Défense et illustration de  » JOURS DE FRANCE  » de Jérôme Reybaud

Dimanche 2 Avril à 14h
En présence du réalisateur
Animé par Alain Riou
Dimanche 2 Avril à 14h

Film français (mars 2017, 2h21) de Jérôme Reybaud avec Pascal Cervo, Arthur Igual, Fabienne Babe, Nathalie Richard, Laetitia Dosch, Liliane Montevecchi, Jean-Christophe Bouvet et Marie-France

Synopsis : Au petit matin, Pierre quitte Paul. Au volant de son Alfa Roméo, il traverse la France, ses plaines, ses montagnes, sans destination précise. Pierre utilise Grindr, une application de son téléphone portable qui recense et localise pour lui les occasions de drague. Mais Paul y a recours aussi pour mieux le suivre. Au terme de quatre jours et quatre nuits de rencontres – sexuelles ou non – parviendront-ils à se retrouver ?

Ce jeune cinéaste est homosexuel et il ne le cache certes pas, il en fait même la matière de son premier long métrage de fiction.

On peut à juste titre trouver que 2h20 est un peu long ( j’en conviens ) mais comme il nous propose un voyage à travers monts et merveilles de France on peut ne pas s’ennuyer.

On ne connaît pas les raisons qui poussent Pierre à quitter Paul en catimini à l’aube parisienne. Mais on découvre que Paul ne peut se résoudre à la fuite de son compagnon et met tout en oeuvre pour le retrouver.
Commence alors ce joli tour et détour de France, de la campagne profonde ( Montargis est même évoqué !) du Berry profond, du Centre, jusqu’aux belles pentes enneigées et montagneuses des Alpes. Là réside un des puissants attraits du film, ces plans de paysages vus de la voiture ou de l’extérieur accompagné d’une bande-son sophistiquée ( le montage et les collages sonores sont le fruit d’une coproduction entre France Musique- France Culture -Vinci Autoroutes) musique classique elle-même mêlée aux bruits de moteur .. Et quand il filme les paysages de France, Jérôme Reybaud montre son sens de l’image, de la lumière, celle du petit matin ou du soir ou de la nuit en longs plans séquences muets. Et nous avons déjà tous fait l’expérience de vie, de force que peut donner un trajet en voiture la nuit avec une belle musique.
Il y a aussi les villages, perdus, noyés dans la campagne, ces banlieue étendues et éclairées la nuit qui donnent la sensation de perte des repères, un peu comme si on était dans un pays étranger que l’on découvre.
Et puis il y a surtout ces rencontres, de femmes, d’hommes, la plupart isolés, éparpillés dans le territoire et tissant une toile de solitudes plus ou moins tristes (la chanteuse de maison de retraite, la libraire, la paysanne, le charcutier et son fils énigmatique, le jeune homosexuel.. ).
On ne voit qu’une minuscule partie de la vie de ces gens, dans leur milieu, leur ville, village, paysage et lieu de travail ou de vie. Pierre ne fait que passer, cherchant juste à fuir Paris et Paul.
Mais peut-on disparaître dans le monde d’aujourd’hui envahi par l’usage du portable et les possibilités de rencontres qu’il permet?
Sans doute si on jette son portable alors plus de traçabilité, mais ici Pierre recherche au contraire les rencontres à travers l’espace, la distance grâce à son portable.
Ajoutons les courts mais percutants moments d’humour, la photo du sexe de Paul !! le charcutier qui ne veut rien vendre, la vieille dame bigote etc.
Donc une expérience de cinéma intéressante, et un cinéaste qui arrive assez bien à mettre en images et en sons ce qu’il ressent.

Françoise

PARIS PIEDS NUS : QUE DU BONHEUR !

Du 29 mars au 4 avril 2017
Soirée-débat mardi 4 à 20h30

Présenté par Françoise Fouillé

Film franco-belge (mars 2017, 1h23) de Fiona Gordon et Dominique Abel avec Fiona Gordon, Dominique Abel, Emmanuelle Riva et Pierre Richard.

Synopsis : Fiona, bibliothécaire canadienne, débarque à Paris pour venir en aide à sa vieille tante en détresse. Mais Fiona se perd et tante Martha a disparu. C’est le début d’une course-poursuite dans Paris à laquelle s’invite Dom, SDF égoïste, aussi séducteur que collant.

 

Le dernier film de Fiona Gordon et Dominique Abel ne nous a pas déçu, un vrai bonheur.
Quels beaux artistes vous faites Fiona et Abel, avec vos grands yeux, étonnés, narquois, rieurs, vos sourires à grandes quenottes.
Quels beaux corps élastiques, souples, dansants, éclairés par les textiles colorés; vert, jaune canari, sac à dos rouge, joli drapeau canadien toujours flottant à la bise parisienne.
Quel beau personnage que celui de Martha, jeune fugueuse ridée aux cheveux blancs et aux grosses chaussettes, à la recherche de la liberté.
Quels beaux paysages que ceux de Paris la nuit, de l’île aux cygnes et de sa statue,de la Seine et de ses bateaux, de ses inattendus pêcheurs, jaugeurs, promeneurs, chiens ( tient ça manque de chats !! ).
Que de belles idées de scénarios ( il y en a à la pelle ) les bouteilles de champagne qui plongent et se cognent puis se vident.
Vision curieuse des obsèques, du crématorium malin, et du cercueil qui coince la cravate .
Tout est léger, aérien, poétique, comme la tente de Dom qui danse la nuit lors d’improbables ébats. Et ce duplex d’amour entre Fiona et Gordon ces corps qui se tordent sous le désir,ces mains et ces pieds qui dansent et se rapprochent.
Merci à vous artistes, pour nous faire ressentir toute cette joie, ce bonheur, cette humanité.
Fiona et Dominique , on vous aime.

Françoise

Le Concours de Claire SIMON (1) ou comment les termes égalité et Art peuvent-ils se rencontrer ??

Prix Venezia Classici du meilleur documentaire à la Mostra de Venise 2016
Semaine du 23 au 28 mars
Soirée-débat lundi 27 à 20h30

Présenté par Maïté Noël et Françoise Fouille 
Film français (février 2017, 1h59) de Claire Simon

Synopsis : C’est le jour du concours.
Les aspirants cinéastes franchissent le lourd portail de la grande école pour la première, et peut-être, la dernière fois.
Chacun rêve de cinéma, mais aussi de réussite. Tous les espoirs sont permis, toutes les angoisses aussi. Les jeunes gens rêvent et doutent.
Les jurés s’interrogent et cherchent leurs héritiers.
De l’arrivée des candidats aux délibérations des jurés, le film explore la confrontation entre deux générations et le difficile parcours de sélection qu’organisent nos sociétés contemporaines.

Claire Simon occupe une place un peu à part dans le paysage cinématographique français. Elle fait du cinéma depuis 40 ans tout en ayant refusé de suivre des cours ou d’intégrer une école de cinéma. Elle a appris en faisant. Pour elle » le film se fait en se faisant » et elle dit cadrer elle-même ses films car elle ne sait pas à l’avance ce qu’elle va faire.

Pendant longtemps C. Simon a aussi refusé de faire des repérages ( pour sauvegarder l’impression de  » première fois » ) comme elle refusait un scénario écrit  » le cinéma ce n’est pas de l’écrit, c’est de l’image et du son ».
Cette méthode rappelle beaucoup celle du plus célèbre documentariste américain, Frederick Wiseman ( 88 ans et plein de films au compteur ) qui s’attache à observer le mode de fonctionnement d’une institution et à étudier les relations complexes que l’homme entretient avec les institutions qui reflètent ses valeurs et déterminent son existence. Sans aucun commentaire explicatif, ni interview.
Ce processus est en grande partie mis à l’oeuvre dans  » Le Concours » la réalisatrice n’intervient pas, elle laisse tourner la caméra pendant des heures, mais elle connaît bien la Fémis puisqu’elle a dirigé pendant 10 ans le département réalisation.
C. Simon est persuadée que cette caméra subjective/objective finira par révéler des mécanismes de sélection, des comportements plus ou moins conscients tant pour les membres des jurys que pour les candidats.
Par exemple la volonté de séduction, de mettre en oeuvre des critères qui vont sélectionner des candidats d’origine populaire.
Mais la réalisatrice est juge et partie, en filmant et sans doute plus encore en montant son film ( elle dit qu’avec le numérique elle a engrangé des 100 d’heures de rushes ) elle a évidemment l’intention de démonter ou de démontrer quelque chose.
Non la Fémis n’est pas un concentré de bobos parisiens et d’héritiers du 7ème Art mais oui la sélection est difficile et produit inévitablement un modèle d’étudiant cinéaste français.
Bon pour nous spectateurs et cinéphiles, le plus important c’est que cette école nous donne à voir de jolis films d’auteur que l’on pourra programmer et présenter en disant  » telle réalisatrice a donc suivi les cours de la fameuse école de cinéma la Fémis « .
C’est ce qu’on fait non ?

Tout est plus beau la nuit à « Diamond Island « (3)

Présenté par Françoise Fouillé
Film cambodgien (vo, décembre 2016, 1h43) de Davy Chou avec Sobon Nuon, Cheanick Nov et Madeza Chhem

Selon le réalisateur Davy Chou, le sujet du film réside dans le rapport passionnel et cruel entre la jeunesse et le mythe de la modernité en marche au Cambodge. il explique : « Il y a une sorte de surgissement brutal de la modernité dans un pays qui n’est pas du tout habitué à ça. Le pays est comme précipité dans le futur et la jeunesse qui née pendant une période de privation conséquente à une Histoire excessivement tragique y perd ses repères. Le film s’articule autour du désir, à la fois naïf, violent et sans recul qu’engendre ce surgissement, à tous les niveaux de la société ».

Donc si Davy Chou part bien du réel qu’il a observé longuement sur les vrais jeunes, les vrais chantiers de Diamond Island, travaille ensuite sur la déréalisation et le superficiel, dans sa mise en scène.
C’est un monde complètement faux et artificiel qui se dévoile, sur les chantiers le jour comme dans les fêtes la nuit, D.C. n’ a jamais eu l’intention de faire un reportage sur les conditions de travail de ces ouvriers, même si des éléments ( les immeubles en cours de construction, les baraquements où vivent les jeunes, l’accident de Dy qui fait des heures sup… ) ouvrent sur la réalité.
En fait il veut attirer notre attention sur l’attractivité que ce lieu exerce sur les jeunes, ce miroir aux alouettes, qui les fait attendre la nuit magique malgré la fatigue, tels des papillons attirés par la lumière.
Tout est dans le style, déroutant peut- être mais adapté à son propos.
Si l’on veut revenir sur ces éléments stylistiques ( qui font toute la qualité et l’originalité du film ) on peut évoquer; l’utilisation de plans larges dont certains tournés avec des drones, par exemple pour les ballets des motos.
Les gros plans fixes sur les visages, sur les corps, les gestes très précis, qui s’éternisent ( d’où l’impression de lenteur du film ) et cherchent à capter les émotions, voir tous les plans avec Bora, Bora et Aza, ou le groupe de jeunes.( il ne fait jamais de plan/contre- champ ).
Le choix des couleurs volontairement saturées, qui opposent le jour et la nuit. Le jour, une lumière blanchâtre qui tombe, mais aussi les couleurs vives des vêtements et baraquements. Et surtout la nuit genre  » nuit américaine » où toutes les couleurs sont outrées, par les néons, le fluo des manèges, les portables éclairant les visages, le frisbee, les motos tachetées de blanc et bleu, la neige qui tombe, et même l’insertion d’une vidéo promotionnelle trouvée sur Youtube.
La bande-son participe aussi de ce côté artificiel, avec la musique, les bruits ambiants ( chants d’oiseaux..) les paroles en langue khmer. Là aussi D. Chou a renforcé le côté artificiel en post-synchronisation, en poussant les voix et ambiances. Voir la scène en boîte de nuit où Bora discute avec Solei et par magie le fond sonore s’estompe pour accéder à leur échange.
Outre le style il y a bien sûr les belles histoires d’amour ( entre les frères, avec la mère pour Bora ) entre les filles et les garçons et leur apprentissage du flirt et leur approche du corps ( jolie scène de Bora plein de tendresse et de timidité avec Aza) et aussi les amitiés dans les différents groupes de jeunes.
Ces personnages ont un visage, un corps, un regard dont on se souvient et qui nous touche et c’est là la réussite du jeune réalisateur, qui tout en travaillant la surface , l’aspect poétique, nous achemine vers le drame et le cauchemar.

Baccalauréat, un film sur les rapports père / fille (1)

Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2016

Du 26 au 31 janvier 2017
Soirée-débat mardi 31 à 20h30

Présenté par Georges Joniaux
Film roumain (décembre 2016, 2h08) de Cristian Mungiu avec Adrian Titieni, Maria Drăguș et Lia Bugnar

Synopsis : Roméo, médecin dans une petite ville de Transylvanie, a tout mis en œuvre pour que sa fille, Eliza, soit acceptée dans une université anglaise. Il ne reste plus à la jeune fille, très bonne élève, qu’une formalité qui ne devrait pas poser de problème : obtenir son baccalauréat. Mais Eliza se fait agresser et le précieux Sésame semble brutalement hors de portée. Avec lui, c’est toute la vie de Romeo qui est remise en question quand il oublie alors tous les principes qu’il a inculqués à sa fille, entre compromis et compromissions

Film puissant et sombre sur la question des choix de vie auquel Le personnage principal est placé, pour lui et sa famille.

Roméo est médecin ( chirurgien ) dans un hôpital roumain de Transylvanie et le film le met en scène à un moment crucial de sa vie. Il aborde le tournant de la cinquantaine ( avec une belle bedaine !! ), son couple se défait depuis un certain temps et il a du mal à quitter Magda, l’épouse pour Sandra la maîtresse qui elle-même a une situation difficile, et doit élever seule son fils.
Et surtout le film montre en de multiples gros plans l’amour et la profondeur des liens qui l’unissent à sa fille Eliza.
Et c’est là le noeud du film, Eliza fille chérie doit passer son bac et ensuite trouver un avenir radieux ( pense le père ) en Angleterre, à Cambridge, où elle est admise comme boursière, mais à condition qu’elle obtienne son bac avec une moyenne élevée.
Il pense donner à sa fille cet avenir que lui et sa femme n’ont pas su réussir et la forme de son amour pour sa fille passe par ces études à l’étranger et un avenir différent et meilleur.
Le film raconte donc comment cet homme intègre, qui a oeuvré pour des valeurs humanistes, qui refuse la corruption de l’argent, est amené à la suite d’événements non choisis, à accepter des compromissions et à affronter les désirs de sa fille ( sa relation amoureuse avec Marius ) qui pour lui ne rentraient pas en compte avant l’agression.
Insatisfait de son pays, de sa femme, peut-être sa maîtresse, il a tout reporté sur cette fille unique, qu’il a  » surprotégée » selon sa propre mère.
Sur le plan cinématographique, ces sentiments sue traduisent par le refus du traditionnel champ/contre champ et le choix constant du gros plan serré sur les visages, les protagonistes sont toujours dans le même plan. Il y a beaucoup de justesse, d’observation fine, pas seulement de la Roumanie et de ses tares mais de l’être humain en général, de ses réactions ( parfois bizarres comme avec le chien dans le bois ). Et c’est cela qui nous touche, cette capacité à nous faire éprouver comment il est difficile de vivre et d’aimer y compris ceux qui nous sont les plus proches, ici un père et sa fille.

Françoise

Sur Paterson de Jim Jarmusch. (3)

 

Présenté par Jean-Pierre Robert

 Film américain (décembre 2016, 1h58) de Jim Jarmusch avec Adam Driver, Golshifteh Farahani et Kara Hayward

C’est un film que j’ai beaucoup aimé, l’ayant vu deux fois, le plaisir était toujours au rendez-vous.
Ce film lui-même est un long poème, hommage du réalisateur à l’Art et à la poésie ( déjà à l’oeuvre dans  » Dead man  » et  » Only loves left alive » son avant dernier film ).
Cette vie quotidienne, monotone, répétitive, ritualisée est sublimée par la création, qu’elle soit picturale culinaire ( motifs peints de Laura ) ou littéraire avec la poésie que le chauffeur de bus rédige sur son petit carnet.
Ce film est apaisant, harmonieux et recherche comme ses protagonistes, un bonheur simple et tranquille, un amour de chaque instant niché dans leur maisonnette.
C’est un film qui défend les choses de l’esprit, les activités artistiques, le jeu d’échec, les échanges, pour vaincre ( ? ) la médiocrité du quotidien, sa laideur ( Paterson est une ex-ville industrielle sinistrée, dans la rust-belt du Nord-est ). Mais ce qui est beau perdure, telle la poésie qui fit de la ville au XIX° siècle, le haut lieu de la poésie américaine; avec William Carlos William, Allen Ginsberg ) qui survit grâce à Jarmusch et son film.
Sous son apparente simplicité de récit, le film recèle bien des remarques sur le monde tel qu’il va aujourd’hui, la politique, les jeunes, que l’on découvre lors des conversations dans le bus et le bar.
Les rapports entre l’imaginaire poétique et la réalité sont exprimés aussi de façon comique et répétitive, voir la présence répétée des jumeaux.
Enfin n’oublions pas l’image et la bande-son qui sont très belles, image ornée des mots du poète et répétés en voix off.
L’humour de bon aloi, est exprimé de façon constante avec tendresse, via ce troisième personnage de la famille qu’est Marvin.
Donc nous conclurons que c’est un beau film qui fait du bien,qui est apaisant . Ils sont tellement beaux et calmes dans la certitude de leur amour.. ( même si certains se sont ennuyés ) et que Jim Jarmusch est un grand réalisateur.

La mort de Louis XIV-d’Albert Serra

 

 

Sélectionné au Festival de Cannes 2016

Du 15 au 20 décembre 2016Soirée-débat mardi 20 à 20h30Présenté par Françoise Fouillé
Film franco-espagnol (novembre 2016, 1h55) de Albert Serra avec Jean-Pierre Léaud, Patrick d’Assumçao et Marc Susini

Impressions et réflexions sur un très beau film. 

Film d’une très grande beauté plastique, accompagné d’une réflexion quasi philosophique sur le destin des Hommes, leur finitude au XVII° siècle comme aujourd’hui.
A.Serra nous enferme dans une somptueuse chambre mortuaire, mortifier, aux couleurs pourpre, ocre, plongée dans un clair-obscur, éclairé de quelques bougies.
L’image est somptueuse et la plupart du temps centrée sur le visage du roi Louis XIV / Léaud en train d’agoniser, les trois caméras captent tous les mouvements de vie, de pouvoir ( le verre en cristal, la chaise roulante ) comme de douleur, de lâcher prise du personnage. La crédibilité de cet espace / temps clos est totale et tient outre aux objets, au décor,aux costumes, avant tout à la présence incroyablement charnelle de l’acteur de génie qu’est Jean-Pierre Léaud, qui le temps du tournage n’a pas joué l’agonie du roi-soleil mais l’a vécue.
Le tout dans une infinie douceur, lenteur, tout est feutré, l’émotion existe mais se manifeste très discrètement . Cette agonie est une rivière visuelle qui coule lentement, patiemment et sûrement.
Si la lumière évoque la peinture en de nombreux tableaux qui se succèdent, le son très discret ( bruits et chuchotements, séquences quasi muettes ) en écho à cette pénombre nous rappelle que dehors la vie continue, les oiseaux pépient, les orages grondent ( nous sommes au mois d’août ) et la musique militaire avec roulement de tambour parvient aux oreilles du roi.
Si l’on quitte la « pureté » esthétique du film pour s’intéresser aux personnages, là aussi nous replongeons dans le passé, avec les voix discrètes des valets, médecins, personnages de la Cour et bien sûr ecclésiastiques. Silence mais présence. Présence de  Madame de Maintenon. Présences animales aussi, au début avec les chers lévriers de sa Majesté puis l’épisode de l’oiseau en cage, qui anime une discussion entre le premier valet et le premier médecin (Fagon).
Enfin et surtout les dialogues acidulés entre les médecins et G.Mareschal, le premier chirurgien du roi, sur les remèdes propres à guérir le roi.
Et c’est là que A. Serra déploie son ironie, son humour noir et son côté pince sans-rire pour nous montrer une médecine impuissante, ainsi que la fatuité de ces médecins qui s’empressent de demander l’embastillement d’un charlatan venu du sud de la France pour proposer ses onguents ( à base de jus de cerveau ! ).
Grandeur du roi qui souffre et comprend qu’il va mourir dans les mains de médecins incompétents et suffisants.
Le corps organique du roi se décompose, pourrit ( la jambe noirâtre ) et s’achemine vers sa disparition prochaine tandis que le corps symbolique lui survit, Louis XIV serre dans ses bras charnels son arrière petit-fils, en lui prodiguant les derniers conseils de gouvernance pour le royaume de France. Amen.