D’abord merci aux auteurs, c’est un bonheur de recevoir vos articles et de les mettre en ligne. Merci aux lecteurs qui ne manquent jamais de jeter un œil sur le blog et de s’y promener si affinité. Et justement heureux de cette affinité commune pour le cinéma. Par ces temps de confinement, l’idée de voir un film le soir, même à la télé, est comme une récompense et la promesse de jours meilleurs. En parler tout autant. N’hésitez pas à nous écrire, ce blog c’est vous !
Ces jours-ci, le blog s’habille en mardi soir avec quelques prévisionnements de films à venir : Marie-No a vu « Malmkrog de Cristi Puiu » et quel œil ! Elle a vu aussi un documentaire « Israel, le voyage interdit de Jean-Pierre Lledo » (première partie : Kippour) l’histoire d’une découverte, une sorte de visite d’étonnement, avec tendresse.
Parmi les films aimés, en voici un dont on est heureux de se souvenir grâce à Marie-Annick. Bagdad Café de Percy Adlon.Vous aurez aussi lu « Elle, de Paul Verhoeven », la détestation de Pauline . Ce n’est pas si facile de bien détester, Pauline le réussit, avec son punch, toujours sagace et entière.
Thalia nous confessait son ennui face à Barry Lyndon, pourtant salué par la critique.
Inspirée par son article, j’ai décidé de revoir un film que j’avais détesté au cinéma pour être sûre de ne pas avoir changé d’avis tant la critique est dithyrambique.
Et bien non, je le confesse, je déteste… Elle de Paul Verhoeven que tout le monde a trouvé génial, m’a recommandé et qui a eu des prix nombreux.
Non mais, Elle ? Vraiment ? Je suis peut-être passée à côté du film, il y a peut-être deux films éponymes avec Isabelle Huppert, je cherche à comprendre parce que ça me semble insensé qu’on puisse apprécier cette mascarade. Je vais tenter de défendre mon point de vue sans demi mesure, quitte à irriter ceux qui l’ont aimé, le film m’ayant tellement irrité moi-même (deux fois), qu’ils me doivent bien ça !
D’abord, le propos du film lui-même me semble douteux.
Après avoir donné l’impression de banaliser le viol, tellement la violence vécue ne semble pas avoir touché la protagoniste principale qui en a été victime (qui est certes, de par son histoire, particulièrement insensible), cette agression devient carrément désirable et désirée par cette dernière.
Ce qui me pose deux problèmes.
Un problème d’abord éthique, je trouve discutable l’idée de mettre en scène une histoire où le viol est au mieux anodin, au pire enviable : le fantasme du viol, belle invention masculine. Mais la qualité d’un film ne doit pas être évalué à son éthique. Ce n’est donc pas le plus grave.
Le deuxième problème l’est plus. Cette banalisation est absolument irréaliste et sort le spectateur de toute empathie pour le personnage, mais pire encore, de toute foi en l’histoire. Dès les cinq premières minutes, les scènes sont si peu crédibles qu’il est impossible d’y croire. MichElle (je vous laisse imaginer mes yeux monter au ciel pour tenter de se délester de tant de lourdeurs) se fait agresser chez elle, peut-être violer dit elle à ses proches au restaurant, reçoit des messages d’un manque de finesse affligeant, mais continue sa petite vie. L’empathie étant l’un des moteurs du cinéma, je ne peux m’empêcher de hurler intérieurement en me disant «non mais sérieusement, tu te fais violer et tu travailles tranquillement dos à une baie vitrée d’où est venu ton agresseur ?» «Tu fais changer les serrures mais quand on te dit que la porte cassée restera ouverte, tu réponds « ah, tant pis. » » « Après avoir stigmatiser (au sens chrétien du terme) avec une paire de ciseaux le violeur avec son masque de ninja, c’est lui que tu appelles pour venir te sauver après avoir eu un accident ???».
Et Paul Verhoeven pousse cet irréalisme à un niveau jamais atteint. J’aime l’absurde, au théâtre notamment. Mais malheureusement, ce n’est pas l’absurde qui dérange dans ce film, mais les trop nombreuses absurdités. Le point culminant étant quand le fils de Michelle et sa petite amie, tous deux blancs comme neige donnent naissance à un bébé noir, et que personne ne trouve rien à y redire. Et comme le scénariste n’a absolument pas confiance en son public, il en rajoute encore en montrant le meilleur ami du dit papa, noir bien sûr, sourire bêtement en attendant l’accouchement. Mais Paul, franchement, tu nous prends pour quoi ?
Sans compter que :
Les personnages n’ont pas la moindre profondeur, ils sont caricaturaux et stéréotypés au possible : la voisine catholique pleine de bienveillance qui installe une crèche géante pour noël, le fils décérébré, la belle fille hystérique, la mère cougar et son gigolo, la meilleure amie avec qui elle fonde un studio de jeux vidéos aussi peu crédible que cliché et à qui elle fait des petits bisous lors d’une soirée pyjama improvisée, et son mari débile mais avec qui elle couche pour parfaire le manque d’originalité.
Les dialogues sont dignes du café du commerce :
– J’ai une bombe lacrymogène. – C’est bon à savoir !
– Montrez moi, j’ai fait du foot, les blessures à la jambe ça me connaît !
À son ex mari :
«Tu dirais que je suis étroite pour mon âge ?».
Les acteurs pourraient essayer de leur donner un peu de profondeur, mais non, on touche le fond à grand renfort de mouvements de mains guignolesques et de regards beaucoup trop appuyés. Isabelle Huppert m’est depuis devenue insupportable et Laurent Lafitte n’a fait que confirmer ce que je pensais de son regard creux et de son sourire niais.
Rien n’est à sauver.
Les critiques disent que c’est drôle. En effet j’ai ri devant le film. Mais nerveusement tellement le ridicule des scènes et du jeu des acteurs sont affligeants. Mais ça dure tellement et c’est tellement tordu que la dernière parole de Virginie Efira : « Merci de lui avoir donné ce dont il avait besoin, pour un temps au moins» donne moins envie de rire que de vomir.
Bref, j’ai détesté Elle, et je laisse ceux qui l’ont aimé détester cet article comme doux retour de bâton.
Par la magie de son personnage principal, sa loufoquerie ambiante et la grâce d’une chanson, le film « Bagdad Café » reste gravé dans ma mémoire. A sa simple évocation, je me sens envahie d’un sentiment de joie et un sourire éclaire généralement, le visage de l’interlocuteur qui a vécu la même expérience que moi.
Souvenez-vous !
Ca commence par une scène de ménage en plein désert, avec pour témoin, le bitume, la poussière, la terre ocre jaune, un container rouillé et un soleil de plomb. L’homme jette sa colère sur le vieux container ; il hurle : Jasmine, reviens ! Jasmine ne bronche pas et continue d’écrire. Il lui jette un peu d’eau au visage ; elle le gifle ; une valise est sortie du coffre ; la voiture démarre avec l’homme seul au volant puis revient, dépose une thermos à café jaune pétant sur le bas-côté et repart. Jasmine vient d’être débarquée au milieu de nulle part avec son bagage : une valise dont le contenu ( les fringues bavaroises de son mari) sera une source de déception, mais plus tard, révèlera son trésor de magie, au sens propre comme au sens figuré.
Ce long ruban d’asphalte gris courant à perte de vue, cette grosse dame allemande engoncée dans un tailleur en loden vert, coiffée d’un chapeau tyrolien lui-même surmonté de trois plumes noires. Ah ! Ces trois plumes qui dodelinent à chaque pas de la grosse dame traînant sa valise ! Si elles expriment à la fois le ridicule et la fragilité de la situation, elles annoncent aussi l’insolite, l’inattendu, l’originalité, la grâce et la légèreté qui va émerger plus tard, du film et des personnages. Elles sont vivantes ces plumes et font de l’oeil au spectateur , comme pour lui dire : tu vas voir ce que tu vas voir.
Souvenez-vous !
Jasmine atterrit au Bagdad café, qui ne sert plus de café parce qu’on a oublié de racheter un percolateur neuf, un motel minable au bord de la célèbre « road 66 » qui reliait Chicago à Santa Fé sur environ 3 700km.
Souvenez-vous !
Jasmine face à Brenda affalée dans son fauteuil déglingué, chacune essuyant ses larmes. Deux séparations . Deux femmes larguées par leurs maris, perdues au milieu du désert. Un fils fan de Bach, une adolescente fantasque, un peintre hippie, un serveur indien lymphatique, une tatoueuse muette et un campeur lanceur de boomerang. Une communauté de gentils originaux, en dehors de « l’american way of life », éjectés du rêve américain. Brenda, la patronne du motel, femme meurtrie et détestable au premier abord, compte bien se débarrasser de la grosse allemande avec l’aide de la police. Brenda juge, condamne, vitupère, hurle, s’agite. Jasmine observe, utilise le mot juste, pas un de plus, aide et enfin ouvre son cœur et sa valise magique. Ce sera la débauche . Une débauche d’inventivité, de joie, d’amitié, de couleur, de générosité, de bonté.
Souvenez-vous !
« Bagdad Café » c’est l’histoire d’une formidable amitié entre deux femmes qui n’ont rien en commun sinon d’avoir perdu dans le jeu de la vie et qui vont regagner ensemble leur propre pouvoir sur leur destinée. Ce pouvoir retrouvé passe par la confiance et la bonté redonnées à soi-même et à l’autre. Jasmine déploie ce qu’elle a de meilleur en elle pour aller toucher ce qu’il y a de meilleur en Brenda. C’est contagieux la confiance et la bonté sans restriction. Les clients affluent désormais, dans ce boui-boui miteux parce que s’y épanouit la vie joyeuse. Chaque personnage est atypique et chaque personnage à la possibilité de faire émerger son talent et le meilleur de lui-même parce que la liberté de le faire lui est offerte. Brenda, la gérante gueularde, devient une formidable meneuse de revue ; l’adolescente rassurée se stabilise, le fils développe ses dons de pianiste, le serveur retrouve son enthousiasme et le peintre n’en finit plus de créer des portraits de Jasmine, qui ,elle non plus, n’échappe pas à la transformation. Le tailleur en loden étriqué est remplacé par des jupes et des blouses légères, colorées et virevoltantes. Les formes généreuses de la magicienne, longtemps corsetées dans la rigueur allemande, s’épanouissent dans une offrande délicate de chair laiteuse, dévoilée, révélée et peinte avec amour et gourmandise par un peintre rendu amoureux de son sujet.
Souvenez-vous !
Cette belle harmonie, cette célébration de l’entente, de l’unité de l’espèce humaine dans la différence. »Bagdad Café » , vous l’avez peut-être vous aussi, dégusté comme un bon café libérant au fur et à mesure, ses arômes burlesques et tendres, son humanisme joyeux.
Souvenez-vous !
Souvenez-vous de la beauté des images aux couleurs exacerbées, des photographies en technicolore, du cadre où tout transpire de couleurs. Dans mon souvenir « Bagdad Café » est bleu et jaune comme sur l’affiche. Bleu comme le ciel de ce coin perdu. Bleu comme la tenue pailletée de Brenda quand elle se livre à son numéro de music hall. Bleu comme la lumière qui nimbe la chambre où Jasmine pose pour Rudi Cox. Il est jaune aussi, comme le sable omniprésent, comme le soleil de plomb, comme la citerne d’eau juchée sur son pylône, comme cette insolite bouteille thermos jetée sur la route.
Enfin souvenez-vous !
« Calling you », l’envoûtante chanson interprétée par Jevetta Steele. Mais vous ne pouvez pas l’avoir oubliée. Elle est restée gravée dans vos oreilles et votre cœur.
Mais peut-être avez-vous oublié comme moi, le nom de ces deux actrices formidables qui n’ont jamais retrouvé de rôles aussi beaux : Marianne Sägebrecht interprétait Jasmine et Carole Christine Hilaria Pound interprétait Brenda. Trente deux ans après, le film reste le seul succès à l’international que connaîtra son réalisateur Percy Adlon. Pourtant le film avait été un des plus grands succès de l’année 1988, particulièrement en Allemagne et en France. Devenu film culte, il a été restauré en juillet 2018 pour enchanter la jeune génération de cinéphiles et pour en savourer à nouveau, le trésor d’humour et d’émotion.
Film israélien de Jean-Pierre Lledo 2h20 Date de sortie : prochainement
Synopsis : Mon oncle maternel avait quitté l’Algérie en 1961… J’avais 13 ans. Et depuis je n’avais plus eu de relation, ni avec lui, ni avec sa famille… Je n’étais pas non plus allé à son enterrement, il y a 10 ans… Je l’aimais pourtant. Ce n’est donc pas lui que j’avais boycotté, mais le pays qu’il avait choisi… Israël. Qu’est-ce qui durant plus de 50 ans avait empêché le Juif algérien communiste que j’étais ? Ma fille Naouel a voulu m’accompagner dans cette aventure et j’ai accepté. Une dette à rembourser. Partie I : Kippour : Une famille oubliée, les Juifs d’Algérie, eux aussi perdus de vue, n’avoir rien transmis à mes enfants, m’être complu dans l’ignorance… Arriverai-je à me débarrasser de toutes mes fautes ? Car d’Israël, je dus vite l’admettre, je ne savais rien. Ni de son passé, ni de son présent. Un mot mystérieux et oublié que ma mère utilisait souvent, m’en ouvre soudain les portes, « Tcharbeb « …
Israël, le voyage interdit partie 1 : Kippour c’est la recherche d’un complément à l’histoire familiale d’un père, Jean-Pierre Lledo accompagné de sa fille Naouel, qui devient pour le spectateur un documentaire passionnant sur une famille mais aussi sur un pays et des gens qu’ils y ont rencontrés lors de leur pèlerinage. Un récit tout en retenue. Les portraits sont sensibles et les témoignages, poignants. Le rituel des pierres, les Écuries de Salomon, le Dôme des Rochers, le mont du Temple et leur histoire commune, les cabanes et l’explication de la bénédiction visant l’union collective, ceux qui ont tout, symbolisés par le cédrat, ceux qui ont un peu, symbolisés par la feuille de palmier et la myrthe et ceux qui n’ont rien symbolisés par la branche de saule, autant de découvertes pour moi par ce film. Jean-Pierre Lledo cite pour conclure cette première partie cette phrase du poète Heinrich Heine « la Torah, patrie portative des Juifs exilés et dispersés de par le monde ». Ajoutons que le montage est de Ziva Postec qui signa celui de Shoah de Claude Lanzman.
Un film à voir
A noter que ce film sera suivi de trois autres, déjà tournés, dont les dates de sortie ne sont pas encore connues non plus : partie 2 : Hannoukka, partie 3 : Pourim et partie 4 : Pessah
Pendant cette difficile période, le blog sort de ses habitudes, il ne commente pas les films que nous avons vus ensemble, mais des films, tout simplement, des films aimés ou détestés, pour le plaisir de parler de cinéma, entre amateurs, et libre à chacun de les voir ou non. Vous pourrez aussi lire quelques superbes commentaires de prévisionnement, ceux de Marie-No, ils nous donnent envie de voir ces films -Et ci dessous un extrait du journal culturel de Dominique, une Cramée de la Bobine que nous connaissons bien- C’est épatant. Nous publierons prochainement quelques autres extraits de son journal. Nous espérons que vous les aimerez autant que nous. La semaine prochaine, nous vous réservons quelques beaux articles, ça commencera par Marie-Annick, pour se poursuivre par Pauline qui cette semaine va détester pour nous… Bon confinement les amis, prenez soin de vous et n’hésitez pas à nous écrire. Georges
Je n’avais jamais osé aller voir une œuvre de Béla Tarr : réputation d’austérité et longueur de ses films.
Le Tango de Satan : 7 h 15 en noir et blanc…
(« Son style : des plans qui s’étirent, un pessimisme ambiant et le noir et blanc. » Je recours à la couleur si j’ai besoin de vous montrer quelque chose avec la couleur. En revanche, si je n’éprouve pas la nécessité de vous montrer une image en vert, en rouge ou en bleu, dans ce cas-là je trouve bien préférable le noir et blanc. Justement, je peux jouer avec les nuances de blanc et de noir, et votre œil en tant que spectateur va toujours être attiré, rechercher le point le plus clair sur l’écran. Et c’est fantastique comme on peut jouer avec tout le nuancier, toute l’échelle des gris. Et puis j’ai cette audace, je peux le dire, de laisser une bonne partie de l’écran complètement obscurcie, noircie, comme ça. C’est ça que j’aime faire[1] » »)
… et trois séances. Ma foi, si je m’ennuie, je peux toujours en rester à la première partie. C’est d’ailleurs ce que préconise le réalisateur : « J’aime faire des scènes d’ouverture longues. C’est comme cela que je peux présenter le personnage principal et que je vous présente le style. C’est vous qui décidez de rester ou partir. C’est comme un pacte entre vous et moi » dans une vidéo[2] que je trouve sur internet.
La scène d’ouverture. Les personnages ? Des vaches que l’on suit pendant 7 minutes 30 au fil de leur déplacement en un lent panoramique suivi d’un travelling latéral le long des murs décrépis des bâtiments de la ferme collective (mais comment s’est-il arrangé pour que les vaches suivent le trajet voulu sans, apparemment, le concours d’un seul être humain ?).
Quand tout cela est fini, on se retrouve dans un intérieur, devant une fenêtre, attendant en plan fixe que le jour se lève. Puis on découvre un couple qui sort du lit, la femme qui se lave le sexe accroupie au-dessus d’une bassine posée sur le sol, et des pièces moches et mal tenues.
Les gens sont habillés sans soin, les tricots ont des trous par lesquels la laine s’effiloche, il suffirait de tirer sur un fil pour que tout se défasse.
Dehors, il ne cesse de pleuvoir. Les sols des cours et des chemins : des bourbiers dans lesquels on patauge et on glisse.
Une longue séquence du premier volet se déroule chez un docteur alcoolique et acariâtre qui passe la plupart de son temps assis derrière son bureau avec vue directe sur les WC (dont la porte est en permanence ouverte) et, par la fenêtre, sur les va-et-vient de ses voisins dont il épie les moindres faits et gestes, les notant scrupuleusement dans un carnet (un par personne) assortis de commentaires. Béla Tarr ne nous épargne rien de ces minables occupations.
Ayant terminé sa bonbonne d’alcool, il se trouve dans l’obligation de sortir, sous la flotte et dans la nuit, pour refaire ses provisions. La caméra le suit dans son périple au cours duquel il est abordé par une gamine dont il se débarrasse brutalement et qui le fait glisser dans la boue et chuter lourdement. Poursuivant son périple, il s’écroule finalement au bord d’une route où un camionneur le ramasse.
La deuxième partie se concentre autour d’une gamine qui maltraite un chat (longue séquence insoutenable, on déteste cette sale fillette), finissant par l’empoisonner…
(Et on espère seulement que c’est pour de faux, que c’est juste du somnifère ajouté dans sa gamelle que boit le chat vu qu’il s’ « endort » en direct)
… et qui, à la suite d’agressions verbales…
(Sa mère, un voisin voleur. On devine que ces méchancetés font partie de son quotidien et le « je suis plus forte que toi » qu’elle lance au chat pendant qu’elle le brutalise prend tout son sens)
… s’en va dans la nuit la pluie la boue, le chat tout raide sous le bras et la mort aux rats dans la poche, s’approche du troquet, regarde par la fenêtre…
(Dans la première partie, c’est elle que nous avions vue observer les danseurs du dehors puis importuner le médecin sans en connaître les raisons. A présent nous voyons derrière la vitre depuis l’intérieur son petit visage halluciné que, chacun trop absorbé par soi-même, personne ne remarque, et l’accostage du médecin prend une tout autre dimension)
… les villageois réunis, et ça boit et ça danse, ça s’agite plutôt, ça gesticule dans tous les sens pendant 10 minutes et 27 secondes…
(« Il fait aussi des plans séquences sa marque de fabrique. « D’abord le plan-séquence nous parle du temps. C’est une histoire de rythme. Le plan-séquence développe une tension particulière. Lorsqu’on tourne un plan-séquence, tout le monde doit travailler ensemble. Les acteurs doivent être dedans. Ils n’ont pas droit à l’erreur parce que la caméra tourne »[3] »)
… de tension hypnotique, au son d’un accordéon déchaîné des pieds tapent le sol, des bras poussent des mains tirent, les corps possédés roulent, se heurtent, se bousculent. Le spectateur, lui, est tétanisé.
Et la gamine quitte le village, marche sous la pluie par un chemin boueux (long travelling arrière sur elle et son regard fixe), s’assied parmi les ruines d’un bâtiment, sort la mort aux rats de sa poche, en avale une grande poignée et s’allonge, le cadavre du chat toujours serré contre elle. Et le spectateur est pris de détresse, sa gorge se noue, les larmes lui montent aux yeux.
La troisième partie débute par le discours très sensé dans lequel un revenant, de retour après avoir purgé une peine de prison, rend les villageois et leur laisser-aller responsables de la mort de la fillette. Il propose à ceux qui désirent se libérer de le suivre et, après s’être fait remettre leurs économies afin de préparer leur nouvelle vie, leur donne rendez-vous dans une maison isolée…
(Cortège de marcheurs et de charrettes tirées à bras, filmé en longs travellings arrière, avant, latéraux et qu’on suit jusqu’à leur arrivée sans qu’on se lasse un seul instant.)
Mais nul eldorado n’attend les candidats au changement : le revenant et son compère ont été enrôlés par la police et les emplois proposés sont, sans qu’ils s’en doutent, ceux d’indics.
Et le film se clôt sur le docteur qui, revenu chez lui, cloue des planches à ses fenêtres et, dans l’obscurité totale, prononce les mots qu’on entend en voix off au tout début.
Cercle vicieux. Désespoir dont jamais on ne sort.
Les travellings : un autre, magnifique et nocturne, suit les recruteurs le long d’une rue déserte envahie par une armée de papiers et journaux qui, poussés par un vent furieux, accompagnent leur marche, s’accrochent à leurs jambes, roulent au rythme de leurs pas, comme dans un rêve ou un cauchemar.
Outre ces mouvements de caméra, Béla Tarr fait aussi un très bon usage des panoramiques enveloppants qui emprisonnent les personnages à 360° : dans la maison abandonnée, les villageois endormis en cercle ; dans leur bureau, les policiers chargés d’analyser le rapport du recruteur sur les villageois. Tous pris au piège.
Sans oublier l’importance donnée aux sons : outre les bruits que font la pluie, le vent, les papiers, ceux d’une cloche, d’un verre qu’on tape sur un comptoir, du meuglement des vaches, d’une musique (de Mihály Víg) qui prend aux tripes.
Désespérance. Et pourtant, quand s’inscrit le mot FIN, je voudrais tant que ça continue.
Quel portraitiste que San Antonio/Frédéric Dard ! Si j’étais prof. de français, je donnerais en exemple celui qu’il fait de la vieille dame au début de son roman.
Cette fois, c’est du film qu’en a fait L. Heynemann qu’il est question et, pour une fois, je n’ai pas été dépaysée en y entrant car j’ai rarement vu une mise en image aussi fidèle au texte. Et quel texte !!! Oreilles chastes, s’abstenir ; esprits coincés, aller voir ailleurs. Quelle truculence ! Quelle jubilation devant cette vieille nymphomane-escroque à l’allure pourtant très distinguée mais dont la bouche est capable de proférer les pires grossièretés. Jeanne Moreau y est hilarante, accompagnée de son vieux complice en escroqueries et vols divers, campé par un Michel Serrault en grande forme. Les insultes, gratinées, dites sur un ton de confidence ne sont jamais vulgaires, les sobriquets non plus et ils sont plus qu’inventifs.
N’oublions pas pour autant l’intrigue pseudo-policière à laquelle le couple associe un jeune gigolo dont la nymphomane de 80 balais tombe amoureuse… cela vaudra une trahison dont le vieux complice ne se remettra pas – moment où le rire nous quitte. Ajoutons qu’il est parfois teinté d’une tendre compassion pour cette vieille femme qui pourrait être pathétique sans sa verve provocatrice et son énergie à toute épreuve.
Quand le film de Stanley Kubrick est sorti en 1975, j’avais dit que je n’irai pas le voir. Pourquoi ? Parce que j’avais lu le roman qui m’avait profondément ennuyée.
Seulement parfois on se laisse piéger par un/une ami/e qui vous y traîne, vous assurant que c’est génial, beau, sublime, que l’esthétique du film est irréprochable, bref que c’est un chef d’œuvre et que, qui dit chef d’œuvre dit obligation d’avoir vu !
Alors j’y suis allée, dans cette belle salle obscure des Champs Elysées qui n’était pas éclairée à la bougie mais remplie comme un œuf ̶ je ne vous raconte pas la queue sur le trottoir ̶ salle remplie donc, de spectateurs avertis, ou non d’ailleurs… J’étais assise dans les cinq premiers rangs et j’allais en avoir plein les yeux.
Alors, oui c’est beau, les costumes, les décors, les éclairages (lumière naturelle et bougies), la musique (merci messieurs Bach, Haendel, Vivaldi, Mozart, Schubert, j’en oublie sans doute)…
Mais quel ennui ! Une histoire qui était la même que celle du roman de Thackeray ! Fidèle adaptation donc.
J’avais dû lire le roman en 3ème année de licence, mais le pire était à venir, peu de temps après, je recommence pour un concours, que je n’ai pas eu, la faute à Barry the rogue, à coup sûr !
Désolée chers amis, je sais, la critique a adoré, et vous aussi je suppose. Mais on a le droit de détester un film que tout le monde aime et inversement, non ?
Il n’y aura pas de rétrospective Kubrick aux cramés : tant mieux, Barry Lyndon y aurait figuré en bonne place : j’aurais boudé la séance.
Comédie sortie en 1953, qui a connu trois versions. Durée 1h28
Tati est un humaniste drôle, une personne bienveillante, qui veut nous faire rire, mais n’est jamais cynique ou méprisant. C’est un artiste qui croit en l’Homme ( forte dimension sociale dans son œuvre). Le film est en noir et blanc.
Pourquoi penser aux « Vacances de Mr Hulot » comme l’un de ses films préférés ?
La réponse est en partie dans le titre du film.
Le premier mot « vacances « tout un symbole pour nous.
C’est l’été, il fait beau, et ce sont des vacances à la mer, plus exactement près de St Nazaire sur la plage de Saint –Marc – sur – Mer. La plage dans notre imaginaire ouvre immédiatement plein d’images, d’odeurs, ( l’ambre solaire ) de bruits ( les vagues, les enfants, le vent) de souvenirs, plus ou moins lointains ( l’enfance , l’adolescence ). C’est un moment à la fois intime, la vie amoureuse, les copains, copines, et collectif ( le mois d’août tout s’arrête) .
Le deuxième terme « Mr Hulot » ce personnage unique, le double de l’auteur, mutique, il prononce peu de mots et quand il parle on ne comprend pas ce qu’il dit ( voir la scène où il arrive à l’hôtel et doit prononcer son nom, avec la pipe dans la bouche ! oulo, ulo, il doit s’y reprendre à je ne sais combien de fois pour que l’hôtelier le comprenne. C’est un monsieur au visage assez ingrat, qu’on ne voit pas vraiment en très gros plan ( mais on voit sa pipe ) dont le corps longiligne et maladroit traverse tous les plans du film .
Il n’est pas comme les autres vacanciers, c’est une sorte d’exclu, il marche vite, à grandes enjambées, le corps incliné, la pipe au bec.
Il est amoureux de la jolie vacancière qui habite en face de l’hôtel ( Martine ) mais toutes ses tentatives amoureuses échouent et quand il arrive à danser avec elle, c’est lors d’ un bal masqué ( son déguisement le protège).
Les lieux sont presque uniques : l’hôtel et la plage.
Le temps : un mois, le temps des vacances .
Les gags à la base du film. Il y en a plein, ils sont fondés sur la répétition le plus souvent tournés en plan séquences et requièrent la participation du spectateur. ( comique burlesque inspiré du muet avec des bruits).
Les personnages
Ils sont bien cernés, ce sont les vacanciers ; qui reviennent tous les étés à l’hôtel, se connaissent. Ce qui permet au réalisateur de critiquer une certaine mentalité petite bourgeoise, la vie est ritualisée et hiérarchisée. La cloche sonne l’heure des repas, ces derniers sont pris dans la salle à manger, elle aussi rythmée par les regroupements de table, les vêtements choisis par les vacanciers, les occupations diverses ( cartes, lectures, coups de fil répétés à Mr Smutte qui suit tous les jours les cours de la bourse).
Certains personnages sont assez antipathiques, tel le commandant empêtré dans ses souvenirs de guerre, Mr Smutte le financier.
D’autres sont sympathiques, surtout la dame anglaise qui aime bien Hulot ( elle aime sa fantaisie ).
Dans cet ensemble bien réglé, Hulot vient tout désorganiser ..il déboule comme un dingue dans l’hôtel, salit le sol, réveille tout le monde la nuit avec le feu d’artifice, a une voiture qui pétarade .
Il dérange l’ordre et le calme des vacanciers, et il ne fait rien comme tout le monde ( ne fait que des bêtises comme les enfants).
Justement, on peut beaucoup aimer ce film par la présence des enfants, leurs cris, jeux ( à la plage avec une loupe qui grille la peau d’un touriste endormi).
Leur innocence, leur poésie ( ce petit garçon qui monte les escaliers avec une glace dans chaque main est une merveille).
Et ces enfants qui jouent, s’interpellent, leurs babils forment l’un des atouts et charmes essentiels du film : la bande sonore.
Il y a peu, très peu de dialogues dans ce film, ce sont les bruits et la musique qui forment l’essentiel de la bande – son et de la texture du film. Tati disait qu’il préférait le bruit aux paroles..
La musique est d’Alain Roman ( ?) elle est célèbre et nous pouvons l’écouter sur France Culture tous les jours dans l’émission « Les chemins de la philosophie » d’Adèle Van Reeth.
Musique, enivrante, joyeuse, dynamique, poétique, tout à l’image de ce merveilleux film.
Je vous signale une séance unique en streaming et accès libre du film Les Héritiers avec Ariane Ascaride, dimanche 26 avril à 17h sur le site du Mémorial de la Shoah http://www.memorialdelashoah.org/ À bientôt Sylvie