Amis Cramés de la Bobine, Bonjour!

Durant cette pandémie, nous souhaiter bonne chance serait indécent, car nous savons que si toutefois nous en avions, d’autres en auront moins que nous. Et puis ce blog est conçu pour parler de cinéma. Pour en parler comme des amateurs, pour partager,  c’est ce qui compte.  Le blog sert habituellement à commenter des films que nous avons vus, le plus souvent ensemble,  lors des séances des Cramés de la Bobine et parfois ailleurs. 

Savez-vous qu’il y a environ 350 lecteurs par mois pour ce blog ? Si l’on en croit le module d’analyse, il y a même des lecteurs dans une dizaine de pays. (J’en profite pour saluer et transmettre mes amitiés à Don, USA.). Je me dis que pendant cette crise sanitaire majeure, si ça va bien pour vous, peut-être vous sera-t-il loisible de parler de ce que vous avez vu à la télé, sur un DVD, peu importe.

Vous avez vu un film, il vous a plu,  parlez-nous en. 

Si le cœur vous en dit, vous postez votre commentaire sur le site, vous pouvez aussi l’envoyer à georges.joniaux45@orange.fr Le cinéma selon chacun en somme !

Pour commencer  cette série… vous trouverez ci après « le Ciné de Marie ». Nous vous en souhaitons bonne lecture. Prenez soin de vous, au plaisir de vous lire !   Amicalement

Notes sur 2 films que je viens de voir.

Ciné Paradis, vu 3 billboards de Martin Mcdonagh, avec Frances Mc Dormand, si vous vous demandez s’il faut voir ce film, dont les radios, les journaux ont parlé tant et plus,   empruntez le Télérama du 20 au 26 janvier, il raconte tout, vous ferez des économies, c’est encore mieux que le ciné à 3€50 du même journal. J’ai vu ce film au nouveau cinéma de Fontainebleau, dans une très belle et confortable salle…ça ne saurait consoler de la lourdeur et des grosses ficelles du film et aucun fauteuil n’est assez confortable pour quelqu’un qui s’ennuie.

Alticiné, vu hier, une femme douce de Sergei Loznitsa, je vous livre un extrait de la très belle critique de Jacques Mandelbaum pour « le monde » :

« Voyage infernal et dantesque, qui voit la pauvre femme, percluse dans une incompréhension et une douleur muettes, chercher à rencontrer l’emprisonné et se heurter, de scène en scène, à l’éventail complet des rétorsions d’un système oppressif qui réduit l a société à une geôle. Le bus rempli de mégères venimeuses. Le train occupé par des patriotes obtus. Les matons sadiques. Les flics corrompus. Les matrones perverses. Les alcooliques déments. La pègre partout, et les filles qui vont avec. Le tout dans un environnement sordide où la délégation pour les droits de l’homme, tenue par deux délégués tremblants, relève de la pure bouffonnerie».

L’univers du film serait un peu celui d’un peintre tel Lucian Freud, aucun détail sordide (mais réaliste en fin de compte) ne nous est épargné. Sauf qu’ici le réalisateur a une prédilection pour le sépia et les teintes obscures. Ses intérieurs sont des cloaques, ses extérieurs sont des zones décrépites,  « crapoteuses », ou des espèces de « non-lieux ».

Trop c’est trop, serait-on tenté de dire, mais contrairement au film du dessus, le réalisateur a l’outrance lucide et volontaire. Il a quelque chose à dire. Il y a une sorte de métaphore d’un gros proxénète dit à la femme quelque chose comme «  tu veux ton mari, tu n’en retrouveras que des morceaux… Et c’est ça que tu veux ?  » Et la métaphore plus générale du film dit quoi ?

 

 

Addict et Rétro

Semaine Télérama, soirée Opéra, sorties Alticiné … passer sa vie au cinéma et puis le temps d’un jour, de plusieurs même, ne pas y aller … Ressentir le manque du Grand écran, une belle sensation assurément !

Pas pour aujourd’hui « Une femme douce », ni pour demain « La villa », pour mercredi ?
pas pour jeudi « Maria by Callas » (à 20h), et vendredi ?

Mercredi et vendredi, en profiter pour revoir, à la maison, en « petit » quelques films des frères Taviani.

Les Frères Taviani : une suggestion pour la prochaine rétrospective.
Vittorio a 88 ans et Paolo 86 ans. Il ne faudrait pas trop tarder.
Voir « Padre Padrone » sur grand écran, le rêve …
Revoir « Cesare deve morire » sur gtand écran !
Qu’en dites-vous ?

Paolo et Vittorio Taviani – Ciné-club de Caen

Marie-No

2018! Bonne année, bonne année cinématographique !

 

Nous ne savons  pas s’il existe beaucoup de sites comparables à celui   des Cramés de la Bobine, c’est une mine d’informations pour tous les cinéphiles. Il est à la fois avenir,  avec ses présentations complètes de la programmation et passé puisqu’il en garde trace, et quelles traces !  Il y a aussi ses diaporamas, ses événements, son malicieux quiz et une nouvelle rubrique « cinéma d’ailleurs ». Et puis il y  a son Blog,  une expérience  dont nous voudrions vous toucher quelques mots :

Nous l’avons ouvert il y  a  juste 2 ans et nous proposions ceci :

« Vous aimez le cinéma, les cramés de la bobine, vous aimez son site, nous espérons que vous aimerez son Blog… Mais un blog, pour quoi faire ?

Pour prolonger les débats du mardi et tous les autres débats sur la sélection des Cramés de la Bobine. Pour continuer la discussion. Les débats c’est une manière de croiser nos regards, d’échanger sur les films, c’est le lieu ou chacun dit ce qu’il veut, ce qu’il pense, et ou on peut se dire « bon sang, mais c’est bien sûr !» ou encore « je ne suis pas en accord avec cette manière de voir… »

Aucun débat ne peut épuiser un film, il donne toujours à voir  plus que nos commentaires… et nous avons souvent hélas, l’esprit de l’escalier, c’est quelquefois après le film qu’on a le plus à dire. Et certains d’entre nous n’aiment pas trop parler en public. Alors pourquoi ne pas continuer la conversation ici ?
…Et puis on peut aussi, tout simplement y écrire, j’aime ou je n’aime pas ce film, sans plus de justification.  Vous avez aimé, vous n’aimez pas, dites le ici. Avec vos avis nous améliorons ensemble notre sélection ».

C’est ce que nous avons fait avec passion, dans notre diversité, dans un esprit de débat. Impossible de savoir combien nous avons de lecteurs, c’est un des charmes des blogs, mais les auteurs sont sûrs d’être lus, le Blog a ses fidèles, ses « accros » même qui guettent les nouveaux articles dès le mercredi !

Nous avons actuellement 14 rédacteurs réguliers et aimerions en avoir davantage en 2018.
Et si vous vous lanciez ? C’est le premier article le plus difficile.

Ces 14 auteurs ont produit, depuis la création du blog, quelques 190 articles et 68 commentaires !

107 articles, rien que cette année !
Articles de Marie-No, Françoise, Laurence, Marie-Annick, Claude, Michel, Georges et ceux de trois nouveaux auteurs Pauline, Marie et Klaus qui ont fait des débuts de blogueurs remarqués et à qui nous souhaitons la bienvenue !

Nous écrivons parce que ça nous plaît. Ca nous plaît de nous « refaire le film », de revoir les images qui nous ont marqués, de nous repasser les dialogues, de dire qu’on a aimé le film, un peu, beaucoup, pas du tout.

Nous écrivons avec le souci de vous plaire et en même temps, nous savons que vous n’êtes pas toujours d’accord avec nos réactions.
Et si vous l’écriviez ? Essayez-vous au blog, vous verrez, c’est réjouissant  ! C’est une manière de poursuivre le débat. Un film qui n’est pas rejoué,  réinterprété dans notre for intérieur, est un film inutile. Et le cinéma est une source heureuse de notre connaissance.

Nous souhaitons à tous, auteurs, futurs auteurs, lecteurs, futurs lecteurs,

une très bonne année cinématographique 2018

Les auteurs du blog des cramés de la bobine.

A serious man-Retrospective des Frères Coen (3)

A serious man

Les films des frères Coen (pour les 3 que j‘ai vu), se prêtent peut-être particulièrement bien à une interprétation ou une lecture « méta.. », à une projection subjective d‘un éventuel « sens » au fond de la perception plus ou moins immédiate des images et des sons.

« A serious man » débute avec une scène d‘apparence peu en relation avec le reste du scénario : par un temps d‘hiver un jeune homme revient à la maison d‘une sortie au stettl (« mir », village juif en Europe de l’est). Sa femme, le bébé sur le bras l’attend devant le feu ouvert. l’homme raconte qu’il a rencontré le rabbin Groshkover et qu’il l’a invité à prendre la soupe. Sa femme lui repond que Groshkover est mort depuis trois ans. Elle en est sûr. Mais on frappe à la porte et Groshkover apparaît dans l’ouverture. La femme est persuadée qu’il s’agit d’un « dibbouk » et finit par lui planter un pic à glace dans la poitrine. Groshkover-dibbouk dit à voix basse « on sent quand on n’est pas désiré », sort et disparaît dans la nuit hivernale.

Dibbouk ou dibuk : selon le folklore yiddish le méchant esprit d’un être mort qui torture une personne à laquelle il s’est attaché (documenté depuis le 16e siècle). L’ethnographe, journaliste et écrivain Sh. An-Ski 1, créa une pièce de théâtre (en russe et en yiddish): « Le Dibbouk », qui a eu sa première à Warsowie en 1920, un mois après la mort de l’auteur. En 1937 le très prolifique réalisateur et producteur polonais Michał Waszynski2 fait sortir la pièce au cinéma. Le Film est peut-être le plus élaboré, probablement le plus connu des films en yiddish et une référence aussi pour Joel et Ethan Coen3. Chez Anski (et dans le folklore) l’esprit de l’amant – mort de chagrin car refusé par le père de sa fiancée – incube celle-ci qui se refuse à un mariage « plus avantageux », et se meurt. De chagrin, on dirait, mais pour son entourage le dibbouk l’a fait mourir. Tous acceptent l’insuccès du rituel de l’exorcisme, ils subissent l’autorité du dibbouk comme celle du père avant. Chez les Coen – différence significative – le dibbouk n’est pas l’esprit invisible d’une personne morte qui s’attache aux vivants mais – pour la jeune femme – celui qui apparaît vivant bien qu’elle le sache mort. Le dibbouk malfaiteur fait partie de son savoir. Elle sait quoi faire, elle agit brutalement. A-t-elle chassé le dibbouk ou tué le rabbin? Où l’impulsion courageuse mue par la connaissance de faits et nos « croyances » nous mènent  sinon au doute et aux angoisses ?

Le film nous conduit ensuite dans une sorte de « garden city » où des villas modestes, quasi uniformes, espacées par des surfaces de gazon, prêtent une vue calme, rangée, voire ennuyeuse. Joel et Ethan Coen, semble-t-il, ont grandi dans une telle cité-dortoir près de Minneapolis, 400 km au sud du Canada sur le Haut Missisippi dans les années 1960, du temps de la sitcom F troop à la télé (une farce de la guerre nord-sud de 1860) et du groupe rock « Jefferson Airplane ». Leur mère enseignait l’histoire d’art au St. Cloud State College, leur père l’économie à l’Université de Minnesota. Le scénario nous fait entrer dans le quotidien de ce voisinage, en particulier dans une famille juive peu pratiquante. La mère Judith qui se prépare et prépare son mari à divorcer pour vivre avec le meilleur ami des deux qui a perdu sa femme (mais l’ami meurt dans un accident de voiture), le père Larry, professeur de physique en attente de sa « tenure » (poste à vie), surpris par les propos de sa femme et leur ami Sy, la fille Sarah adolescente préoccupée par sa coiffure et ses sorties avec des copines, le garçon Danny qui prépare sa bar-mitsva en apprenant par coeur un passage de la Torah à l’aide d’un disque vinyle, se querelle avec sa sœur et fume des joints. Pendant le cours d’écritures hébreu au collège juif, qui ne l’intéresse donc pas, il écoute une cassette de Jefferson Airplane. Il se fait surprendre et voit son petit appareil confisqué. Ce qui l’amène, en compagnie d’un camarade à un cambriolage nocturne du bureau du professeur – sans succès.

On suit également le père à son lieu de travail (au tableau noir des équations, le chat de Schrödinger, illustration de la « relation d’incertitude » de la mécanique quantique et de l’intervention rien que par l’observation : l’observateur l’agent de vie et de mort du chat ?). Larry, bouleversé par trop d’adversités dans l’actualité de sa vie (plus ou moins graves, drôles ou moins drôles), « gentiment » expulsé par Judith et Sy au Motel à côté, se demande naïvement où est sa faute. Doutant désespérément de lui-même et conseillé par Judith,  il se tourne vers les autorités religieuses. Le rabbin junior, ensuite le vieux rabbin lui servent des réflexions de farceurs sur Sa volonté (celle de Dieux) épicées par des observations banales réalistes et « hyperréalistes »4 – version dérisoire des sophismes talmudiques salutaires d’un rabbin Small5. Ce qui fait penser et objecter Larry : ne suis-je pas un homme sérieux ? Sa recherche dans cette voie se termine par le refus de sa Sagesse Suprême, le vieux rabbin Marshak, de le recevoir. Je suis tenté de penser à une « théologie » qui reconnaît dans les édifices religieux un noyau « anti-autoritaire » qui renvoie les humains à leur organisation du social et une personne à « maîtriser son destin ».

Épisode culminant du film : la mise en scène de l’initiation liturgique (du grec leitourgia : « le service du peuple ») du jeune homme, sa bar-mitzva, la célébration de sa majorité religieuse. La grande synagogue dans toute sa splendeur du chabbat. Le jeune homme – nous savons qu’il ne sait pas lire – crée un doute, un silence pénible dans le rond de la salle pleine sur tous les rangs jusqu’à ce qu’un des anciens commence à entonner le passage de la semaine de la Bible sur lequel on lui a mis le yad, le pointeur qu’il tient. Il peut alors poursuivre avec ce qu’il a appris du disque et à la fin la cérémonie a élevé, semble-t-il, les esprits de l’ensemble des convives notamment ceux des parents.

Suivant la coutume Danny a encore à se rendre à l’étude du même Rabbin Marshak, incarnation de la sagesse suprême, qui n’a pas voulu recevoir son père. Il entre, le pas hésitant dans le cabinet meublé à l’ancienne, et s’assoit en face du vieux vénéré silencieux derrière son bureau sous le tableau du Caravage «le sacrifice d’Isaac »6. Aprés un long silence, le rabbin tire de son tiroir – l’enregistreur de cassette confisqué par le professeur, cite les noms des membres du groupe et la phrase de la chanson d’amour de Jefferson airplane « quand la vérité se révèle étant des mensonges » (when the truth is found to be lies), pousse l’aparail vers Danny et prononce la quintessence de sa sagesse : soit un garçon bien. Voilà la chute dramaturgique de la séquence rabbinique du film, de l’excursion théologique.7

Et après ? Oh oui, doutes et angoisses persistent, des adversités bien pire menacent  l’homme sérieux et ses proches : un éventuel diagnostic médical fatidique, le champignon noir d’un tornado qui s’approche, mais le film s’arrête là. Sauf pour la bande-son qui fait écouter une chanson entrée dans le « patrimoine » folklorique du yiddish avant la première guerre : « Dem Milners trern » (Les larmes du meunier), texte et musique (l’accompagnement au piano rappelant les chant du meunier de Franz Schubert ?) de Mark Warshawsky8, interprété par le chanteur Sidor Belarsky9. Voici la traduction des paroles :

 

O combien d’année sont passées

Depuis je suis meunier ici

Les roues tournent

Les années passent

Je deviens vieux, ridé et gris

 

Il y a des jours

Je voudrais me souvenir

Je n’ai eu qu’un peu de bonheur

Les roues….

 

Je n’obtiens aucune réponse

J’ai entendu dire

Qu’ils veulent m’expulser

Loin d’ici et de mon moulin

Les roues…

 

Exclu du bonheur

Je continue à vivre

Sans femme, sans enfants – seul ici

Les roues…

 

Où vivrai-je ?

Qui prend soin de moi ?

Déjà je suis vieux

Déjà je suis fatigué

Les roues tournent

Les années passent

Je deviens vieux, ridé et gris.

 

L’auteur de la chanson a voulu évoquer, paraît-il, l’expulsion des juifs de la Russie « proprement russe » vers les provinces conquises, périphériques de l’empire tsariste.

A serious man – un essai sur le doute, les angoisses ? Deux ingrédients de la vie en particulier présents dans l’héritage juif – et pour cause. Mais quelle différence entre l’atmosphère jadis en Europe de l’est, celle de « Dem Milners Trern » et celle du Minnesota des années 1960, celle de l’izba du jeune couple et celle de la synagogue pleine à craquer de convives. « A serious man » – une personne sérieuse – n’est-ce pas de chercher le dibbouk, l’esprit néfaste en nous, en nos actes ? Affronter les aléatoires de la vie, les angoisses, sachant que vouloir être « quelqu’un de bien » ne réussi pas toujours vu l’irrationalité dans le monde, dans nous-mêmes et parfois nous conduit a compromettre (un peu?) le Serious man10?

NB :  vous pouvez vous reporter aux notes placées dans « Commentaire ».  Blog Cramés.

 

Vos commentaires

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Adieu Mandalay (3)

Grand Prix au Festival International du Film d’Amiens
Du 7 au 13 juin 2017
Soirée-débat mardi 13 à 20h30

Présenté par Laurence Guyon

Film birman (vo, mai 2017, 1h43) de Midi Z avec Kai Ko, Wu Ke-Xi, Wang Shin-Hong

 

 

 

Il y a certes une interprétation par spectateur mais je prétends avoir bien étudié le film et ses personnages. Concernant Liang, Georges nous dit : « D’abord, ne plus être pauvre ». Je ne suis pas d’accord. Liang recherche avant tout une dignité, un statut social conforme à ses études menées jusqu’à la fin du lycée. Elle sait qu’avec des papiers, dans un premier temps, elle gagnera moins d’argent qu’à l’usine. Ce qu’elle vise, c’est un ailleurs plus digne et c’est précisément ce qu’elle achète en se livrant une seule fois (j’insiste) à la prostitution. Comment, d’une autre manière acquérir ces papiers hors de prix ? Et c’est précisément ce besoin de reconnaissance sociale qui fait qu’elle ne fera pas de la prostitution son métier. Elle n’a pas suivi le chemin de sa cousine et de sa colocataire, elle n’avait cependant aucune naïveté sur la nature de leur activité.

S’il n’y avait pas eu cette fin tragique, elle serait à Taïwan, comme le réalisateur et aurait une vie épanouissante dans un métier choisi, conforme à ses études qu’elle aurait même prolongées.

Merci Marie-No pour « Mandalay » par Frank Sinatra.

ADIEU MANDALAY de Midi Z

Grand Prix au Festival International du Film d’Amiens
Du 7 au 13 juin 2017
Soirée-débat mardi 13 à 20h30

Présenté par Laurence Guyon

Film birman (vo, mai 2017, 1h43) de Midi Z avec Kai Ko, Wu Ke-Xi, Wang Shin-Hong
Distributeur : Les Acacias

Synopsis : Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
Liangqing et Guo, deux jeunes birmans, émigrent clandestinement en Thaïlande. Tandis que Liangqing trouve un emploi de plonge dans un restaurant de Bangkok, Guo est embauché dans une usine textile. Sans papiers, leur quotidien est plus que précaire et le jeune couple ne partage pas les mêmes ambitions : si Guo veut gagner assez d’argent pour retourner en Birmanie, Liangqing est prête à tout pour obtenir un visa de travail et échapper à sa condition.

« Aux objets répugnants nous trouvons des appas/Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas ».  Charles Baudelaire.

C’est un truisme de dire que les cinéastes comme tous les auteurs ne sont que partiellement maîtres des significations qu’ils donnent à leur film. Il y a un film par spectateur et encore c’est un minimum ! En d’autres termes, chaque film est interprétable à l’infini. Ce préambule pour dire que si je prends le risque d’être pesant, d’exagérer, ma lecture sauvage « d’Adieu Mandalay », toute contradiction sera bienvenue.

Commençons par la fin, comme chacun je suppose, j’éprouve ce sentiment de répulsion pour les dernières images. De répulsion mais j’y repense, disons alors d’attraction /répulsion. Le jeune Guo armé d’un couteau pénètre dans la chambre de la jeune et belle Liangqing endormie, allongée sur son lit. Il s’agenouille, un genou de chaque côté du frêle corps de Liang, il la domine, la regarde, il aime cette femme-là, il pleure. Elle est sans défense mais se réveille, comprend, se débat, c’est inutile, du sang rougit déjà sa chemise, elle s’agite encore un peu, mais son corps lâche, sa vie l’abandonne. Guo s’allonge par terre, cette image rappelle  un peu une autre en début du film : il dort par terre, elle est dans son lit, il approche sa main pour frôler celle de Liang dormante. Tendresse furtive, une promesse qu’il se fait. Mais pour cette dernière scène, cette même main de Guo qui naguère rêvait de caresser, cette fois est armée du couteau, celui du meurtre et du suicide… Avec sa lame, Guo s’allonge au sol en dessous d’elle,  trouve en même temps que le courage, sa carotide – geyser d’hémoglobine- Un couteau comme une lame de fond     – Drôle d’hymen – Fin.

Cette image en évoque  aussi une autre, la sexualité violente, telle celle qu’à son corps défendant elle a choisie, figurée par la scène du gros et répugnant  lézard.

Leur vie à tous les deux ? Celle des pauvres, de misérables serfs, bêtes de somme, celle d’innombrables individus de par le monde, maintenant. La Thaïlande où ils arrivent, la Birmanie d’où ils viennent, c’est corruption et rançonnage, malheur aux pauvres ! De ce point de vue, le film nous montre des choses banales, nous les avons vu dans de nombreux films*nous sommes sans mauvais jeu de mot, des spectateurs repus.

Alors considérons la violence sociale, le parasitage des pauvres, comme une toile de fond habituelle, de règle, l’ordinaire. Regardons ces deux-là, dans le décor.

Elle et lui viennent du même village, ensemble ils seront voyageurs clandestins. Guo, secrètement amoureux, sera un peu l’ange gardien de Liang, son chevalier servant. Selon Lacan, la condition de l’amour c’est la pauvreté, le manque, celui qui aime offre son manque. Bref aimer c’est offrir ce qu’on n’a pas… Offrir ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui ne demande rien ! Et Liang ne demande rien. Il y a dans ce film mille attitudes de Liang qui nous la montre indifférente. Un instant pourtant, elle sera souriante, comme heureuse, lorsque Guo lui offrira un faux bijou en attendant le vrai. Une promesse. De Guo,  elle concède qu’il est son petit ami, tout cela est chaste. Au fond, Liang ne peut pas s’offrir une histoire d’amour, les histoires d’amour, c’est un truc de riches. D’abord ne plus être pauvre.

Quand Guo considère qu’ils vont faire route ensemble, Liang imagine certainement, être à une croisée de chemins. Il veut gagner assez pour retourner en Birmanie avec elle et elle de son côté, veut aller vivre à Bangkok, avec ou sans lui.

Pour avoir des papiers, de faux papiers, une fausse identité, elle travaille dur. A 18 000 bath soit environs 450 euros par mois, avec ça, quand on a envoyé de l’argent à ses parents, là-bas, on économise, juste assez pour se faire escroquer.

Liang est vierge, cela a son importance. Après ce fiasco, elle conçoit de mettre en vente sa virginité dans un hôtel de luxe. Cette pratique n’est pas spécialement locale, en Allemagne il y a quelques mois nous dit Libération, avec la participation d’une société d’escorte, Alexandra, une jeune femme mannequin roumaine, qui venait de passer 18 ans a mis aux enchères sa virginité et obtenu 2,3 millions d’Euros**. Dans Adieu Mandalay, ce sera 150 000 Baht soit environ 4 000 euros, pour cette virginité. Elle réussit à avoir 300 000 baht pour payer ses faux papiers… Alors, combien, le prix d’un rapport avec une femme non vierge ? Sachant qu’il lui faut 300 000 bath soit 150 000 de plus, que la virginité ne sert qu’une fois, quelle est l’inconnue ? Liang est-elle en voie de professionnalisation ? Ce métier est celui de 2 millions de femmes et 800 000 hommes en Thaïlande (en 2004 selon Wikipédia). Alors, mille fois un Varan sur le corps ou une fois ? Au fond quelle importance dans cette vie-là ? Bangkok, c’est tout.

Mais dis donc Georges, t’en fais un peu trop avec cette histoire, c’est délirant et sordide ces élucubrations. Garde tes fantasmes pour toi. On te présente un film où une pauvre jeune femme exploitée, broyée se fait poignarder durant son sommeil par un amoureux jaloux alors qu’elle allait peut-être s’en sortir avec sa fausse identité, et t’en fais une prostituée ?

 Ce n’est pas un film sur la prostitution, c’est un film sur la misère. L’usage du corps dans cette misère, celui de Guo, celui de Liang. J’objecte que ce n’est pas parce que Liang a fait des études, qu’elle est intelligente qu’elle ne peut pas être prostituée, ce n’est pas un sacrilège, c’est un malheur ordinaire, une condition. Une condition quand la précédente était déjà un numéro, le 369. Alors, ce que tuerait atrocement Guo serait le projet atroce de Liang.

Maintenant, il faudrait revoir la chambre de la scène ou Liang est assassinée, où dort-elle ? Revoir le décor, revoir la cheminée, peut être celle de l’usine ou Guo s’emploie comme bête humaine (lui aussi). Parfois, à  moins de 3 fois, on n’a pas vu un film!

Adieu Mandalay est un film qui vise à donner au spectateur faute d’un sentiment de révolte, dégoût et répulsion. Et je trouve qu’en cela, ce film ressemble à « on achève bien les chevaux », ou encore à « des souris et des hommes » soit la fatalité, le poids des choses, le drame. Quels que soient les mobiles de ces deux pauvres hères, au fond quelle importance ? Si l’on peut ressentir du dégoût, on peut, on doit aussi ressentir de la compassion, et les desseins de ces deux personnages sont sans importance devant leur malheur. Tu nous as présenté un film formidable Laurence.

*Les étudiants en cinéma qui voudraient faire leur thèse sur le thème de la bête humaine sur celui de la corruption  (le léviahtan actuel) où les deux réunis, dans le cinéma contemporain, auraient avantage à savoir classer leurs piles

** et « la petite » de Louis Malle 1978

Le gouffre aux chimères de Billy Wilder (2)

du 25 au 30 mai
Soirée-débat dimanche 28 à 20h30

Présenté par Henri Fabre
américain (vo, avril 1952, 1h51) de Billy Wilder avec Kirk Douglas, Jan Sterling et Porter Hall
Version restaurée sortie en février 2017
Titre original : Ace in the Hole

Synopsis : Charles Tatum, journaliste sans scrupules, va exploiter un scoop. Au Nouveau-Mexique, Léo Minosa, un Indien, est coincé au fond d’une galerie effondrée. S’arrangeant pour être le seul journaliste sur le coup, il va persuader le shérif de choisir la formule de sauvetage la plus lente. Tatum va devenir l’amant de la femme de la victime et poussera l’hypocrisie jusqu’à devenir l’ami de Léo.

Le gouffre aux chimères – 1952, de Billy Wilder

C’est assurément un film de moraliste qui représente avec une énergie mortifère l’obscénité d’un journaliste – Kirk Douglas – à la recherche du plus grand scoop …  La cupidité de Tatum, son vampirisme le pousse à créer l’événement populaire dont il sera finalement la victime. Les mass media – quel nom ! – nous manipulent plus qu’ils ne nous informent. Toutes les semaines, combien de polémiques stériles, de rumeurs illusoires épuisent vainement notre attention ?

Autour du drame de Minosa, mineur indien agonisant, un village se construit, comme par magie, avec des attractions diverses, toujours monnayées. Les “villageois”, nouveaux venus, ne voient jamais Minosa, traité comme un objet, une pure abstraction. Réifier. Jusqu’à un cirque, métaphorique de l’ambiance générale ! Jusqu’à la mort, the show must go on !

Du passage de la ruée vers l’or journalistique, de la nuée des vautours, au vide du désert montagnard rendu à lui-même : s’est-il vraiment passé quelque chose ? Errant, accablé de tant de violences, le père de Minosa se retrouve seul, privé de descendance.

Est-ce une volonté plus ou moins consciente d’évoquer le “génocide des Indiens” et, ici , la légende oubliée de “la colline des sept vautours” ? C’est le retour d’un refoulé impossible, un condensé de la Conquête de l’Ouest sauvage, par un metteur en scène nommé Wilder, le sauvage.

Est-ce aller trop loin, dans une élaboration plus profonde, que de parler d’une “foule de villageois pogromistes”, Wilder étant issu d’une famille judéo-polonaise ?
Emigré aux Etats-Unis alors que l’Europe démocratique chancelle sous la pression des nationalistes violents, Wilder deviendra un réalisateur important dont l’humour iconoclaste sera la signature permanente.

Guy Debord : la société médiatique du spectacle permanent s’est développée, exponentielle et illimitée ! Crash permanent de la réalité et de la vérité qui ne sont plus recherchées…
Des images spéculaires nous assignent en voyeurs impénitents et insatisfaits… Insatiables ?

 

Michel Grob, juin 2017

 

 

Après Glory, considérations sur trois femmes managers de nos derniers films.

 

 « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation ». Guy Debord

 Ces derniers temps, on peut voir apparaître au ciné une nouvelle sorte de femmes, les managers cyniques. Cyniques et sans scrupule ?

Dans Glory, Margita Grosheva incarne Julia Staykova, la communicante du ministre des transports, dont le travail consiste à produire des écrans de fumée, c’est-à-dire de faire du spectacle autour de pas grand-chose pour cacher l’essentiel, en l’occurrence, la corruption.

Dans Toni Erdmann, c’est Sandra Hüller qui est à l’œuvre sous les traits d’Ines Conradi, une jeune et peu sympathique spécialiste de restructuration d’entreprise en mission à Bucarest à qui son père tente de rendre une certaine joie de vivre et humanité. C’est du boulot !

Dans Corporate, Céline Sallette devient Emilie Tesson-Hansen une cost killer, (et les coûts sont humains) persécutrice, qui utilise toutes formes de violences symboliques, dévalorisation, chantage, mensonge et autres manipulations.

Trois belles dames, bien adaptées au monde où elles vivent, à l’ambition illimitée et à l’éthique très limitée. C’est le mérite de notre temps de reconnaître aux femmes, les mêmes désirs narcissiques de puissance, les mêmes possibilités de nuisance que celles dévolues aux hommes. D’autant que ces femmes existent, de plus en plus et de mieux en mieux, c’est un mérite de ces films de leur rendre justice.

Pourtant à chaque fois, à la fin, il y a une petite lumière qui clignote, quelque chose qui leur dit qu’elles sont embarquées sur une drôle de voie.

Constatons qu’au cinéma le pas n’est pas franchi pour nous montrer des femmes absolument cyniques, jusqu’ici, dans chacun de ces films, l’héroïne s’ouvre à autre chose.

– Julia semble avoir un élan de remords et de sollicitude pour Tzanko, il est vrai, brutalement interrompu.

– Ines, retrouve un peu d’humour et de liberté dans ce monde-là, qui est ce qu’il est.

– Émilie reconsidère toute une vie sans vie et sans scrupule pour se mettre au service de la vérité et de la justice. À chacune son rachat.

Avec ces films, on ne peut pas reprocher aux cinéastes d’ignorer ces formes violentes du management. Comme on le voit, s’agissant de femmes managers, les cinéastes ont encore quelques timidités à nous en présenter d’absolument cyniques et sans scrupule. Encore un domaine où le cinéma marche vers la parité.