Deux-Filippo Meneghetti

Synopsis : Nina et Madeleine sont profondément amoureuses l’une de l’autre. Aux yeux de tous, elles ne sont que de simples voisines vivant au dernier étage de leur immeuble. Au quotidien, elles vont et viennent entre leurs deux appartements et partagent leurs vies ensemble. Personne ne les connaît vraiment, pas même Anne, la fille attentionnée de Madeleine. Jusqu’au jour où un événement tragique fait tout basculer…Notes de débat sur Deux

Belle séance, les cramés de la bobine sont les plus fidèles parmi les bons spectateurs! On se rappelle que ce film est né de deux événements :  » J’avais envie de raconter l’histoire de deux femmes qui s’aimaient en secret. Mais je ne savais pas comment la mettre en scène. Un jour, un ami m’a parlé de deux femmes âgées qui vivaient au-dessus de chez lui. Elles étaient veuves depuis peu et habitaient l’une en face de l’autre. Et pour se sentir moins seules, elles laissaient toujours la porte ouverte. C’est à partir de cette anecdote que le film a commencé à germer dans mon esprit.

Beaucoup d’interventions éclairantes au moment du débat : Parmi elles, notons l’intervention d’Henri qui explique ce premier plan déconnecté du reste, qui est un clin d’œil à Hitchcock. Cette technique dont il nous dit qu’elle est proche du «  MacGuffin » qui est un élément de l’histoire qui sert à l’initialiser, voire à la justifier, mais qui se révèle, en fait, sans grande importance, ensuite il souligne le clin d’œil au film « les oiseaux ».

Probablement ce film fourmille d’autres connivences dont certaines nous échappent, ça commence dès le titre du film,  ce Deux, est le troisième du nom. Il y a eu Claude Zidi 89 et Wherner Shroeter 2002. Il y a dans ce dernier film deux prénoms proches de ceux du « Deux » actuel : Anna et Magdeleina.

Si avec Hitchkcok, tout renvoie à tout, Filippo Meneghetti dans son propre style, lui aussi, apprécie les correspondances, les analogies, les renvois. Madame D. observait l’accompagnement musical du film. Dans une interview, Filippo Meneghetti fait observer le contraste entre l’espace clos étouffant, lieux du secret de ces deux femmes avec celui du CinémaScope plus généralement réservé aux extérieurs. Il joue également du contraste entre les deux appartements, celui de Madeleine et celui de Nina. L’un dépouillé, l’autre presque étouffant. Nous observons aussi que par un jeu de champ et de contrechamp, il s’amuse de la rondeur de l’œilleton de la porte et les yeux ronds de Murielle. (Et là, ce serait un peu un gag Tati).

Mais l’originalité du film, c’est tout de même cet amour secret, qui ne peut exister qu’en lieu clos, à l’abri du regard de tous, et plus particulièrement des enfants de Madeleine. Dans Gérontologie et Société, le philosophe Bertrand Quentin écrit que les vieux, aux yeux des plus jeunes, entrent dans une espèce de neutralité sexuelle : « Notre société ressent du dégoût devant l’idée d’une sexualité des personnes âgées. Celles-ci n’auraient plus ces beaux corps présentés en permanence à nos yeux par la publicité. Leurs corps seraient caractérisés par la douleur et la défaillance ce qui s’opposerait à tout désir ».

Cette question est sous-jacente dans « Deux ». Les enfants s’interrogent sur la sexualité de leur mère. Frédéric, le fils soupçonne sa mère d’avoir trompé son père et le lui dit agressivement. (Œdipe quand tu nous tiens !). Chez Anne, cette idée de neutralité sexuelle de sa mère la rassure (en attendant de faire d’elle un juge peu clément).

Le Paradis des deux amantes est Rome où elles se sont rencontrées et aimées. Leur projet, sortir de ce cocon étouffant pour Rome, de s’y envoler comme deux papillons et y vivre le reste de leur vie. Nina est libre, ce que montre son appartement, à peine habité, peu investi. Mado ne l’est pas. Elle est prise dans un conflit décisionnel insurmontable. Elle estime devoir protéger ses enfants contre une vérité impossible : leur avouer qu’elle aimait une femme, et vouloir partir… De ce conflit, elle souffre corps et âme, aussi n’est-il pas étonnant, dans ces conditions de tension interne qu’elle fasse un AVC. Ici, l’AVC devient un territoire qui n’est ni Rome, ni son appartement, mais qui nous le verrons, sera une autre prison.

A l’occasion de la maladie de sa mère, Anne va en effet découvrir qui elle est. Une femme qui en aime secrètement une autre, depuis longtemps, bien avant la mort de son mari. Et ce n’est pas tant l’homosexualité que cet amour caché qui cause son dépit, son sentiment d’avoir été trompée, et sa vindicte. Et c’est aussi à ce moment que pour ma part, pour la première fois, je vois dans un film qu’on parle de la prétention des enfants à intervenir frontalement dans la sexualité de leurs parents âgés. Le cinéma prend en charge cette chose pourtant si courante, bien connue en gérontologie, mais si peu abordée ailleurs.

Le rôle d’Anne est beau, et à l’égal de celui de Nina et Mado, il est bien servi. Anne chemine, elle est intelligente et sensible, elle bouge, elle comprend. Elle comprend d’autant lorsqu’elle voit la toute vive, la guerrière, Nina, celle qui s’est dépouillée de tout, qui a choisi de n’avoir rien d’autre que son amour pour Mado, venir l’enlever dans l’Ehpad. Cette scène est épatante.

Passons à la scène finale, dans l’appartement dévasté de Nina (après l’intrusion du fils de Murielle), Madeleine et Nina dansent. Nina pleure. Le scénario ne le prévoyait pas. Barbara Sukowa a laissé libre cours à son émotion. Et nous sommes gagnés par cette même émotion. Sur le pallier, on entend Anne qui crie, ouvrez, ouvrez! je n’avais pas compris!

« C’est la seconde fois que j’entends ce mot à la fin d’un film, la première n’est vraiment pas fraîche : Alec Guinnes, Colonel Nicholson dans le Pont de la Rivière Kwaï ! »

Georges

Des hommes-Jean-Robert Viallet et Alice Odiot. (2)

Synopsis : 25 jours en immersion dans la prison des Baumettes. 30 000 mètres carrés et 2 000 détenus dont la moitié n’a pas 30 ans. Une prison qui raconte les destins brisés, les espoirs, la violence, la justice et les injustices de la vie. C’est une histoire avec ses cris et ses silences, un concentré d’humanité, leurs yeux dans les nôtres.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’une prison en France ?

Les prisons françaises sont des lieux privatifs de libertés gérés par l’administration pénitentiaire, elle-même rattachée au ministère de la Justice depuis 1911. Le rôle de la prison en France est entre autres de protéger la société contre les individus dangereux. Au-delà de l’exécution de la peine de privation de liberté, cela passe également par la mise en œuvre de leur réinsertion afin de prévenir le risque de récidive.

Les maisons d’arrêt accueillent les prévenus ainsi que les détenus dont le reliquat de peine est faible (inférieur à deux ans) ou dont le jugement n’est pas encore définitif (procédure d’appel en cours par exemple), alors que les centres de détention reçoivent les détenus condamnés définitivement à de longues peines et les maisons centrales les détenus les plus difficiles.

Mais parlons maintenant du film « Des hommes » qui nous narre le quotidien des prisonniers de la maison d’arrêt des Baumettes, située dans le 9ème arrondissement de Marseille, avant sa rénovation qui a débuté en 2017.

A mon avis, ce film est une perle rare car point de violence, point de voyeurisme ou de sensationnalisme, juste une caméra posée, qui fait la différence avec de nombreux autres films sur le sujet, qui enregistre la vie, les espoirs, les désespoirs, le manque de vision pour pouvoir se construire un éventuel futur et aussi la vie de détenus qui n’ont pas leur place dans cet établissement mais dans un hôpital psychiatrique.

Les problèmes soulevés par ces prisonniers sont ceux de jeunes citoyens français laissés pour compte quant à leur scolarisation et leur insertion dans leur vie d’adulte. Malheureusement, aux problèmes récurrents des maisons d’arrêt, est venu s’ajouter celui de la radicalisation, tel que nous le montre ce prisonnier très calme et qui ne fait pas de bruit. Trop peu de bruit ??

Dans « Des « hommes », on est loin des détenus violents et du personnel pénitentiaire sadique, comme cela est trop souvent montré mais nous voyons les limites du système judiciaire lorsque la juge refuse une sortie à un détenu qui a une promesse d’embauche, trop complaisante dit-elle, car il peut récidiver.

Il faut bien admettre que ce film nous renvoie à une partie de notre société que nous ne voulons, très souvent, pas voir mais est-ce que l’enfermement est la meilleure réponse ?? Je ne le crois pas car elle crée des êtres enragés et des récidivistes en puissance. Un plus grand nombre de travailleurs sociaux aiderait à résoudre ce problème de récidive, car c’est là le cœur du problème. La récidive.

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait. Emmanuel Mouret (2)

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait.

            Fluidité de la réalisation.

            Eblouissante construction en flashbacks, histoires qui s’emboitent dans le récit, tiroirs qu’on ouvre et qu’on referme pour éclairer le présent.

            Remarquable choix des extraits musicaux qui accompagnent toujours à propos, sans surligner.

            Justesse de l’analyse des sentiments amoureux. Jeux de l’amour et du hasard.

            Qualité des dialogues, écrits, littéraires sans êtres châtiés, sonnant justes : ici, point de langage parlé, à la mode, familier pour faire, soi-disant, naturel.

            Qualité de la diction : point d’acteurs qui marmonnent en mangeant les syllabes façon Vincent Lacoste. Ici on articule et je comprends sans effort tous les dialogues, c’est bien agréable et quand même pas compliqué.

            Intelligence. Elégance. Délicatesse.

            « C’est fin, La Fontaine », dit Fabrice Luchini. C’est fin, Emmanuel Mouret, ça, c’est moi qui le dis.

            Emmanuel Mouret : le plus grand réalisateur français actuel ?

Bonne projection.

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait d’Emmanuel Mouret

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait : Affiche

16 septembre 2020 / 2h02 avec
Camélia Jordana, Niels Scheider, Vincent Macaigne, Emilie Dequenne, Jenna Thiam, Guillaume Gouix, Julia, Piaton, Jean-Baptiste Anoumou

Synopsis : Daphné, enceinte de trois mois, est en vacances à la campagne avec son compagnon François. Il doit s’absenter pour son travail et elle se retrouve seule pour accueillir Maxime, son cousin qu’elle n’avait jamais rencontré. Pendant quatre jours, tandis qu’ils attendent le retour de François, Daphné et Maxime font petit à petit connaissance et se confient des récits de plus en plus intimes sur leurs histoires d’amour présentes et passées…

Alors, je l’ai vu.  Hier.
Alors … Alors, Emmanuel Mouret c’est bien, l’homme travaille beaucoup, il sert des films léchés, bien éclairés, bien écrits et il a un style. Ça, oui. Oui, mais.
Mais je reste sur le côté, je n’entre pas vraiment dans son monde.
A part Mademoiselle de Jonquières, non, le cinéma de Mouret ne me transporte pas.
A vrai dire, Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait est tellement bien préparé, ficelé, si bien bardé de dialogues et truffé de morceaux de musique pour être forcément savoureux, qu’il rassasie (pour ne pas dire « gave »). Tout est fait pour régaler et c’en est un peu écœurant. Il y a un truc dans la sauce … Trop riche et puis certains ingrédients au lieu de transcender le goût, en atténuent la saveur. Ça manque de piment.
D’abord, puisque la musique est là et bien là, les airs choisis auraient pu être un peu moins convenus, entendus, rabâchés, un peu moins fades, quoi.
Mais, surtout, le jeu des acteurs pose problème.
Mis à part Emilie Dequenne Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait : Photo Emilie Dequenne(excellente) et Louis-do de Lenquesaint et peut-être, à la limite, Guillaume Gouix …
Tous les autres sont plutôt assez mauvais. A commencer par Camélia Jordana. Dire qu’elle manque de générosité dans son jeu est un euphémisme ! On a sans cesse envie de lui dire de se lâcher, de laisser suinter les sentiments, de teinter son texte d’un peu d’empathie, de jouer Louise, quoi !
de ne pas être « que » Camélia Jordana.
Niels Schneider est très embarrassant, il se bride tant, s’efforçant pendant tout le film d’entrer dans l’enveloppe étriquée du gentil et timide Maxime, qu’il en perd sa puissance de jeu, qu’il gomme son talent. Quel dommage que le dosage ne soit pas plus subtil ! Pour Vincent Macaigne, on l’a à l’oeil, redoutant qu’il parte en vrille mais non, ça va, il se tient à carreau dans son rôle de François, l’homme un peu mûr, un peu lâche, un peu pleutre. Quant à Jenna Thiam, n’en parlons pas ! insupportable dans le rôle de Sandra l’insupportable qui (donc) fait tomber tous les hommes ! Pas léger, léger …  
Le gros problème, pour moi, chez Emmanuel Mouret, c’est la direction d’acteurs.
Et les personnages aussi quand même !
A part Louise (Emilie Dequenne) qui m’a émue ?
Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, j’ai eu plaisir à le voir mais pas vraiment apprécié. 
Un cinéma très délicat, très VIème, très entre-soi, très comme il faut, pas tout à fait comme il (me) faut.
S’il ne m’a pas impressionnée comme je le souhaitais, j’aime bien le message du film.
L’amour, c’est une  loterie, un jeu de « qui perd, gagne »,  un jeu de « qui gagne, perd », un jeu de hasard, une volonté, une lutte, un caprice, une persévérance.
L’amour fait vivre.

Marie-No

Des Hommes de Alice Odiot et Jean-Robert Viallet

Des hommes : Affiche

Film documentaire français
19 février 2020 1h23
Présenté par Marie-Annick Laperle
soirée mardi 15 septembre 2020 à 20h30

Sujet : 25 jours en immersion dans la prison des Baumettes. 30 000 mètres carrés et 2 000 détenus dont la moitié n’a pas 30 ans.
Une prison qui raconte les destins brisés, les espoirs, la violence, la justice et les injustices de la vie. C’est une histoire avec ses cris et ses silences, un concentré d’humanité, leurs yeux dans les nôtres.

« toutes les villes ont des particularités : ses remparts, son église du XVIIe, (…). À Marseille, on pourrait dire : son stade, son musée, sa prison. » J.R.Viallet
Achevé en 2018, quelques semaines avant la fermeture du bâtiment, Des Hommes a pour cadre la prison des Baumettes, dont les conditions de détentions ont été jugées inhumaines en 2012 par le contrôleur général des lieux de privation de liberté et a été fermée en 2018. Les deux réalisateurs se sont plongés en immersion totale pendant 25 jours dans le quotidien infernal des détenus, « dans ce lieu de privation de liberté où l’objectif est de punir ».
On a l’impression que tout est mis en place pour qu’ils ne puissent rebondir.
Une plongée saisissante et fascinante dans l’enfer de cette prison insalubre, surpeuplée et mythique, pour esquisser le portrait de détenus à la vie suspendue, englués dans un système judiciaire obtus.
Les Baumettes semblent constituer un cadre pour les jeunes détenus : ils y vont, sortent, reviennent, repartent. Et reviennent.
« Quand la prison commence à devenir un cadre pour la jeunesse, ça interroge, c’est problématique » dit  A. Odiot . « Quand on cherche dans les détails, dans les recoins et dans les petits moments de relations humaines, on voit que l’humanité peut resurgir » confie J.R. Viallet.
Jamais montrée, la violence est omniprésente. Les morts en promenade, à la douche. Un homme condamné pour sept ans dit joliment « la prison, c’est la cuisine du diable – soit t’es le couteau, soit t’es la fourchette ».
La caméra baladeuse chope le quotidien, saisissant autant ce que les détenus veulent dire, essaient de dire, que ce qu’ils laissent échapper, et ce qu’ils veulent taire.
Si l’innocence peut être surjouée le temps d’une commission disciplinaire, la souffrance, elle, n’est pas feinte et transpire à chaque plan.
Des moments de grande lucidité suivis de regards dans le vide,, comme si mieux valait de ne plus penser. On y repère un Benni au masculin.
Un documentaire exceptionnel sur des enfants devenus des hommes.
Des hommes qui nous regardent.
Terrible.

Marie-No

Benni de Nora Fingscheidt (2)

J’ai hésité à écrire cette critique tant la grande majorité des spectateurs a accueilli favorablement ce film.

Je ne vais pas m’appesantir sur la forme : j’ai trouvé le son (les cris de Benni, la musique) assez difficile à supporter et j’ai peu apprécié les gros plans, les images floues et d’une manière plus générale la construction du film.

C’est surtout le fond du film qui m’interpelle : la gentillesse du personnel, l’amour qu’il semble porter à Benni sont-ils les ingrédients nécessaires et suffisants pour soigner cet enfant violent ?

La tolérance dont elle fait l’objet est insupportable : la violence qu’elle exerce sur un enfant plus jeune qu’elle entraîne de graves blessures qui auraient pu entraîner la mort mais des conséquences de cette violence on n’ en dit rien, les parents de cet enfant victime n’apparaissent pas, pire le lendemain Benni reçoit un cadeau et des signes amicaux des autres enfants et du personnel pour son anniversaire. Accueillie après une fugue, chez son éducateur – qui ment en disant qu’elle n’est pas chez lui, des dizaines voire des centaines de policiers vont être mobilisés toute la nuit à sa recherche ! – elle s’empare du bébé de la famille et le met en grave danger, le père a, me semble-t-il, beaucoup d’hésitations avant d’enfoncer la porte !

Pourquoi tant d’amour, tant de tolérance? Est-ce dû à sa beauté, souvent filmée en gros plan de face ou de profil ? Si c’est le cas, cet amour est plutôt dégoûtant !

Pour conclure l’institution veut régler le problème en l’exportant au Kenya comme on exporte des ordures ménagères ou des déchets industriels.

J’ai entendu un commentaire d’un spectateur disant que ce n’est pas en France que l’on donnerait autant de moyen pour  l’enfance : Je l’invite à regarder le film « Pupilles » qui traite de la protection de l’enfance dans un département breton.

Henri

Benni de Nora Fingscheidt

Benni : Affiche
Film allemand
(vostfr, 22 juin 2020, 1h58)
avec Helena Zengel, Albrecht Schuch, Gabriela Maria Schmeide
 
Présenté par Maïté Noël,
Soirée mardi 8 septembre 2020 à 20h30
 
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
 
Synopsis : Benni a neuf ans. Négligée par sa mère, elle est enfermée depuis sa petite enfance dans une violence qu’elle n’arrive plus à contenir. Prise en charge par les services sociaux, elle n’aspire pourtant qu’à être protégée et retrouver l’amour maternel qui lui manque tant. De foyer en foyer, son assistante sociale et Micha, un éducateur, tenteront tout pour calmer ses blessures et l’aider à trouver une place dans le monde.

 

Privée de l’amour de sa mère, comme dépossédée, en d’autres temps, autres lieux, on aurait soigné la petite Bernadette en crise à grand renfort d’eau bénite, d’ail et de mixtures. On l’aurait confiée à un exorciste, à un désenvouteur. Fût un temps où Satan était bien commode. Las, peine perdue, ni dieu, ni diable ne pouvaient rien à ce qu’on nommait alors simplement « hystérie ». Faute de soins et d’attention maternels, le vide se serait creusé et serait devenu abyssal. Pareil.
De nos jours, c’est autre chose. Nous sommes passés bien sûr à d’autres thérapies. On a construit des institutions pleines de lumières et de couleurs et Benni y est accueillie un temps et puis, les places étant comptées, envoyée un jour piquer ses crises ailleurs, des lieux où Benni est observée par des professionnels de l’âme, bienveillants mais qui ont leur vie, des horaires et qui doivent se protéger pour pouvoir revenir, où Benni doit prendre des cachets qui masquent sans colmater. Qu’est-ce que ça peut bien faire au fond sur une Benni, tout ça … La maintenir debout, vivante pour hurler sa détresse. Et en attendant qu’elle ait l’âge d’être internée pour de bon, l’envoyer au Kenya . « Benni in Afrika ! » se moque cet éducateur sceptique.
Pas mieux. Chacun fait ce qu’il peut.
Benni est sortie du cadre de la vie ordinaire, elle est hors champ, hors d’atteinte et on ne peut que constater qu’il semble que cela soit déjà trop tard pour la « recadrer », pour la rattraper,  pour la calmer et arriver à pérenniser son calme. La mère n’ira jamais assez bien pour guérir ses blessures à elle et a fortiori celles de sa fille, enfant. La mère continue à creuser le sillon des tourments, ceux de Leo et après viendra Alicia et elle aura peur d’eux un jour comme elle a peur déjà de Benni.
Quel malheur ! quelle désespérance !
Ce film montre la souffrance de cette enfant de neuf ans qui ne peut que faire régner la terreur pour exprimer sa colère. Puisque sa mère ne la « calcule » pas, elle se fera remarquée par tous. Puisque sa mère ne l’aime pas, elle se fera détester par tous. Puisqu’on la « range » là, elle se sauvera. 
Pour en avoir été privée, Benni cherchera sans doute toute sa vie, à se caler contre le sein de sa mère et pouvoir y rester jusqu’à l’apaisement.
Helena Zengel incarne Benni et y est remarquable. Bien préparée et accompagnée, il semblerait qu’elle n’ait pas souffert des scènes pourtant violentes qu’elle a eu à jouer. C’était par morceaux, par scène, sans succession et elle dit que, bien que mesurant la signification de chaque geste, de chaque cri, elle ne s’impliquait pas elle-même dans l’action. Forte personnalité, maturité impressionnante … bilingue.
Bientôt Tom Hanks pour partenaire … ça démarre fort pour Helena Zengel, 9 ans lors du tournage, 12 ans maintenant.
La réalisatrice, Nora Fingscheidt parvient à mettre l’accent aussi bien sur le travail remarquable du collectif que sur l’inadaptabilité de Benni à se mettre dans le moule qu’on lui propose : centre et famille d’accueil, école … et aussi sur l’impossibilité de la mère à être mère. Benni est imprévisible. Elle court et on la suit, on arrive encore à la suivre, à la retrouver. 
Sur le qui-vive, jusqu’au bout du film.

A voir

Marie-No

Benni – Interview Helena Zengel

🤩Les salles de cinéma sont ouvertes de nouveau depuis lundi. L'occasion de voir enfin quelques films sortis avant le début du confinement mais aussi pour découvrir quelques pépites inédites. Et justement, nous vous conseillons très vivement d'aller découvrir Benni, le film choc de Nora Fingscheidt, portrait d'une enfant de 9 ans, négligée par sa mère et enfermée depuis sa petite enfance dans une violence qu'elle n'arrive plus à contenir…Le film est aussi l'occasion de découvrir l'impressionnant travail de sa jeune actrice Helena Zengel dont vous n'êtes pas prêts d'oublier le regard et la détermination. En janvier, elle donnera la réplique à Tom Hanks dans News of the world, le nouveau film de Paul Greengrass. Une véritable star en devenir… En attendant, la comédienne nous parle de Benni dans cet extrait de l'émission Pils de la semaine🎬 Et pour en savoir + sur les autres sorties ciné, c'est par ici…▶️ https://bit.ly/pilsdu23juin

Gepostet von CINE+ am Freitag, 26. Juni 2020

ADAM-Maryam Touzani

Film marocain (vostf, février 2020, 1h40) de Maryam Touzani avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi et Douae Belkhaouda

Présenté par Marie-Noël Vilain, Soirée mardi 1er septembre à 20h30

Synopsis : Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d’une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d’imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l’essentiel.

Plus de 70 personnes pour la reprise dans cette belle salle 3  ! C’est un cadeau dont nous sommes heureux et fiers!

Adam est un grand premier long-métrage, des plus touchant qu’il soit : L’histoire qu’il nous raconte, le jeu de ces deux femmes et de la petite fille, le scénario remarquablement écrit, les dialogues, et il faut entendre par dialogues tout ce qui parle, échange : les corps, les visages, la voix. Le jeu des actrices, leur beauté, le cadre évoquant parfois Johannes Veermer.

Samia, (Nisrin Erradi prix de la meilleure actrice au Festival international du film de Durban-Afrique du Sud) enceinte solitaire, abandonnée de tous, errante, dans la médina de Casablanca, décide cherche un lieu ou elle pourra survivre, travailler, habiter. Après bien des essais infructeux, elle frappe chez Abla (Lubna Azabal) qui tient une boutique de pâtisseries. Elle lui propose ses services et se fait repousser. Plus tard, elle s’endort dehors en face de la pâtisserie. Abla, cette femme au visage décidé et sévère la regarde de sa fenêtre. (Lubna Azabal (Abla) dit « j’ai travaillé mon personnage comme une peinture », quelle patte, et quelle touche!). Le tourment de cette femme transpire de partout, on sent qu’elle balance, on voit qu’elle ne sait pas comment incliner. Et c’est remarquable parce que chez cette femme pauvre, veuve, en charge de sa malicieuse petite fille se joue quelque chose qui la dépasse et lui parle très fort. On observe sur son visage les affres d’un dialogue, d’une lutte avec elle-même, cette lutte tourmentée des gens qui ont une conscience aigüe. Alors, elle lui ouvre sa porte pour quelques jours…

Etre une mère seule et accueillir une femme enceinte errante. Cette histoire, Maryam Touzani n’a pas eu à l’inventer entièrement, vous avez lu ceci dans le dossier de presse :

« Mes parents l’ont accueillie quand elle est venue sonner à notre porte, sans la connaître. Son séjour, censé durer quelques jours, a duré plusieurs semaines, jusqu’à la venue au monde de son enfant. Cette Samia était douce, réservée, aimait la vie. Sa douleur, j’en ai été témoin. Sa joie de vivre, aussi. Et surtout, son déchirement vis-à-vis de cet enfant qu’elle se trouvait obligée, d’après elle, d’abandonner pour continuer son chemin. Son refus de l’aimer, au début, car elle refusait de le regarder, le toucher, l’accepter. J’ai vu cet enfant s’imposer à elle, petit à petit, cet instinct maternel viscéral se réveiller, en dépit de ses efforts pour l’étouffer. Je l’ai vue l’aimer, malgré elle, l’aimer de l’amour indéfectible d’une mère, sachant que son temps avec lui était compté. Le jour où elle est allée le donner, elle a voulu se montrer forte, se montrer digne. Je comprenais son geste, et je trouvais son acte courageux car j’ai senti la souffrance que cet abandon représentait pour elle ».

Mais le film de Maryam Touzani est plus que la restitution d’une histoire familiale, elle fait se rencontrer deux femmes, l’une et l’autre en souffrance dans une société patriarcale où rien n’est donné aux femmes. L’une enceinte et célibataire, l’autre veuve pleine de ressentiment après la mort brutale et la dépossession de la dépouille de son mari, vraisemblablement assassiné.

Ces deux femmes isolées ont beaucoup à se donner, et elles vont le faire, délicatement, l’une rendra à l’autre la sécurité et sa dignité, et l’autre lui rendra sa liberté d’être une femme et pas seulement une veuve. La scène de la « chanson préférée » dans la boutique est l’une de plus belle du film et je n’avais jamais vu ça au cinéma (ni dans la vie). 

Ce film réalisé et écrit par une femme, est beau, nous ne le dirons jamais assez. Nous insisterons sur ces deux femmes et cette petite fille sensitive, intelligente et rieuse qui jouent leur personnage avec force, conviction, subtilité. Maryam Touzany, une cinéaste à suivre! Commencer la saison comme ça, ça va être dur derrière ! Mais on va y arriver !

Avant la reprise!

Curieux d’aller au cinéma, où que nous allions on ne se bouscule pas dans les salles, même pour les films du « masque » et la plume ! Curieux de constater que les acteurs ne portent pas de masque, quel privilège ! Durant cette période vacances nous en avons vu quelques-uns dont trois dont je souhaiterais vous toucher un mot.

L’Ombre de Staline de Agnieszka Holland Marie, une amie d’Angers me le signalait avec ce commentaire :

« Haletante aventure vécue par un jeune diplomate mué en journaliste, c’est aussi une fresque historique sans concession où l’effroyable vérité (car il n’y en a qu’une) se révèle à chaque image…James Norton, dans le rôle de Gareth Jones est éblouissant. Il excelle aussi bien dans ce rôle grave que dans celui plus léger de Sidney Chambers dans Grantchester (la série s’est donnée voici quelques années.) Son sourire désarmant est le même, fait de naïveté doublée de bienveillante tendresse, sauf lorsque la passion et la détermination l’effacent au nom de la vérité ».

Cette histoire est désormais connue et décrite dans toute son horreur, l’affamement ; il faut comprendre le mot, les gens meurent par milliers et parfois s’entre-dévorent, l’essentiel, c’est qu’ils meurent ! Le « Petit père des peuples » avait diverses motivations monstrueuses à commettre ces crimes, nous en entrevoyons l’atrocité, mais ici seul l’effort de guerre est invoqué. C’est bien que le cinéma nous rappelle cette histoire, qui s’en souvient ? Si vous n’avez pas vu ce film et qu’il passe à la télé, je vous le suggère.

EVA en août – Jonas Trueba

Synopsis : Pendant les chauds mois d’été, lorsque les Madrilènes quittent leurs maisons en masse pour échapper à la chaleur insupportable, le centre de Madrid est abandonné. C’est-à-dire, à l’exception des touristes et d’une poignée de locaux intrépides et de ceux qui ne peuvent pas partir, comme Eva, une charmante trentenaire. Néanmoins, l’été est le meilleur moment pour découvrir qui nous sommes vraiment. L’histoire se déroule avec une finesse séduisante lors des festivals de la ville au mois d’août, lorsque les troubles intérieurs peuvent être apaisés par des rencontres fugaces, des conversations en soirée décontractées et des aventures nocturnes inattendues.

Le Monde nous dit : « Eva en août » est une variation contemporaine d’un film culte d’Éric Rohmer (1920-2009), Le Rayon vert (1986), qui suit les aventures estivales d’une Parisienne, Delphine (Marie Rivière, créditée elle aussi au scénario). Le jeune auteur espagnol accepte parfaitement la filiation avec l’œuvre du maître de la Nouvelle Vague, tout en assumant des choix formels et narratifs bien différents ».

Je pensais aussi à Agnès Varda parce que derrière une tranche de vie, nous est restituée  toute la tension de l’existence, (le swing : pulsion,détente)  des personnages et tout particulièrement celle d’Eva. (magnifiquement interprétée par Itsaso Arana)

Et puis en avant-première de l’Alticiné « Effacer l’historique Kerven et Delepine ». Quel tandem ! Un film a sketchs dont la continuité est telle qu’on ne s’en rend pas compte, un film choral aussi, qu’est ce qui lie tous ces personnages ? Ce sont ceux de la France B, celle de gilets Jaunes, des maisons en ilots reliées à pas grand-chose où les habitant sont des pratiquants de la néoconsommation et de la vie nouvelle qu’elle propose, celle des portables, des ordinateurs, des mutuelles, des jeux de grattage, des séries de télé et autres cactus de la nouvelle vie quotidienne. Tout cela avec des acteurs du tonnerre ! Blanche Gardin impeccable dans le rôle principal et Corinne Masiero dans le second rôle féminin, et les hommes tels Denis Podalydes, et Vincent Lacoste, et… Benoit Poelvoorde, Bouli Lanners, Vincent Dedienne et Philippe Rebbot !  Un film original qui sait parler d’une manière pénétrante, avec l’humour typique  de Kerven et Delepine, des mœurs  actuels, de la vie quotidienne avec ses pièges pour tant de gens désarmés, sa folie et parfois sa méchanceté.

Bonne Rentrée aux Cramés de la Bobine, et pendant que j’y pense : Ecrivez dans le blog, rien ne nous sera plus agréable !