Les Filles vont bien- Itsaso Arana

Avec le concours des Cramés de la Bobine, les filles vont bien atteignent presque les 5000 spectateurs en France, voici un film, dans la veine de ceux de Jonas Trueba, dans lequel il ne se passe presque rien. Presque rien, sinon un instant de vie.

Le cinéma d’Itsaso Arana est dans la veine de celui de Jonas Trueba, mais plus radical encore. Pas l’ombre d’un drame, ni d’un effet comique à l’horizon. Cinq filles viennent séjourner à la campagne, dans une vieille demeure, un ancien moulin de la région de Leon. Elles y font du théâtre, l’une est Metteuse en scène, les quatre autres sont des artistes, certaines sont déjà célèbres, d’autres moins, comme dans la vraie vie.

Elles décident de filmer les répétitions et leur vie, ainsi les dialogues de répétition se mêlent à ceux de leur vie ordinaire. (Nous avions vu une amorce de cela dans Vania 42ème rue de Louis Malle). Un film où il ne se passe presque rien donc, et de plus pour aggraver la situation, les actrices sont belles. Et s’il y a une chose qu’on ne pardonne pas à la beauté, c’est de l’être sans être exploitée. Alors, si l’on peut se demander par quel miracle ce film a été distribué, on peut aussi se demander pour qui ?

Hasardons un début de réponse : Pour ceux qui ont vu les films de Trueba, ceux qui aiment les belles images, la musique de Bach par Keith Jarret, pour tous les autres qui aiment également la grâce et l’aisance de ces filles. Ce film veut transmettre le simple bonheur d’exister, d’être et de faire des choses ensemble, la sororité aussi, (comme le dit Françoise)-. Je me demande ce que Vladimir Jankelevitch, le philosophe du « je-ne-sais-quoi et du presque rien » aurait dit de ce film, sans doute des choses positives, j’en suis sûr.

Dans « les filles vont bien », il y a cette mise en abyme, où des actrices jouent des actrices qui jouent. Itsaso qui assure la Direction d’acteur en est le comble. Elle quitte la réalisation (la réalité) pour devenir une actrice qui joue la réalisatrice. Et son personnage nous donne une leçon de Direction d’acteur, elle partage, laisse vivre, favorise l’expression des émotions de ses artistes. Elle crée des conditions pour que leur travail continu de construction et d’amélioration de leur personne comme de leur personnage advienne. Elle fait en sorte que chacune mette dans son rôle le meilleur d’elle même, et ce meilleur attendu, c’est la joie. Et en effet, les filles vont bien.

En fait ce film aux allures cool, sans la moindre provocation, qui semble plat, nous montre aussi à quel point nos attentes cinématographiques sont conditionnées par le drame et la comédie, par les passions en somme. Alors oui, ce film n’a pas de succès, il ne propose rien que de montrer des jeunes qui vivent et travaillent, tout au plaisir d’être et d’être ensemble…

Georges

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