LE SECRET DE VERONIKA VOSS

 

Cycle Rainer Werner Fassbinder 
LE SECRET DE VERONIKA VOSS
 

Article de Michel Grob

La nostalgie (die sehnsucht) de Véronika Voss

1955, Munich.
 Dans une Allemagne blafarde encore sévèrement défaite, des personnages incertains d’eux-mêmes semblent à la recherche d’un rôle à tenir.
D’où le choix du noir et blanc qui renvoie à un passé mythifié : Marlène Dietrich sera plusieurs fois évoquée à travers le chant et les postures de Véronika  Voss. La blancheur répétée des scènes chez Mme Katz, psychiatre bourgeoise, souligne le blanc, le trou de mémoire, l’amnésie généralisée qui gouverne les corps et les esprits. L’alcool, la morphine tentent d’endormir les corps souffrants dans un somnambulisme
nocturne…
Douloureux et tragique, le passé surgit avec le vieux couple des déportés juifs dont l’élégance, l’humanité, et la dignité surprennent. Un beau vase précieux est offert, puis brisé, et  enfin remplacé à l’identique comme une transmission presque impossible …
 L’omniprésence muette d’un GI noir est le réel fil d’Ariane du film.
A la fin du film, un plan fixe parodie les producteurs, les réalisateurs et les acteurs de la Métro Goldwin Meyer.
Epuisé, vieillot, le son des cloches est parasité puis subvertit par l’arrivée du rock and roll, énergique et revigorant ! Humour …
A la Prusse impériale défunte succèdera la République impériale (R. Aron) des Etats-Unis comme influence déterminante. Plus précisément encore, la République Fédérale d’Allemagne Unie intégrera le songe du territoire communiste en le dissipant. D’où le vagueà l’âme (die sehnsucht) des marxistes ! Humour …
Michel Grob

EL ACOMPAGNANTE

EL ACOMPAÑANTE
Prix du public aux festivals de Miami et de la Havanne
Semaine du 29 septembre au 4 octobre2016
Soirée-débat mardi 29 à 20h30

Présenté par Sylvie Braibant en présence du producteur Edgar Tenembaum
Film cubain (vo, août 2016,1h44) de Pavel Giroud avec Yotuel Romero, Armando Miguel Gómez et Camila Arteche
 

Aux cramés de la bobine, nous avons la chance de voir des films rares, les films cubains ne sont pas si courants, et souvent ils sont bons. C’est le cas de celui-ci -Notre gratitude à Edgar Tannenbaum son producteur –

J’espère que ce film sera commenté, il y a tant de choses à souligner. Nicole, une spectatrice faisait remarquer que ce film avait une analogie avec « Folles de joie », présenté il y a peu :  La rencontre de deux personnes que rien n’aurait dû mettre en contact, sauf la situation et le lieu dans lesquels ils se trouvent placés à leur corps défendant. Il y a de même chez les deux personnages, ce désir d’en sortir,  de se faire la belle, l’attrait des grandes largeurs.

Là s’arrête l’analogie, car la question de la mort qui rode est spécifique   à ce film. Elle est majeure quand ce  jeune homme naguère débordant d’énergie,   maintenant épuisé,  couvert de kaposi, s’autorise à perdre son match pour la vie,  lorsqu’il sait que son ami  boxeur va gagner le sien… sur le ring,  grâce à son conseil.

Ce film rend compte d’un système efficace de prévention de la transmission du SIDA dans les années 80, et en même temps décrit, exprime  une organisation totalitaire. Un système d’enfermement, où l’on passe de sujet à objet, où tous les besoins des sidéens sont déterminés de l’extérieur. Nous voyons là, la résurgence d’une forme  de soins, pas si rare dans l’histoire.  Une forme de soin qui n’a qu’un prix, celui de la liberté.

Pouvait-on imaginer un tel dispositif pour faire face au SIDA ailleurs qu’à Cuba ?  Cuba nous apparait comme un pays à la fois autoritaire et égalitaire. En même temps,  c’est une île,  doublement isolée à cause des rétorsions américaines.  Par ces côtés là, cet hôpital prison partage quelques traits avec son pays.

Dans ce contexte de prison, de soins, de mort, et de violence parfois,  au fur et à mesure, on a  l’impression que le cadre rigide du système s’efface pour laisser place à l’humain. Et  cette humanité là, dans cette société là exprime aussi la fraternité. A mauvaise fortune, bon coeur dit le proverbe. Quant à l’idéal de liberté, dans le coeur de tout homme, il l’est plus encore dans celui des prisonniers.

On ne peut s’empêcher de spéculer sur Cuba d’aujourd’hui. C’est le début  d’autre chose,   la fin de l’isolement, la liberté sans doute,  mais aussi  « les libertés », par exemple, celle  d’expulser – Cette autre forme de la violence et de  l’exclusion-  Mais ceci est une autre histoire.

Georges

 

 

 

« Le fils de Jean » de Philippe Lioret

Ce n’est pas un film « Cramés » mais il aurait pu l’être .
« Welcome » et surtout « Je vais bien, ne t’en fais pas » étaient très réussis.
Alors on veut absolument voir « Le fils de Jean » .
Voilà, c’est fait.
Mais le film est mal ficelé. La première scène est la mieux. Après on nous ballade avec un scénario inabouti. Les images du lac sont belles, oui, mais ça ne fait pas un film. Tabernacle ! (2 fois). C’est le problème : tout est assez attendu, assez cliché, vu et revu . Bref on décroche avant même d’accrocher, bercés par Chopin. Ca ne va pas, Chopin (par ailleurs musique merveilleuse mais si romantique …).
Le cadavre du chevreuil noyé à moitié dévoré par les coyotes nous emmène dans un cul de sac. On regrette que le côté thriller ne soit pas un peu mieux travaillé.
Et alors le coup du stéthoscope … Et le coup de la casquette jaune à la synagogue … Non

Il manque de l’intensité

Restent l’accent québécois enchanteur, les phrases interrogatives (pêches-tu ?) délicieuses.
Et l’actrice Catherine de Lean.

 

Juste la fin du monde

Date de sortie : 21 septembre, durée 1h35
De Xavier Dolan
Avec Gaspard Hulliel , Nathalie Baye , Léa Seydoux
Genre Drame
Nationalités : Canadien-Français
Ce film n’est pas dans la sélection des cramés de la bobine, cependant, Xavier Dolan est un cinéaste qui compte, et beaucoup d’entre nous apprécient ses films. Celui ci a fait l’objet d’excellentes critiques, et d’autres, plus mitigées.   Vous l’avez vu, vous souhaitez réagir, n’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires.
G.
 3 commentaires déjà déposés, à suivre…n’hésitez pas, vous êtes bienvenus,   on a bien besoin de s’y mettre à plusieurs pour commenter ce film…
…et, commentons tout, le film et les commentaires!

« La quatrième voie » Gurvinder Singh

Au Penjab et ailleurs on attend que quelque chose arrive, que ça change, que ça s’arrange. La route est longue, obscure. Entre-temps, pour survivre, il faut courber l’échine. Celui qui se rebiffe, qui jappe, seul, finit, malgré un instinct de survie extraordinaire, par se faire massacrer.

Film sombre .

Des le début, la peur nous enserre, lentement. On comprend d’emblée qu’il ne faut pas lutter contre le courant immobile. Il faut se laisser porter par le temps qui s’étire. Rester silencieux. Les gestes du quotidien nous deviennent familiers mais jamais rassurants.
On redoute la nuit : tais-toi, Tomi !

Une séquence éclaire la situation : le ciel s’obscurcit, le vent se lève, souffle sur un immense champ de blé en herbe, si vert, si lumineux sous l’orage. Une tempête sur le grenier de l’Inde qui devient un océan déchaîné.
Et se calme.

Jusqu’au prochain orage, et un autre et encore un autre.

Jusqu’à trouver ensemble la quatrième voie ?

 

Ce qu’il reste de la Folie

CE QU’IL RESTE DE LA FOLIE
Semaine du 8 au 13 septembre 2016
Soirée-débat lundi 12 à 20h30
Présenté par Georges Joniaux
Film franco-sénégalais (juin 2016, 1h30) de Joris Lachaise

 

Ami(e)s Cramé(e)s de la Bobine  Bonjour,

« Cette manière de filmer, de montrer, c’est aussi l’Afrique ! » disait une spectatrice.

Un documentaire qui suscite un bon débat est un bon documentaire, et c’est le cas de « Ce qu’il reste de la Folie », si l’on en juge par la  qualité, la variété et la multiplicité des interventions dans la salle. Il n’y a rien à ajouter, simplement je souhaite signaler 2  références qui précisent l’histoire l’hôpital psychiatrique de Thiaroye :

Le combat décolonisateur d’Henri Collomb-mémoire et société

memoire-et-societe.over-blog.com/2015/…/le-combat-decolonisateur-d-henricollomb.
-On peut aussi  re découvrir le remarquable témoignage du Docteur Michel BOUSSAT  document INA  entretien avec le DR ESCANDE -1980-
Amitiés
Georges

 

PS1 :- le documentaire à l’origine  de la démarche de  Joris Lachaise,  « les maitres fous » de Jean Rouch est visible à partir de votre ordinateur.

PS2 : -tous ceux qui, comme moi,  ont été séduits par  Khady Sylla peuvent regarder Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=DNCzF-MVvtY

L’EFFET AQUATIQUE

Prix SACD (1) à la Quinzaine des réalisateurs 2016
Semaine du 1er au 6 septembre 2016
Soirée-débat mardi 6 à 20h30

Présenté par Françoise Fouillé
Film français (juin 2016,1h23) de De Solveig Anspach avec Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi et Didda Jonsdottir

Notes de présentation de Françoise

Comment les Cramés de la bobine ont rencontré S.Anspach ?

Beaucoup de fidèles spectateurs se souviennent de la soirée de clôture de juillet 2013 . Ce soir là, les Cramés avaient choisi un film drôle, fantaisiste “ Queen of Montreuil” de S. Anspach, que certains avaient découverts lors de la saison 2012 des Ciné-rencontres de Prades. Solveig a donc passé la soirée avec nous, accompagnée par l’actrice principale du film Florence Loiret-Caille.

Ce fût une belle séance, un film épatant et nos deux invitées, à l’écoute, répondant avec simplicité, et franchise à toutes nos questions.

Mais voilà, le destin funeste a fait que la maladie dont Solveig était atteinte et qu’elle avait exorcisée avec talent dans” Haut les coeurs” en 1999, est revenue et a fini par l’emporter le 7 août 2015.

Cependant le cinéma était sa vie, et elle s’est battue jusqu’au bout pour réaliser son dernier film “ L’effet aquatique” tout en luttant contre la maladie.

Solveig faisait partie de ces êtres humains qui ne lâchent pas, qui sont tenaces, son histoire personnelle en porte la marque.

Eléments biographiques

Solveig en islandais signifie “ chemin du soleil”…

Née en 1960, dans une petite île islandaise, d’une mère originaire de cette île et d’un père américain mais aux ancêtres allemands et roumains, Solveig a eu une enfance multiculturelle, parlant plusieurs langues, voyageant aux Etats-unis, en Europe, Islande.

Très tôt (à l’âge de 8 ans ) elle a voulu faire du cinéma, car son père l’emmenait toutes les semaines voir des films à la cinémathèque de Paris et semble-t-il le cinéma formait un lien puissant et unique qui les reliait.

Mais ayant formulé son intention à son père, ce dernier la dissuade de se lancer dans cette voie lui expliquant que c’est impossible de faire du cinéma pour une fille (on est en 1968) il n’y a selon lui qu’Agnès Varda capable d’être réalisatrice…Heureusement sa mère, qui a été la première femme architecte d’Islande lui explique qu’en tant que fille, elle peut tout faire à condition d’être tenace.

L’oeuvre de Solveig Anspach

C’est ainsi que Solveig sortira en 1989 de la première promotion de la Fémis, section réalisation et qu’elle tournera pendant dix ans de nombreux courts métrages avant , en 1999, de réaliser son premier long métrage, autobiographique, “ Haut les coeurs” qui sera un succès et fera connaître Karin Viard ( César de la meilleure actrice ).

Elle tourne ensuite sept longs métrages. En 2007 sort “ Back soon” tourné en Islande, début d’un projet de trois films avec des personnages construits par Solveig et son co-scénariste; Jean-Luc Gaget, qu’ils vont étoffer au fil des années.

Dans “Queen of Montreuil” tourné chez elle à Montreuil où elle partageait son temps avec l’islande, on trouve le personnage d’Agathe (Florence Loiret-Caille) veuve qui revient avec l’urne de son défunt mari, le grutier Samir (Samir Guesmi) et la poétesse déjantée ( Didda Jonsdottir, islandaise pure souche, poétesse, rockeuse et aussi éboueuse pour gagner sa vie !!)

L’origine et le tournage de “ L’effet aquatique” : un film qui parle d’amour et d’amitié.

Pour “ L’effet aquatique” on retrouve ces trois personnages, la veuve Agathe étant maître-nageuse à la piscine Maurice Thorez de Montreuil et Samir amoureux d’Agathe, toujours grutier. Ainsi que la poétesse islandaise, Didda ( Anna ) ici chefesse du 10éme congrès des maîtres-nageurs à Reykjavik.

Le film a été tourné en deux parties, en octobre 2015 pour la partie aquatique et montreuilloise et en mai-juin 2016 pour la partie islandaise .

Il ne faut pas chercher de continuité dans l’histoire mais dans celle des personnages . Par ailleurs l’idée première de ce film vient d’un réalisateur anglais Jerzy Skolimowski, qui est l’auteur de “Deep end“ traduit par “ Le grand bain” de 1970 et qui se déroule dans une piscine. C’est en voyant ensemble ce film (avec J-Luc Gaget) qu’ils furent enthousiamés et décidèrent de tourner dans une piscine, un lieu aquatique.

Quel sens donner à ce choix de l’eau toujours présente ? Le liquide amniotique ..? source de vie ?

Solveig explique qu’il s’agit du passage du domestique au sauvage soulignant le passage à l’état amoureux des deux héros. L’eau est ici la métaphore de tous les états amoureux .

La piscine étant un lieu particulier, hors du temps qui met avec des caractères spécifiques, en présence des populations diverses : moiteur,humidité, sols glissants, rituels. On y vient pour nager ou pour d’autres motifs ( sexe, détente..).

La piscine fait remarquer la réalisatrice est un lieu hautement démocratique car les signes d’appartenance sociale ou religieuse ont disparu sous les maillots de bain.
Elle a voulu aussi dresser le portrait d’une tribu étrange, familière et souvent drôle, celle des maîtres-nageurs.

L’objectif restant de marier le burlesque avec la comédie romantique ( mariage savant entre deux choses contradictoires) .

Quelle que soit l’interprétation faite de ce milieu aquatique, le résultat se sont de superbes images, comme dans la piscine où un véritable ballet avec bulles et gros plans, décrit l’élan d’amour de Samir pour Agathe. L’affiche du film reprend un des plus beaux plans, où Agathe et Samir sont enlacés sur le plongeoir surplombant l’eau bleutée..

Mais c’est aussi un film humoristique qui parle de l’humanité.

Dans la deuxième partie, nous participons avec nos héros au congrès des maîtres- nageurs à Reykjavik (dont au passage l’initiative revient à son fondateur au nom flamand mais incarné par Bouli Lanners). Et là Samir se fait passer pour le représentant de l’Etat d’ Israël, qui suggère le projet “Together” la construction en commun d’une piscine israélo-palestinienne, proposition accueillie par un tonnerre d’applaudissements.

La réalisatrice nous parle de la nécessité de la paix dans le conflit israélo-palestinien mais aussi de l’utopie comme moteur de l’imaginaire et de l’action des Hommes.

“L’effet aquatique” est son dernier film, que l’on peut considérer comme le plus beau, le plus accompli, tant sur le plan cinématographique ( beauté des images, des acteurs, des paysages ) que sur le plan humain.

A cet égard le dernier plan où Samir et Agathe s’embrassent dans cette eau chaude islandaise, nous submerge d’émotion et symbolise bien la personne et l’artiste formidables qu’était Solveig.

D’UNE PIERRE DEUX COUPS

D’UNE PIERRE DEUX COUPS
Prix du public au Festival Premiers Plans d’Angers
Semaine du 30 juin au 5 juillet 2016
Soirée-débat mardi 5 juillet à 20h30
En présence la réalisatrice Fejria Deliba, et des 2 acteurs Farid Bouzenad et Taidir Ouazine.

Film français (avril 2016,1h55) de Fejria Deliba avec Milouda Chaqiq, Brigitte Roüan, Claire Wauthion  

Synopsis : Zayane a 75 ans. Depuis son arrivée en France, elle n’a jamais dépassé les frontières de sa cité. Un jour elle reçoit une lettre lui annonçant
le décès d’un homme qu’elle a connu, autrefois, en Algérie. Le temps d’une journée, elle part récupérer une boite que le défunt lui a léguée. Pendant son absence, ses onze enfants se réunissent dans son appartement et découvrent un pan de la vie de leur mère jusque-là ignoré de tous…

Quelle soirée! Ami(e)s Cramé(e)s bonjour, notre film de clôture et aussi d’ouvertures… à vos plumes!

 

LE FILS DE JOSEPH

LE FILS DE JOSEPH
Semaine du 23 au 28 juin 2016
Soirée-débat Mardi 28 juin à 20h30

Présenté par Henri Fabre

Film français (avril 2016,1h55) de Eugène Green avec Victor Ezenfils, Natacha Regnier, Fabrizio Rongione, Mathieu Amalric, Maria de Medeiros et Jacques Bonnaffé 

Synopsis : Vincent, un adolescent, a été élevé avec amour par sa mère, Marie, mais elle a toujours refusé de lui révéler le nom de son père. Vincent découvre qu’il s’agit d’un éditeur parisien égoïste et cynique, Oscar Pormenor.
Le jeune homme met au point un projet de vengeance, mais sa rencontre avec Joseph va changer sa vie.

 

Voici  un film qui a suscité un beau débat et qui mérite certainement quelques commentaires. Les spectateurs qui veulent nous faire part de leurs impressions sont les bienvenus.
Amitiés du Blogcramés