Gabriel et la Montagne de Fellipe Barbosa


2 prix et 2 nominations à la Semaine de la Critique à Cannes en 201

Du 5 au 10 octobre 2017
Soirée débat mardi 10 à 20h30
Présenté par Jean-Pierre Robert

Film brésilien (vo, août 2017, 2h11) de Fellipe Barbosa avec João Pedro Zappa, Caroline Abras et Alex Alembe
Synopsis : Avant d’intégrer une prestigieuse université américaine, Gabriel Buchmann décide de partir un an faire le tour du monde. Après dix mois de voyage et d’immersion au cœur de nombreux pays, son idéalisme en bandoulière, il rejoint le Kenya, bien décidé à découvrir le continent africain. Jusqu’à gravir le Mont Mulanje au Malawi, sa dernière destination.

 

Ravi de cette soirée, il y a des films comme ça, qui captivent sans qu’on sache très bien pourquoi, qui intriguent sans qu’on sache exactement ce qui intrigue et c’est le cas de Gabriel et la Montagne.

La présentation et la discussion étaient éclairantes, beaucoup de choses ont été dites qui soulignent les différentes facettes de cette triste histoire. Pour ma part, peut-être aurais-je pu donner un point de vue si la discussion avait eu lieu trente minutes plus tard, nous y sommes et je suis à la maison… C’est pour ça que je me mets au clavier.

Ça commence par deux paysans noirs qui cueillent des sortes de joncs avec une machette. Il y a un contraste entre leur déplacement tranquille et la vivacité, la vigueur qu’ils déploient pour les couper et les débarrasser des autres herbes. Et puis nous assistons à la découverte de Gabriel, recroquevillé dans une grotte. Il est mort. Et cette image, a peine entrevue sera décisive pour regarder le reste du film. On ne cesse de voir un homme qui va mourir, on a été témoins de la découverte de son cadavre dès le début.

Après les présentations si l’on peut dire, ce sera un hyperflash-back en quatre étapes kényanes, tanzaniennes, malawiennes, qu’on va regarder comme une sorte de road movie et un compte à rebours réunis. Le jeune homme Gabriel (Joäo Pedro Zapa) nous intrigue. Il y a chez lui des traits magnifiques, candides, sincères, généreux. Il a cette faculté remarquable à entrer en contact, à fraterniser avec ses rencontres. Bref, il est une personne à qui on ne résiste pas, d’autant qu’il affiche en permanence un superbe sourire. Et comme ce personnage a existé, qu’il a été l’ami de Felippe Barboza, on devine que ce film est à la fois un hommage et l’histoire d’un chagrin pour un ami disparu. On suspecte alors la détermination de Barbosa à réaliser ce film qui finalement ne raconte pas grand-chose et qui pourtant le raconte bien. L’histoire de Gabriel au sourire si ouvert, un personnage charmant, séduisant.

D’autres traits psychologiques interpellent chez Gabriel. Ce jeune homme est comme mû par une sorte de puissante pulsion vers l’avant, il lui faut toujours avancer, et son passeport de globe-trotter et la logique de ses déplacements nous échappe. Tout autant, ses rapports à ses guides, ce garçon a la bougeotte aurait dit ma grand-mère. Par exemple, il y a ce désir de monter au sommet du Kilimandjaro, au plus vite et sans délais. Une fois au sommet, il se livre à un rituel intime qui consiste à y enterrer la photo de son père mort quatre ans plus tôt. Jean-Pierre a souligné l’importance de ce père. Quand le sommet de la montagne, c’est papa, on est bien petit.

Comme il a un contact sympathique et familier avec les gens, son tourisme chez les habitants (qui le plus souvent n’en peuvent mais.) peut se voir à la fois comme fraternel et comme une sorte d’exigence infantile : « C’est chez toi que je veux aller ». Autre trait un peu infantile, l’habit offert par un Massaï, dont il se vêt, comme un enfant le ferait d’une panoplie. Avec cet accoutrement fantaisiste, dont il ne se défait pas même pour dormir, ni pour aller accueillir sa fiancée à l’aéroport, une fiancée au demeurant peu étonnée et parfaitement tolérante.

C’est donc un homme pressé, un peu immature,  qu’on nous décrit, qui va rapidement d’un lieu à l’autre, d’une amitié à l’autre. En fait, c’est un homme sans frontière, ni entre lui et l’autre, ni d’un territoire à l’autre. Il a aussi le sentiment d’être physiquement tout-puissant, il marche vite, court comme un cabri, s’approche des animaux sans crainte etc. Il est probable que Felipe Barboza ait perçu chez Gabriel ses traits d’humeur hypomaniaques, fantasques. Gabriel, une personnalité heureuse de vivre en apparence mais qui au fond de lui-même est peut-être triste, sombre même car la frontière entre joie et tristesse est toute fine quand on a la personnalité de Gabriel.

C’est aussi pourquoi, Barboza nous induit à penser à une mort volontaire de Gabriel, une sorte de suicide. Il y a en effet un événement de vie qui corrobore la tristesse sous-jacente, la mort du père il y a quatre ans . Les personnes telles que Gabriel font souvent leur deuil à retardement. Il y a aussi la tristesse de quitter l’Afrique, le devoir de s’engager dans la « vraie » vie. Mais on peut aussi voir les choses d’une manière plus banale. En montagne les nuits sont particulièrement froides, le temps change vite, on se perd facilement, il faut y être bien équipé. Ce n’était pas le cas de Gabriel qui surestimait sa puissance, qui dormait peu, voyageait léger (c’est un euphémisme) et souvent la nuit… Et il se peut que les deux motifs soient liés, un peu des deux.

Ce film n’est pas seulement un film de reconstitution d’une cause de mort et un hommage rendu à un cher ami, c’est aussi un film d’amour pour une Afrique et ses paysages. Cette Afrique des villages modestes et de la gentillesse de ses habitants.

 

« Norma » Opéra de Vincenzo Bellini en live au Cinéma

 

Norma est un opéra de Bellini (1801-1835), en deux actes sur un livret de Felice Romani d’après le tragédie d’Alexandre Soumet. L’Opéra fut créé le 26 décembre (!) 1831 à la Scala de Milan.
« L’action se déroule en Gaule occupée par les Romains, vers l’an 50 avant JC. La druidesse Norma a eu, en secret, deux enfants de son amant Pollione, proconsul romain en Gaule. Mais  ce dernier ne songe désormais qu’à la jeune druidesse novice Adalgisa, qu’il rêve d’emmener à Rome. Venue demander conseil à Norma,  Adagilsa dévoile à la prêtresse le nom de son amant : effroi d’Adalgisa  horrifiée du mensonge de Pollione, et stupeur de Norma, qui ne contient plus sa rage : pourra-t-elle vivre ? devra t-elle tuer ou épargner les fils de Pollione ? En renonçant à Pollione, Adalgisa croit pouvoir panser le mal, mais rien n’y fera : après avoir condamné à mort le père de ses enfants, Norma se sacrifiera elle-même en montant au bûcher, accompagnée d’un Pollione conscient de ses actes et subitement atteint par la grâce ». 

Certains jours, des salles de cinéma en France, en Europe, dans le monde, toutes simultanément, se transforment en METropolitan Museum of Art. A l’Alticiné, nous étions hier (le soir ici) à New York pour assister à la représentation de « Norma » qui débute la saison 2017-2018.
C’est déjà épatant, non ?

La salle 3 est pleine et ça commence …
Le chef d’orchestre, Carlo Rizzi dirige l’ouverture. La caméra insiste sur la flûtiste soliste qui, en plus de jouer au MET, est une superbe jeune femme, très expressive. Elle accroche le regard du chef et on sent veritablement le courant passer entre eux. Que peut-on rêver de mieux pour diriger un opéra italien, qu’un chef Italien ! Il vit la partition, vibre et accompagne du geste chacun des pupitres pour revenir toujours, ne jamais quitter vraiment des yeux sa soliste. C’est magnifique et on sait, en entendant l’ouverture, que l’opéra sera subtil.
Et le fait est. C’est une oeuvre délicate, sans exubérance.

Sondra Radvanovsky interprète Norma avec tout le brio nécessaire pour ce rôle considéré comme un des plus difficiles du répertoire des sopranos (trois contre-ut pour le seul aria Casta Diva), et avec un grand talent de tragédienne. On est transporté et on pleure avec elle sur son désenchantement, sur son amour de mère, abandonnée.
Norma trouvera en elle-même le secret de la paix impossible.

Tous les autres interprètes Joyce DiDonato (Adalgisa), Joseph Calleja (Pollione), Matthew Rose (Oroveso), Michelle Bradley (Clotilde) sont impressionnants et les choeurs, comme souvent, particulièrement dans les opéras italiens, sont puissants, poignants.

Bien sûr rien ne peut remplacer l’atmosphère, l’ambiance, la fièvre d’une salle d’opéra, la communion avec les interprètes, les applaudissements, le salut final, mais les avantages à vivre un opéra dans une salle de cinéma sont nombreux : la programmation et les interprétations sont toujours d’une grande qualité, les scènes étant filmées, on voit très bien les interprètes, en gros plan aussi, les costumes et les décors en détail, les traductions en bas de l’écran sont bien lisibles, on est « bien placé », on voit à l’entracte les interprètes dans l’envers du décor …

Oui, hier a vraiment été une soirée formidable !

Pour les cramés la place est à 18 eur ce qui permet aussi d’explorer des œuvres pour lesquelles on ne se déplacerait certainement pas « en vrai » (je me souviens du Château de Barbe-bleue de Bartok que j’ai tant aimé il y a deux saisons alors que Bartok, a priori, du peu que j’en connaissais, me rebutait plutôt …)
Pour info (et se consoler, quand même un peu) la place au MET pour Norma 2017 est entre 99 $ (place au fin fond du poulailler sur le côté) et 836 $ (place orchestre au milieu).

Marie-Noel

Petit Paysan de Hubert Charuel

Nominé au Festival d’Angoulême et de Cannes
Du 28 septembre au 3 octobre 2017
Soirée débat mardi 3 à 20h30
Film français (août 2017, 1h30) de Hubert Charuel avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners et Isabelle Candelier 
Distributeur : Pyramide Distribution

Présenté par Laurence Guyon

Synopsis : Pierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Sa vie s’organise autour de sa ferme, sa sœur vétérinaire et ses parents dont il a repris l’exploitation. Alors que les premiers cas d’une épidémie se déclarent en France, Pierre découvre que l’une de ses bêtes est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses vaches. Il n’a rien d’autre et ira jusqu’au bout pour les sauver 

« Petit paysan » était un film attendu, on a refusé du monde dans la salle. Un film que des paysans éleveurs, sont venus voir, et l’émotion de l’un d’eux, lors du débat, bouleversante pour nous aussi, indiquait à quel point ce film était une sorte de nécessité. Dans cette salle comble, des paysans donc, mais pas qu’eux, car cette histoire nous concerne tous, d’autant que son sujet est d’actualité.

Pour un premier film, c’est un coup de maître, s’il y a un public nombreux pour les films qui nous parle des éleveurs, on se rappelle de « Béliers » en début 2016, « petit paysan » est d’une autre nature parce qu’il choisit de montrer la relation de l’éleveur à ses vaches. Une relation dans un jeu complexe, qui concerne un éleveur, ses bêtes, l’institution sanitaire, et la circonstance d’une épidémie.

Au préalable, il faut remarquer ce que le film élude dans son scénario, c’est-à-dire les causes de la maladie des vaches. En d’autres termes, le film reprend un scénario réel et dramatique de la crise de la vache folle en modifiant les symptômes. « La vache folle », est un terme qui évite d’en penser l’horreur, un maquillage. De même que dans le « café gourmand » de nos restaurants préférés, ce n’est pas le café qui est gourmand, mais le client, ici ce n’est pas la vache qui est folle ce sont les pratiques industrielles donc l’homme (du moins certains). Ajoutons qu’on observe que les grandes épizooties, si elles ne prennent pas toujours leur source dans la production industrielle animale sont fortement amplifiées par elle. Ajoutons qu’il faut bien  distinguer la production industrielle  de l’élevage, nous dirons en quoi.

Ce que montre « petit paysan », remarquablement interprété par Swann Arlaud, Sara Girodeau et l’ensemble du casting, c’est à la fois l’histoire d’un malheur et de son engrenage sous une forme thriller, et en même temps une histoire d’une souffrance affective. H.Charuel  filme l’attachement de l’éleveur (Pierre) à ses vaches, les rapports qui les unissent, (les vaches portent un nom, il leur parle, les caresse, leur manifeste de l’attention, de la tendresse et de la reconnaissance, il leur donne tout son temps, elles ne sont pas le numéro qu’on leur place sur l’oreille, le numéro c’est utile pour le boucher). Cet attachement est connu dans la réalité, il est parfaitement décrit par   Jocelyne Porcher*, une agronome qui fut d’abord éleveuse. Cet attachement n’est donc pas seulement celui du paysan à son gagne-pain, il est le sens même de sa vie.

Tout d’abord Pierre a un pressentiment, une intuition , en observant Griotte,un peu comme une mère avec son enfant. Griotte n’est pas encore malade, mais Pierre sent qu’il se passe quelque chose, il est inquiet. La théorie du care conviendrait bien pour décrire cela.  Autrement dit, la manière de prendre soin des bêtes, d’être en empathie avec elles, ressemble à ce que font les bons parents avec leurs enfants et les bons soignants parfois avec les malades, (quand la division des tâches et la charge le favorisent). Jocelyne Porcher dit que c’est la théorie du don (donner-recevoir-rendre) qui rend le mieux compte du rapport entre l’éleveur et les animaux. Elle nous dit que l’éleveur offre à ses bêtes une vie bonne, ou elles peuvent ne pas être aux aguets et tranquillement brouter, gambader, voir le soleil, respirer le bon air, vivre paisiblement ensemble, être soignée, assistée etc. elle ajoute : « La mort des animaux est acceptable par nous si les animaux ont une chance de vivre leur vie et si cette vie a été bonne autant qu’elle peut l’être, et en tout cas meilleure qu’elle l’aurait été en dehors de l’élevage, meilleure qu’elle ne l’aurait été sans nous, plus paisible, plus intéressante, plus riche de sens et de relation. »

En somme, c’est le traumatisme de la rupture violente et obligée de ce contrat tacite entre l’éleveur et ses bêtes dont il est question dans ce film. Il y est aussi question d’amour, on ne peut pas élever des bêtes sans les aimer. Deux scènes le soulignent : Pierre présente un symptôme psychosomatique comme on dit, c’est à dire qu’il a comme ses vaches des lésions sur le dos. Pierre traduit avec ou dans son corps, sa souffrance et celle de ses bêtes. Ensuite, Pierre essaie de soustraire un veau à l’abattage obligatoire vient nous rappeler son lien affectif sincère.

Ce film nous montre aussi autre chose que l’on doit aux paysans. La vache que regarde Pierre dans un champ à la fin du film est dans un paysage. Ce paysage nous l’aimons, que deviendrait-il sans eux et leurs troupeaux ? Chiche ?

Certains s’y essaient. Aujourd’hui une ferme-usine de 1000 vaches ici, demain 4000 là-bas. Des lieux clos où l’animal nait, vit jusqu’à l’abattage. Il faut être bien indigne, faire des efforts de déni  monstrueux pour réduire l’animal à ce qu’il produit, du lait, de la viande, du cuir. Il faut mépriser toutes les recherches actuelles sur l’intelligence et la sensibilité animale. Il faut aussi considérer que le travail humain est réductible à une série de tâches, qu’il n’y a pas dans ces conditions de souffrance au travail et donc de maltraitance animale ou pire encore mépriser ces inconvénients. Bref, pour envisager cet « avenir radieux », il faut être un prédateur.

« Petit paysan » vient donc aussi nous rappeler que ce qui fait la vie, ce que nous aimons, demain peut-être détruit par la religion du profit… Et si les petits paysans sont les premiers dépossédés de leur culture, de leur travail, de l’environnement qu’ils ont façonné, du sens de leur vie, nous le serons aussi.

 

*Jocelyne Porcher Vivre avec les animaux La découverte 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« 120 battements par minute » de Robin Campillo

Résultat de recherche d'images pour "120 battements par minute IMAGES"Grand prix du Festival de Cannes 2017

Soirée débat mardi 26 septembre 2017 à 20h05
Présenté par Laurence Guyon

Film français de Robin Campillo sorti le 23 août 2017
avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel, Antoine Reinartz, Felix Maritaud, Aloïse Sauvage
Distribution : Memento Films distribution

Synopsis : Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean qui consume ses dernières forces dans l’action…

Une révolte, un cri assourdissant mais est-ce-que cela a servi à booster la recherche dans les laboratoires ? Début des années 80, on n’a pas su prendre la mesure de cette épidémie et les labos ne se sont pas mis sur le sujet sérieusement, ne se sont pas attelés à la tâche. Le Sida, « une maladie de pédés » jugée comme cantonnée à cette communauté (!) n’a sans doute pas été considérée comme assez juteuse. Le retard a été pris, fatal. Les années 90 ont été, ensuite, une hécatombe. Act up y est né.

Faute de faire avancer la recherche, Act up aura servi à alerter formidablement sur la nécessité à se protéger, boostant là, en revanche, c’est certain, l’action des autorités pour mettre en place des campagnes de prévention.
Et Act up a fondé une famille. Une famille où les séropos, les sidéens et leurs sympathisants (= qui souffrent avec) ont pû trouver la force de continuer, d’avancer, de garder espoir. Une famille où il faisait bon, où les regards étaient bienveillants, où on n’était pas un paria. Une famille où on se battait pour vivre.
Merci à Act up pour tout ça.

Par la mise en scène, la photo, les éclairages, le rythme, le montage, les acteurs*, le film saisit et emporte dans ce tourbillon de vie et de mort, de réflexion et de danse, de pleurs et de musique, de souffrance et d’amour.
C’est un film formidable à voir absolument.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsRésultat de recherche d'images pour "120 battements par minute IMAGES"

Robin Campillo (n’) a reçu (que) le grand prix du jury à Cannes cet été, la Palme d’or ayant été décernée à « The Square » de Ruben Ostlund.
Ca doit être bien. On verra …

* mention spéciale à Adèle Haenel dont je suis fan Résultat de recherche d'images pour "120 battements par minute IMAGES"

Marie-Noël

« Le Redoutable » de Michel Hazanavicius

Mai 68. Godard est à une période charnière de sa vie d’homme, de sa vie de réalisateur. Il a déjà tourné ses films majeurs dont le dernier en date « La chinoise ». Il cherche autre chose. Il est « en révolution » contre tout et surtout contre lui-même. Et il est amoureux d’Anne La Chinoise qu’il épouse. Godard est un monument et Anne l’admire et en est très amoureuse. Elle écrira cette époque et ce chapitre de sa vie  dans son livre « Un an après » qui aurait servi de trame au film d’Hazanavicius.
Ca donne « Le Redoutable » … une parodie de Godard, de son univers, de ses idées, de ses aspirations. C’est un film qui ne dégage  aucune énergie. On est la plupart du temps dans des appartements, dans la villa de Pierre Lazareff sur la Côte d’Azur au moment de « Cannes 68 n’aura pas lieu » semi traité. On se traîne … Même les scènes dans les amphis sont plombées ! Hazanavicius a choisi de faire une comédie, de tourner Godard en dérision. Pourquoi ? C’est quoi l’idée ? Un règlement de compte ? C’est insupportable, en fait. Un exemple : il était sûrement un peu « encombré » dans la vie pratique. Est-ce qu’il fallait lui faire casser ses lunettes 4 fois pour qu’on comprenne ? Il tombe, ses lunettes sont cassées, il se relève, myope, plissant les yeux, démuni (et là, Michel Hazanavicius, pour continuer sur la lancée, pourquoi pas tant qu’on y est,quelques pas de claquettes  ? ) Ou bien les scènes de dialogue JPG-AW au moment où le torchon commence à brûler, les sous titres pour nous dire ce qu’ils pensent vraiment en réalité !

Louis Garrel a bien travaillé le zozotement chuinté et le restitue parfaitement. Il semble ne penser qu’à ça. C’est un peu le problème : le film repose sur le défaut de prononciation et les blagues de Godard, la BA, quoi (Mr et Mme Nous ont une fille …). Encore un film qui se résume ou presque à sa BA ! Et ce qui est rageant c’est le portait d’Anne Wiazemsky par Hazavanicius. Ou est-il allé chercher cette évaporée si jeune et déjà éteinte. Il donne à  Stacy Martin un rôle sans consistance, sans aspérité, lisse, insipide qui ne correspond absolument pas à  Anne Wiazemsky ni à cette époque ni jamais.

Ce film est insignifiant, décevant. Mais je m’attendais à quoi au juste ?

Pourtant rIen n’aurait pu m’empêcher d’aller le voir. Très bonne promo.

« Bonne Pomme » de Florence Quentin

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Eh oui, j’y suis allée !
Je vais voir tous les films avec Gérard Depardieu. Je l’aime.

J’aime l’acteur et j’aime l’homme qui tend le bâton pour se faire battre, qui se suicide à petit feu en se jouant  » la grande bouffe » non stop, devenu quasi impotent, prenant des positions politiques plus que contestables, nouant des amitiés impossibles, provoquant le rejet.  Autant de signaux de détresse. Pas des appels au secours. Je pense qu’il ne veut pas être secouru. Il s’est lesté et a commencé sa descente depuis quelques temps …
En « Bonne Pomme », sur un scénario improbable, voire misérable, il est magistral dans le sens où il EST le garagiste … Et là, c’est très très fort !
Florence Quentin a eu pour ce film le (seul) talent de la distribution des rôles !  Le grand talent de choisir Gérard Depardieu pour le rôle principal et la chance qu’il l’ait accepté ! Pourquoi ? Qu’est-ce-qui fait que Gérard Depardieu accepte un tel rôle ? Il savait bien, au vu du scénario, que l’histoire n’allait pas loin, que tout ça était cousu de fil blanc … Florence Quentin le lui a sans doute vendu grace à sa belle carte de visite de scénariste mais quand même … Ce qui l’a décidé, c’est peut-être  la perspective de retrouver Catherine Deneuve ?
Catherine Deneuve … Elle est presque Barbara, la restauratrice malheureuse mais comme, hélas, le temps fait son œuvre et  qu’elle a écouté le chant des sirènes (personne ne songera à lui jeter la pierre : vieillir pour une actrice qui incarnait la beauté à l’état pur doit être un calvaire), elle porte, désormais, un masque inamovible, son visage est figé. Ca nous fait mal quand elle sourit … Alors, dans le rôle de la toujours virevoltante Barbara, imprévisible, souvent saoûle, spontanée …
Tous les seconds rôles sont bien tenus. En tête Chantal Ladesou que j’ai trouvée très bien en Mémé Morillon.
Les décors : c’est tourné à Flagy, Seine et Marne (sud de Fontainebleau) et que dire ? Rien. Ca ressemble à des villages qu’on connaît par ici. C’est moche.
Pour rester dans le Gâtinais, on note que la vaisselle du restaurant de Barbara, c’est du Gien, décor Oiseau de Paradis.

Marie-Noël

L’amant d’un Jour de Philippe Garrel (2)

Ariane, ce lumineux « objet » du désir. 

Commençons par Gilles, brillant professeur de philosophie qui enseigne à l’université, il se distingue par une mise un peu austère, dépourvue de fantaisie, sauf peut-être lorsque dans sa chambre, il porte un pyjama vintage qui, Ariane ne dira pas le contraire, serait assez sexy. Son appartement désuet, pauvre, surchargé contraste avec son statut. Sa conversation, rigoureusement sobre ne valorise pas sa culture. Il partage avec Philippe Garrel cette aversion de l’esprit bourgeois. (Ces gens qui arrosent sans vergogne, tout à la fois, leurs géraniums et les passants).

Depuis peu, il a fait la connaissance d’Ariane. Ariane, dans la mythologie, c’est le fil mais c’est aussi l’abandonnée. Pour l’heure, c’est une belle jeune femme de 23 ans, au visage grêlé de taches de rousseur, aussi libre que l’air. C’est une séductrice, c’est elle qui l’a dragué à la faculté…Un peu plus que ça d’ailleurs, puisqu’ils ont passionnément, si l’on en croit les soupirs et râles d’Ariane, fait l’amour debouts dans les W.C réservés au personnel. Ce n’est pas d’un romantisme fou mais ça crée des liens. Ils vont décider de vivre ensemble.

Impromptue, arrive Jeanne chez son père. Elle rentre chez papa Gilles car son fiancé l’a quittée. Elle pleure et ses râles rappellent un peu ceux d’Ariane. Jouissance et douleur que deux plans rapprochent.

Lorsque Jeanne rencontre Ariane pour la première fois, au petit matin, dans la cuisine, elle lui dit : « tu es moins belle que ma mère » puis elle s’excuse. L’une et l’autre ont le même âge, elles vont devenir amies. C’est une amitié où l’une est rivale à son  insu comme à l’insu de l’autre. Bref, Ariane est entière, Jeanne est ambivalente.

Ariane est joyeuse, Jeanne est triste. Ariane aime, cependant, elle ne se pose pas de questions sur l’amour et de la durée de sa grâce, elle aime ; de même elle n’assortit pas son désir sexuel du besoin d’aimer ou d’être aimée. Quant à Jeanne abandonnée et absolue, elle veut un homme et un seul pour la vie, pas n’importe lequel Matéo, celui qu’elle a perdu.

Tout est en place, il n’y plus qu’à laisser les choses aller… et les choses vont. Gilles produit une théorie soixanthuitarde sur la liberté sexuelle et la pérennité de l’amour. Ariane comprend alors qu’elle ne pourra pas rester avec lui. (Je me rends compte que pour ce film, il aurait fallu noter la voix off). Elle se lance dans les rencontres, les flirts et les amours d’un jour. Et alors ce sont les gémissements, les râles d’Ariane sans Gilles. Là encore des plans qui se répondent (aux deux sens du terme). Mais alors quel est le plan de Gilles ? Réussir à échouer. Parce que ce qui le marque, c’est l’abandon,  quelque chose comme passer de 1 à 2 puis de 2 à 1 avec toute la souffrance qui va avec, jouissance et douleur. Mais pourquoi peut-on s’autoriser à dire cela ? C’est un peu sauvage non ? Pour deux raisons, la première est l’écart d’âge entre ces deux-là 23/50. La seconde, lorsqu’on a vu la trilogie, on observe qu’elle est entièrement traversée par cette question de l’abandon. Le sentiment d’abandon ce sentiment qui consiste parfois à anticiper, à voir dans autrui le lâcheur potentiel, celui qui va vous laisser seul… Et à tout faire pour rendre la situation conforme à la prédiction.

Mais revenons à Jeanne toute à son chagrin dans sa pureté amoureuse quoi qu’entachée de calculs. Par rivalité, elle met en place une stratégie d’élimination d’Ariane et en même temps de reconquête de Matéo. En fait, on découvre que Matéo ne l’a pas quittée, tout simplement, il n’a pas de projet avec elle, il ne se sent pas mur. D’où Jeanne déduit « il va me quitter, » donc « il m’a quittée »– Là encore abandon par anticipation — Avec un peu de manipulations d’Ariane, (photo d’une revue porno, faux appels téléphoniques, faux suicide, entremise) elle va obtenir de faire entrer Matéo et papa dans le droit fil de ses projets. Jeanne a aussi des désirs moins clairs, ellle aurait par exemple aimé faire des choses un peu moins sérieuses avec un jeune Don Juan de ses amis. (La voix off nous dit qu’elle décide de faire l’amour par procuration). Et c’est Ariane qui va s’y coller, si l’on peut dire.

Comme dans une sonate, réexposition du thème de la jouissance, Ariane et Don Juan, devant les WC. Je ne sais pas pourquoi les WC, mais chacun est libre. Gilles la voit. Ce sera la rupture pour Gilles qui se rend compte qu’il ne pourra pas vieillir avec Ariane… mais pourra compter sur sa fille et Matéo pour le consoler.

Alors Ariane abandonnée ? Ariane un nom, un destin et ce n’est pas forcément triste…Ariane, ce lumineux « objet » du désir, lire Marie-No.

« L’Amant d’un jour » de Philippe Garrel

primé en 2017 à la Quinzaine des Réalisateurs
Du 31 août au 5 septembre 2017
Soirée débat mardi 5 à 20h30

Présenté par Georges Joniaux
Film français (mai 2017, 1h16) de Philippe Garrel avec Eric Caravaca, Esther Garrel et Louise Chevillotte
Distributeur : SBS Distribution

Synopsis : C’est l’histoire d’un père et de sa fille de 23 ans qui rentre un jour à la maison parce qu’elle vient d’être quittée, et de la nouvelle femme de ce père qui a elle aussi 23 ans et vit avec lui.

C’est un vrai bonheur ce film ! Un régal pour les yeux et une mélodie de chaque instant. J’aime le cinéma de Philippe Garrel et j’aime cet homme qui aime les femmes et les comprend bien, finalement. Ca a dû être un long chemin et rien n’est gagné, mais il les comprend, et son coeur transparent …
Et ses acteurs ! Eric Caravaca (Waouh!), Ester Garrel, Louise Chevillote. Le charme incarné. Trois fois. Sans oublier, Felix Kysyl … Petit rôle mais une vraie présence !
Au contraire du spectateur qui disait à Georges à propos du personnage d’Ariane que les femmes n’étaient pas comme ça, je pense, moi, que les femmes sont comme ça.
Comme Ariane
Comme Jeanne aussi
Ariane (Louise Chevillotte) le dit très clairement quand elle parle avec Jeanne, de la fidélité. Les hommes sont naturellement infidèles et naturellement ne supportent pas que les femmes le soient. Alors la clé c’est d’être, de faire et de ne rien dire. En même temps, ne rien dire … Les femmes resteront donc fidèles par nature et les hommes infidèles par nature ? Ariane est un Dom Juan, Gilles (Eric Caravaca) le sait et est bien placé pour la reconnaître, ayant été lui même séducteur et avouant avoir fait souffrir tant de femmes « qui ne le méritaient pas » . En voilà une réflexion intéressante … Quelles femmes le méritent, donc ? Les séductrices ? Ariane ? Elle a failli souffrir par Jeanne (Esther Garrel). Désemparée devant l’amour paternel et filial contre lesquels elle ne peut pas lutter. Obligée de les accepter.
Ariane se fait « pincer »en flagrant délit d’infidélité et Gilles ne supportent pas ce qu’il voit. Il ne demandait qu’une chose : ne rien savoir, ne rien voir. Faire l’autruche tranquillement. Il est fatigué, Gilles, il voudrait maintenant vieillir en harmonie à côté d’une femme qu’il aime et qui l’aime. Il est marrant, ce Gilles ! Il voudrait construire en accéléré ce qu’il a passé sa vie à déconstruire au jour le jour. Et, en plus, il choisit Ariane pour ses jours paisibles ! Mais c’est elle qui l’a mis dans sa toile, elle qui a jeté ses filets sur lui et a réussi à le « pêcher ». Il est pris et sera relâché quand elle le décidera. Ariane qui baise debout, où elle veut, sur le champ. On remarque que les deux scènes de plaisir, celle avec Gilles et celle avec Stéphane (Felix Kysyl)  sont exactement les mêmes. Cadrées pareil, mêmes éclairages, mêmes râles, mêmes soupirs, même visage extasié d’Ariane … C’est elle qui orchestre. C’est sa jouissance à elle qui importe. On revoit la scène de repos après l’amour Ariane-Stéphane allongés sur un lit, nus à peine recouverts d’un voile. Scène d’une beauté picturale bouleversante. J’ai pensé à un tableau, je le vois … (mais je n’arrive pas à retrouver lequel !) De nombreuses scènes du film mériteraient des arrêts sur image tant la photo est belle, les gris lumineux. Et le rythme nous emmène, dans la danse aussi quand Philippe Garrel filme Ariane et Jeanne tournant, chaloupant, jeunes, aériennes, légères et gracieuses.
Ariane est égoïste, libre . Elle a eu pour modèle « un père qui divorce » et « une mère qui s’en fout ». Elle est libre d’être son propre modèle. Une chance.
Et puis il y a Jeanne (Ester Garrel) … Alors filmer comme Philippe Garrel la détresse d’une femme quittée, chapeau ! Jouer ces scènes comme Esther Garrel, avec autant de vérité, chapeau ! Le déni, l’obsession, la folie, la perte de contrôle, l’envie de tout arrêter, le besoin d’espionner, de harceler, le visage transformé par la douleur, l’abandon de soi … Je n’ai jamais vu cette situation sentimentale aussi bien traduite au cinéma. Jeanne imagine, interprète, s’embrouille, doute de tout, d’elle-même surtout. Pas de chance.

Si j’avais su, si j’avais pu, je serais allée voir le film, en plus, aux autres séances, pour en profiter encore davantage.

Marie-Noël

 

Un vent de Liberté Benham Bezhadi,

Vu à  Fontainebleau : Voici un film rare, ne serai-ce que par sa durée, 1heure23. Aller voir ce film, c’est tout de suite se sentir dans l’atmosphère familière des Cramés de la Bobine, son cinéma du monde, la place faite au cinéma iranien qui est souvent un cinéma remarquable. Ce qui manque hélas, c’est le public des cramés. Peut être en avez-vous lu la présentation, peut-être avez vous lu dans Télérama un article de Frédéric Strauss qui commence ainsi :

 « Sous une cloche d’air pollué, Téhéran s’affaire, comme n’importe quelle métropole. La belle Niloofar, 35 ans, y vit heureuse, en femme urbaine d’aujourd’hui. Elle veille sur sa vieille mère, organise le travail des ouvrières de son atelier de couture, passe chez le garagiste pour faire réparer sa voiture et trouve le temps de flirter avec un homme charmant. Mais quand les médecins ordonnent à sa maman d’aller respirer le bon air de la campagne, tout change pour Niloofar. Son frère et sa soeur décident qu’elle partira, elle aussi ; son atelier sera vendu. Et elle n’a rien à dire ». 

La toile de fond du film c’est Téhéran, elle nous apparaît  voilée dans sa pollution, n’importe quel coup de vent serait un vent de liberté, ne serait-ce que celle des voies aériennes de ses habitants. Et ce voile-là, qui recouvre les grandes villes du monde, n’est pas islamique. Il sacrifie à un autre dieu sur un autre hôtel. Voici le temps du grand embouteillage de Comencini, à dimension planétaire. Partout, pour se transporter dans les grandes villes, tout est organisé d’une manière « rationnelle », pour que chacun se déplace muni d’une tonne et quelque de ferraille autour de lui et roule, dans le meilleur des cas, à la vitesse moyenne d’une bicyclette de facteur. Il y a eu le siècle des lumières qui fut celui des idées, comment appellera-t-on le nôtre ? C’est un mérite du cinéma et de ce film de ne pas craindre de montrer quelques secondes ce genre d’interrogation en toile de fond.

On ajoutera dans  «un  vent de liberté », l’omniprésence du téléphone portable. Finis les héros fumeurs, la fumée est partout désormais, alors voici venir celui des téléphoneurs, le temps de ceux qui sont sans cesse sonnés ou en attendent de l’être… Le temps des portables. Voici pour le décor, l’air du temps pourrait-on dire.

Demeure le film, à Prades, Jean Pierre Améris remarquait le rôle dévolu à certaines personnes dans les familles, celle qu’on peut railler et qui ne dit jamais rien, celle que l’on charge de tout et qui se sacrifie sans faire d’histoire. Bref,  le rôle et l’usage des bonnes pâtes .

Ajoutons aussi que partout dans le monde, des filles, souvent plus très jeunes, « se sacrifient » pour leur mères vieillissantes, c’est un fait sociologique documenté.

Alors, Benham Bezhadi,  nous montre un sujet universel. Et c’est à Niloofar, le rôle principal, interprété par la remarquable Sahar Dolatshahi, à qui était dévolu le rôle de sacrifiée d’office. Mais, elle a de la trempe et du panache. Alors, comment va souffler le vent de liberté ? C’est le sujet même du film. J’ajouterai que le rôle de Niloofar dépasse le sujet en nous faisant entrevoir  ce vent de liberté, qui souffle ici comme ailleurs, sur la société iranienne. Ce film aux contenus parfois dramatiques a quelque chose de résolument  optimiste et réjouissant. Au total, les bons films de juillet et d’août existent, j’en ai rencontré.

Lola Pater de Nadir Moknèche

Synopsis :  Fils d’immigrés algériens, Zino a grandi persuadé que Farid, son père, les a abandonnés, sa mère et lui. A la mort de cette dernière, il apprend par le notaire que Farid n’est pas retourné en Algérie, mais qu’il réside encore en France, quelque part en Camargue. En plus, contrairement à ce qu’il croyait, ses parents n’auraient jamais divorcé. Décidé à en savoir plus, Zino part en moto sur les traces de son père dans le Sud de la France. A l’adresse de celui-ci, il rencontre Lola, professeure de danse orientale. Cette dernière finit par lui avouer qu’elle est Farid. Zino a du mal à l’accepter.

Vu à Fontainebleau :  Ce drôle de film  Lola Pater qui doit déranger, qu’on prend avec des pincettes et qui suscite parfois des polémiques, par exemple, je tombe sur celle du « Causeur» . Il reproche à «Libération» de préférer pour ce rôle un « LGBT*  à une comédienne douée ».

Du coup, j’ai lu l’article de Jeremy Piette dans «Libération», il mérite mieux que ça, je vous le recommande. «Le Causeur» en a coupé beaucoup (sans mauvais jeu de mot).

Alors filons au «Monde» et lisons Thomas Sotinel : « Pour Fanny Ardant, la question se pose autrement. Son visage, son corps sont intimement liés à une série de portraits de femmes…nos souvenirs de cinéma lui ont construit une biographie imaginaire dans laquelle le passé masculin de Lola peine à trouver une place. Mais l’imagination (ou le manque de) est un trait individuel, et cette incapacité à croire à l’histoire de Lola n’affectera pas tous les spectateurs ».

Avec la question du sexe des transsexuels, nous avons la question du sexe des anges que nous pouvons ! Et c’est curieux de voir comment le cinéma s’est emparé du sujet, plus de 70 films lui sont consacrés, et tenez-vous bien, il y en a un qui date de 1954, mais attention, jusque dans les années 80, il s’agit souvent de travestis et non de transsexuels, ou alors de transsexuels à leur corps défendant, bourrés d’œstrogènes, ou opérés « à l’insu de leur plein gré », et le genre de ces films est souvent comédie ou film d’horreur. Or, la consécration, le sérieux, c’est le drame. Et pour ça, « les trente glorieuses » du film sur les transsexuels, ce sont les années 1990 à 2010, leur production/distribution en belle courbe de gauss …16-32-16… en atteste.

Et Lola Pater là-dedans, dans cette production, doit certainement être honorable. Regardons cette Lola, si Fanny Ardant ajoute à l’ambiguïté pour les raisons que donne Thomas Sotinel, son personnage en rajoute par construction. Il y a du sel, d’abord Lola est algérienne, artiste, elle vit avec une femme qui l’aime. Ensuite, elle est père d’un enfant dont elle a été tôt séparée, au moment où elle a choisi de devenir femme.  Elle est amenée à le revoir alors qu’il est devenu un beau grand jeune homme. Lola a cette souffrance des exilés, elle l’est à différents titres.  Fanny Ardant, subtile, sait nous faire sentir ça. Mais tout se passe  comme si la souffrance de cet être n’était que sociale, comme si la dimension psychique du transsexualisme ne tenait au fond qu’au regard des autres… et Lola, ce père qui renvoie le regard de son fils,  avec les doux yeux d’une mère fatiguée qui retrouve sa progéniture, ne nous cache-t-elle pas le regard qu’elle porte sur elle-même, sur cette souffrance essentielle, en son for intérieur (qui ne s’explique pas seulement par les autres, ici et maintenant).

Et je me demande si les« trente glorieuses » en question n’ajoutent au déni de la souffrance psychique avec cette manière de traiter du transsexualisme,  et si Lola Pater n’ajoute pas à ce déni.

Mais sinon, c’est un film qu’on peut voir, il est plutôt honnête et bien fait, on ne s’ennuie aucunement et puis… Il y a Fanny Ardant, très bien entourée.

 

*Si vous êtes ignorant comme moi, vous découvrirez cette catégorie fourre-tout, LGBT (Qui confond les questions d’identité et d’apparence avec les pratiques sexuelles) soit : Lesbienne, gay, bisexuel, et transgenre.