Gourmandise- d’Eliane B

Chers amis cramés,

La cuisine a toujours inspiré le cinéma, de Fatih Akim pour Soul Kitchen, à La Grande Bouffe de M. Ferreri, en passant par G. Axel pour le Festin de Babette, elle nous a régalé l’œil et mis bien souvent l’eau à la bouche 

Pour tous, les crames de la bobine, la contribution à ce mariage savoureux fut nos nombreux buffets lors de nos événements dans des temps moins troublés.

En souvenir de ces beaux moments, en espérant très vite des jours meilleurs, je vous propose un petit clin d’œil culinaire : la recette du cheesecake.

Tout d’abord, un peu d’histoire :

Pierre Hermé dans son livre : « Rêves de pâtissier » (Ed La Martinière 2011, page 88) nous dit / » Les Grecs et les romains se régalaient déjà d’une sorte de gâteau du nom de « placenta « ou » libium, préparé à base de semoule et de farine de blé, garni avec de la crème de fromage de brebis et du miel.

Comment avec un tel passé, ce gâteau est-il devenu, au XX siècle, le symbole de la pâtisserie américaine et plus précisément new-yorkaise ? Le fromage en est la cause !

En 1872 William Lawrence, un crémier transforma le fromage frais en cream cheese qu’il commercialisa sous le nom de Philadelphia.Naturellement, il y a une vie pour le cheesecake en dehors de New-York.

En Italie, en France, en Europe de l Est, on le prépare avec du mascarpone, de la ricotta, ou du fromage blanc.

La recette du cheesecake est une sorte d’auberge espagnole ou chacun entre et sort à sa guise. Quoi de plus normal au pays du melting-pot !

Voici la recette :

Ingrédients

250gr de Spéculos

125gr de beurre

125gr de sucre

500gr de philadelphia

2 œufs

125 gr de crème fraiche

vanille

zeste de citron jaune

Hachez les biscuits à la machine, y ajouter le beurre fondu, mélangez pour faire une pate.

Etalez la dans un moule en remontant un peu sur les bords.Mettre au frais.

Mélanger la philadelphia avec la crème, le sucre, les œufs, la vanille et le zeste.

Etalez sur la pate froide.

Mettre au four à 170° pendant 30mn

Cette recette est pour un moule à manqué (moule à bords hauts) de 24 cm.Elle est pour 6 pers.

Bonne gourmandise !

Eliane B.

Le Ciné des Cramés de la Bobine

Amis cramés de la Bobine, bonjour,

Pendant cette difficile période, le blog sort de ses habitudes, il ne commente pas les films que nous avons vus ensemble, mais des films, tout simplement, des films aimés ou détestés, pour le plaisir de parler de cinéma, entre amateurs, et libre à chacun de les voir ou non. Vous pourrez aussi lire quelques superbes commentaires de prévisionnement, ceux de Marie-No, ils nous donnent envie de voir ces films -Et ci dessous un extrait du journal culturel de Dominique, une Cramée de la Bobine que nous connaissons bien- C’est épatant. Nous publierons prochainement quelques autres extraits de son journal. Nous espérons que vous les aimerez autant que nous. La semaine prochaine, nous vous réservons quelques beaux articles, ça commencera par Marie-Annick, pour se poursuivre par Pauline qui cette semaine va détester pour nous… Bon confinement les amis, prenez soin de vous et n’hésitez pas à nous écrire. Georges

« Les Bienheureux » de Sofia Djama

Un premier film ample d’une maîtrise époustouflante

Alger filmée comme jamais …            

l’ Algérie de 20 ans après la guerre civile racontée comme jamais.

Des acteurs magnifiques    

A voir, croyez-nous (Annie et moi), en priorité !

Pour notre WE Jeunes Réalisateurs, il aurait été top

Marie-No

« 12 jours » Raymond Depardon (3)

C’est dommage, Marie-No que tu n’aies pas assisté à la présentation du film par Georges et entendu les différentes réactions à la projection de ce film. Evidemment, nous n’avons pas quitté la salle avec des certitudes mais avec la connaissance d’un dispositif que pour ma part, j’ignorais et une grande perplexité devant la position de tous les protagonistes : malades, soignants et juges.
Je pense qu’il faut préciser le rôle du juge de la liberté et de la détention (JLD). Il est là pour contrôler que le maintien en hôpital psychiatrique sous contrainte se fait conformément à la loi, que l’évaluation de l’état de santé du patient a bien été effectuée par l’équipe médicale, que ce maintien n’est pas reconduit mécaniquement. Il ne prend pas position sur la maladie elle-même, il n’est pas soignant. Cela ne veut pas dire que, parallèlement, la situation du patient ne peut pas être étudiée par d’autres juridictions. Tu parles de la personne employée chez Orange : la situation de ces salariées a été portée devant les prudhommes, certains malades en burn-out ont été reconnus en maladie professionnelle avec tous les droits que cela leur procure mais cela ne relève pas du JLD. Mais, je ne suis pas vraiment apte à parler de cela de manière suffisamment éclairée. J’ai trouvé un article de Rue 89 qui a interrogé des JLD de l’USM (principal syndicat des magistrats) qui répond mieux que moi à nos interrogations.

Psychiatrie : dans la tête des juges qui décident d’interner sous … – L’Obs

« Citoyen d’honneur » de Mariano Cohn et Gaston Duprat (2)

 

CITOYEN D’HONNEUR

 Goya du Meilleur film étranger en langue espagnole et Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculineSoirée-débat mardi 11 avril à 20h30

 Présenté par Georges Joniaux

Film argentin (mars 2017, 1h57) de Mariano Cohn et Gastón Duprat avec Oscar Martinez, Dady Brieva et Andrea Frigerio . 
Titre original : El ciudadano ilustre

 

Je ne sais pas si Citoyen d’Honneur va réaliser beaucoup d’entrées en France, mais une chose est sûre, il le mérite, ce film a suscité une multitude d’articles de critiques et cinéphiles. C’est avec une belle unanimité qu’ils le décrivent :

1) Citoyen d’honneur et le cinéma :

« Une comédie inconfortable. Une comédie qui n’en est pas une. Une Evocation grinçante, ironique, cynique, généreuse et tendre. Une réalité cauchemardesque, hilarante et tourmentée…Mais tout de même une comédie fine et mordante.

Un petit bijoux drolatique, décapant voire cruel, tendre et mélancolique

Une comédie caustique, maline, subtile mais aussi déboussolante et inclassable…

Elle n’en manque pas moins de tendresse envers ses personnages. -Personnages complexes, fouillés et parfois contradictoires-

Une mise en scène élégante ».

Derrière les mots pour le décrire, Citoyen d’Honneur, produit chez les auteurs, des associations, des liens les plus variés avec d’autres œuvres. Je me propose ici de présenter quelques références citées, et d’en suggerer d’autres.

Commençons par deux références de Grégory Valens dans Positif :

Providence d’Alain Resnais, le héros fait en une nuit un voyage au bout de lui –même, entre imaginaire et réalité.

-L’antre de la folie de John Carpenter, voici le synopsis : John Trent est enquêteur pour les assurances. Il est chargé, de retrouver Sutter Cane, un écrivain à succès qui a disparu. Durant ses investigations, John se rend compte que le monde d’épouvante apparemment fictif créé par Sutter Cane serait en fait bien réel.

Deux références qui interrogent le rapport entre la réalité et la fiction. Notons que les facétieux Cohn et Duprat, jouent avec leurs spectateurs, je crois  me souvenir qu’on entend quelque chose comme « la réalité dépasse la fiction »… Mais c’est une fiction qui nous dit cela à nous, les spectateurs ! Et d’ailleurs Mantovani, leur génial écrivain, ne dit-il pas, « les faits n’existent pas, ils ne sont que des interprétations » !

D’autres commentaires sont plus sensibles à l’atmosphère :

L_Huitre  :« David Lynch, avec des personnages bizarres qui défilent dans des scènes irréelles, et vont donner à notre écrivain une série croissante d’émotions »

Où encore à la tonalité et à la forme du film font un rapprochement avec le mouvement DOGME 95 (Lars Van Trier et Thomas Vinterberg) soit « le rapport entre l’ironie et le sérieux, l’engagement et l’opportunisme etc ».

Plus convaincantes que ces deux dernières, la référence au cinéma italien, celui des Dino Risi, Luigi Comencini, Etore Scola, et c’est à juste titre que nombre de critiques ont rapproché ce film de l’autre argentin Damian Szifron « les nouveaux sauvages » qui est lui aussi digne successeur de ce fameux cinéma italien. Pour ce qui me concerne, à propos de Citoyen d’Honneur,  j’ai souvenir de « les monstres » et « l’argent de la vieille ».

Il  semble aussi que Cohn et Duprat ne renieraient pas l’influence Roumaine, témoin, ce clin d’œil de Mantovani : « vous verriez ma chambre d’hôtel, on se croirait dans un film roumain », mais tous le décor de Salas pourrait être d’un film Roumain. Et avec leur manière de tourner, et les personnages, tout est roumain, c’est à dire minimaliste, pauvre.

Mais au total, le cinéma de ces deux là, s’il est bien tout cela,  est assurément argentin et personnel, aucun système de référence ne les enferme. Ils jouent avec les références comme un chat avec une pelote de ficelle.

2) Citoyen d’Honneur et la littérature :

Une blogueuse, Cosette 2010  observe que cette histoire ressemble beaucoup au Livre de Joe de Jonathan Tropper, « un écrivain, lors de la mort de son père va retourner dans son village, après avoir quelque peu honni et dénigré cette bourgade et ses habitants dans son roman à succès intitulé Bush Falls, il est quasi certain qu’on ne va pas l’accueillir à bras ouverts »…Troublant ! mais pas tant que ça…  Les réalisateurs le citent d’un clin d’oeil lorsque l’intrusif Florencio jette au public de Mantovani : « Il n’est même pas venu à l’enterrement de son père !».

A la sortie du film, Michel Grob, un cramé de la bobine, observe justement, avec Thomas Sotinel (in le Monde du 06.03.2017),  que Salas fait penser à Amacata dans un Roman de Garcia Marquez. La liste des lieux imaginaires est immense, se référer au prodigieux écrivain argentin Alberto Manguel.

En ce qui me concerne pour ce personnage, je suggère des ressemblances entre Mantovani et Thomas Bernhard qui n’a jamais été prix Nobel, mais qui a écrit en 1980,  « Mes prix littéraires » qui sont « comme un précis du talent sarcastique, mordant, irrévérencieux et furieusement drôle…   de leur auteur ».

Mais n’oublions pas que nous sommes au pays des Borges, Cortazar, Sabato, et de nos jours d’Alberto Manguel, et de bien d’autres remarquables par leur imaginaire, tous pétris de culture Espagnole, Argentine, Universelle. Tous ces écrivains qui ne sont pas devenus « Nobel » mais qui comptent tout de même de grands classiques de la littérature mondiale. (Alors qu’à brûle pourpoint,  qui pourrait citer de mémoire dix prix Nobel de littérature ?)

Et ce film rend hommage au premier d’entre eux, Jorge Luis  Borges, en témoigne cette bibliothèque de Babel de Mantovani… mais surtout,  laissons parler Encyclopédia Universalis : « Pour Borges, le fantastique est consubstantiel à la notion de littérature, conçue avant tout comme une fabulation, un artifice fait de chimères et de cauchemars, gouverné par l’algèbre prodigieuse du songe, mais un songe dirigé et délibéré »

Ce qui est sûr, c’est que ce mardi aux Cramés de la bobine, nous avons joyeusement aimé un film malicieux et… complexe .