A serious man-Retrospective des Frères Coen (3)

A serious man

Les films des frères Coen (pour les 3 que j‘ai vu), se prêtent peut-être particulièrement bien à une interprétation ou une lecture « méta.. », à une projection subjective d‘un éventuel « sens » au fond de la perception plus ou moins immédiate des images et des sons.

« A serious man » débute avec une scène d‘apparence peu en relation avec le reste du scénario : par un temps d‘hiver un jeune homme revient à la maison d‘une sortie au stettl (« mir », village juif en Europe de l’est). Sa femme, le bébé sur le bras l’attend devant le feu ouvert. l’homme raconte qu’il a rencontré le rabbin Groshkover et qu’il l’a invité à prendre la soupe. Sa femme lui repond que Groshkover est mort depuis trois ans. Elle en est sûr. Mais on frappe à la porte et Groshkover apparaît dans l’ouverture. La femme est persuadée qu’il s’agit d’un « dibbouk » et finit par lui planter un pic à glace dans la poitrine. Groshkover-dibbouk dit à voix basse « on sent quand on n’est pas désiré », sort et disparaît dans la nuit hivernale.

Dibbouk ou dibuk : selon le folklore yiddish le méchant esprit d’un être mort qui torture une personne à laquelle il s’est attaché (documenté depuis le 16e siècle). L’ethnographe, journaliste et écrivain Sh. An-Ski 1, créa une pièce de théâtre (en russe et en yiddish): « Le Dibbouk », qui a eu sa première à Warsowie en 1920, un mois après la mort de l’auteur. En 1937 le très prolifique réalisateur et producteur polonais Michał Waszynski2 fait sortir la pièce au cinéma. Le Film est peut-être le plus élaboré, probablement le plus connu des films en yiddish et une référence aussi pour Joel et Ethan Coen3. Chez Anski (et dans le folklore) l’esprit de l’amant – mort de chagrin car refusé par le père de sa fiancée – incube celle-ci qui se refuse à un mariage « plus avantageux », et se meurt. De chagrin, on dirait, mais pour son entourage le dibbouk l’a fait mourir. Tous acceptent l’insuccès du rituel de l’exorcisme, ils subissent l’autorité du dibbouk comme celle du père avant. Chez les Coen – différence significative – le dibbouk n’est pas l’esprit invisible d’une personne morte qui s’attache aux vivants mais – pour la jeune femme – celui qui apparaît vivant bien qu’elle le sache mort. Le dibbouk malfaiteur fait partie de son savoir. Elle sait quoi faire, elle agit brutalement. A-t-elle chassé le dibbouk ou tué le rabbin? Où l’impulsion courageuse mue par la connaissance de faits et nos « croyances » nous mènent  sinon au doute et aux angoisses ?

Le film nous conduit ensuite dans une sorte de « garden city » où des villas modestes, quasi uniformes, espacées par des surfaces de gazon, prêtent une vue calme, rangée, voire ennuyeuse. Joel et Ethan Coen, semble-t-il, ont grandi dans une telle cité-dortoir près de Minneapolis, 400 km au sud du Canada sur le Haut Missisippi dans les années 1960, du temps de la sitcom F troop à la télé (une farce de la guerre nord-sud de 1860) et du groupe rock « Jefferson Airplane ». Leur mère enseignait l’histoire d’art au St. Cloud State College, leur père l’économie à l’Université de Minnesota. Le scénario nous fait entrer dans le quotidien de ce voisinage, en particulier dans une famille juive peu pratiquante. La mère Judith qui se prépare et prépare son mari à divorcer pour vivre avec le meilleur ami des deux qui a perdu sa femme (mais l’ami meurt dans un accident de voiture), le père Larry, professeur de physique en attente de sa « tenure » (poste à vie), surpris par les propos de sa femme et leur ami Sy, la fille Sarah adolescente préoccupée par sa coiffure et ses sorties avec des copines, le garçon Danny qui prépare sa bar-mitsva en apprenant par coeur un passage de la Torah à l’aide d’un disque vinyle, se querelle avec sa sœur et fume des joints. Pendant le cours d’écritures hébreu au collège juif, qui ne l’intéresse donc pas, il écoute une cassette de Jefferson Airplane. Il se fait surprendre et voit son petit appareil confisqué. Ce qui l’amène, en compagnie d’un camarade à un cambriolage nocturne du bureau du professeur – sans succès.

On suit également le père à son lieu de travail (au tableau noir des équations, le chat de Schrödinger, illustration de la « relation d’incertitude » de la mécanique quantique et de l’intervention rien que par l’observation : l’observateur l’agent de vie et de mort du chat ?). Larry, bouleversé par trop d’adversités dans l’actualité de sa vie (plus ou moins graves, drôles ou moins drôles), « gentiment » expulsé par Judith et Sy au Motel à côté, se demande naïvement où est sa faute. Doutant désespérément de lui-même et conseillé par Judith,  il se tourne vers les autorités religieuses. Le rabbin junior, ensuite le vieux rabbin lui servent des réflexions de farceurs sur Sa volonté (celle de Dieux) épicées par des observations banales réalistes et « hyperréalistes »4 – version dérisoire des sophismes talmudiques salutaires d’un rabbin Small5. Ce qui fait penser et objecter Larry : ne suis-je pas un homme sérieux ? Sa recherche dans cette voie se termine par le refus de sa Sagesse Suprême, le vieux rabbin Marshak, de le recevoir. Je suis tenté de penser à une « théologie » qui reconnaît dans les édifices religieux un noyau « anti-autoritaire » qui renvoie les humains à leur organisation du social et une personne à « maîtriser son destin ».

Épisode culminant du film : la mise en scène de l’initiation liturgique (du grec leitourgia : « le service du peuple ») du jeune homme, sa bar-mitzva, la célébration de sa majorité religieuse. La grande synagogue dans toute sa splendeur du chabbat. Le jeune homme – nous savons qu’il ne sait pas lire – crée un doute, un silence pénible dans le rond de la salle pleine sur tous les rangs jusqu’à ce qu’un des anciens commence à entonner le passage de la semaine de la Bible sur lequel on lui a mis le yad, le pointeur qu’il tient. Il peut alors poursuivre avec ce qu’il a appris du disque et à la fin la cérémonie a élevé, semble-t-il, les esprits de l’ensemble des convives notamment ceux des parents.

Suivant la coutume Danny a encore à se rendre à l’étude du même Rabbin Marshak, incarnation de la sagesse suprême, qui n’a pas voulu recevoir son père. Il entre, le pas hésitant dans le cabinet meublé à l’ancienne, et s’assoit en face du vieux vénéré silencieux derrière son bureau sous le tableau du Caravage «le sacrifice d’Isaac »6. Aprés un long silence, le rabbin tire de son tiroir – l’enregistreur de cassette confisqué par le professeur, cite les noms des membres du groupe et la phrase de la chanson d’amour de Jefferson airplane « quand la vérité se révèle étant des mensonges » (when the truth is found to be lies), pousse l’aparail vers Danny et prononce la quintessence de sa sagesse : soit un garçon bien. Voilà la chute dramaturgique de la séquence rabbinique du film, de l’excursion théologique.7

Et après ? Oh oui, doutes et angoisses persistent, des adversités bien pire menacent  l’homme sérieux et ses proches : un éventuel diagnostic médical fatidique, le champignon noir d’un tornado qui s’approche, mais le film s’arrête là. Sauf pour la bande-son qui fait écouter une chanson entrée dans le « patrimoine » folklorique du yiddish avant la première guerre : « Dem Milners trern » (Les larmes du meunier), texte et musique (l’accompagnement au piano rappelant les chant du meunier de Franz Schubert ?) de Mark Warshawsky8, interprété par le chanteur Sidor Belarsky9. Voici la traduction des paroles :

O combien d’année sont passées
Depuis je suis meunier ici
Les roues tournent
Les années passent
Je deviens vieux, ridé et gris

Il y a des jours
Je voudrais me souvenir
Je n’ai eu qu’un peu de bonheur

Les roues….
Je n’obtiens aucune réponse
J’ai entendu dire
Qu’ils veulent m’expulser
Loin d’ici et de mon moulin

Les roues…

Exclu du bonheur
Je continue à vivre
Sans femme, sans enfants – seul ici

Les roues…

Où vivrai-je ?
Qui prend soin de moi ?
Déjà je suis vieux
Déjà je suis fatigué
Les roues tournent
Les années passent
Je deviens vieux, ridé et gris.

L’auteur de la chanson a voulu évoquer, paraît-il, l’expulsion des juifs de la Russie « proprement russe » vers les provinces conquises, périphériques de l’empire tsariste.

A serious man – un essai sur le doute, les angoisses ? Deux ingrédients de la vie en particulier présents dans l’héritage juif – et pour cause. Mais quelle différence entre l’atmosphère jadis en Europe de l’est, celle de « Dem Milners Trern » et celle du Minnesota des années 1960, celle de l’izba du jeune couple et celle de la synagogue pleine à craquer de convives. « A serious man » – une personne sérieuse – n’est-ce pas de chercher le dibbouk, l’esprit néfaste en nous, en nos actes ? Affronter les aléatoires de la vie, les angoisses, sachant que vouloir être « quelqu’un de bien » ne réussi pas toujours vu l’irrationalité dans le monde, dans nous-mêmes et parfois nous conduit a compromettre (un peu?) le Serious man10?

NB :  vous pouvez vous reporter aux notes placées dans « Commentaire ».  Blog Cramés.

« The Square » de Ruben Östlund

Palme d’or au Festival de Cannes 2017Du 30 novembre au 5 décembre 2017Soirée débat mardi 5 à 20h30

Film suédois (vo, octobre 2017, 2h22) de Ruben Östlund avec Claes Bang, Elisabeth Moss et Dominic West

Distributeur : Bac Films

Présenté par Marie-Annick Laperle

Synopsis : Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle.

——————————————————————————————

J’ai attrapé The Square sans me demander par quel angle, de quel côté franchir la ligne.  Le film m’a saisie et j’ai plongé dedans.
Le film commence par la mise en place de la nouvelle exposition qui chasse la précédente, figurative, déjà has been, les cordes lâchent et font s’exploser l’oeuvre au sol, à l’endroit précis où sera exposé en suivant The Square et dans lequel, pour créer le buzz, des publicitaires fallacieux imagineront une scène virtuelle d’une indescriptible cruauté. L’Art contemporain est précaire et remplaçable à tout instant par du plus insolite, du plus actuel, du plus étonnant. Que restera-t-il de ces expositions ? Quelles œuvres seront gardées ? Lesquelles seront jetées ? Ce n’est pas seulement une histoire de marketing. Le temps et l’énergie consacrés à l’œuvre d’art avant qu’elle ne soit consacrée par la critique et passe à la postérité sont-ils essentiels ? J’avoue m’être déjà posé cette question devant certaines « oeuvres » qui semblent pour le moins sommaires. Les tas de gravier au Royal Museum suédois fait cet effet. On se pose la question si on serait capable de disposer dans le même espace des tas exactement pareils à intervalles très précisément identiques .  Bien sûr que oui ! Seulement c’en est l’idée qui ne viendrait pas. Sinon pour disposer l’oeuvre, il y a des bras « vulgaires »  et gare à ceux s’ils ne la respectent pas ou l’abîment ! Ruben Östlund se moque des excès de zèle et la prosternation devant ce qui est parfois de simples tas ce cailloux, montrant Christian, directeur du musée et son assistante se transformer, en douce, en« petit personnel » pour réparer la « catastrophe » engendrée par le vrai « petit personnel » pour qui le slalom pour nettoyer entre ces tas est chaque jour une épreuve à gagner avant l’arrivée en poste de la gardienne de salle et son regard acéré ! Tout ça est totalement absurde. Comme sont absurdes et ridicules les discours et postures de « décideurs » en place !

Mais l’Art moderne contemporain ce n’est pas ça, on le sait bien pour avoir déjà été ému aux larmes devant un tableau, une sculpture, une photo … d’un artiste contemporain.

Le film pose la question de la vulgarisation de l’Art au sens de « mise à la portée du plus grand nombre ». Les musées montrent des œuvres modernes mais les œuvres d’Art contemporain leur sont de moins en moins  accessibles, passant souvent de la galerie branchée à la collection privée. L’argent achète la beauté. C’est aussi ça que dénonce Ruben Östlund.

Le film brosse un tableau grand format des fossés creusés entre les hommes, figures inversées des tas de graviers, et tout aussi intouchables, immuables. Jusqu’à ce qu’une grande balayeuse passe.
La catastrophe est naturellement prévisible et annoncée.

Le film est un jeu de pistes qu’on pourrait toutes, tour à tour, explorer, dont on pourrait décrire et commenter toutes les étapes devenues autant de tableaux contemporains.
Je me suis posé la question : « Combien, jusqu’où l’Art contemporain doit-il puiser dans le classique, pour me plaire ? Et où sont les barrières de ma confiance ?  »

Magnifiquement orchestré, mise en image, mise en scène époustouflantes, sur fond de musique classique « vulgarisée », dans une très belle version contemporaine.

Je trouve que ce film est en lui-même une oeuvre d’art. Celle là on la tient, on la garde et on lui décerne, évidemment, une Palme d’or.

Marie-Noël

retrospective des frères Coen (2)

 

 

Des frères Coen, comme beaucoup d’entre nous, j’ai vu certains de leurs films plusieurs fois, sur grand écran et à la télé. Mais un festival, un grand écran dans une belle salle, c’est autre chose vraiment. Ajoutons, voir ces fims à la suite, présentés, commentés, éclairés par Thomas Sotinel, critique de cinéma au journal Le Monde, pour le public des cramés de la Bobine à Montargis et pour l’amour du cinéma, c’est inespéré.

Ce que je note sur ces six films, c’est que nous avons vu des personnages qui souvent, à la suite d’un malentendu, se retrouvent pris à leur corps défendant, dans l’enchaînement de situations absurdes qui ne pouvaient être autrement, fatales en somme. Situations qui sous le coup des passions prennent des formes de quiproquo, d’erreurs de jugement, de carambolages à la façon billard, et de heurts voire de chaos. Tout finit par aller pour le mieux quand chacun des personnages, est comme le souligne le cow-boy (Sam Elliott) dans The Big Lebowski, exactement à sa place, tel le Dude.  Mais dans le cinéma des frères Coen ce n’est que rarement le cas.

Dans Blood Simple (Sang pour Sang), la jalousie et le dépit meurtrier de Julian, de faire disparaître sa femme et son amant produisent un enchaînement de violence meurtrière dans la confusion la plus totale. Dans Barton Fink le jeune auteur de théâtre accepte de travailler à Hollywood, cette machine à produire des rêves à la chaîne. Barton y est franchement décalé, il a accepté un rôle qui n’était pas le sien. Dans son hôtel désuet, il a Charlie Meadows pour voisin…Hollywood, c’était un peu tenter le diable. Burn after reading est une tentative de chantage stupide qui s’agrège à une conjonction de petites transgressions et de mensonges ordinaires formant un imbroglio inextricable qu’une seule, absurde et sage décision de l’officier de la CIA finit par dénouer. A serious man est plus tendre, c’est celui que je préfère, mais non le moins désespéré, ce pauvre Larry se retrouve dans une sorte de maelstrom.  Le festival se termine par Inside Llewin Davis, et là vous avez lu Marie-No, plombant et superbe à la fois, mais dans ce film on voit un homme qui a prise sur les choses…comme on a prise sur une savonnette mouillée, il est vrai.

Les films des frères Coen nous montrent  des personnages  un peu faibles, parfois stupides, parfois moches. Seuls les personnages « syntones » s’en tirent plutôt mieux et ils sont rares…et encore! prenons ce pauvre Larry, c’est Job !  Mais, s’en tirer où non dans le monde des frères Coen où la loi de l’emmerdement maximum règne, n’est pas le plus important, l’essentiel  c’est d’être élégant.  Les personnages, sincères, en harmonie avec eux-mêmes sont élégants.

PS : je me relis ce matin, j’oubliais, comme si c’était normal, tellement c’est habituel chez eux, et pourtant rare dans l’ensemble, l’humour… et l’humour est rare et le leur épatant . 

Rétrospective Ethan et Joel Coen

Même si on espérait une fréquentation plus forte, ce WE a été une réussite et on remercie particulièrement Thomas Sotinel et sa « personnal assistant » Françoise et tous ceux qui ont organisé cet événement et y ont participé.
Ces 6 films ont permis à ceux qui, comme moi, ne connaissaient pas bien le cinéma des Frères Coen, de s’en faire une idée plus précise.
Faut quand même se cramponner et on a un petit travail sur soi, après, pour re-positiver…

Si on me demandait mon palmarès, je dirais
1. The big Lebowski              régalant
2. Burn after reading           désopilant
3. A serious man                    plombant

« Inside Llewyn Davis », je l’avais bien aimé à sa sortie … Question musique, la folk, ça n’a jamais été trop mon truc mais, dans les années 60-70, tous les chemins passaient par la folk. Et même quand cette musique plait, ce qui tue l’amour, c’est la traduction des textes ! Le producteur voit tout de go que la reine morte en couches n’est pas vendeur. Tu m’étonnes ! Il ne faudrait pas avoir les traductions. Je continue à trouver formidable  la peinture de la grande époque  de Greenwich par les Coen. Cette époque où l’avenir restait  grand ouvert et où on pouvait se payer le luxe de choisir la misère.
Llewyn continue à me fasciner par sa volonté, son entêtement à créer, son urgence quotidienne à survivre, son dénuement, son abnégation. Son choix. Pour autant, c’est son égocentrisme qui est le plus fascinant. Il ne s’encombre jamais longtemps de problèmes posés sur sa route. Le chat en est l’illustration : ce n’est pas Ulysse donc pas le chat des Goldfein où il y a de la moussaka et où il fait bien chaud, à l’occasion, donc bye bye le chat, abandonné avec l’impotent dans la voiture, sous la neige. Il est comme ça Llewyn, il trace sa route et tant pis pour les dégâts collatéraux. De tous les personnages des Coen, on finit, tôt ou tard, par voir les travers et le côté suffisant, odieux de Llewyn surgit aussi quand il tacle la femme, plus très jeune, qui chante « sa ballade » comme au temps des ménestrels en s’accompagnant d’une cithare, ou autre instrument « in » de l’époque. Ca le fait hurler, « notre » Llewyn. Elle n’a, selon lui, pas sa place dans le « vaste monde de la création » qu’il réduit en quelques mots à son « petit monde de la création ». Lui crée, pas elle. Ou bien il ne veut pas se regarder en face ? Un p’tit moment de doute alcoolisé et hargneux qui lui vaudra, après un grand tour de piste, revenu au point de depart, une bonne raclée.

30 ans plus tard, le folk a fini par accoucher du rap. On évolue et maintenant entre un beau texte de rap ou une complainte folk, je choisis le rap. Qui l’eut cru ?

Est-ce que je me fais aujourd’hui, comme prévu, un after avec O’Brother, emprunté à la Médiathèque ? Je vais voir …

Je me regarderais bien une bonne comédie italienne, aujourd’hui, moi …

Marie-Noel

« L’Atelier » de Laurent Cantet

 

 

Du 22 au 28 novembre 2017Soirée débat mardi 28 à 20h30
Film français (octobre 2017, 1h53) de Laurent Cantet avec Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach et Mélissa Guilbert

Distributeur : Diaphana

Présenté par Jean-Pierre Robert

Synopsis : La Ciotat, été 2016. Antoine a accepté de suivre un atelier d’écriture où quelques jeunes en insertion doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière connue. Le travail d’écriture va faire resurgir le passé ouvrier de la ville, son chantier naval fermé depuis 25 ans, toute une nostalgie qui n’intéresse pas Antoine. Davantage connecté à l’anxiété du monde actuel, il va s’opposer rapidement au groupe et à Olivia, que la violence du jeune homme va alarmer autant que séduire

Ils sont huit. Sept + une. Une + sept : une femme écrivaine reconnue, en vogue, qui bouge un cil et son éditeur accourt, et sept jeunes en devenir, personne ne sait encore de quoi. Sept individus ayant pour seules richesses leurs talents encore partiellement ou totalement ignorés et leur jeunesse. Ils ont en commun d’être sur les chemins de traverses fréquentés à leur âge, rallongés encore pour s’adapter à cette époque, et d’être déjà peu ou prou tous résignés. Ce portrait de groupe est très réussi. On se place avec eux et on les regarde se « risquer » à l’écriture. Rien ne leur est moins naturel que de parler, d’inventer, de raconter, de se raconter, d’exister, d’écrire, tout ça devant Olivia, cette écrivaine bobo, branchée, impeccable en toutes circonstances et ce n’est pas la chaleur de l’été à la Ciotat qui pourra la faire transpirer. Les deux jeunes filles, Malika et Lola, sont les plus spontanées, elles y vont quoi ! Puisqu’elles sont là, elles participent. Pas inhibées, pas soumises, elles se placent au soleil du regard d’Olivia et ça fait plaisir à voir. Les cinq garçons, eux, choisissent l’ombre, a priori, la passivité, rejettent plus ou moins ouvertement l’idée de participer à ce projet d’écriture de ouf. On les a mis là, c’est tout. Ils ont l’intention d’attendre que ça se passe. Fadi, Etienne, Benjamin et Bouba qui prévient d’entrée de jeu qu’il fait même des fautes d’orthographe quand il parle, alors écrire !
Et puis il y a Antoine. Le film zoome sur Antoine et on apprend son visage changeant, son esprit manipulé, son humanité endormie, sa force bouillonnante camouflée. C’est un beau jeune homme, Antoine. Tout se passe comme s’il se forçait  à ne pas réfléchir, comme s’il s’évertuait à être un autre. Il cherche sa place et trouve sur son ordinateur, ceux qui le rassurent sur l’avenir, ceux qui veulent le  guider vers un futur encadré où on n’a pas peur, où les armes se montrent, où la haine se cultive. L’atelier et surtout la puissance, l’énergie  tranquille et diffuse d’Olivia vont l’imprégner et le pousser à regarder  au-delà de ses murs, en dehors de chez son cousin, deux étages plus bas. Il va observer et chercher à comprendre ce qu’Olivia opère en lui, chercher à effacer ses traces pour finir par, enfin, commencer à lâcher prise. L’Atelier amorce son rétablissement. Quand il vient à la fin du film lire son texte, il a changé. Il va partir, s’ouvrir à l’ailleurs. En cela pour lui et sur d’autres plans, l’Atelier aura eu une résonance essentielle. Pour tous les sept, plus ou moins, on est convaincu qu’il y aura, dans leurs têtes, dans leurs vies, un avant et un après l’Atelier. Un avant et un après Olivia.

Olivia, magnifiquement interprétée par Marina Foïs, est vraiment touchante justement parce qu’elle dégage à la fois une grande force, une autorité naturelle et une grande fragilité. Peut-être que c’est, égoïstement, pour se mettre en situation de rupture avec ses habitudes et retrouver l’inspiration, qu’elle a accepté de piloter cet atelier à La Ciotat où elle n’avait jamais mis les pieds. Oui, peut-être. Elle a participé à la sélection des stagiaires et la voilà maintenant en face de ces sept jeunes personnes qu’elle découvre en même temps que nous. Elle avance sur la pointe des pied tout en fixant clairement les objectifs et les limites. Elle obtient d’eux, peu à peu, ce qu’elle cherche : la création littéraire. Peu à peu, ils lui offrent leur reconnaissance. Sans tambour ni trompette. Bienveillante, elle l’est toujours, compréhensive aussi dans le respect mutuel. Elle veut les faire réfléchir et y parvient. Un par un, jusqu’à Etienne, si récalcitrant au départ, ils prennent tous leurs cahiers et leurs stylos,ou leurs tablettes et écrivent. Bien, moins bien …  L’important ce n’est pas de bien écrire, c’est d’écrire, et d’avoir envie de raconter et d’apprendre. Tout comme l’important n’est pas de savoir chanter, mais de chanter. Olivia leur donne envie d’exprimer leurs pensées à l’oral et de les formaliser par écrit. Pour ça, elle est admirable. On voit, parfois, surtout son côté « écrivaine parisienne ». Lorsque, par exemple, elle est en grande conversation sur skype avec son éditeur et qu’elle lui parle de ses difficultés avec un jeune en particulier, on pense qu’elle parle d’Antoine. Mais non, elle parle du personnage du roman quelle essaie d’écrire et sur lequel elle bute. Ah, d’accord ! Quand elle invite Antoine à lui parler de lui, de ses journées, de ses occupations, c’est certainement aussi pour nourrir ce personnage de fiction mais pourtant, très vite, c’est elle qui déborde, qui sort de son cadre écran pour entrer dans le sien et elle le pousse dans ses retranchements. Rien ne l’obligeait à aller le repêcher chez lui, à le faire entrer chez elle. Quand il la menace de son arme et la force à l’accompagner à travers les calanques jusqu’au bord de sa corniche puis enfin l’autorise à partir, elle part, bien évidemment et court même jusqu’en haut de la côte où elle s’arrête pourtant, se retourne et à l’abri du clair de Lune, hors d’atteinte elle aussi, l’observe, en alerte, prête à agir, peut-être. Enfin, quand il arrive dans la classe d’écriture pour lire ce qu’il a rédigé, sa seule question est « c’est long ? » parce qu’elle encadre les autres et ne lui donnera pas à lui du temps pris sur celui des autres, elle ne contraindra pas les autres non plus à l’écouter. Il lit son texte apaisé et repart. Alors elle se rassied, dos tourné, et on perçoit son émotion. Antoine a avancé, s’est débloqué. Elle a réussi quelque chose. Peut-être.
La suite nous montre Antoine embarqué sur un cargo avec pour camarade d’équipage un étranger pour lequel il fait l’effort de rassembler ses quelques mots d’anglais. Et leurs rires fusent.
On entend le rire d’Antoine comme si on l’avait guetté, espéré. Antoine rit !

Vraiment un très beau film avec Marina Foïs, magnifique et ces deux jeunes actrices, ces cinq  jeunes acteurs, tous les sept amateurs, tous les sept impressionnants de naturel.
Une mention spéciale pour, dans le rôle d’Antoine, Matthieu Lucci, qui m’a immédiatement fait penser à Adèle Exarchopoulos. Va savoir …

Marie-No

Les Conquérantes Petra Biondina Volpe

 

On apprend avec surprise que les femmes suisses ne votaient pas encore jusqu’à la moitié du XXème siècle. Le film est à ce titre autant un documentaire qu’une fiction.

La conquête du droit au vote est d’autant plus aventureux dans le milieu rural où se déroule le film. Aucun féminisme exacerbé pour autant ; beaucoup d’humour pour traiter de la volonté d’une poignée de femmes décidées à gagner l’égalité tout en gardant, voire en épanouissant leur féminité. L’héroïne est touchante dans sa détermination non dénuée de naïveté ; de sensibilité et de fidélité à son mari. C’est aussi pour lui qu’elle se bat…

Nouvelle rubrique

Vous avez des amis cinéphiles  qui voient des films d’Art et Essai dans d’autres salles, ils  sont ou non programmés à l’Alticiné et aux Cramés de la Bobine, ils les ont aimés, ils souhaitent nous les signaler ou nous en parler,  cette rubrique est pour eux. On commence par Marie des « 400 coups » à Angers. Nous lui souhaitons bienvenue.

 

 

« Un beau soleil intérieur » de Claire Denis

 

Prix SACD à la Quinzaine des Réalisateurs 2017Du 16 au 21 novembre 2017Soirée débat mardi 21 à 20h30Film français (septembre 2017, 1h34) de Claire Denis
Avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine, Gérard Depardieu, Josiane Balasko Alex Descas et Sandrine Dumas

Distributeur : Ad Vitam

Présenté par Marie-Noël Vilain

Synopsis :Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour.

«L’amour, c’est se jeter dans le vide vers quelqu’un» Claire Denis lors d’une présentation en Avant Première du film au Gaumont Opéra (propos rapporté par Jean-Claude qui a eu la chance d’y assister)
Isabelle a cinquante ans et veut encore se jeter dans le vide vers quelqu’un qui va la rattraper et lui faire passer l’envie, le besoin de recommencer, qui va la laisser rayonner tout en lui procurant le bonheur d’excercer sa séduction sur lui seul. C’est ça qu’elle recherche. Vivre pleinement et aimer un homme qui lui donne envie de vivre pleinement sa vie.
Isabelle est pressée, elle n’a pas le temps de tourner en rond, d’attendre que celui-ci libère ses jours et ses nuits pour elle, que celui-là trouve tout seul et dise les mots qu’elle attend, que cet autre redevienne à l’identique, au geste près, celui qu’elle a aimé, qu’un autre encore se décide à la mêler intimement à sa vie, à son quotidien, à ses amis, que Marc revienne de vacances …
Qu’est-ce qu’ils ont tous à ne pas être « son amour » ?
Elle se coltine une série d’hommes impossibles ! « Le film est comme une complainte de jazz : à chaque couplet, il y a un soliste qui vient donner sa partition, au début elle est harmonieuse mais elle finit toujours par une espèce de dissonance » dixit un critique.
Le fait est qu’à chaque chapître, à chaque rencontre, Isabelle s’envole et retombe sans personne pour la rattraper. Elle se remet debout, chaque fois un peu moins droite.
Le film traduit formidablement bien les tourments, les états d’âme de cette femme seule de 50 ans, son spleen, sa peur. Isabelle est merveilleusement interprétée par Juliette Binoche qui doit, pour le coup, faire en sorte de cacher un peu de son soleil intérieur, tant elle est naturellement rayonnante, comme éclairée de l’intérieur.
La séquence finale d’anthologie (de 16mn) entre Gérard Depardieu et Juliette Binoche nous enchante !
Tournée en une seule prise, avec deux caméras, une sur chacun, elle a été montée en champ contre champ. Les acteurs n’avaient pour dialogues qu’une trame, un fil conducteur. Gérard Depardieu commence à broder et Juliette Binoche le suit, lui colle aux mots et c’est un grand moment. Le charme opère. Une rencontre a lieu et on voit progressivement s’éclairer le corps et le visage d’Isabelle. David va s’employer à lui faire retrouver son beau soleil intérieur. La veinarde !

Tous les autres acteurs sont excellents  dans leurs rôles, Xavier Beauvois, Nicolas Duvauchelle, Josyane Balasko, Denis Podalydès etc …
Dirigés.

J’ai aimé ce film,
mais … le bémol, c’est Christine Angot. Gros bémol quand même car si on ne prend garde, ses mots (comme on les reconnaît ses mots !) nous cacheraient presque le beau soleil intérieur de Claire Denis.

Marie-Noël

PS : Je vais renseigner sur l’artiste, américaine semble-t-il à l’accent, qui expose et explique son œuvre que je trouve sublime, une juxtaposition de cieux, à Marc/Alex Descas.

« Faute d’amour » de Andrei Zvyagintsev

Prix du Jury au Festival de Cannes 2017Du 9 au 14 novembre 2017Soirée débat mardi 14 à 20h30
Présenté par Sylvie Braibant 
Film russe (septembre 2017, 2h08) de Andrey Zvyagintsev avec Alexey Rozin, Maryana Spivak et Marina Vasilyeva

Titre original Nelyubov
Distributeur : Pyramide Distribution

Synopsis :Boris et Genia sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre. Ils préparent déjà leur avenir respectif : Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Genia fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser… Aucun des deux ne semble avoir d’intérêt pour Aliocha, leur fils de 12 ans. Jusqu’à ce qu’il disparaisse.

La musique, dans ma tête, raisonne encore comme un battement de cœur métallique.

Le film raconte comment un couple en plein violent divorce est obligé de faire cause commune pour rechercher leur fils de 12 ans, disparu.

Le film raconte comment une mère reporte sa hargne d’enfant mal-aimée sur son enfant. Comment cette part sombre a étouffé sa fibre maternelle, qui, quand elle est forcée à regarder le désastre en face, dans cette pièce sordide de la morgue, resurgit, la submerge. Cette mère qui ne se préoccupe jamais de cet enfant qui l’encombre, ne connaît rien de lui,  soudainement, brutalement, à la morgue, en voyant un jeune corps mutilé, hurle de douleur « Ce n’est pas lui, je n’aurais jamais laissée personne l’approcher !» . A ce moment là on se dit que, oui, tout aurait dû se passer autrement, si  Genia avait été aimée.
Le père est pire que tout dans sa représentation, passif, égoïste, irresponsable, ne se souciant que de lui-même, chargeant sa femme du fardeau « c’est quand même toi la mère ! ». Oui, c’est elle la mère. La mère qui ne voulait pas être mère. Qu’il a convaincue à le devenir.  On ne connaît pas de « raisons valables » à ce père pour l’être si peu.  Voulait-il seulement s’aliéner la jeune Génia en l’épousant enceinte de leur enfant ? Il va s’empresser, une fois cette histoire saccagée, de recommencer et faire naître d’une autre femme, un autre enfant blond. Pour le broyer. Mais il nous revient, au détour d’une remarque de Génia qu’il est un orphelin. Alors, condamné à abandonner comme il a été lui-même abandonné ?

Ce film raconte un pays, une société qui n’aime plus ses enfants et les abandonne. Un monde connecté en permanence sur un ailleurs effaçable en un clic, où on est emporté dans une fuite en avant, une course effrénée sur piste fermée où l’héritage religieux, ici un barbu orthodoxe, finit d’aliéner les compétiteurs. Personne ne « gagne ». Le seul challenge est de continuer à courir dans le même sens que les autres, en se délestant du poids superflu.

Le monde divague.

Ce film raconte aussi l’immigration dont on parle beaucoup dans les médias.
On voit plusieurs fois un homme, seul, qui passe.
La première fois quand Aliosha le croise rentrant de l’école par la forêt, trouvant ce ruban sensé marquer une limite à ne pas franchir qu’il lance et fait s’accrocher en haut d’un arbre où on le retrouve deux ans plus tard, voletant toujours dans le paysage redevenu hivernal.
La deuxième fois quand les parents réunis malgré eux dans une voiture, pour trois heures x 2 interminables, sortent de la ville en direction de la maison de la grand-mère. Le véhicule vient vers nous et sur le trottoir, à gauche, s’éloignant à pied de nous, marche cet homme seul. Comme pour nous pour avertir que les parents , à contre-sens, font fausse route.
La troisième fois, la nuit tombe, les recherches s’arrêtent au bord d’une route. A gauche, toujours, l’homme seul entre dans le bois sombre de son même pas décidé.
La quatrième fois on est devant un abribus, où une affichette montrant la photo de l’enfant recherché, a été collée sur la vitre latérale. On voit arriver cet homme qui s’arrête derrière la vitre regardant vers la droite où le regard d’Aliosha est, lui aussi, tourné.
La dernière fois, on le voit, ouvrier parmi d’autres ouvriers manifestement immigrés. La caméra nous montre d’abord notre homme fixant sur le mur, à droite, une barre servant à poser une étagère puis mouvement de caméra, à gauche, dans la même pièce, un ouvrier arrachant des lambeaux de papier peint … L’un détruit, l’autre batît. Dans cet ordre.
L’étranger, bientôt désigné comme le voleur d’enfant, le responsable de la perte d’identité nationale ? Ou bien désigné comme messager porteur d’espoir, de renouveau, de renaissance ?

Tous les bâtiments dans ce film m’ont fascinée. Les récents, comme l’appartement comme déjà abandonné et la chambre où Aliosha concentre son existence et que sa mère lui ordonne de ranger pour la vendre à un autre, comme si c’était possible, la cuisine ouverte sur  le séjour, où ses parents se déchirent et où l’enfant n’arrive plus à manger, ou aussi comme la magnifique maison de l’amant de Génia, moderne, épurée, ouvrant largement sur la forêt, habitée par la forêt avec cet arbre décoratif planté dans le salon. Comme la maison de la grand-mère, toute une histoire, cette maison ! remplie de haine et de venin, barricadée, impénétrable. Ou aussi comme le centre commercial vivant, le centre culturel mort, la cantine du travail du père filmée du dessus, terrifiante, les immeubles pleins de fenêtres aux vitres multicolores éclairées de l’intérieur etc, etc …

Je suis sortie du film muette devant ce monument à lui tout seul, souffle coupé, bouleversée par la beauté de ces images désespérées.

Marie-No