L’Eté dernier de Catherine Breillat (2)


Quand on ne sait pas mentir, il vaut mieux dire la vérité.
Or Anne (Léa Drucker) l’héroïne du film est avocate pénaliste, menteuse professionnelle donc.
Ce qui lui importe c’est 1) son métier (avocate spécialisée en droit de l’enfance) 2) ses filles adoptées sur le tard, des poupées-pansements sur la plaie ouverte de son ventre vide, laissé béat par un avortement qu’on rapproche d’une relation toxique, forcée (incestueuse ?) 3) son mari, sa maison francilienne. Son statut social.
En repoussoir, en garde-fou, figure Mina (Clotilde Courau) sa sœur coiffeuse, son double, celle qu’elle ne voulait pas devenir.
Partant de là, sauf si la passion s’invitait dans sa cour, de Théo son beau-fils âgé de 17 ans, elle ne fera qu’une bouchée, c’est certain !
De la passion, la vraie, celle qui fait tout oublier, qui fait s’oublier et tout quitter, Anne est très loin … Il teste et se prend au jeu quand elle s’amuse.
Quitter une soirée avec les amis de son mari, quantités négligeables, relations sans intérêt, et partir la nuit sur la trottinette électrique derrière un Théo qui part chercher des cigarettes, waouh … trop drôle ! Dans le registre « transgressons les interdits, on est jeune, soyons fous », pardon, mais cette scène a quand même quelque chose de ridicule. Même pas un semblant de vertige de l’amour ressenti.
Et la scène d’amour conjugal, consternante ! Faut bien y aller de temps en temps, la tête froide, le corps on n’en parle pas, elle attendant que lui ait fini sans cesser de monologuer, OK mais est-ce indispensable d’enfoncer le clou à ce point pour, au cas où ça nous aurait échappé, pointer du doigt leur vie sexuelle misérable, nous signifier l’absence de tout passion dans leur train train quotidien ? Pour justifier qu’elle se risque avec Théo ?
Le problème c’est que quand il s’agit de montrer la puissance érotique entre elle et son jeune amant, L’Été dernier n’a rien de singulier, rien de « sulfureux » pour reprendre l’adjectif qui colle aux films de Catherine Breillat. Au contraire, les scènes sont filmées sans corps emmêlés, sans contrechamps, sans échange. Catherine Breillat a demandé à Léa Drucker de reproduire le visage de Marie-Madeleine en extase du Caravage, c’est la seule expression d’un état extatique, de jouissance pure.

C’est d’un sujet bien moins scandaleux, tout simplement bourgeois, dont Catherine Breillat s’empare et sur le thème du désir incestueux d’une femme pour son beau-fils, s’enchaînent dans la première partie un chapelet de scènes attendues (éveil sensuel, frôlements) jusqu’au passage à l’acte. C’est laborieux presqu’ennuyeux si ce n’était le talent des Lea Drucker, Olivier Rabourdin, Samuel Kircher très bien en fruit défendu.
Tout a eu lieu mais rien n’a eu lieu.
Dans le deuxième partie du film, l’art de Catherine Breillat entrant en collision avec ce ronronnement se réveille.
Lorsque face aux accusations, Anne avoue que « c’est ignoble », elle semble d’abord se juger elle-même avant de faire volte-face et jouer la femme indignée, campant sur cette position jusqu’à la scène finale.
Dans les scènes de mensonge éhonté, devant le mari, puis devant le beau-fils accusateur, et face à l’avocat de celui-ci, Anne, sans sourciller, fait fi de tout pour préserver les apparences.
Perchée sur ses talons hauts et habillée de robes d’une coupe impeccable reproduite en plusieurs couleurs claires et toujours assorties à ses escarpins, Anne a décidé de ce que serait la vérité.
L’Eté dernier, remake du film danois Queen of hearts de May El-Toukhy, pose un problème fondamental: il sonne faux du début à la fin. Impossible de croire à la trame de L’Été dernier. La pauvreté confondante des dialogues faits de poncifs et l’invraisemblance des mots dans la bouche de cet adolescent qui s’exprime dans une langue d’un autre âge que le sien.
On passe de l’attitude agressive et insultante de Théo réticent à toute possibilité d’intégration chez son père qu’il déteste de ne pas lui avoir donné du temps, qui cambriole la maison où il est accueilli, à Anne qui lui demande en toute confiance de la tatouer, à une scène intime dans l’herbe où elle se laisse, c’est un comble, enregistrer !

L’Été dernier est trop petit, avec des airs de téléfilm, ne racontant rien de bien passionnant sur le sujet si délicat de l’inceste dans une famille recomposée.

L’histoire illustrée à gros coups de crayons, sans appuyer là où ça aurait fait mal, donne un film tranquille qui manque de chair, d’ambiguïté, de consistance.
Reste que le plan final est quand même très réussi.

Marie-No

Les Filles d’Olfa-Kaouther Ben Hania (2)

Documentaire au caractère singulier que j’ai apprécié.

Le parti pris de la réalisatrice d’incarner la place de l’homme dans la société par le jeu d’un seul acteur (mari et amant d’Olfa, petit ami de la fille d’Olfa, policier…) dénote sa volonté de marquer la profonde césure entre les deux genres, et le caractère omnipotent de l’homme dans ces sociétés marquées du terrible retour en force de la religion survenant après une ère de liberté. Prédicateurs, bonimenteurs, s’approprient alors l’espace, auxquels s’ajoutent violeurs, incestueux, assassins (ce qui n’est d’ailleurs pas l’apanage des seules personnes empreintes de religiosité).

L’idée pour de nombreuses scènes de laisser en arrière-plan soit la doublure d’Olfa, soit Olfa elle-même, donne un relief particulier. Cela rappelle en permanence que l’histoire est véritable. Olfa est parfois directement actrice de ses actions passées, parfois spectatrice attentive à ce que le rôle de l’actrice représente bien son vécu.

Olfa victime ou bourreau ? Elle endosse les deux rôles !

Olfa a été une enfant victime de l’abandon du père et rapidement confrontée, à l’identique de certaines situations d’enfants orphelins, aux sollicitations de l’aîné auquel est souvent dévolu le rôle de chef, de soutien de famille. Dans le cas d’Olfa, il n’y a pas deuil mais intention délibérée du père d’abandonner femme et enfants.

Le manque d’éducation est prégnant dans la vie d’Olfa, liée à l’influence malsaine de préceptes religieux omniprésents. Pour exemple, la pression exercée par une de ses propres sœurs lors de la nuit de noces d’Olfa qui se traduit finalement par une bien inattendue maculation de ses draps… l’honneur a été sauf… sa virginité également !

Plus tard, Olfa a choisi de quitter le père de ses quatre filles. Le hasard lui fait rencontrer un autre homme (assassin et évadé de prison) qu’elle a aimé et auprès duquel elle avoue avoir été prête à tout, y compris du pire. En effet, elle précise qu’elle aurait volontiers participé à dissimuler un corps si elle avait été à ses côtés lors d’un meurtre perpétré par lui !!! Olfa est capable de violence envers ses filles. Elle déclare regretter ne pas avoir eu de garçons à leur place ! Elle évoque un différend au sujet du comportement de sa fille : elle va frapper cette dernière jusqu’à l’extrême limite puisqu’elle ne s’arrêtera, de son aveu, que lorsqu’elle l’a pensée morte…

La misère sociale, l’absence d’éducation sont sources de violences, d’autant plus marquées lorsque le fait religieux se superpose à cela en entretenant les individus dans l’ignorance et la crainte. Lorsque dans une société reviennent en force (ou perdurent) des coutumes d’un autre âge, peu ou pas de valeur n’est accordée à la vie d’autrui. Notre pays a lui aussi eu ses périodes sombres, concernant les violences faites aux femmes notamment. Du 16e au 18e, la femme célibataire ou veuve devait déclarer sa grossesse alors considérée comme illégitime. À défaut de cette déclaration et dans le cas du décès du nouveau-né, elle pouvait se voir condamnée pour présomption d’infanticide. La peine de mort était la sanction encourue. Au cours des messes, les curés devaient régulièrement rappeler les édits du roi concernant cette obligation.

Il nous a fallu des siècles pour trouver à nous défaire du carcan religieux, avec toutes les réserves que l’on peut porter à cela au regard des tentatives de gagner ou regagner de l’influence maintes fois répétées par tous les intégrismes depuis lors.

À nous, il reste encore du chemin à faire pour le social et pour l’éducation, tout en veillant à « éteindre » les multiples et régulières tentatives de retour des « obscurantismes » afin que l’on reste dans la lumière.

À Olfa, à ses filles, il reste tout à gagner.

Patrick GAUDILLAT

L’ETE DERNIER de Catherine Breillat

Séduit par « Anatomie d’une chute » la palme d’or de Justine Triet, un film qui par son histoire indécidable me rappelait Acusada avec quelque chose d’autre toutefois, ses rebondissements, renversements et cette présence de l’enfant. Un film avec des dialogues ciselés. J’étais séduit. Et voilà que je lis dans Transfuge une interview et un article sur « l’Été dernier » de Catherine Breillat qui titre : « L’Été dernier » est la véritable palme d’or du Festival de Cannes. Rien de moins. Je suis allé le voir.  Je ne prendrais surtout pas parti sur cette question, mais si vous lisez ces lignes, allez-voir « l’été dernier ».

Ce film est remarquable sur tous les plans (c’est le cas de le dire), l’image est belle, certains plans sont très suggestifs et pudiques à la fois, les acteurs sont prodigieux, nous connaissons tous Léa Drucker, elle est le talent même, elle joue ici une femme à deux faces, Olivier Rabourdin chef d’entreprise occupé et vieillissant, interprète certainement un de ses plus beaux rôles au cinéma et le jeune Samuel Kircher, un jeune adolescent en rupture, Adonis parfait. L’histoire c’est celle d’une transgression et de son cortège et quel cortège ! C’est troublant et magnifique à la fois. Ne manquez pas ce film ! C’est à l’Alticiné!

Georges

Les Filles d’Olfa de Kaouther ben Hania

Olfa, une Tunisienne, est mère de quatre filles. Un jour, ses deux filles aînées disparaissent. Pour combler le vide laissé, la réalisatrice Kaouther Ben Hania invite des actrices professionnelles dans ce qui devait être initialement un documentaire et fait découvrir au spectateur l’histoire de la vie d’Olfa et de ses filles.

Kaouther Ben Hania est une documentariste reconnue et récompensée pour son travail qui en 2017 a réalisé sa première fiction, la Belle et la Meute que nous avons sélectionné aux cramés de la bobine, ce film qui se présente comme un film policier, il est en fait une dénonciation de la culture violente et machiste de son pays.

En 2019, suit « l’homme qui a vendu sa peau » nommé aux oscars du meilleur film étranger. Un film hélas devenu très confidentiel du fait de son mode de diffusion, un film original dont voici le synopsis : Sam est un Syrien réfugié au Liban. Il rêve de gagner l’Europe, où s’est rendue sa bien-aimée, mariée à un riche diplomate. Pour obtenir un visa, il accepte l’offre d’un artiste controversé, qui propose de lui tatouer le dos. Son corps devenu une oeuvre d’art, Sam est exposé partout en Europe.

Les films de Kaouther Ben Hania montrent et dénoncent la violence, la manipulation et l’exploitation à ses différents niveaux (interpersonnels, institutionnels). Tout comme les filles d’Olfa montre derrière une affaire familiale une histoire institutionnelle.

Ce qui est institué c’est le statut des femmes. En 1956 Habib Bourguiba promulgue le statut personnel, qui assure l’égalité entre les femmes et les hommes. L’éducation égale pour tous est le dispositif essentiel de cette réforme et le dévoilement des femmes devient le symbole de cette émancipation institutionnelle. S’il n’est plus possible pour les hommes d’être polygames ou de répudier, d’obliger les femmes à porter une tenue, le mariage lui demeure traditionnel, c’est-à-dire d’abord une histoire de familles et de patriarches.

Comment montrer une mère dont deux filles ont revêtu le Niqab pour un beau jour  fuir en Libye pour Daech. (Elles y seront capturées et condamnées à 16 ans de prison). Comment alors lui permettre de raconter cette histoire douloureuse ?  

Ce documentaire n’est pas un reportage. Le dispositif choisi par Kaouther Ben Hania pour montrer cet événement traumatique est élégant : psychodramatique dans la mesure où il permet avec les jeux de rôles,  la distanciation et donc une forme de réparation pour les protagonistes, tout en étant démonstratif sans peser ni alimenter des formes de voyeurisme. Ce choix formel n’exclut nullement le film de la « case » documentaire, mais bien au contraire ouvre des perspectives dans le genre.

Olfa cette femme de la cinquantaine au regard marquant, au si beau sourire, nous apprendrons que Sa vie comme celle de sa mère fut une rude bataille et un long tourment. Si nous avions été à sa place, nous aurions certainement, tout comme elle, aimé d’un immense amour nos enfants, chaque jour nous nous serions débattus pas toujours avec succès, pour qu’ils puissent manger, et nous les aurions peut-être punis à sa manière, parfois violente, débridée, folle. Un curieux mélange de sentiments où se mêlent l’amour de ses filles, la haine de la condition féminine, et la peur!

Déjà dans le ventre de sa propre mère, Olfa portait en elle tous les interdits faits aux femmes. Très vite elle dut épouser les devoirs de son sexe, jusqu’à se marier avec un homme qu’elle ne connaissait pas, et pire encore d’avoir expressement un rapport sexuel qui demontre qu’elle n’en avait eu aucun avant lui ! Le « statut personnel »s’efface discrètement par grignotage continuel, la force réactionnaire de ce qui se prétend tradition, tout cela Olfa l’exprime par le seul fait d’exister. D’ailleurs Olfa n’est-elle pas un symbole possible des Tunisiens qui respiraient le jasmin avant d’obtenir la loi du sabre et d’une certaine forme de religion ? Ce que Kaouther montre dans ses films c’est l’emprise de la loi et cette loi c’est celle des patriarches.

Olfa a perdu deux de ses filles en voulant les sauver des dangers d’être femmes, d’une manière paradoxale, elles ont pris l’une des pires marques d’aliénation pour une ultime liberté. Le Niqab est en effet magique, une femme peut enfin devenir digne dès qu’elle le porte et …en même temps ne plus paraître femme.

Deux filles d’Olfa sont condamnées à 16 ans de prison… l’une d’entre elle a une petite fille qui a déjà 8 ans sur 8 en prison. La encore, la justice masculine dessine pour ces femmes un avenir où les perdants sont des perdantes.

Parmi les filles d’Olfa les deux dernières qui aimaient tant leurs grandes sœurs, vont devoir vivre avec tout ça, déjà elles sont des jeunes filles, et elles ont compris beaucoup, elles représentent l’avenir et le changement. L’avenir comme toujours, se dessine à la marge.

Georges

Journal de Dominique, Un jour à Prades (3)

Lundi 17 juillet

            9h. Pingouin & Goéland et leurs 500 petits

            (2020. « C’est l’histoire d’un couple qui ne pouvait pas avoir d’enfants et qui en a eu des centaines. C’est l’histoire d’intellectuels, anarchistes, pacifistes, syndicalistes et féministes.  C’est l’histoire de résistants qu’on a pris pour des collabos. C’est l’histoire d’Yvonne et Roger Hagnauer que tout le monde appelait Goéland et Pingouin. C’est l’histoire de la maison d’enfants de Sèvres, une expérience unique de liberté, de pédagogie et d’ouverture au monde. Et puis c’est aussi mon histoire puisque ma mère, sauvée par ce couple, a passé dans cette maison toute son enfance[1] »)

… que les Cramés ont programmé mais sur lequel, à ma grande honte, nous avions fait l’impasse.

Mix d’archives privées :

Fêtes filmées en Super 8 dans les années 1970.

L’interview d’Yvonne et Roger Hagnauer : filmée en VHS par une ancienne pensionnaire de la maison de Sèvres. Récupérée trente ans plus tard par Michel Leclerc.

Et aussi des films de journalistes : reportage d’Igor Barrère en 1999.

Pas de héros évident.

Le montage : il a duré huit mois et a constitué le plus gros du travail. Il ne suit pas la chronologie (explication de ce qu’avait été l’institution avant de parler d’épuration) et changeait en fonction de l’arrivée de nouveaux documents, telle l’interview du mime Marceau en 1978. Michel Leclerc a commencé son film en ignorant les liens existant entre Marceau et sa mère.

Il a mis du temps (il en avait l’idée depuis vingt-cinq ans) à oser réaliser un film à la première personne, à ne pas faire comme s’il n’avait rien à voir avec cette histoire dont il se sentait l’héritier.

14h. West side story.

Premier musical en décors naturels → un prologue exceptionnellement long.

Premier film aussi à utiliser un hélicoptère pour des prises de vue plongeantes.

Tourné en Scope afin de faire concurrence à la télévision en donnant aux gens envie de sortir de chez eux.

17h. Les Damnés ne pleurent pas

(2023. « Fatima-Zahra traîne son fils de 17 ans, Selim, de ville en ville, fuyant les scandales qui éclatent sur sa route. Quand Selim découvre la vérité sur leur passé, Fatima-Zahra lui promet un nouveau départ. Ils arrivent alors à Tanger, où de nouvelles rencontres leur donnent l’espoir d’atteindre la légitimité qu’ils recherchent tant[2] »)

… du réalisateur anglais d’origine marocaine Fyzal Boulifa. Troisième film en compétition pour le prix Solveig Anspach.

Exploitation sexuelle féminine et masculine, impossibilité de changer de vie.

Un bon film.

21h. Dans les jardins de l’Hôtel de Ville, concert…

(Suivi de la projection de La Lutte des classes à laquelle je ne reste pas. Idem, demain, pour Le Nom des gens, j’ai vu -et même, pour ce dernier, revu récemment à la télévision- le film au cinéma et m’en souviens très bien)

… de Michel Leclerc.

Accompagné de deux musiciens (clavier et guitare) et de son accordéon, il interprète des chansons de ses films, qu’il a toutes composées. Son bonheur à chanter fait plaisir à voir.

Mardi 18 juillet

            10h. Somewhere over the chemtrails

(2022. « Lorsqu’un villageois est blessé par une voiture lors d’une fête, le pompier Brona est immédiatement convaincu qu’il s’agit d’une attaque perpétrée par un « Arabe ». Son collègue Standa voit les choses différemment…[3] »)

           

            … film…

            (Sur le racisme et le conspirationnisme,  les « chemtrails » étant, selon la définition de Wikipédia, ces « traînées blanches créées par le passage des avions en vol [censées être] composées d’agents chimiques ou biologiques délibérément répandus en haute altitude par diverses agences gouvernementales pour des raisons dissimulées au grand public » et dont les effets nocifs sont censés être annulés par le vinaigre…)

… tchèque d’Adam Rybansky qui, dans une courte vidéo, se présente à nous en contre-jour un verre à la main et j’aime ça, tout comme son film dont l’humour me rappelle celui des cinéastes tchécoslovaques des années 1960. Note : 4/5.

14h. Six weeks

(2022. « Zsofi, adolescente butée et rebelle rêve d’une grande carrière sportive, mais elle attend un enfant non désiré qu’elle veut confier à l’adoption, et ce malgré la désapprobation de sa mère. Fait-elle le bon choix ? Selon la loi, elle aura six semaines pour changer d’avis. Le portrait saisissant d’une jeune fille confrontée à un choix qui pourrait bouleverser sa vie[4] »)

… de la hongroise  Noémi Veronika Szakonyi.

Etonnant le fait que la mère biologique puisse rencontrer les potentiels parents adoptifs. Inconfortable pour ces derniers : comment s’attacher à un bébé en sachant qu’il peut vous être retiré dans les six semaines suivant l’acte d’adoption ?

Un bon film, le cinquième en compétition pour le prix Solveig Anspach.


[1] https://www.dulacdistribution.com/film/pingouin-goeland/157

[2] http://meliesmontreuil.fr/FR/fiche-film-cinema/M5SSSC/les-damnes-ne-pleurent-pas.html

[3] https://www.senscritique.com/film/somewhere_over_the_chemtrails/46727536

[4] https://www.arrasfilmfestival.com/six-weeks/

Journal de Dominique, Un jour à Prades (2)

Dimanche 16 juillet

            9 h 30. Le Poteau rose (2002), neuvième court-métrage de Michel Leclerc, est « l’histoire d’un amour avec un début, un enfant et une fin[1] ».

            Ses huit premiers courts : tournés de façon classique sans recevoir le moindre écho. Celui-ci, dans la continuité de ses rubriques pour Télé Bocal (chaîne de télévision associative locale d’Ile-de-France), a une forme libre apparue sur la table de montage. Film autobiographique évitant les clichés, fait de rush tournés auparavant (aucun plan n’a été tourné exprès, à part le réalisateur et son accordéon), narcissique tout en faisant preuve d’autodérision façon Nanni Moretti (l’humour évite la complaisance), qui touche les gens -une amie pleure en le voyant- et va dans des festivals.

Suit J’invente rien…

(2006. « Paul n’a pas de but précis dans la vie, et Mathilde, qui subvient aux besoins de leur ménage, désespère qu’il s’en trouve un. Si ça continue comme ça, elle risque de le planter là. Alors Paul se dit qu’il va inventer un truc, ça lui fera un but, et il se met en tête de trouver une idée qui lui apportera gloire, argent et beauté sans trop se fatiguer et qui redonnera à Mathilde le goût de l’aimer[2] »)…

… une comédie du remariage ou comment réapprendre à rire ensemble. Michel Leclerc est fasciné par les couples créatifs.

Il travaille pour la première fois avec de vrais comédiens et y prend goût.

Personnages plus ou moins dépressifs qui, comme M. Sim, ne savent pas où se situer.

La « poignette » : existe vraiment. Il fallait que l’invention soit quelque chose de ce type puisque le personnage est un branleur. Essayer de trouver de la poésie dans les objets.

Episode du clown : comme dans tout bon suspense, le spectateur détient des éléments que les personnages n’ont pas, mais il faut être très précis dans la mise en scène pour que ça fonctionne.

Son distributeur n’a pas cru dans le film, c’est pas drôle, c’est raté. Il envisage une seule sortie technique. J’invente rien sort quand même en salle, à la mi-août. Kad Merad n’en assure pas la promo, préférant faire, en septembre, celle de Je vais bien, ne t’en fais pas → c’est un bide.

Baya Kasmi : une machine à idées. Il la rencontre en 2001 alors qu’il travaille sur une série dont il réalise quelques épisodes. Ce qu’elle écrit est bien meilleur que ce qu’il écrivait lui. Désormais, elle sera coauteur de ses films, son alter ego, sa compagne.

14h. La Vie très privée de M. Sim

(2015. « Monsieur Sim n’a aucun intérêt. C’est du moins ce qu’il pense de lui-même. Sa femme l’a quitté, son boulot l’a quitté et lorsqu’il part voir son père au fin fond de l’Italie, celui-ci ne prend même pas le temps de déjeuner avec lui. C’est alors qu’il reçoit une proposition inattendue : traverser la France pour vendre des brosses à dents qui vont « révolutionner l’hygiène bucco-dentaire »[3] »)

… que nous avons vu au Vox à sa sortie, pour Jean-Pierre Bacri.

Jean-Pierre Bacri. Après avoir essuyé un refus de sa part pour deux films précédents (parmi lesquels Le Nom des gens), Michel Leclerc propose le rôle à Alain Chabat qui dit non. Et cette fois, JPB accepte, Pourquoi tu l’as proposé à Chabat ?

Le personnage : pas un râleur. Quelqu’un qui, à la fin, se retrouve en s’étant perdu.

Le film : une sorte de documentaire sur l’acteur. S’adapter au comédien, à la situation. Etre créatif. Projection dans la dépression d’un autre. Humour au départ. Renvoi à un monde clos.

Il y a un côté faux cul à dire, quand une scène est nulle, c’est génial mais on la refait.

Adaptation littéraire, plus facile à faire accepter par un producteur qu’un scénario original.

D’après un roman de Jonathan Coe (travail de transposition en France) qui doit, dans une semaine, signer avec quelqu’un d’autre. Michel Leclerc apprend qu’il est à Paris, s’arrange pour le rencontrer, le fait boire et changer d’avis.

L’écrivain aime le film à part une scène, qu’il trouve trop violente, où Jean-Pierre Bacri pousse un enfant dans une fosse à orties → Michel Leclerc la change et la tourne à nouveau (l’enfant tombe tout seul et JPB se contente de le regarder sans l’aider).

Le réalisateur aime les fins heureuses et d’ailleurs, même si logiquement il ne devrait pas rester en vie, dans le roman il ne meurt pas non plus (mais il ne retrouve pas le bateau).

            17h. Tigru

            (2023. « Vera, 31 ans, est vétérinaire de zoo d’une petite ville de Transylvanie. Après avoir perdu son nouveau-né, elle est obsédée par l’idée de donner les rituels d’enterrement orthodoxe de l’Est, passant plus de temps au travail et s’éloignant de son mari, Toma. Un jour, le tigre du zoo s’échappe…[4] »)

            … du roumain Andrei Tănase. Premier film en compétition pour le prix Solveig Anspach. Deux sujets sans aucun lien. Note : 2/5.

            21h. Lullaby

            (2022. « Jeune maman, Amaia, vit dans une grande ville espagnole. Souvent seule car son compagnon est absent durant de longues périodes, elle décide de retourner dans la maison familiale dans un village pittoresque sur la côte basque du nord de l’Espagne dans l’espoir que ses parents puissent s’occuper d’elle et de son bébé. Bientôt sa mère tombe malade, Amaia n’a pas d’autre choix que de prendre soin d’elle et s’occuper de la maison[5] »).

            … ou Cinco lobitos de l’Espagnole Alauda Ruíz de Azúa. Deuxième film de la compétition. Intéressant début (baby blues) mais devient ensuite plus banal.

https://www.senscritique.com/film/Le_Poteau_rose/8194102] https://www.senscritique.com/film/j_invente_rien/411289[1] https://www.senscritique.com/film/la_vie_tres_privee_de_monsieur_sim/1612985https://www.liff-mons.be/fr/filmtigru]https://www.senscritique.com/film/lullaby/52325988

Journal de Dominique, un jour à Prades -1-

Samedi 15 juillet

 

Nous arrivons à temps à Prades pour (re)voir, à 17h, Top Hat avec le divin Fred Astaire. Yann Tobin nous a concocté un programme « Joyaux du musical hollywoodien » et, dans sa présentation du film, ne m’apprend rien que je ne sache déjà si ce n’est que, si Fred Astaire n’est pas crédité au générique du statut de co-réalisateur, c’est à lui qu’on doit la prise de vue des danseurs en entier et la continuité des numéros dansés…

(Seule entorse à la règle de toute sa carrière -si je ne m’abuse- : les quelques plans sur ses pieds et ceux de Ginger au tout début de The Piccolino)

la découpe en divers types de cadrage étant…

(Et je suis bien d’accord, les cameramen et monteurs d’aujourd’hui devraient en prendre de la graine)

… une horreur qui gâche tout.

Le son des claquettes était postsynchronisé : si Fred Astaire dansait son rôle, ce que Yann Tobin ne dit pas (mais n’est pas sans savoir), c’est que le chorégraphe Hermes Pan doublait Ginger Rogers (j’ignore en revanche si les deux hommes dansaient chacun de leur côté ou bien « cheek to cheek » et ça m’intrigue…)

21h. Soirée d‘ouverture avec Des goûts et des couleurs du premier invité de ces Ciné-Rencontres, Michel Leclerc.

Mon Dieu qu’il est sympathique ! Son sourire chaleureux (je pense à Jean-Pierre Améris) fait illico ma conquête.

Des goûts et des couleurs : « Marcia, jeune chanteuse passionnée, enregistre un album avec son idole Daredjane, icône rock des années 1970, qui disparait soudainement. Pour sortir leur album, elle doit convaincre l’ayant droit de Daredjane, Anthony, placier sur le marché d’une petite ville, qui n’a jamais aimé sa lointaine parente et encore moins sa musique[1] ».

La place des chansons dans la vie.

Après Brassens, Brel etc., comment en écrire encore ?

Michel Leclerc et son ami guitariste

Ni moi ni aucun Cramé présent n’avions entendu parler de ce film. Pas étonnant, dit Michel Leclerc, il est sorti fin juin juste après le confinement.


[1] https://www.senscritique.com/film/les_gouts_et_les_couleurs/46391730

En Bref, vu ailleurs

Nous avions vu avec bonheur « Eva en Août et Venez voir de Jonas Trueba. » Voici un autre réalisateur Espagnol Jaimes Rosales, avec cet autre film, « les tournesols sauvages », C’est une histoire de vie à Barcelone, en trois actes, celle de Rosa, 22 ans, on éprouve avec elle une sorte de vie de couple, ce couple tient en deux mots «mère » et « célibataire ».

Trois actes, trois rencontres masculines, qui sont une sorte de cheminement vers la maturité, ce qui change c’est elle, sa vie, celle de femme et de mère. Pour avoir aimé ce dernier film, j’ai immédiatement vu « Petra » un drame antique et « la Belle Jeunesse » du même réalisateur dont je vous livre le synopsis : Natalia et Carlos sont deux jeunes amoureux de 20 ans qui se battent pour survivre dans l’Espagne d’aujourd’hui. Remises de C.V., petits boulots, tournage d’un porno amateur : ils essaient de s’en sortir au jour le jour. Face à une crise qui n’en finit plus, les espoirs d’une vie meilleure se fragilisent. Et quand Natalia se découvre enceinte, les petits arrangements ne suffisent plus.

(Fontainebleau, l’Hermitage)

« Promenade à Cracovie », projeté quasi nulle part, c’est un documentaire polonais réalisé par Mateusz Kudla et Anna Kokoszka Romer sur les souvenirs d’enfance à Cracovie du réalisateur Roman Polanski et de son ami d’enfance, le photographe américain Ryszard Horowitz. Leur enfance, avant, pendant et après le guerre sous Staline et Hitler.

Ce n’est pas par erreur si le documentaire est difficile à trouver et Libération nous dit pourquoi : « Récit du retour de Roman Polanski et du photographe Ryszard Horowitz dans la ville polonaise de leur enfance meurtrie par le nazisme, ce docu est une déambulation hagarde sans idée de cinéma » ! Il ne nous reste qu’à souhaiter à Libé autant de lecteurs que de boycotteurs. Quant au film, il existe!

(Paris, l’Arlequin.)

Georges

Le Paradis de Zeno GRATON (mai 2023)

Le Paradis, premier film du cinéaste belgo-tunisien Zeno Graton, offre un moment subtil et émouvant de cinéma en abordant de front la question des centres fermés pour jeunes délinquants et de l’amour en prison, de la liberté symbolique qu’offrent les sentiments, de la reconstruction de soi par l’autre qu’ils autorisent enfin un peu, et plus particulièrement ici de l’amour homosexuel. Sujet délicat que le réalisateur aurait pu aborder de manière âpre et frontale, voire brutale (comme Patrice Chéreau dans L’Homme blessé ou Fassbinder dans Querelle inspiré du Querelle de Brest de Jean Genet, auteur auquel on pense immanquablement ici pour la même double expérience de la réclusion et de la pédérastie). Il aurait pu également, autre facilité ou tout au moins tentation, adopter une perspective morale, soit qu’il insistât sur le caractère clandestin de cette liaison inopinée entre Joe et le nouveau venu William, entre un garçon sensuel et révolté et un ado plus ténébreux, au masque apparemment inexpressif traversé de fulgurances de tendresse et de fragilités (le plus dur au premier abord, le plus fragile en fait), soit qu’il montrât des adultes réprobateurs ou des co-détenus goguenards ou ironiques commentant ou empêchant cet amour hors normes dans un milieu déjà marginal et étouffant.

Rien de tout cela en vérité. Une relation qui se découvre – la surprise de l’amour, comme dirait Marivaux – qui se cherche, qui se construit et qui se vit, certes difficilement car il faut bien se cacher dans le recoin d’une pièce isolée, dans un couloir, une buanderie quand on ne communique pas simplement par la musique, par une radio ou par des toc toc complices et entêtés de pivert à travers une cloison. La musique – celle du film, mêlant jazz, hip-hop et électro – signée du compositeur franco-libanais Bachar Mar-Khalifé, superbe et variée, porte le film et poétise, intensifie les scènes les plus marquantes – lie les deux jeunes gens comme leurs compagnons qui aiment danser, se retrouver le soir, oublier leur condition. Il est certes difficile, voire impossible de vivre une telle relation en centre fermé – c’est tout le pari du film d’en montrer, avec beaucoup d’intelligence et de finesse, à la fois la difficulté pratique (où, quand se voir et comment s’aimer , jusqu’à quel point ?) et l’impossibilité foncière : car pour s’aimer vraiment, il faut se voir en toute liberté potentielle, être libre, c’est-à-dire disponible pour libérer ses pulsions, s’isoler loin du regard des autres, fût-il indifférent, ou même empathique…

C’est ce que dit l’éducatrice Sophie, jouée par une remarquable Eye Haïdara, formidable alliance, comme son collègue, de fermeté parfois comminatoire et d’indulgence, d’empathie, de tendresse profondes mais toujours maîtrisées, lorsque Joe et William, bouleversés par la perspective de leur séparation, s’étreignent violemment devant tous les jeunes réunis – pas un d’entre eux d’ailleurs n’ayant un regard ou un propos moralisateurs ou ironiques : « soyez patients, attendez d’être dehors, vous ne pouvez pas vivre ça ici… » En aucune manière, le « vous ne pouvez pas » de Sophie ne signifie « vous ne devez pas » et le pronom démonstratif « ça » suggère non un quelconque jugement adulte, éducatif ou répressif mais la volonté de protéger cet amour indicible qu’elle ne se permet pas de nommer si tant est que cela ait un sens. Le vrai respect en somme…De même, lorsque ces jeunes n’en peuvent plus d’être enfermés et se mettent à tambouriner de concert sur les portes de leur chambre (de leur cellule ?), l’éducateur Ilyas (convaincant Jonathan Couzinié) se tait, laisse faire, ne cherche pas à rétablir une vaine autorité : il sent bien que ce serait inutile, que la révolte intérieure, la violence passionnelle, l’exaspération recluse ne peuvent que s’exprimer et doivent même s’extérioriser dès lors qu’il n’y a pas d’émeute ou de tentative d’évasion. Ce n’est plus de l’indulgence ou de la simple compréhension, c’est de l’humanité simplement, mâtinée d’un sentiment d’impuissance sans doute.

Ces jeunes gens en effet – c’est peut-être la seule faiblesse du film – paraissent finalement assez sages, presque résignés ou capables de surmonter leur désespoir ou leur déception à tout le moins, par-delà les sursauts de colère ou les velléités de révolte : ce jeune qui pensait être scolarisé, finalement refusé par le collège parce qu’il a commis l’imprudence, par honnêteté intellectuelle, de dire qu’il venait d’un centre fermé, d’un IPPJ ; Joe, bien sûr – même s’il reste ainsi 3 mois de plus avec William – Joe qui croyait pouvoir enfin sortir mais se voit refuser cette libération par la juge pour n’avoir pas suffisamment fait ses preuves, pour avoir souvent fugué. La fin du film montrera le chemin qu’il reste à accomplir…Fallait-il pour autant en tant que spectateur souhaiter plus de cris, plus de haine, plus de violence dans les gestes et les paroles pour faire plus véridique, plus réaliste et Zeno Graton a-t-il édulcoré la réalité de la réclusion et adouci le caractère de ses personnages pour susciter l’empathie de son public ? Je ne pense pas – et son propos ne me semble pas affaibli de ce refus de la complaisance ou de la caricature.

Faut-il rappeler que l’un des grands adversaires de la violence institutionnelle, Victor Hugo dans le journal fictif du Dernier jour d’un condamné (1829), n’a en aucune manière expliqué ou même suggéré le crime de son condamné à mort – de manière à créer l’empathie du lecteur et à suggérer l’inutilité, l’inhumanité de l’exécution capitale ? Le propos de notre cinéaste n’est-il pas un peu le même ? Ne pas juger mais au contraire suggérer l’humanité de ces jeunes délinquants, dont on ne sait jamais quels délits il ont commis au juste, les saisir, au-delà de tout moralisme, dans ce moment singulier et terrible de leur vie où ils tentent de se reconstruire personnellement mais aussi de faire communauté, au-delà de leurs différences, dans leur multiplicité d’origines, dans cette appartenance multiple qui les réunit et qui les soude (contre le racisme institutionnel dont a souffert Zanon dont un cousin fut emprisonné). Du coup, on ignore ce qu’ils ont fait, on oublie presque qui ils sont, qu’ils ont été des délinquants, même si les éducateurs sont à juste titre durs à leur égard, que les rendez-vous avec la juge d’application des peines leur rappelle, et nous informe, du poids du passé et de l’engagement pris, du pari sur l’avenir dont ils font l’objet, entre éducation et répression. Une belle formule de la juge interroge d’ailleurs ces concepts de liberté et de contrainte : « tu sortiras, dit-elle à Joe, lorsque tu n’auras plus besoin des autres pour t’empêcher de faire des bêtises, pour lutter contre toi-même »…Oui, être autonome, n’est-ce pas savoir se contrôler, faire triompher en nous la raison, se faire violence, ne plus être en somme notre propre ennemi ?

En attendant, comment ne pas se prendre de sympathie pour ces jeunes, pour ce mélange en eux de révolte à fleur de peau et de tendresse insoupçonnée, pour leur créativité (avec leurs dessins, les tatouages de William), leur sérieux aussi (les cours de maths, l’apprentissage de la fonderie), leur énergie bien dirigée (les séances de boxe), et cette fantaisie : la danse, la promenade en forêt de ces garçons grimés, de William et Joe amoureusement tatoué par son ami ? Comment ne pas aimer ce binoclard, ou cet autre farouche ou timide, ou encore ce garçon à la tignasse rousse, ces adultes en devenir que le hasard, leur éducation ou leurs mauvais instincts ont pour un temps arrêté (ou simplement suspendus ?) en chemin ? Il faut croire en la vie, en la résilience, dans l’avenir toujours ouvert quoiqu’il y paraisse…

Vous me direz que la fin en prison n’incite guère à l’optimisme… Pourtant, Zeno Graton réussit le tour de force d’un dénouement à la fois fermé et étrangement ouvert : la promenade des deux détenus s’achève en image onirique d’une course dans la forêt, d’une folle équipée. L’avenir n’est jamais totalement condamné.

Claude

Nathan Ambrosioni (la suite)

Le 23 mars 2019 lors de notre VIIIème Week-end Jeunes Réalisateurs,
nous avions vu Les Drapeaux de papier, le premier film de Nathan Ambrosioni avec Noémie Merlant et Guillaume Gouix.

Nous suivons avec intérêt le parcours des jeunes cinéastes que nous programmons lors de nos WEJR chaque printemps et vous signalons la sortie le 6 septembre prochain de Toni en famille, 2ème long métrage de Nathan Ambrosioni.

Marie-No