Michel-Ange (Il Peccato)Andreï Konchalovsky-Portrait de l’artiste en enragé

En souvenir de notre W.E Italien voici, avec l’aimable autorisation d’Herodote.net, cette belle revue d’histoire, un article d’Isabelle Gregor.

21 octobre 2020. Andreï Konchalovsky a relevé le défi de porter Michel-Ange au cinéma, avec Alberto Testone dans le rôle-titre. Le réalisateur russe s’était déjà illustré en cosignant le scénario d’Andreï Roublev (1966, Andreï Tarkovsky). Il s’attache à montrer cette fois-ci l’artiste confronté à ses mécènes et à ses propres tourments…

Disons-le tout net : si vous souhaitez découvrir Michel-Ange et son œuvre, n’allez pas voir ce film. On sent bien que le réalisateur russe Andrey Konchalovsky, lauréat de deux Lions d’argent à Venise, n’est pas là pour pallier aux cours d’histoire de l’Art du collège.  

Vous ne saurez donc rien de l’origine du talent de cet artiste et de son parcours jusqu’à la réalisation de la Chapelle Sixtine. Vous ne pourrez en sortant d’une séance vous targuer de détenir enfin la clé de son génie de peintre, de sculpteur et d’architecte. Enfin n’espérez pas mieux comprendre ses difficultés d’homme de la Renaissance perdu au milieu d’une époque aussi brillante que dangereuse.

Tout cela, il faudra le chercher ailleurs, même si le film tente d’expliciter les querelles de clocher qui l’ont amené à se mettre successivement au service de deux puissantes familles, les Della Rovere et les Médicis.

Ambition, cupidité, trahison… Les « péchés » qu’évoque le titre du film sont ceux d’un être pathétique, mangé par le doute et la paranoïa mais prêt à tout pour assouvir sa quête d’absolu.

Trop orgueilleux, Michel-Ange ?

Certainement : il n’y a qu’à compter les projets démesurés qu’il n’a pu faire aboutir, à commencer par le tombeau du pape Jules II autour duquel tourne une bonne partie de l’intrigue.

Nous sommes bien face à une « canaille divine » que le réalisateur ne cherche nullement à rendre sympathique mais dont il tient à dévoiler les déchirures.

Pour cela, il s’appuie sur la beauté des décors de la Toscane, bien sûr, mais aussi sur une reconstitution poussée de l’époque, allant jusqu’à recréer une Chapelle Sixtine en travaux plus vraie que nature. Mais ce souci de reconstitution est tellement poussé qu’il en devient parfois pesant. On peut en effet trouver quelque peu artificiel que marmots, poules et contenus de pots de chambre traversent l’écran toujours au bon moment…

On peut reprocher un montage trop haché, notamment au début qui nous promène d’un bout à l’autre de l’Italie sans ménagement et au risque de nous perdre. Heureusement le film prend plus d’ampleur dès lors que la caméra s’arrête dans les montagnes de Carrare pour quelques scènes qui, enfin, créent chez le spectateur un léger frisson d’inquiétude. Un peu de suspense, enfin ?

Finalement, on ne peut tenir rigueur à ce Michel-Ange de ne pas être un film hollywoodien trépidant où l’on aurait convoqué tous les génies de la Renaissance avec reproduction bien visible de leurs œuvres les plus connues. Ce n’est pas son but. Il s’agit avant tout du portrait d’un homme habité par son Art au point de se perdre dans ses propres rêves. Tant pis pour les personnages secondaires qui apparaissent du coup bien pâlots. Mais les quelques images de détails de ses œuvres, lors des dernières secondes, suffisent à elles seules à témoigner de la force de ce génie, finalement si fragile.

Isabelle Grégor

Le Blog des Cramés, Spécial confinement!

Amis Cramés de la Bobine, bonjour,

Pas d’Alticiné, et cette belle sélection que nous avions soigneusement concoctée est remise à plus tard. Quand ? En attendant, nous avons une pensée amicale pour Martine Nicolas la Directrice et tous ces sympathiques et compétents équipiers du cinéma, nous les connaissons, nous les apprécions, pour l’heure, ils sont au chômage.

Le blog souhaite reprendre sa formule « spécial confinement », vous vous souvenez : des articles d’auteurs habituels voisinaient avec de nouveaux, il y avait une rubrique sur les films à venir, une autre bien appréciée des lecteurs : les films que vous avez aimés, et les films que vous avez détestés. Eh bien! on recommence et on espère que vous serez des nôtres pour l’un de ces exercices. (Pour les films aimés ou détestés, vous pouvez aussi les choisir parmi les projections des Cramés de la Bobine)-.

Souvenez-vous, il y avait aussi des extraits du journal de Dominique, nous allons inaugurer ce Spécial Confinement par un 4e extrait.

Vous avez envie de participer, nous n’attendons que vous. Envoyez vos articles sur la BAL du site, ou à georges.joniaux45@orange.fr, on s’occupe du reste …et au plaisir de vous lire!

Portez-vous bien, prenez soin de vous et… écrivez dans le blog, lisez-le.

Au plaisir, amicalement

L’équipe du blog.

Pour Danièle Sainturel

Amis Cramés de la Bobine,

Nous sommes tristes. Vous qui lisez ces lignes vous le savez sans doute. Danièle nous a quittés. Chère Danièle, notre amie, notre Présidente. Nous partageons tous en ce moment la même peine. Tant de beaux souvenirs nous lient ! Nous avons, chacun, de tendres pensées pour elle, nous aimions sa hauteur de vue, son élégance en tout. Nous pensons également à Henri qui partageait sa vie, Nous ressentons sa tristesse et celle de tous leurs proches et nous sommes avec eux.

Ensemble ils ont vu des milliers de films et nous en ont fait connaître des centaines. Avec les Cramés de la Bobine, à  l’Alticiné, Danièle  avait créé un lieu de partage, d’amitié, de convivialité. Avec sa disparition,  c’est une partie de la culture  du Montargois et bien au delà qui s’en va. 

Sans doute souhaiterez-vous témoigner. Le blog vous est ouvert. Vous pouvez envoyer vos messages à georges.joniaux45@orange.fr qui les mettra en ligne.  Par ailleurs et vous le comprendrez, nous reportons toute autre publication

Avec nos amitiés

L’Administration du Blog

Le Ciné des Cramés de la Bobine

Amis Cramés de la Bobine, bonjour,

Cette semaine vous avez pu lire l’extrait n°2 du journal de Dominique, dont Marie-No souligne la drôlerie, le détachement ironique et tendre sur les films. Annie ajoute c’est le billet d’une cinéphile dont le naturel nous laisse sous le charme. (Le n°3 sera pour dimanche).

Pour notre plus grande joie, Claude revient avec un film qu’il a aimé revoir « Tous les matins du Monde » d’Alain Corneau, « un film austère et chaleureux » nous dit-il. Claude nous livre un commentaire qui donne envie de voir ou revoir ce film.

Les prochaines sorties cinématographiques :

Marie-No a vu pour nous en prévisionnement Family Romance de Werner Herzog, je ne suis pas sûr qu’elle ait adoré ce film !

Martine P nous parle de « Énorme un film de Sophie Letourneur », elle a su saisir ce film curieusement composé…

Georges a vu Antigone de Sophie Deraspe un film Canadien, très actuel, comme tous les mythes. Un  grand premier film.

A la semaine prochaine.
Bon et prudent déconfinement, Amitiés

Georges

Vu en prévisionnement : Antigone de Sophie Deraspe

Antigone  de Sophie Deraspe est un grand premier film. La tragédie est  ici transposée à notre époque et au Quebec. Rappelons-la : Antigone est la petite dernière de Jocaste et Œdipe, une famille est en proie à la malédiction. Elle a trois frères et sœur Ismène, Etéocle, et Polinyce. Nous en sommes au moment où Polynice combat contre Etéocle son frère dans une guerre aux Portes de Thèbes, tous deux se blessent à mort et alors ?

« Créon décide que Polinyce sera laissé « aux bêtes et aux oiseaux de proies » et il punira de mort qui lui désobéira. Antigone n’accepte pas. Elle le fait inhumer sur sa terre natale.

Créon : Tu connaissais mon édit ?

Antigone : Oui

Créon : Et tu as transgressé la loi ?`

Antigone : Ta loi n’est pas celle des Dieux, ni de la justice. Les lois non écrites, qui nous viennent des Dieux, ne sont ni pour hier, ni pour demain, mais pour tous les temps. »(1)

ANTIGONE transpose la tragédie grecque à l’époque actuelle et au Québec : Sur fond de drame familial pendant la guerre civile en Kabylie et le meurtre de ses parents vécu par Antigone à l’âge de trois ans, elle vit donc au Québec, c’est une bonne élève, peut-être pourra-t-elle devenir Canadienne à sa majorité, si elle en fait la demande,  du moins, peut-elle valablement l’espérer. C’est une superbe adaptation libre, moderne,  actuelle. L’actrice principale Nahema Ricci est à la hauteur de son personnage, avec son regard,  beau et courageux, on imagine qu’Antigone de la mythologie grecque ne pouvait pas en avoir un autre. Le Québécois colle bien à ce drame, lui donne sa note familière et dépaysante. C’est une réussite. Nous assistons aux naissances d’une grande réalisatrice qui est aussi scénariste, photographe, et à celle d’une une actrice puissante et juste.  Sur la plateforme d’échanges, l’ensemble des spectateurs  était séduit et enthousiaste. Un film à voir et revoir ! 

Note : (1) La mythologie d’Edith Hamilton édition Marabout1992

Vu en prévisionnement : Enorme de Sophie Letourneur

Synopsis : Ça lui prend d’un coup à 40 ans : Frédéric veut un bébé, Claire elle n’en a jamais voulu et ils étaient bien d’accord là-dessus. Il commet l’impardonnable et lui fait un enfant dans le dos. Claire se transforme en baleine et Frédéric devient gnangnan.

Peut-être aurons-nous à la reprise des cinémas le film  ENORME de Sophie Letourneur.
Frédéric, un mari dévoué et Claire, pianiste professionnelle , n’ont jamais voulu d’enfant. Un beau jour c’est lui qui a un besoin irrépressible d’enfant et trafique la pilule de Claire qui tombe enceinte sans le savoir, Claire se transforme en baleine et Frédéric devient un père-poule avant l’heure.
La première heure du film est une comédie légère, rapide, loufoque, l’humour est décalé et fait mouche grâce aux comédiens: Jonathan Cohen et Marina Foïs, tous deux excellents.
On se demande comment ils vont se sortir de ce cauchemar pour elle, de ce rêve pour lui. Puis le film donne lieu à des situations plus graves où chacun cherche sa place dans le couple et la parentalité. Le milieu hospitalier qui les entoure permet de beaux portraits de soignants; tous ne sont pas des acteurs professionnels, c’est ce qui est encore plus intéressant et nous permet de retomber sur terre: la légèreté fait place au réalisme. La comédie devient tragi-comédie mais l’émotion est présente et les situations touchantes.
Voici, un film original digne d’intérêt et facile d’accès par plusieurs entrées possibles.

Le Ciné des Cramés de la Bobine

 Chers Amis Cramés de la Bobine, Bonjour,

D’abord merci aux auteurs, c’est un bonheur de recevoir vos articles et de les mettre en ligne. Merci aux lecteurs qui ne manquent jamais de jeter un œil sur le blog et de s’y promener si affinité. Et justement heureux de cette affinité commune pour le cinéma. Par ces temps de confinement, l’idée de voir un film le soir, même à la télé, est comme une récompense et la promesse de jours meilleurs. En parler tout autant. N’hésitez pas à nous écrire, ce blog c’est vous !

Ces jours-ci, le blog s’habille en mardi soir avec quelques prévisionnements de films à venir : Marie-No a vu « Malmkrog de Cristi Puiu » et quel œil ! Elle a vu aussi un documentaire « Israel, le voyage interdit de Jean-Pierre Lledo » (première partie : Kippour) l’histoire d’une découverte, une sorte de visite d’étonnement, avec tendresse.

Parmi les films aimés, en voici un dont on est heureux de se souvenir grâce à Marie-Annick. Bagdad Café de Percy Adlon.Vous aurez aussi lu « Elle, de Paul Verhoeven », la détestation de Pauline . Ce n’est pas si facile de bien détester, Pauline le réussit, avec son punch, toujours sagace et entière.

À bientôt, prenez soin de vous. 
Amitiés
Georges

Le Ciné des Cramés de la Bobine

Amis cramés de la Bobine, bonjour,

Pendant cette difficile période, le blog sort de ses habitudes, il ne commente pas les films que nous avons vus ensemble, mais des films, tout simplement, des films aimés ou détestés, pour le plaisir de parler de cinéma, entre amateurs, et libre à chacun de les voir ou non. Vous pourrez aussi lire quelques superbes commentaires de prévisionnement, ceux de Marie-No, ils nous donnent envie de voir ces films -Et ci dessous un extrait du journal culturel de Dominique, une Cramée de la Bobine que nous connaissons bien- C’est épatant. Nous publierons prochainement quelques autres extraits de son journal. Nous espérons que vous les aimerez autant que nous. La semaine prochaine, nous vous réservons quelques beaux articles, ça commencera par Marie-Annick, pour se poursuivre par Pauline qui cette semaine va détester pour nous… Bon confinement les amis, prenez soin de vous et n’hésitez pas à nous écrire. Georges

La vieille dame qui marchait dans la mer de Laurent Heynemann

Marie a revu la vieille dame…

Quel portraitiste que San Antonio/Frédéric Dard ! Si j’étais prof. de français, je donnerais en exemple celui qu’il fait de la vieille dame au début de son roman.

Cette fois, c’est du film qu’en a fait L. Heynemann qu’il est question et, pour une fois, je n’ai pas été dépaysée en y entrant car j’ai rarement vu une mise en image aussi fidèle au texte. Et quel texte !!! Oreilles chastes, s’abstenir ; esprits coincés, aller voir ailleurs. Quelle truculence ! Quelle jubilation devant cette vieille nymphomane-escroque à l’allure pourtant très distinguée mais dont la bouche est capable de proférer les pires grossièretés. Jeanne Moreau y est hilarante, accompagnée de son vieux complice en escroqueries et vols divers, campé par un Michel Serrault en grande forme. Les insultes, gratinées, dites sur un ton de confidence ne sont jamais vulgaires, les sobriquets non plus et ils sont plus qu’inventifs.

N’oublions pas pour autant l’intrigue pseudo-policière à laquelle le couple associe un jeune gigolo dont la nymphomane de 80 balais tombe amoureuse… cela vaudra une trahison dont le vieux complice ne se remettra pas – moment où le rire nous quitte. Ajoutons qu’il est parfois teinté d’une tendre compassion pour cette vieille femme qui pourrait être pathétique sans sa verve provocatrice et son énergie à toute épreuve.

Marie

Quel film avez-vous détesté ? Barry Lyndon de Stanley Kubrick

J’ai détesté Barry Lyndon…..

Quand le film de Stanley Kubrick est sorti en 1975, j’avais dit que je n’irai pas le voir. Pourquoi ? Parce que j’avais lu le roman qui m’avait profondément ennuyée.

Seulement parfois on se laisse piéger par un/une ami/e  qui vous y traîne, vous assurant que c’est génial, beau, sublime, que l’esthétique du film est irréprochable, bref que c’est un chef d’œuvre et que, qui dit chef d’œuvre dit obligation d’avoir vu ! 

Alors j’y suis allée, dans cette belle salle obscure des Champs Elysées qui n’était pas éclairée à la bougie mais remplie comme un œuf  ̶  je ne vous raconte pas la queue sur le trottoir  ̶  salle remplie donc, de spectateurs avertis, ou non d’ailleurs… J’étais assise dans les cinq premiers rangs et j’allais en avoir plein les yeux.

Alors, oui c’est beau, les costumes, les décors, les éclairages (lumière naturelle et bougies), la musique (merci messieurs Bach, Haendel, Vivaldi, Mozart, Schubert, j’en oublie sans doute)…

Mais quel ennui ! Une histoire qui était la même que celle du roman de Thackeray ! Fidèle adaptation donc.

J’avais dû lire le roman en 3ème année de licence, mais le pire était à venir, peu de temps après, je recommence pour un concours, que je n’ai pas eu, la faute à Barry the rogue, à coup sûr !  

Désolée chers amis, je sais, la critique a adoré, et vous aussi je suppose. Mais on a le droit de détester un film que tout le monde aime et inversement, non ?  

Il n’y aura pas de rétrospective Kubrick aux cramés : tant mieux,  Barry Lyndon y aurait figuré en bonne place : j’aurais boudé la séance.

Thalia