Le Journal de Dominique – Animal Totem – Benoît Delépine 

Mardi 11 novembre

16h. Animal totem

Conte écolo tourné dans un format qui n’existe pas, plus large que le cinémascope en utilisant les marges de ce dernier, Ce n’est peut-être pas le plus grand film cinématographiquement parlant, mais c’est le plus grand par la taille ! dit Benoit Delépine, qui est accompagné par son actrice Solène Rigot.  

Le personnage interprété par Samir Guesmi…

(Benoît Delépine dit l’avoir rencontré dans un festival où il avait gagné quatre prix pour un court métrage, faisant à chaque fois un discours différent, et sa simplicité l’avait séduit. Samir Guesmi : « Ibrahim, mon premier film comme réalisateur, avait été sélectionné au festival du film francophone d’Angoulême en 2020. Benoît Delépine et Gustave Kervern, qui coprésidaient le jury, m’avaient donné quatre prix. A chaque fois que je montais sur scène pour les recevoir, j’hallucinais ! Benoît m’a expliqué que mon attitude ce jour-là l’avait convaincu de me donner le rôle principal de son nouveau film, Animal totem : un homme en costume-cravate qui se promène avec sa valise à roulettes dans les champs et les banlieues de Picardie. Ce personnage énigmatique et déterminé dans sa mission m’a tout de suite plu. Darius suscite l’intérêt, dans le sens où on le découvre au fur et à mesure de son cheminement. Quand je comprends tout d’emblée, je m’ennuie. Ce qui m’intéresse, c’est l’inconnu »)

… part, depuis l’aéroport de Beauvais où il déclare avoir perdu ses papiers, à pied à travers la campagne, suivant des routes et des chemins et coupant parfois à travers champs de tournesols et de maïs, consultant une boussole pour s’orienter. Il traîne derrière lui une valise à roulettes attachée à son poignet par des menottes et fait diverses rencontres : un policier stagiaire qui se prend pour le taxi driver de Scorsese…

(Il rappelle ceux de Dossier 137 et fait très peur quand il énumère avec gourmandise toutes les armes dont il disposera quand il sera titulaire)

… des joueurs de billard qui l’invitent à une partie (malgré son poignet menotté à la valise il réalise du premier coup un sans faute) ; des enfants qui apprennent à tirer à l’arc…

(Il met trois fois dans le mille, une seconde flèche venant s’encastrer dans la première et une troisième dans la seconde, ce qui donne une longue tige mouvante ondulante et fait demander à une gamine, Ça vaut combien de points ?)

.. un chasseur en tenue de camouflage qui le menace de son fusil et dont il se débarrasse par un tour de passe-passe que j’ai oublié de la magie, dira Annick– ; un poète (c’est Patrick Bouchitey) ; le conducteur d’une voiture qui s’arrête pour lui demander d’un ton peu amène, Qu’est-ce que vous faites là, à quoi Samir répond -allusion au bouddhisme-, Je suis sur la voie du Grand Véhicule ; une jeune fille qui s’introduit chez les vieux pour chercher leurs codes internet et se faire des virements, des animaux… 

(Oiseaux divers ; biche ; limace qu’il sort d’un champ pollué pour la déposer plus loin sur une feuille saine etc.)

… des loubards qui l’attaquent et dont il se débarrasse en faisant tournoyer sa valise, un autre qui l’attire chez lui afin de l’affronter dans une cage, mais Samir d‘une pichenette l’envoie à terre. En gage : le contenu de la valise, qui se révèle être vide.

Finalement il se retrouve à la Défense où il a rendez-vous avec le PDG de Totem Energies (c’est Olivier Rabourdin), qui est un salopard de première, amateur de chasse en Afrique et, Samir prétendant être lui aussi chasseur (de sangliers), l’invite à venir dans sa propriété. Là, Samir dévoile son jeu : il veut faire signer par Olivier un papier dans lequel il renonce à acheter un terrain pour implanter une nouvelle usine. Olivier, naturellement, refuse et Samir le tue en lui envoyant un projectile dans le front, après quoi il lui tranche la tête le système d’ouverture du portail dépendant d’un scanner de l’iris de l’œil du propriétaire

(Une dame évoque Quentin Tarantino mais Benoît Delépine dit que ce n’est pas le cas : il n’y a pas de sang)

… en sautant à pieds joints sur la valise dans laquelle il a fourré ladite tête qu’il va ensuite jeter dans une benne à « déchets non revalorisables », et le cinéaste avoue qu’il a fait trancher la tête pour le plaisir de tourner cette scène, il n’a rien contre les mecs du genre d’Olivier mais contre ce qu’ils ont dans la tête.

Et Samir retourne à pied (pour l’empreinte carbone) à l’aéroport de Beauvais près duquel il a garé son tracteur et retrouve son champ où il fait pousser des légumes bio. Il a trouvé son animal totem : l’abeille.

Dominique

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