Vu en prévisionnement : Enorme de Sophie Letourneur

Synopsis : Ça lui prend d’un coup à 40 ans : Frédéric veut un bébé, Claire elle n’en a jamais voulu et ils étaient bien d’accord là-dessus. Il commet l’impardonnable et lui fait un enfant dans le dos. Claire se transforme en baleine et Frédéric devient gnangnan.

Peut-être aurons-nous à la reprise des cinémas le film  ENORME de Sophie Letourneur.
Frédéric, un mari dévoué et Claire, pianiste professionnelle , n’ont jamais voulu d’enfant. Un beau jour c’est lui qui a un besoin irrépressible d’enfant et trafique la pilule de Claire qui tombe enceinte sans le savoir, Claire se transforme en baleine et Frédéric devient un père-poule avant l’heure.
La première heure du film est une comédie légère, rapide, loufoque, l’humour est décalé et fait mouche grâce aux comédiens: Jonathan Cohen et Marina Foïs, tous deux excellents.
On se demande comment ils vont se sortir de ce cauchemar pour elle, de ce rêve pour lui. Puis le film donne lieu à des situations plus graves où chacun cherche sa place dans le couple et la parentalité. Le milieu hospitalier qui les entoure permet de beaux portraits de soignants; tous ne sont pas des acteurs professionnels, c’est ce qui est encore plus intéressant et nous permet de retomber sur terre: la légèreté fait place au réalisme. La comédie devient tragi-comédie mais l’émotion est présente et les situations touchantes.
Voici, un film original digne d’intérêt et facile d’accès par plusieurs entrées possibles.

Vu en prévisionnement : Family Romance LLC de Werner Herzog

Family Romance, LLC : Affiche

Film américain, 1h29
sortie nationale prévue :  19 août 2020

Synopsis : Perdu dans la foule de Tokyo, un homme a rendez-vous avec Mahiro, sa fille de douze ans qu’il n’a pas vue depuis des années. La rencontre est d’abord froide, mais ils promettent de se retrouver. Ce que Mahiro ne sait pas, c’est que son “ père ” est en réalité un acteur de la société Family Romance, engagé par sa mère.

Werner Herzog nous fait visiter Tokyo : les cerisiers en fleurs, le pédalo-cygne rose sur le lac de l’Inokashira Onshi koen, les prédictions sur petits papiers flottants au vent, les moineaux familiers, Skytree, le shinkansen, les lampions, les robots humanoïdes, les poissons robots, l’oracle etc … etc …
Au fait, c’était pas une fiction, ce film ? Il n’y avait pas une histoire ? Si, si, mais alors vite fait. Le sujet c’est Tokyo et ses drôles d’habitudes, le mal être et la solitude des tokyoïtes qui sont peu ou prou rattrapés par le monde virtuel où on s’invente des vies, où on n’a plus besoin d’épées en vrai pour se faire hara kiri. Intéressant et de belles images bien sûr, certaines vues du ciel, Werner Herzog se laissant tenter par le drone …. les cerisiers, les passages piétons, c’est beau ! Des scènes et des sujets de réalité fiction se détachent comme avec la petite Airi, peau trop foncée, cheveux frisés, ostracisée ou encore avec le manager de l’hôtel qui se demande très sérieusement ce qui se passe dans la tête de ses « hôtesses » entourées de poissons aussi robots qu’elles, ou aussi celle de l’animalerie : à Tokyo les hérissons n’ont pas de puces et sont nourris avec une pince à épiler !
Et la fiction … Pourquoi Werner Herzog a-t-il voulu faire entrer une histoire dans son documentaire ? M’est avis que ça aurait été mieux sans car il en résulte un drôle de film bancal. Côté acteurs, si Ishii Yuichi s’en sort bien dans le rôle du père, Mahiro Tanimoto dans celui de la fille ne m’a pas convaincue. Il aurait fallu qu’elle crève l’écran. Mal dirigée dans un rôle pas suffisamment écrit ?
Pas pu m’empêcher de penser à ce que Kore Eda aurait fait de ce scénario.

Marie-No

Quel est votre film préféré ? aujourd’hui Tous Les Matins du Monde d’Alain Corneau (1991)

            « Tous les matins du monde sont sans retour ». Il est des phrases, ainsi, qui nous hantent, telles ces « trois petites notes de musique » d’Henri Colpi fredonnées par Yves Montand, ou l’entêtant leitmotiv de « Demain dès l’aube » de Hugo pleurant Léopoldine, de « L’invitation au voyage » chère à Baudelaire : « Là tout n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté ». Un leitmotiv associé au roman épuré et austère de Pascal Quignard, au film dur et émouvant 6 fois césarisé en 1992 : je l’ai revu il y a quelques mois, en avril 2019, à la mort de Jean-Pierre Marielle, qui campait le musicien Sainte-Colombe et sa viole de gambe, sa septième corde divinement (ou prétendument ?) ajoutée. Un Jean-Pierre Marielle tout en brusquerie, en misanthropie véhémente, où le cabotinage et le second degré, l’ironie truculente de ce grand acteur s’absorbaient dans la douleur inapaisée du deuil, la pureté incorruptible de l’art, dans une nécessité intérieure inexpliquée et impérieuse − cette exigence musicale et intellectuelle, ce perfectionnisme ombrageux qu’il transmettait farouchement à ses filles, Madeleine et Toinette, mais déniait à son disciple Marin Marais, trop habile, si courtisan, et opposait à l’abbé Mathieu ou M. Caignet, envoyés du roi lui faisant miroiter reconnaissance versaillaise et gloire artistique…

« Tous les matins du monde sont sans retour ». Cette phrase scande le film et ouvre le chapitre 26, l’avant-dernier du livre – Sainte-Colombe a vieilli et reste cloîtré dans sa cabane, avec sa musique : elle me fascine et me hante. Comme l’écho attardé d’une musique lancinante, les Pleurs de Sainte-Colombe pour sa femme adorée, ou cette Rêveuse composée par Marin Marais pour Madeleine. Tous les matins du monde comme cette plénitude angélique de la Troisième leçon de ténèbres de Couperin, plénitude spirituelle, immatérialité pourtant frissonnante de la musique qui apaise et enivre tout à la fois…Tous les matins du monde comme l’évidence étonnante d’une aube toujours recommencée, toujours nouvelle, et pourtant  à jamais impossible. 

« Tous les matins du monde sont sans retour » comme un chiasme entêtant, une dissonance pourtant euphonique, une étrangeté grammaticale aussi, entre le bonheur total (tous les matins nous enchantent) et le désespoir d’une vie qui n’a plus de sens, qui frappe le réel de nullité (aucun matin ne reviendra). Comme une plénitude refusée, l’absolue singularité et fugacité du bonheur enfui, sans retour. Un écho inapaisé, comme la douleur de Sainte-Colombe d’avoir perdu son épouse, d’avoir dû élever seul ses filles, comme le désespoir amoureux de Madeleine délaissée par le frivole Marin Marais à qui, pourtant, elle a tout appris de la musique, en cachette, alors que son père ne voulait plus lui donner de cours et avait même brisé de rage l’instrument de cet élève brillant mais sans âme qui dirigera l’orchestre de chambre du Roy. Cet homme à qui elle s’était donnée sans retour, à qui elle offrait tous les matins du monde…Ô la scène où Madeleine, superbe Anne Brochet, qui se laisse littéralement mourir de chagrin, reçoit enfin la visite de Marin Marais, un Depardieu cynique et bedonnant : presque nue et décharnée, elle s’arrache à son lit, s’agrippe au musicien, lui jetant au visage sa rage et son dégoût lucide de femme oubliée : « Et dire que j’aurais aimé être votre épouse ! ». « l’amour que tu me portais n’était pas plus gros que cet ourlet de ma chemise ». Tous les matins du monde scandent cette scène d’amour et de mort, de passion et de désespoir dont la pensée et les images me bouleversent encore − cette scène qui avait tellement gêné mes étudiants de BTS, dans un curieux rire d’auto-protection… Madeleine se pendra au baldaquin de son lit.

Tous les matins du monde comme une quête sans fin de la perfection, comme la solitude créatrice, comme le fantôme de la chère disparue dont la musique magique appelle et évoque le retour. Tous les matins du monde comme la peinture aussi : Sainte-Colombe a fait peindre par Lubin Baugin la table (portant un verre de vin, une bouteille clissée et une assiette d’oublies) derrière laquelle l’apparition s’assied pour l’écouter jouer : Le Dessert de gaufrettes. La nature morte, si vivante pourtant, dont l’art célèbre le retour.

Tous les matins du monde comme un film austère et chaleureux, sur le temps, la triste réussite et le superbe refus, l’âme tremblante et le corps crucifié, comme un clair-obscur, un tableau du maître Georges de La Tour (dont Pascal Quignard est si friand), une qualité d’âme et de lumière qu’il faut savoir capter. Comme une aube blafarde, dont on voudrait suspendre la palpitation sans retour.

Claude

Les films de Dominique (2)

            Dans  son  documentaire  A  la recherche d’Ingmar Bergman,  Margarethe Von Trotta nous apprend qu’un de ses films (Les Années de plomb, je crois) figure dans la liste des dix ou onze films préférés  du cinéaste.

            Quels films figureraient dans ma liste à moi ? me suis-je demandé. La chronique d’Anne-Lorraine datée du 29 janvier, qui m’est dédiée ainsi qu’à deux autres amoureux du cinéma de sa connaissance, me pousse à me lancer à retardement. Voici donc :

• Le Limier  de Joseph L. Mankiewicz,  avec Michael  Caine et  le génial Laurence 

Olivier qui se délecte à incarner Andrew Wyke, auteur de romans policiers, personnage abject qu’on adore détester. Ses sous-entendus méprisants envers Milo Tindolini, anglicisé Tindle (« become English… », murmure-t-il en jetant un regard torve à son rival) sont un régal. Quant à sa passion pour le jeu elle est telle que, quand bien même sa vie en dépend, il atteint la jouissance (et Laurence Olivier aussi en l’interprétant) en cherchant à résoudre les énigmes posées par Milo. Ajouter à cela un scénario diaboliquement intelligent, une mise en scène élégante et fluide qui fait oublier qu’on est en plein théâtre et on a le film parfait, que j’ai vu une bonne quinzaine de fois au cinéma, que j’avais enregistré lors d’un passage à la télévision sur une cassette vidéo et qu’Arlette, grâce à son appareil magique qui permet de copier le VHS sur DVD, m’a permis de pouvoir conserver car le film n’est jamais sorti dans le commerce (question de droits ?).

Et bénie soit aussi Lucile pour m’avoir un jour offert, au seul vu de son titre, le livre de Tanguy Viel Cinéma sans se douter qu’il était consacré au film de ma vie et à la passion qu’il m’inspire.

(Et je retrouve dans mon journal 2008 -26 février- ces quelques lignes : « Le Limier, de Joseph L. Mankiewicz. Scénario diabolique, mise en scène brillantissime -un des chocs cinématographiques de ma vie- et Laurence Olivier qui se délecte : joueur, mesquin, sournois, méprisant. Grandiose. Le plus grand acteur du monde.

            Je n’ai pas vu ni ne verrai la version Branagh)

            • Journal intime du « splendide quadragénaire » (aujourd’hui sexagénaire mais tout aussi superbe, n’en doutons pas un seul instant) Nanni Moretti. 

Quel plaisir de le voir rouler dans les rues de Rome, invectiver le journaliste qui a dit du bien d’un film qu’il a détesté, proclamer haut et fort son admiration pour Jennifer Beals et pour Pasolini.  

Quel bonheur de le voir imiter Silvana Mangano dansant le mambo et partir dans les îles éoliennes avec un ami soudainement devenu accro aux séries américaines (ah ! cette scène où l’ami impatient l’envoie demander à de lointains touristes américains ce que deviennent ses personnages préférés dans des épisodes encore inédits en Italie, et qu’il lui hurle la réponse prosaïque par-dessus le majestueux paysage strombolien qui les sépare !). Et cet humour pour décrire les remèdes fantaisistes que les médecins lui ordonnent pour calmer son prurit. Enfin, quel bel hymne à la vie que le plan final !   

            • Le Bal des vampires, évidemment. Grâces soit rendues à Roman Polanski, c’est par lui que j’ai eu la révélation soudaine…

(À l’âge de 20 ans, quand même… c’était en 1968, au mois de juin, mes parents m’avaient ramenée de Dijon à Troyes depuis plusieurs semaines, pendant qu’on trouvait encore de l’essence et non, je n’ai en rien participé aux mouvements sociaux) 

… du rôle du réalisateur : dans la scène où Alfred tente d’échapper à Herbert en courant tout autour d’une galerie pour revenir à son point de départ où l’attend tranquillement le vampire, il fallait bien que quelqu’un ait pensé tout ça avant, non ? 

Le Bal des Vampires : film dont je peux réciter par cœur, et en VO s’il vous plaît, le début et la fin (« That night, penetrating deep into the heart of Transylvania, profesor Abronsius was unaware… » Et je jure que je n’ai pas revu le film pour écrire ces mots et que j’aurais pu continuer jusqu’au bout).

Et c’est depuis que nous l’avons vu (soit presque cinquante ans) que mon amie Simone (elle m’accompagnait, rue Émile Zola à Troyes, au cinéma Le Paris, disparu depuis, devenu une boutique de fringues) et moi, de nos jours encore, nous donnons du « très chère » en souvenir de la scène où Herbert demande à Alfred, dans la version française qui est celle dans laquelle nous avons découvert le film, « Alors très cher, vous êtes plus à l’aise ? », quand la VO y va d’un sobre « and now, feeling better ? »

J’aime aussi beaucoup Le Locataire.

• La Croisière du Navigator de Buster Keaton. 

Bien sûr, il y a aussi Les Fiancées en folie et son avalanche de rochers auquel il échappe par des prodiges d’agilité. Mais c’est avec le Navigator que je l’ai découvert à Dijon quand j’étais étudiante, j’y étais allée un peu par devoir, c’est un classique, et était ressortie totalement conquise. Il faut dire que la salle était d’une réceptivité comme j’en ai rarement vue, les rires fusaient de partout et quand, en scaphandre, il plonge pour effectuer des réparations à la coque du bateau en posant à côté de lui un panneau « attention travaux », je pleurais autant d’hilarité que d’émotion. De la poésie pure. 

Concernant Buster Keaton, je regrette de n’avoir pas mentionné la merveilleuse musique de Claude Bolling qui dans les années 1960 accompagnait Le Navigator, Les Fiancées en folie et Steamboat Bill Junior et que je n’ai jamais réentendue depuis dans aucune reprise de ces films. J’ai juste un 45 tours avec deux courts extraits du dernier, et que je ne peux même pas réécouter parce que mon tourne-disque ne fonctionne plus…)

• Le Salon de musique de Satyajit Ray qui filme la fin d’un monde : appréciant le raffinement et la beauté, son héros ruiné doit céder la place aux nouveaux riches et leur vulgarité (dans un style très différent, Luchino Visconti faisait le même constat dans Le Guépard).

Et aussi, bien sûr, le beau portrait de femme qu’est Charulata.

            • De La Joyeuse divorcéeL’Entreprenant M. PetrovEn suivant la flotteSwing timeTop hatAmanda, lequel choisir parmi ces Fred Astaire/Ginger Rogers aux scénarios un peu  faiblards (en tout cas, toujours sur le même schéma il a le coup de foudre pour elle elle le repousse il la séduit en la faisant danser ils roucoulent mais quelque chose vient se mettre en travers et à la fin après un ultime rebondissement tout s’arrange) mais aux séquences dansées fabuleuses (aérien monsieur Astaire) filmées en plans larges (pas de saucissonnage sur les différentes parties du corps, tout est dans la continuité qui seule permet d’apprécier la fluidité des pas), aux chansons signées Gershwin, Irving Berlin ou Cole Porter et aux seconds rôles épatants (mon faible pour Edward Everett Horton qui joue les idiots à merveille).

            Sans oublier Tous en scène de Minnelli et son fabuleux Girl hunt ballet où Cyd Charisse, robe rouge fendue et longs gants noirs, donne des frissons en vampant Fred Astaire, pour une fois ce n’est pas lui que je regarde, c’est sa partenaire. 

            • Plumes de cheval avec les Marx Brothers. 

Je n’ai pas tout de suite accroché au film : qu’est-ce que c’est que ce recteur d’université qui monte sur les tables et débite des fadaises ? Et le déclic, à la fin, pendant le match de football : oui c’est absurde, mais c’est bon !

            C’était la période bénite de la Paramount qui nous a aussi offert Monnaie de singe (ah ! Harpo imitant Maurice Chevalier !) et La Soupe au canard mis en scène par le grand Léo McCarey (passant à la MGM, les frères se sont dilués dans le soap, trop d’amoureux transis auxquels ils viennent en aide, un contresens total. Encore, si l’amoureux avait été Zeppo ! Mais il s’était débiné le traitre, il faut dire qu’il n’était pas très déjanté). 

            • Le Verre de bière fatal, génial condensé du mauvais esprit marque de fabrique de WC Fields  qui  envoie allégrement valser  toutes  les sacro-saintes valeurs  américaines et en particulier celle de la famille. 

Il faut le voir 

Chanter la balade de son fils Chester (lequel, parti à la ville, boit le fatal verre de bière du titre et, sous l’empire de l’alcool, vole la recette de l’Armée du Salut) en s’accompagnant, avec ses moufles, d’une sorte de balalaïka.  

Sortir dans la tempête de neige (« It ain’t a fit night out for man or beast ») en recevant au visage un seau de confettis lancée par un technicien caché derrière le décor. 

Couper un pain en deux parts inégales et les comparer afin d’être bien sûr de donner la plus petite à sa femme. 

Accueillir à bras ouverts Chester sorti de prison, le faire asseoir et lui servir la soupe (jeu d’assiettes musicales autour de la table, la mère tend à son fils sa propre assiette encore pleine, laquelle est promptement interceptée par Fields qui met la sienne, bien entamée, sur celle posée devant Chester qui passe à sa mère l’assiette vide du dessous). 

Enfin il faut voir les vieux parents, après avoir pleuré d’émotion en apprenant que Chester est revenu pour toujours vivre à la ferme avec eux, après lui avoir fait moult salamalecs avant d’aller au lit…

(Good night pa ! good night Chester ! Good night ma ! Good night Chester ! Sleep well Chester ! Thank you pa ! Sleep well Chester ! Thank you ma ! et j’en passe ; et depuis nos années d’étudiantes à Dijon Simone et moi ne manquons jamais de nous souhaiter bonne nuit par une succession de good night pa good night ma good night Chester suivie d’un petit rire complice, comprend qui peut)

… l’accuser de revenir vivre à leurs crochets quand il avoue ne pas avoir conservé l’argent du vol avant de le jeter dehors sans ménagement, en pyjama dans la neige.

(J’aurai la joie de retrouver ce même mauvais esprit chez Dino Risi :

« Et les parents de frapper leurs rejetons avec leurs poings et une canne et, tandis que ces

derniers s’enfuient pour échapper aux coups, de leur lancer tout ce qui leur tombe sous la main)

la fin de ses Pauvres millionnairess’apparente -en un peu moins hard, on est à Rome, il fait chaud et la mamma finira sans doute, en rouspétant ronchonnant tempêtant, à accueillir son fils et toute sa smala- à celle du Verre de bière fatal : 

Piazza Navona. Renato Salvatori, sa femme, sa sœur et le mari de sa sœur, débarquent avec leur mobilier. Retrouvailles chaleureuses. On se jette dans les bras l’un de l’autre :

-Ma maman chérie !

-Mon fils adoré !

-On  partira plus.  On est  au chômage,  on reste à la maison !   Et  nos  femmes sont enceintes !

-Sans travail et avec des enfants !

Et  les parents de frapper leurs rejetons avec leurs poings et une canne et,  tandis 

que ces derniers s’enfuient pour échapper aux coups, de leur lancer tout ce qui leur tombe sous la main)

            (Que j’ai mis encore plus de temps à apprécier que Plumes de cheval. Les deux films passaient en programme double à Dijon, d’abord Fields, ensuite les Marx. Et comme je voulais à tout prix revoir ces derniers, j’étais obligée de « me taper » la Riche affaire à chaque fois, et ce fut une excellente chose car, après avoir tempêté fulminé pesté à n’en plus finir, j’ai fini par l’aimer et pas qu’un peu !)  

… avec la scène où un importun vient déranger Fields, qui essaie vainement de trouver le sommeil sur son balcon, en lui demandant s’il connaît un certain Carl La Fong, L majuscule petit a, F majuscule petit o petit n petit g.

No I don’t know Carl La Fong, capital L small a, capital F small o small n small g. And if I did know Carl La Fong, I wouldn’t admit it !)

• Les Sept samouraïs d’Akira Kurosawa, avec son alternance de scènes d’action et de moments contemplatifs.

Et aussi Dersou Ouzala

• Le Voyage à Tokyo de Yasujiro Ozu. On a rarement montré avec autant de sensibilité combien sont gênants les vieux parents.

            • Et Le Boucher de Claude Chabrol (« Capri petite île » et « Un petit couteau peut-être ? ») dans lequel Jean Yanne offre à Stéphane Audran « Un petit bouquet de gigot » et meurt dans un baiser (« Mademoiselle Hélène, embrassez-moi »). 

          Mardi 17 septembre 2019

Le Ciné des Cramés de la Bobine

 Chers Amis Cramés de la Bobine, Bonjour,

D’abord merci aux auteurs, c’est un bonheur de recevoir vos articles et de les mettre en ligne. Merci aux lecteurs qui ne manquent jamais de jeter un œil sur le blog et de s’y promener si affinité. Et justement heureux de cette affinité commune pour le cinéma. Par ces temps de confinement, l’idée de voir un film le soir, même à la télé, est comme une récompense et la promesse de jours meilleurs. En parler tout autant. N’hésitez pas à nous écrire, ce blog c’est vous !

Ces jours-ci, le blog s’habille en mardi soir avec quelques prévisionnements de films à venir : Marie-No a vu « Malmkrog de Cristi Puiu » et quel œil ! Elle a vu aussi un documentaire « Israel, le voyage interdit de Jean-Pierre Lledo » (première partie : Kippour) l’histoire d’une découverte, une sorte de visite d’étonnement, avec tendresse.

Parmi les films aimés, en voici un dont on est heureux de se souvenir grâce à Marie-Annick. Bagdad Café de Percy Adlon.Vous aurez aussi lu « Elle, de Paul Verhoeven », la détestation de Pauline . Ce n’est pas si facile de bien détester, Pauline le réussit, avec son punch, toujours sagace et entière.

À bientôt, prenez soin de vous. 
Amitiés
Georges

Quel film avez-vous détesté ? Aujourd’hui : Elle de Paul Verhoeven

Thalia nous confessait son ennui face à Barry Lyndon, pourtant salué par la critique.

Inspirée par son article, j’ai décidé de revoir un film que j’avais détesté au cinéma pour être sûre de ne pas avoir changé d’avis tant la critique est dithyrambique.

Et bien non, je le confesse, je déteste… Elle de Paul Verhoeven que tout le monde a trouvé génial, m’a recommandé et qui a eu des prix nombreux.

Elle (#1 of 4): Extra Large Movie Poster Image - IMP Awards

Non mais, Elle ? Vraiment ? Je suis peut-être passée à côté du film, il y a peut-être deux films éponymes avec Isabelle Huppert, je cherche à comprendre parce que ça me semble insensé qu’on puisse apprécier cette mascarade. Je vais tenter de défendre mon point de vue sans demi mesure, quitte à irriter ceux qui l’ont aimé, le film m’ayant tellement irrité moi-même (deux fois), qu’ils me doivent bien ça !

D’abord, le propos du film lui-même me semble douteux.

Après avoir donné l’impression de banaliser le viol, tellement la violence vécue ne semble pas avoir touché la protagoniste principale qui en a été victime (qui est certes, de par son histoire, particulièrement insensible), cette agression devient carrément désirable et désirée par cette dernière. 

Ce qui me pose deux problèmes.

Un problème d’abord éthique, je trouve discutable l’idée de mettre en scène une histoire où le viol est au mieux anodin, au pire enviable : le fantasme du viol, belle invention masculine. Mais la qualité d’un film ne doit pas être évalué à son éthique. Ce n’est donc pas le plus grave.

Le deuxième problème l’est plus. Cette banalisation est absolument irréaliste et sort le spectateur de toute empathie pour le personnage, mais pire encore, de toute foi en l’histoire. Dès les cinq premières minutes, les scènes sont si peu crédibles qu’il est impossible d’y croire. MichElle (je vous laisse imaginer mes yeux monter au ciel pour tenter de se délester de tant de lourdeurs) se fait agresser chez elle, peut-être violer dit elle à ses proches au restaurant, reçoit des messages d’un manque de finesse affligeant, mais continue sa petite vie. L’empathie étant l’un des moteurs du cinéma, je ne peux m’empêcher de hurler intérieurement en me disant «non mais sérieusement, tu te fais violer et tu travailles tranquillement dos à une baie vitrée d’où est venu ton agresseur ?» «Tu fais changer les serrures mais quand on te dit que la porte cassée restera ouverte, tu réponds « ah, tant pis. » » « Après avoir stigmatiser (au sens chrétien du terme) avec une paire de ciseaux le violeur avec son masque de ninja, c’est lui que tu appelles pour venir te sauver après avoir eu un accident ???».

‘Elle,’ Starring Isabelle Huppert as a Rape Victim Who ...

Et Paul Verhoeven pousse cet irréalisme à un niveau jamais atteint. J’aime l’absurde, au théâtre notamment. Mais malheureusement, ce n’est pas l’absurde qui dérange dans ce film, mais les trop nombreuses absurdités. Le point culminant étant quand le fils de Michelle et sa petite amie, tous deux blancs comme neige donnent naissance à un bébé noir, et que personne ne trouve rien à y redire. Et comme le scénariste n’a absolument pas confiance en son public, il en rajoute encore en montrant le meilleur ami du dit papa, noir bien sûr, sourire bêtement en attendant l’accouchement. Mais Paul, franchement, tu nous prends pour quoi ?

Sans compter que :

  • Les personnages n’ont pas la moindre profondeur, ils sont caricaturaux et stéréotypés au possible : la voisine catholique pleine de bienveillance qui installe une crèche géante pour noël, le fils décérébré, la belle fille hystérique, la mère cougar et son gigolo, la meilleure amie avec qui elle fonde un studio de jeux vidéos aussi peu crédible que cliché et à qui elle fait des petits bisous lors d’une soirée pyjama improvisée, et son mari débile mais avec qui elle couche pour parfaire le manque d’originalité.
  • Les dialogues sont dignes du café du commerce :

– J’ai une bombe lacrymogène.
– C’est bon à savoir !

– Montrez moi, j’ai fait du foot, les blessures à la jambe ça me connaît !

À son ex mari :

«Tu dirais que je suis étroite pour mon âge ?».

  • Les acteurs pourraient essayer de leur donner un peu de profondeur, mais non, on touche le fond à grand renfort de mouvements de mains guignolesques et de regards beaucoup trop appuyés. Isabelle Huppert m’est depuis devenue insupportable et Laurent Lafitte n’a fait que confirmer ce que je pensais de son regard creux et de son sourire niais.
You Couldnt Make It Up Isabelle Huppert GIF by Film ...

Rien n’est à sauver.

Les critiques disent que c’est drôle. En effet j’ai ri devant le film. Mais nerveusement tellement le ridicule des scènes et du jeu des acteurs sont affligeants. Mais ça dure tellement et c’est tellement tordu que la dernière parole de Virginie Efira : « Merci de lui avoir donné ce dont il avait besoin, pour un temps au moins» donne moins envie de rire que de vomir.

Bref, j’ai détesté Elle, et je laisse ceux qui l’ont aimé détester cet article comme doux retour de bâton. 

Quel est votre film préféré ? aujourd’hui, Bagdad Café de Percy Adlon

 

                                                            

Par la magie de son personnage principal, sa loufoquerie ambiante et la grâce d’une chanson, le film « Bagdad Café » reste gravé dans ma mémoire. A sa simple évocation, je me sens envahie d’un sentiment de joie et un sourire éclaire généralement, le visage de l’interlocuteur qui a vécu la même expérience que moi.

                  Souvenez-vous !

      Ca commence par une scène de ménage en plein désert, avec pour témoin, le bitume, la poussière, la terre ocre jaune, un container rouillé et un soleil de plomb. L’homme jette sa colère sur le vieux container ; il hurle :  Jasmine, reviens ! Jasmine ne bronche pas et continue d’écrire. Il lui jette un peu d’eau au visage ; elle le gifle ; une valise est sortie du coffre ; la voiture démarre avec l’homme seul au volant puis revient, dépose une thermos à café jaune pétant sur le bas-côté et repart. Jasmine vient d’être débarquée au milieu de nulle part avec son bagage : une valise dont le contenu ( les fringues bavaroises de son mari) sera une source de déception, mais plus tard, révèlera son trésor de magie, au sens propre comme au sens figuré.

      Ce long ruban d’asphalte gris courant à perte de vue, cette grosse dame allemande engoncée dans un tailleur en  loden vert, coiffée d’un chapeau tyrolien lui-même surmonté de trois plumes noires. Ah ! Ces trois plumes qui dodelinent à chaque pas de la grosse dame traînant sa valise ! Si elles expriment à la fois le ridicule et la fragilité de la situation, elles annoncent aussi l’insolite, l’inattendu, l’originalité, la grâce et la légèreté qui va émerger plus tard, du film et des personnages. Elles sont vivantes ces plumes et font de l’oeil au spectateur , comme pour lui dire : tu vas voir ce que tu vas voir.

                  Souvenez-vous !

                  Jasmine atterrit au Bagdad café, qui ne sert plus de café parce qu’on a oublié de racheter un percolateur neuf, un motel minable au bord de la célèbre « road 66 » qui reliait Chicago à Santa Fé sur environ 3 700km.

                   Souvenez-vous !

      Jasmine face à Brenda affalée dans son fauteuil déglingué, chacune essuyant ses larmes. Deux séparations . Deux femmes larguées par leurs maris, perdues au milieu du désert. Un fils fan de Bach, une adolescente fantasque, un peintre hippie, un serveur indien lymphatique, une tatoueuse muette et un campeur lanceur de boomerang. Une communauté de gentils originaux, en dehors de « l’american way of life », éjectés du rêve américain. Brenda, la patronne du motel, femme meurtrie et détestable au premier abord, compte bien se débarrasser de la grosse allemande avec l’aide de la police. Brenda juge, condamne, vitupère, hurle, s’agite. Jasmine observe, utilise le mot juste, pas un de plus, aide et enfin ouvre son cœur et sa valise magique. Ce sera la débauche . Une débauche d’inventivité, de joie,  d’amitié, de couleur, de générosité, de bonté.

                   Souvenez-vous !

      « Bagdad Café » c’est l’histoire d’une formidable amitié entre deux femmes qui n’ont rien en commun sinon d’avoir perdu dans le jeu de la vie et qui vont regagner ensemble leur propre pouvoir sur leur destinée. Ce pouvoir retrouvé passe par la confiance  et la bonté redonnées à soi-même et à l’autre. Jasmine déploie ce qu’elle a de meilleur en elle pour aller toucher ce qu’il y a de meilleur en Brenda. C’est contagieux la confiance et la bonté sans restriction. Les clients affluent désormais, dans ce boui-boui miteux parce que s’y épanouit la vie joyeuse. Chaque personnage est atypique et chaque personnage à la possibilité de faire émerger son talent et le meilleur de lui-même parce que la liberté de le faire lui est offerte. Brenda, la gérante gueularde,  devient une formidable meneuse de revue ; l’adolescente rassurée se stabilise, le fils développe ses dons de pianiste, le serveur retrouve son enthousiasme et le peintre n’en finit plus de créer des portraits de Jasmine, qui ,elle non plus, n’échappe pas à la transformation. Le tailleur en loden étriqué est remplacé par des jupes et des blouses légères, colorées et virevoltantes. Les formes généreuses de la magicienne, longtemps corsetées dans la rigueur allemande, s’épanouissent dans une offrande délicate de chair laiteuse, dévoilée, révélée et peinte avec amour et gourmandise par un peintre rendu amoureux de son sujet.

                                Souvenez-vous !

      Cette belle harmonie, cette célébration de l’entente, de l’unité de l’espèce humaine dans la différence. »Bagdad Café » , vous l’avez peut-être vous aussi, dégusté comme un bon café libérant au fur et à mesure, ses arômes burlesques et tendres, son humanisme joyeux.

                              Souvenez-vous !

      Souvenez-vous de la beauté des images aux couleurs exacerbées, des photographies en  technicolore, du cadre où tout transpire de couleurs. Dans mon souvenir «  Bagdad Café » est bleu et jaune comme sur l’affiche. Bleu comme le ciel de ce coin perdu. Bleu comme la tenue pailletée de Brenda quand elle se livre à son numéro de music hall. Bleu comme la lumière qui nimbe la chambre où Jasmine pose pour Rudi Cox. Il est jaune aussi, comme le sable omniprésent, comme le soleil de plomb, comme la citerne d’eau juchée sur son pylône, comme cette insolite bouteille thermos jetée sur la route.

                              Enfin souvenez-vous !

      « Calling you », l’envoûtante chanson interprétée par Jevetta Steele. Mais vous ne pouvez pas l’avoir oubliée. Elle est restée gravée dans vos oreilles et votre cœur.

     Mais peut-être avez-vous oublié comme moi, le nom de ces deux actrices formidables qui n’ont jamais retrouvé de rôles aussi  beaux : Marianne Sägebrecht interprétait Jasmine et Carole Christine Hilaria Pound interprétait Brenda. Trente deux ans après, le film reste le seul succès à l’international que connaîtra son réalisateur Percy Adlon. Pourtant le film avait été un des plus grands succès de l’année 1988, particulièrement en Allemagne et en France. Devenu film culte, il a été restauré en juillet 2018 pour enchanter la jeune génération de cinéphiles et pour en savourer à nouveau, le trésor d’humour et d’émotion. 

Vu en prévisionnement Israël, le voyage interdit Partie 1 : Kippour

Film israélien de Jean-Pierre Lledo
2h20
Date de sortie : prochainement

Israël, le voyage interdit - Partie I : Kippour : Affiche

Synopsis : Mon oncle maternel avait quitté l’Algérie en 1961… J’avais 13 ans. Et depuis je n’avais plus eu de relation, ni avec lui, ni avec sa famille… Je n’étais pas non plus allé à son enterrement, il y a 10 ans… Je l’aimais pourtant. Ce n’est donc pas lui que j’avais boycotté, mais le pays qu’il avait choisi… Israël. Qu’est-ce qui durant plus de 50 ans avait empêché le Juif algérien communiste que j’étais ? Ma fille Naouel a voulu m’accompagner dans cette aventure et j’ai accepté. Une dette à rembourser.
Partie I : Kippour : Une famille oubliée, les Juifs d’Algérie, eux aussi perdus de vue, n’avoir rien transmis à mes enfants, m’être complu dans l’ignorance… Arriverai-je à me débarrasser de toutes mes fautes ? Car d’Israël, je dus vite l’admettre, je ne savais rien. Ni de son passé, ni de son présent. Un mot mystérieux et oublié que ma mère utilisait souvent, m’en ouvre soudain les portes, « Tcharbeb « …

Israël, le voyage interdit partie 1 : Kippour c’est la recherche d’un complément à l’histoire familiale d’un père, Jean-Pierre Lledo accompagné de sa fille Naouel, qui devient pour le spectateur un documentaire passionnant sur une famille mais aussi sur un pays et des gens qu’ils y ont rencontrés lors de leur pèlerinage. Un récit tout en retenue. Les portraits sont sensibles et les témoignages, poignants. 
Le rituel des pierres, les Écuries de Salomon, le Dôme des Rochers, le mont du Temple et leur histoire commune, les cabanes et l’explication de la bénédiction visant l’union collective, ceux qui ont tout, symbolisés par le cédrat, ceux qui ont un peu, symbolisés par la feuille de palmier et la myrthe et ceux qui n’ont rien symbolisés par la branche de saule, autant de découvertes pour moi par ce film. Jean-Pierre Lledo cite pour conclure cette première partie cette phrase du poète Heinrich Heine « la Torah, patrie portative des Juifs exilés et dispersés de par le monde ». 
Ajoutons que le montage est de Ziva Postec qui signa celui de Shoah de Claude Lanzman.

Un film à voir

A noter que ce film sera suivi de trois autres, déjà tournés,  dont les dates de sortie ne sont pas encore connues non plus : partie 2 : Hannoukkapartie 3 : Pourim et partie 4 : Pessah

Marie-No

Vu en prévisionnement Malmkrog de Cristi Puiu

Film roumain
Sortie en salles prévue pour Juillet 2020

Malmkrog : Affiche

Synopsis : Nikolai, grand propriétaire terrien, homme du monde, met son domaine à la disposition de quelques amis, organisant des séjours dans son spacieux manoir. Pour les invités, parmis lesquels un politicien et un général de l’armée Russe, le temps s’écoule entre repas gourmets, jeux de société, et d’intenses discussions sur la mort, l’antéchirst, le progrès ou la morale. Tandis que les différents sujets sont abordés, chacun expose sa vision du monde, de l’histoire, de la religion. Les heures passent et les esprits s’échauffent, les sujets deviennent plus en plus sérieux, et les différences de cultures et de points de vues s’affirment de façon de plus en plus évidentes.

Adapté d’un texte de Vladimir Soloniev, philosophe et poète russe, Malmkrog est une suite de discussions sur la guerre, la religion, la mort, la moralité, la croyance.
Une suite d’intenses controverses en huis clos avec deux froides sorties silencieuses dans le parc enneigé. On est à la veille de Noël.
Le film est roumain mais l’action se passant dans un manoir en Russie à la fin du XIXéme, si le russe et aussi l’allemand sont utilisés pour les dialogues concernant la vie usuelle, c’est en français que s’expriment les personnages principaux pour les échanges intellectuels, donc les ¾ du temps.
Malmkrog, divisé en six chapitres, chacun intitulé du nom d’un des personnages principaux, se passe chez Nicolai (chapître IV), joué par Frédéric Schulz-Richard, qui orchestre les conversations auxquelles participent Ingrida (chapître I), jouée par Diana Sakalauskaité, Edouard (chapître III), joué par Ugo Broussot, Olga (chapître V), jouée par Marina Palii, et Madeleine (chapître VI), jouée par Agathe Bosch.
On ne trouvera pas confirmation dans l’ouvrage dont le film est tiré car tous les personnages y sont masculins mais, pour ce qui est du film, on peut imaginer que Olga est la jeune épouse (elle a 26 ans) de Nicolai. Ce n’est pas dit mais on aperçoit furtivement dans l’enfilade des pièces une enfant qui essaie, pour s’avancer vers ses parents, vers le groupe, de forcer le passage que lui barre fermement une domestique. Sa place n’est pas là. Pas encore. Et puis on entrevoit à plusieurs reprises la domination latente exercée par principe à cette époque par un mari sur son épouse fût-elle de son rang et instruite.
Les longues conversations portent sur la guerre, l’armée russe orthodoxe et ses conquêtes, on débat inlassablement de ce qui est juste ou ne l’est pas, de ce qui est chrétien, des êtres civilisés et de ceux qualifiés de sauvages, de religion, de croyance, de mort.
Le film demande de l’attention et même parfois de la persévérance surtout au début quand on sait qu’il dure 201 mn … il faut se faire un peu violence, insister et rester concentré. Alors, on est emporté, captivé, on ne peut plus lâcher et, même si c’est très littéraire, que ça va très vite et que ce n’est pas toujours accessible, qu’est-ce que c’est bien !
Au final, on resterait bien encore un peu pour un septième chapître : VII Le Colonel avec lequel la domestique et Olga communiquent en allemand et qui est occupé à revivre en boucle le drame qui le lia jadis à Elza, et un huitième chapître : VIII Judith à qui Nicolai demande, en allemand aussi, de veiller à ce que les portes (qui le sépare de la domesticité et de la vieillesse) restent toujours bien fermées …
Techniquement, le film est une merveille, avec des décors incroyables de détails soigneusement arrangés, des costumes remarquables et une mise en scène éblouissante. Dans ces six tableaux pourtant a priori et par définition statiques, Cristi Puiu parvient à faire entrer un dynamisme certain, changeant le cadre par l’intermédiaire de miroirs et autres embrasures de porte et alternant portraits de groupe et gros plan sur des acteurs qui par leur manière de jouer et de dire ces dialogues difficiles et parfois très longs, se révèlent magistraux ! Ils ont tous une présence exceptionnelle, irréelle.
Madeleine au piano jouant Schubert, hors champ, irradie l’image de sa présence.
A la moitié du film, bien après le chapître II Itsvan, par une scène surprenante, le bruit de cristal brisé en fond sonore, dans une sorte de flash forward, Cristi Piulu impacte fondamentalement notre vision de Malmkrog. La tension monte, s’installe. Rien n’a changé. Tout va changer.
Un film extraordinaire !
Effet garanti si on le programmait, et si, en plus, les lumières d’un philosophe option histoire et théologie venaient nous éclairer le débat, alors là …

Marie-No

Le Ciné des Cramés de la Bobine

Amis cramés de la Bobine, bonjour,

Pendant cette difficile période, le blog sort de ses habitudes, il ne commente pas les films que nous avons vus ensemble, mais des films, tout simplement, des films aimés ou détestés, pour le plaisir de parler de cinéma, entre amateurs, et libre à chacun de les voir ou non. Vous pourrez aussi lire quelques superbes commentaires de prévisionnement, ceux de Marie-No, ils nous donnent envie de voir ces films -Et ci dessous un extrait du journal culturel de Dominique, une Cramée de la Bobine que nous connaissons bien- C’est épatant. Nous publierons prochainement quelques autres extraits de son journal. Nous espérons que vous les aimerez autant que nous. La semaine prochaine, nous vous réservons quelques beaux articles, ça commencera par Marie-Annick, pour se poursuivre par Pauline qui cette semaine va détester pour nous… Bon confinement les amis, prenez soin de vous et n’hésitez pas à nous écrire. Georges