Journal de Dominique-Prades 2026 (2)

Mercredi 22 juillet

           

Je zappe le film (déjà vu ; pas envie de revoir) de Joachim Trier Back home.

            14h 15. Courts métrages en compétition pour le prix Bernard Jubard.

            (2026. « A Séoul, Ki-Tae, qui approche la trentaine, mène une vie insatisfaisante. Il  est contacté par téléphone par une jeune femme qui souhaite simplement faire sa connaissance[1] »)

            … de Tommy Baron, où une IA prend l’identité de jeunes femmes décédées pour s’incruster,  via leur smartphone, dans la vie de jeunes hommes mal dans leur peau.

            (2024. « À la fête de Max, Tristan a avalé une chenille avec de la tequila. Depuis, il est dans le coma et il pense : à la fille de la soirée, à l’infirmière qui fume dans sa chambre, à sa mère envahissante et à sa photo de profil Facebook qui ne changera plus jamais[2] »)

            … film d’animation de Basile Khatir. Bof…

            (2025. « Derrière les portes closes du poste de police, Maxime, une adolescente de 17 ans, va devoir affronter sa plus grande peur. Se retrouver dans la même pièce que son parrain qui l’a violée lorsqu’elle était enfant[3] »)

             … de Sandy Pujol-Latour et Marie Abbenanti.

             Je n’en vois que des bribes, je commence à avoir un coup de mou.

            (2024. « Olivia, une jeune femme qui vit à l’étranger, retourne dans sa ville natale, au Mexique, dans l’espoir de renouer avec son passé. Mais la violence dont elle a été témoin dans son enfance ne s’est pas atténuée[4] »)

            … film d’animation de Natalia León dont je ne vois rien. Sommeil.

            (2024. « Philippe Rebbot est annoncé mort par les médias et les réseaux sociaux. Premier problème : il va très bien. Second problème : la rumeur prend de l’ampleur, malgré ses tentatives de démenti[5] »)

             … d’Ambroise Rateau. Avec, outre Philippe Rebbot, Finnegan Oldfield qui cherche à le remplacer. Je me réveille.

            (2025. « Munich, 1962. Karla, 12 ans, fuit courageusement sa famille pour porter de graves accusations d’abus à l’encontre de son père. Mais dans une culture patriarcale marquée par le silence et la répression, elle se heurte à un monde qui accueille son récit avec scepticisme[6] »)

            … film allemand de Christina Tournatzès en lice pour le prix Solveig Anspach.

            Malgré ce qu’elle refuse de dire (trop dur), un juge croit Karla, ce qui ramène au film primé l’année dernière : On vous croit.

            Pudeur et délicatesse.

            Note : 5.

Jeudi 23 juillet

            (De même pour la conférence de N. T. Binh et Thierry Laurentin « Etre cinéphile en 2026, passion, mémoire et transmission » qui doit être très intéressante mais j’ai trois séances à venir en ce jour et je dois me ménager)

            … et commence ma journée cinématographique à

            14h. Deuxième séance de courts métrages en compétition pour le prix Bernard Jubard.

           • Don Quichotte contre les forces du mal

            (2025. « « Don Quichotte reprend les armes. Cette fois, il s’attaque aux monstres modernes qui, selon lui, pervertissent l’humanité : la télévision, internet, l’argent… Un combat aussi noble que désespéré ?[7] »)

            … de Guillaume Rieu.

            (2024. « Dans les quartiers nord d’Amiens, un jeune homme rêve de devenir pâtissier. Alors qu’une promesse d’embauche se profile, il est entrainé malgré́ lui dans une situation qui pourrait tout compromettre[8] »)

             … de Mohamed Seddiki et Christopher Caulier, avec Andranic Manet.

            (2025. « Diamant est une jeune dakaroise de 15 ans qui rêve de faire des films, seulement sa famille a d’autres plans pour elle. Le matin d’un rendez-vous auquel elle ne veut

surtout pas se rendre, elle ne se réveille pas[9] »)

            … de Kevin Aubert

            (2024. « Sam et Lola ne supportent plus leur troisième coloc, l’infernal Kevin. Lorsqu’elles le tuent par accident, elles décident de cacher le corps… jusqu’à ce que Katty, la copine de Kevin, débarque dans l’appartement…[10] »)

            … de Mahaut Adam. Mauvais genre… 

            (Entre autres -mais pas que-, pour détourner l’attention de policiers, une des filles s’écrie, Là, Marion Maréchal à poil !)

            … et humour noir. Mon préféré.

            (2026. « 1944. Dans le massif du Vercors s’organise l’un des bastions majeurs de la Résistance française. Face à la menace croissante, l’armée allemande lance l’assaut. Grièvement blessé, Pierre tente de fuir lorsqu’il se retrouve face à Franz, un très jeune soldat allemand, tout aussi désemparé que lui[11] »)

            … de Hugo Lange, dont le titre n’est pas tout à fait approprié. Je l’aurais plutôt appelé « Cervidae » (mais ça aurait manqué de poésie) vu que c’est une biche ou un daim qui détourne l’attention du soldat allemand et permet au Français de fuir. Film très court (à peine plus de 2 minutes) mais dense.

            (2025. « Dans les années 1990, Karolina, 13 ans, se voit offrir la chance de rejoindre une prestigieuse chorale où chante déjà sa sœur Elle attise toutefois les jalousies des autres filles quand elle devient la favorite de leur chef de chœur. Le portrait tout en délicatesse d’une adolescente dont le talent et les rêves pourraient être brisés par la manipulation et l’abus d’autorité[12] »)

            … film tchéco-slovaque d’Ondřej Provazník, en compétition pour le prix Solveig Anspach et que j’aurais pu voir à Arras.           

            Dans la lignée de Karla. Beaucoup de délicatesse (du viol on ne voit que les jambes des protagonistes). Si j’ai mis 5 aux deux films précédents (c’est la première fois que je mets des notes aussi hautes)  celui-ci mériterait un 6. Comme cela n’est pas possible, je lui attribue un 5 en espérant qu’il remportera le prix.

            (2026. « Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine Cristina, une peintre italienne. Alors que tout le monde prépare une soirée d’anniversaire surprise pour Nora, trois hommes rôdent autour de la maison et s’invitent à la fête, faisant surgir des secrets bien gardés[13] »)

            … de Léa Mysius, seule réalisatrice (c’est un peu frustrant) présente cette année avec son chef opérateur Paul Guilhaume. Elle a étudié le scénario à la Femis.

            Film adapté (en a gardé le titre) du roman de Laurent Mauvignier dont Léa Mysius a ôté tous les flash-back pour se concentrer sur l’action.

            L’action : se situe dans une ferme isolée en face de laquelle vit une peintre italienne dans une construction moderne. Les fenêtres de l’une permettent de voir dans l’autre.

            Des dangers que représente la mise de vidéos personnelles sur les réseaux sociaux.           

            Film sur la transmission de la violence (la petite fille tue son père biologique qui menace sa mère, il lui faudra vivre avec ça) et choisit sa famille (sa mère et son père adoptif).

            Pour accompagner son film, Léa Mysius a trouvé une des rares musiques qui s’intitulent Ida, en résonance avec le prénom de la petite fille.

            Histoires de la nuit aété tourné en 31 jours (la cinéaste a rencontré ses comédiens un an avant) soit 20 plans par jour, ce qui est beaucoup. Le luxe de douter était exclu. Cinq minutes de doute et le bateau coulait. Tout était noté. Le tournage est une expérience de transe. Il y a un côté performance sur un plateau.

            Trois mois de montage (aujourd’hui = ôter ce qu’on ne veut pas). Travail à l’économie. 

Vendredi 24 juillet  

            Je fais l’impasse sur Thelma (Joachim Trier ; déjà vu) et la conférence de Thierry Laurentin (dont les copains ressortent enthousiasmés ; je rate quelque chose, tant pis) sur l’histoire du box office en France, 1945-2025.

            (2015. « Ena, onze ans, rencontre un jeune pêcheur sur un port. Il lui offre une anguille et lui donne rendez-vous pour le dimanche suivant de l’autre côté de l’étang. Il faut qu’elle y soit[14] »)

            … de Léa Mysius et Paul Guilhaume.

            Pour parvenir  ses fins, Ena n’hésite pas à mentir à ses parents et à se servir d’un jeune garçon au visage brûlé. Mais les vents joueront contre elle.

            Ce court métrage est suivi du premier long métrage,

            (2017. « Ava, 13 ans, est en vacances au bord de l’océan quand elle apprend qu’elle va perdre la vue plus vite que prévu. Sa mère décide de faire comme si de rien n’était pour passer le plus bel été de leur vie. Ava affronte le problème à sa manière. Elle vole un grand chien

noir qui appartient à un jeune homme en fuite…[15] »)

            … de Léa Mysius. Avec Noée Abita et Laure Calamy.

            Film de fin d’étude. Tout part de l’image qu’a la cinéaste d’un chien noir qui se faufile sur une plage entre des corps luisants de crème solaire. Ensuite, suite à une migraine ophtalmique, lui vient l’idée des problèmes de vue dont souffre Ava.

            Film sur les sens : en perdant la vue, Ava développe ses autres sens → espoir.

            Allongement de focale pour matérialiser la perte de la vision périphérique, la faire disparaître.

            Dans la première séquence Léa Mysius utilise toute la palette des couleurs qui peu à peu disparaissent pour finir vers le noir. Pas de réalisme.

            Le cinéma ne peut pas résoudre des problèmes politiques mais peut donner une nouvelle représentation du monde.

             (2026. « Un refuge de montagne. Trois femmes qui s’y succèdent pour accueillir les randonneurs et entretenir le lieu. Dans ce coin du bout du monde, le passage du temps est paradoxal : il semble arrêté mais enjambe les saisons et les époques. On y fait surtout des rencontres aussi improbables que marquantes avec un militant écologiste, un soldat et un Grand Tétras[16] »)

             … de la Belge Manon Coubia, dernier film en lice pour le prix Solveig Anspach.

             Film quasi documentaire (j’en trouve d’ailleurs le résumé sur internet sur le site « Visions du réel ») qui détonne avec les cinq autres. Je m’endors doucement vers la fin. Annie me réveille à temps pour que je voie le Grand Tétras qui n’a pas été filmé par la réalisatrice mais est extrait d’un autre film.

             Note : 2

Samedi 25 juillet

            (2012. « Maëlys, huit ans, habite dans une campagne reculée avec ses parents. Insolente et solitaire, elle passe sa vie dans les bois et les marais. Un jour, elle trouve au milieu des roseaux le cadavre d’une jeune fille nue. Fascinée par sa beauté et sa texture, elle décide de l’emmener dans sa cabane…[17] »)

            …  de Léa Mysius.

            La jeune actrice ne voyait pas une morte mais une personne vivante. Faire jouer des enfants demande un travail de trois mois en amont.  

            Montage fait de  petits bouts  de film où la femme brune (qui se plaignait de mouches

sur son corps nu) retenait sa respiration.

            Le film se termine par l’incendie de la cabane de Maëlys auquel elle assiste en compagnie de son père : l’incendie s’est-il déclaré parce que la petite fille jouait avec un réchaud ? Ou bien est-ce le père qui a mis le feu pour faire disparaître le cadavre (est-il l’assassin de la jeune femme) ?

            17h. Rencontre, animée par Bernard Payen (responsable de programmation à la Cinémathèque française), avec Léa Mysius et Paul  Guilhaume.

            Ce dernier nous dit l’importance de la lumière pour créer l’espace et le volume.

            Pour tourner sur pellicule il faut éclairer quatre fois plus qu’en numérique. En numérique on ajuste tandis qu’en argentique on règle. Cette révolution technologique abolit les ombres. Et avec elle il n’y a plus de limite de temps. Au contraire elle en fait gagner. Est-ce la raison pour laquelle les films d’aujourd’hui durent généralement plus de deux heures ? Probablement, dit Léa Mysius. Si les producteurs (et les distributeurs ?) demandent aux cinéastes de faire des films d’une heure et demie, les réalisateurs se font plaisir et en rajoutent (et c’est dommage ; bien des films seraient meilleurs s’ils étaient plus courts[18])

            Le côté féministe de Léa Mysius s’exprime par le fait que, dans ses films, les femmes sont aussi ambigües que les hommes.

            Le calendrier des films est réglé d’abord en fonction de Cannes puis des autres festivals : c’est important pour la vente. La date de sortie est choisie par le distributeur et les avant-premières sont importantes pour la vente à l’international. Les cinéastes accompagnent leurs films pendant un an.  

            (A noter : le goût de Léa Mysius pour les petites filles pas commodes aux prénoms courts -deux syllabes-  se terminant par la lettre a. Et pour les grands Noirs –Ava, Les cinq diables[19])

            21h. Remise des prix en présence de Léa Mysius mais pas de Paul Guilhaume, retenu par ses devoirs de papa (la réalisatrice avait cet après-midi leur petite fille dans les bras)

            Après cela vient le film de clôture :

            Fjord…

            (2026. « Les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, s’installent dans un village au bout d’un fjord où ils se lient rapidement d’amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants des deux familles deviennent très proches, malgré des éducations différentes. Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle que les enfants Gheorghiu reçoivent de leurs parents pourrait en être la cause[20] ».

            … de Cristian Mungiu qui a reçu sa deuxième palme d’or pour ce film que nous présente brièvement N. T. Binh.

            Le point de départ : un fait divers mettant en cause une famille roumaine souhaitant vivre en Norvège et dont C. Mungiu a rencontré les principaux protagonistes pour leur poser des questions.

            Avec Renate Reinsve vue chez Joachim Trier (Julie en douze chapitres, Valeur sentimentale) et Sebastian Stan, acteur américain d’origine roumaine, connu (mais pas par moi) pour ses rôles dans l’univers cinématographique Marvel et (là je l’ai vu mais ne le reconnais pas, c‘était pourtant il y a seulement deux ans) dans The Apprentice dans lequel il interprète Donald Trump.

            Cristian Mungiu prépare ses œuvres cinématographiques en travaillant individuellement avec ses acteurs. Il filme les répétitions et tourne en plans-séquences.

            Les prochaines Ciné-Rencontres auront lieu du 17 au 24 juillet 2027.


[1] https://www.canalplus.com/cinema/curiosity-on-planet-mars/h/31446084_50008/resume-casting/

[2] https://www.unifrance.org/film/59638/j-ai-avale-une-chenille

[3] Catalogue des Ciné-Rencontres

[4] https://www.unifrance.org/film/60614/comme-si-la-terre-les-avait-avalees

[5] https://www.academie-cinema.org/films/mort-dun-acteur-47043/

[6] https://www.luxfilmfest.lu/films/karla/

[7] https://www.cinematheque.fr/film/155667.html

[8] http://www.annee0.com/_/saint-honore/

[9] https://www.academie-cinema.org/films/ne-reveillez-pas-lenfant-qui-dort-47044/

[10] Catalogue des Ciné-Rencontres

[11] Id.

[12] https://www.arrasfilmfestival.com/blog/programmation/visions-de-l-est/broken-voices.html

[13] https://www.unifrance.org/film/62731/histoires-de-la-nuit

[14] https://www.unifrance.org/film/41459/l-ile-jaune

[15] https://www.cinematheque.fr/film/135588.html

[16] https://www.visionsdureel.ch/film/2026/foret-ivre

[17] https://www.brefcinema.com/actualites/cahier-critique/cadavre-exquis-de-lea-mysius

[18] Ndlr

[19] Id.

[20] https://www.google.com/search?q=fjord&sca_esv=12e2dcfd274873dd&sxsrf=APpeQnsiA0hM5Uu

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