Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait. Emmanuel Mouret (2)

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait.

            Fluidité de la réalisation.

            Eblouissante construction en flashbacks, histoires qui s’emboitent dans le récit, tiroirs qu’on ouvre et qu’on referme pour éclairer le présent.

            Remarquable choix des extraits musicaux qui accompagnent toujours à propos, sans surligner.

            Justesse de l’analyse des sentiments amoureux. Jeux de l’amour et du hasard.

            Qualité des dialogues, écrits, littéraires sans êtres châtiés, sonnant justes : ici, point de langage parlé, à la mode, familier pour faire, soi-disant, naturel.

            Qualité de la diction : point d’acteurs qui marmonnent en mangeant les syllabes façon Vincent Lacoste. Ici on articule et je comprends sans effort tous les dialogues, c’est bien agréable et quand même pas compliqué.

            Intelligence. Elégance. Délicatesse.

            « C’est fin, La Fontaine », dit Fabrice Luchini. C’est fin, Emmanuel Mouret, ça, c’est moi qui le dis.

            Emmanuel Mouret : le plus grand réalisateur français actuel ?

Bonne projection.

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait d’Emmanuel Mouret

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait : Affiche

16 septembre 2020 / 2h02 avec
Camélia Jordana, Niels Scheider, Vincent Macaigne, Emilie Dequenne, Jenna Thiam, Guillaume Gouix, Julia, Piaton, Jean-Baptiste Anoumou

Synopsis : Daphné, enceinte de trois mois, est en vacances à la campagne avec son compagnon François. Il doit s’absenter pour son travail et elle se retrouve seule pour accueillir Maxime, son cousin qu’elle n’avait jamais rencontré. Pendant quatre jours, tandis qu’ils attendent le retour de François, Daphné et Maxime font petit à petit connaissance et se confient des récits de plus en plus intimes sur leurs histoires d’amour présentes et passées…

Alors, je l’ai vu.  Hier.
Alors … Alors, Emmanuel Mouret c’est bien, l’homme travaille beaucoup, il sert des films léchés, bien éclairés, bien écrits et il a un style. Ça, oui. Oui, mais.
Mais je reste sur le côté, je n’entre pas vraiment dans son monde.
A part Mademoiselle de Jonquières, non, le cinéma de Mouret ne me transporte pas.
A vrai dire, Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait est tellement bien préparé, ficelé, si bien bardé de dialogues et truffé de morceaux de musique pour être forcément savoureux, qu’il rassasie (pour ne pas dire « gave »). Tout est fait pour régaler et c’en est un peu écœurant. Il y a un truc dans la sauce … Trop riche et puis certains ingrédients au lieu de transcender le goût, en atténuent la saveur. Ça manque de piment.
D’abord, puisque la musique est là et bien là, les airs choisis auraient pu être un peu moins convenus, entendus, rabâchés, un peu moins fades, quoi.
Mais, surtout, le jeu des acteurs pose problème.
Mis à part Emilie Dequenne Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait : Photo Emilie Dequenne(excellente) et Louis-do de Lenquesaint et peut-être, à la limite, Guillaume Gouix …
Tous les autres sont plutôt assez mauvais. A commencer par Camélia Jordana. Dire qu’elle manque de générosité dans son jeu est un euphémisme ! On a sans cesse envie de lui dire de se lâcher, de laisser suinter les sentiments, de teinter son texte d’un peu d’empathie, de jouer Louise, quoi !
de ne pas être « que » Camélia Jordana.
Niels Schneider est très embarrassant, il se bride tant, s’efforçant pendant tout le film d’entrer dans l’enveloppe étriquée du gentil et timide Maxime, qu’il en perd sa puissance de jeu, qu’il gomme son talent. Quel dommage que le dosage ne soit pas plus subtil ! Pour Vincent Macaigne, on l’a à l’oeil, redoutant qu’il parte en vrille mais non, ça va, il se tient à carreau dans son rôle de François, l’homme un peu mûr, un peu lâche, un peu pleutre. Quant à Jenna Thiam, n’en parlons pas ! insupportable dans le rôle de Sandra l’insupportable qui (donc) fait tomber tous les hommes ! Pas léger, léger …  
Le gros problème, pour moi, chez Emmanuel Mouret, c’est la direction d’acteurs.
Et les personnages aussi quand même !
A part Louise (Emilie Dequenne) qui m’a émue ?
Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, j’ai eu plaisir à le voir mais pas vraiment apprécié. 
Un cinéma très délicat, très VIème, très entre-soi, très comme il faut, pas tout à fait comme il (me) faut.
S’il ne m’a pas impressionnée comme je le souhaitais, j’aime bien le message du film.
L’amour, c’est une  loterie, un jeu de « qui perd, gagne »,  un jeu de « qui gagne, perd », un jeu de hasard, une volonté, une lutte, un caprice, une persévérance.
L’amour fait vivre.

Marie-No

Des Hommes de Alice Odiot et Jean-Robert Viallet

Des hommes : Affiche

Film documentaire français
19 février 2020 1h23
Présenté par Marie-Annick Laperle
soirée mardi 15 septembre 2020 à 20h30

Sujet : 25 jours en immersion dans la prison des Baumettes. 30 000 mètres carrés et 2 000 détenus dont la moitié n’a pas 30 ans.
Une prison qui raconte les destins brisés, les espoirs, la violence, la justice et les injustices de la vie. C’est une histoire avec ses cris et ses silences, un concentré d’humanité, leurs yeux dans les nôtres.

« toutes les villes ont des particularités : ses remparts, son église du XVIIe, (…). À Marseille, on pourrait dire : son stade, son musée, sa prison. » J.R.Viallet
Achevé en 2018, quelques semaines avant la fermeture du bâtiment, Des Hommes a pour cadre la prison des Baumettes, dont les conditions de détentions ont été jugées inhumaines en 2012 par le contrôleur général des lieux de privation de liberté et a été fermée en 2018. Les deux réalisateurs se sont plongés en immersion totale pendant 25 jours dans le quotidien infernal des détenus, « dans ce lieu de privation de liberté où l’objectif est de punir ».
On a l’impression que tout est mis en place pour qu’ils ne puissent rebondir.
Une plongée saisissante et fascinante dans l’enfer de cette prison insalubre, surpeuplée et mythique, pour esquisser le portrait de détenus à la vie suspendue, englués dans un système judiciaire obtus.
Les Baumettes semblent constituer un cadre pour les jeunes détenus : ils y vont, sortent, reviennent, repartent. Et reviennent.
« Quand la prison commence à devenir un cadre pour la jeunesse, ça interroge, c’est problématique » dit  A. Odiot . « Quand on cherche dans les détails, dans les recoins et dans les petits moments de relations humaines, on voit que l’humanité peut resurgir » confie J.R. Viallet.
Jamais montrée, la violence est omniprésente. Les morts en promenade, à la douche. Un homme condamné pour sept ans dit joliment « la prison, c’est la cuisine du diable – soit t’es le couteau, soit t’es la fourchette ».
La caméra baladeuse chope le quotidien, saisissant autant ce que les détenus veulent dire, essaient de dire, que ce qu’ils laissent échapper, et ce qu’ils veulent taire.
Si l’innocence peut être surjouée le temps d’une commission disciplinaire, la souffrance, elle, n’est pas feinte et transpire à chaque plan.
Des moments de grande lucidité suivis de regards dans le vide,, comme si mieux valait de ne plus penser. On y repère un Benni au masculin.
Un documentaire exceptionnel sur des enfants devenus des hommes.
Des hommes qui nous regardent.
Terrible.

Marie-No

Benni de Nora Fingscheidt (2)

J’ai hésité à écrire cette critique tant la grande majorité des spectateurs a accueilli favorablement ce film.

Je ne vais pas m’appesantir sur la forme : j’ai trouvé le son (les cris de Benni, la musique) assez difficile à supporter et j’ai peu apprécié les gros plans, les images floues et d’une manière plus générale la construction du film.

C’est surtout le fond du film qui m’interpelle : la gentillesse du personnel, l’amour qu’il semble porter à Benni sont-ils les ingrédients nécessaires et suffisants pour soigner cet enfant violent ?

La tolérance dont elle fait l’objet est insupportable : la violence qu’elle exerce sur un enfant plus jeune qu’elle entraîne de graves blessures qui auraient pu entraîner la mort mais des conséquences de cette violence on n’ en dit rien, les parents de cet enfant victime n’apparaissent pas, pire le lendemain Benni reçoit un cadeau et des signes amicaux des autres enfants et du personnel pour son anniversaire. Accueillie après une fugue, chez son éducateur – qui ment en disant qu’elle n’est pas chez lui, des dizaines voire des centaines de policiers vont être mobilisés toute la nuit à sa recherche ! – elle s’empare du bébé de la famille et le met en grave danger, le père a, me semble-t-il, beaucoup d’hésitations avant d’enfoncer la porte !

Pourquoi tant d’amour, tant de tolérance? Est-ce dû à sa beauté, souvent filmée en gros plan de face ou de profil ? Si c’est le cas, cet amour est plutôt dégoûtant !

Pour conclure l’institution veut régler le problème en l’exportant au Kenya comme on exporte des ordures ménagères ou des déchets industriels.

J’ai entendu un commentaire d’un spectateur disant que ce n’est pas en France que l’on donnerait autant de moyen pour  l’enfance : Je l’invite à regarder le film « Pupilles » qui traite de la protection de l’enfance dans un département breton.

Henri

Benni de Nora Fingscheidt

Benni : Affiche
Film allemand
(vostfr, 22 juin 2020, 1h58)
avec Helena Zengel, Albrecht Schuch, Gabriela Maria Schmeide
 
Présenté par Maïté Noël,
Soirée mardi 8 septembre 2020 à 20h30
 
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
 
Synopsis : Benni a neuf ans. Négligée par sa mère, elle est enfermée depuis sa petite enfance dans une violence qu’elle n’arrive plus à contenir. Prise en charge par les services sociaux, elle n’aspire pourtant qu’à être protégée et retrouver l’amour maternel qui lui manque tant. De foyer en foyer, son assistante sociale et Micha, un éducateur, tenteront tout pour calmer ses blessures et l’aider à trouver une place dans le monde.

 

Privée de l’amour de sa mère, comme dépossédée, en d’autres temps, autres lieux, on aurait soigné la petite Bernadette en crise à grand renfort d’eau bénite, d’ail et de mixtures. On l’aurait confiée à un exorciste, à un désenvouteur. Fût un temps où Satan était bien commode. Las, peine perdue, ni dieu, ni diable ne pouvaient rien à ce qu’on nommait alors simplement « hystérie ». Faute de soins et d’attention maternels, le vide se serait creusé et serait devenu abyssal. Pareil.
De nos jours, c’est autre chose. Nous sommes passés bien sûr à d’autres thérapies. On a construit des institutions pleines de lumières et de couleurs et Benni y est accueillie un temps et puis, les places étant comptées, envoyée un jour piquer ses crises ailleurs, des lieux où Benni est observée par des professionnels de l’âme, bienveillants mais qui ont leur vie, des horaires et qui doivent se protéger pour pouvoir revenir, où Benni doit prendre des cachets qui masquent sans colmater. Qu’est-ce que ça peut bien faire au fond sur une Benni, tout ça … La maintenir debout, vivante pour hurler sa détresse. Et en attendant qu’elle ait l’âge d’être internée pour de bon, l’envoyer au Kenya . « Benni in Afrika ! » se moque cet éducateur sceptique.
Pas mieux. Chacun fait ce qu’il peut.
Benni est sortie du cadre de la vie ordinaire, elle est hors champ, hors d’atteinte et on ne peut que constater qu’il semble que cela soit déjà trop tard pour la « recadrer », pour la rattraper,  pour la calmer et arriver à pérenniser son calme. La mère n’ira jamais assez bien pour guérir ses blessures à elle et a fortiori celles de sa fille, enfant. La mère continue à creuser le sillon des tourments, ceux de Leo et après viendra Alicia et elle aura peur d’eux un jour comme elle a peur déjà de Benni.
Quel malheur ! quelle désespérance !
Ce film montre la souffrance de cette enfant de neuf ans qui ne peut que faire régner la terreur pour exprimer sa colère. Puisque sa mère ne la « calcule » pas, elle se fera remarquée par tous. Puisque sa mère ne l’aime pas, elle se fera détester par tous. Puisqu’on la « range » là, elle se sauvera. 
Pour en avoir été privée, Benni cherchera sans doute toute sa vie, à se caler contre le sein de sa mère et pouvoir y rester jusqu’à l’apaisement.
Helena Zengel incarne Benni et y est remarquable. Bien préparée et accompagnée, il semblerait qu’elle n’ait pas souffert des scènes pourtant violentes qu’elle a eu à jouer. C’était par morceaux, par scène, sans succession et elle dit que, bien que mesurant la signification de chaque geste, de chaque cri, elle ne s’impliquait pas elle-même dans l’action. Forte personnalité, maturité impressionnante … bilingue.
Bientôt Tom Hanks pour partenaire … ça démarre fort pour Helena Zengel, 9 ans lors du tournage, 12 ans maintenant.
La réalisatrice, Nora Fingscheidt parvient à mettre l’accent aussi bien sur le travail remarquable du collectif que sur l’inadaptabilité de Benni à se mettre dans le moule qu’on lui propose : centre et famille d’accueil, école … et aussi sur l’impossibilité de la mère à être mère. Benni est imprévisible. Elle court et on la suit, on arrive encore à la suivre, à la retrouver. 
Sur le qui-vive, jusqu’au bout du film.

A voir

Marie-No

https://www.facebook.com/cineplus.fr/videos/572730143434589/

ADAM-Maryam Touzani

Film marocain (vostf, février 2020, 1h40) de Maryam Touzani avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi et Douae Belkhaouda

Présenté par Marie-Noël Vilain, Soirée mardi 1er septembre à 20h30

Synopsis : Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d’une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d’imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l’essentiel.

Plus de 70 personnes pour la reprise dans cette belle salle 3  ! C’est un cadeau dont nous sommes heureux et fiers!

Adam est un grand premier long-métrage, des plus touchant qu’il soit : L’histoire qu’il nous raconte, le jeu de ces deux femmes et de la petite fille, le scénario remarquablement écrit, les dialogues, et il faut entendre par dialogues tout ce qui parle, échange : les corps, les visages, la voix. Le jeu des actrices, leur beauté, le cadre évoquant parfois Johannes Veermer.

Samia, (Nisrin Erradi prix de la meilleure actrice au Festival international du film de Durban-Afrique du Sud) enceinte solitaire, abandonnée de tous, errante, dans la médina de Casablanca, décide cherche un lieu ou elle pourra survivre, travailler, habiter. Après bien des essais infructeux, elle frappe chez Abla (Lubna Azabal) qui tient une boutique de pâtisseries. Elle lui propose ses services et se fait repousser. Plus tard, elle s’endort dehors en face de la pâtisserie. Abla, cette femme au visage décidé et sévère la regarde de sa fenêtre. (Lubna Azabal (Abla) dit « j’ai travaillé mon personnage comme une peinture », quelle patte, et quelle touche!). Le tourment de cette femme transpire de partout, on sent qu’elle balance, on voit qu’elle ne sait pas comment incliner. Et c’est remarquable parce que chez cette femme pauvre, veuve, en charge de sa malicieuse petite fille se joue quelque chose qui la dépasse et lui parle très fort. On observe sur son visage les affres d’un dialogue, d’une lutte avec elle-même, cette lutte tourmentée des gens qui ont une conscience aigüe. Alors, elle lui ouvre sa porte pour quelques jours…

Etre une mère seule et accueillir une femme enceinte errante. Cette histoire, Maryam Touzani n’a pas eu à l’inventer entièrement, vous avez lu ceci dans le dossier de presse :

« Mes parents l’ont accueillie quand elle est venue sonner à notre porte, sans la connaître. Son séjour, censé durer quelques jours, a duré plusieurs semaines, jusqu’à la venue au monde de son enfant. Cette Samia était douce, réservée, aimait la vie. Sa douleur, j’en ai été témoin. Sa joie de vivre, aussi. Et surtout, son déchirement vis-à-vis de cet enfant qu’elle se trouvait obligée, d’après elle, d’abandonner pour continuer son chemin. Son refus de l’aimer, au début, car elle refusait de le regarder, le toucher, l’accepter. J’ai vu cet enfant s’imposer à elle, petit à petit, cet instinct maternel viscéral se réveiller, en dépit de ses efforts pour l’étouffer. Je l’ai vue l’aimer, malgré elle, l’aimer de l’amour indéfectible d’une mère, sachant que son temps avec lui était compté. Le jour où elle est allée le donner, elle a voulu se montrer forte, se montrer digne. Je comprenais son geste, et je trouvais son acte courageux car j’ai senti la souffrance que cet abandon représentait pour elle ».

Mais le film de Maryam Touzani est plus que la restitution d’une histoire familiale, elle fait se rencontrer deux femmes, l’une et l’autre en souffrance dans une société patriarcale où rien n’est donné aux femmes. L’une enceinte et célibataire, l’autre veuve pleine de ressentiment après la mort brutale et la dépossession de la dépouille de son mari, vraisemblablement assassiné.

Ces deux femmes isolées ont beaucoup à se donner, et elles vont le faire, délicatement, l’une rendra à l’autre la sécurité et sa dignité, et l’autre lui rendra sa liberté d’être une femme et pas seulement une veuve. La scène de la « chanson préférée » dans la boutique est l’une de plus belle du film et je n’avais jamais vu ça au cinéma (ni dans la vie). 

Ce film réalisé et écrit par une femme, est beau, nous ne le dirons jamais assez. Nous insisterons sur ces deux femmes et cette petite fille sensitive, intelligente et rieuse qui jouent leur personnage avec force, conviction, subtilité. Maryam Touzany, une cinéaste à suivre! Commencer la saison comme ça, ça va être dur derrière ! Mais on va y arriver !

Avant la reprise!

Curieux d’aller au cinéma, où que nous allions on ne se bouscule pas dans les salles, même pour les films du « masque » et la plume ! Curieux de constater que les acteurs ne portent pas de masque, quel privilège ! Durant cette période vacances nous en avons vu quelques-uns dont trois dont je souhaiterais vous toucher un mot.

L’Ombre de Staline de Agnieszka Holland Marie, une amie d’Angers me le signalait avec ce commentaire :

« Haletante aventure vécue par un jeune diplomate mué en journaliste, c’est aussi une fresque historique sans concession où l’effroyable vérité (car il n’y en a qu’une) se révèle à chaque image…James Norton, dans le rôle de Gareth Jones est éblouissant. Il excelle aussi bien dans ce rôle grave que dans celui plus léger de Sidney Chambers dans Grantchester (la série s’est donnée voici quelques années.) Son sourire désarmant est le même, fait de naïveté doublée de bienveillante tendresse, sauf lorsque la passion et la détermination l’effacent au nom de la vérité ».

Cette histoire est désormais connue et décrite dans toute son horreur, l’affamement ; il faut comprendre le mot, les gens meurent par milliers et parfois s’entre-dévorent, l’essentiel, c’est qu’ils meurent ! Le « Petit père des peuples » avait diverses motivations monstrueuses à commettre ces crimes, nous en entrevoyons l’atrocité, mais ici seul l’effort de guerre est invoqué. C’est bien que le cinéma nous rappelle cette histoire, qui s’en souvient ? Si vous n’avez pas vu ce film et qu’il passe à la télé, je vous le suggère.

EVA en août – Jonas Trueba

Synopsis : Pendant les chauds mois d’été, lorsque les Madrilènes quittent leurs maisons en masse pour échapper à la chaleur insupportable, le centre de Madrid est abandonné. C’est-à-dire, à l’exception des touristes et d’une poignée de locaux intrépides et de ceux qui ne peuvent pas partir, comme Eva, une charmante trentenaire. Néanmoins, l’été est le meilleur moment pour découvrir qui nous sommes vraiment. L’histoire se déroule avec une finesse séduisante lors des festivals de la ville au mois d’août, lorsque les troubles intérieurs peuvent être apaisés par des rencontres fugaces, des conversations en soirée décontractées et des aventures nocturnes inattendues.

Le Monde nous dit : « Eva en août » est une variation contemporaine d’un film culte d’Éric Rohmer (1920-2009), Le Rayon vert (1986), qui suit les aventures estivales d’une Parisienne, Delphine (Marie Rivière, créditée elle aussi au scénario). Le jeune auteur espagnol accepte parfaitement la filiation avec l’œuvre du maître de la Nouvelle Vague, tout en assumant des choix formels et narratifs bien différents ».

Je pensais aussi à Agnès Varda parce que derrière une tranche de vie, nous est restituée  toute la tension de l’existence, (le swing : pulsion,détente)  des personnages et tout particulièrement celle d’Eva. (magnifiquement interprétée par Itsaso Arana)

Et puis en avant-première de l’Alticiné « Effacer l’historique Kerven et Delepine ». Quel tandem ! Un film a sketchs dont la continuité est telle qu’on ne s’en rend pas compte, un film choral aussi, qu’est ce qui lie tous ces personnages ? Ce sont ceux de la France B, celle de gilets Jaunes, des maisons en ilots reliées à pas grand-chose où les habitant sont des pratiquants de la néoconsommation et de la vie nouvelle qu’elle propose, celle des portables, des ordinateurs, des mutuelles, des jeux de grattage, des séries de télé et autres cactus de la nouvelle vie quotidienne. Tout cela avec des acteurs du tonnerre ! Blanche Gardin impeccable dans le rôle principal et Corinne Masiero dans le second rôle féminin, et les hommes tels Denis Podalydes, et Vincent Lacoste, et… Benoit Poelvoorde, Bouli Lanners, Vincent Dedienne et Philippe Rebbot !  Un film original qui sait parler d’une manière pénétrante, avec l’humour typique  de Kerven et Delepine, des mœurs  actuels, de la vie quotidienne avec ses pièges pour tant de gens désarmés, sa folie et parfois sa méchanceté.

Bonne Rentrée aux Cramés de la Bobine, et pendant que j’y pense : Ecrivez dans le blog, rien ne nous sera plus agréable ! 

Madre de Rodrigo Sorogoyen

Madre : Affiche

Sorti le 22 juillet 2020
2h09

Synopsis : Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena, alors âgé de 6 ans, a disparu. Dix ans depuis ce coup de téléphone où seul et perdu sur une plage des Landes, il lui disait qu’il ne trouvait plus son père. Aujourd’hui, Elena y vit et y travaille dans un restaurant de bord de mer. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son fils disparu…

Elena est figée dans le temps devant l’immensité de l’océan, à jamais menaçant – magnifiquement filmé ! -seul témoin de son drame, devant l’immensité de son impossible deuil. Elena vit, travaille, elle a un amoureux … Elena n’est pas là.
Ce jour-là quand Yvan a eu froid et qu’elle ne l’a pas réchauffé, quand Yvan a eu peur et qu’elle ne l’a pas sauvé, ce jour-là, tout s’est arrêté et elle s’est absentée de sa vie, faisant de ses jours une suite de mécanismes, d’automatismes pour ne plus penser, meublant ses nuits d’images et de sons cathodiques pour tromper les cauchemars qui guettent et reprennent le dessus, encore et toujours : le prédateur, les cris, la cachette. NON !
Jean, va la faire vaciller. Pour commencer, elle qui ne voit plus rien, elle va le voir ! et décider de se bercer d’illusions. La relation qui commence entre cette très belle femme de 39 ans et cet adolescent sera vouée à la confusion des sentiments. Rien n’est normal quand on a 16 ans et pour elle la normalité ne veut rien dire. Alors …
Dans ce film, il est question de responsabilité en général et parentale en particulier, d’ouverture d’esprit, de patience et de longueur de temps qui peuvent, mais pas sûr, faire plus que force ni que rage  …
Il est question de l’absence, du vide, de la bienveillance aussi.
Et de la maternité, du sentiment maternel.
Rodrigo Sorogoyen filme beaucoup en plans séquences et celui du début de Madre est magistral.
La distribution est épatante à commencer par Martha Nieto et Jules Porier mais aussi Anne Consigny et Frédéric Pierrot.

Un conseil, allez voir Madre programmé en VOST par notre cher AltiCiné
Les Cramés auraient pu le choisir pour la rentrée et ça aurait fait un beau débat.

Qu’est-ce que c’est bien le cinéma !

Merci au distributeur Le Pacte d’avoir maintenu pour juillet la sortie de ce film 

Marie-No

Rappel : Alticiné a mis en place les mesures sanitaires conformes aux directives gouvernementales : port du masque, distributeur de gel hydroalcoolique, distanciation dans les salles, séparation des flux d’entrée et de sortie, désinfections régulières.

Les Filles de Joie-Anne Paulicevich et Frédéric Fonteyne.

Synopsis : Axelle, Dominique et Conso partagent un secret. Elles mènent une double vie. Elles se retrouvent tous les matins sur le parking de la cité pour prendre la route et aller travailler de l’autre côté de la frontière. Là, elles deviennent Athéna, Circé et Héra dans une maison close. Filles de joie, héroïnes du quotidien, chacune se bat pour sa famille, pour garder sa dignité. Mais quand la vie de l’une est en danger, elles s’unissent pour faire face à l’adversité.

Mardi 20 heures, jour de cinéday, pour nous, premier retour à l’Alticiné, nous sommes 3 dans la salle 8 pour voir Filles de joie un film réalisé par Anne Paulicevich et Frédéric Fonteyne. C’est un couple, elle est actrice et scénariste, lui est réalisateur. Les filles de joies sont interprétées par Sara Forestier (Axelle), Noémie Lvovsky (Dominique), Annabelle Lengronne (Conso).

Curieux film,  trois femmes qui ont en commun que d’habiter la même cité vont se prostituer de l’autre côté de la frontière. Et, le film balance lieu ouvert, lieu clos, lieu ouvert… Deux de ces femmes sont chargées de Famille, Axelle a trois jeunes enfants, qu’elle élève seule, apparemment son ex-mari Yann (Nicolas Cazalé) est interdit d’approche. Dominique est infirmière, elle nourrit un fils et une fille adolescents qui ont bien des besoins, et un compagnon Boris (Sergi Lopez). Quant à Conso, la troisième, elle est seule, elle peut espérer devenir technicienne de surface, ce qui ne correspond pas exactement à ses aspirations (épouser un prince charmant). Le film n’abuse pas de la situation professionnelle de ces dames et ne fait pas de nous des voyeurs. Il lui faut tout de même montrer le cadre d’exercice, la prostitution en maison close :  Champagne, talons (très) hauts, ambiance Toulouse Lautrec au 21esiècle et quelques pudiques situations de travail.

Ces femmes sont davantage montrées dans leur vie ouverte, avec leurs progénitures  avides, près d’hommes  de différentes qualités : compagnon désœuvré, ex-mari persécuteur,  prince perfide, petits machos débiles de quartier. Bref les « clients » ne sont pas tant dans la maison close qu’à l’extérieur, dans leur vie quotidienne. Une vie  ouverte à double tour en somme. 

La manière dont ces trois mousquetaires du sexe sont « une pour toutes et toutes pour une », dans leurs difficultés de vie quotidienne est parfois un peu expéditive et radicale mais, somme toute,  nous ne leur en tiendrons pas une rigueur excessive.

Georges