, comme un petit clin d’œil.

Ces années 80, qui en sortant du franquisme ont donné naissance à La Movida (se traduit par – faire un geste, bouger), mouvement culturel qui apporta un grand sentiment de libération vécue pour la jeunesse espagnole ; et qui contribua à la modernisation de l’Espagne et lui permit de s’intégrer à l’Europe démocratique. Almodovar et Victoria en sont issus et illustrent la fantaisie de cette période espagnole.

Malheureusement avec la fête est arrivé la drogue et particulièrement l’héroïne, puis le sida qui fit de très nombreuses victimes et hissa le pays en tête de liste du nombre de victimes en Europe. Les parents de la réalisatrice en firent partie.

Je ne parlerais pas de la fin du film car il y a un peu de suspense dans cette histoire familiale.

Finalement, c’est la mer qui pourra, peut-être, créer les prémices d’une autre histoire familiale. Marina, fille de la mer, comme son nom l’indique semble dans son élément. Et la mer est quasi omniprésente dans le film.

Pour finir, Carla Simon explique qu’elle n’aurait pu faire ce film plus tôt.

La complexité de l’histoire a nécessité pour elle, de mûrir sur le plan personnel, d’être devenue parent, et d’oser prendre des risques grâce à ses expériences et sa culture cinématographique.

Il me semble qu’elle a bien fait car si son film nécessite recul et « digestion » pour mieux l’aborder et le comprendre, c’est un beau film réussi, et qui nous fait découvrir une réalisatrice qui compte et restera tout en s’inscrivant parfaitement dans le riche cinéma espagnol contemporain.

Sylvie C.

Derrière les Palmiers, Meryem Benm’Barek

En même temps qu’une histoire tragique, une tragédie à l’antique, Meryem Benm’Barek voulait nous montrer le monde de la bourgeoisie française, à Tanger, dans ces espaces résidentiels un peu enclavés, où se reconstituent des microcosmes aux accents néo-coloniaux. Ces lieux existent partout où il y a eu une vie coloniale, du Maroc comme du Sénégal, aux Antilles et ailleurs. Le lieu résidentiel est un quartier où l’on réhabilite d’anciennes demeures coloniales avec leurs jardins et leurs piscines. De cet endroit, les habitants ne rencontrent que ce qui est utile pour y vivre, les commerçants et artisans, les serviteurs, enfin, leurs alter ego de voisinage, tous aisés. Pour Mehdi, ce lieu va devenir magnétique.

Sans doute alors « Derrière les palmiers » accumule-t-il quelques clichés, mais les clichés ne le sont pas devenus pour rien… Or, Meryem Benm’Barek, si l’on se fie à ses interviews, a vécu ou vu d’une manière disparate les situations qu’elle décrit ; elle les rassemble dans son film qui est aussi une galerie de personnages avec leurs attributs. Ce n’est donc pas tant de cette histoire qui parle d’elle-même, que des personnages, de leurs environnements et de leurs modes de vie dont je vais parler.

Concernant les personnages, notre regard peut se porter sur Selma, cette jeune femme, orpheline, sincère, qui, dans un geste de confiance, aimant et absolu, donne à Mehdi la seule chose qu’elle peut offrir… ce qui lui coûtera la vie. (La question des rapports sexuels hors mariage et celle de l’avortement sont sévèrement réprimées : 2 ans de prison pour les femmes, 5 ans pour les médecins.)

Il peut se porter sur Mehdi, ce jeune homme, issu d’une famille petite-bourgeoise, soudain fasciné par Marie, si libre lui semble-t-elle. En fait, Marie, pour Mehdi, c’est elle, sa manière d’être au monde, et son environnement de rêve. Face à elle, Mehdi devient doucereux, s’exprime en pesant ses réponses. Mehdi, occupé à paraître, s’incarne, nous le verrons, comme un type sans consistance, qui navigue à vue et finira par sombrer.

On peut aussi s’intéresser à Clotilde et Bernard, ce couple résolument bourgeois. On pourrait trouver leur attitude par trop caricaturale, pourtant, si l’on en juge par ceux qui observent cette « gentry », en exagérant, on n’exagère jamais assez.

On songe alors à Marcel Proust en son temps : dans Un amour de Swann, il dépeint le salon des Verdurin, de riches commerçants, avec leur snobisme, leurs ostracismes, ou encore à l’étage du dessus, cette noblesse décadente, celle des Guermantes, qui affecte une fausse simplicité et une sorte de puérilité qui sont autant des marqueurs de leur classe. J’évoque cela pour en revenir à Clotilde, Bernard, et Marie, leur tendre progéniture. À eux trois, ils conjuguent ces deux formes de distinction sociale, armés de leur style, leur fortune, leur aisance, leur culture.

Dans cette famille, Marie, encore bien jolie avec sa quarantaine, avec sa voix si douce, si délicate, si libre de son corps… Clotilde, cette héritière, mère noble, altière, capable d’aborder tous les sujets avec une égale autorité, plus encore ceux d’argent. Bernard, un peu effacé, celui qui a un statut professionnel, qui a des relations. Souvenons-nous de la présentation par Marie de Mehdi aux parents :

Comme Mehdi avait fait des études d’architecte avant d’échouer à le devenir, c’est de cette manière que Marie le présente à ses parents… C’est une question de standing. Lors de cette première rencontre, leur conversation arrive sur l’architecture des musées. Clotilde expose ses goûts sûrs (teintés de néocolonialisme inconscient). Le jeune Mehdi tente de dire qu’il veut faire de l’architecture pour tout le monde. Bernard, avec un paternalisme inconscient, désamorce la tension : « Quand j’étais jeune, j’étais impétueux comme vous ».

Dans leur belle demeure… des objets de décoration, et Clotilde a confié à Marie « l’insigne » responsabilité de la décoration intérieure en question. La maison porte cet imaginaire colonial, avec ces objets, ces statuettes, ces tableaux et tapis et, comme les temps ont changé, une touche d’art abstrait.

Marie, qui ne connaît le travail que par ouï-dire, n’hésite jamais à conseiller Mehdi, à faire des projets pour lui, à lui présenter « des gens intéressants », à lui conseiller des lectures (sans chercher à connaître ses goûts).

On se souvient de cette soirée entre voisins, avec ses mondanités, ses pseudo-effusions au menu, et, comme dans Proust, on s’y fait un devoir d’être léger, léger et futile, on y parle de tout et de rien. Jusqu’à ce que l’alcoolisme mondain faisant son œuvre, la propriétaire du lieu, qui avait dépassé la dose, en chasse ses invités à coups de jet d’eau… (On n’invente pas ces détails.)

Telle se présente la toile de fond dans laquelle Mehdi se prend d’un coup à considérer son avenir comme une impasse, à rêver de voir le vaste monde, « de devenir quelqu’un », et se retrouve pris au mot de ses chimères. C’est ainsi que ce « Pinocchio » est allé d’un château en Espagne à sa déchéance morale, après avoir détruit la vie et causé la mort de Selma, avec, en héritage, toute une vie pour y songer.

Georges

L’objet du Délit d’Agnès Jaoui

Avant de vous quitter à regret la semaine prochaine, je voudrais vous encourager à voir le dernier film d’Agnès Jaoui, « L’Objet du délit », qui passe en ce moment à l’AlTiCiné. J’ai eu le plaisir de voir ce film en l’agréable compagnie de Françoise Fouillé, et il nous a beaucoup plu. (Françoise voudra bien m’excuser de parler pour elle.) C’est un film controversé sur un sujet qui se prête à la controverse : les rapports homme / femme à la suite du mouvement #MeToo. La critique du « Télérama » ne lui accorde qu’un « bien » (3 sur 5), mais je trouve qu’un « très bien » (4 sur 5) serait plus juste. Son mérite à mes yeux, c’est d’avoir osé aborder ce sujet délicat, d’avoir voulu en montrer toute la complexité en multipliant les points de vue et d’avoir agrémenté la présentation d’une bonne dose d’humour qui la fait mieux passer.

L’histoire se situe au cours de la préparation d’une représentation de l’opéra « Les Noces de Figaro » de Mozart et tourne autour de l’accusation d’un acte d’agression sexuelle qui aurait été commis lors d’une répétition. L’accusatrice, c’est la jeune soprano Sophie (Tiphaine Daviot) qui, malgré une piètre audition, a décroché le rôle de Suzanne grâce au financement de la production par son père pour la somme de 300.000 Euros. L’accusé, c’est le baryton italien Roberto (Vincenzo Amato), artiste bien établi qui jour le rôle du comte Almaviva. Une assemblée générale des artistes convoquée pour juger le cas montre un clivage entre les générations. Les vétérans que sont Hannah (Agnès Jaoui), soprano et grande vedette qui joue la Comtesse, et Igor (Daniel Auteuil), le chef d’orchestre, font peu de cas de l’accusation, mais certains de leurs jeunes collaborateurs veulent exiger des excuses de la part du chanteur italien, qui est peu enclin à en faire. Il en fait quand même du bout des lèvres et les répétitions peuvent continuer tant bien que mal, avec Roberto qui se moque de l’incident en exagérant la distance qu’il prend vis-à-vis de Sophie, à la grande irritation de ses détracteurs. Mais l’affaire est éventée dans la presse, et Nicolas Poirier (Patrick Mille), riche industriel et principal mécène de la production, retire son soutien, avant de le restaurer à condition qu’on écarte Roberto et lui trouve un remplaçant. Le remplaçant de fortune que l’on déniche ne se montrant pas à la hauteur, Igor prie Roberto de revenir, mais celui-ci refuse en chantant « Non non non non », repris de son rôle dans l’opéra. On est sur le point d’annoncer à un public déjà assemblé la suspension du spectacle, mais à la toute dernière minute les retombées de l’affaire pour la carrière de Roberto l’obligent à rejoindre la compagnie, et la représentation peut se dérouler comme prévu.

Autour de ce drame central se tissent plusieurs intrigues secondaires impliquant d’autres membres de l’équipe, chacune illustrant un autre aspect des rapports entre les sexes. L’incarnation même du « wokisme », Cora (Eye Haïdara), mezzo-soprano à la voix magnifique qui joue le page Chérubin, mène la « meute » (c’est le mot d’Igor) des accusateurs de Roberto. Femme de couleur, elle est à peine moins passionnée et agressive sur les questions de race que pour défendre les droits des femmes. Lors de leur première rencontre elle est impitoyable sur ce point avec Sophie, qui bafouille et s’enfonce de plus en plus en essayant de réparer une maladresse initiale. Par la suite les deux jeunes femmes deviennent de bonnes copines, et Cora joue un rôle essentiel dans la transformation  en accusation d’agression sexuelle de l’inconfort qu’éprouve Sophie aux attouchements de Roberto. 

La metteuse en scène Mirabelle (Claire Chust) représente la version naïve de la jeune génération. Elle voit dans « Les Noces de Figaro » une œuvre féministe, et poussée par un journaliste de France Inter, elle finit par mettre non seulement Mozart mais aussi son librettiste Da Ponte et le dramaturge Beaumarchais dans le camp du féminisme. Pour symboliser le machisme d’une époque où un comte Almaviva a pu se croire autorisé à exercer un « droit de cuissage », elle décore le plateau d’énormes statues de phallus, ce qui donne lieu à plusieurs scènes cocasses, à commencer par celle où l’on décide du nombre de « bites » à commander. Mais au-delà de cette dimension un peu caricaturale, Mirabelle illustre la timidité et l’incertitude qu’éprouvent beaucoup de femmes en s’aventurant sur un terrain longtemps dominé par les hommes, comme celui du spectacle.  Mannequin célèbre, elle a été engagée à des fins publicitaires plutôt que pour des compétences qu’elle n’a pas. Manifestement mal à l’aise dans sa nouvelle fonction, elle se montre peu sûre d’elle-même, parle d’une toute petite voix, s’excuse sans cesse, fond souvent en larmes et se blâme d’avoir donné les indications scéniques qui sont à l’origine du scandale. Mais à un moment critique vers la fin du film, Mirabelle trouve enfin sa voix.

Le chef d’orchestre Igor s’inquiète tout au long du film de la possibilité de se trouver sur la liste que doit publier la cantatrice célèbre Catherina Mancini des dix hommes qui l’auraient violée au cours de sa carrière. Il avoue avoir peut-être « insisté un peu » avec elle puisque « c’était comme ça à l’époque ». Quand le contenu de la liste est révélé, la réaction d’Igor montre qu’il « ne comprend rien » — la vraie raison pour laquelle Hannah a mis fin autrefois à leur liaison, alors que lui s’imaginait que c’était lié à un aspect de sa performance sexuelle, sa tendance à jouir trop vite. 

Clothilde (Lucie Gallo) se trouve promue assistante metteuse en scène lorsque sa prédécesseur, insistant pour transporter un phallus, se fait écraser par la statue et finit à l’hôpital. Après plusieurs tentatives infructueuses d’inciter Baptiste, le baryton-basse qui chante Figaro, à s’intéresser à elle, Clothilde finit par noyer son chagrin en se soûlant au champagne. Le régisseur Samir (Oussama Kheddam) la raccompagne et la porte gentiment dans son lit – à l’encontre de tant d’histoires d’hommes qui droguent des femmes pour abuser d’elles. Et apprenant le lendemain qu’il ne doit attacher aucune importance à un baiser qu’elle lui a fait dans son ivresse, il l’accepte de bonne grâce. Clothilde finit pourtant par comprendre que l’homme digne de son affection, c’est Samir, et quand elle se pend à son cou, c’est l’illustration parfaite de ce que doit être le consentement. D’ailleurs, le fait que ce modèle de comportement masculin est un Maghrébin dément tous les stéréotypes qu’il peut y avoir à ce propos.

L’intérêt que porte le mécène Poirier à la si jolie Mirabelle est peut-être à l’origine de la production. En tour cas, c’est lui qui l’a persuadée d’assumer un rôle pour lequel elle se sent peu qualifiée. Et quand le bruit court sur les média sociaux d’une infidélité qu’aurait faite à Mirabelle son partenaire de longue date (appelé Willy, comme le premier mari de Colette), le moment semble propice pour se saisir d’une proie facile. Profitant de sa vulnérabilité, Poirier rôde autour d’elle sous prétexte de la consoler et la protéger (« Je suis là » … « Je dois aller à Paris mais je suis là »). Abusant de son autorité sur le régisseur Samir, il trame une combine par laquelle il espère pouvoir la rejoindre dans son lit – sans songer que le scandale provoqué par la simple allégation d’un comportement du même genre, mais en bien moins grave, a failli couler une production qu’il avait patronnée. Mais avec la complicité de Clothilde, Samir prévient Mirabelle et la met à l’abri. C’est ce geste qui fait comprendre à Clothilde que Samir, qui court un certain risque à contrecarrer la volonté d’un homme si puissant, est lui-même un homme de bien qui mérite d’être aimé.  A la fin la vie imite l’art lorsque le quiproquo qui termine l’opéra se reproduit dans les coulisses.

Beaucoup mieux que les indications scéniques maladroites de Mirabelle, le film relie la thématique de l’opéra de Mozart au contexte contemporain en montrant toute la gamme des comportements sexuels masculins, de la retenue exemplaire d’un Samir jusqu’à l’initiative criminelle d’un Poirier en passant par la conduite ambiguë d’un Igor conduite trop répandue autrefois et trop souvent tolérée mais qui n’est plus de mise. Il montre aussi le genre de dérive où peut mener une poursuite trop zélée et trop idéologique de la protection des droits des femmes. La démonstration ne sera pas du goût de tout le monde — c’est plus ou moins inévitable, compte tenu du sujet. Certains feront au film le reproche de traiter trop à la légère un problème sérieux de société. Il est difficile, en effet, de trouver le ton juste pour parler de ce sujet, tant il peut susciter des réactions divergentes et passionnées. Mais il faut en parler ; il a été trop longtemps passé sous silence. Je vois une qualité dans la légèreté de ton du film, qui lui permettra peut-être d’atteindre un public plus large tout en incitant à la réflexion. Divertissement agréable sur fond sérieux, il a comme attrait supplémentaire la magnifique musique de Mozart, chantée pour l’essentiel par une distribution de professionnels. Quelques jours plus tard je me surprends encore en train de chantonner « Voi che sapete che cosa è amore ».

Don

Un jour avec mon père-Akinola Davies

Ce film réalisé par Akinola Davies, qui a passé son enfance entre Londres et Lagos, dont le script a été écrit par Wale Davies, son frère, relate l’histoire d’une famille : Fola, le père, Bola, la mère, Olaremi, 11 ans et Akinola 8 ans qui s’est déroulée, en une seule journée, le 12 juin 1993 à Lagos. Il a été récompensé de la caméra d’or au festival de Cannes 2025 et par le Bafta du meilleur film.

Au début du film, les enfants, qui voient rarement leur père qui travaillent à Lagos, jouent seuls à la maison car leur mère est partie travailler au village.

Ce dimanche, leur père est venu leur rendre visite et décide de les emmener à Lagos car il doit récupérer des arriérés de salaire mais c’est aussi jour d’élection présidentielle dans un pays où règne, à cette époque, une instabilité politique chronique.

Leur parcours est semé d’embuches car le bus qui les emmène en ville tombe en panne d’essence. Ils doivent faire du stop pour se faire emmener et du moto-taxi dans la ville. Fola se présente à son travail mais le patron n’est pas là pour lui régler ses arriérés de salaire. A la suite des conseils du contremaître, ils partent visiter la ville : rencontrent leur tante, vont visiter le quartier où Fola et Bola vivaient lorsqu’ils étaient jeunes, profitent de la ville, vont à la plage et fêter la naissance des jumeaux du contremaître dans un bar où Fola est connu et où il retrouve des amis inconnus de ses enfants, particulièrement une femme qui permet à l’aîné de comprendre la situation ambiguë du père.

En fin de journée, les élections présidentielles sont annulées par le gouvernement. Les émeutes débutent et Fola doit repartir au village avec ses enfants sans avoir récupéré son salaire. Le retour est difficile, les policiers sont nerveux, un policier le reconnait et voudrait le tuer.

L’aventure se termine, malheureusement, par l’enterrement chrétien de Fola où les enfants et Bola sont penchés sur le cercueil qui est suivi pendant la cérémonie par toute la population du village. Le fils aîné à qui Fola a demandé de prendre soin de son petit frère, se souviendra longtemps de cette journée si particulière et son père dans ses rêves.

Un jour avec mon père est filmé à hauteur d’enfant, ce qui lui donne un charme indéniable, avec des plans courts qui permettent de changer fréquemment la focalisation du récit et ainsi la ville de Lagos devient un personnage à part entière. Ces plans courts permettent de mieux comprendre l’atmosphère, la situation des différents protagonistes ainsi que les sentiments des différents personnages.

Un film que je vous engage à aller voir.

Marie-Christine Diard

YELLOW LETTERS – Ilker Çatak

Voici un film produit par l’Allemagne, la France et la Turquie, tourné en Allemagne, dont l’action se situe en Turquie. Mais où les différentes scènes, celles d’Ankara ont été tournées à  Berlin et celles d’Istanbul à Hambourg.

Certains d’entre-nous ont peut-être vu le précédent film d’Ilker Çatak « la salle des Profs, prix du meilleur scénario à Berlin » et nominé aux oscars en 2023. C’est avec la même équipe qu’il tourne Yellow Letters, c’est la consécration puisqu’il a obtenu l’ours d’or.

Yellow Letters nous parle du pouvoir turc, absolu, arbitraire et censeur. L’histoire se déroule entre 2016 et 2019. Pendant cette période, près de 2000 artistes et de nombreux universitaires ont été suspendus (Les lettres jaunes) ou poursuivis pour avoir signé une pétition en faveur de la paix. Ces mesures, souvent prises sans jugement équitable, ont conduit à des interdictions professionnelles durables, plongeant des milliers de personnes dans une exclusion à la fois sociale et économique. À travers cette toile de fond, Ilker Çatak choisit de mettre en lumière les conséquences d’une politique répressive sur le quotidien d’un couple, Deria, actrice reconnue et Aziz son époux et metteur en scène.

Rappelons qu’en Turquie on emprisonne massivement. Parmi ces détenus nombre prisonniers politiques, un rapport de notre assemblée nationale 2025 les estimait à 30 000, dont 20 000 kurdes. Les détentions peuvent comporter isolement et torture et souvent la mort. Pour la population aux opinions politiques opposées, la prison se présente comme une épée de Damoclès – Pour regarder Yellow letters, il faut y penser.

Indiquons qu’Ilker Çatak n’a pas voulu produire un acte de dénonciation exclusive de la Turquie, l’arrivée au pouvoir du dictateur américain, nous indique que nous sommes tous concernés. D’une manière plus ou moins prononcée, des attaques contre la création et la liberté de penser et donc leurs auteurs sont de mise. (rétorsions économiques, procédures baillons, les exemples fourmillent).

Déria et Aziz n’aimaient pas ce pouvoir, ce pouvoir ne les aimait pas non plus, mais un pays qui se respecte doit maintenir, célébrer la culture. Or, un soir caprice de star, elle refuse de se faire photographier avec le gouverneur, ce type qui consultait sa messagerie téléphonique, échangeait avec ses subordonnés pendant le spectacle… (Ilker Çatak évoque une culture du mépris dans cette classe d’aparatchiks.) Alors la machine à persécuter démarre, symbolisée par la fameuse lettre jaune. Elle et lui sont exclus du théâtre, la représentation de leur pièce arrêtée. N’avoir plus de salaire ne suffit pas, on inspecte également leur domicile. Le propriétaire qui ne veut pas de vagues leur demande de partir.

Face à l’adversité, le couple et leur fille se réfugient à Istanbul chez la mère d’Aziz, une femme tolérante et bonne. Cependant, le rôle un peu sadique du frère de Déria, parfait « Erdoganiste », participe à leurs difficultés. L’isolement social, les ennuis financiers font leur chemin, Aziz devient chauffeur de taxi de nuit , sans pourtant renoncer à son art.

L’un et l’autre tentent de rebondir. Mais l’économie du couple c’est aussi son économie ménagère, et à force de frustrations, ils se disjoignent à tenter de joindre les deux bouts. Elle est reconnue par une casteuse, trouve un rôle dans une série ; de son côté, lui qui n’a pas renoncé à son art, met en scène une pièce contestataire dans un théâtre alternatif, il se retrouve alors sans son actrice. Il se retrouvera bientôt sans sa femme. Le point d’orgue de leur séparation « programmée » survient quand Aziz dit à Déria qu’elle est sa création, que sans lui, elle ne serait rien. Chacun mesure alors le fond patriarcale du propos, son côté réifiant, la bêtise de la colère, mais surtout son ironie, car l’un et l’autre sont de parfaits déclassés et doivent désormais, l’un sans l’autre, tout refaire .

L’usure sociale, économique, affective du couple est une histoire avec un petit h, une anecdote à l’intérieur de celle qui se joue avec son grand H. Mais cette grande histoire, celle d’un pouvoir despotique, quasi totalitaire, vu par ses conséquences, ici sur un couple en vue (au demeurant remarquablement joué par Özgü Namal et Ansu Biçer) est une mise en garde qui concerne nos modes de vie, si ce n’est nos vies. Elle nous invite à l’extrême vigilance, car l’air que nous respirons est particulièrement fuligineux en cette période.

Georges

Il nuovo paradigma della compliance: come i casinò online conquistano i mercati internazionali

Negli ultimi cinque anni il settore dei casinò online ha vissuto una crescita esponenziale, spinto da una domanda globale sempre più affamata di esperienze di gioco digitali. La proliferazione di piattaforme con bonus di benvenuto generosi, live streaming di tavoli da roulette e slot a volatilità elevata ha spinto gli operatori a guardare oltre i confini tradizionali.

Nel contesto di questa espansione, la conformità normativa è diventata il vero passaporto per entrare in nuovi mercati. Per chi vuole approfondire le opportunità offerte da piattaforme che operano al di fuori dell’AAMS, un punto di partenza utile è il sito siti scommesse non aams.

Questo articolo analizzerà le strategie di compliance che consentono agli operatori di superare barriere legali, fiscali e culturali. Verranno confrontate le licenze “hard” e “soft”, esplorati i requisiti anti‑lavaggio e di gioco responsabile, sviscerata la fiscalità internazionale, e infine presentate le tecnologie emergenti che stanno trasformando la gestione della compliance. Il lettore troverà anche riferimenti pratici a Cstrack, un portale informativo dove è possibile consultare le ultime novità normative e le recensioni di piattaforme di scommesse non AAMS.

1. Analisi comparativa dei quadri normativi: licenze “hard” vs. “soft”

Le licenze “hard” sono rilasciate da autorità con una reputazione consolidata a livello globale, come la UK Gambling Commission, Malta Gaming Authority e Curaçao eGaming. Esse impongono requisiti rigorosi: capitale minimo di €1 milione, controlli AML certificati, e obblighi di protezione del giocatore (limiti di perdita, meccanismi di auto‑esclusione).

Le licenze “soft”, invece, sono autorizzazioni locali spesso limitate a specifici tipi di gioco o a una fascia di mercato ristretta. I requisiti di capitale sono più bassi (da €100 000 a €250 000), i controlli AML possono essere meno articolati e le politiche di protezione del giocatore sono generalmente più flessibili.

Caratteristica Licenza “hard” (UK, Malta, Curaçao) Licenza “soft” (locale)
Capitale minimo €1 milione €100 000‑€250 000
Controlli AML Verifica continua, audit annuale Verifica periodica, meno frequente
Protezione del giocatore Limiti di deposito, self‑exclusion obbligatori Limiti opzionali, auto‑esclusione su richiesta
Tempo di rilascio 6‑12 mesi 2‑4 mesi
Percezione di affidabilità Alta (RTP medio 96 % garantito) Media‑bassa

La scelta della licenza influisce direttamente sulla velocità di ingresso in un mercato: una licenza “soft” permette di lanciare rapidamente una piattaforma in un paese emergente, ma può compromettere la fiducia dei giocatori, soprattutto quando si tratta di bonus di benvenuto elevati o di giochi live streaming. Al contrario, una licenza “hard” richiede più tempo per l’ottenimento, ma offre un vantaggio competitivo in termini di credibilità, facilitando partnership con fornitori di contenuti premium e con istituti bancari per le transazioni.

2. Strategie di adeguamento alle normative anti‑lavaggio (AML) e di gioco responsabile

Obblighi AML globali

A livello internazionale, le normative AML si fondano su tre pilastri: conoscenza del cliente (KYC), monitoraggio delle transazioni e segnalazione di attività sospette (SAR). I casinò online devono verificare l’identità del giocatore mediante documenti ufficiali, confrontare i dati con liste di sanzioni e mantenere un registro delle transazioni superiori a €10 000.

Politiche di gioco responsabile

In Europa, le autorità richiedono limiti di deposito settimanali (es. €1 000), strumenti di auto‑esclusione integrati nei profili utente e l’accesso a linee di supporto psicologico. In Asia, paesi come le Filippine richiedono avvisi di rischio prima di ogni deposito e la possibilità di impostare limiti di tempo di gioco. In America Latina, la normativa brasiliana prevede il blocco automatico delle scommesse per i giocatori che superano un determinato numero di sessioni consecutive.

Casi studio

  • Operator A ha introdotto un sistema di intelligenza artificiale che analizza in tempo reale le sequenze di puntate su slot a volatilità alta. Il motore identifica pattern anomali (es. 10 000 spin in 5 minuti) e attiva una notifica di revisione KYC. Dopo sei mesi, le segnalazioni di frode sono diminuite del 27 %.
  • Operator B ha implementato una piattaforma di verifica dell’identità basata su riconoscimento facciale e blockchain. Il processo, completato in 30 secondi, ha ridotto il tasso di abbandono della registrazione dal 18 % al 9 %.

Strumenti pratici

  • Lista di controllo AML
  • Verifica documento d’identità (passaporto, patente).
  • Controllo contro liste PEP e sanzioni.
  • Monitoraggio transazioni > €5 000.
  • Reportistica SAR mensile.

  • Misure di gioco responsabile

  • Limiti di deposito giornalieri/settimanali personalizzabili.
  • Pulsante “Pausa” visibile in tutte le sezioni live streaming.
  • Accesso a un centro di assistenza 24/7 per dipendenza da gioco.

Le tecnologie AI e blockchain stanno diventando alleati imprescindibili per soddisfare questi requisiti, riducendo al contempo i costi operativi.

3. Fiscalità internazionale: strutture societarie e piani di tassazione ottimizzati

Differenze di tassazione

Le giurisdizioni differiscono notevolmente nella modalità di tassazione. In Regno Unito, la tassa è applicata sul profitto netto (circa 19 %), mentre in Italia si paga un’imposta sul revenue delle attività di gioco (15 % sul lordo) più un contributo al Fondo di Gioco Responsabile. In Canada, la tassazione è sul profitto ma varia per provincia (Ontario 13 %, Quebec 12 %).

Strutture societarie più diffuse

  1. Holding offshore – Società madre registrata in un paradiso fiscale (es. Isole Cayman) che detiene le licenze e gestisce il cash flow.
  2. Filiale locale – Entità costituita nel paese di operatività, responsabile della conformità fiscale locale e della gestione delle risorse umane.

Queste strutture permettono di sfruttare accordi di doppia imposizione, ottimizzando il carico fiscale complessivo.

Riforme fiscali recenti

  • Italia: dal 2024 è stata introdotta una riduzione del 2 % sulla tassa di gioco per operatori con fatturato annuo inferiore a €10 milioni, incentivando l’ingresso di nuovi player.
  • Spagna: il governo ha alzato il contributo al fondo di gioco responsabile dal 0,5 % al 1 % del revenue, spingendo gli operatori a rivedere i propri modelli di pricing.
  • Canada: la provincia di Alberta ha introdotto un credito d’imposta del 5 % per le spese sostenute in tecnologie di compliance (AI, RegTech).

Come gli operatori si stanno adeguando

Molti casinò hanno ristrutturato le proprie holding, creando una “layer” intermedia in Malta per beneficiare del regime fiscale più favorevole (tassa sul profitto del 5 %). Altri hanno avviato joint venture con partner locali per condividere il carico fiscale e accelerare l’ottenimento di licenze “soft”.

Per chi desidera approfondire le implicazioni fiscali specifiche, Cstrack offre una sezione dedicata alle guide fiscali per le scommesse non AAMS, dove è possibile trovare esempi pratici e checklist aggiornate.

4. Adattamento culturale e linguistico nella documentazione di compliance

Importanza della localizzazione

Una politica di privacy redatta esclusivamente in inglese può risultare incomprensibile per gli utenti in Germania o in Brasile, compromettendo la trasparenza richiesta dal GDPR o dalla LGPD. Tradurre termini di servizio, condizioni di bonus di benvenuto e procedure di reclamo nella lingua madre dell’utente aumenta la fiducia e riduce il rischio di contestazioni legali.

Specificità culturali

  • Paesi musulmani: la legge islamica proibisce il gioco d’azzardo; tuttavia, alcuni operatori offrono “gaming entertainment” separato dal betting tradizionale, con avvertenze chiare e opzioni di donazione a enti caritatevoli.
  • Nord Europa: le normative svedesi richiedono una dichiarazione esplicita sull’RTP (Return to Player) delle slot, con soglie minime del 95 %.
  • America Latina: in Messico, le autorità richiedono che le offerte promozionali includano un avviso sul rischio di dipendenza, tradotto in spagnolo e in lingua indigena dove applicabile.

Linee guida pratiche

  1. Uniformità del brand – Mantieni lo stesso tono di voce e layout grafico in tutte le versioni linguistiche.
  2. Glossario normativo – Fornisci un glossario dei termini chiave (KYC, AML, RTP) tradotto e con note esplicative.
  3. Procedura di reclamo multicanale – Offri moduli di reclamo sia online che via email, disponibili in almeno tre lingue per i mercati target.

Esempio di documentazione localizzata

Un operatore che vuole lanciare una promozione “bonus di benvenuto 200 % fino a €500” in Polonia dovrà:

  • Tradurre il disclaimer in polacco, includendo la frase “Gry hazardowe mogą prowadzić do uzależnienia”.
  • Specificare il limite di deposito settimanale (€1 000) e la possibilità di auto‑esclusione tramite il pannello “Responsabilità”.
  • Inserire il logo della Polskiej Agencji Rozwoju Przedsiębiorczości, riconosciuto come ente di certificazione locale.

Cstrack fornisce modelli di policy tradotte in più lingue, utili per chi desidera standardizzare la propria documentazione senza dover partire da zero.

5. Tecnologie emergenti a supporto della compliance globale

Blockchain per la tracciabilità

La blockchain consente di registrare ogni transazione di gioco in un ledger immutabile. Alcuni casinò hanno adottato token ERC‑20 per i pagamenti, garantendo trasparenza sul flusso di fondi e facilitando le verifiche AML da parte dei regulator. Inoltre, la tecnologia permette di certificare la licenza di gioco: un QR‑code sulla pagina “Licenza” punta a un hash blockchain che dimostra l’autenticità del documento.

RegTech per l’automazione

Le piattaforme RegTech offrono moduli di reporting automatico conformi alle specifiche di ciascuna giurisdizione (es. FATF, AMLD5). Un sistema integrato può generare SAR entro 24 ore dall’identificazione di un’attività sospetta, riducendo il rischio di sanzioni. Alcuni provider includono dashboard di rischio che aggregano KYC, monitoraggio delle transazioni e segnalazioni di gioco problematico in un’unica interfaccia.

Intelligenza artificiale e personalizzazione

L’AI può analizzare i pattern di puntata per identificare giocatori a rischio di dipendenza, suggerendo limiti personalizzati di tempo o deposito. Inoltre, algoritmi predittivi valutano la probabilità di audit normativo, avvisando i manager di possibili lacune nella documentazione. Un caso recente vede un operatore utilizzare AI per ottimizzare le offerte live streaming, garantendo che le promozioni rispettino le normative sui bonus in ciascuna regione.

Tendenze future

  • Normative basate su dati: i regulator richiederanno report in tempo reale su metriche di volatilità e RTP, spingendo gli operatori a integrare API di reporting.
  • Collaborazioni regulator‑operator: sandbox regolamentari consentiranno di testare nuove funzionalità (es. scommesse su e‑sport) in ambienti controllati, accelerando l’adozione di innovazioni senza violare le norme.
  • Standard di interoperabilità: si prevede l’emergere di standard globali per la certificazione di licenze basati su blockchain, facilitando il trasferimento di compliance da un mercato all’altro.

Queste tecnologie non solo semplificano la gestione della compliance, ma trasformano le restrizioni in opportunità di differenziazione, soprattutto per i casinò che puntano a offerte di live streaming con jackpot progressivi e RTP garantiti.

Conclusione

La compliance non è più un semplice requisito legale, ma una leva strategica per l’espansione internazionale dei casinò online. Dalla scelta tra licenze “hard” e “soft”, passando per l’adozione di sistemi AML avanzati, fino alla strutturazione fiscale ottimizzata e alla localizzazione culturale, ogni elemento influisce sulla capacità di conquistare nuovi mercati. Le tecnologie emergenti – blockchain, RegTech e intelligenza artificiale – offrono gli strumenti per rendere la conformità un vantaggio competitivo, trasformando la gestione dei rischi in un driver di crescita.

Operatori che sapranno integrare fluidamente requisiti legali, fiscali e culturali, supportandosi anche su risorse come Cstrack per aggiornamenti normativi, potranno trasformare la compliance da ostacolo a vero motore di differenziazione, garantendo al contempo un’esperienza di gioco sicura e responsabile per i propri utenti.

Orwell, 2 + 2 = 5, de Raoul PECK

Alticiné et Les Cramés nous ont offert ce jeudi 30 avril un bel événement cinématographique, présenté par Jean-Marc, et annoncé depuis février comme un film majeur, par-delà les polémiques sur le foisonnement étourdissant des images et le montage accéléré de quatre fils narratifs parallèles. Film d’une actualité brûlante en ces temps de guerre quasi permanente (pas moins de 36 dans le monde) et de montée en Europe, en Israël et aux Etats-Unis d’une extrême droite arrogante, perverse et apparemment policée. Autant le dire tout de suite : je n’avais pas aimé le film la première fois pour ce bombardement incessant de plans de guerres, de dictatures, d’oppressions, la prolifération vertigineuse des sous-titres et paroles, l’entrecroisement de quatre histoires en une : la vie d’Orwell, évoquée à travers ses écrits, sa correspondance, son séjour sur l’île de Jura en Ecosse (où s’écrit 1984), des extraits d’adaptations cinématographiques de 1984 (notamment celle de Michael Radford avec John Hurt réalisée symboliquement en…1984 ), des images d’archives (sur la guerre d’Espagne, l’arrivée d’Hitler au pouvoir, etc.) et des images d’actualité. Je pense notamment pour cette dernière catégorie à l’interrogatoire serré et musclé de Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, autrefois opposant à Trump, qui a laissé passer pour « fact-checker » (vérificateur de faits) des …suprématistes blancs – par Alexandria Ocasio-Cortez, étoile montante des démocrates américains, et future candidate putative aux présidentielles de 2028 : aux hésitations, au trouble, à la parole contournée et duplice du jeune homme, Mme Ocasio-Cortez oppose une parole franche, courageuse, inquisitrice qui n’hésite pas à aller traquer son adversaire jusque dans ses silences ou ses derniers retranchements… Autre passage très fort : ces images de Donald Trump photographié au milieu de jeunes Noirs ou de minorités latinos auxquelles j’ai pu une poignée de secondes me laisser prendre, non sans y voir très vite de la propagande – style Jean-Marie Le Pen expliquant à la télé dans L’Heure de vérité qu’il n’était pas raciste puisque : regardez le public du studio, il y a un Noir, un Maghrébin…

Très vite, pourtant – et Raoul Peck nous l’annonce – on comprend qu’il s’agit d’images générées par l’Intelligence Artificielle, terrible exemple du mensonge, pire de la subversion du réel, de la confusion entre le mensonge et la vérité qui est le propre des dictatures selon Hannah Arendt dans La Crise de la culture – Jean-Marc nous le rappelle opportunément. Orwell en effet, pour avoir été policier en Birmanie et avoir vécu de l’intérieur l’impérialisme britannique et le colonialisme, source de tous les maux, ne dénonce pas seulement le stalinisme mais tous les totalitarismes, historiques (le nazisme et le fascisme bien sûr) ou actuels : que l’action de son roman se déroule à Londres, capitale de l’Océania (en guerre contre l’Eustasia et l’Eurasia pour détourner l’attention du peuple des problèmes sociaux sur un ennemi extérieur supposé), est symptomatique de notre temps. Aujourd’hui même, après la Hongrie d’Orban (heureusement battu tout récemment) et l’Italie sous Georgia Meloni, la montée du Rassemblement National pourrait conduire à sa victoire, si les forces de progrès et de démocratie ne s’unissent pas pour le combattre. Les media Bolloré ne cessent de proclamer cette victoire comme possible, par le matraquage permanent des mêmes slogans, leur phraséologie mensongère (appuyée sur les termes creux et notions détournées de « wokisme », d' »ensauvagement » de la société, de « grand remplacement », etc.) et leur langage policé, fondé sur le pouvoir performatif des mots : à force de répéter les mêmes choses, d’asséner des post-vérités et des fake-news, on crée une réalité qui n’existait pas.La montée de l’extrême droite s’explique largement par le gain de cette « bataille culturelle » évoquée par Salomé Saqué dans son livre Résister qui démontre et démonte les mécanismes totalitaires de lavage de cerveau, la surveillance généralisée incarnée par l’oeil omniprésent de Big Brother (watching you..)

Alors, oui, il faut revoir un film si on ne l’a guère aimé ou si on a été gêné par certains aspects. Grâce à cette seconde vision, et au débat nourri qui a suivi la projection du film entre désenchantement et sursaut démocratique, j’ai vraiment aimé ce film dont le montage m’est apparu dans toute sa subtilité (tel ce souffle de George Floyd étouffé aux USA par la police, ce « I can’t breathe » que prolonge le souffle coupé de George Orwell souffrant de la tuberculose), dont l’évidence actuelle m’a enfin sauté aux yeux, par-delà la confusion apparente du propos qui mime celle de notre monde, entretenue par les fachos de tout poil. Oui, ce fil est indispensable, et salutaire malgré son pessimisme noir parce qu’il appelle à dénouer les fils, à comprendre les mécanismes de l’aliénation totalitaire, de la « servitude volontaire » déja dénoncée au XVIème siècle par Etienne de La Boétie. La contre-utopie orwellienne est devenue la réalité – ou si l’on préfère, la réalité rejoint et dépasse même la fiction. Les trois slogans totalitaires de 1984 – « la liberté, c’est l’esclavage – l’ignorance, c’est la force – la guerre, c’est la paix » – sont illustrés et mis en oeuvre chaque jour : sur la guerre à Gaza, Natanyahou, parlant de « pacification » pour justifier son génocide ne dit pas autre chose ; les media travaillés par la propagande du RN ou de Reconquête entretiennent la confusion et le mensonge pour nous anesthésier (comme disait une spectatrice) ; et les peuples déboussolés par les crises économiques se donnent aux dictateurs qui, financés par des milliardiares, leur font croire qu’ils sont proches d’eux et vont résoudre tous les problèmes sociaux – de pouvoir d’achat, de chômage et de misère…Voyez les 2 élections de Trump !

Oui, ce film est indispensable et finalement pédagogique si l’on veut bien le décrypter et ne pas tomber dans le déclinisme ou les « 2 minutes de la haine » fanatisant les foules contre l’ennemi Goldstein dans 1984. Nous sommes en plein novlangue, en plein euphémisme mensonger, retournant la vérité en mensonge en amoindrissant le réel – même si le propos du livre va plus loin que le film en montrant que supprimer des mots, c’est appauvrir le langage, c’est peu à peu annihiler la pensée… Raoul Peck fait défiler en couleur de nombreuses équations langagières perverses illustrant dans notre société cette perversion du langage : la « pacification » ou « l’opération spéciale » (de Poutine en Ukraine) pour la guerre d’agression impérialiste, mais aussi, dans le langage socio-économique de nos démocraties de plus en plus illibérales ou de l’extrême-centre macroniste,  » « l’optimisation » pour l’évasion fiscale, « plan social » pour licenciement massif, « simplification administrative » pour coupes sombres ou suppressions de postes de fonctionnaires, « libération de l’économie » pour ultra-libéralisme, etc.

Doit-on désespérer comme le craint une spectatrice ? Non, il reste l’effort de l’intelligence, le combat collectif et militant, et l’amour, dans 1984, de Julia et Winston Smith, ultime résistance – fût-elle finalement broyée (mais ce n’est qu’un livre) par la dictature. La conscience politique et la culture pour tuer dans l’oeuf ces bacilles qui encadrent le film, bacilles de Koch qui gangrènent les poumons d’Orwell, bactérie de la peste brune.

(portrait de George Orwell)

Claude

A ECOUTER UNE EXCELLENTE EMISSION DE C POLITIQUE DIMANCHE 3 MAI qui ne saurait mieux tomber car elle porte sur ce sujet même : « LA VERITE : VIVONS- NOUS UN MOMENT ORWELLIEN ? » (disponible bientôt en replay)

[Je me permets de joindre à cet article une chanson que j’ai écrite, « Les nouveaux fachos » avec la musique et le texte et qui figure sur mon 1er CD, prévu pour le 10 mai, Arbres de vie, de Claude Sabatier]

Les Dimanches d’Alauda RUIZ de AZUA

(Présentation assurée par Gisèle Mazel, débat animé par Claude Sabatier)

« Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que chacun a ses raisons », dit le cinéaste Jean Renoir dans La Règle du jeu : Les Dimanches, film bardé de récompenses de la cinéaste espagnole quadragénaire Alauda Ruiz de Azua, sorti le 11 février, propose à cet égard une réflexion subtile sur la vocation religieuse mais surtout sur les fissures puis la déflagration que produit une décision aussi inattendue d’une jeune fille de 17 ans, Ainara, d’entrer dans un couvent, sur tous les membres de la famille : le père Inaki, la tante Maïté, la grand-mère Lilas… Le propos est insolite et paradoxal : là où on s’attendrait à ce qu’une famille réactionnaire, des parents ringards s’opposent à l’émancipation sexuelle ou politique d’une adolescente, c’est une jeune femme qui adopte une position, et prend une décision dite « conservatrice » face à un entourage libéral et progressiste ! A en juger par les réactions modérées mais enthousiastes et le débat nourri autour des motivations de la postulante et bientôt novice Ainara – peur de la vie comme dans Le Dialogue des Carmélites de Georges Bernanos ? réponse compensatoire à la mort de sa mère dans son enfance ? endoctrinement catholique ? – la réalisatrice a réussi un film complexe, jamais manichéen – malgré le contexte géographique et historique en arrière-plan rappelé par Gisèle : l’action se déroule au Pays basque, province à jamais marquée par le massacre de Guernica le 26 avril 1937 par les bombardiers nazis et avions fascistes italiens, et l’on sait la collusion du haut clergé espagnol avec le régime franquiste, d’où la méfiance de Maïté marquée par son éducation religieuse, face à « l’appel » divin supposé de sa nièce. Gisèle souligne également la coïncidence entre notre soirée-débat et une date cardinale en Espagne : le 14 avril 1931, il y a 95 ans, à la suite d’élections municipales, était proclamée la Seconde République espagnole, une république laïque…

On ne sautait juger de l’extérieur de l’authenticité et de la profondeur de la foi – pas plus sans doute que de l’opinion politique ou de l’intimité amoureuse – de l’autre. Ce film offre une méditation profonde sur les voies incompréhensibles (comme dit la formule chrétienne) moins de Dieu que de l’intériorité humaine qu’il faut comprendre, respecter et aimer mais sur laquelle des parents légitimement inquiets ne peuvent que s’interroger et interpeller leur enfant, avec plus ou moins de finesse et de détachement : le vague ennui du père, restaurateur égoïste, qui se dit qu’il aura une bouche de moins à nourrir, la sollicitude discrète de la grand-mère qui sait venir parler dans sa chambre à sa petite-fille, l’amour éperdu de Maïté, devenue athée, qui se transformera en haine face au choix déterminé de la jeune fille, et qui ira jusqu’à déshériter sa nièce et son frère vendant il est vrai son appartement en dépit de ses promesses… Comment accompagner quelqu’un qu’on aime, sans forcer sa conscience ni rester indifférent aux conséquences de ses choix, quand on craint ou qu’on est convaincu qu’il se trompe profondément ? Comment, pourtant, et sur quels critères en juger ? On ne peut cependant se défendre du sentiment qu’Ainara hésite entre Dieu et le monde, incarné par le désir amoureux pour son petit copain Mikel, que la mort de sa mère – traumatisme initial – serait pour beaucoup dans sa décision. « La vocation n’est pas un choix mais un appel » – dit le bandeau de l’affiche. Deux scènes semblent bien le suggérer : celle des obsèques de sa grand-mère et le dernier dialogue d’Ainara et Maïté (le monologue de Maïté bien plutôt)…

A l’issue de la cérémonie, Ainara est effondrée : elle prie avec une intensité rare pour sa grand-mère, appelant sur elle la grâce de Dieu, réclamant aussi pour elle-même l’amour du Créateur pour qu’il l’éclaire dans sa vie et dans ses choix. Son imploration pourtant si intime est tellement forte, ses larmes si abondantes et contre toute attente son visage finalement si illuminé par la foi que ses proches sont saisis par ce cheminement spirituel (un appel à Dieu et non plus seulement vers Dieu) dont ils ne peuvent plus mettre en doute la sincérité. Comme empêtrés et empêchés par les bancs de l’Eglise qui les sépare d’Ainara, ils se regardent, hésitent, se tiennent à distance – conscients que quelque chose de vrai est en train de se jouer sous leurs yeux, quelque chose qu’ils ne conçoivent sans doute toujours pas rationnellement, mais auquel ils ne peuvent qu’aquiescer confusément, par un ébranlement affectif et profond de leur être. Le père, d’ordinaire plutôt mutique et maladroit, s’approche et étreint longuement sa fille. C’est une image bouleversante de la compréhension de l’autre : com-prendre, c’est moins saisir intellectuellement qu’embrasser la complexité, le mystère de l’autre. Au cheminement religieux d’Ainara répond ici le cheminement empathique d’Inaki, à l’amour divin pour le Père l’amour profane du père…

Un autre moment est très fort : le dépit et la colère de Maïté pour qui Ainara non seulement fait un mauvais choix, mais trahit la famille, déserte la vie, se fuit dans le couvent de clôture des Betinas (serment et plénitude d’Elisabeth, la mère de la Vierge Marie) au lieu de s’ouvrir à la vie, de poursuivre une relation amoureuse avec Mikel avec lequel la tante accuse sa nièce d’avoir eu un rapport sexuel devant la Mère supérieure pour briser ce retrait du monde. La rage de Maïté (si émouvante Patricia Lopez Arnaiz) éclate et je dois dire, malgré mon respect pour la vocation spirituelle de la jeune fille, que j’épouse (comme la cinéaste dont ce personnage représente le mieux le point de vue) la blessure de cette femme athée, incandescente, malheureuse en amour – trompât-elle son mari à qui elle avoue ses frasques nocturnes face à son indifférence et si dure soit-elle en se coupant finalement de sa famille. Face à son impuissance à convaincre malgré son sentiment de supériorité morale, à cet amour éperdu et ulcéré, Ainara reste de marbre quand Maïté prend son visage entre ses mains : « je prierai pour toi », lui répond-elle : sérénité d’une jeune fille appartenant déjà à un autre monde ou froideur ennuyée et silencieuse d’une adolescente encore vulnérable et sans esprit critique ? A chacun d’en juger dans ce film aux couleurs neutres ou pastel, où l’on passe avec fluidité du monde profane à un monde sprirituel réduit à quelues plans de crucifix de tableaux ou de chapelle bourdonnante, où le montage alterné des dernières séquences voit Maïté se pencher au sortir du notariat au-dessus de l’escalier comme pour regarder Ainara se prosterner dans la chapelle lors de son noviciat… Et on ne pourra qu’opposer à cette rage inutile la sérénité de la Mère supérieure, Isabel, qui interroge avec tact et respect (mais non sans quelque jésuitisme à mon sens) Ainara sur sa relation avec Mikel (simple baiser surpris par les petites soeurs ou l’acte sexuel ?) ou répond au père et à la tante désireux d’éviter à Ainara son retrait du monde qu’elle ne peut rien faire face à l’appel divin. Là encore, chacun jugera, en fonction de son degré de foi ou de son athéisme, si Isabel (subtile et ambiguë Nagore Aranbru) est sincère, profondément respectueuse ou si elle ne se retranche pas commodément comme le jeune et séduisant directeur spirituel derrière Dieu et la vocation supposée ou réelle d’Ainara : accueil de la parole, ou endoctrinement insidieux ? Formidable Blanca Soroa, aux longs cheveux, au visage oblong et diaphane, page blanche sur laquelle chacun projettera ce qu’il veut : Bianca a été choisie parmi 500 jeunes filles à Bilbao pour ce rôle…

Au bout du compte, ce séisme familial permet une recomposition relationnelle autant qu’une révélation à soi-même : Ainara accomplit sa destinée (et elle pourra de temps en temps revoir sa famille), le père qui ose lors d’un repas familial reprocher à Ainara de croire que « tout tourne autour d’elle » poursuivra et approfondira sa relation avec sa nouvelle femme, et Maïté, libérée de ses proches pour elle si veules, retourenera vers ce mari résigné et mal aimé. Le regard souriant et complice qu’elle lui lance dans la rue, d’un trottoir à l’autre, n’est-il pas la promesse d’un retour ? La critique des Cahiers du cinéma voit dans Ainara une figure comparable à celle du jeune Visiteur du Théorème de Pasolini : « il faut imaginer un Théorème presque inversé, sentant le linge propre et les longs cheveux raides, un dérèglement calme venu de l’intérieur, un déchiffrement frénétique mais retenu de la famille ».

Pour reprendre la notion de « discernement  » au coeur du film, expérience et période probatoires pour la jeune postulante à la vie monacale et pour les religieuses qui l’accueillent, voulant faire la part de l’esprit du monde (peur, fuite, motifs inavoués, etc.) et de l’esprit de Dieu, Les Dimanches stimulent le discernement, l’esprit critique et la lucidité du spectateur, tout en ménageant infiniment la part de l’affect, de la compréhension, du sentiment religieux par-delà l’incompréhension initiale.

Claude

Coutures d’Alice WINOCOUR

A notre ami Henri fondateur dres Cramés, en vacances à Montpellier où il a pu voir ce film…

Ce fut ce mardi 7 avril une soirée-débat au plein sens du terme dans la mesure où la présentation prévue n’ayant pu se faire, et Marie-Annick ayant accepté au pied levé de dire quelques mots sur ce film sans avoir eu le temps de le préparer vraiment, tout reposa sur les nombreuses interventions spontanées des Cramés et de leurs adhérents, un dialogue très riche à l’image du film qui recoud et couture les blessures tant physiques que morales, qui relie et répare comme le destin des 3 et même 4 femmes mises en scène : Maxine (40 ans, Angelina Jolie), réalisatrice américaine venue à Paris pour la Fashon Week présenter son film fantastique (de vampires ?) et découvrant grâce à un oncologue (joué par Vincent Lindon) qu’elle est atteinte d’un cancer du sein ; Ada (20 ans, Anyier Anei), jeune mannequin sud-soudanaise fuyant la guerre, et rêvant de faire enfin vivre mieux sa famille, à l’insu de son père qui croit qu’elle poursuit ses études de pharmacie ; Angèle (30 ans, Ella Rumpf), maquilleuse free-lance dévouée aux actrices et mannequins et qui se rêve écrivaine pour redonner à ces femmes-objets leurs lettres de noblesse ; Christine la couturière enfin, qui réalise une superbe robe en dentelle sous les applaudissements nourris de l’atelier dont elle gagne ainsi l’admiration et sans doute la…prochaine direction. Film émouvant et largement (auto)biographique aussi quand on sait que l’actrice principale, également productrice du film, Angelina Jolie, a choisi de subir en la médiatisant une double mastectomie (ablation pérventive du sein) craignant de mourir du cancer comme sa mère et sa grand-mère et qu’Alice Winocour elle-même aurait vécu cette maladie – comme le rappelle Georges …

Ce fut aussi une belle surprise que ce film dont on pouvait craindre qu’avec la star internationale qu’est Angelina Jolie et le contexte glamour de strass et de luxe il ne donnât dans le cliché, ne fût en somme un peu superficiel ou factice à l’image du milieu qu’il dépeint. A en juger par les réactions des spectateurs, Alice Winocour, réalisatrice du bouleversant Revoir Paris sur les attentats terroristes de 2015, a réussi ce pari de tisser sur fond de défilé de mode une oeuvre sensible et profonde qui soulève de nombreuses questions existentielles : la maladie et la hantise de la mort, la souffrance et la résilience, l’écriture et la création artistique, la famille et l’attention aux autres, etc.

Le titre « Coutures » à cet égard ne saurait être mieux choisi pour les trois sens qu’on peut lui conférer, les trois niveaux auxquels il peut s’entendre : matériel, psychologique et symbolique (nous dirons : existentiel et cinématographique). La couture matérielle, c’est bien sûr la mode, la confection de la robe, mais aussi, métaphoriquement, le travail du chirurgien, qui marque d’un trait rouge le contour du sein qui devra être ausculté puis opéré, la cicatrice qu’on gardera après l’intervention…La couture, c’est aussi l’image de nos failles, de nos vies fissurées et de la réparation qui s’impose – de l’extérieur, pour le cancer, de l’intérieur grâce à la résilience dont est capable la jeune Ada en surmontant la douleur de l’exil, en réconfortant son jeune frère très affecté par son départ, en dominant surtout sa timidité, en apprenant à s’imposer en tête du défilé, à se tenir bien droit sur ses longues jambes effilées et à sourire avec détermination malgré la douleur d’une légère entorse à la cheville contractée sur ses talons hauts. Et quelle revanche sur la vie pour elle, quel plaisir pour le spectateur de la voir mener le défilé à la fin du film de Maxine, s’avancer fièrement dans le décor de brousse et de tempête, affronter sa peur en poussant un cri libérateur, de la contempler ruisselante d’eau et de bonheur ! Nous sommes emportés par son élan, ponctué par la musique d’orgue et d’électronique d’Anna von Hausswolff et Filip Leyman, alors même que les autres mannequins se replient devant la tempête et que s’écroule le décor…Et de cette jeune femme, initialement candide et un peu apeurée, le spectateur épouse le regard bientôt actif et conquérant !

Il peut s’agir aussi sinon de réparer les blessures, tout au moins de gommer quelques imperfections, de faire valoir la beauté, par le vernis à ongle, le blush sur les joues, le rimmel à tes cils (chantait Léo Ferré dans « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », sur un texte d’Aragon) pour conjurer la fuite du temps et la Camarde qui rôde (« Lola, tu t’en iras bientôt ») : c’est tout le travail d’Angèle, « make up artist » et ange gardien, remarquable Ella Rumpf, si naturelle et incandescente dans ce mileu glamour (mon personnage préféré) qui vole d’actrices en mannequins – belles femmes d’une solidarité inattendue dans ce milieu – encourage et galvanise Ada, qui recueille surtout, très émue, la confidence sur sa maladie de Maxine qui ne parvient pas à révéler cette terrible vérité à sa fille. A elle seule, Angèle la bien-nommée recoud tous les destins…Et elle raconte ces vies qu’elle a côtoyées et aimées – quand bien même un éditeur trouve ces histoires vraies…invraisemblables… (Les conversations par portable sont souvent sources de malentendus ou de déceptions dans ce film !)

La couture, c’est enfin symboliquement le tissage de nos vies, l’intrication de ces trois destins de femme, et, sur le plan cinématographique, le montage, ce réseau de fines « coutures » (ou coupures ?) qui permettent de passer d’un plan à l’autre, de ménager des échos, de faire scintiller des coïncidences…Peut-être est-ce toutefois la seule faiblesse du film de ne pas assez entrecroiser les destins de ces 3 femmes qui se rencontrent finalement assez peu…

On ne saurait enfin passer sous silence, dans ce film de femmes où les hommes, tels des marionnetistes, tirent impérieusement les ficelles de la mode et n’ont pas forcément le beau rôle, la présence magnétique, mystérieuse et protectrice d’Anton ou Louis Garrel en chef opérateur de Maxine et qui passe d’un oeil technicien à un regard amoureux au moment même où la réalisatrice découvre son cancer. Alice Winocour signe une émouvante histoire d’amour au coeur de la souffrance brutale et de la mort possible, Angelina Jolie jouant ici pour la première fois une scène de sexe où faire l’amour prend tout son sens, revêt un enjeu véritablement métaphysique pour exorciser le destin…Et le même Anton, avec beaucoup de tendresse, a entrevu la marque rouge sur le sein de Maxine en protégeant par son silence aimant la pudeur de son amie qui va effacer le stigmate dans la salle de bain…Grâce à lui, la femme blessée, dont l’image lisse et prestigieuse se fissure et se diffracte sour le coup de tonnerre de son corps face aux miroirs sociaux, aux injonctions de la production, retrouve un peu de paix et d’unité…

La mode conjure le destin et la mort – semble nous dire ce film : à l’angoisse de Françoise Hardy, dans sa superbe chanson « Mon amie la rose » (« On est bien peu de choses / Et mon amie la rose / Me l’a dit ce matin »), Baudelaire, chantre de la modernité, aurait répondu, dans ses Curiosités esthétiques, en 1868, que la mode célèbre « le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable ».

Claude