Lady Bird-Greta Gerwig (2)

Meilleure comédie et meilleure actrice aux Golden Globes 2018

Du 19 au 24 avril 2018Soirée débat mardi 24 à 20h30Film américain (vo, février 2018, 1h35) de Greta Gerwig avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf et Tracy Letts

Distributeur : Universal Pictures

Présenté par Marie-Annick Laperle

Synopsis : Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi. 

SURPRISE SANS SURPRISE

Surprise sans surprise pour ce film de la réalisatrice américaine Greta Gerwig qui raconte la dernière année de lycée d’une adolescente dans l’Amérique post 11 septembre. Elle a 17ans et se fait appeler Lady Bird à la place de son vrai nom Christine. Elle porte ce nom, sa famille, son quartier, sa vie comme un poids sclérosant et refuse le parcours balisé, tracé par son milieu familial et social.

Rien d’original donc ! La révolte banale d’une adolescente élevée en milieu catholique et protégée. Une succession de situations triviales assez attendues qui se succèdent à un rythme accéléré. Il faut vite accéder au pouvoir que confère l’âge de 18ans : un ticket de loterie, une cigarette et un magazine «  Play Girl », sans oublier le premier émoi amoureux et la première expérience sexuelle. Sauf que ces premières fois ne procurent pas le plaisir attendu et laissent entrevoir des lendemains un peu moins chantants.

Qu’importe ! Lady Bird rêve d’évasion et d’une autre vie : la Côte Est, New York et le milieu des artistes. Or, ce rêve est constamment contrarié par le quotidien et en particulier par sa mère avec laquelle elle entretient des relations conflictuelles. La scène du début illustre bien cette situation . Après avoir écouté le livre audio « Les raisins de la colère », la mère et la fille sont en paix, en phase, même. Et puis soudain, le simple désir de Christine d’écouter une musique, suivi du refus de sa mère, fait éclater le conflit redouté et récurrent : Christine ouvre la portière et saute de la voiture en marche, exprimant par ce geste sa volonté de s’échapper.

Le véritable sens du film est ici. Comment échapper à la pression  maternelle ? Comment échapper au conditionnement du milieu dans lequel on a vécu et on s’est construit ? Comment devient-on soi-même ? Comment se débarrasser de certains  attachements, en particulier de l’attachement mère/fille ?

Il faudra à Christine et à sa mère Marion ce détachement par l’éloignement (Christine va à New York pour ses études universitaires) pour comprendre combien elles se manquent et donc combien elles s’aiment. La scène de séparation à l’aéroport est formidable. Greta Gerwig détourne la scène classique de l’amoureux qui court derrière la femme aimée qui va lui échapper.Marion a refusé d’accompagner sa fille jusqu’à l’embarquement et reste dans la voiture pour attendre le père en prétextant que le parking est trop cher. Quelques instants plus tard, on voit la mère courir comme une folle dans le hall de l’aéroport et s’effondrer dans les bras de son époux qui la rassure : «  tu vas la revoir ».

Dans la scène finale, après un coma éthylique en guise de rite de passage à l’indépendance, Christine peut lâcher Lady Bird pour assumer Christine et dire à sa mère qu’elle l’aime. Car le véritable amour d’une mère pour son enfant n’est pas de le retenir mais de le laisser partir pour qu’il puisse devenir «  la meilleure version de lui-même », cette belle expression de Marion qui traduit tout l’amour qu’elle a pour sa fille.

Christine va jouer seule cette partition qui lui permettra d’être qui elle est.

Marie-Annick

 

 

La Belle et la Belle- Sophie Filière

Du 12 au 17 avril 2018
Soirée débat mardi 17 avril à 20h30

Film français (mars 2018, 1h35) de Sophie Fillières avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud, Lucie Desclozeaux, Laurent Bateau, Théo Cholbi, Florence Muller et Brigitte RoüanDistributeur : Memento Films

Présenté par Claude Sabatier

Synopsis : Margaux, 20 ans, fait la connaissance de Margaux, 45 ans : tout les unit, il s’avère qu’elles ne forment qu’une seule et même personne, à deux âges différents de leur vie…

 

« On ne sait jamais ce qu’il faut vouloir car on n’a qu’une vie et on ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures. Vaut-il mieux être avec Tereza ou rester seul ? Il n’existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n’existe aucune comparaison. Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans avoir jamais répété. Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? C’est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse. Mais même « esquisse » n’est pas le mot juste, car une esquisse est toujours l’ébauche de quelque chose, la préparation d’un tableau, tandis que l’esquisse qu’est notre vie n’est l’esquisse de rien, une ébauche sans tableau. Tomas se répète le proverbe allemand : « einmal ist keinmal », une fois ne compte pas, une fois, c’est jamais. Ne pouvoir vivre qu’une vie, c’est comme ne pas vivre du tout. »

Qui d’entre nous n’a jamais partagé l’angoisse existentielle de Tomas, le héros de « L’Insoutenable légèreté de l’être » de Milan Kundera, n’a jamais eu le sentiment d’une improvisation permanente dans sa vie, esquisse permanente d’un tableau inachevé, voire illusoire ? Si, jeunes, vous vous interrogez avec un mélange de crainte et d’espoir sur votre avenir, si, moins jeunes, vous vous retournez avec regret, voire amertume sur un passé que vous aimeriez tant réécrire, alors, dédoublez-vous en 2 hommes, ou plutôt 2 femmes, une jeune femme de 20 ans, Margaux (qui sera jouée par Agathe Bonitzer), une femme mûre de 45 ans (par Sandrine Kiberlain)…C’est à cette curieuse proposition de cinéma que nous invite Sophie Fillières dans son dernier film, de 2017, sorti en mars 2018, au titre tautologique : « La Belle et la Belle », une comédie sentimentale, une histoire de double burlesque, un postulat de départ fantastique pour une histoire finalement très réaliste, avec deux actrices à la fois différentes et assez comparables physiquement comme dans leur jeu : visage effilé, longue chevelure, rousse ou blonde, grâce indolente mâtinée de vivacité pince-sans-rire, même abandon au petit matin après l’amour, à moins que, mais si, tu te souviens, tu ne restais jamais au lit, mais non Marc, enfin…Analogies subtiles et indicibles grâce à ce dédoublement d’une même personne en 2 actrices, servies par des dialogues un peu décalés, des situations absurdes, mode Ionesco ou Pinter, des contretemps burlesques, une ironie légère sur le langage jeune ou sms comme sur le marivaudage de Marc où se dessine et s’égare le sentiment amoureux…

Le pari semble réussi, le film évitant le double écueil de l’invraisemblance fantastique ou d’un réalisme démonstratif : la rencontre de ces deux femmes, lors d’une fête, devant le miroir d’une salle de bains, leur chassé-croisé permanent, leurs amours communes – et pour cause ! – avec Marc interrogent les mystères de la destinée, nos doutes sur nos choix passés ou l’angoisse d’un avenir déjà marqué, ou refusé par la jeune Margaux dans l’image qu’en offre son aînée. Le parallèle entre le futur espéré (conjuré ?) et le passé regretté (réécrit ?) donne lieu à des scènes cocasses, comme celles où Agathe Bonitzer refuse un futur déjà écrit dans notre inertie ou nos tentations – coucher avec son directeur de recherche, abandonner son master à Lyon comme elle le…fera pourtant – où Sandrine Kiberlain ne s’émeut pas outre mesure de voir son jeune double saignant du nez après sa chute de ski…Comme si chaque destin n’était pas profondément individuel, lié à des choix circonstanciels (le hasard de nos rencontres, le tropisme de notre caractère alors, le poids de nos convictions) qu’il ne faut pas regretter, car enfin, la Margaux mûre ne se sentait à l’époque pas prête à garder son enfant, par manque d’amour ou d’instinct maternel peut-être… Or, la vie ne nous donne pas forcément une seconde chance et n’empêchera pas la mort d’Esther, à la suite d’une maladie : belle idée que ce télescopage temporel où l’amie de Margaux-Bonitzer est bien présente dans une soirée jeunes ou dans un improbable skype, et pourtant déjà morte quand Margaux-Kiberlain se rend à son enterrement, pour ne pas y rester longuement, tant les hommages et le recueillement convenus lui pèsent. Margaux n’a pas changé finalement : rebelle et rétive. Et elle a beau mettre en garde sa cadette, comment celle-ci pourrait-elle éviter à son amie de disparaître tragiquement, sauf à anticiper maladroitement sa mort par un émouvant « Je t’aime » prémonitoire et un peu trop appuyé ?

Le thème amoureux, servi par une belle interprétation de Melvil Poupaud, charmeur mélancolique et faussement désabusé, vient servir cette variation sur l’identité et le temps vécu – dans ses promesses et dérobades. Les émois et embarras sentimentaux des deux femmes oscillent entre le triangle amoureux ici revu et corrigé en quadrature d’une vie unique et le questionnement sur un désir toujours nouveau, une expérience déjà jouée. De la jeune Margaux qui couche à tout va mais ne croit pas à l’amour – jusqu’au jour où il surgira, lu prédit Marc – à la quadragénaire un peu blasée, qui veut encore croire que sa passion renaîtra de ses cendres encore chaudes, se déploie une histoire d’amour dédoublée, comme allégée, détachée mais aussi redoublée avec l’élan timide de la jeune femme qui se donne, et la chance nouvelle que s’offre la femme mûre… Comme si, malgré Kundera, malgré toutes ses redites ou bégaiements (le même train, la même dédicace d’Aurélie Dupont dans le TGV, la 3ème image, le double âgé au même bonnet rouge croisé à la gare), la vie nous donnait une seconde chance, détissait l’imparfait et rouvrait un passé recomposé : au retour du ski, c’est bien la Margaux plus âgée que choisit Marc, tandis que l’effacement de la jeune, qui va vivre sa vie, libère en somme son aînée de son passé, qui nous tire si souvent en arrière et projette son ombre portée – peur obsédante de l’échec, sentiment d’inachèvement ou d’incomplétude – sur nos joies présentes, notre spontanéité et notre disponibilité à la vie. La plus jeune s’affirme, durement quand elle rompt d’un laconique sms avec deux garçons d’un coup, mais avec plus d’authenticité dans sa relation avec Marc ; la plus âgée se déleste et se libère.

Amusante pirouette finale, où le petit traumatisme crânien de la jeune Margaux introduit un aiguillage narratif inattendu dans ce ballet un peu répétitif, et symbolise l’acceptation par une femme de sa singularité, l’assomption de sa liberté : une esquisse belle et vraie, maladroite et fiévreuse peut-être, mais sans souci du tableau final, de toute façon toujours recommencé…

Claude

« Lady Bird » de Greta Gerwig

Résultat de recherche d'images pour "LADY BIRD AFFICHE"Meilleure comédie et meilleure actrice aux Golden Globes 2018

Du 19 au 24 avril 2018

Soirée débat mardi 24 à 20h30
Film américain (vo, février 2018, 1h35) de Greta Gerwig avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf et Tracy Letts

Distributeur : Universal Pictures

Présenté par Marie-Annick Laperle

Synopsis : Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi. 

Je ne savais pas que Lady bird voulait dire coccinelle.
Christine veut qu’on l’appelle « coccinelle », c’est mignon, ça, mais ça ne nous met pas« delighted », non plus. En fait on n’est enchanté de rien.
Tout se passe comme si Greta Gerwig avait voulu suivre point par point un cahier des charges précis pour coller au stéréotype de la comédie douce-amère, indépendante et cool avec de la jolie musique sucrée nineties et des protagonistes un peu en marge, pas trop quand même et tellement attachants avec un bon fond bien ripoliné qui ressort toujours de toutes façons. Obligé, on est en Amérique, quoi !
Lady bird a 17 ans, vit à Sacramento, dans une famille modeste, qui se prive pour l ‘envoyer dans un lycée privé (puisque dans le public on se fait égorger) et elle vit de l’autre côté du periph euh … de la voie ferrée. Dès le début du film, Greta Gerwig se plante sur le rythme. Pour biffer la case « comédie enjouée », elle nous fait subir un tourbillon de scènes montées dans une frénésie de fête foraine. Stop ! On voudrait faire connaissance et puis voir un peu que la vie de « coccinelle » à Sacramento, c’est une succession de jours interminables où on s’ennuie ferme, même que c’est pour ça qu’elle veut absolument aller étudier ailleurs. A New York de préférence. On est en 2003, elle a des chances d’y arriver, le 11 septembre joue en sa faveur !
Être ailleurs, ne plus être cataloguée du mauvais côté, ne plus se serrer la ceinture en famille et surtout fuir sa mère avec qui la connexion est presque totalement interrompue.  Au mieux, ça grésille fort sur la ligne ! Comme pour 9 adolescentes sur 10, sa mère représente, à l’instant T, ce qu’elle ne veut jamais devenir.
Lady bird découvre l’amour x2 , se trompe, pleure un peu. Délaisse sa meilleure amie pour la fille branchée de la classe, plus riche, plus fun. Bilan des courses : un homosexuel, un pseudo intello contestataire blasé chic, une obèse et une bimbo. Emballez, c’est pesé.
Et bien sûr, à la fin, on se recale, la mère et la fille se parlent bien et Sacramento … Ah ! rouler dans Sacramento … Et le dimanche à New York, après une nuit bue au goulot, le nez au vent elle retrouve le droit chemin et l’église du coin de la rue, devant le chœur d’enfants … et se revoit, c’etait hier …
Et tout est tellement attendu !
C’est bien interprété. La mère et le père sont très bien. Mais les rôles sont tellement caractérisés, les bornes des personnages tellement marquées … Le supplément d’âme ne fait pas partie du package. Ca peut plaire. Du bon boulot, bien ficelé, bien récompensé.

Balisé, sans surprises, hyper-conventionnel … surévalué.
Pas très intéressant
Assez énervant

Marie-No

« Phantom Thread » de Paul Thomas Anderson

Phantom Thread : AfficheUn film réalisé par Paul Thomas Anderson avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps. 

Synopsis : Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa soeur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près.

 

Ce film déroutant captive de bout en bout. On est totalement séduit par Reynold Woodcock et son allure, mais d’abord par son regard obscur si clairement enfantin, sa mère y étant enfermée dans la robe qu’il lui avait cousue, adolescent, pour convoler en secondes noces … Il avait alors commencé le rituel de coudre des voeux dans les doublures de ses créations. Il crée depuis, tout près du giron de sa sœur, Cyril, inébranlable soutien à sa profusion artistique. La maison de couture Woodcock, London, est devenu un lieu de Haute Couture fréquenté par les têtes couronnées et autres privilégiées de la vieille Europe des années 50. La relation amoureuse en moins, encore que …, le génie créatif progressiste en moins, aussi, Reynold restant enfermé dans le carcan décliné à l’infini dont il habille ses riches clientes, l’organisation pratique, la gestion du talent, le succès des affaires fait penser à l’alliance Yves Saint-Laurent/Pierre Berge. Lunaire/Terrien.
Reynold collectionne les muses féminines qui, le charme envolé, finissent toujours pas déranger avant d’être immanquablement congédiées par Cyril.
Un matin dans une auberge de « sa » campagne, Reynold rencontre Alma.Et ce moment est une des scènes magistrales du film : on assiste vraiment à une rencontre. Quelque chose se passe entre ces deux-là et on le voit, on le ressent. Du grand art. De mise en scène du réalisateur Paul Thomas Anderson et des deux acteurs Daniel Day Lewis et Vicky Krieps. C’est là, c’est arrivé, ils sont liés par un phantom thread (fil fantome). Ce n’est pas une romance et la relation entre eux est un désastre au quotidien. Mais ça continue. Ils se cherchent, s’enlacent , se rejettent, s’éloignent et se rapprochent. C’est un apprentissage douloureux. Il l’humilie, elle l’exaspère mais le fil est solide. Incassable. Par deux fois elle tentera le diable de la rupture pour mieux le forcer à sortir de lui-même et lui déclarer enfin son amour. La deuxième fois, Reynold retient la première bouchée d’omelette aux champignons, devinant qu’Alma est en train de l’empoisonner . Ils se regardent, s’interrogent du regard : il sait ? sait-elle que je sais ? Champ, contre-champ, champ, contre-champ. Reynold avale cette bouchée salvatrice.
« tu souffriras, jusqu’à, peut-être, vouloir mourir. Mais tu ne mourras pas »
Le rapport amoureux entre Reynold et Alma est bancal. Mais quel rapport amoureux ne l’est pas ?
L’histoire se passe dans une maison de couture mais pourrait se passer dans un autre lieu.
Pourtant c’est captivant de vivre dans ce microcosme de velours et de dentelles, de mètres de satin blanc étalés sur les grandes tables de couture. Paul Thomas Anderson montre de véritables ouvrières au travail dans l’urgence de la création, leurs mains habiles courant sur les tissus, pinçant ici, relâchant là, froissant, drapant, magnifiant encore les corps gracieux, sublimant toujours ceux qui le sont moins. On a le sentiment pendant tout le film de vivre l’art de la Haute Couture. On entend le froissement des étoffes.

« Phantom thread » m’a bien fait plaisir.
Paul Thomas Anderson est américain et son film est subtil.
Je le reverrais bien une deuxième fois. Re-goûter à la mise en scène, aux décors, à l’atmosphère, savourer le jeu des acteurs.
(et voir si les deux/trois lourdeurs américaines ressenties sont toujours là)

Marie-No

PS : Woodcock étant un personnage de fiction, pourquoi ce nom ?

 

Le Bel Antonio

 

Du 12 au 17 avril 2018Soirée-débat jeudi 12 à 20h30Film italien (1961, 1h45) de Mauro Bolognini avec Claudia Cardinale, Marcello Mastroianni, Pierre Brasseur

Présenté par Arthur Polinori

Synopsis : Toutes les femmes sont amoureuses du bel Antonio. Mais lorsqu’il épouse Barbara, Antonio ne s’avère pas être l’amant espéré… Tout le monde est rapidement au courant et le jeune homme devient la risée de la ville.

 

Un miroir qui projette l’image floue d’un couple sur un lit, après l’amour semble-t-il ? mais la réalité révèle l’envers du décor : une femme allongée dans une pose atterrée (Paola), l’homme assis, comme prostré (Antonio). Une discussion s’engage : on comprend à ce prologue que rien ne s’est passé, qu’à l’amère déception de la femme aimée comme un ange (preuve d’amour certes, reconnaît-elle…) mais non honorée comme une femme répond la justification douloureuse de l’homme crucifié par son impuissance, à moins qu’il ne soit inhibé par son idéalisme, empêché de faire l’amour par son amour même. Cause de l’échec amoureux ou effet d’un idéalisme sentimental ? – le film aura la pudeur et l’élégance de maintenir le doute… Prégénérique en forme de prolepse qui aura suggéré pour la situation du bel Antonio une explication physique – dont on comprend qu’elle va être le sujet rare, délicat d’un film doux-amer tanguant entre mélancolie et grivoiserie – mais qui la nimbe de mystère, dessine une ligne de fuite : la difficulté à aimer quand on aime vraiment, la fragilité (la faiblesse ?) masculine, la déliquescence morale d’une société italienne des années 60 corsetée par une morale machiste et une religion hypocrite, la désillusion politique de jeunes gens revenus de leur rêve romain de carrière diplomatique pour retrouver notables et députés d’une Sicile véreuse, quêtant des places, ennuyée de mondanités, affamée de comédiennes légères… Plus tard, après la solitude glacée et la déréliction rêveuse d’Antonio derrière un voile de mousseline, dans le surcadrage d’une porte ou la profondeur de champ d’un couloir, c’est encore un miroir qui dira l’identité clivée, la brisure intime d’un homme sommé plus que jamais de manifester, d’exhiber, de concrétiser sa virilité, dans la pure extériorisation d’une conquête, par un père tonitruant de certitude et de vantardise, par une opinion publique qui se dit moins en murmures gênés, en injonctions familiales qu’elle ne somme de s’expliquer au téléphone – quand elle ne se proclame pas du haut d’un balcon. Reflets d’un éternel masculin en question dans la vitre d’une portière lors des confidences d’Antonio, joué tout en finesse et douleur contenue par Marcello Mastroianni, à son cousin Eduardo auquel une virée en voiture aura permis de délier la parole du fils indigne d’Alfio – cousin prévenant semble-t-il, lui-même déchiré entre désir et idéalisme, mais aussi ambigu : il a promis à son oncle de faire parler Antonio et, à l’annonce finale de la grossesse de la bonne Santozza, des œuvres d’Antonio, il ne comprend plus les scrupules de son cousin, son insatisfaction rémanente et se fait le héraut conformiste de l’Eglise et de la loi familiale, en demandant à être le parrain de l’enfant, du garçon bien sûr, à venir…La dernière image de ce film au noir et blanc heureusement préservé lui répondra avec le reflet christique du visage d’Antonio dans le couloir de l’appartement familial, saint-suaire douloureux s’effaçant dans le fondu au noir du générique. Le miroir d’une flaque sans amour…

Si statiques que puissent sembler certains personnages, illustrative et insistante la musique ou caricaturale parfois l’interprétation, impressionnante (pas assez dirigée ?) d’Alfio par Pierre Brasseur, le père d’Antonio, Mauro Bolognini préfère à l’esthétisme somptueux souvent reproché à sa mise en scène une discrète stylisation qui s’accorde à un sujet très réaliste, évitant la comédie égrillarde comme le mélodrame appuyé, dans une tonalité mélancolique et désabusée : le cinéaste crée une atmosphère étouffante, à l’image d’une société répressive, qui ignore l’individu et ne vit que de reproduction sociale. Une société frappant d’avance de mort le mariage et le possible bonheur des jeunes gens : il est symptomatique que le décès du grand-père soit cyniquement éclipsé par le retour du bel Antonio, le prêtre de la famille cachant le deuil jusqu’au lendemain matin et que la première apparition de Barbara se fasse sous la voilette noire des funérailles. Le couloir en est le symbole récurrent : couloir de l’appartement familial bouché par la silhouette imposante du père à l’arrivée d’Antonio à Catane (sans mot ni geste vraiment tendres), couloir symboliquement sombre menant à la réception mondaine, ou plutôt la partie fine, du député, couloir vide chez les Magnano, la vérité sur Antonio une fois révélée, motif du téléphone dans le corridor qui dit la communication publique, embarrassée ou brutale, des deux pères en colère et en conflit, d’Antonio sommé de s’expliquer – en lieu et place de l’échange intime, de la voix voilée ou cassée, du secret balbutié ou différé.

Couloir que, loin d’offrir une échappée salutaire, les rues étroites de Catane ne font que prolonger, sur leurs pavés disjoints, sous le regard sévère d’immeubles – phalliques ? – dans la promiscuité marmonnante des balcons, des fenêtres qui jacassent – dirait Brel : chemin initiatique qu’emprunte Antonio à son retour de Rome, étrangement félin et absent à lui-même,chemin de croix qu’il redescendra dans l’accablement de son impuissance et de ses rêves brisés. Espace confiné de la rue, et pourtant caisse de résonance du triomphe social – la sortie de l’église pour les jeunes mariés, Antonio et Barbara, fille de notaire sicilien remariée avec un duc, entrevue à travers une vitre – écho du malheur qu’Alfio divulgue et amplifie, comme la rumeur, en croyant le combattre, sa colère contre la noce aristocratique, son interpellation (un moment savoureux) du prêtre poursuivi dans le cloître, et mis en face de ses contradictions : l’Eglise, sous la pression des parents de Barbara et grâce à leurs liens avec l’archevêque, a en effet annulé le mariage de la jeune femme avec Antonio au motif d’une union non consommée pour lui permettre d’épouser un duc milliardaire ; condamner d’un même mouvement la luxure et la stérilité ou l’impuissance ne lui semble pas contradictoire, pas plus que de célébrer la sacralité de l’acte sexuel, dans le cadre bien réglementé du mariage et de l’enfantement au nom du précepte « una caro unus sanguinis » !

Là où reflets et corridors pourraient enfermer le regard, créer le pathos permanent du mélo, Bolognini suggère la souffrance : dans le silence gêné d’Antonio accablé par son image de « latine lover » dans les soirées, poursuivi bruyamment par sa voisine atterrée par son mariage (vrais pari et contre-emploi pour Mastroianni au sortir de « La dolce vita »), dans la lassitude soudaine du jeune homme s’enfermant dans sa chambre pour lire un passage du roman éponyme de Vitaliano Brancati, dans le regard chaviré de Barbara, saisi en contre-plongée dans le creux d’un arbre, un regard d’ignorance effarée devant la découverte de la sexualité sous la fable ancillaire du coq et de la poule, de honte féminine et sociale de devoir, jeune mariée, demander des explications à la bonne dont le ricanement méprisant et le conformisme nataliste la foudroient. Comme si la campagne impressionniste, un travelling arrière sur l’orangeraie familiale ramenant aux jeunes mariés à la fenêtre et à leurs regards se fuyant hors champ, une échappée belle sur une balançoire, un millier de baisers faussement réparateurs dont la dévore son jeune époux, résonnaient eux aussi de son ingénuité et de sa honte de femme « intacta » – « Intacta », oui, le mot est enfin lâché par son père lors de la conversation avec Alfio, conversation masculine, embarrassée s’il en est – quand on est entiché de virilité ! – incapacité à aimer, comprendre, accepter, à dire surtout quand les mots sont encore plus tabous que la réalité qu’ils (re)couvrent, impatience aussi de Barbara (une Claudia Cardinal tout en nuances), ingénue diaphane qui se prétend encore amoureuse de son époux ou ambitieuse avérée qui se laisse acheter pour un remariage ? Alors, ne reste plus que l’explosion finale du gros mot – « intacta » – l’inconcevable et irrémissible virginité, à quoi répond l’ahurissante protestation du père d’Antonio : « il l’a fait exprès » (!!). Car enfin, je vous le demande, comment un homme, pure affirmation de soi et absolue transparence au monde, pourrait-il être dans le manque, le défaut, l’incompétence sexuels – si ce n’est de sa part choix ou ruse insondables…?

Et on savoure ce personnage d’Alfio dont le jeu théâtral, outré ne m’a pas gêné, avec ses « naturalmente » tonitruants, cette faconde et cette forfanterie italiennes qui apportent un heureux contrepoint comique au malheur d’Antonio, comme si l’indicible ne pouvait se traduire que sur le mode de l’excès : cette caricature bouffonne du virilisme triomphant (9 femmes en une nuit !) ne s’embarrasse guère d’égards pour sa propre femme et va noyer la déroute filiale dans le stupre de la prostitution – pour se sublimer et s’annihiler dans l’orgasme fatal, fin présidentielle que Félix Faure rendra célèbre, pour le bon mot de Clémenceau : « il a voulu être César, il est mort Pompée ! »

Le film porte évidemment la marque de son scénariste Pasolini, qui réalisera en 1964 une « Enquête sur la sexualité » (des Italiens), dans les films duquel la satire ou le portait caricatural le céderont à la causticité et à la provocation désespérées. Si l’homosexualité de Pasolini semble peu transparaître – dans une scène de bordel peut-être ? dans l’apparence fémininine prêtée à Antonio par un de ses amis ? – la place révélatrice des humbles peut annoncer « Théorème » et une religion évangélique à mille lieues des compromissions cléricales siciliennes : n’est-ce pas la bonne des parents de Barbara Puglisi qui lui révèle le mystère de l’amour, sous une forme certes crûment imagée ? N’est-ce pas enfin, face à l’impatience sociale d’une femme ignorante, inconsistante qui prétend aimer encore son mari impuissant mais cède bien vite à la pression de sa famille et de l’Eglise, la bonne « experte » des parents d’Antonio, appelée dans la maison des époux, qui sauvera « l’honneur » de la famille et restaurera un peu de l’identité du jeune homme – si idéaliste que demeure sa vision de l’amour ?

Femme humble, aux regards tendres, comme s’excusant d’être au monde, femme évanouie dont la maternité cachée enfin proclamée dira au monde le simple bonheur de l’amour. Comme une douce et improbable rédemption.

Claude

Tesnota, une vie à l’étroit (3) de Kantemir Balagov

Tesnota – Une vie à l’étroit : Photo Darya Zhovner« Maintenant, tu n’as plus personne à aimer ».
Dans la dernière scène, Ilana se laisse embrasser, enserrer par sa mère. On ne peut pas forcer l’amour et Dina ne l’aimera jamais de cet amour éperdu dont elle a comblé son frère, de cet amour absolu qu’elle voulait en partage. Ilana est si tendre.
Elle farfouille dans les moteurs avec son père, les mains dans le cambouis, une clé de 12 toujours à sa portée, tenant les stocks possibles de pièces accessibles à Naltchik, active et complice de son père. Son égale. Pas supposée laver les tasses. 1998. Les femmes russes exercent des métiers d’homme, sans doute, mais rentrées à la maison se changent et se féminisent, sans doute. Pas Ilana. Pour le repas des fiançailles de David avec Léa, sa mère lui dégote dans un placard, une vieille robe à rayures, d’un autre temps, « C’est tes couleurs » lui dit-elle. Mais c’est les couleurs de personne, ça ! La mère décide et obtient. Sans élever la voix.
Ilana et David sont frère et soeur et leur relation s’égare peut-être tout près des chemins de l’inceste mais sans s’y perdre vraiment.  L’exiguïté des pièces ne favorise pas la pudeur  et les russes ne s’embrassent-ils pas tous sur la bouche ?
Ce film est composé de scènes très fortes, parfois insupportables, qui semblent toutes avoir été comprimées pour tenir dans le cadre. Elles s’y installent, débordent. Scènes « coup de poing » qui percutent et désorientent, assomment.
Ilana la juive et Zalim le musulman s’aiment d’un « drôle » d’amour. Il est brutal mais tendre, aussi. Quand elle se risque à monter l’escalier extérieur menant chez lui et à frapper à la porte de sa vie familiale, il entrouvre, la repousse  puis vient la rejoindre sur une marche métallique pour la blottir contre lui. On pense à  West side story.
Peu de temps avant, elle l’avait entraîné dans un couloir sordide pour perdre sa virginité bien gardée jusque là mais désormais vendue par ses parents à un autre pour payer la rançon et libérer le fils. En 98, un Zalim apprenait-il déjà par des videos pornos  que le sexe est violence, que le viol est amour ?
Suit la scène d’anthologie du simple goûter de fiançailles où  Ilana jette sur la table familiale, dans l’assiette de sa mère, les traces de son hymen  offert à un autre !
Et il y a la video interminable de l’égorgement. L’horreur incommensurable. Kantemir Balagov , kabarde musulman, nous montre un homme, kabarde musulman,  se repaître de ces images, les justifiant, glorifiant les meurtriers ici au nom d’Allah. D’autres le font ailleurs, aux noms d’autres dieux. Depuis la nuit des temps. Ces meurtres il faut les voir et les croire, avoir bien en tête les massacres et les horreurs dont l’être humain est capable. C’est à chacun des spectateurs que Kantemir Balagov s’adresse. Des hommes, des femmes, des enfants sont martyrisés, égorgés, décapités, tués tous les jours. L’être humain est capable de toujours pire. L’utilisation d’armes chimiques, par exemple. Il ne suffit pas de suggérer ces horreurs. Il faut  pouvoir les regarder, bien en face,  savoir les regarder venir.  Cette video datant de 1998 nous fait aussi réfléchir et prendre conscience de ce qui, en 2018, vingt ans après,  est diffusé sur les réseaux sociaux. L’horreur banalisée, en boucle, non stop, tout public.

Ilana la juive et Zalim le musulman se risquent à s’aimer, bravant les interdits. Elle vient se perdre dans les alcools de ses nuits noires enfumées, s’abîmer de ses fréquentations dans cette station service lugubre, s’enivrer surtout de la peine qu’elle fait à sa mère.

Ilana se cogne contre les parois de ses jours et de ses nuits pour trouver une issue de secours vers sa juste route à elle. Dans une ultime nuit à Naltchik, elle s’enivre, fume et danse et chante à en perdre la voix. Le signal rouge clignote, aveugle, marquant la fin de cette vie à l’étroit.

Tesnota – Une vie à l’étroit : PhotoLe petit matin venu, elle respire à l’air libre, avec Zalim, sur une colline surplombant Naltchik. On n’aurait jamais pensé que c’était si grand, Naltchik  !
Avant de prendre la route, conduisant ses parents sur les routes kabardes, vers un autre enfermement. Sans elle.

J’ai beaucoup aimé le personnage d’Ilana et son interprètation par Darya Zhovner, mélange de  Kirsten Stewart, Sigourney Weaver et Alice de Lenquesaincq. A suivre.

Le réalisateur, Kantemir Balagov, a 27 ans. Alors bravo pour cette maîtrise.
Cette histoire lui a été racontée par son père quand il avait 7 ans et on trouve sans doute dans son film certaines de ses images d’enfant.

On en saura un peu plus de lui avec son prochain film. On verra.

Marie-No

Merci à la Sté de distribution ARP Sélection qui m’a communiqué le lien de la chanson entendue dans le film !


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Tesnota, une vie à l’étroit,Kantemir Balagov (2)

 

Interprétation fumeuse.

Comme nombre de films russes que nous avons vus ces derniers temps, à l’exemple d’ « une femme douce » et de quelques autres, Tesnota (une vie à l’étroit)  se caractérise par une esthétique glauque, sinistre. Dans Tesnota, format 1.33,  cadres et surcadrages contribuent au resserrement. Quant aux couleurs, elles sont souvent saturées, bistre, sépia, marron, caca d’oie etc.  Le réalisateur joue sur l’attraction/répulsion.

Cette esthétique  ajoute au sens du film, une sorte de sens/sensation, une exhibition expressionniste de la misère matérielle, sociale  et  morale assez décadente d’un pays. Elle est au service du sentiment dominant d’oppression qui est le seul sujet du film et qu’importent les entorses au réel.  Montrer l’enfermement  national, communautaire  familial et individuel est l’objet du film par métaphores interposées, c’est ce que je vais tenter de développer.

Ici deux communautés juive et kabarde à la fin des années 90. Des juifs qui ne vivent peut-être pas comme des juifs, et des musulmans itou.

Nous sommes dans une famille juive, tout semble aller pour le mieux, le père  et sa fille Ilana sont mécaniciens dans leur garage. On voit qu’ils sont complices, heureux de travailler ensemble. Et pour satisfaire la mère, il y a, en perspective, les fiançailles de David, le fils. Cependant tout se détraque quand survient le  kidnapping de David et de sa fiancée. Pour des raisons de préjugés antisémites, la mafia suppose qu’ils sont riches et peuvent payer. Mais cette famille est pauvre et la communauté ne peuvent payer cette rançon, en outre  l’état de faiblesse de cette famille éveille des convoitises. La famille va devoir tout envisager pour sauver David.

Alors qu’Ilana  a une liaison transgressive avec Nazim, un kabarde, un brave costaud, un peu rustre, franc buveur et petite tête, la mère se découvre un plan au service de son objectif de délivrer David : marier sa fille à un jeune homme d’une famille juive voisine, dont les parents pourront payer cette rançon. C’est l’occasion de nous montrer le portrait d’une mère dévorante. Le fils  délivré va aller son chemin sans se retourner et la fille va échapper au mariage arrangé, (tel que décrit par Claude) et  rentrer dans le rang après quelques provocations, tentatives de révolte. Mais revenons à cette mère dévorante, de quoi est-elle le nom ? Je réserve cette réponse pour la dernière ligne.

Pourquoi avoir choisi de montrer une communauté juive ? On peut-y voir plusieurs raisons, la première, c’est que comme les chrétiens, ils sont hyperminoritaires, la deuxième tient peut-être à l’illusion sociologique, « on sait faire la sociologie des autres ». Je fais l’hypothèse d’une troisième possibilité, ces juifs représentent autre chose de plus qu’eux-mêmes. Peut-être les Kabardes eux-mêmes. Les juifs seraient aux Kabardes ce que les kabardes seraient à leurs grands frères russes.

Ce film comporte un passage documentaire cruel, l’égorgement de soldats russes par des Tchétchènes, ils mettent en scène leur saloperie,  la terreur et la mort.  Cette scène a cristallisé l’ensemble de la discussion des Cramés de la bobine et cette discussion ne s’éteint pas avec le débat.

Elle appartient à ces images qui  prétendent condamner la violence, mais qui en réalité ont pour fonction de préparer ou de justifier la vengeance violente de l’autre camp.

Le réalisateur lui-même musulman, ne peut ignorer cela. Est-il tordu et ambigu ? Quelle est la fonction de ce passage ? Si l’hypothèse précédente fonctionne, (les juifs seraient une analogie des Kabardes) alors, il s’agirait du même système. Montrer les crimes tchétchènes, c’est aussi montrer les crimes russes sans passer par la case censure. Et j’imagine même ces censeurs séduits  par la scène.

Je sais ma tendance à surinterpréter, il est possible que je donne à l’auteur des intentions qu’il n’a pas. Peut-être appartient-il à ces partisans du « No Futur » esthétisants qui fleurissent partout, dans le cinéma et la littérature. Mais ça ne change rien, il donne à voir une   certaine Russie.

Cette Russie comme une longue liste de pays, Iran, Turquie etc.… A avec la censure et la terreur une relation privilégiée. Mais il me semble que si l’on veut montrer la mafia,  la violence, la corruption, l’alcoolisme, l’enfermement communautaire, familial et l’individualisme dans un pays décadent, on peut faire comme ça, le principe de la poupée russe en quelque sorte. Et, autre analogie,  cette Russie nationaliste ne serait-elle pas une mère dévorante ?

Tesnota (une vie à l’étroit)

6 nominations au Festival de Cannes et Grand Prix du jury au Festival Premiers Plans d’AngersDu 5 au 10 avril 2018Soirée débat mardi 10 avril à 20h30Film russe (vo, mars 2018, 1h58) de Kantemir Balagov avec Darya Zhovner, Veniamin Kats et Olga Dragunova

Distributeur : ARP Sélection 
Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

Présenté par Sylvie Braibant

Synopsis : 1998, Nalchik, Nord Caucase, Russie.
Ilana, 24 ans, travaille dans le garage de son père pour l’aider à joindre les deux bouts. Un soir, la famille et les amis se réunissent pour célébrer les fiançailles de son jeune frère David. Dans la nuit, David et sa fiancée sont kidnappés et une rançon réclamée. Au sein de cette communauté juive repliée sur elle-même, appeler la police est exclu. Comment faire pour réunir la somme nécessaire et sauver David ? Ilana et ses parents, chacun à leur façon, iront au bout de leur choix, au risque de bouleverser l’équilibre familial.

 

Le moins qu’on puisse dire est qu’une scène terriblement longue, insoutenable et complaisante de « Tesnota (une vie à l’étroit) » a provoqué d’emblée ce mardi 10 avril des réactions polémiques : horreur de l’égorgement d’un prisonnier russe par un soldat tchétchène, échos éveillés en nous pour l’actualité récente de vidéos de décapitations de Daesh mais surtout connotation politique et valeur dramatique ou symbolique décalée dans cette oeuvre intimiste et poignante, qui ne lui ressemble pas car le contexte historique est le plus souvent tenu en lisière, voire hors-champ ou stylisé dans une scène intense, réfracté dans le cadre familial ou les consciences individuelles (lorsque, par exemple, Ilana se rebelle contre l’antisémitisme dans la même scène de la station-service). Gageons avec Sylvie, notre présentatrice, que le Russe Kantemir Balagov, cinéaste prometteur et surdoué, a cédé, bien qu’il s’en défende, au pire nationalisme, oubliant  les atrocités commises par les Russes eux-mêmes en Tchétchénie, et cédant à la phraséologie officielle qui assimile sécessionnisme et terrorisme, quoiqu’on pense des méthodes islamistes et fanatiques de combattants prêts à mourir pour leur terre, mais si barbares… On a peine à croire qu’il est allé chercher cette vidéo, bien réelle et réaliste, et qu’il l’a insérée dans son film, au nom de la volonté soi-disant documentaire, de montrer l’horreur de la guerre et de lier réalité et fiction ! Se pose ici la question de la responsabilité morale de l’artiste, surtout lorsqu’elle est biaisée par un parti-pris idéologique : ne devrait-il pas s’imposer une forme d’auto-censure – ou alors choisir de suggérer l’horreur, à travers le flou d’un portable, ou un effet de neige sur l’écran ?

   A moins qu’il n’ait voulu suggérer ainsi la violence de la révolte d’Ilana contre son milieu et la volonté de ses parents de la marier à un jeune Juif qu’elle n’aime pas, pour pouvoir payer la rançon réclamée par les ravisseurs de son frère et de sa fiancée ? Jusqu’où d’ailleurs est-on prêt à aller pour les autres et pour leur salut ? Doit-on jeter la pierre à cette communauté peu solidaire, comme la nature humaine en général, ou y voir un certain antisémitisme – tant le rabbin semble intéressé (avec l’achat du garage) ou les amis réticents ou vindicatifs s’exclamant : « m’a-t-on aidé dans l’adversité » ? « Est-ce à nous et non à la police d’intervenir » ?

    Surexpressivité en tout cas bien inutile car on aura compris sans cela que Nazim, le pompiste kabarde, Musulman intégriste qu’aime la jeune femme, est un homme assez violent, ivrogne, amateur de musique techno et de vidéos terribles, comme celle-ci qu’il aurait mise par erreur – mais on n’y croit guère… De même, toute fausse pudeur mise à part – Georges l’a bien dit -la scène de sexe, au cours de laquelle Ilana se donne à  Nazim, pour saccager sa virginité avant le mariage arrangé, apparaît plus comme un viol conjugal dans le désespoir de l’aliénation que comme l’offrande d’une femme à l’être aimé dans l’affirmation de sa liberté et la jouissance de la première fois : possédant la jeune femme dans un sinistre couloir, mal éclairé, sur un lavabo, le jeune homme semble pour le moins manquer de tendresse et d’empathie face à la souffrance d’Ilana, si beau et farouche soit le don…Là encore, le cinéaste est dans l’excès de… démonstration inutile -pour la plus grande gêne du spectateur !

    Ces réserves mises à part, ce film est superbe de retenue et de suggestivité, grâce au format presque carré (1 :33) de l’image, à une mise en scène saccadée et à l’atmosphère étouffante, poisseuse dans laquelle évolue la jeune femme. Le spectateur l’éprouve au sens fort du terme dans sa chair et dans sa conscience : on se sent cloîtré avec les personnages dans un habitacle de voiture, une sinistre cabine de pompiste, et même une tablée familiale lors de fiançailles où les regards se croisent et se jaugent…De même, on ressent puissamment les échappées ou tentatives de fuite de cet oisillon, de cette femme superbement jouée par Daria Jovner, jeune femme s’étourdissant dans une lumière stromboscopique de boîte de nuit, chatte caressante et abandonnée affolée de baisers, se lovant au creux de son ami, tigresse toisant sa mère castratrice, ou sœur légitimement jalouse : admirables sont les plans, riches en surcadrages et profondeur de champ, où la caméra saisit son expression crispée et têtue entre les visages de son frère et de sa mère, où, entre les barreaux d’une échelle métallique, elle exsude la douleur muette et le désir fou alors qu’elle n’a pas osé se confier à son amoureux sur le rapt de David et Léa. On exulte à ce gros plan si symbolique où s’étire dans une diagonale du cadre, vers un point de fuite, le long cou d’Ilana dont les veines bleutées et les tendons palpitants semblent dire la rage froide de la réclusion et l’ivresse de liberté .

On est révulsé et fasciné par cette autre grande figure, qui porte aussi le film : cette mère dont l’amour entier, jaloux, le désespoir bien compréhensible face au kidnapping de son garçon adoré et préféré, s’expriment dans une rage presque haineuse, comme si en elle le désir sincère du bonheur de ses enfants était étouffé par la peur de les voir lui échapper, par leurs velléités d’émancipation. Deux scènes sont frappantes : celle où elle étreint son fils enfin libéré mais n’acceptant pas, pour fuir la honte d’avoir été aidé financièrement par les voisins et amis, de quitter la ville et sa…fiancée, sa mère l’enlaçant alors par le cou avec violence – comme pour l’étrangler ! La fin du film, où, contre toute attente, Ilana se sacrifie, en quittant et son ami et son mari imposé qui a eu l’élégance et la pure générosité de payer la dot sans réclamer la femme (dans le lent et lourd crissement d’une enveloppe délicatement poussée) vient lui répondre : la mère enlace la fille, cette fois-ci plus tendrement mais en lui imposant le vêtement du fils, celui-là même qu’éperdue elle tenait après le rapt, ellipse suggestive… Alors même qu’Ilana avait une relation complice avec son père,  garagiste comme elle, et assez incestueuse avec son frère, embrassé sur la bouche ou s’exhibant devant elle dans un passage (là encore) derrière la maison, l’ultime plan semble promettre une vraie relation – plus sereine – mère-fille, un geste d’amour enfin, d’appel de détresse plus que de mainmise affective, à moins qu’il ne faille y lire, comme Ilana – trop à  fleur de peau ou si intuitive ? – une dernière feinte de la possessivité maternelle privée du fils et se dédommageant, se vengeant sur la mal-aimée : « tu as besoin de quelqu’un à aimer, maintenant, n’est-ce pas? » – s’écrie Ilana. Superbe alliance, dans ce jeu contrasté et subtil de la mère, de la fragilité la plus fébrile et de l’autoritarisme le plus sec,  comme Ilana parvenait à suggérer le déchirement désespéré, le combat incessant, au prix d’une amère défaite, entre l’amour filial et communautaire et une inextinguible soif de liberté, d’authenticité, de fidélité à soi-même.

Insondable mystère de l’amour et de l’amour-propre, alchimie sans fin de l’aliénation et de la liberté.

Claude

 

 

« La Juste Route » de Ferenc Török

Du 29 mars au 3 avril 2018
Soirée débat mardi 3 avril à 20h30

Film hongrois (vostf, janvier 2018, 1h31) de Ferenc Török avec Péter Rudolf, Bence Tasnádi et Tamás Szabó KimmelDistributeur : Septième Factory 
Titre original : 1945Présenté par Georges Joniaux

Synopsis : En août 1945, au cœur de la Hongrie, un village s’apprête à célébrer le mariage du fils du secrétaire de mairie tandis que deux juifs orthodoxes arrivent, chargés de lourdes caisses. Un bruit circule qu’ils sont les héritiers de déportés et que d’autres, plus nombreux peuvent revenir réclamer leurs biens. Leur arrivée questionne la responsabilité de certains et bouleverse le destin des jeunes mariés.

 « Le nazisme était terminé et le communisme n’avait pas encore commencé. Nous avons essayé de capter l’atmosphère de cette époque ».  Ferenc Török

Le titre original de  ce film en Hongrois est 1945, ce titre est intéressant car il pointe un moment ou la Hongrie est encore en devenir. Le titre français ne l’est pas moins, la juste route, est-elle celle qui va d’un point à un autre, de la gare au cimetière ?

 L’originalité du film c’est son point de vue :  il y a deux juifs qui vont leur triste chemin, ils sont comme le disait Jean-Pierre « tels des ectoplasmes ». Ils portent des signes distinctifs des juifs traditionnels, ce qui éveille des interrogations, des  craintes et  réveille des mauvaises consciences chez les villageois.

J’admets bien volontiers avec Sylvie de considérer que les juifs hongrois traditionalistes sont une représentation inadéquate des juifs hongrois, je n’en persiste pas moins à  considérer qu’ils existent, et  que les choisir eux plutôt que d’autres était judicieux dans le scénario, pour la démonstration et pour le lieu ou se déroule l’action. Cette cérémonie où père et  fils  marchent dignement,  en misérable cortège, derrière de modestes reliques de morts dont les dépouilles sont parties en fumée est crédible parce que ce sont  des gens pieux et modestes qui exécutent ce rituel et que par ailleurs, ils devaient être familiers aux villageois.

Ces revenants sont des signes inducteurs du « retour du refoulé » dans le village.  Ils sont les révélateurs des choses cachées, encryptées* dans les âmes des villageois. Et au fond ce qui est essentiel dans le film, ce n’est pas tant eux mais ce qu’ils induisent. Ce qui se  passe  dans le village pendant que ces deux-là marchent.

Ce qui se passe : Peu avant, la Hongrie, alliée de l’Allemagne, a tenté de changer d’alliance et en mars 1944, elle est occupée par les Allemands.

Les villageois vont connaître la terreur pour certains, on le vérifie avec cette vieille dame qui a avoué qu’elle cachait des enfants juifs, les condamnant à une mort certaine. Il y a aussi  la collaboration et l’opportunisme pour d’autres. C’est le cas du secrétaire de Mairie qui a manipulé et soudoyé un pauvre bougre pour qu’il dénonce Pollak, son « meilleur ami » et ainsi s’approprier  ses biens.

Le cœur du film c’est d’une part  la spoliation, et le rachat à vil prix de ces biens et  c’est une des grandeurs de ce film de montrer que la spoliation concerne ce qui faisait la vie même de ces gens spoliés et pas seulement comme on le voit trop souvent des objets d’art, symboles de culture et de puissance. Ici était visée la modeste épicerie des Pollak,  là où ils seront, ils n’en auront plus besoin, devait penser le secrétaire de mairie…Comme à la fin du film, le rappelle allégoriquement  la  fumée du train de 15 heures, dans lequel les deux juifs repartent.

Et d’autre part, c’est la souffrance des gens du village complices qui par leur silence  partagent l’indignité du vol.  Comme ça va bien avec le sujet du film, je m’autorise cette citation du livre d’Ezekiel :

« Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées ».

On peut appeler enfants, le fils qui à la révélation de la turpitude de son père et quitte tout, y compris sa belle,volage et cupide fiancée. Enfant, ce pauvre homme alcoolique qui a obtenu une modeste maison en guise de remerciements pour sa collaboration… Et finit par se pendre. Enfant, la femme délaissée de ce secrétaire de mairie, qui se shoote à l’éther pour ne pas voir l’homme avec qui elle vit. Enfants tous ces passifs villageois qui se rendent au cimetière pour savoir ce qui se passe et « contribuer à n’en pas douter, à régler l’éventuel désordre ».

La liste des enfants aux dents agacées est bien longue car les  « secrétaires de mairie », assassin et voleur, et leurs frères embarquent tout le monde dans leur indignité.

Ferenc Torok contribue à  rendre la question de la spoliation des juifs  claire en la situant là où elle est, au cœur de la vie même des spoliés comme des spoliateurs et des silencieux complices, et en montrant que les crimes cachés ne cessent de faire vagues et traversent les générations.

J’imagine par extension,  que F.Torok nous dit  aussi que la pensée réactionnaire de Orban et  les siens, repose sur l’assentiment d’une population « aux dents agacées », qui refuse de considérer que la juste route c’est celle qui va à la vérité.

*J’emprunte  le terme  crypte   à  Marie Torok et Nicolas Abraham, psychanalystes  qui ont consacré des articles originaux et  convaincants à cette question des secrets familiaux.

« Gaspard va au mariage » de Antony Cordier (2)

La famille, l’enfance, la fratrie, la place qu’elle occupe, celle qu’on y occupe, les liens du sang , les responsabilités imposées, la couverture de survie qui finit toujours par se déchirer quand on ne la perd pas. Tout ça, quoi, qui donne tellement mal au cœur.

« Gaspard va au mariage » est une tragi-comédie débraillée.
On suit Laura qui dévie sa route pour entrer dans un zoo à la fois féerique et maléfique, protecteur et dangereux, dans une suite de situations, d’événements à première vue loufoques, drôlatiques, désopilants. Mais à y regarder de plus près …

D’abord on voit Laura. Bien perchée, Laura, avec son sac à dos et ses godillots, sur le bord de la route. Elle traverse vers ce groupe qui partage café et croissants et on prend la tangente pour se « percher » avec elle. On l’aime bien, cette grande fille solide, charpentée , qui se fait menotter à des rails par reconnaissance et s’endort …
Arrive Gaspard qui libère la belle et l’entraîne avec lui. Ils tombent amoureux. Ils ne le savent pas encore, nous si. L’histoire peut commencer et  nous, tout doucement, on va commencer, déjà, à un peu moins rigoler …

Dans le zoo familial du limousin, on entre d’abord dans la maison.
Zoom arrière dans le grand salon et le décor rempli, foutraque, avec squelette d’okapi au dessus de la cheminée. Le charme opère. Et pourtant il y a un truc qui cloche … mais quoi ? Bon sang, mais oui, la jeune mère martyre occupe toujours les lieux et aussi les souvenirs sur  bouts de super 8 fixés dans la mémoire des trois enfants. Tout est resté dans son jus.
Près de la future belle-mère, montreuse à ses heures de bête à deux têtes,  se tient Virgil. Le frère Virgil se tient toujours là où il faut. Il s’est toujours appliqué à faire tout comme il faut, il a continué à s’impliquer, à gérer le domaine qui prend l’eau, à veiller sur Coline la sœur ourse, à se battre pour se faire remarquer, pour se distinguer.
Peines perdues : le préféré, le doué c’était, c’est et ce sera toujours Gaspard, omniprésent, même absent. Inventif et génial.

Coline, la sœur, jeune fille habillée d’un caleçon d’homme et d’une peau d’ours, aux comportements étranges, nous intrigue, nous amuse ! Pas longtemps car dès la deuxième rencontre, on perçoit un très très gros malaise. C’est tragique, en fait. Coline est amoureuse de son frère Gaspard qui le lui rend presque, et Virgil … Virgil est invisible. La fusion c’est entre Coline et Gaspard, leurs peaux s’attirent. Gaspard aime l’odeur d’ourse de Coline qui en cultive l’essence pour lui. Il s’est dégagé de l’ensorcellement une première fois en fuyant le zoo mais on le voit bien , là il est en train de rechuter …

Laura réussira à le rattraper au vol pour le capturer  à son tour dans les odeurs suaves de sa chair fraîche.

J’ai aimé les décors, j’ai aimé ces images comme aussi celle où on voit Coline lovée contre un grand mâle, couchés tous deux sur un festin d’ours et celle où on voit Max, le père, traiter son eczéma : dans un grand bocal plein de poissons gloutons, il se trempe et finit par s’immerger complètement, grand corps replié en position du fœtus. Liquide amniotique ? formol ? L’image de Max flottant derrière une vitre devant ses trois enfants, assis côte à côte, bien rangés sur un banc, comme au musée. Ou celle où Gaspard dans son bain est rejoint par sa sœur qui s’inquiète tout naturellement de savoir s’il était « en train de se branler avant qu’elle arrive »(sic). Ah, d’accord, très libres, très proches. Zéro tabou, donc

Une famille animale enfermée bientôt échappée du zoo.

J’ai aimé les acteurs. Je trouve qu’Antony Cordier a particulièrement bien réussi sa distribution !
Laetitia Dosch  et son visage si expressif, ses traits mobiles, regard tout à la fois zen et tourmenté, Felix Moati, le type sympa, pas retors, pas pervers, ou alors pas fait exprès, Marina Foïs, la délicate, forte si fragile,  Christa Théret, insaisissable, inquiète, ailleurs, et Guillaume Gouix, qu’on ne peut jamais regarder dans les yeux, qu’il a particulièrement écartés : un nuage est passé dans l’un et on n’a pas vu l’embellie dans l’autre ou inversement. Et Johan Heldenberg, une entière découverte.

Un film qui cache bien le malaise sous sa patte « jungle »

Marie-No