Pour Danièle Sainturel

Amis Cramés de la Bobine,

Nous sommes tristes. Vous qui lisez ces lignes vous le savez sans doute. Danièle nous a quittés. Chère Danièle, notre amie, notre Présidente. Nous partageons tous en ce moment la même peine. Tant de beaux souvenirs nous lient ! Nous avons, chacun, de tendres pensées pour elle, nous aimions sa hauteur de vue, son élégance en tout. Nous pensons également à Henri qui partageait sa vie, Nous ressentons sa tristesse et celle de tous leurs proches et nous sommes avec eux.

Ensemble ils ont vu des milliers de films et nous en ont fait connaître des centaines. Avec les Cramés de la Bobine, à  l’Alticiné, Danièle  avait créé un lieu de partage, d’amitié, de convivialité. Avec sa disparition,  c’est une partie de la culture  du Montargois et bien au delà qui s’en va. 

Sans doute souhaiterez-vous témoigner. Le blog vous est ouvert. Vous pouvez envoyer vos messages à georges.joniaux45@orange.fr qui les mettra en ligne.  Par ailleurs et vous le comprendrez, nous reportons toute autre publication

Avec nos amitiés

L’Administration du Blog

Le Ciné des Cramés de la Bobine

Amis Cramés de la Bobine, bonjour,

Cette semaine vous avez pu lire l’extrait n°2 du journal de Dominique, dont Marie-No souligne la drôlerie, le détachement ironique et tendre sur les films. Annie ajoute c’est le billet d’une cinéphile dont le naturel nous laisse sous le charme. (Le n°3 sera pour dimanche).

Pour notre plus grande joie, Claude revient avec un film qu’il a aimé revoir « Tous les matins du Monde » d’Alain Corneau, « un film austère et chaleureux » nous dit-il. Claude nous livre un commentaire qui donne envie de voir ou revoir ce film.

Les prochaines sorties cinématographiques :

Marie-No a vu pour nous en prévisionnement Family Romance de Werner Herzog, je ne suis pas sûr qu’elle ait adoré ce film !

Martine P nous parle de « Énorme un film de Sophie Letourneur », elle a su saisir ce film curieusement composé…

Georges a vu Antigone de Sophie Deraspe un film Canadien, très actuel, comme tous les mythes. Un  grand premier film.

A la semaine prochaine.
Bon et prudent déconfinement, Amitiés

Georges

Vu en prévisionnement : Antigone de Sophie Deraspe

Antigone  de Sophie Deraspe est un grand premier film. La tragédie est  ici transposée à notre époque et au Quebec. Rappelons-la : Antigone est la petite dernière de Jocaste et Œdipe, une famille est en proie à la malédiction. Elle a trois frères et sœur Ismène, Etéocle, et Polinyce. Nous en sommes au moment où Polynice combat contre Etéocle son frère dans une guerre aux Portes de Thèbes, tous deux se blessent à mort et alors ?

« Créon décide que Polinyce sera laissé « aux bêtes et aux oiseaux de proies » et il punira de mort qui lui désobéira. Antigone n’accepte pas. Elle le fait inhumer sur sa terre natale.

Créon : Tu connaissais mon édit ?

Antigone : Oui

Créon : Et tu as transgressé la loi ?`

Antigone : Ta loi n’est pas celle des Dieux, ni de la justice. Les lois non écrites, qui nous viennent des Dieux, ne sont ni pour hier, ni pour demain, mais pour tous les temps. »(1)

ANTIGONE transpose la tragédie grecque à l’époque actuelle et au Québec : Sur fond de drame familial pendant la guerre civile en Kabylie et le meurtre de ses parents vécu par Antigone à l’âge de trois ans, elle vit donc au Québec, c’est une bonne élève, peut-être pourra-t-elle devenir Canadienne à sa majorité, si elle en fait la demande,  du moins, peut-elle valablement l’espérer. C’est une superbe adaptation libre, moderne,  actuelle. L’actrice principale Nahema Ricci est à la hauteur de son personnage, avec son regard,  beau et courageux, on imagine qu’Antigone de la mythologie grecque ne pouvait pas en avoir un autre. Le Québécois colle bien à ce drame, lui donne sa note familière et dépaysante. C’est une réussite. Nous assistons aux naissances d’une grande réalisatrice qui est aussi scénariste, photographe, et à celle d’une une actrice puissante et juste.  Sur la plateforme d’échanges, l’ensemble des spectateurs  était séduit et enthousiaste. Un film à voir et revoir ! 

Note : (1) La mythologie d’Edith Hamilton édition Marabout1992

Vu en prévisionnement : Enorme de Sophie Letourneur

Synopsis : Ça lui prend d’un coup à 40 ans : Frédéric veut un bébé, Claire elle n’en a jamais voulu et ils étaient bien d’accord là-dessus. Il commet l’impardonnable et lui fait un enfant dans le dos. Claire se transforme en baleine et Frédéric devient gnangnan.

Peut-être aurons-nous à la reprise des cinémas le film  ENORME de Sophie Letourneur.
Frédéric, un mari dévoué et Claire, pianiste professionnelle , n’ont jamais voulu d’enfant. Un beau jour c’est lui qui a un besoin irrépressible d’enfant et trafique la pilule de Claire qui tombe enceinte sans le savoir, Claire se transforme en baleine et Frédéric devient un père-poule avant l’heure.
La première heure du film est une comédie légère, rapide, loufoque, l’humour est décalé et fait mouche grâce aux comédiens: Jonathan Cohen et Marina Foïs, tous deux excellents.
On se demande comment ils vont se sortir de ce cauchemar pour elle, de ce rêve pour lui. Puis le film donne lieu à des situations plus graves où chacun cherche sa place dans le couple et la parentalité. Le milieu hospitalier qui les entoure permet de beaux portraits de soignants; tous ne sont pas des acteurs professionnels, c’est ce qui est encore plus intéressant et nous permet de retomber sur terre: la légèreté fait place au réalisme. La comédie devient tragi-comédie mais l’émotion est présente et les situations touchantes.
Voici, un film original digne d’intérêt et facile d’accès par plusieurs entrées possibles.

Le Ciné des Cramés de la Bobine

 Chers Amis Cramés de la Bobine, Bonjour,

D’abord merci aux auteurs, c’est un bonheur de recevoir vos articles et de les mettre en ligne. Merci aux lecteurs qui ne manquent jamais de jeter un œil sur le blog et de s’y promener si affinité. Et justement heureux de cette affinité commune pour le cinéma. Par ces temps de confinement, l’idée de voir un film le soir, même à la télé, est comme une récompense et la promesse de jours meilleurs. En parler tout autant. N’hésitez pas à nous écrire, ce blog c’est vous !

Ces jours-ci, le blog s’habille en mardi soir avec quelques prévisionnements de films à venir : Marie-No a vu « Malmkrog de Cristi Puiu » et quel œil ! Elle a vu aussi un documentaire « Israel, le voyage interdit de Jean-Pierre Lledo » (première partie : Kippour) l’histoire d’une découverte, une sorte de visite d’étonnement, avec tendresse.

Parmi les films aimés, en voici un dont on est heureux de se souvenir grâce à Marie-Annick. Bagdad Café de Percy Adlon.Vous aurez aussi lu « Elle, de Paul Verhoeven », la détestation de Pauline . Ce n’est pas si facile de bien détester, Pauline le réussit, avec son punch, toujours sagace et entière.

À bientôt, prenez soin de vous. 
Amitiés
Georges

Le Ciné des Cramés de la Bobine

Amis cramés de la Bobine, bonjour,

Pendant cette difficile période, le blog sort de ses habitudes, il ne commente pas les films que nous avons vus ensemble, mais des films, tout simplement, des films aimés ou détestés, pour le plaisir de parler de cinéma, entre amateurs, et libre à chacun de les voir ou non. Vous pourrez aussi lire quelques superbes commentaires de prévisionnement, ceux de Marie-No, ils nous donnent envie de voir ces films -Et ci dessous un extrait du journal culturel de Dominique, une Cramée de la Bobine que nous connaissons bien- C’est épatant. Nous publierons prochainement quelques autres extraits de son journal. Nous espérons que vous les aimerez autant que nous. La semaine prochaine, nous vous réservons quelques beaux articles, ça commencera par Marie-Annick, pour se poursuivre par Pauline qui cette semaine va détester pour nous… Bon confinement les amis, prenez soin de vous et n’hésitez pas à nous écrire. Georges

La vieille dame qui marchait dans la mer de Laurent Heynemann

Marie a revu la vieille dame…

Quel portraitiste que San Antonio/Frédéric Dard ! Si j’étais prof. de français, je donnerais en exemple celui qu’il fait de la vieille dame au début de son roman.

Cette fois, c’est du film qu’en a fait L. Heynemann qu’il est question et, pour une fois, je n’ai pas été dépaysée en y entrant car j’ai rarement vu une mise en image aussi fidèle au texte. Et quel texte !!! Oreilles chastes, s’abstenir ; esprits coincés, aller voir ailleurs. Quelle truculence ! Quelle jubilation devant cette vieille nymphomane-escroque à l’allure pourtant très distinguée mais dont la bouche est capable de proférer les pires grossièretés. Jeanne Moreau y est hilarante, accompagnée de son vieux complice en escroqueries et vols divers, campé par un Michel Serrault en grande forme. Les insultes, gratinées, dites sur un ton de confidence ne sont jamais vulgaires, les sobriquets non plus et ils sont plus qu’inventifs.

N’oublions pas pour autant l’intrigue pseudo-policière à laquelle le couple associe un jeune gigolo dont la nymphomane de 80 balais tombe amoureuse… cela vaudra une trahison dont le vieux complice ne se remettra pas – moment où le rire nous quitte. Ajoutons qu’il est parfois teinté d’une tendre compassion pour cette vieille femme qui pourrait être pathétique sans sa verve provocatrice et son énergie à toute épreuve.

Marie

Quel film avez-vous détesté ? Barry Lyndon de Stanley Kubrick

J’ai détesté Barry Lyndon…..

Quand le film de Stanley Kubrick est sorti en 1975, j’avais dit que je n’irai pas le voir. Pourquoi ? Parce que j’avais lu le roman qui m’avait profondément ennuyée.

Seulement parfois on se laisse piéger par un/une ami/e  qui vous y traîne, vous assurant que c’est génial, beau, sublime, que l’esthétique du film est irréprochable, bref que c’est un chef d’œuvre et que, qui dit chef d’œuvre dit obligation d’avoir vu ! 

Alors j’y suis allée, dans cette belle salle obscure des Champs Elysées qui n’était pas éclairée à la bougie mais remplie comme un œuf  ̶  je ne vous raconte pas la queue sur le trottoir  ̶  salle remplie donc, de spectateurs avertis, ou non d’ailleurs… J’étais assise dans les cinq premiers rangs et j’allais en avoir plein les yeux.

Alors, oui c’est beau, les costumes, les décors, les éclairages (lumière naturelle et bougies), la musique (merci messieurs Bach, Haendel, Vivaldi, Mozart, Schubert, j’en oublie sans doute)…

Mais quel ennui ! Une histoire qui était la même que celle du roman de Thackeray ! Fidèle adaptation donc.

J’avais dû lire le roman en 3ème année de licence, mais le pire était à venir, peu de temps après, je recommence pour un concours, que je n’ai pas eu, la faute à Barry the rogue, à coup sûr !  

Désolée chers amis, je sais, la critique a adoré, et vous aussi je suppose. Mais on a le droit de détester un film que tout le monde aime et inversement, non ?  

Il n’y aura pas de rétrospective Kubrick aux cramés : tant mieux,  Barry Lyndon y aurait figuré en bonne place : j’aurais boudé la séance.

Thalia

Quel est votre film préféré? Aujourd’hui : Les vacances de Monsieur Hulot

«  LES VACANCES DE Mr HULOT »

de Jacques Tatischeff dit Tati.

Auteur, scénariste, réalisateur, acteur.

Comédie sortie en 1953, qui a connu trois versions. Durée 1h28

Tati est un humaniste drôle, une personne bienveillante, qui veut nous faire rire, mais n’est jamais cynique ou méprisant. C’est un artiste qui croit en l’Homme ( forte dimension sociale dans son œuvre). Le film est en noir et blanc.

Pourquoi penser aux «  Vacances de Mr Hulot » comme l’un de ses films préférés ?

La réponse est en partie dans le titre du film.

 Le premier mot «  vacances «  tout un symbole pour nous.

 C’est l’été, il fait beau, et ce sont des vacances à la mer, plus exactement près de St Nazaire sur la plage de Saint –Marc – sur – Mer. La plage dans notre imaginaire ouvre immédiatement plein d’images, d’odeurs, ( l’ambre solaire ) de bruits ( les vagues, les enfants, le vent) de souvenirs, plus ou moins lointains ( l’enfance , l’adolescence ). C’est un moment à la fois intime, la vie amoureuse, les copains, copines, et collectif ( le mois d’août tout s’arrête) .

Le deuxième terme «  Mr Hulot » ce personnage unique, le double de l’auteur, mutique, il prononce peu de mots et quand il parle on ne comprend pas ce qu’il dit ( voir la scène où il arrive à l’hôtel et doit prononcer son nom, avec la pipe dans la bouche ! oulo, ulo, il doit s’y reprendre à je ne sais combien de fois pour que l’hôtelier le comprenne. C’est un monsieur au visage assez ingrat, qu’on ne voit pas vraiment en très gros plan ( mais on voit sa pipe ) dont le corps longiligne et maladroit traverse tous les plans du film .

Il n’est pas comme les autres vacanciers, c’est une sorte d’exclu, il marche vite, à grandes enjambées,  le corps incliné, la pipe au bec.

Il est amoureux de la jolie vacancière qui habite en face de l’hôtel ( Martine ) mais toutes ses tentatives amoureuses échouent et quand il arrive à danser avec elle, c’est lors d’ un bal masqué ( son déguisement le protège).

Les lieux sont presque uniques : l’hôtel et la plage.

Le temps : un mois, le temps des vacances .

Les gags à la base du film. Il y en a plein, ils sont fondés sur la répétition le plus souvent tournés en plan séquences et requièrent la participation du spectateur. ( comique burlesque inspiré du muet avec des bruits).

Les personnages

Ils sont bien cernés, ce sont les vacanciers ; qui reviennent tous les étés à l’hôtel, se connaissent. Ce qui permet au réalisateur de critiquer une certaine mentalité petite bourgeoise, la vie est ritualisée et hiérarchisée. La cloche sonne l’heure des repas, ces derniers sont pris dans la salle à manger, elle aussi rythmée par les regroupements de table, les vêtements choisis par les vacanciers, les occupations diverses ( cartes, lectures, coups de fil répétés à Mr Smutte qui suit tous les jours les cours de la bourse).

Certains personnages sont assez antipathiques, tel le commandant empêtré dans ses souvenirs de guerre, Mr Smutte le financier.

D’autres sont sympathiques, surtout la dame anglaise qui aime bien Hulot ( elle aime sa fantaisie ).

Dans cet ensemble bien réglé, Hulot vient tout désorganiser ..il déboule comme un dingue dans l’hôtel, salit le sol, réveille tout le monde la nuit avec le feu d’artifice, a une voiture qui pétarade .

Il dérange l’ordre et le calme des vacanciers, et il ne fait rien comme tout le monde ( ne fait que des bêtises comme les enfants).

Justement, on peut beaucoup aimer ce film par la présence des enfants, leurs cris, jeux ( à la plage avec une loupe qui grille la peau d’un touriste endormi).

Leur innocence, leur poésie ( ce petit garçon qui monte les escaliers avec une glace dans chaque main est une merveille).

Et ces enfants qui jouent, s’interpellent, leurs babils forment l’un des atouts et charmes essentiels du film : la bande sonore.

Il y a peu, très peu de dialogues dans ce film, ce sont les bruits et la musique qui forment l’essentiel de la bande – son et de la texture du film. Tati disait qu’il préférait le bruit aux paroles..

La musique est d’Alain Roman ( ?) elle est célèbre et nous pouvons l’écouter sur France Culture tous les jours dans l’émission «  Les chemins de la philosophie » d’Adèle Van Reeth.

Musique, enivrante, joyeuse, dynamique, poétique, tout à l’image de ce merveilleux film.

A voir et revoir…

Françoise