Les Rencontres de Prades, 59ème Festival

 

 

Amis Cramés de la Bobine Bonjour,

Danièle et Henri  s’y entendent mieux que personne pour convertir des cinéphiles raisonnables en inconditionnels du ciné à haute dose. Nous étions 13  cramés de la bobine (et il faut l’être) pour ce 59e  superbe festival de  Prades 2018 !  Un cru classé sans doute, en tous les cas, 37 projections en 8 jours !

J’en ai séché quelques-unes, mais très peu. (Dont une journée pour cause d’ascension du Canigou, avec Henri « chef de cordée » !).

Le Canigou sauf notre respect, présente en difficulté de la roupie de sansonnet à côté de cette montagne de projections qui nous attendent chaque année au festival.  C’est une expérience exigeante et toujours renouvelée que d’y assister. Une excellente condition est requise. Sinon, comme moi, vous n’échapperez pas à quelques épisodes  de somnolence, vous savez ça commence par une sensation de dilution de la conscience, qui conduit de la fiction du film à celle du rêve sans à-coup. Je suis chaque fois stupéfait de voir comment notre cerveau s’arrange avec ça. D’abord, vous fermez « un peu » les yeux, et vous entendez mieux, vous en êtes contant, ensuite, tout va très vite… Gare aux ronfleurs !

Deux  invités pour ce festival Marion Hänsel, pour la première moitié, et Laurent Cantet pour la seconde.

Je devrais certainement ne pas m’en vanter, je ne connaissais pas Marion Hänsel.Une réalisatrice belge, au ton vif et franc. Elle dégage l’impression d’être, comme beaucoup d’artistes,  une grande angoissée. Elle a la coquetterie de ne pas revoir ses films… et  du coup, ne s’en souvient guère ou d’une manière déformée,  et donc elle répond en confondant des plans qui auraient pu exister avec ceux qui existent.  Ce qui l’intéresse, ce sont les rencontres qu’elle a faites durant ses tournages dans le monde, car c’est une grande voyageuse, elle se rappelle comment elle s’est entendue ou disputée,  et puis il y a sa chère équipe, sa famille en somme. Elle a un contact chaleureux avec le public qui le lui rend bien. Elle a ses inconditionnels.

Si elle est peu explicite sur ses intentions, de film en film on retrouve des figures prégnantes. Pour ce qui me concerne, j’ai un avis plutôt contrasté, je trouve son oeuvre est inégale, mais peut-être que je me trompe. Je vais en  signaler deux que j’ai beaucoup aimés.

D’abord, il y a « Si le vent soulève les sables »2006. Une histoire de migration humaine, donc une histoire de misère absolue, de bad trip (sans métaphore) et de   mort. Et dans cette histoire celle sublime de Rahne et de la petite Sasha sa fille. Il faut que vous empruntiez le DVD quelque part : à la médiathèque ? Ce serait trop dommage de ne pas éprouver avec les personnages,  l’errance, le soleil écrasant,  la faim, la soif, la violence et la peur,  bref, tout le malheur d’être humain à quelques heures de vol de notre douce France.

Le second, c’est  « Between the Devil and the deep blue sea ».1995. Une ambiance.  On pense un peu à cette chanson d’Axel Bauer Cargo de Nuit. Une histoire de marin donc, une histoire d’entre deux ou de transit, comme on veut. Le marin est entre une terre et une autre, entre le port et la terre, entre hier et aujourd’hui. Là encore il y a une belle rencontre entre ce marin et Li, une petite fille chinoise. Ce marin a   quelque part une femme qui l’attend, et elle attend aussi un enfant de lui. Le marin, quand il lit les lettres de cette femme, entend sa belle voix. Elle lui dit des choses simples, des choses de la vie.  Il a une décision à prendre, c’est complexe un homme.

Je ne vous parlerai pas des autres films que j’ai un peu  moins aimés, d’ailleurs Marie-No en parle très bien. Mais je retiens de  Marion Hänsel qu’elle est travaillée par la question « des  parents insuffisamment bons », des mères et des pères défaillants,  par cette question de la rupture,  de l’absence et de l’abandon et ses blessures. Et parfois de la violence familiale, Équilibres, son court-métrage de 12 minutes, constitue une excellente introduction à son œuvre. Comme si justement, après l’excès de ce court-métrage, elle avait ainsi trouvé un juste équilibre  pour aborder ces questions.

Deuxième partie de la semaine, arrive Laurent Cantet. Accompagné de Michel Ciment. Michel Ciment, c’est une encyclopédie vivante du cinéma. Avec lui, c’est comme si  vous étiez un dans un grand restaurant avec un gastronome qui ne reconnaît pas seulement les subtilités d’un plat, mais aussi la recette, les tours de main, et l’histoire…Quelqu’un qui sait de quoi il parle et en parle d’une manière à la fois simple et précise.

Et je me souviens du presque début de la première interview de Michel Ciment :

MC :– vous avez obtenu une palme d’or, ça aide pour faire des films non ?

LC :– La palme d’or !  C’est sans doute un malentendu ! Et ça n’aide pas plus que ça.

Laurent Cantet dont j’avais vu presque tous les films (Cramés obligent !) est humble, particulièrement attentif, et gentil, capable d’écouter et de répondre toujours au bon niveau. Bref, c’est le genre de gars qui nous donne l’impression de poser des questions essentielles, avec qui vous pouvez facilement échanger, c’est plus rare qu’on ne le pense.

Après l’atelier que nous connaissons bien, avec les très beaux rôles pour Marina Foïs et du jeune Matthieu Lucci,  puis un gentil film Jeux de plage où l’histoire d’un père intrusif. Et surtout les Sanguinaires, que se passe-t-il lorsqu’un homme décide de passer le jour de l’an 2000 sur une île déserte, loin de la modernité et de ses connexions,  avec de vieux amis . Mais les vieux amis ne sont plus exactement ce qu’ils étaient, et ça, c’est intolérable pour quelqu’un qui cultive l’illusion de ne pas changer.  Bref, une quête de l’absolu qui tourne mal. Le tragique, c’est l’homme.  Suit FoxFire,le gang des filles, lui aussi vu aux Cramés. Puis Retour à Ithaque, heureuse retrouvaille, une sorte de huis clos en plein air !  La petite histoire des personnages correspond à la grande histoire de Cuba, oppression, peurs, frustrations, blessures, et dignité tout de même. A Cuba qu’ils aiment en dépit de tout, qui est leur identité.  Aurait-il été possible à Cuba de survivre avec des dirigeants moins paranoïaques ? Les cubains n’ont pas eu le choix, de toutes les manières.

Suit un court-métrage qui rappelle la période Devaquet, « le fameux ministre de l’enseignement supérieur,  qui se fit refiler dans les mains, une  patate (très)  chaude » : Tous à la manif.  Tous ? Vraiment ? Il ne faut que quelques images à Laurent Cantet pour faire sourire de cette imposture unanimiste. Suit Ressources humaines, que nous connaissons et qui montre une fois de plus que ce n’est pas avec de bons sentiments qu’on fait de bons films, trop d’invraisemblances, trop de jeu avec nos sentiments. Et pourtant le rôle du père, on le sent crédible.  Vers le Sud, un sujet rare, comme souvent, co-scénarisé comme souvent dans les films de Cantet, par Robin Campillo, le tourisme international de consommation est une pratique de riches,  souvent une plaie, à propos de consommation, ici il s’agit du tourisme « amoureux » de femmes esseulées, je n’avais jamais vu ça au cinéma. Là encore, si je peux m’autoriser ce conseil, trouvez le  DVD, Charlotte Rampling exceptionnelle (c’est un pléonasme). Suit L’emploi du temps, un cadre (consultant) licencié qui continue à vivre comme s’il travaillait, le rôle et l’apparence  tiennent lieu de travail. (D’ailleurs, comme c’est un curieux miroir, interprété par des acteurs, des gens pour qui le travail est un rôle).Comme ce film nous rappelle l’affaire Romand, on projette sur le film nos craintes, et comme la musique est inquiétante, on est d’autant plus inquiet. Cet antihéros n’est pas Romand, Cantet s’en défend. Juste un imposteur ? Alors pourquoi cette ambiance annonciatrice de malheur?  Juste pour jouer avec nos nerfs ?

Pour finir,  Entre les Murs.La palme d’Or et le bouquet, j’étais curieux de le revoir et je vais être beaucoup plus long que pour les autres parce que, je trouve que ce film condense bien des traits de Laurent Cantet, d’abord un cinéma sans acteurs professionnels, ensuite il se tient à la limite du documentaire. En fait une sorte de docufiction. Ici, la vie d’une classe de collège, (peut-être y a-t-il un biais d’échantillon, c’est une collection de cas!).  Très rapidement nous sommes conduits à épouser le point de vue du professeur et nous voyons le groupe d’élèves à travers lui. Nous nous identifions, de sorte que nous approuvons ses réponses, les trouvons justes, fines etc… Nous compatissons à ses affres. Un peu comme dans l’emploi du temps, nous sommes illusionnés par nos propres clichés, et les « trucs » du film qui nous y conduisent… Deux  constats : a) fini les gentils cancres rêveurs de Prévert, voici le temps des cancres affirmés, solides. b) On a l’impression qu’à l’école tout semble se passer comme si les questions de cours n’étaient  plus que prétextes à éduquer sur autre chose. Nous passons de l’enseignement des disciplines (lettres, maths etc.) aux formes modernes et softs de la discipline au sens comportemental.

Michel Ciment parlait de la présence du père dans les films de Laurent Cantet. Les figures du père, dans leurs variétés, traversent en effet tous ses films et celui-ci n’y échappe pas. Qu’ajouter ? Le cinéma de Laurent Cantet résiste bien au temps, c’est un bonheur de voir et revoir ses films.

Quelques mots sur les avant-premières, elles nous promettent de beaux jours aux Cramés de la Bobine :

 D’abord, il y a Contes de juillet, un diptyque de Julien Brac,  il est bien connu des Cramés de la Bobine, tout le monde et lui en premier s’accordent pour dire que son cinéma est dans la veine d’Eric Rhomer. Ajoutons ce qui lui est  propre : sa limpidité, son  humour, sa fraîcheur,  sa joie de vivre, son ton . Ses contes sont  exactement le genre de film dont on sort heureux. L’idéal serait d’avoir la présence de Julien Brac au moment de la projection du film. Il ressemble à ses films.

La stoffa dei Sogni, j’en ai déjà dit deux mots dans le blog,  voici un film italien que je vois pour la seconde fois, original, drôle, inventif, et que vous ne verrez pas, pourquoi ?  Pas de distribution en France !

Amin de Philippe Faucon, j’avais eu l’avantage de présenter Fatima aux cramés  et du même coup de voir tous les films de philippe Faucon. Celui-ci me semble moins fort que Fatima parce qu’il laisse une impression de déjà-vu ; mais c’est peut-être moins vu qu’il n’y paraît. Amin, c’est la vie et le destin d’un migrant qui tout comme Fatima est celle d’un sacrifié…Il y a quelque chose qui demeure quand on a vu ce film,  la sensation d’un film  délicat et de tragique à la fois, l’histoire d’une multitude d’êtres dans le monde. Précisement, tous ceux sacrifient leur vie, pour une communauté, ailleurs.

Leto de K.Serebrennikov, je n’en dirai rien,  sauf que je suis sorti au bout de 10 minutes de la salle. Je n’aimais ni la musique, ni les dialogues, ni les personnages. Plus jamais ça!

…Et je garde pour la fin un bon film, (bien qu’il fût présenté le premier jour) : Woman at war, ce film Islandais de Benedikt Erlington  avait avant sa sortie été repéré par Marie-No. Un film qui parle d’écologie, c’est assez rare pour être signalé et …d’activisme ou de  terrorisme écologique comme on voudra. On peut le faire bêtement,  on peut aussi en faire du bon cinéma,  soulever des questions éthiques, montrer des systèmes  de communication, activistes d’un côté,  politico-médiatiques de l’autre. On peut le faire avec un scénario drôle et sur le mode de l’aventure, à la manière de Robin des Bois, sans juger, en nous laissant le soin de le faire. Si en outre pour le premier rôle on a une actrice formidable, alors ça risque bien d’être un bon film. Cette actrice existe, nous l’avons vue dans le film : Halldora Geirhardsdottir« facile », retenons bien ce nom !

Merci à l’équipe des Ciné rencontres de Prades, pour son magnifique festival, sa convivialité et tout le bonheur qui va avec.

Georges

Vu du jardin  « l’Hostalrich » l’Hôtel de Nanou et de sa mère. C’est exactement notre vue lorsque nous sifflons canon sur les tables du jardin.   

Prades, dimanche 21 juillet 2018

 

Voilà, « Prades » qu’on se réjouit de vivre chaque année, c’est terminé …

S’est terminé en feu d’artifice avec « Leto »de Kirill Serebrennikov en avant-première. Puissant ! « Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s’échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme la belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique »

Le film sort en décembre donc pour les Cramés ça sera (peut-être) pour janvier. Alors vivement l’année prochaine et

le 60ème Festival de Prades,  juillet 2019 

Marie-No

Prades, samedi 20 juillet 2018

Jeudi, vu les 4 films de la journée :
Couverture livre La stoffa dei sogni : Affiche Madame Brouette : affiche Moussa Sène Absa

Et « L’Atelier », premier film diffusé dans le cadre de la rencontre avec Laurent Cantet si bien orchestrée par Michel Ciment, (et qu’on avait proposé aux Cramés lors de sa sortie en octobre 2017), on a commencé en beauté. J’ai revu ce film avec beaucoup d’intérêt et de plaisir.
Marina Foïs est, décidément, une actrice bouleversante et ce film illustre bien un aspect du cinéma de Laurent Cantet. Le désir de groupe, la difficulté, la volupté à s’y fondre, le renvoi à l’individualité.

Vendredi, la journée a commencé par le choix entre,  soit « Le Léjà », la Syrie du Sud donc, soit une balade en montagne, dans les Pyrénées donc … Certains ont pu regretter leur choix et pourtant, présenté dans le cadre de la Carte blanche à la Cinémathèque de Toulouse,  ce film syrien, objet rare , mérite d’être vu et à 9h c’est l’idéal car il faut être frais et dispos  pour se laisser transporter dans ce sombre paysage minéral qu’aucun soleil ne semble pouvoir jamais éclairer, où les femmes doivent accepter d’être enterrées vivantes et les esprits d’être figés dans le temps immuable. Un film assez envoûtant, oppressant.

Aujourd’hui, Laurent Cantet matin, midi et soir.
Dans un banquet, on goûte tour à tour chaque met proposé, se délectant de l’un, davantage encore d’un autre, laissant les saveurs s’épanouir,  se méler les épices, se confondre les textures …
Ici, depuis 3 jours, mis à chaque fois en appétit par Laurent Cantet et Michel Ciment, on découvre ou redécouvre  chaque film, on le goûte,  le savourant, s’en régalant pour la première fois,  retrouvant ce plaisir dans une seconde ou troisième fois … Un festin ! Et ça continue demain !

Retour à Ithaque : AfficheL'Atelier : Photo Marina Foïs, Matthieu Luccijeux-de-plage1-laurent-cantetA la frontière entre le Canada et les les États-Unis, Lanrent Cantet adapte un roman de Joyce Carol Oates . © Jérôme de Perlinghi pour Télérama.Entre les murs : Affiche François Bégaudeau Vers le sud : Photo Charlotte RamplingFoxfire, confessions d'un gang de filles : AfficheAffiche du film Les sanguinaires Vers le sud : Photo Karen YoungL'Emploi du temps : Photo Aurélien RecoingL'Atelier : AfficheVers le sud : Affiche Laurent CantetL'Emploi du temps : Photo Aurélien RecoingRetour à Ithaque : Photo promotionnelleL'Emploi du temps : Photo Felix Cantet, Karin Viard, Marie Cantet, Nicolas KalschVers le sud : Photo Charlotte Rampling, Ménothy CésarL'Emploi du temps : Affiche

Un patchwork harmonieux cousus de fils d’or.

Marie-No

Prades, mecredi 18 juillet 2018

21h30.Je suis restée à l’Hostalrich, il me faut un petit break de temps en temps et c’est tombé sur  le dernier film de Marion Hänsel projeté ici : « En amont du fleuve »(scénario original de M.Hänsel)
Mais, plus tôt dans la journée, vu deux autres de ses films
A 9h, « Between the devil and the deep blue sea », V.O. en anglais, adapté de la nouvelle « Li » de Nilos Kawadias.Le récit d’une rencontre entre Nikos, Résultat de recherche d'images pour "between the devil and the deep blue sea film"radio grec sur un vieux cargo, dans l’expectative de son sort, en rade de Hong Kong et une petite chinoise vivant sur un sampan depuis sa naissance. Grâce à Nikos, avec Nikos,  elle mettra les pieds pour la première fois de sa vie sur la terre ferme et sillonnera les rues de  Hong Kong dont son grand-père lui a conté la topographie.
Merveilleux film, une atmosphère prenante des acteurs magnifiques. Tout comme « The Quarry » projeté à 14h, adapté du roman de Damon Galgut avec David Lynch dans le rôle principal. Elle a vraiment une patte à elle Marion Hänsel.
C’est une artiste talentueuse.

Et à 17h00  Guillaume Brac s’est présenté devant nous et alors là, attention les yeux : un charme dingue, la bienveillance incarnée, la classe totale ! Il fait penser à JM.C. Contes de juillet : Affiche
Et son film ensuite « Contes de Juillet » est un enchantement, délicat et déroutant. Programmé par les Cramés en Septembre, ça va être régalant de le revoir ! De le revoir.

Demain, on va regarder les Pyrénées de plus près, aller en Italie, au Sénégal, à la Ciotât.
Et c’est le jour où Laurent Cantet et Michel Ciment arrivent !
Beau programme  !

Marie-No

 

 

 

Prades, mardi 17 juillet 2018

Ce matin, quelques uns sont partis faire l’ascension du Canigou ! Le temps s’y prêtait bien. Je regrette de ne pouvoir les suivre dans ces aventures. Résultat de recherche d'images pour "canigou"Dire que  le souffle me manquerait à 2785 m est un euphémisme !
Hier, au  ciné, la journée était assez moyenne. Marion Hänsel au scénario pour les 3 films. Donc … Heureusement « La tendresse » est incarnée par Marilyn Canto, ça console un peu. L’autre « tendre », c’est Olivier Gourmet et c’est plus difficile. Il a le vent en poupe, tant mieux mais son talent est, pour moi, un brin surévalué. Faut le diriger ce garçon sinon il fait peine à voir, étonné qu’il est d’être là. Le summum étant dans « L’échange des princesses » n’en revenant pas d’être en collant et culottes bouffantes ! Olivier Gourmet, c’est possible mais à la Dardenne, sinon non.
Dust : afficheAujourd’hui, à 9h, on a eu un très bon Hänsel, « Dust », tourné en anglais, d’après le roman « In the heart of the country »de J.M. Coetzee avec Jane Birkin dans le rôle principal, en anglais, parfaite. Une autre personne.
A 17h, « Les noces barbares »,  d’après le roman éponyme de Y. Queffélec, a été assez apprécié du public. Pour ma part, j’ai un souvenir précis de ce livre qui m’avait beaucoup marquée et j’ai trouvé que le coeur du livre, à savoir le désenchantement et le rejet, était survolé et que le film traitait surtout de l’aigreur, de la rancoeur. Je ne voyais pas ça comme ça.
21h. Une avant-première,« Nos batailles » de Guillaume Senez . Très très bien et qui me réconcilie avec Romain Duris, formidable dans le rôle de ce père débordé. De très beaux moments d’ émotion. Le film sort en octobre. Nos batailles : Photo Laetitia Dosch, Romain DurisHâte de le revoir. A Montargis.
Il est déjà minuit et demi ! donc grand temps de dormir un peu, trier, ranger les images d’aujourd’hui et faire de la place pour celles de demain.
Bonjour à tous les Cramés et à bientôt !

Marie-No

 

 

 

Prades, dimanche 15 juillet 2018

Arrivés à Prades en fin de matinée et retrouvé Nanou sur qui le temps n’a pas d’emprise et l’Hostalrich, encore plus beau que l’an passé. Après un déjeuner au « 7ème Art » dehors, bien au frais, le Festival peut démarrer !
Je grandirai demain : Affiche14h. Projection de « Je grandirai demain » de Lucas Morales . Pourquoi ??? Qu’est-ce qu’on a fait ??? Ah, d’accord, Lucas est un p’tit gars du pays …
La salle est pleine de fans ! Le débat est bien orchestré, tonton Raoul et mémé Jacqueline sont aux anges ! Notre rang de Cramés hallucine ! Bon, disons qu’on ne sélectionnera pas le film pour notre programmation, où alors pour faire une blague … Quand même, respect pour ce très jeune réalisateur, autodidacte, qui a réussi à faire un premier « long ».
17h. Match pour les uns, Woman at War : Affiche Avant-première de « Woman at war » de Benedikt Erlingsson pour Woman at War : Photo Halldora Geirhardsdottirles autres dont moi. On espère vous y emmener, en Islande, à la rentrée, vous verrez comme c’est bien !
21h. « Si le vent soulève les sables » de Marion Hänsel. Je ne la connais pas beaucoup (rétrospectivement, on verra que ce premier film projeté dans le cadre de la « Rencontre avec Marion Hänsel » nous a bluffé. On sera, tout au long de ses 10 films proposés, comme dans des montagnes russes : un coup bien en haut avec les adaptations, un coup bien en bas avec les scénarii originauxAvec « Si le vent soulève les sables », adapté du roman « Chamelle » de Marc Durin-Valois, on est en haut).
Longtemps on repensera à cette belle famille en Afrique qui part vers l’autre bout du Si le vent soulève les sables : affiche Marion Hänseldésert à la recherche de l’eau, de la vie. Longtemps on reverra la pétillante petite Shasha qui avait mis sa plus belle robe pour faire le voyage.
Un très beau film.
Voilà pour aujourd’hui. Demain la journée commence tôt !

Marie-No

« Comme des rois » de Xabi Molia (3)

 

Du 5 au 10 juillet 2018 
Soirée débat vendredi 6 juillet 
Film français (mai 2018, 1h24) de Xabi Molia avec Kad Merad, Kacey Mottet Klein, Sylvie Testud, Tiphaine Daviot, Clément Clavel et Amir El Kassem
.
.
.
.
.
.
Animé par Alain Riou
 critique au « Nouvel Observateur », au « Masque et la plume » et au « Cercle »A

 

Comme des rois, le 3ème court métrage de Xabi Molia, se place par antiphrase au regard de ses personnages dérisoires et de son message plutôt pessimiste, sous le signe du spectacle, de la comédie féérique, riche en rebondissements et travestissements, avec deux pièces de Shakespeare : La Nuit des rois et Comme il vous plaira : le jeune Mika s’est en effet découvert une vocation théâtrale en jouant des scènes du dramaturge élisabéthain qui lui permettront de réaliser son rêve parisien d’une école d’acting. Faut-il voir dans les escroqueries au porte-à-porte dans lesquels l’entraîne son père un reflet appauvri des déguisements et jeux scéniques que subliment les planches ? Face à un père irresponsable, qui l’enferme dans la tricherie, seuls les dédoublements créateurs, les artifices de l’art semblent pouvoir sinon réparer, au moins ressouder quelque peu une identité clivée : Mika est forcément écartelé entre l’amour, le respect charnel pour son père et l’image pitoyable qu’il ne peut qu’en avoir, entre la loyauté filiale et un sentiment de gâchis, voire de révolte face à son avenir saccagé – mais prend -il vraiment, même à la fin, son envol – tant il semble aussi aimer jouer la comédie, au mauvais sens du terme, lorsqu’il se fait passer par exemple pour un professeur de guitare pour séduire une fille ?

Pour le reste, la royauté qu’exercent Mika et son père Joseph le mal-nommé, d’une paternité peu rassurante et démiurgique, fait sourire : prince de l’anarque, le héros au chômage, acculé par son propriétaire après 6 mois de loyers impayés ou tabassé puis viré de l’appartement par ses hommes de main, n’exerce qu’un empire fragile sur le quartier de banlieue qu’il habite – et qui ressemble plus aux marges d’une improbable campagne, avec ses jardins à cagibis, qu’à une zone périurbaine proprement dite. On pense aussi bien sûr à l’expression « heureux comme des rois », qui renvoie certes ici à un quotidien difficile, voire à des fins de mois misérables – mais aussi à l’équilibre que Joseph semble avoir trouvé, si irresponsable qu’il nous paraisse, par rapport à sa famille. Il ne semble pas songer à chercher un travail bien que son épouse, jouée par Sylvie Testud, l’en presse chaque jour : quant à Mika, joué par un Kacey Mottet Klein farouche et émouvant, peut-être trouve-t-il dans cette emprise paternelle une sécurité paradoxale ; cette condition de servitude sociale, de soumission familiale, pour médiocre qu’elle lui paraisse, demeurera longtemps encore bonheur et intégration, malgré les bouffées de révolte qui le conduiront finalement à partir…

« Parce que ces façons de vivre étaient à nous, un bonheur même, mais aussi les barrières humiliantes de notre condition (conscience que « ce n’est pas assez bien chez nous »), je voudrais dire à la fois le bonheur et l’aliénation. Impression, bien plutôt, de tanguer d’un bord à l’autre de cette contradiction. » Ce déchirement entre l’amour des siens et la honte qu’ils nous inspirent parfois, entre fidélité plombante à son milieu et soif d’épanouissement personnel vécue comme une trahison, est à la source de l’écriture autobiographique d’Annie Ernaux, de son désir d’écrire sur son père dans La Place. Ce dilemme vécu dans sa chair par Mika n’explique-telle pas l’oscillation même du film entre comédie populaire et film d’auteur, entre histoire de famille et chronique sociale ? Ce réalisme populaire trouve un écho autobiographique puisque Kacey Mottet Klein, jeune homme, fit du porte à porte et que le cinéaste fut victime d’une arnaque de 20 euros à la gare Montparnasse.

Faute d’avoir su ou voulu choisir, et pour s’être tenu sur le crête de la comédie familiale et du drame social, Xabi Molia ne parvient pas à nous convaincre totalement. Les gags certes savoureux de l’entretien prétendument obligatoire de la chaudière d’une vieille dame tandis que le fils vole des…francs (!) et surtout de la vente frauduleuse de picrate pour « un Grand Cru Saint-Emilion 2007 » chez une dame naïve avec le duo parfaitement rôdé du père jouant le passant d’abord choqué par la démarche du fils, puis convaincu par la carte professionnelle et enfin séduit par le vieillissement prometteur du vin, fonctionnent bien, par-delà leur nombre et leur répétitivité, jusqu’au moment où le numéro des deux compères, qui viennent voler dans une usine, se heurte à l’incrédulité des policiers dépêchés sur les lieux : leurs explications alambiquées et contradictoires sur les domiciles respectifs conduisent directement les apprentis truands en fourgon cellulaire. Il y a une morale : la tchatche ne marche pas toujours – et les gestes et situations nous trahissent et dévoilent la vérité. La fin certes, sans tomber dans le happy end, se maintient sur cette crête comique puisque le fils monte sur scène devant son père fier de lui devant les autres…détenus !

D’un autre côté, à avoir voulu nous proposer une chronique sociale, le cinéaste normalien emporte difficilement l’adhésion. Outre qu’il paraît psychologiquement peu vraisemblable qu’un père gâche ainsi l’avenir de son fils qui a abandonné ses études avant le bac et ne lui propose qu’un modèle, qu’une vie de tricherie, le réalisateur, sans même parler de message, ne propose pas de point de vue sur les situations qu’il met en scène. Il est surprenant qu’il n’ait pas rendu plus agité, plus conflictuel ce microcosme familial dont il aurait pu tirer des effets divers et singuliers : alliances et rivalités, conflit conjugal, colères et fugues. Curieusement, à part une remarque sur la nécessité de laisser enfin Mika voler de ses propres ailes, le rôle de Sylvie Testud (comme la place des femmes en général) est trop peu travaillé : on imagine pourtant cette actrice douée, ici vaguement bougonne – incendiant son mari inconséquent, protégeant ses enfants en mère inquiète – tout en perpétuant le reste du temps cette vie médiocre d’expédients. Sans doute ce sentiment d’inachèvement provient-il de l’hyper-présence de Kad Merad, dont le comique accablé et la bonne conscience rarement troublée font certes mouche : mais les mimiques se ressemblent, son jeu décidé et fiévreux, entre tocard et perdant magnifique, semble un peu prévisible, comme si Kad jouait du Merad – et l’on eût aimé que la tendresse affleure plus souvent, que la réflexion l’habite enfin.

Bref, le jugement moral qu’on se surprend à porter sur le personnage central, alors qu’on devrait prendre le personnage pour ce qu’il est, s’explique sans doute là encore par l’ambiguïté du propos et un scénario pas assez dramatique (au double sens du terme) auquel le cinéaste préfère une enfilade de situations amusantes mais trop attendues. Bref, on aurait tant aimé retrouver la blessure et les silences de Kad Merad, père meurtri dans Je vais bien, ne t’en fais pas de Phlippe Lioret…

Pour autant, on appréciera le refus du misérabilisme et l’équilibre subtil auquel est parvenu Xabi Molia face à ses personnages, « une distance sensible » selon le mot d’Alain Riou.

Claude

Comme des Rois de Xabi Molia (2)

 


Du 5 au 10 juillet 2018
Soirée débat vendredi 6 juillet à 20h30
Film français (mai 2018, 1h24) de Xabi Molia avec Kad Merad, Kacey Mottet Klein, Sylvie Testud, Tiphaine Daviot, Clément Clavel et Amir El Kassem

 

Animé par Alain Riou
 critique au « Nouvel Observateur », au « Masque et la plume » et au « Cercle »

 

Distributeur : Haut et Court

Synopsis : Joseph ne parvient pas à joindre les deux bouts. Sa petite entreprise d’escroquerie au porte-à-porte, dans laquelle il a embarqué son fils Micka, est sous pression depuis que le propriétaire de l’appartement où vit toute sa famille a choisi la manière forte pour récupérer les loyers en retard. Joseph a plus que jamais besoin de son fils, mais Micka rêve en secret d’une autre vie. Loin des arnaques, loin de son père…

 

Comme beaucoup d’entre nous, j’apprécie l’article de Marie-No. Ce n’est pas un film inoubliable, et donc nous l’oublierons. Durant la projection je pensais à un autre film, « je règle mon pas sur le pas de mon père,  de Rémy Waterhouse avec Jean Yanne et Guillaume Canet ». Un père escroc qui cherche à faire de son fils un escroc et finit même par l’escroquer tellement il est escroc.

Dans « comme des rois », il n’y a que deux personnages. Un père et un fils.  Et là aussi, on est   en présence  d’un père dangereux. C’est, comme dit Alain Riou,  un mythomane,  mais bien plus je crois, un auto- mythomane, un homme qui a la faculté de s’auto-illusionner, et qui en perdant, comme chaque fois, ne désespère jamais car il est incapable de se remettre en question. Avec son fils la règle est simple,  d’abord,  il le manipule, le fait entrer de gré ou de force  dans son jeu (combines, larçins, escroqueries diverses)et toutes les fois où son fils réussit, (selon les règles du père)  il est fier de ce qu’il lui a appris, toutes les fois où il échoue,  il devient cassant, dépréciatif. C’est un personnage narcissique qui donc se noie dans son image.

Quant au fils, curieuse mise en abyme (au 2edegré, car c’est un film qui le dit), remarquons-le, pour être lui-même,  pour ne plus être quelqu’un dont on se joue, il choisit de tenter de devenir acteur, quelqu’un   qui joue au lieu d’être joué.  Acteur, c’est ce qu’il sera, en prison avec (et à cause de…)  son père dans le dernier plan du film.

L’un tire l’autre vers le fond, avec la certitude d’être un éducateur, et l’autre qui même au fond du trou, continue de jouer à l’acteur et en  même temps le jeu de son père qui s’en trouve valorisé. L’un et l’autre dans la plus parfaite inconscience du « drôle de drame » ou de « l’horrible comédie » qu’ils jouent et se jouent.

 

« Comme des rois » de Xabi Molla

 

Du 5 au 10 juillet 2018Soirée débat vendredi 6 juillet à 20h30Film français (mai 2018, 1h24) de Xabi Molia avec Kad Merad, Kacey Mottet Klein, Sylvie Testud, Tiphaine Daviot, Clément Clavel et Amir El Kassem 

.

.

.

Animé par Alain Riou 

critique au « Nouvel Observateur », au « Masque et la plume » et au « Cercle »

 

Distributeur : Haut et Court

Synopsis : Joseph ne parvient pas à joindre les deux bouts. Sa petite entreprise d’escroquerie au porte-à-porte, dans laquelle il a embarqué son fils Micka, est sous pression depuis que le propriétaire de l’appartement où vit toute sa famille a choisi la manière forte pour récupérer les loyers en retard. Joseph a plus que jamais besoin de son fils, mais Micka rêve en secret d’une autre vie. Loin des arnaques, loin de son père…

Quelques mots vite fait, sur « Comme des rois » …
Je me suis rendu compte en faisant un bilan partiel de ces quelques années de « Crâmerie aigüe»   , que tous « mes » films vus  étaient répertoriés « films à revoir» dans les catégories :

  • tout de suite, demain et encore demain
  • tout de suite. Après,  on verra
  • demain, après-demain, un jour peut-être mais toujours au ciné
  • s’il passe à la télé, oui !
  • pourquoi pas s’il passe à la télé
  • déjà revu à la télé et à revoir
  • déjà revu à la télé et à ne pas revoir
  • jamais
  • pitié !

« Comme des rois » est allé se mettre direct dans la catégorie « jamais ».
Je ne me suis pas ennuyée. Je m’ennuie difficilement. Encore que, à la mise en place d’une énième petite arnaque … C’est bon, là … et  ?
Sous un enrobage assez fin, le cœur du film est, pour moi, insipide. Oui, on rit un peu mais quitte à se lancer dans une comédie mêlant le tragique à la cocasserie, à la dérision (finalement c’est pas grave : c’était des Francs), on aurait envie que ça fuse vraiment, que les personnages secondaires soient visibles (réussir à rendre Sylvie Testud invisible, c’est quand même un exploit !)
Ca reste guindé et assez poussif. Très écrit. Pas assez viscéral.
La relation père-fils m’a laissée de marbre et ça m’a frustrée, verdammt nochmal ! Même si Kacey Mottet-Klein s’en sort plutôt bien, c’est la moindre des choses, doué comme il est ! Mais on le sent bridé. On a envie de dire à lui et aux autres « Allez, lâchez-vous les gars, allez-y, c’est vos tripes qu’on veut voir ! »
Pour en avoir, pourtant, sûrement, été la solution, Kad Merad est un problèmes du film.
Kad Merad, excellent, en effet, sur les plateaux télé avec son bagout, son recul, son humour, son charme. Il est malin et il a bien rodé son numéro. « I believe I can fly, I believe I can touch the sky ». « On » l’adore !

Mais au ciné, on voit toujours Kad Merad. C’est, pour moi, le contraire d’un bon acteur. On sait toujours comment il va dire son texte, quelle tête il va faire dans telle situation. Sa mimique, là, mais oui bien sûr ! Tellement attendu … On pourrait fermer les yeux, c’est un comble au ciné !  « Je vais bien, ne t’en fais pas » se classe dans la catégorie « déjà revu à la télé et à ne pas revoir » à cause de ça.
Kad Merad, acteur, est sans surprise, ennuyeux.

De « Comme des rois », je n’ai pas trouvé le fil ni la raison.
C’est très difficile de réussir à emporter la misère sociale dans le registre de la comédie. Il faut être touché par la grâce comme par exemple « Tour de France » de Rachid Djaïdani ou « Divines » de Houda Benyamina

Et la fin de « Comme des rois » est si sombre : « c’est mon fils ! »
… il lui a tellement bien maintenu la tête sous l’eau qu’en fait de suivre des cours d’Acting, c’est devant lui et au « violon » qu’il joue.
No future.

Marie-No