
Avec ce premier long métrage, né d’une expérience vécue jeune, en tant que domestique au service d’une riche saoudienne, cachée par son amant dans une grande villa, Héléne Rosselet Ruiz nous fait découvrir l’univers feutré de très riches saoudiens en évoquant entre autres multiples thèmes celui de la femme objet. Celle que l’on pare, que l’on collectionne, que l’on déplace, que l’on jette.
Une jeune fille de 20 ans, Laura, jouée par Malou Khebizi, actrice très physique qui habite son personnage avec beaucoup de talent, est engagée, parmi d’autres candidates, pour servir 7 jours sur 7, à toute heure, une femme semble-t-il très exigeante. Pourquoi Laura parmi d’autres candidates qui paraissent davantage correspondre au poste ? La jeunesse est-elle plus malléable ou Laura a-t-elle laissé voir combien elle avait besoin de ce travail et donc prête à toutes les concessions, l’on ne sait pas…
Dans la toute première partie du film, la femme exigeante est nommée ELLE, puis nous comprenons qu’elle se prénomme Nouria.
Elle est jeune, belle, d’humeur inégale et tourne en rond dans cette drôle de maison dont elle ne peut sortir. C’est interdit ! Seul un regard à la fenêtre lui permet de s’évader un peu mais sur une ruelle très fermée. Paris n’apparait pas. Nouria est bien cachée.
Aux côtés des deux femmes, un homme est là, Erme qui fait l’interface entre l’amant, prince saoudien semble-t-il, nommé Monsieur, et les deux femmes. Toutefois nous apprenons dans une conversation entre Laura et Erme, qu’il y a prince et prince. Celui-ci n’est peut-être pas de « première catégorie » dans la hiérarchie des princes, ce qui le rend moins libre de ses actes que certains. Ceci explique peut-être pourquoi les rencontres entre monsieur et Nouria se déroulent toujours à l’intérieur de la villa. Et peut être également la fin du film que je ne dévoilerais pas.
Erme distille, dans les moments de pause à la cuisine, quelques informations qui permettent à la domestique d’en apprendre un peu plus sur la situation. Avec quelques mots, il semble la prévenir, discrètement. Elle semble l’apprivoiser peu à peu. Le taiseux s’ouvre à elle.
Erme explique que la femme est cachée à l’épouse du prince et certainement à tout un royaume très codifié.
La vie semble bien monotone pour les deux femmes entre ménage, service, exercices de musculation pour l’une qui se prépare à entrer dans l’armée, et Nouria qui, désœuvrée, passe de la chambre au salon, puis à la piscine située à l’intérieur de la maison et ce sont à peu près les seules pièces qu’elles semblent autorisée ou s’autoriser à fréquenter. Quelques visites extérieures comme la manucure ou la présentation de vêtements viennent déranger de temps en temps son quotidien.
On devine beaucoup d’espaces cachés, la recluse est elle-même souvent dans la pénombre, comme un secret, l’ambiance est plutôt glauque.
Une malheureuse panthère noire, animal objet se trouve également dans la villa et tourne en rond à l’image de sa brune propriétaire ce qui ajoute encore au malaise.
Entre brimades, moqueries et gestes hautains envers la domestique, les femmes se croisent dans les 3 ou 4 pièces de la maison « prison ». Le contact n’est pas des plus chaleureux mais le décor est posé dès le départ. L’une ordonne et l’autre sert en silence si possible. Pour des raisons différentes, aucune des deux femmes n’est libre. Nous relisons Barbe Bleue.
L’absence de Monsieur, fort mal vécu par Madame, la laisse déprimée, hargneuse, frustrée et il lui est facile de « passer ses nerfs » sur la jeune domestique.
Quand Laura se rebiffe, les rôles s’inversent, autre chose de crée. Une forme de sororité vient peu à peu investir la villa, permettant aux deux femmes de se rapprocher jusqu’à s’évader quelques heures dans un Paris tout en lumière.
Une bouffée d’oxygène qui donnera envie à Nouria de forcer son destin et bousculera à jamais la cage dorée.
Laura dépassée par les règles de cet univers, bousculée par le sort de Nouria cherchera toutefois à l’aider mais se trouvera limitée dans ses actes. On devine qu’elle ne sortira pas indemne de l’expérience.
Le secret a tout effacé.
Le triangle d’or est un beau film. Un huit clos qui tisse peu à peu des liens fort entre les protagonistes. A l’image de cette dernière soirée ou Laura s’endort entre Nouria et Erme qui la couvre tel deux parents protecteurs. Ils savent que tout est fini mais la protège encore quelques heures.
Entre la saoudienne, le palestinien et le jeune française, se joue sous nos yeux une belle histoire. Tout le reste n’est que décor.

Sylvie