Turandot de Giacomo Puccini

Donné au Met et retransmis en direct hier à AltiCine : Turandot de Puccini, mise en scène de 1987 de Franco Zeffirelli en hommage à ce grand metteur en scène de cinéma et d’opéra disparu en juin de cette année. Grandiose. 150 minutes de bonheur total.
De l’opéra comme on l’aime, avec des décors, des costumes taillés à sa mesure. Très grands.
Et Zefirelli voyait l’opéra en grand ! Décors et costumes travaillés, généreux,  raffinés, étoffes précieuses, il veillait au moindre détail et le résultat est époustouflant !
Je suis de ceux qui trouvent que les opéras ne s’écoutent pas, ils se regardent et Turandot en est la parfaite illustration.
Et même si, bien sûr, in situ, c’est mieux, en retransmission, on a le privilège et l’avantage de voir les détails, les expressions des visages et, pendant les entractes, d’entrer dans les coulisses, d’assister aux changements de décors, ballet minuté et impressionnant de techniciens experts, et de voir soudain un(e) artiste rayonnant(e), polyglotte, entièrement tourné(e) vers la musique, venir, quelques instants, nous parler de son art.
Quelle jouissance ce doit être de chanter ces airs là, Nessun dorma (Calaf formidable hier par Yusif Eyvazov), Signore ascolta (par Liù/Eleonora Buratto).
A la fin quand ils saluent, on retient ses larmes. Dieu que c’est beau !
Alors on préférerait, à ce moment-là, être dans la salle pour applaudir, crier les noms, ovationner.
Brava ! Bravo !

Franco Zeffirelli (2003-2019)
Confié à l’orphelinat des Innocenti le jour des Z, sa mère, admiratrice de Mozart, le fait inscrire sous le nom de Zeffiretti (Idomeneo), mais, suite à une erreur de transcription, il devient Zeffirelli. Il est recueilli par une Anglaise installée à Florence qui lui enseigne sa langue et lui fait découvrir Shakespeare qui l’accompagnera toute sa vie. D’abord assistant de Lucchino Visconti, il commence dans les années 50 une carrière de metteur en scène d’opéra qui s’échelonne sur plusieurs décennies et le conduit à travailler régulièrement avec La Scala de Milan et le Met de N.Y. Il dirige Maria Callas à Milan, Vérone, Paris,  dans des représentations mémorables de La Traviata (1959), Tosca (1964), Norma (1965).
Pour le cinéma il réalise en 1967, une adaptation de La Mégère apprivoisée de Shakespeare avec Elisabeth Taylor et Richard Burton qui connaît un beau succès et l’encourage à adapter Roméo et Juliette l’année suivante, avec Leonard Whiting et Olivia Hussey, deux jeunes inconnus dans les rôles titres. Pour la première fois, un metteur en scène employait des acteurs ayant l’âge réel des rôles. Ce film (qui est aussi un de mes premiers souvenirs de cinéma)  sera le plus grand succès de la carrière de Zeffirelli et remportera deux Oscars (meilleure photographie et meilleurs costumes).
Viendront ensuite Jésus de Nazareth, Jane Eyre.
Et Callas for ever (2002) qui marquera la fin de sa carrière.
La boucle était bouclée.

Marie-No

Les Arbres remarquables (2)

Les Arbres Remarquables, un patrimoine à protéger : Affiche

Documentaire de Georges Feterman, Jean-Pierre Duval et Caroline Breton
Soirée-débat lundi 16 septembre 2019
Animée par :
Bérengère Metzger de l’Association Ecolokaterre pour l’Arboretum des Barres et de Maxime Fauqueur Présidentde l’Association A.R.B.R.E

Dans la vie, je me tiens plutôt éloignée des arbres, des arbres de la forêt, dressés vers le ciel, serrés, menaçants, étouffants à tel point que, dès le premier pas dans une forêt, mon souci est d’en sortir, de m’en sortir. Au secours !
Alors le documentaire d’hier soir, m’a agréablement surprise. Les arbres qu’on y rencontrent sont des arbres à part, solitaires, libres, autoclonés parfois, plantés parmi les hommes, visibles et remarquables déjà parce qu’on ne peut pas ne pas les voir, et remarquables par leur âge, leurs formes, leurs racines ancrées ici ressortant plus loin, régénérées, renouvelées. Des forces de la nature ! Ces arbres-là sont des refuges, des œuvres d’art qu’on a envie d’observer longuement comme on observe les tableaux qui nous plaisent, globalement et minutieusement, infiniment.
Faire la connaissance de ces êtres lumineux et obscurs, délicieusement verts, profondément sombres, majestueusement tordus, bossus, aux formes élargies, étendues ou stoppées, improbables, rafistolés parfois, a été un réel plaisir.
Arbres remarquables et précieux.
Hier, j’ai pensé à d’autres individus feuillus moins remarquables,  parfois remarqués d’un seul, de moi, de toi, de lui, d’un autre, d’une autre avant, en leurs temps, d’enfants qu’ils ont fait grandir.
La place de la République était alors un terrain de jeux. Quel bonheur de s’y retrouver, de s’éparpiller, envolées de moineaux qui vivaient dans la ville. Il y avait l’école, les courses effrénées dans le quartier et puis le rassemblement, les retrouvailles  des gamins du quartier, toujours sur la place, à l’ombre des platanes.
Quand, en 2010 on a fait disparaître des arbres de son enfance, un vieil homme a pleuré. Un enfant, né en 1926, inconsolable qu’on ait coupé ses platanes remarquables. 

 

L’image contient peut-être : arbre, ciel, plein air et nature

« L’arbre tordu vit sa vie, l’arbre droit finit en planche »
Proverbe chinois

Marie-No

PS : La musique … dommage
On laisse le mot de la fin au vieux monsieur « Il va pas bientôt l’arrêter, son truc ? »
Sans compter qu’il va falloir le redescendre le piano droit rouge incongru.

 

Perdrix de Erwan Le Duc

Perdrix : Affiche

Le réalisateur, Erwan Le Duc, est journaliste sportif à la base. Genre, le type couvre le Mondial de foot en Ukraine !!!
Comme quoi il ne faut jamais désespérer de rien puisque, avec « Perdrix », son premier film long métrage, Erwan Le Duc nous offre une comédie romantique, déjantée, soignée, signée.

Une telle émotion, une telle fantaisie avaient bien besoin de sortir !
D’abord sur nos gardes, on plonge vite dans l’histoire et on prend un plaisir mélancolique à être avec cette famille loufoque mais pas tant que ça, soudée, mais pas tant que ça, figée dans l’empêchement.
Ca parle d’amour. L’amour naissant et évident entre Pierre et Juliette, l’amour pudique, débordant, étouffant, d’une mère pour ses fils, d’un père pour sa fille, l’amour préservé et ravageur d’une femme pour son mari disparu, l’amour fraternel.
L’équilibre est trouvé entre la fantaisie et l’émotion.
Dans la famille Perdrix, le gardien du temple c’est Pierre (Swann Arlaud, épatant en gradé lunaire), le fils aîné, gendarme bienveillant qui n’ a pas grand chose à gendarmer dans sa bourgade perdue des Vosges. A part garder un œil sur la colonie de nudistes, arrivés là depuis peu, voulant faire reconnaître leur droit à se présenter sans artifices, sans masque, nus donc et signifier à tous par des « actions » l’urgence à adhérer à leur cause, à se débarrasser du superflu, à participer à leur révolution.
Pierre Perdix doit aussi encadrer les reconstitutions historiques. Il y a des tanks, des jeeps à garer. Et les bénévoles à accompagner. Ils se passent l’uniforme tantôt français, tantôt allemand. Interchangeables, pareils. Un seul mot d’ordre : zénitude.
Nicolas Maury (le Hervé de Dix pour cent) est Julien dit Juju, le frère de Pierre. Juju père opaque, biologiste réfugié dans la géodrilologie, vouant une passion totale à ces animaux fouisseurs, précieux indispensables alliés du futur, acteurs majeurs dans la qualité du fonctionnement des agroécosystèmes. Juju a une fille, Marion, ado, dans la honte du père, faute de mère,  et le sien lui tape l’affiche format XXL ! Elle, ce qu’elle veut c’est partir en sport études option ping-pong, échapper à sa grand-mère aussi, Thérèse, formidable Fanny Ardant, enfermée dans son deuil avec tous les siens, réfugiée dans son garage, dans l’écoute des autres. Car cette tribu, entre eux, ne se parle pas. Ça s’est décidé comme ça, quand le père est mort, il y a des années. Ils se sont groupés et figés. Thérèse inconsolable d’avoir perdu l’homme de sa vie, l’homme idéal, croque désormais tous les autres, simples mortels, ce qui ne la console nullement.
Un beau jour,  Juliette débarque et Juliette (Maud Wyler formidable en malheureuse électrisée), c’est le contraire. Son cas est tout aussi pathologique, remarquez ! Juliette c’est la fuite en avant avec sa vie consignée sur des petits carnets qui la retiennent en arrière.
Qu’est-ce qui pourra bien rompre ces malédictions ?
L’amour évidemment !
L’amour qui les fera tous sortir du cadre pour les remettre sur le chemin du possible bonheur.

Beaux personnages, dialogues travaillés,
Une jolie comédie, originale et émouvante.
C’est rare.

Marie-No

68, mon père et des clous (2)

68, mon père et des clous, je remonte le titre et le temps.
Les clous de mon enfance puis mon père et, par extension, mon grand-père, gardiens de clous dans des boites précieuses , longtemps interdites, permises en accès temporaire et surveillé, à mon frère, d’abord, puis à moi, grande, alors, pour de vrai et très vite en possession moi-même de ma propre boîte à clous que je continue de remplir avec ceux trouvés par terre, partout. Interdiction, impossibilité (presque) maladive de les laisser là … Et je me rappelle la quincaillerie de mon enfance, rue Dorée, trois marches, la porte, je re-sens cette odeur si particulière… ça faisait si longtemps ! Monsieur M savait compter et comme son époux, Madame M portait une blouse. Ses cheveux naturels étaient maintenus en place par deux petites barrettes pour une tenue permanente jusqu’à la fermeture. Tout, et c’était beaucoup, parfaitement rangé, jamais à court, déclaré admirable ce qui m’amène à 68, le 68 de mon adolescence.
Alors, c’est à ça qu’un de ces diables devenu vieux pourrait ressembler, aussi?

Jean est un mystère. On en apprend sur lui mais pas tant que ça. Même sous la torture, il ne parlerait pas. On comprend qu’il a été marqué au fer rouge de ses idées perdues. Lui n’en est pas mort, mais les marques sont là. D’autres les auraient cachées devant un auditoire, ou dans une boucherie … Non, trop prenant et/ou trop violent pour ce Jean-là. Après une vie de quincaillier, l’âge venu, devant nous, il ne laisse presque rien paraître du déchirement de laisser ses employés licenciés, eux si tristes d’être obligés de les quitter, lui et Bricomonge, leur antre, leur refuge. Il fait face. Ne pleure pas. Hors champ, il aura pleuré, sans doute … Pleuré sur ces belles années où les clous se vendaient tout seuls, pas besoin de compter. Ces années de tranquillité et de rencontres aussi.
Mais lui reste-t-il des larmes ? A son fils il semblerait qu’il n’ait pas parlé des années d’avant, celles qui l’ont, à la fois endurci et en même temps carapaçonné, alors, ni vu, ni connu, je t’embrouille, il tient bon, fait face, ne lâche rien. Malin, il enrobe, joue au chat et à la souris, pas de problème : le chat c’est lui.
On comprend qu’un jour, il y a longtemps, Jean a décidé de déposer les armes et que leur poids l’a mis à terre. Après … On comprend qu’un jour, il s’est redressé. Qu’on l’y a aidé. Après …
Après, quand il a tenu debout, qu’elle a pû le lâcher, qu’il a recommencé à marcher, il n’a pas bien su où aller et, aucune autre activité ne pouvant alors l’occuper à plein temps, il a choisi de se rafistoler à son compte, dans le foutras d’une quincaillerie et pouvoir, ainsi, incognito, continuer à penser. Penser toujours et si, en plus il y a des makrouts. Hmm !
Un film délicieusement mélancolique.

Marie-No

Douleur et Gloire de Pedro Almodovar

Douleur et gloire : Affiche

Soirée débat animée par Laurence mardi 11 juin 2019

 

Les premières images, déjà captivent. L’émotion nous étreint et ce sera jusqu’au bout.
De ses giclées de couleurs, poudres magiques, Pedro Almodovar illumine la vie. Un peu de sa vie, ici condensée en l’essentiel.
Et on se surprend à penser que, si chacun de nous faisait son autofiction, comme pour lui, les éléments majeurs en ressortiraient.

Almodovar, lui, les filme. Et comment !

Pedro Almodovar se livre tout simplement, sans s’apitoyer, nous parle de lui.  De son enfance pauvre mais enluminée de sa mère, son joyau.
Penélope Cruz en Jacinta, madone en sa cueva à ciel ouvert, caverne lumineuse, berçant son enfant de son chant,  l’enveloppant dans sa tendresse maternelle, l’imprégnant pour la vie de son amour absolu,  n’a jamais été aussi touchante, aussi belle, plus vraie que vraie, mère souveraine,  éblouissante du blanc immaculé des draps étendus au soleil.
Et on voit que Pedro/Salvador est riche de naissance. Riche du côté de sa mère.
Après un résumé pudiquement, ironiquement, psychédélique, il nous montre et détaille où il en est, ses multiples douleurs, physiques, psychiques et les événements choisis qui ont fait de lui cet être fragilisé, aujourd’hui, au moment où ressort Sabor. C’est sa vie qui défile … Le premier émoi qui donne la fièvre, l’envie furieuse de vivre, les amours qui finissent un jour et nourrissent pour toujours.
Oh, si ! Pedro a été un bon fils : égoïste et Salvador !

Douleur et Gloire est comme une introspection, clinique et romanesque.
Par bonheur, et dans la douleur, aussi, chez Almodovar, la créativité l’emporte infiniment et indéfiniment sur la mélancolie.
Rechercher pour la recréer la saveur du premier désir.
Primer Deseo. Moteur !

Un très beau film. Antonio Banderas a reçu la palme du meilleur acteur à Cannes et c’est bien mérité d’autant qu’il réussit par son interprétation à ce que, au final, il s’efface et que ça soit Pedro Almodovar lui-même qui nous atteigne et nous bouleverse !

Marie-No

C’est ça l’AMOUR de Claire Burger

C'est ça l'amour : Affiche

Variation sur le thème de l’amour.
Quand on quitte le film, on aime les personnages, on les connaît et on ressent l’amour puissant qui les lie.
« Toute ma vie, c’est vous aimer »
C’est le « vous » que Mario, à ce stade de sa vie, va devoir revoir. Pour lui-même et pour ceux qu’il aime. Changer en mieux, changer en plus grand, pour lui et pour les autres. Élargir et ouvrir son cœur, pour que ceux qu’il aime déjà s’y sentent bien et que d’autres s’y nichent.
C’est montrer cet éveil à soi qui était le plus casse-gueule et c’est particulièrement bien réussi.

Scénario très bien écrit, comédiens épatants ! et j’ai aimé voir, ce qu’on voit rarement au cinéma, que, chez les gens simples aussi, la Culture est une évidence au quotidien, qu’elle est tissée dans la trame des jours.

Présenter un film et animer le débat … Pas simple .
Mais faire des recherches en amont, grâce à internet, ça, c’est vraiment top ! On tire un premier fil et on déroule. Les interviews, les extraits, les articles, les musiques …

Grâce à « C’est ça l’amour » j’ai fait la connaissance de Geminiano Giacomelli (1692-1740)  qui, pour Carlo Brochi, plus connu sous le nom de Farinelli, le plus célèbre des castrats, composa pour son opéra La Merope en 1734, l’aria « Sposa non mi conosci ».
A l’époque, le succès des castrats était tel que parfois, le nom du compositeur restait dans l’ombre et Vivaldi (1678-1741) reprit cette aria un an plus tard (pratique courante à l’époque) dans son opéra Bajazet en 1735, en adaptant les paroles « Sposa, son disprezzata »
Dans le film, c’est la version Vivaldi par Cecilia Bartoli.

Depuis j’écoute cette aria dans ses 2 versions et ses multiples interprétations. Un bonheur.

C’est ça aussi, le cinéma

Marie-No

Sibel de Çağla Zencirci et Guillaume Giovanetti

Sibel : Affiche

Présenté par Georges Joniaux
Soirée débat 16 avril 2019

Des femmes enfermées dans le regard de l’autre qui juge et condamne, qui bannit et qui tue. Comme on sait, c’est ainsi que des femmes vivent. Des hommes aussi car, pour s’être exprimé devant tous les autres dans la langue de sa fille, le père se condamne et la fin du film annonce la brutale déchéance qui attend, ce « chef de village ». En admettant qu’il finisse son mandat, pas la peine qu’il se représente !
En aucun cas, il ne s’agit de progrès ni d’espoir. Il s’agit d’obscurantisme et de désespoir.
Fatma, sa sœur, et Çiçek, la jeune mariée forcée, sont les alliées de Sibel, mais tacitement et en aucune façon ces trois jeunes femmes n’ont le pouvoir de faire changer les traditions de Kusköy, village des oiseaux.
Que peuvent ces malheureuses contre le chapelet multicolore de femmes accrochées dans le paysage ? Rien. Il ne leur reste que l’exil impossible. Ou la montagne, comme Narin, la villageoise fugitive qui continue à attendre Kuat, son amoureux massacré cinquante ans plus tôt sous ses yeux pour sauver les traditions, la condamnant, elle, à perpétuité.
Sibel aura-t-elle la même destinée ? Peut-être. Si tous les loups enragés guidés à distance par les louves serviles et furieuses, visages durs, silhouettes lourdes, retrouvent Ali et le sacrifie sur l’autel de la moralité, la plongeant, elle, dans les ténèbres de sa vie perdue. C’est toute cette horreur qu’on entend dans son cri muet assourdissant.

On aurait voulu sentir nos cœurs se révolter mais si Sibel, haletante, ride du lion activée, en permanence, enjambe du même pas décidé les obstacles de sa route, nous, on bute sur les raccourcis déblayés, le manque de nuances du récit, de l’interprétation, le simplisme, finalement, de l’intrigue.

On nous le siffle. Heureusement.

Marie-No

Les Eternels de Jia Zhangke

Les Éternels (Ash is purest white) : Affiche

Présenté par Françoise Fouillé
Soirée débat le 9 avril 2019

Comment ça se fait qu’un film aussi dense, aussi rempli, nous laisse sur notre faim ? Si c’était un met je dirais un soufflé, un soufflé bien réussi, beau, gonflé, très riche et aérien, léger en bouche, presque fuyant. Consistant inconsistant.
On est demain matin comme disent les enfants et c’est pareil qu’hier après la projection … Le sentiment qu’il manque quelque chose. Pourtant le style est indéniable, la construction solide, les personnages existent. Jia Zhangke est un virtuose.
La Chine, la vraie nous est montrée sans ambages : immense, monumentale, très peuplée. On voyage avec Qiao (Zhao Tao) et curieusement et sans doute à dessein, le grand écran est trop petit pour prendre assez ces paysages en pleine figure. Les dimensions sont tellement hors norme qu’elles ne cadrent pas avec « l’humain ». Jamais on ne pourra envisager, réaliser vraiment ce qu’est le barrage des Trois Gorges. C’est trop grand.
Les principes, les croyances restent actuels et dans le milieu de la pègre aussi. Pour preuve, le brigand, menteur comme un arracheur de dent, qui se fait tout petit quand il s’agit de jurer sur la statue d’un dieu à longue barbe, qu’on va chercher en cas de doute. S’ils sont tous comme ça, les secrets ne doivent pas être très bien gardés à Datong ! Je ne me souviens plus comment ils l’appellent … Le gouverneur ? « vas chercher le gouverneur » ? Possible. Qui est ce Dieu ? Tudigong, Dieu du sol, Esprit/Dieu d’influence locale qui veille à la façon d’un fonctionnaire sur le bien-être des habitants ? J’aurais dû poser la question à Françoise.
Chien : Principal atout : Fidélité, loyauté. Les jumeaux, qui ont massacré la rotule de Bin à coup de barre de fer, sont du signe du chien : on peut les libèrer. Ils sont en laisse, au pied, enfermés dehors, et pas très malins. Mais, quand même,  quelle drôle de question sur le signe astrologique. C’est très chinois. On imagine mal un Corleone posant la question …
Plus avant dans le film, un truand se vantera d’être du signe scorpion … contaminé par l’occident, ce que Qiao refuse d’être, même pour danser.
Qiao pourrait être du signe du Chien, fidèle et loyale envers Bin, comme si elle se l’était juré, pour la vie, et elle s’obstine, niant les marques de veulerie de son élu, mais sachant les voir pour le récupérer. Lâcheté masculine worldwide oblige, elle sait que, jamais, il ne lui dira en face qu’il la quitte. Il est à elle, il doit être à elle, à la vie, à la mort. Il se laisse aller à être à elle, il s’en remet à elle. Pas romantique mais c’est aussi ça l’amour ! Eh oui !
Avant de l’admettre, on peut, éventuellement, être perplexe sur le sentiment qui  lie ces deux-là. Perplexe et distant car quand l’amour n’est pas passionné, il ne passionne pas. Pourtant, au fur et à mesure, on envisage la situation différemment, on progresse en cours de route. Jusqu’à la scène finale des écrans de surveillance. Qiao est désemparée. Bin, là, épatant !,  est parti, seul, infirme, sans l’argent qu’elle lui octroie. Il a brisé ses chaînes et Qiao est terrassée.
Les écrans de surveillance la filment. On dirait la vidéos surveillance d’une cellule carcérale. Qiao est abandonnée par l’homme qu’elle avait décidé d’aimer et c’est toute sa vie qui se referme sur elle.

Les cendres de la Chine moderne ne recouvrent pas celles de la Chine ancienne. Elles se mélangent pour faire le nid des tragédies éternelles

Intriguée, intéressée, pas rassasiée … et 2h16 quand même !

Marie-No

PS : pour info
Zhao Tao est Dragon
Jia Zhangke est Chien 😉

Dernier amour de Benoît Jacquot

Dernier amour : Affiche

Dernier amour … Vincent Lindon …  Non ce n’est pas possible que Casanova ait été celui-là. Vincent Lindon tenait au rôle et Jacquot a dit oui. Erreur fatale de casting. Déjà par l’âge du personnage. Casanova à Londres avait 39 ans. Vincent Lindon en a 59 ans. Il y a là un écart que même lui ne peut combler. Mais le gros problème, c’est l’allure. Cet air de chien battu, ces yeux d’ami fidèle ne reflètant jamais ni perversité, ni luxure, ces épaules tombantes (mais qui a validé ces vestes molles sans épaulettes ???). Mou, morne, sans panache … On a l’impression qu’il a remis ses habits de Joseph croqué par Célestine. Jamais, jamais on ne voit Casanova, jamais on n’est à Londres, jamais on ne comprend quel effet peut bien produire cette jolie petite personne, portant certes bien la toilette, taille mannequin, mais ne dégageant aucune sensualité, n’incarnant rien..
The charme féminin, l’effet fulgurant qui met les hommes à terre. Voilà ce qu’il eût fallu voir.
Pareil que pour Lindon, la séduction, qui passe d’abord par le regard, n’existe pas, ne se lit jamais dans les yeux de Stacy Martin. Aucun des deux ne dégage le charme sulfureux, essentiel à cette histoire et donc on ne voit pas trop à quoi rime tout ça … Casanova n’arrive pas à mettre La Charpillon dans son lit et par pur instinct de chasseur, s’obstine. Normal. Banal.
Rapidement, on rit de ces indices grossiers semés sur les graviers de ces décors superléchés. Casanova qu’on nous montre épicurien, bon vivant, de bel appétit devant des mets raffinés et se jetant dans le lit des femmes (encore que la scène montre un rendez-vous sans gloire avec deux prostituées)  perd soudain et très ostensiblement l’appétit et le goût pour l’alcool , signe d’état amoureux bien sûr et on a bien compris le message mais quand, seul,  il commande un lemon juice sous la tonnelle, même table, même lumière et même costume que la scène de référence … oh, non ! Quel manque de subtilité.
On voulait voir, dans ses yeux, couler le jus de citron dans la gorge de l’aimée et sentir l’acidité du moment. 
Casanova, à peine assis dans un salon de musique, cœur attendri, adouci par l’amour, happé par la musique, regard embué de larmes … artificielles.
Là on a carrément envie de rire ! Quel poseur !
Pendant le film, un Marielle me soufflait à l’oreille, de sa voix tonitruante : « qu’ils baisent et qu’on en finisse ! »
Donc …

Marie-No

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La Favorite de Yorgos Lanthimos

La Favorite : Affiche

présenté par Henri
Soirée débat mardi 19 mars 2019

La Favorite, par sa brutalité, son parler cash, sa modernité, sa mise en scène cadencée, son rythme, sa lumière sombre, m’a emportée.
Séduite, je l’ai été aussi par ses actrices et particulièrement Rachel Weisz, le double effet Sarah.
Sarah émeut à mort. Si violente, elle subjugue par son intelligence, captive par son assurance et sa beauté. Elle est reine et surnage avec tout ce « beau monde » dans ce grand bocal d’eaux troubles, regardant  cette petite sardine prendre le risque de se jeter à l’eau, n’y prenant d’abord pas garde. Or, le petit poisson prend des forces.
L’effet bocal est rendu par le fish eye* qui, occasionnellement et opportunément nous ramène toujours dans le bocal quand, par inadvertance, on en était sorti pour prendre l’air, un air rare et dévastateur.
Par exemple pour une partie de « canard trap », un des nombreux sports où l’élève dépasse vite le maître, ou bien dans la chevauchée sauvage finissant en supplice de Sarah, empoisonnée, croupissant, pour un temps, dans un autre bocal nauséabond. Sarah si solide.
Sarah, la guerrière, manipulant consciemment et avec dextérité la reine sur le grand échiquier de ce qu’elle sait être l’Histoire, devra pourtant rendre les armes. Faite échec et mat par Abigail, sa jeune cousine incontournable.
A part d’être atteinte, en plus, du mal suprème, Abigail, ne pouvait pas à son arrivée au château se présenter plus mal, être tombée plus bas. Mais le grand coup de pieds qui fait remonter à la surface, elle saura le donner, sourdement, mais de toutes ses forces.
De sorte qu’elle pourra à son tour prendre la place de favorite auprès de Anne, reine vieillissante, passablement libidineuse et dont il faut calmer tantôt les ardeurs, tantôt les jambes putréfiées. Il faut vraiment avoir faim !
Abigail a très faim.
La reine, dans un sursaut de lucidité, un instinct de survie,  provoqués par le cri d’un de ses lapins maltraités par le petit pied chaussé de soie de sa nouvelle favorite, finira de prendre conscience de s’être fourvoyée et, dans un effort extrême, traînant son gros corps douloureux à terre jusqu’à la porte de sortie de son alcôve secrète, réussira à se remettre debout.
La faisant plier, à ses genoux, la reine appuie sur la tête de la favorite de tout le poids de ses enfants morts.

Et il y a la musique, les costumes, les décors tout ce qui fait que le film ait mérité tant de prestigieuses récompenses.
Sacré bonhomme ce Yorgos Lanthimos. Sacré film.

Marie-No

*Un objectif fisheye, ou objectif hypergone, est un objectif photographique ayant pour particularité une distance focale très courte et donc un angle de champ très grand, Il introduit par son principe même une distorsion qui courbe fortement toutes les lignes droites qui ne passent pas par le centre.