Les Combattants

Les Combattants : Affiche

Un film de Thomas Caillet (1h38)
sorti le 20 août 2014
avec Adèle Haenel, Kevin Azais, Brigitte Roüan

Il passe à la télé.
Les mots me manquent
Si je l’avais vu à sa sortie, il y a presque 6 ans, je n’aurais pas noté ce mot qui maintenant nous a envahi.
Et, comme Madeleine/Adèle, je n’aurais pas cru à ça …

Le film est formidable, les dialogues très soignés. Un conseil : activer le sous-titrage en français. Ça permet de ne rien rater car ce n’est pas toujours très bien articulé, les acteurs sont très très bien choisis et très émouvants.
Une scène marquante sur les incendies de forêt spontanés. Quand la nature se débrouille toute seule pour survivre. On pense à l’Australie.

Un très beau film.
Grave et drôle.

Marie-No

Quai des orfèvres

Quai des Orfèvres : Affiche

Un film de Henri-Georges Clouzot (1947)
avec Louis Jouvet, Bernard Blier, Suzy Delair, Simone Renant, Charles Dullin, Robert Dalban, Raymond Bussières

Après L’assassin habite au 21 en 1942, Henri-Georges Clouzot tourne en 1947 avec Suzy Delair, qui est alors sa compagne, Quai des Orfèvres. adapté de Légitime défense, roman policier de Stanislas-André Steeman paru en Belgique en 1942.

Suzanne Delaire était née le 31 décembre 1917 à Paris 18ème.
Suzy Delair est morte, à 102 ans, la semaine dernière, le 15 mars 2020. 
Artiste de music-hall en premier lieu, on va oublier son côté « vert-de-grisette », sa voix de nez en vogue dans ses jeunes années, pour garder en tête ses rôles dans des films mémorables tel que  Quai des Orfèvres rediffusé en ce moment à la télé.
Je l’ai revu. Bien m’en a pris :  un régal de chaque instant.

Quai des Orfèvres, on le connaît par cœur mais il fait partie des films qu’on revoit inlassablement, toujours impressionnés par les dialogues, la mise en scène, et par la distribution, la virtuosité des acteurs, tous aujourd’hui disparus, Louis Jouvet et Bernard Blier bien sûr, époustouflants, pour la performance du chef opérateur.
On le revoit pour la musique et les décors qui nous transportent dans le Paris de cette époque-là, juste après la guerre, pour les costumes de Jacques Fath, grand couturier réaliste, pour la variété des thèmes abordés, certains audacieux en ce temps-là comme le métissage, la mono-parentalité masculine, l’homosexualité féminine avec le personnage de Dora, magnifique Simone Renant (la classe absolue), pour l’érotisme enveloppé de fourrure.

Et on revoit avec plaisir les scènes mythiques telle que celle où l’inspecteur Antoine allume sa pipe avec un morceau de papier où est noté l’adresse de Brignon, le vieux cochon. Un indice disparaît peu à peu sous nos yeux …
Et la dernière scène entre Dora et l’inspecteur Antoine et la fameuse réplique :
« Vous m’êtes particulièrement sympathique Mlle Dora, vous savez pourquoi ?… Vous êtes un type dans mon genre, avec les femmes vous n’aurez jamais de chance. »

Marie-No

PS : La distribution : Corona 😉 (à la création)
Ciné France actuellement

5 gestes « barrière » au COVID-19

  1. PREVENTION Rester chez vous
  2. MAINS Les lavez souvent et méthodiquement
  3. COUDE Tousser ou éternuer dans son coude
  4. VISAGE Eviter de le toucher
  5. DISTANCES Les garder

Aviator : Affiche

de Martin Scorsese (26/01/05)
avec Leonardo di Caprio, Cate Blanchett

Synopsis : Vingt ans de la vie tumultueuse d’Howard Hughes, industriel, milliardaire, casse-cou, pionnier de l’aviation civile, inventeur, producteur, réalisateur, directeur de studio et séducteur insatiable. Cet excentrique et flamboyant aventurier devint un leader de l’industrie aéronautique en même temps qu’une figure mythique, auréolée de glamour et de mystère.

Vivarium de Lorcan Finnegan

Vivarium : Affiche

Film irlandais (11 mars 2020 1h38mn) de Lorcan Finnegan avec Imogen Poots, Jesse Eisenberg, Jonathan Aris, Senan Jenning

Avertissement à l’attention des optimistes : SPOILER

Pour une fois, spoiler
après tout, je l’ai déjà vu, on ne le passera pas en avril et peut-être jamais, alors …

Synopsis : À la recherche de leur 1ère maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement…

vivarium \vi.va.ʁjɔm\ nom commun masculin, du latin vivarium, nom commun neutre (« vivier »)
Endroit où l’on garde et élève des petits animaux vivants en tentant de reconstituer leur biotope
(le premier vivarium public ou maison pour reptiles a été créé en 1849 au Zoo de Londres)
Un vivarium c’est donc un leurre, ils se croient à la maison mais en fait de home, sweet home, les petites bestioles sont piégées et, ils pourront longtemps chercher : il n’y a pas d’échappatoire !

Gemma et Tom, la trentaine, un gentil petit couple hétéro de la classe moyenne ont le mode de vie de leurs pairs en société de consommation et les idéaux qui vont avec, ceux qui leur ont été vendus avec les injonctions sociales dont ils ont été abreuvés.
Avoir un travail, une âme sœur : faits
Être propriétaires, avoir des enfants, un chien : en cours.
Dire tout de suite que Imogen Poots et Jesse Eisenberg, sont parfaits ! Imogen Poots n’est pas Cramée, Jesse Eisenberg guère plus cramé qu’elle mais lui on le connaît depuis The social Network et surtout Café Society.
Ils ont la taille qu’il faut pour se perdre dans les méandres du scénario de Vivarium, nous entraînant avec Gemma et Tom dans le labyrinthe du lotissement où toutes les maisons sont rigoureusement identiques, identiques jusqu’au vertige, jusqu’à la folie et où, par inadvertance, ils ont mis les pieds pour y vivre une petite vie, une vie trop petite où les jours, les semaines, les mois, les années vont se répéter, toujours pareils, sans fin. Livrés à eux-mêmes, seuls dans ce microcosme bien loin de leurs rêves, le jeune couple, confiné dans le décor, va se débattre et apprendre à ses dépens que le paysage se prolonge loin, loin là-bas, très loin, jusqu’à l’horizon, en fait et qu’il n’y a pas de voie de sortie.
Leur avenir est bouclé et dans ce « clé en mains » figure même l’enfant, bien emballé comme venu d’ailleurs et qu’ils ne reconnaissent pas pour le leur, bel et bien livré pourtant dans cette maison de ce lotissement-ci, chez eux donc. Modernité oblige, le travail est mâché, la nourriture livrée à domicile, comme par magie : il faut juste élever cette chose et s’ils s’acquittent avec succès de cette mission alors ils seront libres. Libres ? C’est quoi, déjà ?
Dans ce lotissement étrange où toutes les maisons sont peintes en vert serpent, où le ciel est toujours bleu, où même les nuages sont sans surprise, toujours de la même forme et exactement au même endroit, l’inquiétude est palpable, notre curiosité attisée, en alerte des révélations dispensées au goutte à goutte.
Drame conjugal version thriller surnaturel, Vivarium ne ressemble à rien d’autre, Vivarium est étonnant dans sa forme et pose une question bien embarrassante : être comme tout le monde, se retrouver tous les jours, à la même place, face à l’autre, chercher quelque chose à se dire, se nourrir de ce qui nous a été réservé, ne plus rien choisir et si c’était cela le vrai enfer ?
Vivarium égratigne la société de consommation et les chimères de perfection auxquelles elle veut faire croire.

« C’est un conte à la fois surréaliste et tordu, à la fois sombre, ironiquement drôle, triste et effrayant » déclare le réalisateur Lorcan Finnegan.

Un conte grinçant, glaçant.
Tout ça finira mal.

Marie-No

Sympathie pour le Diable (2)

Sympathie pour le diable : Photo

Sympathie pour le Diable avec la présentation de Georges : une belle soirée Cramés !

Sympathie pour le diable, précis sur une guerre compliquée à laquelle personne (ou presque) n’a jamais rien compris vraiment, n’est pas, pour autant, un film de guerre.

C’est le portrait d’un homme qui fonce la tête la première, se met à la place des autres, ceux dont le sort n’intéresse personne. C’est le portrait d’un souffrant qui, pour tenter de s’oublier, part en guerre contre l’indifférence du monde, brave et provoque le danger, à la recherche du point de rupture, celui qui le fera basculer au-delà. Il le cherchera longtemps sans le trouver. Sauf à mettre un terme lui-même à la vie, pas de délivrance. Trouver la paix, c’était sans doute le but qu’il a recherché toute sa vie, soignant le mal par le mal.
Paul Marchand n’était pas doué pour le bonheur, s’employant à se rendre antipathique de peur de s’enchaîner mais débordant d’admiration dissimulée pour tous ceux qui autour de lui accompagnaient les guerres : les journalistes, photographes, grands reporters, les fixeurs.
Sarajevo, les bombardements, dix morts par jour que Paul Marchand allait pincer chaque matin pour une comptabilisation absurde. Sarajevo c’était le silence et l’amour, aussi.
L’amour entre Paul et Boba, urgent et absolu, forcément éphémère, totalement chavirant.
Niels Schneider et Ella Rumpf, bien vu, un vrai beau couple de cinéma !
Aucun des personnages secondaires n’est enfermé dans le point de vue de Paul. Boba, Vincent, Ken et les autres, existent. Boba, formidable Ella Rumpf, jeune femme libre et courageuse, qui rejoint Paul en première ligne, capte l’attention et capture l’écran. Belle présence. A suivre.
Et puis il y a Niels Schneider ! totalement investi, nervosité palpable, écorché vif. Il personnifie Paul Marchand. On perçoit comme une fêlure enfouie, visible par instants dans son regard et qui trouve ici son expression dans l’interprétation de cet étrange personnage glaçé qui lui colle à la peau et on se dit qu’il n’a pas dû être facile pour lui d’en sortir et de se réchauffer.

Tout concorde et s’accorde dans le film, les interprètes (dont Vincent Rottiers et Arieh Worthalter) la nervosité de la mise en scène, le cadre resserré, le montage provoquant l’anxiété et la tension.
On salue la persévérance de Guillaume de Fontenay qui aura mis plus de dix ans pour que son premier film voit le jour ! on salue le travail exceptionnel du chef opérateur, Pierre Aïm, de Mathilde Van De Moortel, au montage, d’Antoinette Boulat, au casting.

Un film remarquable

Marie-No

Et puis, tiens, comme le titre nous y invite, un p’tit coup de Sympathy for the devil. Ça fait toujours du bien !

Séjour dans les Monts Fuchun-Gu Xiaogang

Prix un certain regard, semaine Internationale de la Critique – Cannes 2019 

Film chinois, premier long métrage 2h30 de Gu Xiaogang avec Qian Youfa, Wang Fengjuan et Sun Zhangjian

Synopsis : Le destin d’une famille s’écoule au rythme de la nature, du cycle des saisons et de la vie d’un fleuve.

Présenté par Marie-Annick Laperle, le 11 février 2020

Le cinéma chinois d’auteur est très apprécié à l’étranger pour sa créativité. Le film «  Séjour dans les Monts Fuchun » qui a retenu de nombreux spectateurs au débat, en témoigne. Gu Xiaogang, jeune cinéaste autodidacte de 31 ans, est parvenu à réaliser un premier long-métrage ( le volet 1 d’une trilogie à venir ) d’une solide maîtrise, d’une parfaite fluidité et d’une grande poésie, sur un sujet qui n’en recèle a priori pas. La nature y impose sa présence bienfaisante et éternelle ; ses montagnes boisées, ses labyrinthes de verdure protègent du soleil ou se transforment en féeries enneigées, au gré des saisons. Le camphrier de 300 ans accueille encore les vœux traditionnels de respect et de fidélité des futurs époux. L’eau de la rivière Fuchun s’écoule inlassablement et accueille bateaux de pêcheurs et baigneurs en quête de fraîcheur. La caméra file en longs travellings, se déploie en plans séquences maîtrisés. Éternité et harmonie.

      Au cœur il y a une famille. Par touches intermittentes, Gu Xiaogang nous plonge dans le quotidien souvent difficile de chacun des membres de cette famille. Et nous sommes touchés par l’authenticité qui en émerge. Nous sommes touchés par la dure vie de pêcheurs sur le fleuve Fuchun, aujourd’hui pollué, et dont l’abondance d’hier assurait un salaire décent. Touchés par le courage du fils aîné, restaurateur chargé de responsabilités et partagé entre l’ambition de sa femme et le bonheur de sa fille. Touchés encore par la vie compliquée du troisième frère, joueur criblé de dettes, qui doit s’occuper seul de son fils trisomique. Touchés toujours par ces mères surchargées de travail, par la peine de cette jeune fille qui doit choisir entre sa famille ou l’homme qu’elle aime, par le chagrin de cette belle grand-mère, consciente de ce qui se joue autour d’elle malgré ses pertes de mémoire. Et que dire de ce quatrième frère, dont l’esprit simple ou tout simplement différent, ne lui permet pas de trouver sa place au sein de la fratrie, ni de femme comme on le lui conseille fortement. Ou encore de cette amie de Guxi qui a magnifiquement réussi sa vie professionnelle, a épousé l’homme de son choix mais ne s’est libéré de l’emprise familiale que pour se rendre prisonnière de la société pour laquelle elle travaille sans compter, sous peine d’être remplacée.

      Tout est montré des difficultés rencontrées par cette frange de population qui, selon le réalisateur, concernent soixante-six pour cent des Chinois. La vie n’est pas toujours facile mais ils gardent leur courage et leur dignité.

      Dans ce contexte, les personnages parlent beaucoup d’argent : argent gagné ou à gagner, perdu, prêté, emprunté, non remboursé. Source de soucis et parfois de conflit, s’il parvient à entamer l’unité de la cellule familiale, il ne parvient jamais à la casser. Quelque chose est plus important. Un sentiment profond de respect et d’amour semble la traverser et garder ses membres solidaires. Le cinéaste pose sur ses personnages, un regard bienveillant et sans jugement. Chacun a ses raisons et chacun les comprend. Les mutations urbaines et sociales bouleversent les traditions et les mentalités. Un mode de vie est en train de s’effondrer, à l’image de ces chantiers de démolition qui déchirent la ville et génèrent la spéculation. Ne restera de ce passé qu’un album photos sauvé par le quatrième frère. Trente ans de vie rasés en trois jours.

      Dans ces conditions, le citoyen chinois aurait un rêve : posséder un appartement neuf dans les quartiers rénovés et une voiture. Les mères chinoises ont une obsession : un bon mariage pour leur enfant unique, sujet et objet de préoccupation. Mais dans cette Chine instable, la jeune génération aura des choix à faire, semble dire Gu Xiaogang. Emboîter le pas de l’ascension sociale, de la modernisation, du consumérisme conduisant au bonheur standardisé, livré clés en main avec l’achat d’un appartement luxueux ? Ou bien décider de son chemin de vie, suivre son désir profond ?

      La question n’est pas chinoise mais universelle. C’est peut-être cette question que s’est posée le cinéaste. Diplômé en stylisme et marketing, sans formation cinématographique classique, il a pris la décision de réaliser ce film avec la seule force de son désir, de son courage et de sa volonté.

       C’est avec impatience que j’attendrai le volet 2 ; impatiente de retrouver cette famille à laquelle je me suis attachée, deux heures et demie durant, sans un seul instant de relâchement d’attention.

Marie-Annick

Le Bel Eté de Pierre Creton

Le Bel été : Affiche

Film français (novembre 2019) de Pierre Creton
avec Yves Edouard, Sébastien Frère, Sophie Lebel, Mohamed Samoura, Ahmed Kroma, Gaston Ouedraogo, Pauline Haudepin

Soirée débat le 29 décembre 2019
présenté par Marie-Noël Vilain
en présence du réalisateur et du co-scénariste Vincent Barré

Le Bel Eté nous emmène dans le Pays de Caux où Robert, Simon et Sophie vivent un quotidien d’habitudes dans ce sublime décor de campagne et de bord de mer, magnifiquement filmés.
Nessim entre dans leur vie, suivi d’adolescents, que la situation politique de l’Afrique menace. Pour se réfugier en France, tous ont traversé la Méditerranée au péril de leur vie et taisent les massacres qui hantent leurs mémoires.
Entre fiction et documentaire, Le Bel Eté, montre la volonté de vivre ensemble, c’est une histoire de migrants et d’accueillants, une chanson douce aux voix multiples qui apaise et rassure, où se répondent, en écho, ambiance bucolique, beauté de la nature et bienveillance dans son sens premier bene volens, bénévolence.
Entre la vie et le cinéma, selon des assemblages de fiction et de réalité personnels à Pierre Creton,  Le Bel Eté est une histoire réelle d’accueil et d’hospitalité, un moment suspendu dans une ferme à Vattetot sur mer.
On y voit le travail méthodique et attentif d’une association locale qui se consacre à régler des situations complexes, pour partie administratives, et on perçoit aussi ce que montre rarement les films sur le sujet migratoire, les sentiments et le désir qui circulent, l’importance et la complexité des situations sentimentales, affectives et sexuelles, la solitude aussi, parfois celle d’une aidante berçant ses inquiétudes et ses difficultés. dans le soutien aux autres.
On y voit se baigner une jeune fille blanche et un jeune homme noir et on ressent la différence de ces mêmes vagues sur leurs peaux et leurs mémoires réunifiées dans cet instant de simple plaisir à se rafraîchir.
On y voit une cuisine où se mélangent recettes d’ici et d’ailleurs, un lit où sommeillent côte à côte trois corps endormis, le désordre des sentiments, la jalousie apprivoisée, « – Et toi, tu l’aimes ? » « – Pierre l’aime alors je l’aime», une chambre où le pluriel ne peut se conjuguer qu’au présent.

Le Bel été construit avec tendresse et précision un questionnement subtil.
Alors que l’urgence est devenue la norme, Pierre Creton prend le temps de rassembler une multitude de détails, pour faire naître et exister, sous nos yeux, un microcosme de paix et de sérénité.

C’est le fil des jours de ce bel été qu’il nous donne à voir.

Les cadres, l’aspect fragmentaire du montage, et du son, la parole souvent à la limite d’être hors de portée, nous ouvrent un espace à la fois accueillant et réservé, où, d’abord, nous ne nous autorisons pas à entrer tout à fait.

Puis, nous nous y décidons, nous décidons d’ouvrir les yeux et de les garder ouverts pour voir dans cette histoire une tranche d’Humanité.

 

Marie-No

 

Ceux qui travaillent-Antoine Russbach

                                          

Prix du public – Festival d’Angers

Film suisse (septembre 2019, 1h42) de Antoine Russbach avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay et Louka Minnella

Synopsis : Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Alors qu’il doit faire face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend – seul et dans l’urgence – une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa vie en question.

Présenté par Françoise Fouillé, mardi 26.11.2019  à 20h30

                                        

   « Ceux qui travaillent » débute par une douche matinale glacée. Frank, cadre supérieur dans une entreprise de fret maritime n’est pas un tendre. Premier à arriver sur son lieu de travail et dernier à en repartir, il a fait sien ce slogan devenu fameux : « travailler plus pour gagner plus ». Ce credo ajouté à son arrogance, sa rigidité, sa routine immuable et son mépris pour ceux qui ne travaillent pas autant que lui, en font immédiatement un personnage antipathique. Et quand il prend la décision de se débarrasser d’un clandestin monté à bord d’un de ses cargos, afin d’éviter un retard de livraison, il perd le dernier degré d’estime que le spectateur a pour lui. Qui est Frank ? Un monstre ? Certains spectateurs le penseront certainement.

   Ce film a le mérite d’éviter ce manichéisme et grâce à l’interprétation remarquable d’Olivier Gourmet, à exploiter les failles du personnage. Conduit à la démission par son entreprise, Frank passe de cadre bourreau de travail à chômeur paumé, tétanisé par la honte de l’inactivité. À l’occasion d’une sortie shopping, il apprend le véritable motif de sa disgrâce : il coûte trop cher à son entreprise ; concurrence oblige. Au cours d’un repas familial, deux anecdotes sur son enfance permettent au spectateur de prendre la mesure de toute la misère affective et matérielle sur laquelle Frank s’est construit. 

   Qui est Frank ? C’est le résultat de la rencontre entre un être élevé dans la dureté et l’absence d’empathie et un monde du travail impitoyable où l’empathie n’a aucune place. Le film ne fait donc pas le procès d’un homme capable de décider d’une vie sur un simple coup de téléphone. Le vrai coupable, car il faut un coupable bien sûr, c’est le capitalisme sans pitié qui broie les travailleurs, du cadre supérieur au simple employé de supermarché. Oui, certes. Mais peu à peu, tandis que Frank montre à sa petite dernière le matériel humain et vivant qui se cache derrière les écrans des ordinateurs de son bureau, le spectateur comprend que les véritables méchants, c’est nous les consommateurs. En achetant des produits venus de l’autre bout du monde, nous cautionnons un système où seuls comptent les rendements et les délais. Nous avons une fâcheuse tendance à rejeter la faute sur l’autre (il faut un coupable). Et comme l’écrit le cinéaste, « il n’y a pas de bons et de mauvais. Le crime de Frank, nous avons tous participé à le commettre.

   Enfin, si le film pose des questions, il ne donne pas de réponses. De même qu’il n’offre pas de rédemption au personnage de Frank qui signe un nouveau contrat pour un poste chargé d’ombre. Conscient, selon moi, d’être devenu une simple pompe à fric, il vend définitivement son âme pour garder  sa famille monstrueuse accrochée à ses portables, chacun dans sa bulle de confort.

   Qu’aurions-nous fait à sa place ?

MARTIN EDEN-Pietro Marcello

Coupe Volpi – Prix d’interprétation masculine

Film italien (octobre 2019, 2h08) de Pietro Marcello Avec Luca Marinelli, Jessica Cressy et Carlo Cecchi

Synopsis : À Naples, au cours du 20ème siècle, le parcours initiatique de Martin Eden, un jeune marin prolétaire, individualiste dans une époque traversée par la montée des grands mouvements politiques. Alors qu’il conquiert l’amour et le monde d’une jeune et belle bourgeoise grâce à la philosophie, la littérature et la culture, il est rongé par le sentiment d’avoir trahi ses origines.

Présenté par Marie-Annick Laperle le 7.11.2019

 Adapter au cinéma le roman « Martin Eden » de l’écrivain américain Jack London était une gageure. Pietro Marcello, réalisateur italien prometteur, réalise l’exploit d’une adaptation libre, personnelle et audacieuse dans laquelle le cinéaste parvient à se détacher complètement du roman et en même temps à en restituer exactement l’univers et l’esprit.

   Le spectateur se retrouve plongé au cœur du roman. On suit Martin Eden au plus près dans son son travail acharné qu’il soit physique ou cérébral, dans son ascension sociale, dans sa passion amoureuse pour Elena la belle aristocrate qui l’éblouit par sa culture et son raffinement. On le suit pas à pas aussi dans sa déchéance physique et intellectuelle, dans son dégoût de lui-même qui le conduit au suicide.

   Pourtant dans le film, nous sommes bien loin de la baie de San Francisco puisque le réalisateur transpose l’action dans la baie de Naples. Nous sommes bien loin aussi du milieu ouvrier états uniens des années 1880- 1910 puisque Pietro Marcello choisit de filmer les révoltes ouvrières qui ont secoué l’Italie avant la prise de pouvoir de Mussolini. A la narration chronologique du roman, il oppose une narration toute en flash backs et en ellipses parfois violentes. Cette narration volontairement chaotique nous transporte brutalement d’un moment à un autre et d’un lieu à un autre ; le réalisateur utilise alors des images qui s’opposent violemment. On passe de la luxueuse demeure de la famille d’Elena Orsini au logement misérable de giulia, la sœur de Martin. Ce procédé donne une force et une vigueur particulières à chacune de ces images dont le pouvoir se trouve exacerbé. Sur ce plan Pietro Marcello ne se refuse rien, passant d’images concernant le récit proprement dit à des images d’archives, réelles ou fabriquées, à des images de souvenirs qui traversent le héros sans oublier des images documentaires montrant les rues de Naples et ses habitants. La caméra glisse sur des visages de femmes et d’hommes marqués par une vie difficile, des gens simples dont le regard touche celui du spectateur. Ce sont les corps et les âmes malmenés qui peuplent le récit de l’écrivain Martin Eden.

   Une autre réussite du film est d’oser le mélange des genres sans frontières ; Pietro Marcello passe du romanesque au documentaire, à la critique sociale comme à la trajectoire intime. La critique sociale y a, me semble-t-il , une part importante. L’image où Martin rencontre sur la plage des migrants, renvoie clairement à notre époque contemporaine marquée par un individualisme mortifère. La loi du plus fort et de la compétition conduisent au rejet de l’autre et laissent apercevoir le spectre de la dictature. Les images d’autodafé de livres nous disent qu’Orban et Salvini sont tout près de nous. L’écrivain Martin Eden comprend qu’il est devenu un produit rentable pour la classe dirigeante cultivée et qu’en trahissant ses origines , il a vendu son âme. Amer désenchantement.

Tu mérites un amour de Hafsia Herzi

Tu mérites un amour : Affiche

Film français (septembre 2019, 1h39) de Hafsia Herzi
avec Hafsia Herzi, Djanis Bouzyani, Jérémie Laheurte,
Anhony Bajon, Sylvie Verheyde, Samir Guesmi
Soirée-débat mardi 5 novembre 2019
présentée par Laurence Guyon

 

Le récit, urbain et estival, poétique, d’une rupture et de la quête du désenchantement, du désenvoûtement.
Lila a Rémi dans la peau et ça, c’est incontrôlable.
Lila court dans les rues vers la preuve de son infortune, vers le début de son désespoir, on la suit, le pas est rapide, déterminé, sous la chevelure qui ondule, ça se bouscule dans sa tête et la caméra nous bouscule aussi en la suivant de très près, nous emportant vers ce chavirement. C’est joué : Remi lui ment, la trompe, c’est bien lui, là, devant elle, pas possible de se raconter des histoires.
Maintenant, c’est l’après qui commence. La colère fait place à l’hébétude, au déni, puis aux larmes et la caméra se fixe, alternant les cadrages resserrés et les gros plans sur le visage de Lila, mesurant l’équilibre perdu, guettant l’apaisement de son cœur.

Rémi ne la respecte pas donc Lila ne se respecte plus et, pour s’étourdir, pour ne pas se jeter dans le vide, Lila, désincarnée, s’aventure dans des relations impossibles. Elle se regarde manquer de force et se laisser couler dans le tourment de son âme, dissociant son corps vigoureux à son esprit douloureux, désunifiée.

Un amour qui se délite, un couple qui se sépare, le sujet est éternel, mille fois vu au cinéma et dans la littérature de toutes les époques.
Hafsia Herzi réussit à nous faire ressentir la douleur ressentie par Lila. Elle la distille dans ses veines et on la sent couler dans les nôtres. C’est assez extraordinaire et c’est ce qui fait l’émotion et la singularité de Tu mérites un amour.

S’ajoute à cela, le casting particulièrement réussi des nombreux personnages secondaires et l’art de les faire tous, en quelques minutes, exister et particulièrement Ali, formidable Djanis Bouzyani, dévoué absolu à son amie, cherchant à entrer dans son esprit, quitte à user d’un gri-gri, pour en extirper le poison répandu par Rémi. Ali la revigore, la regarde pleurer, l’amène à sourire et la fait rire. Un beau tableau de l’amitié.
Sous-jacente est la crainte de ne pas pouvoir croire et se fixer à un amour, de continuer à papillonner, la quarantaine venue, comme Ava, dans la lumière glaciale des néons, s’accrochant aux ailes glaçantes de la jeunesse enfuie.
La réussite du film tient aussi dans la justesse de chaque scène, comme autant de pas vers la sortie de cet amour toxique. Une succession de scènes nécessaires, ponctuées du regard de Lila, -et quel regard !-construisent une histoire, l’histoire de ce désamour -là, unique évidemment.

Se nourrissant pourtant du collectif, du lien à l’autre qu’elle sait salvateur, on voit Lila, par instant incapable de goûter au bonheur familier d’un pique-nique entre amis, obligée, à ce moment, de partir, ne pouvant pas faire autrement, devant fuir pour se retrouver seule et se concentrer pleinement sur sa peine, s’en nourrir, se délecter de l’ultime vestige de son amour perdu.

La caméra fluide de Jérémie Attard capte les ressentis de l’intoxication amoureuse, de l’attraction et la répulsion, de l’amour et du dégoût. En incarnant son personnage principal, tel un peintre se représentant lui-même parmi  une assemblée de personnages, Hafsia Herzi s’offre en incarnation de Lila au milieu de ses personnages charismatiques, les faisant exister, tout en étant, elle, de tous les plans.
Et puis, il y a Anthony Barjon. Au cinéma, on a rarement lu mieux que dans ses yeux la fulgurance du coup de foudre, la naissance de l’amour.
Et quand Charly dit le poème, c’est d’un romantisme chavirant.
On a la gorge nouée.

Marie-No

 

« Tu mérites un amour décoiffant, qui te pousse à te lever rapidement le matin, et qui éloigne tous ces démons qui ne te laissent pas dormir.

Tu mérites un amour qui te fasse te sentir en sécurité, capable de décrocher la lune lorsqu’il marche à tes côtés, qui pense que tes bras sont parfaits pour sa peau.

Tu mérites un amour qui veuille danser avec toi, qui trouve le paradis chaque fois qu’il regarde dans tes yeux, qui ne s’ennuie jamais de lire tes expressions.

Tu mérites un amour qui t’écoute quand tu chantes, qui te soutiens lorsque tu es ridicule, qui respecte ta liberté, qui t’accompagne dans ton vol, qui n’a pas peur de tomber.

Tu mérites un amour qui balayerait les mensonges et t’apporterait le rêve, le café et la poésie »

Frida Kahlo