
Se soulever contre un ordre du monde trumpiste, extractiviste et ultra-libéral, manipulé par des Stérin et autres Bolloré, qui se moque bien des rapports du GIEC, de la préservation de la planète, nie même l’évidence sensible (par les tempêtes, inondations ou incendies) du réchauffement climatique au nom de vérités dites « alternatives » au service d’un pouvoir aveugle et du règne implacable de l’argent-roi.
Ne pas s’enfermer toutefois dans la haine, mais lutter au nom d’une saine et nécessaire révolte, pour l’amour des territoires, « l’épaississement » de la vie concrète, du bonheur des générations à venir, célébrer cette nature de plus en plus bafouée dpuis le remembrement d’après-guerre par la suppression des haies, la déforestation à outrance (qu’on pense aussi à l’Amazonie !), le pompage éhonté des nappes phréatiques, l’artificialisation des sols ou l’étranglement, le détournement des cours d’eau – toutes interventions humaines face auxquelles la nature finit par se venger, par déborder de colère destructrice – on le mesure un peu – ou beaucoup ! – chaque jour…
Célébrer la nature au présent, le chant si étrange (mi-criard, mi fricatif) des engoulevents, la beauté des espèces menacées (telles les outardes), l’amour pour les agneaux nourris au biberon, les vaches salers d’une jeune agricultrice – même au prix d’une formation dans la boucherie pour apprendre à découper la viande avec art…
Assister en ce mardi 9 mars avec une asssitance de 70 personnes (comme aux temps d’avant Covid) à une soirée-débat présentée par notre présidente Marie-Annick, animée par la présidente d’ATTAC 45, Marie-Dominique Dupont, qui retrace l’histoire des Soulèvements de la terre et rend ses lettres de noblesse au combat lucide, courageux, admirable de ces jeunes écologistes, éleveurs et agriculteurs que le gouvernement (avec l’ancien ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin) et l’extrême droite (avec sa perversion du langage et sa glorification des puissants et de l’injustice sous couvert de défense du peuple) ont salis et retournés sous le scandaleux vocable d' »éco-terroristes » matraqué (c’est le cas de le dire) à qui miuex mieux dans les media depuis les événements autour de la bassine de Sainte-Soline !

Admirer au contraire ces jeunes qu’on devrait remercier et saluer bien bas pour leur audace bienveillante, leur clairvoyance rare, leur éloquence émouvante et l’impressionnante maturité de leurs propos et de leur activisme, nourris tant par une connaissance scientifique des problématiques écologiques que par une passion chevillée au corps et à l’âme. J’ai trois fois leur âge – et bien qu’un peu militant, au moins anti-raciste et anti-RN, j’ai l’impression d’être trois fois moins averti, courageux et actif ! ! Et ce sont ces jeunes que l’on criminalise pour quelques actions musclées, au prix d’un déploiement policier violent et disproportionné (tu ou minimisé à la TV), pour une vitrine de tableau sali dans un musée (est-ce si grave même si l’on peut s’interroger sur le bien-fondé ou l’efficacité de cde type d’action) ! Le 25 mars 2023, 5200 grenades opposées à 30 000 personnes dans un champs à ciel ouvert, une grenade toutes les 2 secondes, des arrestations par la police anti-terroriste, des gardes à vue de pas moins de…. 96 heures !! Ce fut pour ces jeunes un véritable traumatisme, documenté par la Ligue des droits de l’homme – là où l’on aurait dû les remercier et les féliciter pour leur refus de la fatalité, pour leur dévouement prophétique, pour la lumière de leur regard, de leur sourire bienveillants…

Apprendre aussi grâce à ce film si riche, à ce portrait choral de Thomas Laporte, fait d’images d’archives dramatisées en noir et blanc, de photos en couleur de nos riantes campagnes et d’entretien face caméra toutes les formes de lutte des Soulèvements de la terre rejoints dans leurs combats par Sud Solidaires, ATTAC, la Confédération paysanne… J’ai appris bien des choses que j’ignorais ou mesurais mal : le combat contre l’autoroute A69 Castres-Toulouse si contestée, les ateliers d’auto-construction de machines-outils agricoles, ce glacier près de Chambéry défendu par des jeunes y campant et y plantant fièrement, par défi aux exploitants-exploiteurs sans scrupule de la montagne, leur panneau « Ecolos un jour, Ecolos toujours », les retenues collinaires sur le flanc d’un massif pour amener docilement des pistes de ski au pied des chalets d’ultra-riches peu soucieux du bien commun, les fermes solidaires ou les 1000 repas du Grenier inter-cantines qui donnent envie de « faire grève pour…bien manger » ! Sans oublier la savoureuse anecdote, témoignant de l’humour et de l’inventivité des militants de la terre, autour de l’épisode médiatique de Sainte-Soline : les forces de l’ordre ont vu passer, médusées et impuissantes, au-dessus de leurs têtes, des cerfs-volants aux mille couleurs, porteurs de boules d’argile qui contenaient des lentilles d’eau destinées à rendre inutilisable l’eau des bassines ainsi envahies !
Adhérer à ces combats inter-générationnels et collectifs (sans Je, ni prénom, ni lieu de vie pour se protéger aussi de la censure ou des poursuites) car le documentariste a pris soin de mettre en scène également aux côtés des jeunes des anciens : un père que son fils rudoie avec tendresse pour l’avoir interrompu, un grand-père débordant de tendresse pour sa jeune interlocutrice, l’ancien maire d’un village qui retrace bien l’histoire de l’agriculture, déplore le productivisme des firmes agro-alimentaires et évoque avec amertume mais sans désespoir la difficulté, l’inanité parfois aussi, de l’action politique, du cadre légal dans lequel pourtant il faut demeurer autant que faire se peut. 3 générations nous parlent ici et nous alertent, de 20 à 80 ans…Il s’agit pour le réalisateur de « saisir l’intime », de rechercher « l’écart face aux normes, le surgissement de la parole », de célébrer « une mémoire incarnée et vive, un présent qui – déjà – fait Histoire », de créer « un sensorium en noir et blanc, avec des fulgurances en couleur », le temps d’une rêverie, d’un souffle animal. Dire la communion, la fusion de l’homme et de la nature, dans un parcours géographique dont on peut seulement regretter, peut-être, qu’il soit presque exclusivement rural et pas assez citadin.
Vibrer dans la communauté d’une salle de cinéma face à de puissantes images de vie collective, comme cette construction d’une charpente qui nous rappelle l’une des plus belles scènes de Witness de Peter Weir, magnifiée par la musique de Vangelis.

Débattre enfin, comme nous l’avons fait lors de cette grande soirée documentaire des Cramés, où l’assistance nombreuse n’était pas composée que de cinéphiles mais aussi et surtout de militants et d’agriculteurs, dont les prises de parole fortes et expertes m’ont beaucoup touché. Des rappels de dates et de chiffres aussi, l’abandon du projet si controversé de Notre-Dame des Landes en 2018 (une vraie victoire pour les écologistes), les ZAD (Zones A Défendre), la création des Soulèvements de la terre pendant le Covid en 2020 (150 comités locaux actuellement, 200 000 militants s’en réclamant actuellement), la tentative de dissolution de ce collectif de plus de 100 associations par Gérald Darmanin, heureusement cassée par le Conseil d’Etat.
Pour cette célébration de la nature (qu’une Cramée a pu associer au récent Chant des forêts de Vincent Munier) et l’épisode de l’engoulevent, de son chant si unique, il me revient en mémoire une chanson de Barbara, dont le fleur d’âme, la voix subtile, toujours sur une ligne de crête, me semble bien épouser tout à la fois la sacralisation de la nature et l’inquiétude pour son devenir dont ce film se fait porteur…
« Je portais, en ces temps, l’étole d’engoulevent
Qui chantait au soleil et dansait dans l’étang
Vous aviez les allures d’un dieu de lune inca
En ces fièvres, en ces lieux, en ces époques-là
Et moi, pauvre vestale, au vent de vos envies
Au cœur de vos dédales, je n’étais qu’Ophélie
Je me souviens de vous,
Du temps de ces aubades
Là-bas, à Marienbad
Là-bas, à Marienbad
Mais où donc êtes-vous ?
Vous chantez vos aubades
Si loin de Marienbad
Bien loin de Marienbad »

Claude