
Marseille et Marcelle…. Les deux mots se renvoient l’un à l’autre.
Le choix du prénom de l’héroïne est-il conscient ou non ?
Toujours est il que les deux, photogéniques et passionnées se ressemblent beaucoup.
Tout vibre dans ce film ressorti de l’ombre.
Au début, bien avant la naissance du film, était l’amour d’un petit garçon, fou de sa belle ville. Celui du petit Paul qui découvrit Marseille à ses pieds, le jour ou pour suivre les grands, il a grimpé tout droit sur un des pylônes du pont transbordeur à l’entrée du port. Tétanisé par la peur, à 55 mètres de hauteur, il découvrit sa ville dans toute son étendue.
Il reconnut les docs ou travaillait son père, les vit immenses et grouillants de vie.
L’amour et la fierté se sont alors ancrés pour ne jamais le lâcher. 60 ans après, il parlait encore de cette rencontre essentielle, les yeux humides.
S’inscrivent alors amour et fierté pour ses parents, travailleurs non reconnus, petites gens invisibles et pourtant essentiels à l’économie de leur pays. Reconnaissance et belles valeurs, la première caméra, le goût de l’effort, des études.
Et amour et fierté toujours pour cette grande ville à la lumière incomparable qui l’a vu naitre et mourir. Qu’elle est belle Marseille ….. dit l’héroïne au château d’If.
En grandissant, il lui fallut un œil, une camera pour continuer à observer, découvrir et mettre en avant la ville et ses habitants.
Et il filma, filma, filma encore. Son quartier, sa famille, sa ville.
Sa conscience s’éveilla au constat des difficultés des uns et des autres. Tel son papa qui rentrait avec la gamelle pleine, signe que l’embauche n’avait pas eu lieu ce jour-là.
Il vit à travers la caméra les gens trimer pour des petits salaires, les manques, l’eau, la nourriture, de quoi se chauffer.
Il vit la fierté, la honte parfois ravalée, et les colères rentrées.
Mais il vit également l’amitié, la solidarité, les mains tendues.
Et il filma, filma, filma….
Il avait une véritable croyance dans ce que l’homme a de meilleur. Quand il était enseignant, et que ses collègues désespéraient d’un élève, quelqu‘un disait toujours : « Mets le chez Carpita, il en tirera quelque chose « … Lui voyait un diamant brut, prêt à s’ouvrir.
Paul Carpita n’était pas un homme en colère, il était simplement un amoureux des gens, de sa ville.
Ainsi naquit, le rendez des quais qui retrace une histoire d’amour lors de la grève des dockers. Grève nationale qui de Dunkerque à Marseille dura 20 semaines entre la fin 1949 et avril 1950.
Il conte comment un couple d’amoureux qui souhaite se marier, se trouve face aux difficultés pour trouver un logement. Sans logement, pas de mariage …de plus, la grève se décide.
Les dockers, n’en pouvant plus de décharger les cercueils rentrant d’Indochine, crient à la paix, à l’arrêt du conflit. La situation matérielle s’aggrave avec l’arrêt du travail mais la solidarité se met en place.
On assiste à de très belles scènes sur l’organisation de la grève. On voit nettement l’implication des femmes, des familles dans ce bouleversement. Elles luttent pour ceux et ce qui comptent.
Notre couple pourra-t-il enfin se loger ? Robert rencontrera un manipulateur qui lui fera douter du conflit, de ses collègues, de sa famille.

Pour illustrer son histoire, le réalisateur mêla la fiction à ses propres images d’archives filmés lors du conflit.
Il invita l’acteur principal, instituteur de profession à écrire les dialogues, puis trouva ses comédiens dans la rue, au PCF, au syndicat des dockers.
Le tournage pris 3 ans entre weekends et jours de congés mais tout prit forme, le film put naitre.
A sa sortie, il fut présenté au Rex à Marseille. Il fit salle comble et le public fit un très bon et enthousiaste accueil au film.
Il était donc temps, quelques jours après de le présenter aux comédiens, à leur famille, aux marseillais.
Toutefois le film fut interdit de diffusion, censuré pour atteinte à l’ordre public et intelligence avec l’ennemi. La diffusion n’eut jamais lieu. Carpita est arrêté dans sa classe devant ses élèves, et en resta profondément marqué. Le rectorat le déplaça hors Marseille.
Le film fut annoncé comme détruit et brulé.
Il aura fallu, trente ans plus tard, la ténacité de trois animateurs d’un centre culturel, passionnés par l’œuvre de Carpita, qui l’ont recherché et retrouvé, toujours sous scellés, pour qu’une nouvelle page de son histoire naisse.
Après une belle restauration, le film fut présenté en 1990 dans six cinémas marseillais, un grand bonheur pour le réalisateur.
Paul Carpita filme ses personnages tel un amoureux. Ils sont beaux, photogéniques, naturels.
La photogénie vient elle du regard bienveillant de celui qui tient la caméra ? ou est ce la confiance, la joie de participer à cette belle aventure.
Le film, beau, nous emporte. Les noirs et blancs doux et enveloppants, les dialogues simples et justes.
Rien de trop, un bel équilibre.
On a parlé de néoréalisme à la sortie du film. Comme une suite aux italiens. Pourquoi pas ….
Quand on lui parlait de nouvelle vague, il répondait : « Oui peut-être, mais qui ne se regarde le nombril «
Peut-être n’est-il pas classable et c’est bien ainsi.
Une belle rencontre cinématographique. Comme on les aime !




























