Una Questione Privata – Paolo et Vittorio Taviani

 

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Soirée débat mardi 18 à 20h30
 

Film italien (vo, juin 2018, 1h25) de Paolo et

Vittorio avec Luca Marinelli, Lorenzo Richelmy et Valentina Bellè

Distributeur : Pyramide

Présenté par Georges Joniaux

 

Synopsis : Eté 43, Piémont. Milton aime Fulvia qui joue avec son amour : elle aime surtout la profondeur de sa pensée et les lettres qu’il lui écrit. Un an plus tard, Milton est entré dans la Résistance et se bat aux côtés d’autres partisans. Au détour d’une conversation, il apprend que Fulvia aimait en secret son ami Giorgio, partisan lui aussi. Milton se lance alors à la recherche de Giorgio, dans les collines des Langhes enveloppées de brouillard… Mais Giorgio vient d’être arrêté par les Fascistes.

 

« Fulvia, Fulvia, amore mio…Je suis toujours le même, Fulvia.J’ai tant fait, j’ai tant marché…Je me suis échappé et j’ai poursuivi. Je me suis senti vivant comme jamais et je me suis vu mort. J’ai ri et j’ai pleuré. J’ai tué un homme, à chaud. J’en ai vu tuer beaucoup, à froid. Mais moi je suis toujours le même ». Beppe Fenoglio

 Des films sur la guerre de 39-45 en Italie, cinétrafic en recense 44, autant sur le Fascisme, quant aux films sur les triangles amoureux, il en recense 488. Rien de nouveau sous ce soleil-là, sauf l’art.

 Una questione Privata des Frères Taviani a pour cadre  la guerre des partisans contre les fascistes en Italie, une guerre civile dans la guerre mondiale. C’est la seconde fiction sur la guerre après la Nuit de San Lorenzo,  qui concerne un massacre perpétré par les Nazis pendant la seconde guerre mondiale dans leur petit village natal de Toscane.

Ce sujet de la guerre, il l’avait aussi traité  dès 1954 dans leur premier film documentaire : San Miniato, Juillet ’44. Ils y reviennent mais pas seulement.

Una questionne privata  concerne aussi une histoire de triangle amoureux.  Milton aime Fulvia sans oser se déclarer, Fulvia aime le côté lettré de Milton, mais le trouve un peu triste. Elle semble lui préférer son ami Giorgio, peut-être moins brillant mais plus joyeux, plus fantaisiste. Jamais le film ne nous permettra de trancher sur cette simple question : alors qui des deux ? De quelque parti pris que l’on soit, il y a beaucoup d’incertitudes dans  cette histoire amoureuse.

L’art des frères Taviani dans ce film consiste à croiser les thèmes pour en faire surgir un autre :

Lorsqu’on lui suggère que peut-être Giorgio et Fulvia s’aimaient, Milton devenu partisan, cherche à retrouver Giorgio, que lui veut-il ? Là encore le mobile est flou, seulement savoir ? Incidente ! Giorgio  lui-même partisan vient d’être capturé par les fascistes.

Milton cherche à délivrer son ami, il ne pense plus qu’à ça, sa guerre à lui se place au service de cet objectif, son objectif particulier dicté par son obsession amoureuse et de son douloureux besoin de connaître*(1)- Et pour connaître, il faut tenter de délivrer Giorgio parce qu’il est son grand ami, que c’est un brave, en danger de mort, et qu’il est aussi un rival avec qui il doit parler.

Milton donc devient une sorte d’électron libre. Un combattant dont le combat et les objectifs échappent aux autres et à la cause. Il veut échanger  un prisonnier fasciste contre Giorgio. Il lui faut d’abord en trouver un  ou le capturer.

Avec ce film on entre dans la brume, elle est omniprésente durant toutes les figures de guerre. Cette brume est réelle autant que métaphorique. Et pas seulement pour les Taviani. Où nous emmènent-ils que veulent-ils nous dire ?

La brume c’est celle du lieu, les montagnes pièmontaises, celles de l’époque d’une guerre mondiale et civile, et celle du personnage qui a perdu son chemin, peut-être, celle de la vieille Europe qui retrouve ses vieux démons ?

On pourrait presque dire que les fascistes et les partisans se livrent à un combat fraternel pour leur patrie, tout comme Milton rivalise  avec Giorgio pour Fulvia.  Et si cette petite analogie a un semblant de vrai, on pourrait alors ajouter que les Italiens, dans cette guerre mondiale, l’ont aussi  utilisée à d’autres fins.

Une guerre dont les frères Taviani décrivent les horreurs :  Il y a cette rencontre furtive du partisan avec ses parents à la ville qui nous  permet de saisir l’oppression et la pauvreté des gens de la ville. On est intrigué par ce batteur sans batterie, qui en imite le son jusqu’à ce qu’un crépitement de mitraillette…comme un dernier roulement. Il y a aussi cette enfant lovée près de sa mère morte parmi les morts, et qui se lève de parmi ces morts, va boire un verre d’eau et se recouche près de sa mère. Il y a les hommes qu’on tue à chaud comme le suggère la citation et plus nombreux, femmes, enfants, prisonniers, otages, qu’on tue à froid.

Ce film est simplement beau, et j’ai particulièrement aimé sa fin. Le défi de Milton aux « cafards » puis cette course folle dans la brume entre instinct de survie et désir de mort… et avec sa survie, il peut se libérer de sa passion Fulvia ; il est quitte avec lui-même.

Ajoutons que les Frères Taviani aiment faire des transpositions entre une situation passée et une situation présente. La montée de l’intolérance italienne (seulement?)les heurte. La propagande d’extrême droite leur rappelle le fascisme, ils le disent dans leurs interviews.

 

 

*(1)  Moravia écrivait « la jalousie est une forme négative et douloureuse de la connaissance. »

 

« Les Frères Sisters » de Jacques Audiard

Les Frères Sisters : Affiche

Les critiques sont élogieuses et je sens que je vais me régaler, ce dimanche matin dans mon ciné préféré !
Rien n’aurait pu m’empêcher d’aller voir le dernier film de Jacques Audiard.

Et patatras, voilà …

Regarde les hommes tomber, De battre mon cœur, Un prophète … des films qui me fascinent, des films d’atmosphère, concentrés sur l’histoire et les personnages, que je peux revoir et revoir encore.
De rouille et d’os, Dheepan, Les frères Sisters … des films « grand angle », décors dilués, personnages éparpillés que je ne reverrai pas (sauf si, un jour, on propose une rétro Jacques Audiard et que l’un de ces trois là est sélectionné !)

« Les Frères Sisters » le film, donne très envie de lire « Les Frères Sisters » le livre, de Patrick deWitt dont John C. Reilly a acquis les droits pour jouer le rôle d’Eli. Restait à trouver le réalisateur. Notre Jacques Audiard a été choisi ! On peut comprendre que la tête lui en ait tourné. Un film américain ! Une sacrée expérience ! Des moyens grandioses ! Il a fait le job ! Il a été cap ! Bravo !
Mais le problème c’est qu’il a fait un film à la fois très américain avec les gros clins d’oeil, certains traits appuyés et les bons sentiments, qui le retiennent là-bas, et très européen par sa lenteur délibérée, certains traits esquissés et des sous-entendus, qui le retiennent ici.
On a l’impression qu’Audiard s’est laissé débordé, qu’il a fait des concessions impossibles qui font que son film, très bien réalisé (heureusement !), est, au final, mi-figue, mi-raisin, sans goût, sans saveur.
Un film qui aborde certains thèmes qui lui sont chers comme la relation au père, au frère, un monde sans pitié où le destin façonne les hommes, les transforme en chasseurs et bêtes traquées.
Un monde où il faut bien se débrouiller … Ici pour la première fois, Jacques Audiard filme les grands espaces, la nature sauvage bientôt souillée de mercure, semblant lancer un cri d’alerte,  étouffé  pour longtemps.

Mais les personnages restent sur le carreau.

Eli Sisters, l’aîné piteux et pitoyable, le tire-larmes qui dézingue tout ce qui bouge et pleure son Tub de cheval comme un veau, qui serre cette étole donné par une mystérieuse institutrice dont on ne fera jamais la connaissance, ce bout de chiffon qui lui sert de ninin et de « chaussette », Charlie Sisters, petit frère qui pleure dans son sommeil son geste mortel d’enfant, John Morris, détective-fils de famille-entrepreneur, Hermann Kermit Warm, chimiste bon enfant, Mayfield, maire-mère maquerelle-mégalo … Autant de personnages tragico-loufoques qui ne passent pas les portes de chez Audiard. Pas de son domaine de compétence. On a tout au long du film envie de lui dire de se détendre, d’y aller, de mettre la gomme, surtout de prendre du recul. Mais, las …

C’est Bruno Dumont qui  pourrait une adaptation de ce roman de Patrick deWitt ! Là on collerait au sujet,  on rigolerait franchement, on grincerait des dents. Je les sens du même monde, le monde où les anges existent et où c’est clair qu’il est bien trop tard pour que l’heur(e) vire au drame.

Marie-No

« One hour with you » de Ernst Lubitsch

 

Une Heure près de toi : Affiche

Si ce n’est pas un des films les plus connus de Ernst Lubitsch, « One hour with you » réalisé en 1932, est une belle illustration de la « Lubitch touch », ce savant dosage de luxe, d’humour et d’érotisme, l’élégance et sophistication dans la satire, le rythme et l’utilisation de l’ellipse pour faire du spectateur un personnage à part entière.
La « Lubitsch touch », c’est aussi la façon subtile d’utiliser l’ellipse pour provoquer l’émotion, l’émotion déclenchée aussi par un signe particulier, un indice, une image-situation, c’est le moyen subtil aussi de faire avec, de contourner la censure de l’époque pour tourner des scènes très sexuelles !
Tout commence par le branle-bas-de-combat de flics parisiens chargés de traquer les couples illégitimes dans les parcs. « C’est le printemps ! » L’ordre est donné de  vider les parcs…  pour remplir les bars et faire tourner le commerce !
Et tout finit par un cours d’amoralisme conjugal : l’adultère, réel ou imaginaire, permet de faire triompher le bonheur et l’euphorie.
Beaucoup de sexe dans ce film jubilatoire.
Mitzi, faussement malade, se voit prescrire par le docteur Bertier « un remontant, trois fois par jour ». Administré par ses soins, il va sans dire.
Et le noeud pap évidemment. Mitzi le défait « Pourquoi avez-vous fait ça ? gémit-il. « Mais les noeuds, ça me connaît, ô combien ! » réplique Mitzi…
Il fallait ruser avec la censure et Ernst Lubitsch est très doué
Il va vite, très vite et rend le spectateur complice de son esprit.
Il fait dans son œuvre, on le sait, preuve d’une certaine… souplesse quant à l’impératif de fidélité conjugale.
S’ils sont si bons amants, Colette et André devraient se suffire. Mais le désir ne fonctionne pas en terme de satiété.
Placer la fidélité au cœur de cet éloge de la séduction et de la sensualité est bien sûr une astuce pour tromper la vigilance de la censure;
Oui, André Berthier est heureux en mariage et, à tous les hommes qui s’ennuient chez eux, il conseille ce petit tour polisson au parc. Comme sa femme l’appelle mon chéri et qu’il répond de même, il commente ces apartés et indique au spectateur au moyen du discours-caméra, figure boulevardière par excellence, qu’il va maintenant rentrer dans la chambre. Le couple entonne alors en chœur « avec une simple alliance tout est permis : tout est légal, quel régal ! »
Chez Lubitsch, la musique joue un rôle très important  en tant que suppléante de la parole et véritable « personnage ».
Dans « Angel », le thème mélodique (signé Friedrich Holländer) improvisé par un violoniste tzigane, le soir où Lady Barker et Anthony Halton se rencontrent, va précipiter l’action : Lady Barker le joue sur son piano et le fait passer pour une composition personnelle auprès de son époux, mais celui-ci entend via le téléphone Anthony Halton l’interpréter également. Le pot-aux-roses est découvert !
C’est Oscar Straus, autrichien et auteur à succès d’opérettes, qui compose la musique originale de « One hour with you » (il signa aussi la musique de «Madame de …, le thème de la valse, de Max Ophüls)

Ernst Lubitsch regardait  la vie et ses concitoyens avec recul et malice
« Ma théorie de base est que l’être le plus digne est ridicule au moins deux fois par jour »

Maurice Chevalier et son accent gouailleur, Jeanette MacDonalds, Genevieve Tobin  … dans les décors et robes 1930

Une Heure près de toi : PhotoUne Heure près de toi : PhotoUne Heure près de toi : Photo Charles Ruggles, Genevieve Tobin, Maurice Chevalier

« One hour with you » est un bonbon acidulé.

Marie-No

Le Poirier Sauvage de Nuri Bilgé Ceylan

Du 6 au 11 septembre 2018
Film turc (vo, Août 2018, 3h08) de Nuri Bilge Ceylan avec Doğu Demirkol, Murat Cemcir et Bennu Yıldırımla

Titre original Ahlat Agaci
Distributeur : Memento Films

 

 

 

Présenté par Georges Joniaux

Synopsis : Passionné de littérature, Sinan a toujours voulu être écrivain. De retour dans son village natal d’Anatolie, il met toute son énergie à trouver l’argent nécessaire pour être publié, mais les dettes de son père finissent par le rattraper…

Le Poirier sauvage, Œdipe, quand tu nous tiens !

Les films sur la relation Père et fils sont innombrables, c’est un sujet inépuisable.  C’est en effet une relation particulièrement complexe (d’Œdipe, bien sûr !).Entre autorité et laisser-faire,  rivalité, complicité,  estime, mépris, que sais-je. C’est un thème que Nuri Bilgé Ceylan aborde comme tous les sujets de ses films, de main de maître. Il y a toujours cette même exigence narrative : « j’aime les histoires ordinaires des gens ordinaires » «  Les postures  mentent moins que les mots ».

Sur ce genre de sujet nous savons tous d’expérience,  qu’il faut aussi pouvoir trouver la bonne distance. Or, Nuri Bilgé Ceylan est toujours proche de sa propre vie lorsqu’il écrit ses scénarios. On a l’impresssion, peut-être l’illusion,  que de film en film, on pourrait faire sa biographie. Mais, il a trouvé le moyen d’échapper à la pure autobiographie. Le hasard a placé sur son chemin les personnes par qui allait germer le sujet et se dessiner le scénario :

L’idée de ce film lui vient quand, avec Ebru, il rend visite à un ami dans la péninsule de Gallipoli. Là il rencontre un instituteur du village de son enfance. « Il avait un esprit très vivant, curieux » et dit-il : «  j’ai compris qu’il n’était pas respecté par son entourage. J’ai voulu en savoir plus, peut-être car certains aspects de sa personnalité me rappelaient mon père ». « Je suis allé voir son fils, également instituteur, Akin Aksu à Çannakale.

Je lui demande alors d’écrire les souvenirs qu’il avait  de son père, Akin Aksu me répond en 80 pages ». «  J’ai alors  compris que ce fils devait coscénariser le film et que je devais déplacer le film vers le fils ».

Il y a toute sorte de manières de regarder ce film :

On sait que N.B Ceylan est un moraliste. Les questions de la bonne conscience qui recouvre tout, celle qui comme dit Jankelevitch, fait  « de la mauvaise conscience à peine une expérience psychologique », donc comme une sorte d’illusion permanente ; le mensonge ; la vanité ; l’égocentrisme ;  les petites lâchetés et velléités de la vie quotidienne; les contradictions. Et en effet, tout cela, comme dans l’œuvre entière de Ceylan,  existe dans « Le Poirier Sauvage ».

On peut aussi le voir comme un roman d’apprentissage,  Sinan, le fils, de retour au village après ses études universitaires qui le préparent à devenir instituteur, et qui projette de devenir écrivain, il rencontre différentes personnes qui sont autant de heurts successifs et de jalons dans sa formation, dans sa compréhension du monde. Et cette approche serait tout aussi valable.

Il y a aussi la psychologie du jeune homme une sorte d’adolescent prolongé qui « se pose en s’opposant », qui donc  aime la provocation, on le vérifie avec l’un de ses anciens amis avec qui il finit par se battre. Et plus encore avec Süleyman,  l’écrivain, que Sinan gratifie de compliments ambigus, avant de lui rentrer dedans, d’ironie en insolence -Une pertinence impertinente-

Il y a surtout, cette relation père/fils. Ce conflit père/fils, nous en avons eu une répétition générale dans son débat avec l’écrivain Süleyman qui est une sorte de figure paternelle.

Il y a donc Sinan, ce personnage à la Dostoïevski, fougueux, contradictoire et Idris, son père, tout droit sorti d’un roman de Tchékov, (une sorte d’Oncle Vania qui n’aurait pas de beau-frère).Ce père, instituteur, est aussi un joueur, toujours en dette et sans le sou,  il n’hésite pas à quémander de l’argent à son fils, peut-être même à lui en  dérober. Jouant, il met en danger sa famille. Il se dérobe aux us de ses collègues,  il préfère les cafés populaires où il peut jouer aux courses.  C’est en effet, un homme peu estimé, les seules personnes qui l’abordent sont ses créanciers et les joueurs désœuvrés.  Mais ce père a aussi un jardin secret, un refuge, la campagne de son enfance, où il  passe ses jours de repos où il travaille comme un paysan. Il y vit dans le sous-sol humide de la maison de son père, homme un peu acariâtre. Devant la maison de son père, Idris creuse un puit…(à peine perdue). Dans cette campagne,  c’est un homme reconnu pour sa serviabilité.

Sinan a de grandes espérances et  grand mépris pour ce père, ce petit homme, ce dilettante. Il s’en ouvre à sa mère, lui reproche d’être faible, de ne pas divorcer. Elle ne mord pas à son discours: « Contrairement aux autres jeunes gens,  l’argent ne l’intéressait pas, il aimait la nature et il savait en parler, et il l’aime encore maintenant » . Sinan dédicace  pour sa mère le livre qu’il vient de publier à compte d’auteur : « le Poirier Sauvage »  Mais comment Sinan a-t-il fait pour que son livre soit imprimé?  Sinan a aussi ses travers. Les figures oniriques et imaginatives de sa culpabilité (le cheval de Troie, le chien qui se noie, le père endormi) indiquent qu’il se passe quelque chose, qu’il y a des tensions dans l’inconscient de  Sinan …Des intrusions dans sa bonne conscience.

Après un bout de chemin, Sinan  a pris la voie de son père, désormais retraité,  est-il comme lui  devenu à son tour instituteur ? Il vient le voir à la campagne.

Là va s’arrêter cet article car vous n’avez peut-être pas vu « Le Poirier Sauvage ». Ce qui serait dommage, et si c’est le cas, ce n’est sans doute  pas irrattrapable. D’autant que  les  deux principaux acteurs sont épatants,  Sinan Dogu Demirkol, un beau ténébreux, le père Murat Cemcir dont le sourire évoque Omar Sherif.

…Un dernier mot, on sait bien qu’il faut parfois plusieurs vies pour accomplir une seule destinée, dans ce film, père et fils l’incarnent, comme une figure dans un jeu de cartes.

 

PS : N.B Ceylan cite souvent Bergman dans ses interviews. En effet « le silence » qu’il a vu à 16 ans a été un choc déterminant. Mais, il me semble qu’il  ne sera jamais totalement proche de Bergman, il  a de l’humour. 

 

Le dossier Mona Lina

Nominé au Festival du film policier de Beaune et au festival de Valenciennes 2018

Du 29 août au 4 septembre 2018
Soirée débat mardi 4 à 20h30

Film israëlien (vo, juillet 2018, 1h33)
de Eran Riklis avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin et Yehuda Almagor

Distributeur : Pyramide

Présenté par Sylvie Braibant 

Synopsis : Mona, libanaise, est soupçonnée par le Hezbollah d’être une informatrice des services secrets israéliens. Craignant qu’elle soit démasquée, le Mossad l’exfiltre vers l’Allemagne et lui fait changer de visage. Pendant deux semaines, le temps de se remettre de son opération, ils la cachent dans un appartement à Hambourg. Naomi, agent du Mossad, est chargée de lui tenir compagnie et de la protéger. Mais le Hezbollah est à la poursuite de Mona et la planque ne s’avère pas aussi sûre que prévu…

Qu’est-ce-que c’est que cette histoire ?
Un exemple de scénario plein de « trous dans la raquette » !
Par exemple dès le début, même sans être expert en espionnage,  on se dit que la surveillance de Mona/Lina, un poisson de cette trempe, ne peut quand même pas être confiée à une seule Claudia/Naomi  toute super qualifiée soit-elle ! Attends voir : là, elle part tranquillement faire ses petites courses en laissant Mona, convalescente, s’occuper de la fuite d’eau et descendant « en l’état » c’est à dire avec ses bandages et son déshabillé en soie rouge sang, chercher le gardien qui quand Claudia revient, a déjà bien avancé la réparation …
On comprend à la fin que Mona a tout orchestré donc cet homme a sûrement un rôle dans « l’opération Naïm » et il faut bien que l’histoire se trame …
Sur les bandages de Mona/Lina, on s’interroge …  le nez, OK, rhinoplastie oblige, mais pourquoi le crâne ? On lui a juste coupé les cheveux, non ?
Et ces postures ! ce cou étiré en permanence !  Elle ne tourne jamais la tête mais le buste en entier pour regarder à gauche, à droite. Une cervicale déplacée, peut-être ?
Mais non, c’est pour exacerber le port altier de Mona/Golshifteh Farahani, son regard hypnotique au cas où on n’aurait pas capté la fascination qu’elle opère sur tous ceux qui l’approchent, son côté Mata-Hari. A cela s’ajoutent ses propos exaltés genre « Dieu gagne toujours », tu parles … Et on ne comprend pas pourquoi elle s’inquiète sur  sa nouvelle apparence physique après retouches donc en tout et pour tout avec un petit nez à la place de sa « patate » (et les maquilleurs n’ont pas lésiné sur le latex pour le grand gros nez de Lina !)
Les deux femmes s’apprivoisent et l’amitié naît et grandit nourrie dans l’idée de la maternité empêchée et blessée …  et aussi avec leurs maquillages, perruques, robes à paillettes qui sortent du placard.
Ben oui, on a beau être espionne, on n’oublie pas les bases de la féminité !
Autre exemple de fil blanc : à la fin, Naïm (croit) rencontre(r) Lina au cimetière pour enfants, et lui qui est toujours entouré de gardes du corps armés jusqu’aux dents, là il vient tout seul, les mains dans les poches avec son couteau, et encore,  et il se fait dégommer facile par une Naomi très remontée contre ce traître, vengeant celle qui est devenue son amie « à la vie, à la mort » depuis le huis clos hambourgeois.

Pour moi, la sauce n’a pas pris et Golshifteh Farahani m’a horripilée
mais j’ai beaucoup aimé la quartier, l’air de Hamburg, l’immeuble ancien avec ascenseur à clé d’époque, l’appartement.
Et la scène où la bonne soeur referme la lourde porte sur Naomi/Mossad et Naïm/Hezbollah, les enfermant dehors au milieu de leurs morts innocents, genre débrouillez-vous entre vous …
Et la scène aperçue furtivement à la télé, Romy/Lina dans  « La passante du Sans-souci ». Un regard de mère à jamais bouleversant posé sur un enfant qui n’est pas le sien, quelques temps après « Une histoire simple » avec David, un autre enfant. Le sien.

Marie-No

Cinéma d’ailleurs

 

 

 

Ailleurs qu’à l’Alticiné et cinéma d’ ailleurs puisqu’il s’agit de deux films allemands!

 

Vu à l’Ermitage de Fontainebleau :

« Une valse dans les allées », un film de Thomas Stuber, avec Franck Rogowski (Christian)  que les cramés ont pu voir dans Victoria et Sandra Hüller (Marion),  l’actrice principale  de Toni Erdmann. Un film qui se passe dans un supermarché discount au milieu de pas grand-chose, parking, banlieues lointaines. C’est une histoire d’apprentissage, celui de Christian et une histoire d’amour pudique et chaste. Une Valse montre la manière dont le travail et son lieu affectent, absorbent, déterminent sa vie. Le supermarché  c’est une famille où la parole et rare (mais signifiante) et  grande la solidarité, y compris pour  les petites transgressions. Un film objectif, délicat et beau,  que ne verront peut-être pas les employés de supermarché discount,  ni beaucoup d’entre nous  au demeurant, et c’est vraiment  dommage.

 

Vu au Méliès de Nemours :

Inespéré, la Révolution Silencieuse de  Lars Kraume, un film qui a déjà quelques mois, le synopsis : Allemagne de l’est, 1956. Kurt, Theo et Lena ont 18 ans et s’apprêtent à passer le bac. Avec leurs camarades, ils décident de faire une minute de silence en classe, en hommage aux révolutionnaires hongrois durement réprimés par l’armée soviétique. Cette minute de silence devient une affaire d’Etat. Elle fera basculer leurs vies. Face à un gouvernement est-allemand déterminé à identifier et punir les responsables, les 19 élèves de Stalinstadt devront affronter toutes les menaces et rester solidaires.Une histoire vraie. Ce n’est pas un acte de résistance tel « la Rose Blanche ». C’est juste le début d’une prise de conscience de jeunes lyceéens allemands et pourtant… Cet excellent film retrace comment la machine stalinienne à broyer les  enfants  fonctionnait : Intimidation, désinformation, chantage,  délation, répressions zélées etc. Le temps était à la peur…Le plus petit acte de résistance exigeait le plus grand courage, à Stalinstadt la bien nommée, comme dans tout le bloc de l’Est. Ce film rappelle  aussi qu’en 1956, curieusement,  les Hongrois aspiraient à la liberté et à la démocratie…Un film bien mené qui a quasiment fini de passer en salle et qu’il faut guetter sur nos écrans de télé  pour ne pas le louper.

Georges

 

« Le monde est à toi » de Romain Gavras

Le Monde est à toi : Affiche

Date de sortie 15 août 2018 (1h 41)
De Romain Gavras
Avec Karim Leklou, IsabelleAdjani
Vincent Cassel
Genres Action Comédie
Nationalité Française

Le Monde est à toi : AfficheC’était sûr que j’allais y aller, alléchée par la distribution, par les 4 nominations à la Quinzaine des  Réalisateurs, par le nom du réalisateur et par la bande annonce aussi. Je suis une proie facile …
Et qu’un film ait réussi à se faire, à sortir est déjà un exploit.
Bon, quand on s’appelle Gavras, ça aide … Mais seulement au début.
Après on sort les chiffres.

Oui, je suis contente  d’avoir vu ce film.
Le sujet de départ, assez  fourre-tout, semble aussi, de prime abord,  assez bateau.
« François, petit dealer, a un rêve : devenir le distributeur officiel de Mr Freeze au Maghreb. Cette vie, qu’il convoite tant, vole en éclat quand il apprend que Dany, sa mère, a dépensé toutes ses économies. Poutine, le caïd lunatique de la cité propose à François un plan en Espagne pour se refaire. Mais quand tout son entourage : Lamya son amour de jeunesse, Henri un ancien beau-père à la ramasse tout juste sorti de prison, les deux jeunes Mohamed complotistes et sa mère chef d’un gang de femmes pickpockets, s’en mêle, rien ne va se passer comme prévu ! »
Le film ne se passe pas non plus comme prévu. Il se  déroule en rythme, sans temps mort, chaque plan est travaillé, chaque image léchée, un peu « surléchée » peut-être parfois, antécédents de faiseur de clip oblige.
La bonne surprise c’est que chaque personnage existe et que le tableau des lascars de banlieue est plus subtilement brossé qu’attendu. Il y a des jeunes, certains très doux, vrais gentils, d’autres vrais vrais méchants,  il y a aussi des vieux, attardés, englués, pitoyables. Un avocat véreux, Philippe Katherine décidément bon acteur, un business man redoutable, François Damiens, heureusement contenu.
Tous sont crédibles. Tous sont vrais.
La distribution est d’enfer !
Isabelle Adjani, la belle, figée pour l’éternité dans sa beauté reconstituée, se moquant ouvertement de sa condition de condamnée à rester jolie, dans le rôle de Dany la déjantée, voleuse classe, du Chanel, du Gucci  et leurs cousins sinon rien, menteuse, joueuse, Vincent Cassel « en bouc » visiblement postiche, le gag !, dans le rôle d’Henry, un gugusse qui sort juste de taule, scotché aux fake news étalées sur sa tablette,enchaîné dehors. Cassel, émouvant, formidable, si juste, dans un rôle de beauf sans cervelle, vieillissant.
Et puis il y a François, banlieusard traité à tout va de « sale bicot », grandi et gardé jalousement par sa mère qui lui passe encore la main dans les cheveux et lui tapote la joue comme quand il avait 5 ans, qui le garde jalousement dans son giron pour l’empêcher de sortir de sa condition.
Il la trahira et ce ne sera pourtant pas pour son salut car Lamya l’a pris dans ses filets et elle sait les gestes « cheveux, joue » qui le cloue sur place !
Alors pas de bol, François ? ou bien veut-t-il rester tout contre le sein maternel protecteur ?

Karim Leklou  incarne François et ce n’était pas une mince affaire de réussir à faire passer l’émotion dans ce personnage falot, grassouillet.
La scène de la danse du ventre totalement décalée est surprenante !
On a vu Karim Leklou dans « La source des femmes », « Suzanne », « Réparer les vivants ».
Il n’a pas fini de nous étonner et de nous réjouir.

Le Monde est à toi : Affiche

Lamya, interprétée par la « Divine » Oulaya Amamra, sans foi ni loi, voleuse, menteuse, prostituée à l’occasion,selon la demande.
Lamya ne roule que pour elle-même et y met tout son courage.
L’image de fin de François trempant dans sa micro piscine illustre la dimension de son ambition à lui raisonnable petit poisson tranquille …
Mais Lamya ne trempe pas dans la même eau, elle est aux manettes. Attention, danger !

On y parle « complotisme » mais le  film met aussi l’accent sur un sujet important encore peu traité dans le cinéma actuel :
L’exploitation  des migrants, aujourd’hui.
Sujet d’actualité, pour longtemps.

 

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Disperser, regrouper, disperser
Jusqu’à ce que le jeu s’arrête.

Marie-No

Les Rencontres de Prades, 59ème Festival

 

 

Amis Cramés de la Bobine Bonjour,

Danièle et Henri  s’y entendent mieux que personne pour convertir des cinéphiles raisonnables en inconditionnels du ciné à haute dose. Nous étions 13  cramés de la bobine (et il faut l’être) pour ce 59e  superbe festival de  Prades 2018 !  Un cru classé sans doute, en tous les cas, 37 projections en 8 jours !

J’en ai séché quelques-unes, mais très peu. (Dont une journée pour cause d’ascension du Canigou, avec Henri « chef de cordée » !).

Le Canigou sauf notre respect, présente en difficulté de la roupie de sansonnet à côté de cette montagne de projections qui nous attendent chaque année au festival.  C’est une expérience exigeante et toujours renouvelée que d’y assister. Une excellente condition est requise. Sinon, comme moi, vous n’échapperez pas à quelques épisodes  de somnolence, vous savez ça commence par une sensation de dilution de la conscience, qui conduit de la fiction du film à celle du rêve sans à-coup. Je suis chaque fois stupéfait de voir comment notre cerveau s’arrange avec ça. D’abord, vous fermez « un peu » les yeux, et les sons sont comme amplifiés, vous en êtes contant, ensuite, tout va très vite… Gare aux ronfleurs !

Deux  invités pour ce festival Marion Hänsel, pour la première moitié, et Laurent Cantet pour la seconde.

Je devrais certainement ne pas m’en vanter, je ne connaissais pas Marion Hänsel.Une réalisatrice belge, au ton vif et franc. Elle dégage l’impression d’être, comme beaucoup d’artistes,  une grande angoissée. Elle a la coquetterie de ne pas revoir ses films… et  du coup, ne s’en souvient guère ou d’une manière déformée,  et donc elle répond en confondant des plans qui auraient pu exister avec ceux qui existent.  Ce qui l’intéresse, ce sont les rencontres qu’elle a faites durant ses tournages dans le monde, car c’est une grande voyageuse, elle se rappelle comment elle s’est entendue ou disputée,  et puis il y a sa chère équipe, sa famille en somme. Elle a un contact chaleureux avec le public qui le lui rend bien. Elle a ses inconditionnels.

Si elle est peu explicite sur ses intentions, de film en film on retrouve des figures prégnantes. Pour ce qui me concerne, j’ai un avis plutôt contrasté, je trouve son oeuvre est inégale, mais peut-être que je me trompe. Je vais en  signaler deux que j’ai beaucoup aimés.

D’abord, il y a « Si le vent soulève les sables »2006. Une histoire de migration humaine, donc une histoire de misère absolue, de bad trip (sans métaphore) et de   mort. Et dans cette histoire celle sublime de Rahne et de la petite Sasha sa fille. Il faut que vous empruntiez le DVD quelque part : à la médiathèque ? Ce serait trop dommage de ne pas éprouver avec les personnages,  l’errance, le soleil écrasant,  la faim, la soif, la violence et la peur,  bref, tout le malheur d’être humain à quelques heures de vol de notre douce France.

Le second, c’est  « Between the Devil and the deep blue sea ».1995. Une ambiance.  On pense un peu à cette chanson d’Axel Bauer, Cargo de Nuit. Une histoire de marin donc, une histoire d’entre deux ou de transit, comme on veut. Le marin est entre une terre et une autre, entre le port et la terre, entre hier et aujourd’hui. Là encore il y a une belle rencontre entre ce marin et Li, une petite fille chinoise. Ce marin a   quelque part une femme qui l’attend, et elle attend aussi un enfant de lui. Le marin, quand il lit les lettres de cette femme, entend sa belle voix. Elle lui dit des choses simples, des choses de la vie.  Il a une décision à prendre, c’est complexe un homme.

Je ne vous parlerai pas des autres films que j’ai un peu  moins aimés, d’ailleurs Marie-No en parle très bien. Mais je retiens de  Marion Hänsel qu’elle est travaillée par la question « des  parents insuffisamment bons », des mères et des pères défaillants,  par cette question de la rupture,  de l’absence et de l’abandon et ses blessures. Et parfois de la violence familiale, Équilibres, son court-métrage de 12 minutes, constitue une excellente introduction à son œuvre. Comme si justement, après l’excès de ce court-métrage, elle avait ainsi trouvé un juste équilibre  pour aborder ces questions.

Deuxième partie de la semaine, arrive Laurent Cantet. Accompagné de Michel Ciment. Michel Ciment, c’est une encyclopédie vivante du cinéma. Avec lui, c’est comme si  vous étiez un dans un grand restaurant avec un gastronome qui ne reconnaît pas seulement les subtilités d’un plat, mais aussi la recette, les tours de main, et l’histoire…Quelqu’un qui sait de quoi il parle et en parle d’une manière à la fois simple et précise.

Et je me souviens du presque début de la première interview de Michel Ciment :

MC :– vous avez obtenu une palme d’or, ça aide pour faire des films non ?

LC :– La palme d’or !  C’est sans doute un malentendu ! Et ça n’aide pas plus que ça.

Laurent Cantet dont j’avais vu presque tous les films (Cramés obligent !) est humble, particulièrement attentif, et gentil, capable d’écouter et de répondre toujours au bon niveau. Bref, c’est le genre de gars qui nous donne l’impression de poser des questions essentielles, avec qui vous pouvez facilement échanger, c’est plus rare qu’on ne le pense.

Après l’atelier que nous connaissons bien, avec les très beaux rôles pour Marina Foïs et du jeune Matthieu Lucci,  puis un gentil film Jeux de plage où l’histoire d’un père intrusif. Et surtout les Sanguinaires, que se passe-t-il lorsqu’un homme décide de passer le jour de l’an 2000 sur une île déserte, loin de la modernité et de ses connexions,  avec de vieux amis . Mais les vieux amis ne sont plus exactement ce qu’ils étaient, et ça, c’est intolérable pour quelqu’un qui cultive l’illusion de ne pas changer.  Bref, une quête de l’absolu qui tourne mal. Le tragique, c’est l’homme.  Suit FoxFire,le gang des filles, lui aussi vu aux Cramés. Puis Retour à Ithaque, heureuse retrouvaille, une sorte de huis clos en plein air !  La petite histoire des personnages correspond à la grande histoire de Cuba, oppression, peurs, frustrations, blessures, et dignité tout de même. A Cuba qu’ils aiment en dépit de tout, qui est leur identité.  Aurait-il été possible à Cuba de survivre avec des dirigeants moins paranoïaques ? Les cubains n’ont pas eu le choix, de toutes les manières.

Suit un court-métrage qui rappelle la période Devaquet, « le fameux ministre de l’enseignement supérieur,  qui se fit refiler dans les mains, une  patate (très)  chaude » : Tous à la manif.  Tous ? Vraiment ? Il ne faut que quelques images à Laurent Cantet pour faire sourire de cette imposture unanimiste. Suit Ressources humaines, que nous connaissons et qui montre une fois de plus que ce n’est pas avec de bons sentiments qu’on fait de bons films, trop d’invraisemblances, trop de jeu avec nos sentiments. Et pourtant le rôle du père, on le sent crédible.  Vers le Sud, un sujet rare, comme souvent, co-scénarisé comme souvent dans les films de Cantet, par Robin Campillo, le tourisme international de consommation est une pratique de riches,  souvent une plaie, à propos de consommation, ici il s’agit du tourisme « amoureux » de femmes esseulées, je n’avais jamais vu ça au cinéma. Là encore, si je peux m’autoriser ce conseil, trouvez le  DVD, Charlotte Rampling exceptionnelle (c’est un pléonasme). Suit L’emploi du temps, un cadre (consultant) licencié qui continue à vivre comme s’il travaillait, le rôle et l’apparence  tiennent lieu de travail. (D’ailleurs, comme c’est un curieux miroir, interprété par des acteurs, des gens pour qui le travail est un rôle).Comme ce film nous rappelle l’affaire Romand, on projette sur le film nos craintes, et comme la musique est inquiétante, on est d’autant plus inquiet. Cet antihéros n’est pas Romand, Cantet s’en défend. Juste un imposteur ? Alors pourquoi cette ambiance annonciatrice de malheur?  Juste pour jouer avec nos nerfs ?

Pour finir,  Entre les Murs.La palme d’Or et le bouquet, j’étais curieux de le revoir et je vais être beaucoup plus long que pour les autres parce que, je trouve que ce film condense bien des traits de Laurent Cantet, d’abord un cinéma sans acteurs professionnels, ensuite il se tient à la limite du documentaire. En fait une sorte de docufiction. Ici, la vie d’une classe de collège, (peut-être y a-t-il un biais d’échantillon, c’est une collection de cas!).  Très rapidement nous sommes conduits à épouser le point de vue du professeur et nous voyons le groupe d’élèves à travers lui. Nous nous identifions, de sorte que nous approuvons ses réponses, les trouvons justes, fines etc… Nous compatissons à ses affres. Un peu comme dans l’emploi du temps, nous sommes illusionnés par nos propres clichés, et les « trucs » du film qui nous y conduisent… Deux  constats : a) fini les gentils cancres rêveurs de Prévert, voici le temps des cancres affirmés, solides. b) On a l’impression qu’à l’école tout semble se passer comme si les questions de cours n’étaient  plus que prétextes à éduquer sur autre chose. Nous passons de l’enseignement des disciplines (lettres, maths etc.) aux formes modernes et softs de la discipline au sens comportemental.

Michel Ciment parlait de la présence du père dans les films de Laurent Cantet. Les figures du père, dans leurs variétés, traversent en effet tous ses films et celui-ci n’y échappe pas. Qu’ajouter ? Le cinéma de Laurent Cantet résiste bien au temps, c’est un bonheur de voir et revoir ses films.

Quelques mots sur les avant-premières, elles nous promettent de beaux jours aux Cramés de la Bobine :

 D’abord, il y a Contes de juillet, un diptyque de Julien Brac,  il est bien connu des Cramés de la Bobine, tout le monde et lui en premier s’accordent pour dire que son cinéma est dans la veine d’Eric Rhomer. Ajoutons ce qui lui est  propre : sa limpidité, son  humour, sa fraîcheur,  sa joie de vivre, son ton . Ses contes sont  exactement le genre de film dont on sort heureux. L’idéal serait d’avoir la présence de Julien Brac au moment de la projection du film. Il ressemble à ses films.

La stoffa dei Sogni, j’en ai déjà dit deux mots dans le blog,  voici un film italien que je vois pour la seconde fois, original, drôle, inventif, et que vous ne verrez pas, pourquoi ?  Pas de distribution en France !

Amin de Philippe Faucon, j’avais eu l’avantage de présenter Fatima aux cramés  et du même coup de voir tous les films de philippe Faucon. Celui-ci me semble moins fort que Fatima parce qu’il laisse une impression de déjà-vu ; mais c’est peut-être moins vu qu’il n’y paraît. Amin, c’est la vie et le destin d’un migrant qui tout comme Fatima est celle d’un sacrifié…Il y a quelque chose qui demeure quand on a vu ce film,  la sensation d’un film  délicat et de tragique à la fois, l’histoire d’une multitude d’êtres dans le monde. Précisement, tous ceux sacrifient leur vie, pour une communauté, ailleurs.

Leto de K.Serebrennikov, je n’en dirai rien,  sauf que je suis sorti au bout de 10 minutes de la salle. Je n’aimais ni la musique, ni les dialogues, ni les personnages. Plus jamais ça!

…Et je garde pour la fin un bon film, (bien qu’il fût présenté le premier jour) : Woman at war, ce film Islandais de Benedikt Erlington  avait avant sa sortie été repéré par Marie-No. Un film qui parle d’écologie, c’est assez rare pour être signalé et …d’activisme ou de  terrorisme écologique comme on voudra. On peut le faire bêtement,  on peut aussi en faire du bon cinéma,  soulever des questions éthiques, montrer des systèmes  de communication, activistes d’un côté,  politico-médiatiques de l’autre. On peut le faire avec un scénario drôle et sur le mode de l’aventure, à la manière de Robin des Bois, sans juger, en nous laissant le soin de le faire. Si en outre pour le premier rôle on a une actrice formidable, alors ça risque bien d’être un bon film. Cette actrice existe, nous l’avons vue dans le film : Halldora Geirhardsdottir« facile », retenons bien ce nom !

Merci à l’équipe des Ciné rencontres de Prades, pour son magnifique festival, sa convivialité et tout le bonheur qui va avec.

Georges

Vu du jardin  « l’Hostalrich » l’Hôtel de Nanou et de sa mère. C’est exactement notre vue lorsque nous sifflons canon sur les tables du jardin.   

Prades, dimanche 21 juillet 2018

 

Voilà, « Prades » qu’on se réjouit de vivre chaque année, c’est terminé …

S’est terminé en feu d’artifice avec « Leto »de Kirill Serebrennikov en avant-première. Puissant ! « Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s’échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme la belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique »

Le film sort en décembre donc pour les Cramés ça sera (peut-être) pour janvier. Alors vivement l’année prochaine et

le 60ème Festival de Prades,  juillet 2019 

Marie-No