Week-End de Cinéma Italien 2022

Voilà… Bien heureux de ce week-end Italien passé ensemble, de ces moments cinématographiques animés par Jean-Claude Mirabella et…il y avait dans l’air comme une ambiance d’avant-Covid et espérons-le, d’après… Nous étions tout au plaisir de nous retrouver et d’échanger les uns les autres durant les poses.

Je vous livre ici quelques impressions sur ces films du WE vous pourrez en savoir davantage en voyageant sur le Site de Cramés de la Bobine et en lisant les excellents articles de Laurence, Marie-No, Françoise ou Marie-Annick. (en appuyant sur le bouton rouge à gauche, vous y êtes!)

Théorème de Pasolini ouvre le WE, c’est la seconde fois que nous y présentons un film ancien, après » la fille à la valise ». Pasolini aurait eu cent ans cette année, ça justifiait bien ce petit écart. Dès sa sortie en 1968, ce film a fait scandale. La venue d’un jeune homme est annoncé dans une maison bourgeoise, il y arrive séduit la bonne, la mère, le fils, la fille, le père, (mais où étaient les grands-parents ?) puis s’en retourne un peu comme il était venu. La mécanique bourgeoise, bien huilée de la famille se brise et chacun de ses membres voit en lui s’opérer un changement radical — Pour le meilleur et le pire — Sommes-nous choqués aujourd’hui d’un tel film ? Nous n’en avons pas eu l’impression, sommes nous séduits ? Guère davantage. Disons alors que ce film a satisfait la curiosité de ceux qui ne l’avaient jamais vu et de ceux qui voulaient le revoir, dans les deux cas c’était une belle introduction à la conférence du dimanche sur l’œuvre cinématographique de Pasolini, brillamment réalisée par JC Mirabella.

« Les huit montagnes », voici une avant-première, réalisée par un couple dans la vie comme au travail : Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen(vo, décembre 2022, 2h27) avec Luca Marinelli (Pietro), Alessandro Borghi (Bruno) et Filippo Timi. D’après le roman de Paolo Cognetti. On pouvait imaginer qu’avec ce cadre, ce film serait en cinémascope. Mais surprise, c’est du 1.33 (presque carré), pas mal du tout. C’est l’histoire d’une amitié entre deux jeunes garçons. Elle paraît simple, Pietro est un citadin pas trop dégourdi et Bruno depuis son plus jeune âge, un montagnard dans l’âme. Les deux enfants vont cultiver une solide amitié et s’aguerrir, d’autant qu’ils font de longues et hautes excursions guidées par le père de Piétro. Un jour, cette montagne qui a réuni ces deux amis d’enfance va les séparer, jeunes hommes, ils souhaiteront s’y retrouver, reconstruire le cours brisé des choses. Mais chacun doit faire son chemin, Bruno ne saurait quitter sa montagne, Pietro veut parcourir le vaste monde. Les réalisateurs entrelacent habilement histoire de montagne et histoire de vie, belles, tragiques parfois, singulières toujours. Pour en savoir plus : voir le billet de Laurence dans le site des cramés de la Bobine et si vous regrettez de ne pas avoir pu voir ce film, qu’à cela ne tienne ! Il sera de nouveau à l’affiche à l’Alticiné dans quelques semaines.

« America Latina » est le troisième film des frères jumeaux Damiano et Fabio d’Innocenzo, révélés avec « Frères de sang » en 2018, Leur deuxième film, et l’étrange « Storia di vacanze », sorti en 2021 et que nous avons projeté au WE italien 2021. Comme le remarque Marie Annick, ils y confirmaient leur talent et leur originalité. Là nous avons eu droit à un film déconcertant, décapant j’ajouterais. Un film qui ne se laisse pas saisir du premier coup, qui intrigue, vous ballade, prend le spectateur à contre-pied jusqu’à la dernière image. Mon sentiment de malaise à la sortie de la salle n’a pas résisté à une nuit de sommeil. Ces  jumeaux en effet ne cherchent pas à nous servir des choses prévues et à séduire qui que ce soit. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils conduisent leur film comme ils l’entendent et prennent leur risque. Une chose est sûre ils auront des adeptes fidèles. Qui seront-ils ? On ne sait que répondre mais on leur souhaite le plus nombreux possible. Pour en savoir plus : voir le billet de Marie-Annick dans le Site des cramés de la Bobine.

« La dérive des continents », Film de Lionel Baier, « La dérive des continents ( au sud ) 2022, est la troisième pièce de l’Europe vue par un Suisse ( qui n’en fait pas partie ) » nous dit Françoise sur le site des Cramés de la Bobine. En 2017 nous avions vu un film italien d’Andréa Segré,« l’Ordre des Choses » qui traitait plus gravement ce sujet. Avec la dérive, la tonalité est bien plus légère. Une certitude, ce film a été apprécié par nombre spectateurs, j’ai pu le vérifier à la pose café. Je n’en étais pas si sûr car comme Laurence, je trouvais que ce film traitait trop de sujets : les relations franco/allemandes, mère/fils, amantes/amantes, imigrés/europe, la visite des politiques, ce qu’on montre et ce qu’on cache, ce qu’on travestit. Sans doute la note à la fois grave et humoristique, la générosité du film, le jeu des acteurs dont Isabelle Carré ont emportés l’adhésion.

Nostalgia Avant-première. Film de Mario Martone (vo, novembre 2022, 1h57) avec Tommaso Ragno, Pierfrancesco Favino et Francesco Di Leva. Ce film a eu le plus grand nombre de spectateurs, ce qui prouve que le public des cramés de la bobine est un public averti, certains comme moi-même ont lu le billet de Marie-No dans le Site des Cramés de la Bobine ou des critiques qui ne manquent pas sur internet. Et le film est à la hauteur de tout le bien qu’on dit de lui. Pierfrancesco Favino est de presque tous les plans. Dès le début, l’arrivée à Naples, le retour d’exil, la reprise de contact délicatement sensuel, les retrouvailles avec la mama, si petite et si fragile sont des images inoubliables. Mais cette nostalgie fait écran à d’autres choses indicibles qui petit à petit se révèlent. « L’expression d’une force inconnue qui pousse chacun à soulager sa culpabilité » dit le Docteur Freud.
Ce film va repasser à l’Alticiné, ne le manquez pas et si vous l’avez vu, vous pourrez ainsi le revoir si le coeur vous en dit.

Marcel Film réalisé par Jasmine Trinca (vo, juillet 2022, 1h33) avec Alba Rohrwacher, Maayane Conti et Giovanna Ralli. Jasmine Trinca est cette belle et excellente actrice, souvent vue aux cramés de la Bobine comme l’indique le billet de Françoise dans le Site des Cramés de la Bobine. Voici un premier film magnifiquement présenté et défendu par J.C Mirabella (sans doute à l’égal des autres, mais celui-ci en avait davantage besoin !). Un premier film prometteur, qui va aux sources du cinéma, avec ses séparations de séquences par des cartons (aux sentences énigmatiques). C’est Alba qui tient le rôle principal, celui d’une artiste de rue, elle est mime, elle a une fille mais c’est une mère énigmatique qui délaisse sa fille pour son chien. Un peu comme l’un des films précédents (América Latina) mais pour une tout autre raison, ce film poétique délivre son sens aux dernières images, nous invitant à le revisiter de mémoire.

Et bien sûr tous ceux qui le souhaitent peuvent commenter à leur guise les films de cet heureux W.E cinématographique. Déposer vos articles dans la boîte du Site les Cramés de la bobine ou les envoyer à georges.joniaux45@orange.fr

Georges

Vu à l’Alticiné …

Dix lignes, dix lignes

Ça ne prévient pas quand ça arrive, ça vient de loin …
Julia n’a pas de place, pas de temps pour le mal de vivre !
Le terrain de sa vie est miné ? Alors elle fonce tête baissée, avec au ventre sa rage de vivre sa passion qui fait fulminer le sang dans ses veines. Qui pour l’en empêcher, d’abord ?
Julia ne reconnait aucune exclusivité des mecs dans ce monde qu’elle a décidé d’habiter. Ce n’est même pas une question. Elle s’impose en grand format, en version hors normes, les coiffant au poteau d’un machisme qu’elle dépasse au risque de finir brûlée vive.
Rodéo urbain sanglant pour un western en cinémascope à quelques encablures du métro parisien. Un film tourné avec virtuosité, caméra à l’épaule, un film de bruit et de fureur qui survole une réalité sociale pour plonger dans une réalité mentale, celle de l’obsession furieuse de Julia pour la moto.
Premier film, un peu plein, mais très impressionnant par l’actrice principale, Julie Ledru, par les scènes de groupes particulièrement réussies, par le côté quasi documentaire de ce monde inconnu, ses codes, son langage. Un univers où la virilité s’exprime en wheeling, tous chromes dehors, et aussi par une violence verbale de chaque plan.
Il faut avoir envie de plonger dans ce monde pétaradant, dans les vapeurs d’essence, en roue arrière sur le bitume.
Je l’ai eu et bien m’en a pris.
J’y pense encore.
Marie-No

Vu à l’Alticiné…

Dix lignes, Dix lignes !

« Tout le Monde aime Jeanne » 

 Premier long-métrage de Céline Devaux et quel beau premier film ! Rien ne vaut un scénario sur mesure pour obtenir un casting parfait. Les acteurs sont dans leur registre et ils le sont avec mesure. Blanche Gardin et Laurent Lafitte sont impeccablement dirigés et donnent toute l’émotion tantôt joyeuse, tantôt désolée qu’un spectateur peut souhaiter pour ce film à la fois humoristique et grave. Nous avons lu le synopsis, Jeanne (Blanche Gardin) vient de perdre tout ce qu’elle avait et davantage encore dans ce qu’il est convenu d’appeler le fiasco de son entreprise écologique, il ne lui reste rien, en bon thérapeute, son comptable lui en explique les conséquences que par déni, elle ne semblait pas saisir vraiment. Ce qui rappelle un peu le marquis de Castellane : « non seulement je suis ruiné, mais si de plus je dois vivre pauvrement ! ». Par bonheur et malheur à la fois, il lui reste l’appartement portugais de sa mère qui vient de mourir. Jeanne toute à sa déprime s’y rend. Et c’est là qu’elle rencontre Jean (Laurent Lafitte). Bonne séance !

« Revoir Paris »

Alice Winocour la réalisatrice a choisi Virginie Efira, Benoit Magimel et quelques autres acteurs tous remarquables pour ce film qui nous parle de ceux qui après un attentat, sont à la recherche de leur histoire, ceux qui comme c’est le cas du film, cherchent à reconstituer leurs souvenirs, la vérité aussi insoutenable soit-elle… À lui survivre et à vivre. Alice Winocour, arrive à figurer à bonne distance, cette traumatologie de guerre où se bousculent fantômes et faux souvenirs et pires encore, les souvenirs vrais avec leurs images et leurs bruits terrifiants. D’abord elle a choisi Virginie Efira qui certainement interprète ici l’un de ses plus beaux rôles, elle est parfaite. Et il y a tous les autres acteurs, jusqu’au dernier plan très émouvant avec Amadou Mbow, qui nous montre des beaux traits humains : la tendresse, la compassion, la solidarité et la reconnaissance. Saisissants aussi, les décors urbains, le Paris des rues et bistrots avec ces superbes jeux d’ombres et de lumière. Bistrots et rues, insouciants et conviviaux qui furent aussi des lieux de massacre.

Georges

Decision To Leave-Chan-Wook Park(3)

Dans la brume des sentiments …

Le film est d’une grande virtuosité à la fois esthétique et formelle : face à un cinéma de plus en plus industrialisé (c’est-à-dire « markété »), Chan-Wook Park veut renouveler les codes esthétiques, tout en se raccrochant à la grande tradition du cinéma, par ses clins d’œil appuyés à des films mythiques. Il veut faire se rejoindre tradition (l’histoire du cinéma) et modernité (le renouveau des codes), et son style, d’une certaine façon, rejoint l’histoire et le destin de son pays : une nation écartelée entre une mémoire à la fois fière et douloureuse, et une renaissance forcée mais assumée, sur un modèle occidental (et industrialisé) dont il dénonce les excès. Decision to leave, la décision de quitter, est l’histoire d’une rupture qui fait écho, au plus profond de l’âme coréenne, à d’autres partitions : entre passé et avenir, orient et occident, mythe et rationalité, entre Corée du Nord et Corée du Sud, enfin.

L’esthétisme poussé de Decision to leave n’est pas, néanmoins, le fruit d’un travail esthétique formel et abstrait. Commentant son travail de créateur, Chan-Wook Park insiste avant tout sur la primauté de l’histoire, du scénario, des personnages, sur la forme. Digne héritier d’Hitchcock, dont le Vertigo sert de toile de fond et d’inspiration à l’intrigue du film, il s’agit d’abord de raconter une histoire, pour tenir le spectateur en haleine tout au long des 2 heures 18 que dure le film. Pari réussi, tant la trame de l’histoire et les moyens de la raconter sont au service d’une même cause : envoûter le spectateur, lui procurer une expérience avant tout sensuelle et sensorielle inégalée. Pour cela, Chan-Wook Park immerge littéralement le spectateur dans ses scènes, comme le héros se projette et s’incruste dans les scènes qu’il imagine, qu’il reconstitue ou qu’il épie, tel le voyeur de Fenêtre sur cour. Or, les références ne sont là que pour surprendre le spectateur, parce qu’elles sont réutilisées dans une perspective radicalement nouvelle. On croit revivre Vertigo ou Fenêtre sur cour, en réalité, la référence n’est la que pour mettre en valeur la singularité et la différence du style de Chan-Wook Park. On joue au chat et à la souris, mais à la place de la souris, il y a un corbeau. « Vous me prenez pour un pigeon ? » dit l’inspecteur à la suspecte ? Une référence au Faucon maltais, sans doute, et à la virilité d’un Humphrey Bogart qui sert de contrepoint à la fragilité de Hae-joon dans la gestion de ses émotions. C’est la femme qui est plus forte que l’homme dans le couple de Decision to Leave, dans une inversion des rôles déjà vue dans le Tess, de Roman Polinski, selon un schéma similaire.

Comme dans Vertigo, l’histoire se déroule en deux séquences qui se répondent, inversées, comme de part et d’autre d’un miroir. La décision de quitter est juste au centre du film, elle sépare les deux parties du film telle la face du miroir, dans Alice au Pays des Merveilles. La deuxième partie est une répétition de la première, une sorte de « déjà vu » : comme dans Vertigo, c’est une deuxième chance qui est offerte à l’inspecteur, et au spectateur, de réellement comprendre ce qui s’est passé dans la première partie du film. La décision est une césure, ou, comme dans la tragédie aristotélicienne, un tournant critique, qui permet de voir chaque partie du film comme symétrique l’une de l’autre. Formellement, cette symétrie renvoie au film fondateur du succès de Chan-Wook Park : Joint Security Area, une enquête sur un meurtre, dans le no man’s land situé à la la frontière de la partitionentre la Corée du Nord et la Corée du Sud.

Ainsi, le film est traversé par les symétries : un héros masculin, l’inspecteur, Hae-joon, qui vit dans un monde rationnel et causal. Une héroïne féminine, Seo-rae, à la fois coupable et victime, toute en sensibilité tactile et affective, dans son métier d’aide-soignante pour les personnes âgées. La femme de l’inspecteur incarne l’amour charnel (l’acte sexuel est un exercice, bon pour la santé, c’est un acte « bio », recommandé par une ingénieure en nucléaire !). L’héroïne représente l’amour platonique, qui stimule l’imaginaire (même si, de façon ambigüe encore, elle campe à la fois le personnage de Paul Verhoven, dans Basic instinct, à la faveur d’un interrogatoire policier, et celui de In the mood for love, de Wong Kar-wai, dans les nombreuses scènes d’effleurement intimiste du couple). Le malheur du héros, en définitive, est d’avoir séparé, en amour, le corps (la femme) et l’esprit (l’amante). C’est cette séparation qui est la vraie cause de l’indécision du héros à choisir entre deux femmes, puisqu’au bout du film, il reste seul dans sa schizophrénie amoureuse.

Grâce à sa sagacité, l’inspecteur va résoudre l’énigme du premier meurtre, sur la montagne. Une femme (l’héroïne) a tué son mari, fonctionnaire de l’immigration. Or, celui-ci, naguère, a facilité l’admission de sa femme en Corée du Sud, chinoise arrivée en clandestine, condamnée pour crime dans son pays natal, en échange de ses faveurs permanentes : le mariage est un chantage. L’inspecteur tombe amoureux de la femme, et un faisceau d’indices indique que c’est la femme qui est coupable. Cependant, Il doit classer l’affaire, comme un simple accident, avant de pouvoir prouver le crime. Il a été trompé, sans doute aveuglé (ou ralenti) par ses sentiments. Au moment où il comprend le crime, il comprend le mobile : le mari est un fonctionnaire véreux, le crime est presque une légitime défense. Mais il renonce à son amour par fierté : il a rompu les codes de son métier de policier. Or ce métier est sa raison d’être, il est brisé. Cette cassure trace l’axe de symétrie du film. Ici, la référence est le film de Polanski, Tess : Angel, le héros, se sent trahi par une révélation qui souille l’innocence de la femme, même si cette souillure n’est finalement qu’un accident de la vie, et même si, comme dans Tess, le spectateur peut soupçonner que c’est Seo-rae elle-même qui lui a indiqué la piste de sa propre culpabilité, en lui donnant l’occasion de rendre visite, seul, à la patiente qui lui a fourni son alibi. Comme Tess, Seo-rae espère que Hae-joon lui pardonnera sa faute. Mais l’héroïne est entachée d’un crime originel, qu’elle ne fait que répéter : elle a euthanasié sa mère, en Chine. Pour Hae-joon, il ne peut y avoir d’amour sans innocence. Il ne peut y avoir de pardon. Sans pardon, pas de réconciliation possible. Comme dans Tess, la quête de la pureté par le héros n’est peut-être que le masque d’un orgueil auto-destructeur. C’est aussi, d’une certaine façon, l’histoire de la Corée.

La deuxième partie du film est la quête de rédemption. Cette deuxième fois, dès le début de l’action, l’héroïne tient à présenter la future victime du crime : c’est son nouveau compagnon. C’est un « déjà vu ». Comme dans Joint Security Area, où une même scène de crime est refilmée selon la perspective de plusieurs protagonistes différents (une citation du Rashomon de Kurosawa), Decision to leave est émaillé de flash-backs, qui incitent le spectateur à mieux réfléchir l’action, à changer de perspective. Le déjà vu, dans Matrix, c’est le moment où le « bug » vient troubler la réalité établie. Cette deuxième fois, dès le début de l’action, l’héroïne tient à présenter le futur coupable du crime : c’est son nouveau compagnon. C’est elle, cette fois ci, qui dicte le rythme de l’enquête qui va suivre. Ainsi, Hae-joon, dans cette répétition de l’histoire, pourra cette fois retrouver le coupable et le condamner à temps. Et ainsi retrouver sa fierté. En effet, dans un stratagème machiavélique, le coupable par procuration, c’est Seo-rae elle-même : les ressorts de la tragédie grecque sont là : pour reconquérir son amour, Seo-rae doit redonner l’occasion à Hae-joon de la condamner pour meurtre. L’amour est une mise à mort. Sur l’affiche, les deux amants maudits sont enchaînés, comme dans le film d’Hitchcock, encore. Le héros a les yeux fermés. Enfin, il dort semble dire l’affiche. À force de mettre du collyre dans ses yeux, tout au long du film, pour mieux comprendre, pour mieux traquer le crime, le héros insomniaque ne dormait plus, ne rêvait plus. À vouloir trop garder les yeux ouverts, sur un monde rationnel, le héros en a oublié la force des émotions et des sentiments. Sur cette plage, à la fin du film, comme dans la dernière scène du film de Visconti, Mort à Venise, le héros comprend enfin, mais un peu tard, ce qui fait son humanité : c’est autant la raison, ce soleil qui a brulé les ailes d’Icare, à vouloir trop s’élever dans la pureté d’une vérité éclatante, que la passion, cet univers plus sombre et agité que symbolisent les profondeurs de l’océan, au-delà du miroir des vagues. Dans la première partie du film, le héros s’élève en altitude, sur la montagne (ou dans les ruelles escarpées de Busan), pour trouver la vérité de la raison. Dans la deuxième partie du film, il faut se noyer (dans la piscine, dans la mer) pour comprendre la vérité des sentiments. La référence ultime, d’ailleurs, c’est peut-être Buñuel et le Chien andalou : pour accéder à l’art, il ne faut pas théoriser, il faut oser fendre la pupille, et rendre sa force à l’imaginaire, aux émotions et aux pulsions. L’œil est omniprésent dans le film, mais c’est un élément macabre, souvent, désacralisé comme dans la scène du Chien andalou : l’œil du poisson mort sur le marché, qu’on effleure du doigt, l’œil du cadavre, au travers duquel on entrevoit la scène du crime, piétiné par les insectes. L’œil était dans la tombe et regardait Cain…

En rupture d’un art cinématographique de plus en plus codifié par les impératifs du Marketing, Chan-Wook Park milite pour un art qui se renouvelle sans cesse, dans un jeu où le spectateur n’est pas passif mais où son imagination travaille, sollicitée à chaque plan. A côté du pic à glace de Basic Instinct, autre citation du film, où le couteau traditionnel du crime se transforme sans grande originalité, Chan-Wook Park réinvente… le « mobile » du crime, c’est-à-dire, en somme, le crime « téléphoné ». Le « mobile », en effet, est invasif dans cette histoire : il traduit (le chinois en coréen et inversement), il trahit (les escalades coupables, le trajet d’une filature virtuelle). Traduttore, traditore, dit la formule : traduction est trahison. Le mobile est à la fois tradition (il transmet, nos messages, notre langue) et modernité (il est l’extension de nos sens, la vue, l’ouïe, le toucher, instrument cardinal et digital d’une réalité « augmentée », comme dit le transhumanisme). Mais nous aide-t-il vraiment à communiquer ou est-il simplement l’artisan de notre isolement solipsiste dans une moderne solitude ? Et si c’était lui la véritable « arme du crime » ? Le cinéma asiatique donne-t-il la leçon au cinéma américain sur le bon usage de la technologie dans l’art cinématographique ? 

La chanson du film a pour titre la brume. C’est la chanson favorite du cinéaste et de la patiente, ainsi que de l’héroïne, comme on le devine. Le héros du film est comme le voyageur solitaire du tableau de Caspar David Friedrich : il lui a fallu grimper sur la montagne pour contempler et comprendre la puissance de la brume.

Patrick Raviroson

Decision To Leave, Park Chan-Wook (2)

Ce film surprenant composé en trois parties est une délicieuse mise en abîme. 

Le réalisateur Park Chan-Wook fait feu de tout bois, c’est comme si dans les deux premiers tableaux, il avait patiemment accumulé pièces à conviction et tension érotique telles des brindilles et des branchages savamment agencés sur le sol, à seule fin de produire au final la combustion parfaite entre bois et air. Tout cela avec une maîtrise et une économie de moyens remarquables.

Quand ce dispositif s’embrase c’est l’apothéose. Le feu de camp prend avec une subite incandescence dans un décor de bord de mer démontée. La tempête s’intensifie au fur et à mesure que l’immanence du dénouement saute à la gorge du spectateur. L’ondée lave toute la pression accumulée et donne sa dimension tragique à l’intrigue inéluctablement nouée dès les premiers instants. Dans la séquence finale toutes les digues cèdent en même temps.

« Decision to leave » est un film complet. Son titre lui-même est révélateur de la dramaturgie de l’œuvre. Les deux protagonistes sont Hae-Joon, un policier coréen obsessionnel et insomniaque et Seo-Rae, une aide-soignante chinoise énigmatique, suspectée de meurtre à plusieurs reprises. Ils se comportent comme deux araignées. Dans une minutieuse chorégraphie chacune imperturbablement tisse sa toile autour de son araignée partenaire. Elles finissent chacune prisonnière de la toile tissée par l’autre dans une figure d’une grande puissance poétique. Car le choix est cornélien. La « décision de quitter », c’est à-dire le renoncement est au cœur du film, il n’est pas négociable et emporte tout le reste.

Les ficelles du genre sont tirées avec une maestria hitchcockienne en diable. Les ressorts psychologiques des personnages se déploient dans un labyrinthe où chemine le cours implacable de l’enquête policière. Evidemment intervient le grain de sable qui vient à la fois détourner l’enquête officielle et propulser le sentiment amoureux au-delà des limites autorisées. La quête amoureuse qui s’apparente à une quête de sens se superpose à l’enquête, aux enquêtes plus exactement. 

Quant à la fresque sociale, elle est portée par une brochette de personnages caricaturaux sur fond de vengeance, de malversations et de manipulation. Hormis le policier, les hommes sont violents, calculateurs et dénués d’empathie. Dans ce bestiaire se retrouvent notamment pêle-mêle un homme respecté mais loin d’être respectable, sa moralité douteuse et son machisme n’ont d’égal que l’auto-culte de sa personnalité. Ou encore un magouilleur opportuniste aux abois. Un imbécile aveuglé par son complexe d’Œdipe. Un voyou incontrôlable incapable de lâcher la bride à son ex petite amie. Bref des portraits sans concession d’hommes lâches confrontés à la mort et pour lesquels la femme n’est qu’un objet de possession. Dans ce monde brutal frapper une femme apparaît presque anodin.

Face à cet univers impitoyable les femmes incarnent toutes une forme de résistance passive. La sénilité d’une mémé, le pragmatisme d’une salariée en centrale nucléaire, le caractère tour à tour blasé, borné ou vulgaire d’employées mal dégrossies, toutes ces femmes touchantes par leurs qualités tout à fait ordinaires sont taillées pour une vie tranquille sans excès. Les questions effrontées d’une jeune assistante sagace apportent un peu de piment à l’ensemble. Mais surtout l’héroïne bouscule ce jeu de quilles avec sa formidable présence. Par son intelligence, sa vaillance et sa logique diabolique de mante religieuse aussi, elle semble racheter la résignation de la plupart de ses consœurs. De la même manière que son alter ego masculin, par son élégance et l’élan par lequel il se laisse « briser » rachète le machisme et l’obscénité de ses congénères. En définitive leur duo impossible nous oblige à placer amour et dignité au-dessus de la morale. Le couple se frôle en permanence, la chair est sublimée plutôt que consommée.

Enfin le prix mérité de la meilleure réalisation qu’a remporté le film à Cannes lui donne encore une place à part, une place de podium. Les jeux de miroir, le don d’ubiquité que la caméra confère à ses personnages principaux, la beauté de la photographie également font que le spectateur est immergé dans ce polar sans égard pour la fatigue qu’engendre pour lui toute cette complexité. Oui ce film est passionnant et éreintant. Et je ne parle pas de l’ombre de Confucius lui-même qui plane sur les éléments de décor que sont la montagne et la mer. Ni du parti-pris esthétique qui affaiblit la vigilance du spectateur devant la narration en mode fusil de Tchekhov. Pour ma part j’en redemande.

Evelyne Cherbit

8/9/2022

Decision To Leave, Park Chan-Wook

Un jeu de piste hitchcockien

Françoise m’avait prévenue mardi soir, « Tu vas voir, il y a des réminiscences de Vertigo (Sueurs froides) ». Dans sa présentation, Marie-Annick nous avait dit « de bien observer les détails car ils comptent… » Judicieux avertissements, il faut donc avoir l’oeil… Qu’à cela ne tienne, j’aime le jeu de pistes, surtout quand il est quelque peu tarabiscoté, qu’on se perd et qu’il faut, avec patience, construire et déconstruire, accorder les pièces comme celles d’un puzzle.

Certes, Park Chan-Wook n’est pas le premier à être inspiré par le « maître du suspense »: pour ne citer que lui, Clint Eastwood le fait au moins à deux reprises, dans son premier film, Play Misty for Me, 1971 (Un frisson dans la nuit) et en 1983 dans Sudden Impact (Le retour de l’inspecteur Harry) où la dernière scène rappelle étrangement la scène du manège dans Strangers on a Train (L’inconnu du Nord-Express).

Park Chan-Wook nous entraîne donc dans un jeu de chat et de la souris, au centre duquel se trouve un policier nommé Hae-jun, (Park Hae au jeu éblouissant) chargé d’enquêter sur le meurtre du mari d’une jeune femme énigmatique, répondant au nom de Seo-rae ((Tang Wei elle aussi éblouissante), veuve soupçonnée d’avoir tué son mari. Le premier, marié, habite à Busan alors que son épouse vit dans une autre ville, la seconde, troublante à beaucoup d’égards, n’a rien d’une veuve éplorée et devient, pour le policier, un être fascinant et obsédant. Nous voilà plongés dans un film policier (peut-être un peu long car on a tendance à se perdre dans la 2ème partie du film, mais n’est-ce pas le but du jeu?), un polar aux allures de jeu de piste ou de labyrinthe dont on a du mal à trouver l’issue.

L’obsession et la fascination étaient l’une des clés de Vertigo, James Stewart ne pouvant détacher ses pensées et ses yeux de la blonde Madeleine (Kim Novak). Même si nous n’assistons pas à la métamorphose de Soe-rae à l’instar de celle de Madeleine, c’est peut-être à une autre métamorphose que nous assistons, celle d’un policier que l’ennui conjugal semble guetter. Il me semble que le réalisateur entretient savamment une sorte de flou concernant ‘la femme‘ dans le sens où Soe-rae la jeune veuve et l’épouse du policier, Jeong-an (interprétée par Lee Jung-hyun), ont une certaine ressemblance, toutes deux sont brunes au teint de porcelaine. Tout comme le policier, le spectateur est lui aussi parfois désorienté et troublé, embrouillé dans ce jeu dont il ne voit pas toujours les ficelles.

En tant qu’enquêteur, Hae-jun doit suivre de loin les faits et gestes de Soe-rae, l’observer à la jumelle immobile au volant de sa voiture, tout comme James Stewart dans Rear Window (Fenêtre sur cour) immobilisé dans un fauteuil roulant et observant, lui aussi avec des jumelles, les allées et venues d’un voisin qu’il soupçonne d’avoir tué sa femme et dont il veut prouver la culpabilité.

Park Chan-Wook ravit nos yeux par ses plans magnifiques: des entrelacs qui rappellent une toile d’araignée, notamment dans la première partie du film, lorsque Soe-rae au volant de sa voiture suit et observe à son tour Hae-jun à la poursuite de San-oh (du moins je crois….) Cette métaphore de la toile d’araignée nous invite à nous questionner : n’est-ce pas Soe-rae qui tisse une toile pour piéger Hae-jun?

Hitchcock a souvent eu recours à des courses poursuites sur les toits (To Catch a Thief, La main au collet pour ne citer que celui-ci), ainsi qu’aux plans avec grilles ou entrelacs suggérant des personnages captifs (Strangers On A Train, Psycho, The Man Who Knew Too Much, The Thirty-Nine Steps), rappelant un procédé pictural utilisé notamment par Gustave Caillebotte lorsqu’il peint une rue de Paris depuis le garde-corps d’une fenêtre (Le balcon).

Soe-rae et Hae-jun se regardent et s’observent, cherchant à lire le non-dit de l’autre, champ et contre-champ, jeu de miroir qui capte les émotions que l’autre s’efforce de ne pas laisser transparaître, silences qui en disent long, mouvement de caméra qui contourne les visages qui se frôlent en plans serrés, image du désir et la sensualité, comme chez Hitchcock filmant au plus près James Stewart et Kim Novak, Cary Grant et Ingrid Bergman ou Eva Marie Saint…

Autres scènes très évocatrices: la reconstitution de la chute de la victime, le policier et son assistant remontant la paroi rocheuse abrupte: ces mains qui s’accrochent en haut de la paroi pour être hissées, ces doigts qui se touchent l’un tirant l’autre jusqu’en haut de ce rocher vertigineux n’évoquent-ils pas Cary Grant et Eva Marie Saint sur le mont Rushmore, ou Robert Cummings et Norman Lloyd le long du flambeau de la Statue de la Liberté dans Saboteur ? Park Chan-Wook filme Hae-jun qui traverse en courant un espace éblouissant de soleil, cette silhouette noire se détachant sur un fond ocre clair ne répond-il pas à Cary Grant courant sur une route déserte pour se cacher dans un champ de maïs, scène d’anthologie par excellence?

Le croisement de plans, comme une lecture croisée, abondent dans cette tragédie policère aux accents romantiques jusqu’à donner le vertige: les ciseaux ensanglantés font écho aux ciseaux que Grace Kelly saisit pour tuer celui qui tente de l’étrangler avec un bas dans Dial M for Murder (Le crime était presque parfait); un gros plan sur les boutons de manche d’une robe verte ou bleu verte et on se souvient de l’épingle de cravate du tueur de Frenzy; un oiseau mort et voilà un clin d’oeil aux corbeaux de The Birds.

Que dire des yeux? Ceux du spectateur bien sûr qui ne quittent pas l’écran pour ne rien râter des plans superbes de ce film où l’on s’aperçoit qu’ils sont un thème essentiel du film: d’ailleurs ne s’ouvre-t-il pas sur une scène de tir sur cible, exercice incontournable pour des policiers? Ces yeux peuvent aussi mettre en danger celui qui voit mal car ils interprètent quelque chose d’autre que la réalité. On remarque que Hae-jun a de toute évidence des problèmes de vue puisque, à plusieurs reprises, il met des gouttes dans ses yeux pour mieux voir mais ces mêmes gouttes troublent la vue pendant quelques instants, effet pervers…? Que voit le policier dans le visage de Soe-rae: une coupable, une victime, une innocente, une femme fatale ou une femme perverse? Son désir tranforme le regard qu’il porte sur elle et altère peut-être la réalité. Les yeux du mari retrouvé mort au pied de la falaise rocheuse sont filmés de si près qu’on croit voir les yeux d’un poisson mort et cette image, cette photo glace Soe-rae lorsqu’elle tire le rideau qui cache les photos de scènes de crimes épinglées par Hae-jun tandis que celui-ci prépare un plat chinois qu’il va servir à son invitée. Tiens, dans Frenzy l’inspecteur va devoir manger un plat préparé par son épouse qui teste des recettes ‘à la française’, et dans son assiette baignent des poissons entiers et autres crustacés qui n’ont pas l’air très alléchant… Le thème de la vue est donc important: la vue peut soudain se brouiller, on voit bien ou pas. James Stewart en sait quelque chose (Vertigo, Rear Window), Gregory Peck aussi (Spellbound, La maison du Docteur Edwards) dans la séquence onirique du film dont le décor, un rideau d’yeux juxtaposés et effrayants, est signé Dali ; les yeux peuvent voir ce qu’ils veulent voir tel Claude Rains qui est troublé par la belle Alicia dès le premier regard et ne voit pas qu’elle se retrouve brusquement dans sa vie pour le démasquer (Notorious, Les enchaînés)….

Voilà un film placé sous le signe du vertige, de l’obession et de la chute qui trouve son point culminant sur une plage, scène magistrale et terrible, où une femme disparaît (The Lady Vanishes) et où un homme obsédé, au regard égaré et perdu ne peut que crier le nom de la femme désirée mais perdue à jamais, lui qui n’a pas su voir le signe sur le sable. Une affiche, peut-être coréenne, dessinée de manière stylisée comme un story-board, mêle à la fois la vague comme dans le célèbre tableau d’Hokusaï , et donc les vagues des derniers plans, et le lieu escarpé de la scène de crime, jouant ainsi sur les deux paysages qui, d’une manière différente, sont en quelque sorte les lieux de disparition.

En 2001, le Centre Pompidou a organisé une magnifique et très enrichissante exposition dont le titre était « Hitchcock et l’art« ; cette exposition avait également un sous-titre: « Coïncidences fatales« . Si vous pensez que ce que vous venez de lire est un peu trop tiré par les cheveux, peut-être avez-vous raison, mais je trouve que ces quelques « co¨ïncidences » ne sont pas anodines, sans pour autant être « fatales ».

Chantal

Clara Sola de Nathalie Alvarez Mesén

Au cœur de la forêt costaricaine, Clara communique avec sa jument, son double, par des gestes (tous filmés en gros plans). Les mains de Clara voltigent et se posent, caressent et saisissent et on a sous nos doigts la douceur de la robe immaculée de Yuca, la douceur de ses naseaux humides.
Deux doigts agiles ouvrent une capsule d’impatiens, deux doigts agiles ouvrent la voie au plaisir.
Clara Sola est typiquement un film qu’il faut aborder vierge de toute information, sans lire aucun synopsis ni voir aucune bande annonce, pour se laisser imprégner par l’atmosphère étrange, se laisser envahir par son réalisme magique, plonger dans cette aventure sensorielle fabuleuse.
Il était une fois une maison-gynécée perdue au cœur d’une forêt luxuriante …
Clara est enveloppée d’attentions qui sont autant de surveillance et de carcans infligés à son esprit et à son corps qui doit continuer à se déformer par la grâce de Dieu et Fresia, sa mère, qui l’a déclarée réincarnation de la Vierge Marie, ne veut en aucun cas risquer d‘« abimer » son trésor, le laisser s’échapper à la réalité. Clara Sola dénonce poétiquement une société régie par les traditions et le culte de la religion et de ses martyrs. Clara souffrira par le feu pour ne pas succomber à la tentation.
Clara Sola parle des femmes dans une société imprégnée par des normes culturelles et religieuses suivies et reproduites par des femmes ad vitam eternam … sauf si on en décide autrement.
Clara est en osmose avec les animaux et les végétaux. Vénérée car déclarée reliée au ciel, elle, c’est avec la terre qu’elle est connectée.
Son comportement, qui échappe à la normalité, la rend d’autant plus vulnérable qu’elle laisse couler le torrent de ses désirs, éclater la puissance de ses amours pour Yuca, pour Santiago, seul homme important du récit, ni mâle dominant, ni toxique. Ses amours pour des êtres vivants bien réels qui lui procurent du plaisir en les regardant, en les respirant, en jouissant de leurs regards bienveillants et sans ombre. Le toucher est un sens central dans ce long métrage, avec de nombreux et magnifiques plans sur les mains.
Mais que Diable ! que Yuca lui revienne, que Santi la cabre du plaisir qu’elle pressent ! Clara Sola affirme, dans une désinihibition totale, l’animalité du désir, qui la pousse vers l’homme convoité .
Contrôler Clara semble tellement injuste et tout aussi aberrant que de vouloir contrôler un volcan qui se réveille. Et pourtant, la raison, la bienséance font qu’il faut qu’elle plie et elle aura beau faire, le plaisir simple d’être vivante lui sera interdit. C’est l’éloignement forcé de Yuca qui déclenchera sa furieuse révolte.
La caméra de Nathalie Alvarez Mesén est en totale osmose avec le personnage et une musique modulée d’accents enchanteurs puis inquiétants traduit sa vie intérieure.
Son premier long métrage célèbre l’univers de l’invisible et de ses forêts.
Personnage prodigieux, Clara Sola est littéralement incarnée par Wendy Chinchilla, magnétique, dont le visage renvoie toute la beauté des éléments alentour.
L’actrice donne corps au traumatisme de Clara en laissant entrevoir le mouvement intérieur qui fendille une armure invisible. Comme une terre qui tremble.
La mise en scène mène le spectateur avec Clara sur le chemin de la délivrance. Délivrance avec la puissance de la scène de l’orgasme onanique illuminé de lucioles qui dansent, délivrance par la boue dans laquelle elle se roule marquant la blancheur de la robe immaculée qui n’est pas faite pour elle, délivrance par le feu qu’elle met à l’autel de son mythe, à la Vierge et tous ses saints, délivrance en s’auto proclamant femme et désirable par la robe bleue des 15 ans qu’elle s’octroie enfin.
Sans y prêter attention, Clara nous a soufflé notre nom secret au creux de l’oreille. Oui, bien sûr …
Puissant et poétique, charnel, ardent, Clara Sola est un film magnifique sur le passage de la souffrance à la libération.
En noyant son chagrin, pour Clara la seule façon de passer.


Marie-No

Le journal de Dominique (3 et Fin) Prades 2022

Mardi 19 juillet

Mia à Prades 2022

            Mia Hansen-Løve est arrivée.

Mercredi 20 juillet

            Ayant vu Bergman Island il y a moins d’un an, nous n’assistons pas à la première rencontre avec elle.

Jeudi 21 juillet

            9h. Tout est pardonné

(« Victor habite Vienne avec Annette et leur petite fille Pamela. C’est le printemps, Victor qui fuit le travail passe ses journées et parfois ses nuits dehors. Très éprise, Annette lui fait confiance pour se ressaisir dès qu’ils seront rentrés à Paris. Mais à Paris, Victor reprend ses mauvaises habitudes[1] ». Vu en 2007 lors de sa sortie mais oublié. Mon seul souvenir :  ça tourne autour de la figure paternelle) 

… premier long métrage (réalisé à l’âge de 25 ans) de Mia Hansen-Løve qui est là (et le sera jusqu’au dernier jour) à la fin de la projection pour nous en parler.

Elle se souvient très bien comment l’idée du film, avec ses trois parties, s’est imposée à elle. Chacun de ses films étant fondé sur quelque chose qu’elle a vécu…

(Elle n’a rien contre les adaptations littéraires à condition qu’elle puisse y dire ce qui lui tient à cœur : des choses personnelles)

… tout est parti d’un deuil. Un oncle mort quand elle avait 12-13 ans et le silence (blessée qu’on ne la laisse pas aller à l’enterrement) autour de sa disparition, un mois après qu’il a retrouvé sa fille. Bien que ce ne soit pas sa propre histoire, elle s’identifie à cette fille.

En même temps, Mia Hansen-Løve est très attachée à la fiction, au romanesque. Plaisir de raconter une histoire. But : rendre compte du réel en le transformant. 

Ses films prennent une histoire en cours et se terminent avec le sentiment que la fin n’est pas définitive, que quelque chose va se poursuivre : dans ce double portrait d’un père et de sa fille, que va faire cette dernière de cette histoire ? De même pour les scènes : la réalisatrice donne toujours le sentiment de rentrer dans une action qui a déjà commencé et qu’elle quitte sans que celle-ci soit terminée. 

Force et beauté intérieure de Pamela : elle fait par elle-même le choix d’aller vers son père, de se faire sa propre idée sans se laisser influencer par sa mère. Que le film ne juge pas : on peut comprendre qu’elle ne veuille plus voir Victor, incarné par Paul Blain (rencontré lors d’une rétrospective, qu’il présentait, des films de son père Gérard ; a tourné dans trois ou quatre films mais n’est pas vraiment un acteur).

Pamela adolescente : incarnée par Constance Rousseau (maladie des yeux, héritée de son père : ils sont toujours en mouvement). Comme Mia Hansen-Løve cherchait une petite fille pour jouer Pamela enfant, Constance proposa sa petite sœur Victoire. Afin de ne pas laisser de côté la troisième sœur, la réalisatrice écrivit spécialement pour elle le rôle d’une cousine qui apparaît à la fin du film.

Le premier titre envisagé, « Je viendrai seul », enfermait le film du côté du père. Dans le titre définitif Tout est pardonné, le choix est fait de porter le regard sur la fille. 

Il n’est pas convenu de s’intéresser à une jeune fille qui décide de pardonner et non de se venger. Mia Hansen-Løve n’aime pas l’idée de vengeance au cinéma.

La dernière séance du jour (précédée d’un repas en musique) a lieu à 21h 30 sous les remparts de Villefranche-de-Conflent et, même s’il y a possibilité de covoiturage, pas envie de sortir de Prades. Nous ne verrons donc pas Eden de Mia Hansen-Løve. Pas trop grave, la musique électro n’est pas notre truc.

Vendredi 22 juillet

            9h. Le Père de mes enfants (2009), second film de Mia Hansen-Løve.

            « Grégoire Canvel a tout pour lui. Une femme qu’il aime, 3 enfants délicieuses, un métier qui le passionne. Il est producteur de films. Révéler les cinéastes, accompagner les films qui correspondent à son idée du cinéma, libre et proche de la vie, voilà justement sa raison de vivre, sa vocation. Avec sa prestance et son charisme exceptionnel, Grégoire force l’admiration. Il semble invincible[2]… »

Il n’était pas dans les plans de Mia Hansen-Løve de faire un film sur le cinéma. Ce sont les circonstances -le suicide en 2005 d’Humbert Balsan qui devait produire Tout est pardonné-…

(La réalisatrice dut se trouver une autre maison de production. Celle-ci n’ayant pas voulu produire Eden, elle se vit dans l’obligation d’en chercher une seconde. Depuis, elle est fidèle aux deux qui la produisent tour à tour, ce qui donne de l’air à l’une quand elle choisit l’autre)

… qui ont été l’élément déclencheur. Elle a voulu garder une trace de cet homme. Le cinéma : un art qui fixe l’éphémère, qui rend éternelle la fragilité de l’existence.

Mia Hansen-Løve a grandi hantée par l’idée de suicide. Après que le sien eut mis fin à ses jours, son propre père s’est retrouvé dans la situation de le remplacer, de devenir le père de la famille. Le suicide de son producteur a ranimé cette histoire. 

Une question hante ses films : celle de la survie de l’âme. Est-ce le vide ou bien l’esprit reste-t-il ? Dans ce cas, comment ? Grégoire Canvel survit-il à travers ses enfants ou les films qu’il produit ? Mia Hansen-Løve est athée mais elle est dans l’interrogation. Désir de croire en l’au-delà mais incertitude totale sur l’hypothèse que quelque chose puisse persister.

Ses films parlent de la mélancolie à laquelle le cinéma lui a permis d’échapper. 

            Humbert Balsan donnait l’impression que tout allait bien. Il était dans une addiction destructrice : la vitesse, qui est conservée dans le film (et à laquelle Mia Hansen-Løve a pris goût) même dans les scènes avec les enfants. Louis-Do de Lencquesaing a quelque chose du panache du personnage. Clémence, sa fille dans le film, est joué par sa propre fille Alice dont l’émotion à la mort du père est réelle.

            Les enfants. État de grâce par rapport à eux. Forte de l’expérience de son premier film, Mia Hansen-Løve a écrit celui-ci pour leur donner de l’espace suivant un canevas non cadenassé. Les scènes sont pensées en fonction de la liberté qui leur est laissée, au contraire des adultes pour qui tout est écrit.

            Le titre. Considère le point de vue de la mère mais tout le monde est dedans. Il fait exister toute la famille. Mise à distance et intimité mêlées.

            17h. Un Amour de jeunesse (2011), troisième film de Mia Hansen-Løve qu’elle considère (Tout est pardonné et Le Père de mes enfants lui ayant été « imposés » par les circonstances) comme son premier.

« Camille a 15 ans, Sullivan 19. Ils s’aiment d’un amour passionnel, mais à la fin de l’été, Sullivan s’en va. Quelques mois plus tard, il cesse d’écrire à Camille. Au printemps, elle fait une tentative de suicide. Quatre ans plus tard, Camille se consacre à ses études d’architecture. Elle fait la connaissance d’un architecte reconnu, Lorenz, dont elle tombe amoureuse. Ils forment un couple solide. C’est à ce moment qu’elle recroise le chemin de Sullivan[3]… ».

Le sujet : la construction d’une personnalité. Histoire fondatrice. Lien entre la vocation et le très long deuil amoureux.

Camille est faible par rapport à Sullivan…

(Elle est aussi amoureuse de son sentiment et peut-être est-ce pour cette raison que Sullivan la fuit)

… mais malgré tout elle fait sa vie. Il fallait une adolescente qui devenait femme. Ce fut Lola Creton…

(Jeu minimaliste. N’est jamais affectée et en même temps est très gracieuse, avec encore quelque chose de l’enfance)

… repérée dans Barbe bleue, un film de Catherine Breillat. 

Sebastian Urzendowsky (Sullivan) : il y eut des commentaires négatifs sur lui alors que Mia Hansen-Løve a été touchée par sa fragilité. 

Importance du rôle de la mémoire dont on se nourrit, ce qui n’empêche pas les films de la réalisatrice d’être tournés vers l’avenir.

Au départ d’un film, il y a une image. Ici, le chapeau emporté par le vent.

Un Amour de jeunesse a été écrit en deux fois. Une première du point de vue masculin, la seconde du côté féminin.

L’architecture. Mia Hansen-Løve s’y connaît peu mais elle y est sensible + c’est photogénique + architecture et cinéma ont beaucoup en commun (rapport à l’espace et recherche de l’ombre pour mettre en valeur la lumière, et là je pense à L’Eloge de l’ombre du grand Tanizaki)

Samedi 23 juillet

            11h. Rencontre-débat avec Mia Hansen-Løve.

            Elle n’est pas passée par une école de cinéma (me rappelle Marion Hänsel). Une expérience décisive : à 17 ans, elle s’est retrouvée à jouer (dix jours de tournage) dans un film…

(Fin août début septembre, revu il y a quelques mois. J’ai alors eu la surprise de la retrouver actrice quand je la croyais uniquement réalisatrice)

… d’Olivier Assayas suite à un casting sauvage (sa prof de philo : Vas-y). Impressionnée, émerveillée, elle échappe à ses problèmes de l’époque…

(Un chagrin d’amour -voir Un amour de jeunesse- qui avait amenée l’ado mélancolique à faire le geste radical de couper ses cheveux très courts.)

… et découvre le bonheur du cinéaste sur un tournage.

Après son bac, elle suit des études germaniques à la Sorbonne.

Quelques années plus tard, elle réalise un court métrage qui, sélectionné dans un concours étudiant, est remarqué par un membre du jury, le producteur Humbert Balsan. Six mois après, ayant reconnu son nom peu commun (d’origine danoise) dans Les Cahiers du cinéma, il recontacte la jeune réalisatrice afin de lui demander si elle écrit un long métrage. Oui. 

Humbert Balsan : avait été assistant et acteur sur le Lancelot de Robert Bresson, cinéaste qu’aime aussi Mia Hansen-Løve. De même qu’Eric Rohmer…

(Peut-être aurait-elle été intéressée d’apprendre que « dans la perspective de la donation par la famille Schérer de sa [E. Rohmer] maison natale à la ville de Tulle, un travail est en cours sur le projet d’un futur lieu culturel et associatif à rayonnement international ». J’espère qu’on pourra la visiter, une photo de l’intérieur resté « dans son jus » -des rayonnages remplis de livres surmonté d’un tableau naïf moyenâgeux sur fond de papier peint style toile de Jouy- m’a alléchée sur une grande affiche -la même, en petit format, sur les vitrines de boutiques ainsi qu’en carte postale au dos de laquelle j’ai trouvé les renseignements retranscrits ci-dessus)

… qui également l’influence : il parle de gens qu’elle connaît. Dans Conte d’hiver, l’héroïne retrouve par hasard l’homme qu’elle attendait. Choix d’être dans l’espoir et du côté de la vie même si elle est cruelle. 

Mia Hansen-Løve écrit seule ses scénarios, en surmontant ses angoisses parce que c’est difficile. Mais il faut en passer par là et affronter sa solitude face à l’écriture. C’est différent du cinéma qui est un art collectif…

(A ce propos je ne comprends pas qu’on boycotte un film sous prétexte que le réalisateur est devenu persona non grata. Injuste pour les acteurs et les équipes techniques. Qu’ont-ils fait pour mériter ça ? Idem d’ailleurs pour tout le domaine artistique et même scientifique, fera remarquer Orlan sur France Inter le mois prochain, qui sait si ça ne nous aurait pas privé des antibiotiques -c’est un exemple comme un autre, ni elle ni moi ne connaissons rien de la vie privée d’Alexander Fleming- et s’il fallait ôter des musées les œuvres des salauds -il sera question de Picasso- ils seraient presque vides)  

… mais c’est important si on veut dire quelque chose d’essentiel. L’écriture d’un scénario est la promesse d’autre chose.

Les décors naturels sont très importants pour Mia Hansen-Løve, très sensible à la nature. Elle a grandi à Paris dans un petit appartement sombre mais chaque été elle partait avec sa famille dans la maison de sa grand-mère, près des sources de la Loire (où ont été tournées des séquences d’Un amour de jeunesse). Les mêmes lieux toujours parcourus et le contraste ville/espace continuent de la nourrir. Scènes de baignade dans presque tous ses films. 

De même il y a toujours des personnages qui marchent. Marcher raconte un cheminement intérieur invisible.

Mia Hansen-Løve définit son style ainsi : clarté, lumière, concision. Rejet de toute emphase. Sobriété et retenue. Recherche de la justesse des mouvements de façon invisible. 

Marion Monnier : monteuse de tous les films de la réalisatrice en collaboration avec elle (elle adore le montage). La première aurait du mal à choisir une prise sans la seconde et réciproquement. 

Mia Hansen-Løve a fait le choix de ne pas travailler avec un compositeur (pas de musique qui souligne). Les chansons sélectionnées ont leur propre histoire et donnent aux films une dimension supplémentaire. 

L’Avenir. Ecrit pour Isabelle Huppert. Désir de travailler avec elle…

(Pour autant, Mia Hansen-Løve était terrorisée de tourner avec la célèbre actrice. Un moment inoubliable : cette dernière est dans sa loge, brouhaha sur le plateau. Elle en sort. Silence. Huppert : charmante et facile -idem en ce qui concerne Edith Scob : humour + aucun narcissisme- avec un respect immense pour le travail du metteur en scène -si elle butait sur un mot, elle voulait réussir à dire ce qui était écrit- mais la réalisatrice est restée intimidée)

… pour son énergie, son humour, sa vivacité, parfaits pour incarner la prof de philo. Mia Hansen-Løve redoutait la façon dont le film allait être perçu. Grâce à Isabelle, les spectateurs rient ou sourient. 

Comment interpréter les larmes de sa fille à la maternité ? Quand Isabelle Huppert dit des choses violentes contre son père, elle est dans l’amour → ça la heurte (j’avance une autre hypothèse : c’est elle qui, par son intransigeance, a poussé son père à quitter sa mère ; ne peut-elle le regretter ?).

Avec L’Avenir…

(« Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive[4]… »)

 le cinéma de Mia Hansen-Løve prend un tournant : ses acteurs sont connus. Mais elle conserve intact le plaisir de travailler avec des gens sans expérience. 

Les livres. Quand elle présente le film à l’avance sur recette, le premier reproche qu’on lui fait est : pourquoi une prof de philo, une intellectuelle ? Par fidélité envers sa mère, enseignante en philosophie. Et aussi : c’est l’amour de la pensée qui sauve le personnage d’Isabelle Huppert. Lui permet de ne pas être abattue. L’intellectualité est associée à la bourgeoisie (cependant, dans les films bourgeois, les grands appartements sont vides de livres) mais le milieu dans lequel a grandi la réalisatrice n’était pas bourgeois. Ses parents, tous deux profs de philo, travaillaient très dur. Ils lui ont transmis des valeurs, des interrogations, même si elle-même possède très peu de livres de philo,

Il est intéressant de faire des films différents des précédents. De ne pas s’enfermer.

            17h. Maya (2018) de Mia Hansen-Løve, tourné avant Bergman island.

            « Décembre 2012, après quatre mois de captivité en Syrie, deux journalistes français sont libérés, dont Gabriel, trentenaire. Quelques semaines plus tard, voulant rompre avec sa vie d’avant, Gabriel décide de partir à Goa. Il s’installe dans la maison de son enfance et fait la connaissance de Maya, une jeune indienne[5] ».

Le rapport avec la réalisatrice : son grand-père était reporter de guerre, correspondant pour Paris Match. Désir aussi de faire un film sur quelqu’un qui doute de son métier.

Le thème : la vocation.

Film ouvertement romanesque. Après L’Avenir

(Vu déjà deux fois → pas allés à sa projection ce matin, d’autant plus que nous nous sommes couchés à 2 heures du mat’, les séances à la belle étoile ça ne commence jamais à l’heure indiquée mais quand la nuit veut bien tomber, et en plus il y avait le concert qui s’est fait attendre) 

… Mia Hansen-Løve est en quête de renaissance. Elle veut explorer un autre territoire, échapper au monde qu’elle connaît. Maya incarne l’inconnu, une forme d’interdit, un amour impossible. Le film = le portrait d’un homme qui regarde cette jeune fille. Qui cherche à retrouver son corps, à se réincarner. Qui part en Inde pour se reconstruire et retrouver son passé mais ça rate : sa maison brûle (incendiée par les promoteurs qui veulent récupérer son terrain ?) et le courant ne passe pas avec sa mère. Sauvé par Maya : on peut chercher une chose et en trouver une autre.

Pourquoi l’Inde ? Pour s’en rapprocher, aller au-delà des apparences. La réalisatrice a choisi de tourner dans les rues sans les vider de leur population, sans mettre des figurants à la peau plus claire comme c’est l’usage dans les films indiens. De même la jeune fille qui incarne Maya ne correspond pas aux critères bollywoodiens : elle est mince et s’habille à l’occidentale, ce que Mia Hansen-Løve a choisi de conserver.

Séquence tournée à Hampi qui, pour la réalisatrice, est un lieu de calme, de paix, de plénitude.

Remarquons le T-Shirt de Léa Seydoux et regardons celui de Mia Hansen Love … Tous nos voeux de succès !

            21h 30. Projection en avant-première du dernier film en date de Mia Hansen-Løve, Un beau matin

            (« Sandra, jeune mère qui élève seule sa fille, rend souvent visite à son père malade, Georg. Alors qu’elle s’engage avec sa famille dans un parcours du combattant pour le faire soigner, Sandra fait la rencontre de Clément, un ami perdu de vue depuis longtemps[6]… »

            Le film s’inspire des rapports de Mia Hansen-Løve avec son père Ole -auteur des notes sur l’évolution de sa maladie censées être écrites par Pascal Greggory- atteint du syndrome de Benson.

Lien entre Tout est pardonné et Un beau matin, le second ayant fait ressortir des émotions ressenties au cours du premier.

Un joli moment : la fille de Sandra -elle est veuve- vient réveiller sa mère qui lui dit, Je ne suis pas seule. Alors, la tête de Melvil Poupaud -ni lui ni Léa Seydoux ne sont au mieux de leur forme d’acteur, je trouve- émerge des draps comme un diable jaillit de sa boîte. La gamine rit. C’est gagné)

pour clôturer la 63è édition des Ciné-Rencontres :

            La sueur en mille gouttes d’eau

Me dégouline dans le dos

C’est la faute à la canicule, canicule, canicule, canicule

Hou canicule canicule

            Mettons ce soir dans l’réservoir

            De l’essence et poussons

            A fond la climatisation

Rentrons à Montargis.

Ça ne changera pas d’ici

I f’ra trente-huit degrés aussi

Y’aura toujours la canicule, canicule, canicule, canicule

Hou canicule canicule.

L’année prochain’ nous reviendrons

Car aller ailleurs à quoi bon

Ce s’ra encor’ la canicule, canicule, canicule, canicule

Hou partout  la canicule.


[1] Brochure des Ciné-Rencontres.
[2] Brochure des Ciné-Rencontres.
[3] https://vodkaster.telerama.fr/films/un-amour-de-jeunesse/674091
[4] Brochure des Ciné-Rencontres
[6] https://filmsdulosange.com/film/un-beau-matin/

Le Journal de Dominique (2) Prades 2022

Samedi 16 juillet

21h30. Cinéma sous les étoiles dans le parc de la mairie.

Le court métrage Toutes les deux de Clara Lemaire Anspach…

(Une fille et sa mère atteinte d’un cancer en phase terminale, qui pourraient être Clara et sa propre mère morte de cette maladie, partent vers le sud pour un dernier voyage ensemble)

… est suivi de Queen of Montreuil (2012. Avec Dida Jonsdottir, éboueuse islandaise qui, dans son pays, reçut un César pour son rôle) de Sólveig Anspach à qui les Ciné-Rencontres rendent hommage en créant un prix qui porte son nom. Un peu de légèreté (qui n’empêche pas la profondeur) et de drôlerie ne fait pas de mal après trois films des Dardenne.

…..Pendant la projection passe une étoile filante.

Dimanche 17 juillet

            17 h. Unrueh (Cyril Schäublin, 2022, Suisse), premier des huit films (des premières, secondes ou troisièmes réalisations, toutes européennes) en compétition pour le prix Sólveig Anspach (souvent venue à Prades), attribué par le public et doté de 3000 euros.

Au bout d’une vingtaine de minutes, je glisse à l’oreille de JC, C’est chiant (trois spectateurs quittent la salle) : 

Images statiques dans lesquelles les personnages prennent des poses rappelant les tableaux du 19è siècle (couleurs idem) où l’action se situe. 

Mis à part un traveling latéral gauche qui part d’une montre accrochée à une branche pour s’arrêter juste avant (ça, c’est futé) de montrer les amoureux qui se sont avoué leur flamme, longs plans fixes où parfois deux personnages dialoguent dans le lointain avant que ça ne défile juste devant la caméra.

Nombreux inserts sur des mécanismes de montres (nous sommes dans une ville horlogère où de nombreux ouvriers s’engagent dans le mouvement anarchiste).

C’est joué par, me semble-t-il, des amateurs (en tout cas, ça parle plat).

Cependant (quand un film ne me plaît pas au départ, je reste quand même jusqu’au bout, les choses peuvent s’améliorer et c’est le cas ici) :

La ville est réglée sur quatre horaires (ceux de la municipalité, de l’usine, de la gare et du télégraphe) qui diffèrent de quelques minutes, ça ne simplifie pas l’existence mais c’est drôle.

Le patron de l’usine n’a rien contre la presse anarchiste (au contraire, sa lecture instructive lui donne des tuyaux pour gagner encore plus de sous).

Le parler plat finit par être (volontairement) comique, surtout quand c’est celui des gendarmes, qui souhaitent une bonne journée aux contrevenants après les avoir verbalisés. 

A son amoureux potentiel (et géomètre) qui lui demande en quoi consiste son travail, une ouvrière répond en le détaillant par le menu pendant plus d’une minute et en énumérant moult termes spécialisés et inconnus du profane, après quoi elle lui demande s’il a compris et il répond, Oui, je pense. 

Ça doit être ça l’humour suisse.

De 1 à 5, j’attribue au film la note 2 (passable) qui ne correspond pas vraiment à mon ressenti après coup. J’aurais pu mettre 3 mais il faut rendre son papier à chaud dès la sortie et on n’a pas le temps de la réflexion.

Lundi 18 juillet

11h. A l’occasion du 70è anniversaire de la revue Positif, débat avec Yann Tobin… (Pseudonyme de N.T. Binh  sous lequel  il a envoyé  son premier article à la revue afin 

de ne pas se ridiculiser si ce dernier n’était pas retenu, ce qui ne fut pas le cas)

… membre du comité de rédaction, qui nous apprend que :

            Les critiques qui écrivent pour la revue ne sont pas rémunérés. C’est stimulant car ils restent des amateurs (= des amoureux du cinéma). Aucune contrainte. Les seuls salariés sont le secrétaire de rédaction et deux coordinateurs.

            Toutes générations confondues, les jeunes ont toujours côtoyé les anciens (à la différence de ce qui se passe aux Cahiers du Cinéma). Quand certains cessent d’écrire parce qu’ils n’ont plus envie, il en vient d’autres.

            Les textes sont expédiés par la poste. Le premier ne sera peut-être pas publié (arrive trop tard, n’est plus d’actualité) mais s’il est bon on en demande un autre à l’auteur. Ce fut le cas d’Emmanuel Carrère (son prof de latin écrivait pour la revue) : il envoya un texte sur Hitchcock qui fut refusé mais on lui demanda d’en rédiger un autre sur les batailles au cinéma et celui-ci fut publié.

            Pas de rédacteur en chef à Positif mais un comité de rédaction dont les membres se réunissent dans les bureaux (au début : au domicile des uns et des autres) de la revue chaque dimanche à 17 heures. 

Si le comité est parisien (il faut assister aux réunions au moins deux fois par mois), Positif compte aussi des collaborateurs (qui envoient un texte de temps en temps) et des correspondants à l’étranger. 

            La revue a changé d’éditeur plusieurs fois. Parce que le titre Positif lui appartenait, l’un d’eux a voulu virer les rédacteurs → rachat par le comité afin de garder son indépendance. A présent le titre lui appartient et depuis 12 ans un contrat le lie à l’Institut Lumière et aux éditions Acte Sud. La revue tire à 10 000 exemplaires. C’est peu mais elle est lue par les professionnels de la profession. Le compte-rendu de juillet/août sur le festival de Cannes est très consulté par les distributeurs et les exploitants.

            Positif a des liens avec les cinéastes mais, afin de garder son indépendance, ne donne pas dans l’amitié. Yann Tobin cite l’exemple de Wim Wenders avec qui la revue a une relation très forte jusqu’au jour où un de ses films déçoit → annulation de la mise en couverture et du rendez-vous pris avec le réalisateur, qui n’a jamais pardonné ce revers. Quand des rédacteurs de Positif se retrouvent en face de lui lors d’un dîner, il les ignore. Puis il fait un film qui plaît à la revue → bonne critique → respect de Wim Wenders.

            La critique : un genre littéraire mineur. Une critique écrite par Flaubert sera toujours moins importante que Madame Bovary.

            Yann Tobin : j’aime quand il remarque que Michel Ciment peut être « distant »

14h. Jacky Caillou (Lucas Delangle, 2022, France). Dans les Alpes, une histoire de louve-garou chez les magnétiseurs-guérisseurs. 

Incapable de donner au film la note minimale de 1 (= « ne se prononce pas », façon polie de dire que le film est nul), je ne peux lui attribuer qu’un 2, mais comme ça correspond  à celle donnée à Unrueh qui lui est, selon moi, supérieur, je ne suis pas satisfaite.

17h. Golda Maria (2020) du producteur… 

(Il a, entre autres, produit les films de Sólveig Anspach -la cinéaste la plus libre qui soit- et insiste bien, Je ne suis pas réalisateur) 

… Patrick Sobelman et son fils Hugo. 

Golda Maria

Après avoir produit pour Arte des films sur les déportés, il se dit qu’il en a oublié une : sa grand-mère. En 1994 c’est le bon moment, pour lui et pour elle : elle a envie de parler, ce qu’elle n’avait jamais fait en famille. Il la filme sur des cassettes VHS.

En 2018 sa femme, également productrice (elle a produit Lune de miel d’Elise Otzenberger), lui dit qu’il a fait le travail à moitié → l’idée du film qu’une  amie productrice l’invite à montrer, Vous ne pouvez pas garder ça pour vous.

« Face à la caméra, ses [ceux de sa grand-mère Golda Maria Tondovska] souvenirs reviennent, de son enfance en Pologne à sa vie de femme en France, nous livrant le témoignage vivant d’une femme juive née en 1910, sa traversée du siècle et de ses horreurs[1] ».

Question : pourquoi attend-elle quinze mois pour accepter d’aller en Suisse…

(Sa réponse -elle veut être en France pour y vivre la victoire- ne satisfait ni son petit-fils -qu’est-ce que ça cache ?- ni moi)

… quand son mari, qui y est avec leur fille Simone (future mère de Patrick Sobelman), lui envoie tous les jours un passeur ? Elle est arrêtée lors de sa tentative, en compagnie de son fils Robert, trois ans, et de sa belle-mère qui seront tous les deux gazés…

(A un Allemand qui lui demande pourquoi elle n’a pas demandé réparation pour la perte de son fils, elle répond, Comment peut-on mesurer la valeur d’un enfant ? Ce qui nous ramène à L’Enfant des frères Dardenne, vendu par son père pour 5000 euros)

… dès leur arrivée à Auschwitz-Birkenau. 

(La colère de Maria est intacte quand elle mentionne le négationniste Faurisson)

En 1948, Golda Maria a un autre fils prénommé Gérard dont l’enfance a dû, dit Patrick Sobelman, être un cauchemar : elle l’appelait toujours Robert. Gérard a été fait pour remplacer Robert.

Simone, qui prétendait ne pas être au courant de ce que sa mère avait vécu, n’a pas voulu voir les rushes. Elle a attendu sa mort (à l’âge de 102 ans, c’était donc en 2022) pour regarder le film et a dit, Je n’ai rien appris que je ne savais déjà (a-t-elle écouté aux portes quand Golda Maria s’enfermait avec son amie de déportation Yvette ? se demande son fils).

Pour terminer sur une note moins tragique Patrick Sobelman dit de sa grand-mère, C’était une coquine. C’est avec elle qu’il a pris sa première cuite, à la sangria, à l’âge de 13 ans.

21 h. Seis dies corrents (Neus Ballús, 2021, Espagne-Catalogne) que je traduirais bien par « Six jours ouvrables » mais dont le titre français, Les Plombiers, est tout aussi pertinent. Film (drôle) sur l’acceptation de l’autre et la nécessité de vivre ensemble malgré ses différences. Ma note : 4 (« très bon »).

Incendies de forêt monstres en Gironde à la Teste-de-Buch depuis près d’une semaine. Pas de victimes humaines, se réjouit-on (et c’est normal) mais quid de la faune et de la flore ?

Mardi 19 juillet

            11h. A cause de Langlois (Mamad Haghighat, 2022, France).

            « Un jeune cinéphile d’Ispahan envoie une lettre » (en persan, qu’il conclut par le mot « merci ») « à Henri Langlois dans laquelle il lui exprime son désir de le rencontrer. Ne recevant pas de réponse, il débarque » (en 1977) « à Paris pour le voir. Trop tard, Langlois vient de décéder. Le jeune homme ira pourtant converser avec lui au cimetière Montparnasse. Dans son voisinage se trouve la tombe du fondateur de la cinémathèque iranienne » Faroukh Gaffari, longuement interviewé) «  lui-même formé par Langlois[2] ».  

            Si Langlois est mort, Mamad Haghighat (nom qui signifie « vérité ») découvre qu’à la Cinémathèque on peut voir quatre à cinq films par jour. Dès 1979 il y propose un cycle de films iraniens. Il dirige pendant plusieurs années la Filmothèque Quartier latin. Est retraité depuis six ans. Mais il fait toujours des films et écrit des livres.

            17h. Première séance de courts métrages (un prix sera attribué). Se détachent

            Dernière station (Pierre Ferrière, 2021, France). « Un client fait le plein dans une station-service isolée, puis… ». Avec Dominique Pinon et Pascal Légitimus. Note : 5 (excellent).

            Parallèles (Ambroise Carminati, 2021, France). « L’observation parallèle de deux jeunes femmes : une bergère et une custom success manager » (traduction ?) « dans le quotidien de leur journée de travail ». Devinette : laquelle a ma préférence ? Note : 4. Mais je regrette de ne pas lui avoir donné 5.

            21 h. Alcarràs (Nos soleils). Autre devinette : des arbres fruitiers ou des panneaux solaires, qui sera gagnant ?

Premier film catalan (Carla Simón) en 120 ans à recevoir un prix international, à savoir l’Ours d’or au festival de Berlin 2022.

Mercredi 20 juillet

            14h. Godland (Hlynur Pálmason, 2022, Danemark, Islande). 

« À la fin du XIXe siècle, un jeune prêtre danois se rend dans une région reculée de l’Islande pour y construire une église et photographier ses habitants. Mais plus il s’enfonce dans ce paysage impitoyable, plus il s’éloigne de son but, de sa mission et de sa moralité[3] ».

La première partie (difficile marche à travers une Islande inhospitalière) me fait penser à Jauja, film de Lisandro Alonso (2014) dans lequel Viggo Mortensen sue sang et eau dans le désert argentin (« pays de merde ! ») à la recherche de sa fille enfuie. 

Note 4. Mais j’aurais dû lui donner 5.

            17h. Deuxième séance de courts métrages. J’aime assez

            La Meute (Sept réalisateurs, 2021, France). « Après une journée éprouvante, une jeune femme d’une vingtaine d’années raconte son histoire à un policier dans l’espoir de se faire entendre… ». Film d’animation. A noter : trois films aujourd’hui sur les violences faites aux femmes ou les rapports hommes/femmes.

            Tu vas revenir ? (Léo Grandperret, 2021, France). « Max et Chloé sont timides. Un cours de théâtre pourra-t-il changer la donne ? »

            La Débandade (Fanny Dussart, 2021, France). « Trois hommes, trois générations (70, 50 et 20 ans), un point commun : leur virilité qui déraille… ». Avec Gérard Darmon et Philippe Lellouche.

            Tous notés 4. Mais je parie sur Parallèles.

            Jeudi 21 juillet

            13h 30. Palazzo di Giustizia (Chiara Bellosi, 2020, Italie).

« La limite entre justice et vengeance est parfois perméable. Dans un grand tribunal italien, Viale attend d’être jugé. Son crime ? Avoir poursuivi, puis tué, l’un des deux voleurs qui lui ont soustrait les recettes de sa station service. Le second attend de l’autre côté des barreaux et fait confiance à la rhétorique de son avocat. Dehors, sa compagne attend de savoir, en compagnie de leur fille, s’il sera jugé coupable. Face à elles, la fille de Viale espère que son père sera acquitté pour légitime défense. Toutes ces vies en équilibre instable se croisent dans le tourbillon d’une machine judiciaire où l’attente se cristallise et où le jugement tarde à arriver[4] ».

Jugement que nous ne connaîtrons pas : le sujet du film est ailleurs, dans « les familles, les enfants, les femmes des accusés et des victimes qui attendent dehors[5] ».

Note 4.

15h 30. Troisième séance de courts métrages parmi lesquels je détache

Pour un zeste d’amour (Hadrien Kasker et Mathieu Bouckenhove, 2021, France). 

« Pour séduire Alizée qu’il vient de rencontrer, Sébastien se met en tête de cuisiner le plat parfait mais il n’a pas le citron vert censé le rendre aphrodisiaque[6]… »

            Dernière valse (Jean-Baptiste Delannoy, 2021, France). Quand on perd un être cher, est-ce une offense à sa mémoire de ne pas conserver ses effets personnels ? Est-il choquant de ne pas garder les habitudes qu’on avait avec lui ? Pas très original mais… Avec Rufus. 

            Quant à La Mort de Claudette (Gérard Patoureau, 2021, France), ce documentaire sur une artiste hors norme gagnerait à ne pas raconter son enfance à l’aide de personnages (en pâte à modeler ?) aussi laids, Claudette et ses œuvres ne méritent pas ça.

Wet Sand

            17h 30. Wet sand (2022) d’Elene Naveriani que la présentatrice du film nous apprend être queer, de même que son acteur principal qui d’ailleurs n’en est pas un (il est professeur d’université), aucun comédien géorgien n’ayant accepté de jouer un gay …

            (« Après le suicide de son grand-père Eliko, Moe retourne dans un village au bord de la mer Noire pour organiser ses funérailles. En découvrant le secret du défunt, son histoire d’amour secrète pour un autre homme, Amnon, la jeune femme va mettre en lumière le sectarisme enraciné de la communauté[7] ») 

… la Géorgie est un des pays les plus homophobes d’Europe.

Note : 4.

Vendredi 22 juillet

            14h. Le Cœur noir des forêts (Serge Mirzabekiantz, 2021, Belgique). 

Des deux films belges proposés par Louis Héliot pour le prix Sólveig Anspach, les responsables des Ciné-Rencontres ont sélectionné celui-ci. Je ne sais à quoi ressemble l’autre, mais Le Cœur noir des forêts

(« Nikolaï, 16 ans, vit en foyer d’accueil. Solitaire et hanté par les origines de son abandon, il rêve de fonder une famille. Il convainc Camille, 15 ans, de partir vivre avec lui dans la forêt[8] » et d’avoir un enfant ensemble. Film réaliste qui flirte curieusement avec le fantastique avec ces vues -toujours accompagnées d’un grondement, menace invisible- de forêt artificiellement assombrie dans laquelle Camille finit par se perdre comme une sœur du Petit Poucet qui aurait perdu ses frangins)

… ne trouve pas le chemin de mon intérêt (pourquoi bon sang ce désir d’enfant ?) ni celui de JC qui, en pleine projection (il a piqué un somme, se réveille brusquement, se croit dans son lit devant la télévision), se tourne vers moi et me demande tout haut, Tu regardes ça ? 

Le réalisateur (né en 1975) est aussi pharmacien à Bruxelles. Qu’il le reste.

Note : 1.

21h 15 (en théorie). Soirée plein air dans le parc de la mairie. Certains l’aiment chaud

(Mais d’où sortent ces sous-titres tout droit sortis d’une traduction de Google où les expressions traduites littéralement -j’essaie d’en retenir mais elles sont si nombreuses que ça m’embrouille- sont du pur charabia ?)

… de Billy Wilder est précédé d’un petit concert (standards des années 1930 à 1950) censé être exécuté… 

(Exécuté, mot approprié : on ne demande pas à la violoniste d’être Stéphane Grappelli ni à la saxophoniste de jouer comme John Coltrane, mais il y a des limites et les couacs dans Petite fleur sont presque des caricatures)

… par des profs du Conservatoire. Cependant, dit le directeur, ce sont les vacances et la plupart sont partis en concert. Alors, qui joue ?

Samedi 23 juillet

            14h. La Dernière nuit de Lise Broholm (Tea Lindeburg, 2021, Danemark).

            « Campagne danoise, fin du XIXe siècle. Lise, aînée d’une famille luthérienne, rêve d’émancipation. Mais lorsque sa mère est sur le point d’accoucher, la jeune fille voit sa vie basculer en une nuit[9]… ».

            Encore une histoire d’accouchement. Et de foi. Lise demande à Dieu de sauver sa mère contre le renoncement à ses études et à son amoureux. Il laisse la mère mourir mais la fille doit quand même renoncer à tout. Ou bien Dieu est injuste ou bien il n’existe pas, rayer la mention inutile.

Et puis les cris, le jeu outrancier (ah ! le naturel des enfants chez Mia Hansen-Løve !), la lenteur, le flirt (encore) avec le fantastique (le nuage rouge sang au fond du champ de blé) dans une situation traitée avec le plus grand réalisme. L’ennui. C’en est trop.

Note : 1

            21h15. Remise des prix…

            (Coup de cœur du jury jeune : Wet sand -bravo-

            Prix du court métrage : La Débandade -très bien-

            Prix Sólveig Anspach : Wet sand -c’est mérité-)


[1] Brochure des Ciné-Rencontres.
[2] Brochure des Ciné-Rencontres.
[3] https://www.senscritique.com/film/godland/47402147
[4] https://festival-villerupt.com/title-item/palazzo-di-giustizia/
[6] Brochure des Ciné-Rencontres.
[7] https://www.rts.ch/info/culture/cinema/12983480-avec-wet-sand-elene-naveriani-brise-les-tabous-de-la-
[8] https://www.senscritique.com/film/Le_Coeur_noir_des_forets/45594381
[9] https://www.ufo-distribution.com/movie/ladernierenuitdelisebroholm/