Le Bel Antonio

 

Du 12 au 17 avril 2018Soirée-débat jeudi 12 à 20h30Film italien (1961, 1h45) de Mauro Bolognini avec Claudia Cardinale, Marcello Mastroianni, Pierre Brasseur

Présenté par Arthur Polinori

Synopsis : Toutes les femmes sont amoureuses du bel Antonio. Mais lorsqu’il épouse Barbara, Antonio ne s’avère pas être l’amant espéré… Tout le monde est rapidement au courant et le jeune homme devient la risée de la ville.

 

Un miroir qui projette l’image floue d’un couple sur un lit, après l’amour semble-t-il ? mais la réalité révèle l’envers du décor : une femme allongée dans une pose atterrée (Paola), l’homme assis, comme prostré (Antonio). Une discussion s’engage : on comprend à ce prologue que rien ne s’est passé, qu’à l’amère déception de la femme aimée comme un ange (preuve d’amour certes, reconnaît-elle…) mais non honorée comme une femme répond la justification douloureuse de l’homme crucifié par son impuissance, à moins qu’il ne soit inhibé par son idéalisme, empêché de faire l’amour par son amour même. Cause de l’échec amoureux ou effet d’un idéalisme sentimental ? – le film aura la pudeur et l’élégance de maintenir le doute… Prégénérique en forme de prolepse qui aura suggéré pour la situation du bel Antonio une explication physique – dont on comprend qu’elle va être le sujet rare, délicat d’un film doux-amer tanguant entre mélancolie et grivoiserie – mais qui la nimbe de mystère, dessine une ligne de fuite : la difficulté à aimer quand on aime vraiment, la fragilité (la faiblesse ?) masculine, la déliquescence morale d’une société italienne des années 60 corsetée par une morale machiste et une religion hypocrite, la désillusion politique de jeunes gens revenus de leur rêve romain de carrière diplomatique pour retrouver notables et députés d’une Sicile véreuse, quêtant des places, ennuyée de mondanités, affamée de comédiennes légères… Plus tard, après la solitude glacée et la déréliction rêveuse d’Antonio derrière un voile de mousseline, dans le surcadrage d’une porte ou la profondeur de champ d’un couloir, c’est encore un miroir qui dira l’identité clivée, la brisure intime d’un homme sommé plus que jamais de manifester, d’exhiber, de concrétiser sa virilité, dans la pure extériorisation d’une conquête, par un père tonitruant de certitude et de vantardise, par une opinion publique qui se dit moins en murmures gênés, en injonctions familiales qu’elle ne somme de s’expliquer au téléphone – quand elle ne se proclame pas du haut d’un balcon. Reflets d’un éternel masculin en question dans la vitre d’une portière lors des confidences d’Antonio, joué tout en finesse et douleur contenue par Marcello Mastroianni, à son cousin Eduardo auquel une virée en voiture aura permis de délier la parole du fils indigne d’Alfio – cousin prévenant semble-t-il, lui-même déchiré entre désir et idéalisme, mais aussi ambigu : il a promis à son oncle de faire parler Antonio et, à l’annonce finale de la grossesse de la bonne Santozza, des œuvres d’Antonio, il ne comprend plus les scrupules de son cousin, son insatisfaction rémanente et se fait le héraut conformiste de l’Eglise et de la loi familiale, en demandant à être le parrain de l’enfant, du garçon bien sûr, à venir…La dernière image de ce film au noir et blanc heureusement préservé lui répondra avec le reflet christique du visage d’Antonio dans le couloir de l’appartement familial, saint-suaire douloureux s’effaçant dans le fondu au noir du générique. Le miroir d’une flaque sans amour…

Si statiques que puissent sembler certains personnages, illustrative et insistante la musique ou caricaturale parfois l’interprétation, impressionnante (pas assez dirigée ?) d’Alfio par Pierre Brasseur, le père d’Antonio, Mauro Bolognini préfère à l’esthétisme somptueux souvent reproché à sa mise en scène une discrète stylisation qui s’accorde à un sujet très réaliste, évitant la comédie égrillarde comme le mélodrame appuyé, dans une tonalité mélancolique et désabusée : le cinéaste crée une atmosphère étouffante, à l’image d’une société répressive, qui ignore l’individu et ne vit que de reproduction sociale. Une société frappant d’avance de mort le mariage et le possible bonheur des jeunes gens : il est symptomatique que le décès du grand-père soit cyniquement éclipsé par le retour du bel Antonio, le prêtre de la famille cachant le deuil jusqu’au lendemain matin et que la première apparition de Barbara se fasse sous la voilette noire des funérailles. Le couloir en est le symbole récurrent : couloir de l’appartement familial bouché par la silhouette imposante du père à l’arrivée d’Antonio à Catane (sans mot ni geste vraiment tendres), couloir symboliquement sombre menant à la réception mondaine, ou plutôt la partie fine, du député, couloir vide chez les Magnano, la vérité sur Antonio une fois révélée, motif du téléphone dans le corridor qui dit la communication publique, embarrassée ou brutale, des deux pères en colère et en conflit, d’Antonio sommé de s’expliquer – en lieu et place de l’échange intime, de la voix voilée ou cassée, du secret balbutié ou différé.

Couloir que, loin d’offrir une échappée salutaire, les rues étroites de Catane ne font que prolonger, sur leurs pavés disjoints, sous le regard sévère d’immeubles – phalliques ? – dans la promiscuité marmonnante des balcons, des fenêtres qui jacassent – dirait Brel : chemin initiatique qu’emprunte Antonio à son retour de Rome, étrangement félin et absent à lui-même,chemin de croix qu’il redescendra dans l’accablement de son impuissance et de ses rêves brisés. Espace confiné de la rue, et pourtant caisse de résonance du triomphe social – la sortie de l’église pour les jeunes mariés, Antonio et Barbara, fille de notaire sicilien remariée avec un duc, entrevue à travers une vitre – écho du malheur qu’Alfio divulgue et amplifie, comme la rumeur, en croyant le combattre, sa colère contre la noce aristocratique, son interpellation (un moment savoureux) du prêtre poursuivi dans le cloître, et mis en face de ses contradictions : l’Eglise, sous la pression des parents de Barbara et grâce à leurs liens avec l’archevêque, a en effet annulé le mariage de la jeune femme avec Antonio au motif d’une union non consommée pour lui permettre d’épouser un duc milliardaire ; condamner d’un même mouvement la luxure et la stérilité ou l’impuissance ne lui semble pas contradictoire, pas plus que de célébrer la sacralité de l’acte sexuel, dans le cadre bien réglementé du mariage et de l’enfantement au nom du précepte « una caro unus sanguinis » !

Là où reflets et corridors pourraient enfermer le regard, créer le pathos permanent du mélo, Bolognini suggère la souffrance : dans le silence gêné d’Antonio accablé par son image de « latine lover » dans les soirées, poursuivi bruyamment par sa voisine atterrée par son mariage (vrais pari et contre-emploi pour Mastroianni au sortir de « La dolce vita »), dans la lassitude soudaine du jeune homme s’enfermant dans sa chambre pour lire un passage du roman éponyme de Vitaliano Brancati, dans le regard chaviré de Barbara, saisi en contre-plongée dans le creux d’un arbre, un regard d’ignorance effarée devant la découverte de la sexualité sous la fable ancillaire du coq et de la poule, de honte féminine et sociale de devoir, jeune mariée, demander des explications à la bonne dont le ricanement méprisant et le conformisme nataliste la foudroient. Comme si la campagne impressionniste, un travelling arrière sur l’orangeraie familiale ramenant aux jeunes mariés à la fenêtre et à leurs regards se fuyant hors champ, une échappée belle sur une balançoire, un millier de baisers faussement réparateurs dont la dévore son jeune époux, résonnaient eux aussi de son ingénuité et de sa honte de femme « intacta » – « Intacta », oui, le mot est enfin lâché par son père lors de la conversation avec Alfio, conversation masculine, embarrassée s’il en est – quand on est entiché de virilité ! – incapacité à aimer, comprendre, accepter, à dire surtout quand les mots sont encore plus tabous que la réalité qu’ils (re)couvrent, impatience aussi de Barbara (une Claudia Cardinal tout en nuances), ingénue diaphane qui se prétend encore amoureuse de son époux ou ambitieuse avérée qui se laisse acheter pour un remariage ? Alors, ne reste plus que l’explosion finale du gros mot – « intacta » – l’inconcevable et irrémissible virginité, à quoi répond l’ahurissante protestation du père d’Antonio : « il l’a fait exprès » (!!). Car enfin, je vous le demande, comment un homme, pure affirmation de soi et absolue transparence au monde, pourrait-il être dans le manque, le défaut, l’incompétence sexuels – si ce n’est de sa part choix ou ruse insondables…?

Et on savoure ce personnage d’Alfio dont le jeu théâtral, outré ne m’a pas gêné, avec ses « naturalmente » tonitruants, cette faconde et cette forfanterie italiennes qui apportent un heureux contrepoint comique au malheur d’Antonio, comme si l’indicible ne pouvait se traduire que sur le mode de l’excès : cette caricature bouffonne du virilisme triomphant (9 femmes en une nuit !) ne s’embarrasse guère d’égards pour sa propre femme et va noyer la déroute filiale dans le stupre de la prostitution – pour se sublimer et s’annihiler dans l’orgasme fatal, fin présidentielle que Félix Faure rendra célèbre, pour le bon mot de Clémenceau : « il a voulu être César, il est mort Pompée ! »

Le film porte évidemment la marque de son scénariste Pasolini, qui réalisera en 1964 une « Enquête sur la sexualité » (des Italiens), dans les films duquel la satire ou le portait caricatural le céderont à la causticité et à la provocation désespérées. Si l’homosexualité de Pasolini semble peu transparaître – dans une scène de bordel peut-être ? dans l’apparence fémininine prêtée à Antonio par un de ses amis ? – la place révélatrice des humbles peut annoncer « Théorème » et une religion évangélique à mille lieues des compromissions cléricales siciliennes : n’est-ce pas la bonne des parents de Barbara Puglisi qui lui révèle le mystère de l’amour, sous une forme certes crûment imagée ? N’est-ce pas enfin, face à l’impatience sociale d’une femme ignorante, inconsistante qui prétend aimer encore son mari impuissant mais cède bien vite à la pression de sa famille et de l’Eglise, la bonne « experte » des parents d’Antonio, appelée dans la maison des époux, qui sauvera « l’honneur » de la famille et restaurera un peu de l’identité du jeune homme – si idéaliste que demeure sa vision de l’amour ?

Femme humble, aux regards tendres, comme s’excusant d’être au monde, femme évanouie dont la maternité cachée enfin proclamée dira au monde le simple bonheur de l’amour. Comme une douce et improbable rédemption.

Claude

Tesnota, une vie à l’étroit (3) de Kantemir Balagov

Tesnota – Une vie à l’étroit : Photo Darya Zhovner« Maintenant, tu n’as plus personne à aimer ».
Dans la dernière scène, Ilana se laisse embrasser, enserrer par sa mère. On ne peut pas forcer l’amour et Dina ne l’aimera jamais de cet amour éperdu dont elle a comblé son frère, de cet amour absolu qu’elle voulait en partage. Ilana est si tendre.
Elle farfouille dans les moteurs avec son père, les mains dans le cambouis, une clé de 12 toujours à sa portée, tenant les stocks possibles de pièces accessibles à Naltchik, active et complice de son père. Son égale. Pas supposée laver les tasses. 1998. Les femmes russes exercent des métiers d’homme, sans doute, mais rentrées à la maison se changent et se féminisent, sans doute. Pas Ilana. Pour le repas des fiançailles de David avec Léa, sa mère lui dégote dans un placard, une vieille robe à rayures, d’un autre temps, « C’est tes couleurs » lui dit-elle. Mais c’est les couleurs de personne, ça ! La mère décide et obtient. Sans élever la voix.
Ilana et David sont frère et soeur et leur relation s’égare peut-être tout près des chemins de l’inceste mais sans s’y perdre vraiment.  L’exiguïté des pièces ne favorise pas la pudeur  et les russes ne s’embrassent-ils pas tous sur la bouche ?
Ce film est composé de scènes très fortes, parfois insupportables, qui semblent toutes avoir été comprimées pour tenir dans le cadre. Elles s’y installent, débordent. Scènes « coup de poing » qui percutent et désorientent, assomment.
Ilana la juive et Zalim le musulman s’aiment d’un « drôle » d’amour. Il est brutal mais tendre, aussi. Quand elle se risque à monter l’escalier extérieur menant chez lui et à frapper à la porte de sa vie familiale, il entrouvre, la repousse  puis vient la rejoindre sur une marche métallique pour la blottir contre lui. On pense à  West side story.
Peu de temps avant, elle l’avait entraîné dans un couloir sordide pour perdre sa virginité bien gardée jusque là mais désormais vendue par ses parents à un autre pour payer la rançon et libérer le fils. En 98, un Zalim apprenait-il déjà par des videos pornos  que le sexe est violence, que le viol est amour ?
Suit la scène d’anthologie du simple goûter de fiançailles où  Ilana jette sur la table familiale, dans l’assiette de sa mère, les traces de son hymen  offert à un autre !
Et il y a la video interminable de l’égorgement. L’horreur incommensurable. Kantemir Balagov , kabarde musulman, nous montre un homme, kabarde musulman,  se repaître de ces images, les justifiant, glorifiant les meurtriers ici au nom d’Allah. D’autres le font ailleurs, aux noms d’autres dieux. Depuis la nuit des temps. Ces meurtres il faut les voir et les croire, avoir bien en tête les massacres et les horreurs dont l’être humain est capable. C’est à chacun des spectateurs que Kantemir Balagov s’adresse. Des hommes, des femmes, des enfants sont martyrisés, égorgés, décapités, tués tous les jours. L’être humain est capable de toujours pire. L’utilisation d’armes chimiques, par exemple. Il ne suffit pas de suggérer ces horreurs. Il faut  pouvoir les regarder, bien en face,  savoir les regarder venir.  Cette video datant de 1998 nous fait aussi réfléchir et prendre conscience de ce qui, en 2018, vingt ans après,  est diffusé sur les réseaux sociaux. L’horreur banalisée, en boucle, non stop, tout public.

Ilana la juive et Zalim le musulman se risquent à s’aimer, bravant les interdits. Elle vient se perdre dans les alcools de ses nuits noires enfumées, s’abîmer de ses fréquentations dans cette station service lugubre, s’enivrer surtout de la peine qu’elle fait à sa mère.

Ilana se cogne contre les parois de ses jours et de ses nuits pour trouver une issue de secours vers sa juste route à elle. Dans une ultime nuit à Naltchik, elle s’enivre, fume et danse et chante à en perdre la voix. Le signal rouge clignote, aveugle, marquant la fin de cette vie à l’étroit.

Tesnota – Une vie à l’étroit : PhotoLe petit matin venu, elle respire à l’air libre, avec Zalim, sur une colline surplombant Naltchik. On n’aurait jamais pensé que c’était si grand, Naltchik  !
Avant de prendre la route, conduisant ses parents sur les routes kabardes, vers un autre enfermement. Sans elle.

J’ai beaucoup aimé le personnage d’Ilana et son interprètation par Darya Zhovner, mélange de  Kirsten Stewart, Sigourney Weaver et Alice de Lenquesaincq. A suivre.

Le réalisateur, Kantemir Balagov, a 27 ans. Alors bravo pour cette maîtrise.
Cette histoire lui a été racontée par son père quand il avait 7 ans et on trouve sans doute dans son film certaines de ses images d’enfant.

On en saura un peu plus de lui avec son prochain film. On verra.

Marie-No

Merci à la Sté de distribution ARP Sélection qui m’a communiqué le lien de la chanson entendue dans le film !


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Tesnota, une vie à l’étroit,Kantemir Balagov (2)

 

Interprétation fumeuse.

Comme nombre de films russes que nous avons vus ces derniers temps, à l’exemple d’ « une femme douce » et de quelques autres, Tesnota (une vie à l’étroit)  se caractérise par une esthétique glauque, sinistre. Dans Tesnota, format 1.33,  cadres et surcadrages contribuent au resserrement. Quant aux couleurs, elles sont souvent saturées, bistre, sépia, marron, caca d’oie etc.  Le réalisateur joue sur l’attraction/répulsion.

Cette esthétique  ajoute au sens du film, une sorte de sens/sensation, une exhibition expressionniste de la misère matérielle, sociale  et  morale assez décadente d’un pays. Elle est au service du sentiment dominant d’oppression qui est le seul sujet du film et qu’importent les entorses au réel.  Montrer l’enfermement  national, communautaire  familial et individuel est l’objet du film par métaphores interposées, c’est ce que je vais tenter de développer.

Ici deux communautés juive et kabarde à la fin des années 90. Des juifs qui ne vivent peut-être pas comme des juifs, et des musulmans itou.

Nous sommes dans une famille juive, tout semble aller pour le mieux, le père  et sa fille Ilana sont mécaniciens dans leur garage. On voit qu’ils sont complices, heureux de travailler ensemble. Et pour satisfaire la mère, il y a, en perspective, les fiançailles de David, le fils. Cependant tout se détraque quand survient le  kidnapping de David et de sa fiancée. Pour des raisons de préjugés antisémites, la mafia suppose qu’ils sont riches et peuvent payer. Mais cette famille est pauvre et la communauté ne peuvent payer cette rançon, en outre  l’état de faiblesse de cette famille éveille des convoitises. La famille va devoir tout envisager pour sauver David.

Alors qu’Ilana  a une liaison transgressive avec Nazim, un kabarde, un brave costaud, un peu rustre, franc buveur et petite tête, la mère se découvre un plan au service de son objectif de délivrer David : marier sa fille à un jeune homme d’une famille juive voisine, dont les parents pourront payer cette rançon. C’est l’occasion de nous montrer le portrait d’une mère dévorante. Le fils  délivré va aller son chemin sans se retourner et la fille va échapper au mariage arrangé, (tel que décrit par Claude) et  rentrer dans le rang après quelques provocations, tentatives de révolte. Mais revenons à cette mère dévorante, de quoi est-elle le nom ? Je réserve cette réponse pour la dernière ligne.

Pourquoi avoir choisi de montrer une communauté juive ? On peut-y voir plusieurs raisons, la première, c’est que comme les chrétiens, ils sont hyperminoritaires, la deuxième tient peut-être à l’illusion sociologique, « on sait faire la sociologie des autres ». Je fais l’hypothèse d’une troisième possibilité, ces juifs représentent autre chose de plus qu’eux-mêmes. Peut-être les Kabardes eux-mêmes. Les juifs seraient aux Kabardes ce que les kabardes seraient à leurs grands frères russes.

Ce film comporte un passage documentaire cruel, l’égorgement de soldats russes par des Tchétchènes, ils mettent en scène leur saloperie,  la terreur et la mort.  Cette scène a cristallisé l’ensemble de la discussion des Cramés de la bobine et cette discussion ne s’éteint pas avec le débat.

Elle appartient à ces images qui  prétendent condamner la violence, mais qui en réalité ont pour fonction de préparer ou de justifier la vengeance violente de l’autre camp.

Le réalisateur lui-même musulman, ne peut ignorer cela. Est-il tordu et ambigu ? Quelle est la fonction de ce passage ? Si l’hypothèse précédente fonctionne, (les juifs seraient une analogie des Kabardes) alors, il s’agirait du même système. Montrer les crimes tchétchènes, c’est aussi montrer les crimes russes sans passer par la case censure. Et j’imagine même ces censeurs séduits  par la scène.

Je sais ma tendance à surinterpréter, il est possible que je donne à l’auteur des intentions qu’il n’a pas. Peut-être appartient-il à ces partisans du « No Futur » esthétisants qui fleurissent partout, dans le cinéma et la littérature. Mais ça ne change rien, il donne à voir une   certaine Russie.

Cette Russie comme une longue liste de pays, Iran, Turquie etc.… A avec la censure et la terreur une relation privilégiée. Mais il me semble que si l’on veut montrer la mafia,  la violence, la corruption, l’alcoolisme, l’enfermement communautaire, familial et l’individualisme dans un pays décadent, on peut faire comme ça, le principe de la poupée russe en quelque sorte. Et, autre analogie,  cette Russie nationaliste ne serait-elle pas une mère dévorante ?

Tesnota (une vie à l’étroit)

6 nominations au Festival de Cannes et Grand Prix du jury au Festival Premiers Plans d’AngersDu 5 au 10 avril 2018Soirée débat mardi 10 avril à 20h30Film russe (vo, mars 2018, 1h58) de Kantemir Balagov avec Darya Zhovner, Veniamin Kats et Olga Dragunova

Distributeur : ARP Sélection 
Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

Présenté par Sylvie Braibant

Synopsis : 1998, Nalchik, Nord Caucase, Russie.
Ilana, 24 ans, travaille dans le garage de son père pour l’aider à joindre les deux bouts. Un soir, la famille et les amis se réunissent pour célébrer les fiançailles de son jeune frère David. Dans la nuit, David et sa fiancée sont kidnappés et une rançon réclamée. Au sein de cette communauté juive repliée sur elle-même, appeler la police est exclu. Comment faire pour réunir la somme nécessaire et sauver David ? Ilana et ses parents, chacun à leur façon, iront au bout de leur choix, au risque de bouleverser l’équilibre familial.

 

Le moins qu’on puisse dire est qu’une scène terriblement longue, insoutenable et complaisante de « Tesnota (une vie à l’étroit) » a provoqué d’emblée ce mardi 10 avril des réactions polémiques : horreur de l’égorgement d’un prisonnier russe par un soldat tchétchène, échos éveillés en nous pour l’actualité récente de vidéos de décapitations de Daesh mais surtout connotation politique et valeur dramatique ou symbolique décalée dans cette oeuvre intimiste et poignante, qui ne lui ressemble pas car le contexte historique est le plus souvent tenu en lisière, voire hors-champ ou stylisé dans une scène intense, réfracté dans le cadre familial ou les consciences individuelles (lorsque, par exemple, Ilana se rebelle contre l’antisémitisme dans la même scène de la station-service). Gageons avec Sylvie, notre présentatrice, que le Russe Kantemir Balagov, cinéaste prometteur et surdoué, a cédé, bien qu’il s’en défende, au pire nationalisme, oubliant  les atrocités commises par les Russes eux-mêmes en Tchétchénie, et cédant à la phraséologie officielle qui assimile sécessionnisme et terrorisme, quoiqu’on pense des méthodes islamistes et fanatiques de combattants prêts à mourir pour leur terre, mais si barbares… On a peine à croire qu’il est allé chercher cette vidéo, bien réelle et réaliste, et qu’il l’a insérée dans son film, au nom de la volonté soi-disant documentaire, de montrer l’horreur de la guerre et de lier réalité et fiction ! Se pose ici la question de la responsabilité morale de l’artiste, surtout lorsqu’elle est biaisée par un parti-pris idéologique : ne devrait-il pas s’imposer une forme d’auto-censure – ou alors choisir de suggérer l’horreur, à travers le flou d’un portable, ou un effet de neige sur l’écran ?

   A moins qu’il n’ait voulu suggérer ainsi la violence de la révolte d’Ilana contre son milieu et la volonté de ses parents de la marier à un jeune Juif qu’elle n’aime pas, pour pouvoir payer la rançon réclamée par les ravisseurs de son frère et de sa fiancée ? Jusqu’où d’ailleurs est-on prêt à aller pour les autres et pour leur salut ? Doit-on jeter la pierre à cette communauté peu solidaire, comme la nature humaine en général, ou y voir un certain antisémitisme – tant le rabbin semble intéressé (avec l’achat du garage) ou les amis réticents ou vindicatifs s’exclamant : « m’a-t-on aidé dans l’adversité » ? « Est-ce à nous et non à la police d’intervenir » ?

    Surexpressivité en tout cas bien inutile car on aura compris sans cela que Nazim, le pompiste kabarde, Musulman intégriste qu’aime la jeune femme, est un homme assez violent, ivrogne, amateur de musique techno et de vidéos terribles, comme celle-ci qu’il aurait mise par erreur – mais on n’y croit guère… De même, toute fausse pudeur mise à part – Georges l’a bien dit -la scène de sexe, au cours de laquelle Ilana se donne à  Nazim, pour saccager sa virginité avant le mariage arrangé, apparaît plus comme un viol conjugal dans le désespoir de l’aliénation que comme l’offrande d’une femme à l’être aimé dans l’affirmation de sa liberté et la jouissance de la première fois : possédant la jeune femme dans un sinistre couloir, mal éclairé, sur un lavabo, le jeune homme semble pour le moins manquer de tendresse et d’empathie face à la souffrance d’Ilana, si beau et farouche soit le don…Là encore, le cinéaste est dans l’excès de… démonstration inutile -pour la plus grande gêne du spectateur !

    Ces réserves mises à part, ce film est superbe de retenue et de suggestivité, grâce au format presque carré (1 :33) de l’image, à une mise en scène saccadée et à l’atmosphère étouffante, poisseuse dans laquelle évolue la jeune femme. Le spectateur l’éprouve au sens fort du terme dans sa chair et dans sa conscience : on se sent cloîtré avec les personnages dans un habitacle de voiture, une sinistre cabine de pompiste, et même une tablée familiale lors de fiançailles où les regards se croisent et se jaugent…De même, on ressent puissamment les échappées ou tentatives de fuite de cet oisillon, de cette femme superbement jouée par Daria Jovner, jeune femme s’étourdissant dans une lumière stromboscopique de boîte de nuit, chatte caressante et abandonnée affolée de baisers, se lovant au creux de son ami, tigresse toisant sa mère castratrice, ou sœur légitimement jalouse : admirables sont les plans, riches en surcadrages et profondeur de champ, où la caméra saisit son expression crispée et têtue entre les visages de son frère et de sa mère, où, entre les barreaux d’une échelle métallique, elle exsude la douleur muette et le désir fou alors qu’elle n’a pas osé se confier à son amoureux sur le rapt de David et Léa. On exulte à ce gros plan si symbolique où s’étire dans une diagonale du cadre, vers un point de fuite, le long cou d’Ilana dont les veines bleutées et les tendons palpitants semblent dire la rage froide de la réclusion et l’ivresse de liberté .

On est révulsé et fasciné par cette autre grande figure, qui porte aussi le film : cette mère dont l’amour entier, jaloux, le désespoir bien compréhensible face au kidnapping de son garçon adoré et préféré, s’expriment dans une rage presque haineuse, comme si en elle le désir sincère du bonheur de ses enfants était étouffé par la peur de les voir lui échapper, par leurs velléités d’émancipation. Deux scènes sont frappantes : celle où elle étreint son fils enfin libéré mais n’acceptant pas, pour fuir la honte d’avoir été aidé financièrement par les voisins et amis, de quitter la ville et sa…fiancée, sa mère l’enlaçant alors par le cou avec violence – comme pour l’étrangler ! La fin du film, où, contre toute attente, Ilana se sacrifie, en quittant et son ami et son mari imposé qui a eu l’élégance et la pure générosité de payer la dot sans réclamer la femme (dans le lent et lourd crissement d’une enveloppe délicatement poussée) vient lui répondre : la mère enlace la fille, cette fois-ci plus tendrement mais en lui imposant le vêtement du fils, celui-là même qu’éperdue elle tenait après le rapt, ellipse suggestive… Alors même qu’Ilana avait une relation complice avec son père,  garagiste comme elle, et assez incestueuse avec son frère, embrassé sur la bouche ou s’exhibant devant elle dans un passage (là encore) derrière la maison, l’ultime plan semble promettre une vraie relation – plus sereine – mère-fille, un geste d’amour enfin, d’appel de détresse plus que de mainmise affective, à moins qu’il ne faille y lire, comme Ilana – trop à  fleur de peau ou si intuitive ? – une dernière feinte de la possessivité maternelle privée du fils et se dédommageant, se vengeant sur la mal-aimée : « tu as besoin de quelqu’un à aimer, maintenant, n’est-ce pas? » – s’écrie Ilana. Superbe alliance, dans ce jeu contrasté et subtil de la mère, de la fragilité la plus fébrile et de l’autoritarisme le plus sec,  comme Ilana parvenait à suggérer le déchirement désespéré, le combat incessant, au prix d’une amère défaite, entre l’amour filial et communautaire et une inextinguible soif de liberté, d’authenticité, de fidélité à soi-même.

Insondable mystère de l’amour et de l’amour-propre, alchimie sans fin de l’aliénation et de la liberté.

Claude

 

 

« La Juste Route » de Ferenc Török

Du 29 mars au 3 avril 2018
Soirée débat mardi 3 avril à 20h30

Film hongrois (vostf, janvier 2018, 1h31) de Ferenc Török avec Péter Rudolf, Bence Tasnádi et Tamás Szabó KimmelDistributeur : Septième Factory 
Titre original : 1945Présenté par Georges Joniaux

Synopsis : En août 1945, au cœur de la Hongrie, un village s’apprête à célébrer le mariage du fils du secrétaire de mairie tandis que deux juifs orthodoxes arrivent, chargés de lourdes caisses. Un bruit circule qu’ils sont les héritiers de déportés et que d’autres, plus nombreux peuvent revenir réclamer leurs biens. Leur arrivée questionne la responsabilité de certains et bouleverse le destin des jeunes mariés.

 « Le nazisme était terminé et le communisme n’avait pas encore commencé. Nous avons essayé de capter l’atmosphère de cette époque ».  Ferenc Török

Le titre original de  ce film en Hongrois est 1945, ce titre est intéressant car il pointe un moment ou la Hongrie est encore en devenir. Le titre français ne l’est pas moins, la juste route, est-elle celle qui va d’un point à un autre, de la gare au cimetière ?

 L’originalité du film c’est son point de vue :  il y a deux juifs qui vont leur triste chemin, ils sont comme le disait Jean-Pierre « tels des ectoplasmes ». Ils portent des signes distinctifs des juifs traditionnels, ce qui éveille des interrogations, des  craintes et  réveille des mauvaises consciences chez les villageois.

J’admets bien volontiers avec Sylvie de considérer que les juifs hongrois traditionalistes sont une représentation inadéquate des juifs hongrois, je n’en persiste pas moins à  considérer qu’ils existent, et  que les choisir eux plutôt que d’autres était judicieux dans le scénario, pour la démonstration et pour le lieu ou se déroule l’action. Cette cérémonie où père et  fils  marchent dignement,  en misérable cortège, derrière de modestes reliques de morts dont les dépouilles sont parties en fumée est crédible parce que ce sont  des gens pieux et modestes qui exécutent ce rituel et que par ailleurs, ils devaient être familiers aux villageois.

Ces revenants sont des signes inducteurs du « retour du refoulé » dans le village.  Ils sont les révélateurs des choses cachées, encryptées* dans les âmes des villageois. Et au fond ce qui est essentiel dans le film, ce n’est pas tant eux mais ce qu’ils induisent. Ce qui se  passe  dans le village pendant que ces deux-là marchent.

Ce qui se passe : Peu avant, la Hongrie, alliée de l’Allemagne, a tenté de changer d’alliance et en mars 1944, elle est occupée par les Allemands.

Les villageois vont connaître la terreur pour certains, on le vérifie avec cette vieille dame qui a avoué qu’elle cachait des enfants juifs, les condamnant à une mort certaine. Il y a aussi  la collaboration et l’opportunisme pour d’autres. C’est le cas du secrétaire de Mairie qui a manipulé et soudoyé un pauvre bougre pour qu’il dénonce Pollak, son « meilleur ami » et ainsi s’approprier  ses biens.

Le cœur du film c’est d’une part  la spoliation, et le rachat à vil prix de ces biens et  c’est une des grandeurs de ce film de montrer que la spoliation concerne ce qui faisait la vie même de ces gens spoliés et pas seulement comme on le voit trop souvent des objets d’art, symboles de culture et de puissance. Ici était visée la modeste épicerie des Pollak,  là où ils seront, ils n’en auront plus besoin, devait penser le secrétaire de mairie…Comme à la fin du film, le rappelle allégoriquement  la  fumée du train de 15 heures, dans lequel les deux juifs repartent.

Et d’autre part, c’est la souffrance des gens du village complices qui par leur silence  partagent l’indignité du vol.  Comme ça va bien avec le sujet du film, je m’autorise cette citation du livre d’Ezekiel :

« Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées ».

On peut appeler enfants, le fils qui à la révélation de la turpitude de son père et quitte tout, y compris sa belle,volage et cupide fiancée. Enfant, ce pauvre homme alcoolique qui a obtenu une modeste maison en guise de remerciements pour sa collaboration… Et finit par se pendre. Enfant, la femme délaissée de ce secrétaire de mairie, qui se shoote à l’éther pour ne pas voir l’homme avec qui elle vit. Enfants tous ces passifs villageois qui se rendent au cimetière pour savoir ce qui se passe et « contribuer à n’en pas douter, à régler l’éventuel désordre ».

La liste des enfants aux dents agacées est bien longue car les  « secrétaires de mairie », assassin et voleur, et leurs frères embarquent tout le monde dans leur indignité.

Ferenc Torok contribue à  rendre la question de la spoliation des juifs  claire en la situant là où elle est, au cœur de la vie même des spoliés comme des spoliateurs et des silencieux complices, et en montrant que les crimes cachés ne cessent de faire vagues et traversent les générations.

J’imagine par extension,  que F.Torok nous dit  aussi que la pensée réactionnaire de Orban et  les siens, repose sur l’assentiment d’une population « aux dents agacées », qui refuse de considérer que la juste route c’est celle qui va à la vérité.

*J’emprunte  le terme  crypte   à  Marie Torok et Nicolas Abraham, psychanalystes  qui ont consacré des articles originaux et  convaincants à cette question des secrets familiaux.

« Gaspard va au mariage » de Antony Cordier (2)

La famille, l’enfance, la fratrie, la place qu’elle occupe, celle qu’on y occupe, les liens du sang , les responsabilités imposées, la couverture de survie qui finit toujours par se déchirer quand on ne la perd pas. Tout ça, quoi, qui donne tellement mal au cœur.

« Gaspard va au mariage » est une tragi-comédie débraillée.
On suit Laura qui dévie sa route pour entrer dans un zoo à la fois féerique et maléfique, protecteur et dangereux, dans une suite de situations, d’événements à première vue loufoques, drôlatiques, désopilants. Mais à y regarder de plus près …

D’abord on voit Laura. Bien perchée, Laura, avec son sac à dos et ses godillots, sur le bord de la route. Elle traverse vers ce groupe qui partage café et croissants et on prend la tangente pour se « percher » avec elle. On l’aime bien, cette grande fille solide, charpentée , qui se fait menotter à des rails par reconnaissance et s’endort …
Arrive Gaspard qui libère la belle et l’entraîne avec lui. Ils tombent amoureux. Ils ne le savent pas encore, nous si. L’histoire peut commencer et  nous, tout doucement, on va commencer, déjà, à un peu moins rigoler …

Dans le zoo familial du limousin, on entre d’abord dans la maison.
Zoom arrière dans le grand salon et le décor rempli, foutraque, avec squelette d’okapi au dessus de la cheminée. Le charme opère. Et pourtant il y a un truc qui cloche … mais quoi ? Bon sang, mais oui, la jeune mère martyre occupe toujours les lieux et aussi les souvenirs sur  bouts de super 8 fixés dans la mémoire des trois enfants. Tout est resté dans son jus.
Près de la future belle-mère, montreuse à ses heures de bête à deux têtes,  se tient Virgil. Le frère Virgil se tient toujours là où il faut. Il s’est toujours appliqué à faire tout comme il faut, il a continué à s’impliquer, à gérer le domaine qui prend l’eau, à veiller sur Coline la sœur ourse, à se battre pour se faire remarquer, pour se distinguer.
Peines perdues : le préféré, le doué c’était, c’est et ce sera toujours Gaspard, omniprésent, même absent. Inventif et génial.

Coline, la sœur, jeune fille habillée d’un caleçon d’homme et d’une peau d’ours, aux comportements étranges, nous intrigue, nous amuse ! Pas longtemps car dès la deuxième rencontre, on perçoit un très très gros malaise. C’est tragique, en fait. Coline est amoureuse de son frère Gaspard qui le lui rend presque, et Virgil … Virgil est invisible. La fusion c’est entre Coline et Gaspard, leurs peaux s’attirent. Gaspard aime l’odeur d’ourse de Coline qui en cultive l’essence pour lui. Il s’est dégagé de l’ensorcellement une première fois en fuyant le zoo mais on le voit bien , là il est en train de rechuter …

Laura réussira à le rattraper au vol pour le capturer  à son tour dans les odeurs suaves de sa chair fraîche.

J’ai aimé les décors, j’ai aimé ces images comme aussi celle où on voit Coline lovée contre un grand mâle, couchés tous deux sur un festin d’ours et celle où on voit Max, le père, traiter son eczéma : dans un grand bocal plein de poissons gloutons, il se trempe et finit par s’immerger complètement, grand corps replié en position du fœtus. Liquide amniotique ? formol ? L’image de Max flottant derrière une vitre devant ses trois enfants, assis côte à côte, bien rangés sur un banc, comme au musée. Ou celle où Gaspard dans son bain est rejoint par sa sœur qui s’inquiète tout naturellement de savoir s’il était « en train de se branler avant qu’elle arrive »(sic). Ah, d’accord, très libres, très proches. Zéro tabou, donc

Une famille animale enfermée bientôt échappée du zoo.

J’ai aimé les acteurs. Je trouve qu’Antony Cordier a particulièrement bien réussi sa distribution !
Laetitia Dosch  et son visage si expressif, ses traits mobiles, regard tout à la fois zen et tourmenté, Felix Moati, le type sympa, pas retors, pas pervers, ou alors pas fait exprès, Marina Foïs, la délicate, forte si fragile,  Christa Théret, insaisissable, inquiète, ailleurs, et Guillaume Gouix, qu’on ne peut jamais regarder dans les yeux, qu’il a particulièrement écartés : un nuage est passé dans l’un et on n’a pas vu l’embellie dans l’autre ou inversement. Et Johan Heldenberg, une entière découverte.

Un film qui cache bien le malaise sous sa patte « jungle »

Marie-No

Adieu à Stéphane Audran

Beaucoup de souvenirs reviennent en apprenant la mort de Stéphane Audran toujours laissée mariée à Claude Chabrol parce que ce n’était pas possible autrement. Ils s’étaient trouvés ces deux-là ! Le même air de ne pas y toucher, le sourire au bord des lèvres, le rire juste derrière.
La voix de Stéphane Audran était reconnaissable entre mille et B.Tavernier dans « Coup de torchon » avait su lui offrir un de ses rôles au diapason ! Un délice …
Mille autres délices …
Stéphane Audran : la féminité parfaitement insoumise.

Stéphane Audran,
toujours un peu à distances,
magnifique actrice

 

 

Gaspard va au mariage, Antony Cordier

Gaspard va au mariage

De Antony Cordier

Avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret, Guillaume Gouix, Marina Foïs, Yohan Heldenbergh et Élodie Bouchez

Film français (janvier 2018, 1h43)

Distributeur : Pyramide

 

On entre dans ce film comme Laura va au mariage, en se laissant aller de rencontre en rencontre, de coup de cœur en coup de foudre, du bonheur de recevoir une viennoiserie à la folie de s’enchaîner aux rails d’un train… Mais pas trop longtemps, car il faut le saisir ce train qui nous entraînera loin, très loin de nos horizons bouchés par l’affligeante banalité de notre vie morose. Laura nous emmène au zoo, voir de drôles d’animaux aux personnalités flamboyantes et aux pelages chatoyants.

L’histoire, les personnages, le décor, tout est absolument improbable.

Pourtant, dès les premières secondes de films, on plonge la tête la première dans cette fiction totalement barrée, sans jamais se poser de questions, sans jamais douter, sans jamais en sortir, sans jamais vouloir en sortir.

À quoi tient le charme ? Se demande-t-on quand la lumière se rallume.
La réponse est d’une simplicité évidente : la sincérité.

Antony Cordier a fait ce film avec une telle sincérité qu’on y croit pleinement, les acteurs le jouent avec une telle authenticité qu’on oublie que ce n’est pas leur histoire qu’ils interprètent – Félix Moati est adorable dans ce rôle de rêveur, Laetitia Dosch absolument rayonnante dans ce rôle de fille paumée d’une rare luminosité, Christa Théret nous fait vivre dans la peau de cette femme ours sublime, et Johan Heldenberg est incroyablement génial en chef de zoo et de meute délurée – et même les personnages sont d’une telle véracité dans leurs excentricités, dans leurs sentiments et dans leurs mots qu’il est impossible de ne pas succomber à leurs défauts charmants et leurs folies douces.

Plus qu’une franche comédie qui nous tire les rires du nez, la palette d’émotion que nous fait traverser le film est celle que parcourent aussi les personnages, car un tel acte de sincérité de toute part amène le spectateur à une empathie totale avec ce qui leur arrive. On aime alors regarder Laura tomber, mine de rien, amoureuse de Gaspard, on est surpris de le voir tout étonné quand après qu’elle se soit laissée renifler, elle lui suggère de faire jouer son ingéniosité pour passer l’excitation seule, on est charmé par le vieux Max quand il tente maladroitement de quitter ses conquêtes par téléphone, finissant par placer l’objet au micro-ondes, on a envie de grogner en sentant l’appel de la nature nous saisir à la vue de cette femme ours jalouse de sa future-belle-sœur, on a envie de renifler, sentir, vivre, vivre, vivre, comme le font Laura, Gaspard, Colline, Max et Peggy. Vivre comme si nous n’avions peur de rien, comme si la vie s’offrait enfin à nous dans l’improbabilité des possibles qu’elle nous promet. On se sent bien dans ce zoo, et dans cette famille.

Pourtant, tout n’y est pas rose, les rapports familiaux sont parfois très tendus, Virgil, incarné par Guillaume Gouix, l’acteur ayant été choisi pour sa faculté à tout rendre réel quand celui qui incarne son frère Félix Moati est si lunaire qu’on croit parfois rêver avec lui, Virgil dit par exemple à Gaspard, son petit frère, celui qui a toujours été le préféré que son succès était immérité, allant jusqu’à affirmer : «je ne t’aime pas». Les mots sont durs, violents, comme ceux qu’on a avec nos frères et sœurs quand on sait que toute vérité instinctive peut-être dite car jamais rien ne pourra briser le rapport du sang. Et alors, malgré la dureté des mots, la dureté des maux, la parole est dite et semble aussitôt pardonnée.

Les rapports ne sont pas plus simples entre Félix et sa sœur tant le rapport de séduction entre eux semble être et avoir été destructeur, mais jamais l’auteur ne tombe dans le facile, le scabreux ou le dérangeant, l’amour entre ces deux-là et d’une beauté interdite qui restera subtile sans passage à l’acte charnel. Jamais le film ne tombe dans la vulgarité, la finesse est le maître mot du film qui lui donne son ton si particulier et son timbre si délicat.

Les rapports entre le père et ses enfants sont aussi compliqués, ils semblent tout partager les uns avec les autres, l’absence de pudeur sur les questions de nudité, l’assiette dans laquelle tous ensemble ils vont manger, les détails sexuels des aventures extra-conjugales paternelles, ils partagent tout au point qu’il semble difficile pour chacun de vraiment trouver sa place.

Et puis, il y a le sujet du Zoo, le zoo qui est à la fois le souvenir d’enfance rêveur du réalisateur qui se souvient avoir eu enfant un livre narrant la vie de Claude Caillé, créateur du zoo de la Palmyre, le fils de cet aventurier n’avait pas de peluches mais de vrais fauves comme animaux de compagnie. Au-delà de ce souvenir, le zoo est un formidable réservoir de fiction puisque le réalisateur a pu y faire grandir des personnages hauts en couleur qui n’auraient jamais pu être crédibles ailleurs. Pourtant, comme le dit Antony Cordier, le zoo offre une approche animale qui déplace les limites de l’éros. Il explique que dans beaucoup de film de zoo, l’inceste est sous-jacent, comme dans le film de Peter Greenaway, Zoo, A Zed and Two Noughts. Et en effet, en sortant, une référence m’a envahie, non pas au cinéma mais au théâtre : Wajdi Mouawad qui avec sa pièce Forêts, nous entraîne dans une famille ayant voulu recréer un Zoo comme arche de Noé fuyant les atrocités du début du XXe siècle, mais qui se confronte à la question de l’inceste de manière déchirante et dramatique dans une tragédie comme aime les mener le libano-québecois.
Pourtant le zoo est aussi aujourd’hui, où notre rapport à l’animal change, le symbole de la fin d’une époque, on cesse de regarder les animaux comme des bêtes de foire et on leur accorde des droits de plus en plus humains. Mais le Zoo n’est pas juste, comme on pourrait le penser, un lieu d’exhibition d’animaux rejouant un orientalisme, mais, dans notre époque sinistrée par les extinctions d’espèces, il est aussi un lieu de protection quand faute de pouvoir les préserver à l’état naturel, on peut au moins, paradoxalement, les sauvegarder en «milieu artificiel».

Ce zoo polymorphe est à l’image du film allant dans une multitude de directions et épousant une pluralité de thème. Alors, sous l’apparente spontanéité de l’univers, le travail du réalisateur s’est révélé très compliqué, puisqu’il fallait mener dans une même narration le retour d’un fils prodigue, une histoire d’amour naissante, celle incestueuse d’un frère et une sœur, un mariage finalement annulé et un zoo mourant.
Il a de plus été difficile de trouver les producteurs nécessaires tant le projet semblait irréaliste, sept ans se sont écoulés entre son film précédant et celui-ci pour cette raison.
Et en parlant d’irréalisme, il a fallu aussi concilier la réalisation très réaliste d’une part et la magie du conte de fée d’autre part.
Ces difficultés de tisser tous les liens ont été résolues par la présence très forte de la structure du film. L’histoire se déroule en quatre chapitres, présentant chacun un personnage. Avant d’être coupé au montage, un cinquième chapitre était consacré à Peggy. Un personnage rendu, pour le réalisateur, intéressant par sa profession, car le vétérinaire est dans un zoo celui qui aime les animaux mais que les animaux n’aiment pas. Ainsi Peggy aime sans rien attendre en retour. Cette analyse d’une subtilité incroyable transparaît de manière si délicate dans le film qu’elle est quasiment imperceptible, sublimée.

Et on découvre, à la lecture ou à l’écoute du réalisateur, que tout le film à ce niveau de finesse, que les références à la mythologie (cerbère, le chien à trois têtes condamnant ce zoo et ses animaux à la mort), au cinéma (Pauline va à la plage, d’Erci Rohmer, Margot va au mariage, de Noah Baumach, Princesse Mononoké, d’Hayao Miyazaki), etc., rien n’est choisi au hasard. Il explique par exemple, au détour d’une explication sur la citation de Peau d’âne, que comme le personnage de Jacques Demy incarné par Catherine Deneuve s’enlaidit d’une peau d’âne pour échapper à l’amour de son père, Colline se cache sous une peau d’ours pour essayer d’être repoussante aux yeux de son frère qu’elle ne peut s’empêcher d’aimer. Son frère, Gaspard de la même manière va saboter son potentiel génie pour n’être enfin plus désirables aux yeux de sa sœur qu’il aimera infiniment. C’est aussi pour cette raison qu’il entraînera Laura dans cette loufoque aventure voyant en elle celle grâce à qui il pourra potentiellement dire :

Je suis sauvé « car le plus important dans la vie c’est de trouver quelqu’un qu’on aime plus que sa famille ».

Elle réussit le test avec brio et est aussi la seule qui va sortir indemne du film, la seule à continuer la route qu’elle s’était tracée, quand tous les autres ont fini par accepter de se décharger des poids de Sisyphe qu’ils s’imposaient de porter.

Le dernier fil qu’à tirer le réalisateur pour tisser le désir de cette famille est celui du dessin. Le trait est d’abord celui de la mère sur le visage de Gaspard, puis le sien sur le dos de sa sœur dans une scène d’une sensitivité incroyable, puis ceux d’un Okapi tatoué sur le buste de Max à côté du nom de Peggy et enfin celui de la tatoueuse végétarienne que Virgil choisit d’épouser.

L’infinie beauté et tendresse ne cessent de nous surprendre et de nous toucher durant le film et encore longtemps après.

Alors, laissons les derniers mots à la Tendresse chantée par Bourvil.

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les plaisirs
Et l’amour fait des prouesses
Pour nous éblouir
Oui mais sans la tendresse
L’amour ne serait rien
Non, non, non, non
L’amour ne serait rien

Quand la vie impitoyable
Vous tombe dessus
On n’est plus qu’un pauvre diable
Broyé et déçu
Alors sans la tendresse
D’un cœur qui nous soutient
Non, non, non, non
On n’irait pas plus loin.

Pauline

 

« Centaure » de Aktan Arym Kubat

Prix de la Confédération internationale des cinémas d’art et d’essai à la Berlinale 2017
Du 8 au 13 mars 2018
Soirée débat mardi 13 mars à 20h30

Film kirghiz (vostf, janvier 2018, 1h29) de Aktan Arym Kubat avec Aktan Arym Kubat, Nuraly Tursunkojoev et Zarema Asanalieva 
Distributeur : Epicentre

Présenté par Marie-Annick

 

Synopsis : Dans un village au Kirghizistan. Centaure, autrefois voleur de chevaux, mène désormais une vie paisible et aime conter à son fils les légendes du temps passé, où les chevaux et les hommes ne faisaient plus qu’un. Mais un jour, un mystérieux vol de cheval a lieu et tout accuse Centaure…

Article de Marie-Annick *** Dossier de presse *** Bande annonce *** 
 

Un film kirghize sur nos écrans est chose rare mais si de surcroît il fait la conquête de nos salles obscures, la performance mérite d’être saluée.

Avec son dernier film « Centaure », Aktan Arym Kubat vient nous dire ce qui lui fait mal dans son pays qu’il aime tant. Dans une scène poignante, Centaure, le personnage principal, confie en larmes, à son cousin, qu’il pleure le temps où les hommes et les chevaux étaient unis comme les cinq doigts de la main. En filmant la vie de Centaure et sa petite famille dans un petit village kirghize d’aujourd’hui, le réalisateur nous fait comprendre tout ce que le peuple kirghize, autrefois libre et fier, a perdu après soixante-dix ans de communisme et bientôt trente ans de capitalisme.

Ses belles légendes contant les exploits de valeureux guerriers semblent avoir été remplacées par les ragots de village. Sa langue, pourtant parlée à 70% par la population n’est pas la langue officielle qui est le russe. L’épouse muette de Centaure, dans l’incapacité d’enseigner sa langue à son jeune fils en est le symbole. Le nomadisme séculaire a cédé le pas à la sédentarisation qui a fait fleurir câbles, antennes, paraboles et vidéos surveillance. Le cheval, animal sacré, considéré parfois comme un passeur d’âmes et comme le double de l’être humain à qui il a bien voulu prêter sa force, n’est plus qu’une marchandise, viande de boucherie ou crack de course acheté à prix d’or par les riches propriétaires. Désormais, occidentalisation et mondialisation installent un nouvel ordre des choses, avec d’un côté les riches, ceux qui ont réussi et ont le pouvoir de l’argent et  les plus pauvres. Et comme si ce n’était pas assez, un islam montant intolérant vient balayer les derniers restes de pratiques chamaniques où la nature, le vivant étaient respectés, balayant un peu plus encore les fondamentaux du peuple kirghize.

Alors Centaure, héros frère de Don Quichote, vole des chevaux prestigieux pour galoper toute la nuit comme un fou en toute liberté, pour éprouver la griserie de la liberté. Une liberté à laquelle il donne une dimension sacrée, les deux bras tendus vers le ciel. Que cherche-t-il à atteindre tout là-haut  ? Le cosmos ? Manas, le héros des légendes kirghizes ? Kambar Ata le protecteur des chevaux ? Tchal Kouyrouk le cheval fabuleux qui permit à un humain de retrouver son âme qu’il avait perdue ? Dieu ?

Quand le peuple kirghize retrouvera-t-il son âme, se demande le  réalisateur ?

Peut-être quand l’Homme aura retrouvé son lien profond avec la nature, quand les individus coexisteront librement au sein d’un groupe,et quand la liberté individuelle pourra s’exprimer  à l’intérieur d’une société.

En filmant la scène où Centaure laisse aux deux jeunes gens la malette contenant la bobine du film  « la pomme rouge » qu’il a conservée intacte toute sa vie, Aktan Arym Kubat semble nous dire qu’il a fait son travail et qu’il laisse à la jeunesse, avec ce maigre bagage, la responsabilité de son avenir.

Marie-Annick

Cinéma d’ailleurs, « Viva Il Cinéma » 5ème festival de Tours

 

 

Du 14 au 18 Mars, 4 cramés de la bobine se sont rendus à la 5ème édition des journées de Viva il Cinéma de tours où 24  fictions et documentaires ont été présentés. Nous nous y sommes rendus.

 

 

 

Il y a quelques années nous pensions que ce cinéma était mal en point, il marque les signes d’un bon rétablissement. Il y a dans le cinéma que nous avons vu, une créativité, un bonheur de filmer qui rappelle les grandes années du cinéma italien. Nous avons pu voir 13 d’entre eux, inédits et avant-premières.

Les inédits n’ont pas encore de distributeurs, peut-être n’en auront-ils jamais en France et donc n’y seront-ils jamais diffusés, nous vous en toucherons tout de même un mot parce que nous espérons qu’ils trouveront leurs diffuseurs et de nombreuses salles pour défendre ce cinéma-là.

Il y a eu deux prix attribués, celui de la Ville de Tours et celui du Jeune Jury, nous les signalerons au passage

 

Ammore e Malavita « à Naples on ne vit que deux fois » de Marco Manetti.

L’idée de départ, un mafieu essaie de disparaître de la circulation. Un film drôle, qui tient de la comédie, de la comédie musicale, avec des meurtres en série, une histoire d’amour, du suspens et de l’invention. A voir s’il arrive sur les écrans en France, si vous avez envie de vous distraire, et si le cœur vous en dit. Davantage Pop Corn qu’Art et essai. (***)

 

 

In Guerra per amore, de PierFrancesco Diliberto,

 

 

« NYC1943, Arturo souhaite épouser Flora, mais son oncle qui en a la charge veut la marier au fils d’un chef mafieux. Alors pour obtenir la main de sa belle, Arturo décide d’aller directement demander sa main au père de Flora qui vit en Sicile. Comme il n’a pas de quoi se payer le voyage, il s’engage dans l’armée qui va débarquer en Sicile ».

Alors là, c’est du cinéma ! Ça a l’allure d’une comédie, il y a des passages drôles et jamais vus, et ça gagne en gravité sans jamais perdre l’humour. On imagine que le réalisateur a été séduit par la Vie est belle. Le sujet qu’il traite est grave : Comment les Etats Unis ont installé durablement la mafia en Sicile. Un film drôle et intelligent qui n’est pas sans rappeler une histoire fraîche. Nous espérons que ce film aura tout le succès qu’il mérite. (*****)

 

I Figli della Note (les fils de la nuit) d’Andréa de Sicca. ( le petit-fils de Victorio !). Ce film a obtenu le prix du Jury des Jeunes.

« Issu d’un milieu aisé, Giulio est envoyé dans un pensionnat strict qui forme les dirigeants de demain. Et tout est permis pour former l’Elite de la société »…Il y a non loin, un lieu d’évasion, un « lieu de plaisir nocturne » si on peut appeler ça comme ça. Giulio tombe « amoureux » d’une jeune femme qui s’y prostitue. C’est un film sur les étudiants, et les étudiants de Tours ont aimé voir des étudiants transformés en jouet par un monde adulte dominateur et dévoyé, ils ont aimé le climat complotiste manipulatoire et glauque qui nimbe le film. Film au demeurant peu inventif. (**)

 

Il Padre d’Italia (le père d’Italie)  de Fabio Mollo.

Inédit. Espérons que ce film va être projeté en France. C’est un film original : « Paolo est trentenaire, il ne se remet pas de la séparation d’avec l’homme avec qui il a vécu durant 8 ans. Une nuit, il rencontre Mia, une jeune femme exubérante et fantasque, enceinte de quelques mois. Elle lui demande de l’aide. Alors commence un voyage plein de rebondissements à travers l’Italie ». C’est aussi un film sur l’attachement, qui interroge la nature de l’attachement. Les acteurs sont Luca Marinelli (nous l’avons vu dans 3 films, cet acteur est un vrai caméléon)et Isabella Ragonese. Retenons bien ces noms et ne loupons surtout pas ce film! (*****)

 

Una Questione Privata un film de Paolo et Vittorio Taviani avec Luca Marinelli (voir ci-dessus).

En présence de Paolo Taviani. C’est bien leur patte. Voici un film qui commence par un triangle amoureux et chaste, (c’est l’affaire privée) la toile de fond devient le fascisme et la lutte des partisans. Les deux garçons deviennent des partisans. Quelle sera l’influence de cette affaire privée dans leur engagement ? Un film élégant, classique et beau. (****)

 

Easy d’Andréa Magnani

a obtenu le prix de la ville de Tours. 

« Easy (diminutif d’Isodoro), est ex-pilote de course, un gros monsieur déprimé, boulimique et solitaire qui ne fait plus rien. Son frère lui propose un job, transporter le cercueil d’un maçon décédé, en Ukraine- un voyage semé d’embuches-« . C’est énorme, drôle et grave, ça s’essouffle et se relance sans qu’on sache trop bien pourquoi.  Nous n’avons jamais vu un road movie avec cercueil.  Je n’aurai pas voté pour ce film, mais le burlesque (derrière lequel se cache un vécu)  à bien le droit d’être à l’honneur.(***)

 

Il più grande sogno (le plus grand rêve) de Michele Vannucci.

Reconstitution à la manière documentaire d’une histoire vraie : « Mirko est de retour chez lui après avoir passé 8 ans en prison. Il veut une seconde chance, un nouveau départ qui lui permettrait de tourner définitivement le dos à la violence et la criminalité. Il souhaite reconquérir le coeur de ses deux filles, reprendre son histoire avec sa femme et rendre sa propre vie plus positive. Une opportunité inespérée se présente lorsqu’il est élu président d’une association caritative de son quartier, une zone abandonnée de la banlieue de Rome. » On ne peut pas dire que le film jouit d’un bon scénario ni d’acteurs exceptionnels, ni qu’il soit bien filmé, mais ce film a réussi le miracle de se faire oublier au profit du débat de l’équipe de tournage et du coup tonnerre d’applaudissement. Le jour où vous irez voir ce film, tâchez que la fameuse équipe soit là.(**)

 

Sicilian Ghost Story d’Antonio Piazza. Un autre film sur la Sicile

dont voici le synopsis : « Dans un village sicilien aux confins d’une forêt, Giuseppe, 13 ans, disparaît. Luna, une camarade de classe, refuse la disparition du garçon dont elle est amoureuse et tente de rompre la loi du silence. Pour le retrouver, au risque de sa propre vie, elle tente de rejoindre le monde obscur où son ami est emprisonné et auquel le lac offre une mystérieuse voie d’accès ». Attention histoire vraie qui commence comme une histoire merveilleuse, joue avec le fantastique, pour mieux nous ramener à une histoire qui se termine tragiquement. Tout comme « In Guerra per amore, de PierFrancesco Diliberto » ce film est fort et bouleversant. Il dénonce les méthodes mafieuse et les silences coupables. Comme c’est une avant-première, il va passer dans les salles. Allez-y ! Vous ne le regretterez pas.(*****)

 

Si returno Ernest Pignon-Ernest et la figure de Pasolini, documentaire en sa présence ainsi qu’une représentante du collectif Zikozel :

« Qu’est-ce que nous avons fait de sa mort ? » Quarante ans après l’assassinat de Pasolini, Ernest Pignon-Ernest, l’un des pionniers de l’art urbain international, entreprend un voyage en Italie pour poser cette question sur les lieux de la vie, de l’œuvre et de la mort du poète. À Rome, Ostie, Matera et Naples, l’artiste interpelle les habitants et les passants en collant sur les murs une pietà laïque dans laquelle Pasolini, au regard sévère, porte son propre corps sans vie ».

C’est un artiste humble qui nous expose sa démarche. Celle d’un art éphémère,  celle d’un plasticien pour qui la rencontre du public et l’agencement de son œuvre comptent autant que l’œuvre. E.P.E bénéficiait d’une salle conquise et admirative.

 

La Tenerezza, (la tendresse) de Gianni Amelio, une avant-première, quelle chance ! il sera diffusé.

Encore un film remarquable. Le nouveau film du réalisateur calabrais aborde les relations familiales et le dédale de sentiments qui en découle et en même temps une rencontre de voisinage avec une gentille famille, une sorte d’ailleurs à domicile et c’est tellement autre chose ! Et pourtant! Encore un film remarquable, avec pour interpréte Elio Germano. Allez-y,  si vous en avez l’occasion, vous ne regretterez pas. (*****)

 

Tutto quello Che vuoi « tout ce que tu voudras » de Francesco Bruni, Inédit,

quand je pense que vous riquez de ne pas voir ce film ! J’en suis consterné. Une comédie, intelligente, sensible, émouvante, et drôle et infiniment sérieuse. Alessandro 22 ans « branleur » excède son père qui lui impose de prendre un petit boulot « s’occuper de Giorgio, poète Alzheimer ». Les italiens connaissent le tragicomique mieux que quiconque.

Une rencontre. C’est un bon moment de cinéma, vous savez ces films dont on sort avec le sourire !(****).

 

Encore un Inédit, on ne va quand même pas être obligés d’aller à Tours pour voir ce bon film !

La Stoffa dei sogni de GianFranco Cabiddu (l’étoffe des rêves est un morceau de citation de la tempête de W.Shakespaere : « Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil »

je vous livre le synopsis : Un bateau chargé de prisonniers et d’une petite troupe de théâtre fait naufrage sur l’ile d’Asinara connue pour son pénitencier. Les gardiens de la prison recherchent les rescapés mais ne savent pas distinguer les mafieux qui doivent rejoindre la prison, des autres. Passionné de théâtre, le Directeur leur demande de jouer la Tempête de Shakespeare. Ça ne manque pas de sel ! (C’est le cas de le dire). (***)

 

Lasciati Andare (laisse-toi aller) Francesco Amato

Inédit encore un inédit, une gentille comédie. Un psychanalyste peu empathique fait un malaise, on lui prescrit de faire du sport, il rencontre une excentrique coach de sport…Avec le grand Toni Servillo. On rit, il y a de bons gags mais c’est un peu long tout de même. (***)

 

Les italiens savent manier le tragicomique. L’humour italien au cinéma a une finesse qu’on ne retrouve guère dans les films français. Sur 13 films que nous avons vu 8 ont un caractère humoristique et cependant véhiculent à profusion et  généreusement  inventions,  images étonnantes , humour sur des thèmes parfois  graves, dont on peut discuter en sortant de la salle.

4 jours de ciné, en sortant des salles, un instant, on s’étonnait de ne pas être en Italie. Bravo à Tours et Viva Il Cinéma !

Georges