« Baccalauréat » de Cristian Mungiu (3)

Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2016

Présenté par Georges Joniaux
Film roumain (décembre 2016, 2h08) de Cristian Mungiu avec Adrian Titieni, Maria Drăguș et Lia Bugnar

Jusque là, il a tenu bon, Roméo. Il est resté fidèle aux règles morales qu’ils s’étaient fixées lui et son épouse Magda quand ils sont revenus en Roumanie après Ceausescu, avec, alors, la volonté, la certitude de reconstruire, de faire coller la réalité avec ce qu’ils avaient espéré. Mais le terrain était resté miné et il fallait juste apprendre les nouveaux codes . Faire avec . Fonctionner quand même tout en restant intègres par fidélité à une éthique devenue dérisoire, décidés à ne pas marcher dans les combines.
Roméo est médecin, il travaille dans un hôpital. Il est intéressé par ce qu’il fait, rencontre les patients, fait aussi des rencontres. Il a équilibré sa vie, tant bien que mal.
Magda, elle, est bibliothécaire. Il y a bibliothécaire et bibliothécaire. Pour elle c’est la version isolée avec des vieux livres dans le sens livres usagés, tous plus moches les uns que les autres, rangés sur des étagères minables dans un local minable, en sous-sol, avec éclairage artificiel, sans ouverture sur l’extérieur. Sans combines alors sans espoir de trouver mieux. De quoi devenir neurasthénique et c’est bien ce que Magda semble être devenue au fil des jours et des années.
Son Roméo va voir ailleurs. Pas sûr que ça lui fasse du mal. Ses rêves se sont envolés.
Leur amour s’est délité.
Reste leur fille, Eliza.
Eliza qui a sur le dos toutes les frustrations de ses parents, prise en sandwich entre leurs deux adorations. Elle doit et va réussir tout ce qu’ils ont raté. A commencer par partir de ce pays pourri. Elle est depuis l’enfance « condamnée » par eux, à vivre, après le baccalauréat, ailleurs et sans eux. Elle est comme téléguidée. Quand il y a LE bug, elle déraille et son père mettra alors tout en oeuvre pour la remettre sur les rails. Il fera fi de tous ses principes, prêt à tout, prêt à rentrer dans toutes les combines (sauf les enveloppes), rendre des « services » . On le comprend 5/5.
Eliza devra savoir et rentrer dans la combine pour qu’elle fonctionne. Son regard sur son père changera alors définitivement et un grand doute l’envahira : « Il y en a eu d’autres des combines comme ça ? Mes résultats brillants c’était mes résultats ou le résultat des combines de mon père ? Je suis qui, en fait ? » De quoi flipper à vie …
Mais Eliza est grande, elle a déjà vécu des situations violentes, perturbantes . Et elle est roumaine.
Lors de la dernière scène, elle raconte à son père qu’elle a pleuré à dessein, pour que l’examinateur lui laisse plus de temps, à cause de son bras cassé . Et elle lui dit  » je me suis bien débrouillée, hein ? » pour lui signifier qu’elle a compris comment ça marche.
Eliza croit qu’elle a tiré les ficelles.

Très beau film qui ne laisse pas entrevoir de changement à court terme en Roumanie …

Baccalauréat Cristian Mungiu (2)

 

C’était vraiment un employé modèle, Monsieur William » R.Caussimon

On pourrait dire comme Cristian Mungiu, que Baccalauréat est une histoire du point de vue de Roméo. Pourtant, si presque tout ce que nous voyons dans ce film part ou arrive à lui, cette histoire n’est pas son point de vue. C’est celle qui lui arrive à son corps défendant.

Car c’est aussi l’histoire d’une rencontre : un événement (l’agression d’Eliza), une situation personnelle de Roméo, sa psychologie et sa morale, son environnement social, sa famille, son statut, ses connaissances et enfin la société roumaine qui surdétermine l’ensemble…

Quelques mots sur Roméo et les siens :

De Roméo nous savons beaucoup, sa constellation,  femme, fille, maitresse,  mère bien aimée, profession. Peut-être faudrait-il considérer quelques traits de sa psychologie, car Cristian Mungiu nous en montre beaucoup. Il est médecin fonctionnaire,  bon médecin, probe, ce qui l’amène à vivre modestement. Il a l’esprit fin, il parle peu mais juste, mais il a un petit côté ours et son physique le sert bien. Il aime la musique baroque, Haendel et Purcell qu’il écoute en boucle dans sa voiture, son travail, sa fille chérie, sa femme, sa maitresse, tout cela est bien cloisonné. Dernier trait, il ne lâche jamais prise dans la poursuite de ses buts. Ici son but va être déterminé par la culpabilité, sa fille s’est fait agresser parce qu’il ne l’a pas accompagnée jusqu’à la porte du lycée. Et il ne l’a pas accompagnée parce qu’il allait voir Sandra sa maîtresse. Avec cette transgression et cette « erreur », le sentiment de culpabilité fonctionne mieux, surtout pour lui. Bref, internet nous l’apprend toutes ces choses sont des traits névrotiques un peu obsessionnels. S’ils ne manquent pas de qualités, ils ont parfois leurs limites.

Au plan affectif, lui qui ne met pas tous ses œufs dans le même panier, (si l’on peut oser) partage avec sa femme un amour « surprotecteur » pour sa fille. Mais de quoi cette surprotection est elle faite ? Il paraît que Sigmund Freud disait plaisamment : « Parents, quoi que vous fassiez, vous le ferez mal ». Alors papa Roméo, qui fait de son mieux n’y échappe pas. En bon obsessionnel, il veut tout contrôler. Sa fille traumatisée par l’agression qu’elle a subie, risque de ne pas obtenir une bonne note à son bac, celle qui lui permettrait d’être boursière dans une bonne école en Angleterre. Alors lui le probe, se compromet avec « des gens serviables ». Les spectateurs que nous sommes n’en peuvent mais… ils sont témoins d’un système de combines qui s’articule, se met en place avec une souplesse, une rapidité qui fait la pige aux meilleures institutions sociales.

Mais je n’ai pas répondu à la question, de quoi serait faite cette surprotection ? Elle est faite d’un pacte tacite avec sa femme. Elisa doit tout ignorer de la liaison de son père. Cette cloison étanche, constitue pour Roméo comme pour Magda son épouse le point essentiel de cette protection. Magda partageait avec Roméo la probité et donc le style de vie qui va avec. Contre vents et marées, elle exerce le métier de bibliothécaire qui lui garantit une définitive condition modeste. Mais avant tout, pour ce couple un peu usé, Elisa doit bénéficier d’un sweet home (un sweet home sans carreaux cassés par des jets de pierre, de préférence). Lorsqu’Elisa découvre, par intrusion, cette liaison de son père avec Sandra, elle exige de son père qu’il en parle à sa mère.

Magda demande alors à son mari de quitter le domicile conjugal. Elle n’ignorait  pas cette liaison, mais la découverte de sa fille lui est insupportable, elle rompt le contrat. Lorsque la cloison tombe, il n’y a plus de raison de demeurer ensemble.
Et la mère dira : « Je vais partir avec ma fille, m’occuper d’elle, lui faire à manger là où elle ira ». Bien sûr qu’elle ne le ferait pas,  elle est intelligente, elle l’imagine tout haut c’est tout.  Elisa serait au plan symbolique, le lien qui ne veut pas mourir de ce couple.

Pour le couple, cette surprotection mutuelle et tacite est aussi forte pour sa cause explicite (le meilleur pour notre fille ) que pour sa cause implicite (ne pas renoncer s’aimer en tant que couple). En déclarant qu’elle veut protéger sa fille, (qui ne lui demande rien), elle dit aussi qu’elle la protègera pour deux,  comme cet amour d’autrefois, qu’ils ont eu tous les deux, l’un pour l’autre.

et un mot sur la société Roumaine un exemple parmi tant d’autres de la corruption ordinaire :

Roméo est pris dans une sorte de maelström. Dès que le fil de sa vie lui échappe, il perd les liens qui vont avec. Il perd donc sa femme, se déconsidère un peu avec sa fille,  et la tentative de trucage dont il était l’instigateur est découverte. Avec ce trucage, on découvre la mécanique de la compromission et de la corruption d’un système où tout le monde est serviable avec tout le monde. D’autant que les fonctionnaires qui représentent les institutions sont peu considérés.

On découvre alors une hiérarchie secrète et sub-mafieuse, avec ses valeurs propres et son système d’action concret. Cette manière de rendre service a quelque chose d’ancrée et d’archaïque, elle préexiste certainement au communisme. Mais elle a été particulièrement utile jusqu’en 1989 pour la débrouille ordinaire. Et après, l’ouverture des frontières, les perspectives de profit ont démultiplié le phénomène. La communauté européenne avait « exigé » un plan de lutte contre la corruption et le banditisme à tous les niveaux pour admettre la Roumanie en son sein. Mais peut`être avait-elle formulé naïvement cette demande…  à des corrompus. Le Parisien d’aujourd’hui n’écrit-il pas « des milliers de Roumains sont descendus dans la rue mardi soir pour manifester contre le gouvernement qui a décidé, par décret et après des jours de controverse, d’un allègement du code pénal pour des délits de corruption touchant la classe politique ». 

 Et pour finir :

La scène ou Roméo cherche dans la nuit, parmi les fougères, ce chien qui s’était fiché sous ses roues est symbolique. Il découvre avec sa torche le chien mort, nous ne verrons pas ce chien, mais nous voyons Roméo pleurer. Pleurer ce pauvre chien, pleurer ce pauvre Roméo. « Baccalauréat » montre comment des destins individuels sont percutés, comme des chiens paisibles au milieu d’une route, par des fonctionnements institutionnels pathologiques et des coutumes mafieuses. Et nous avons vérifié l’actualité, la permanence de la chose. Qu’imaginer pour soi  ou pour ses enfants dans un tel monde?

Roméo,  a cherché de tout son être le meilleur pour sa fille, et pour lui, il ne pouvait plus être en Roumanie. Il projetait qu’elle parte étudier en Angleterre. Avec son tempérament,  il a oublié que sa fille était un être pensant, qu’elle était intelligente, autonome, adaptée pour le monde de demain. Elle a montré à son père  qu’elle était assez grande. Mais, ne serions nous pas tous dans certaines conditions des Roméo ou des Magda ?

Henri me signale que la photo lumineuse des jeunes étudiants, souriants, avec Elisa au milieu  clos le film nous parle de leur monde de demain. Les films roumains, ne dénoncent pas pour dénoncer, ils sont aussi ça…puis générique, musique guillerette, l’ESPOIR. Souhaitons leur un avenir radieux.

PS : Nous avions précisé lors de la  discussion que la musique baroque n’était pas celle du film, mais celle de Roméo dans sa voiture. Mais il y a une exception, au moment de la rupture Magda/Roméo, on peut entendre le stabat mater de Vivaldi. Curieux!

Baccalauréat, un film sur les rapports père / fille (1)

Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2016

Du 26 au 31 janvier 2017
Soirée-débat mardi 31 à 20h30

Présenté par Georges Joniaux
Film roumain (décembre 2016, 2h08) de Cristian Mungiu avec Adrian Titieni, Maria Drăguș et Lia Bugnar

Synopsis : Roméo, médecin dans une petite ville de Transylvanie, a tout mis en œuvre pour que sa fille, Eliza, soit acceptée dans une université anglaise. Il ne reste plus à la jeune fille, très bonne élève, qu’une formalité qui ne devrait pas poser de problème : obtenir son baccalauréat. Mais Eliza se fait agresser et le précieux Sésame semble brutalement hors de portée. Avec lui, c’est toute la vie de Romeo qui est remise en question quand il oublie alors tous les principes qu’il a inculqués à sa fille, entre compromis et compromissions

Film puissant et sombre sur la question des choix de vie auquel Le personnage principal est placé, pour lui et sa famille.

Roméo est médecin ( chirurgien ) dans un hôpital roumain de Transylvanie et le film le met en scène à un moment crucial de sa vie. Il aborde le tournant de la cinquantaine ( avec une belle bedaine !! ), son couple se défait depuis un certain temps et il a du mal à quitter Magda, l’épouse pour Sandra la maîtresse qui elle-même a une situation difficile, et doit élever seule son fils.
Et surtout le film montre en de multiples gros plans l’amour et la profondeur des liens qui l’unissent à sa fille Eliza.
Et c’est là le noeud du film, Eliza fille chérie doit passer son bac et ensuite trouver un avenir radieux ( pense le père ) en Angleterre, à Cambridge, où elle est admise comme boursière, mais à condition qu’elle obtienne son bac avec une moyenne élevée.
Il pense donner à sa fille cet avenir que lui et sa femme n’ont pas su réussir et la forme de son amour pour sa fille passe par ces études à l’étranger et un avenir différent et meilleur.
Le film raconte donc comment cet homme intègre, qui a oeuvré pour des valeurs humanistes, qui refuse la corruption de l’argent, est amené à la suite d’événements non choisis, à accepter des compromissions et à affronter les désirs de sa fille ( sa relation amoureuse avec Marius ) qui pour lui ne rentraient pas en compte avant l’agression.
Insatisfait de son pays, de sa femme, peut-être sa maîtresse, il a tout reporté sur cette fille unique, qu’il a  » surprotégée » selon sa propre mère.
Sur le plan cinématographique, ces sentiments sue traduisent par le refus du traditionnel champ/contre champ et le choix constant du gros plan serré sur les visages, les protagonistes sont toujours dans le même plan. Il y a beaucoup de justesse, d’observation fine, pas seulement de la Roumanie et de ses tares mais de l’être humain en général, de ses réactions ( parfois bizarres comme avec le chien dans le bois ). Et c’est cela qui nous touche, cette capacité à nous faire éprouver comment il est difficile de vivre et d’aimer y compris ceux qui nous sont les plus proches, ici un père et sa fille.

Françoise

Sur Paterson de Jim Jarmusch. (3)

 

Présenté par Jean-Pierre Robert

 Film américain (décembre 2016, 1h58) de Jim Jarmusch avec Adam Driver, Golshifteh Farahani et Kara Hayward

C’est un film que j’ai beaucoup aimé, l’ayant vu deux fois, le plaisir était toujours au rendez-vous.
Ce film lui-même est un long poème, hommage du réalisateur à l’Art et à la poésie ( déjà à l’oeuvre dans  » Dead man  » et  » Only loves left alive » son avant dernier film ).
Cette vie quotidienne, monotone, répétitive, ritualisée est sublimée par la création, qu’elle soit picturale culinaire ( motifs peints de Laura ) ou littéraire avec la poésie que le chauffeur de bus rédige sur son petit carnet.
Ce film est apaisant, harmonieux et recherche comme ses protagonistes, un bonheur simple et tranquille, un amour de chaque instant niché dans leur maisonnette.
C’est un film qui défend les choses de l’esprit, les activités artistiques, le jeu d’échec, les échanges, pour vaincre ( ? ) la médiocrité du quotidien, sa laideur ( Paterson est une ex-ville industrielle sinistrée, dans la rust-belt du Nord-est ). Mais ce qui est beau perdure, telle la poésie qui fit de la ville au XIX° siècle, le haut lieu de la poésie américaine; avec William Carlos William, Allen Ginsberg ) qui survit grâce à Jarmusch et son film.
Sous son apparente simplicité de récit, le film recèle bien des remarques sur le monde tel qu’il va aujourd’hui, la politique, les jeunes, que l’on découvre lors des conversations dans le bus et le bar.
Les rapports entre l’imaginaire poétique et la réalité sont exprimés aussi de façon comique et répétitive, voir la présence répétée des jumeaux.
Enfin n’oublions pas l’image et la bande-son qui sont très belles, image ornée des mots du poète et répétés en voix off.
L’humour de bon aloi, est exprimé de façon constante avec tendresse, via ce troisième personnage de la famille qu’est Marvin.
Donc nous conclurons que c’est un beau film qui fait du bien,qui est apaisant . Ils sont tellement beaux et calmes dans la certitude de leur amour.. ( même si certains se sont ennuyés ) et que Jim Jarmusch est un grand réalisateur.

« Une chambre en ville » de Jacques Demy

Ce film, magnifique, fût un échec cinglant à sa sortie en 1982. C’est tellement injuste.
Encore que. En y réfléchissant … Il y a un problème.

Dès les premières images, en noir et blanc nous rappelant l’époque (1955), nous sommes envoûtés. Les CRS sont en ligne, armés.
En face il y a les ouvriers, en ligne aussi, des femmes, des enfants. Le peuple, nous. Nous sommes happés et la couleur apparaît . Pour vivre cette tragédie, Jacques Demy nous offre des couleurs comme jamais !
Film magnifique mais qui pourtant ne pouvait pas, tel quel,  rencontrer le succès .
Pourquoi ? Bon Dieu, mais c’est bien sûr (1958, à la télé )  à cause de François !
Il fallait évidement Gérard Depardieu, comme le souhaitait Jacques Demy, dans le rôle de François Guilbaud ! Lui il « respire » le peuple et il en a le souffle . C’est un ouvrier métallurgiste. Pas Richard Berry. Et, sinon, tout garder pareil.
G. Depardieu aurait mis toute sa puissance et sa tendresse dans « Une chambre en ville ». Les manifs, les étreintes avec Edith/Dominique Sanda, ça aurait été autre chose !
Et on aurait pleuré, on pleurerait encore sa mort . Faute d’être attiré par Jacques Demy, un autre public aurait, pour Gérard Depardieu, poussé  la porte du cinéma et en serait ressorti 1h32 après , conquis.

Dommage, vraiment dommage.
Là on ne dit pas merci Catherine (voir article sur le site)

Adieu Emmanuelle Riva

https://youtu.be/_pGvcDwQsqg

La grande classe
Et, plus que jamais, dans « Paris, pieds nus ». Bientôt.

« CINÉMA – C’est l’une des plus grandes comédiennes françaises qui s’éteint. Emmanuelle Riva, connue pour son rôle bouleversant dans « Hiroshima mon amour » d’Alain Resnais, et reconnue pour « Amour » de Michael Haneke, est morte vendredi 27 janvier de suites d’un cancer, selon Le Monde et Paris Match.

Sans doute alors méconnue par le grand public, elle avait obtenu le César de la meilleure actrice et une nomination aux Oscars en 2013 dans le film du cinéaste allemand. Elle y jouait – aux côtés de Jean-Louis Trintignant – le rôle de Anne, une professeure de piano, en partie paralysée par une attaque cérébrale ». in le Huffington-Post du 28.01.2017

 

Paterson de Jim Jarmusch (2)

 

Présenté par Jean-Pierre Robert

 Film américain (décembre 2016, 1h58) de Jim Jarmusch avec Adam Driver, Golshifteh Farahani et Kara Hayward

Synopsis : Paterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes, de William Carlos Williams à Allen Ginsberg, aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas…

 Avec Paterson, Jim Jarmusch réalise un exercice de style. De style minimaliste. Peu d’acteurs, peu de dialogue, une musique réduite à quelques sons…peu de tout.

Il nous présente un film dont l’originalité tient au fait que son histoire n’a aucune originalité, puisqu’il filme la banalité même d’une vie quotidienne, ritualisée, d’un couple ordinaire (pas tout à fait). Soit une femme au foyer et un chauffeur d’autocar, dans une ville ordinaire, pauvre où il ne se passe pas grand chose.

Elle, fait de la décoration d’intérieur, des expériences culinaires, et se rêve musicienne. Lui, écrit des poèmes, une poésie des choses ordinaires, des petites choses de la vie -La magie de ces petites choses qui lorsqu’elles se déploient, font entrevoir en un surgissement, l’Univers-

Et de même que lorsque l’autocar de Paterson tombe en panne, « il ne se transforme pas en boule de feu », en amour, on ne voit pas ce couple se désirer, s’étreindre ou s’embrasser furieusement. Jarmusch nous montre deux personnes  simplement heureuses de vivre ensemble, de se comprendre – De s’accorder- Paterson, fable poétique, est avant tout un film d’amour.

C’est  un film pour « les foules sentimentales d’Alain Souchon », un enchantement simple.

Mais peut-être en fin de compte préférions nous ceci ?

« S’asseoir au volant d’une BMW, toucher l’écran d’un iPad, entrer dans un magasin Sephora, acheter des chaussures sur Zappos : autant d’expériences uniques. Guy Kawasaki vous livre ses secrets pour parvenir au même degré d’enchantement que ces marques célèbres. »Robert Scoble, blogueur sur Rackspace.

J’ai la faiblesse de ne pas le croire.

Georges

 

 

 

« Paterson » de Jim Jarmush (1)

C’est la deuxième fois que je vois le film et pareil.
Alors, il est où, mon problème ?

Bien sûr, j’ai encore pris ma douche en imperméable (en VF, pire, j’aurais eu l’impression d’avoir gardé ma doudoune, mon bonnet, mon écharpe, mes mouffles etc …)
Un poème ne doit pas nécessairement être en vers ni rimer. Il faut qu’il touche par les mots choisis et leur mise en musique. Qu’il transporte et émeuve. Alors oui, peut-être que je suis hermétique à Ron Padgett . Et les prunes dans le frigo de Williams Carlos Williams ! c’est une blague ?
Voilà le problème : je pense à Monsieur Jourdain …

Le film « sinon » me plait pourtant assez. Les images des réveils blottis sont très belles, Les obsessions graphiques et les cupcakes de Laura nous attendrissent et nous amusent . Autant que ses remarques enamourées sur l’odeur de bière quand il rentre du pub et toujours là le lendemain matin et qu’elle hume avec délice (!)
Ces deux amoureux veulent faire de leur vie un poème.

Un peu raplapla, le poème
Réveil à 6h10.
6h30 c’est déjà un événement
Il prend son linge bien plié au carré sur sa chaise, mange ses céréales en forme d’anneaux, prend sa lunchbox et part conduire son car après avoir écrit quelques lignes bien fines, bien droites sur son petit carnet avec son petit crayon et après avoir écouté Donny chez qui la simple question « ça va ? » déclenche une énumération de tous les problèmes auxquels tout habitant « non poète » de Paterson ou d’ailleurs est, un jour, tristement confronté.
Les journées de Paterson à Paterson, New Jersey, sont bien monotones .

Quelques autres événements à signaler cependant :
la panne de car (oh, honey was it dangerous ?)
la maîtrise du « forcené » dans le bar (oh, honey you’re an heroe !)
le carnet déchiqueté (I don’t like you, Marwin)

Et, dimanche, le japonais poète (hon, hon) qui lui offre un carnet, comme une bouée de sauvetage pour continuer à garder la tête bien en dehors des réalités . Le format du carnet me pose problème : il ne va pas rentrer dans la poche de sa cote de travail, ni dans sa lunchbox .

Et quand revient Monday … Stop ! Je t’aime bien Paterson à Paterson, New Jersey mais je n’en reprends pas pour une semaine .

Marie-Noel

« Lola » de Jacques Demy

CYCLE JACQUES DEMY Lola – Une chambre en ville – Peau d’âne
Présenté par Marie-Noël Vilain
Film français (1961, 1h30) de Jacques Demy avec Anouk Aimée, Marc Michel, Jacques Harden, Alan Scott et Corinne Marchand

Scénario et dialogues de Jacques Demy, musique de Michel Legrand, photo de Raoul Coutard et paroles de la chanson « C’est moi Lola » d’Agnès Varda

Synopsis : Lola, danseuse de cabaret, élève un garçon dont le père, Michel, est parti depuis sept ans. Elle l’attend, elle chante, danse, et aime éventuellement les marins qui passent. Roland Cassard, un ami d’enfance retrouvé par hasard, devient très amoureux d’elle. Mais elle attend Michel…

Un des plus beaux films au monde.

Lola nous transporte d’un coup dans le pays si singulier de Jacques Demy. Si on se laisse emporter, la magie opère .

Quand je pense à ce film, j’ai toujours une hésitation : les textes sont chantés ? Non. Je sais bien que non.
Pourtant Lola est pour moi une comédie musicale .

Et, à chaque fois, je suis enchantée.

Marie-Noel

« Une vie » de Stéphane Brizé

 

Nominé à la Mostra de Venise 2016Soirée-débat mardi 17 à 20h30

Présenté par Marie-Noël Vilain
Film français (novembre 2016, 1h59) de Stéphane Brizé avec Judith Chemla, Jean-Pierre Darroussin, Yolande Moreau, Swann Arlaud,Nina Meurisse, Olivier Perrier et Clotilde Hesme
Scénario Stéphane Brizé et Florence Vignon
D’après l’oeuvre de Guy de Maupassant
Synopsis : Normandie, 1819. A peine sortie du couvent où elle a fait ses études, Jeanne Le Perthuis des Vauds, jeune femme trop protégée et encore pleine des rêves de l’enfance, se marie avec Julien de Lamare. Très vite, il se révèle pingre, brutal et volage. Les illusions de Jeanne commencent alors peu à peu à s’envoler.

 

« Je t’aime comme un pauvre enfant
Soumis au ciel quand le ciel change ;
Je veux ce que tu veux, mon ange,
Je rends les fleurs qu’on me défend. »
Extrait du poème « J’avais froid » de Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

« Car souvent, quand un jour se lève triste et gris
Quand on ne voit partout que de sombres images,
Un rayon de soleil glisse entre deux nuages
Qui nous montre là-bas un petit coin d’azur »
Extrait du poème « Le Dieu créateur » de Guy de Maupassant (1850-1893)

dits par Jeanne Le Perthuis des Vauds, merveilleusement dits par Judith Chemla, choisi(e)s par Stéphane Brizé

L’histoire est triste, bien sûr.
Un tel désenchantement, tant de désillusions …

Mais ce n’est pas tant l’histoire qui m’a captivée que le film lui-même, comment Stéphane Brizé raconte cette histoire.
Les acteurs, le montage en flash back, flash forward, les ellipses , les images sur plusieurs saisons, les sons des voix mêlées de vent, de pluie, de bruissement des feuilles, le format, la musique, les costumes. Tout.
Chapeau bas !
pour savoir, en deux heures, nous faire vivre ces 27 ans .
Avec une telle délicatesse, une telle virtuosité.

Marie-Noël

NB : J’aime les personnages purs auxquels Stéphane Brizé s’intéresse pour ses films. Ses choix me rassurent.