Quiz Lait : les réponses

Avec nos félicitations aux deux gagnantes du concours du lait 2021 : Laurence 70% et Chantal 100%- impressionnantes!

N° 1
Bigger than life (Derrière le miroir) 1956 Nicholas Ray

N° 2
No country for old men 2007 de Joel et Ethan Coen

N° 3
The Night of the Hunter (La nuit du Chasseur) 1956 Charles Laughton

N°4
Suspicion (Soupçons) 1946 Alfred Hitchcock

N° 5
Bitter moon (Lunes de fiel) 1992 Roman Polanski

N° 6
The Ghost and Mrs Muir (L’aventure de Mme Muir) 1947 Josef L. Mankiewicz

N°7
Ensayo de un crimen (La vie criminelle d’Archibald de la Cruz) 1955 Luis Buñuel

N° 8
Rebel without a cause (La fureur de vivre) 1955 Nicholas Ray

N° 9
The big Lebowski 1998 Joel Coen

N°10
La peau douce 1964 François Truffaut

Marie-No,Quiz Lait

Nourricier, maternel, le lait au cinéma est souvent dramatique.
Souvent un rappel à l’enfance enfouie, l’enfance enfuie, l’enfance perdue

N° 1

Une histoire d’effets secondaires …

N° 2

La coupe Mafalda pour un drôle de méchant

N° 3

THE film ! H à gauche, côté coeur

N° 4

Peut-être trop blanc pour être honnête

N° 5

Adapté d’un roman. Dégoulinant dans un autre genre

N° 6

La virilité fantas-mée, -magorique

N° 7

Quand la boîte à musique doit finir dans l’étang

N° 8

Jim & Judy forever. Platon se prend la veste

N° 9

Un russe bien blanc !

N° 10

Un autre viendra finir plus tard et en couleur

Vous trouverez sans doute la plupart des titres de ces « milky » films.

Envoyez vos réponses à georges.joniaux45@orange.fr

Réponses au quizz d’hier

Vous avez reconnu dans les voitures :
Charle Vanel et Yves Montand dans Le salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot 1953
Geena Davis et Susan Sarandon dans Thelma & Louise de Ridley Scott 1991
Jing Dong Liang et Zhao Tao dans Au delà des montagnes de Jia Zhangke 2015

Et avec un bravo particulier à Chantal et Laurence les détectives du jour.

Maintenant, place à Pauline pour la suite !



François Truffaut

Madeleine Morgenstern (1931 - d.) - Genealogy

Sans aucun doute, mon cinéaste préféré.
Ses films, l’homme, ses amours et toute sa vie me fascinent et me passionnent.
Voici in extenso un article paru dans Next de Libération en 2014 à l’occasion de l’exposition qui lui était consacrée.
Régalez-vous
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François Truffaut, du côté de chez Madeleine
Par Anne Diatkine — 10 octobre 2014 à 18:56
Alors que la Cinémathèque française consacre une exposition au cinéaste disparu il y a trente ans, celle qui fut son épouse et la PDG des Films du Carrosse évoque leur vie et ses films, bien souvent imbriqués.
Madeleine Morgenstern fait toujours très attention de n’usurper aucune place. Mariée une poignée d’années avec François Truffaut alors qu’il était un critique de cinéma influent, elle récuse le rôle de muse, et abhorre encore plus celui de veuve, même si le cinéaste était retourné vivre chez elle, à la toute fin. C’est elle qui est la garante des droits moraux et qui a géré le catalogue des films avant qu’il ne soit vendu à MK2. Mais évidemment, Madeleine Morgenstern est bien plus que cela dans la vie de François Truffaut. Un lien qui ne s’est jamais rompu. A l’occasion de la belle exposition de la Cinémathèque française, entretien avec une femme discrète et ferme.
La rencontre
«C’était fin août 1956 au festival de Venise. Je me mettais toujours au premier rang devant l’écran, et François aussi. Il écrivait comme on respire et je pensais qu’il publierait certainement des livres. Quand on s’est mariés, je n’avais pas conscience que j’épousais un cinéaste. Le moins qu’on puisse dire, c’est que je ne l’ai pas encouragé. Je lui disais : « Tu n’as pas fait l’Idhec [ex-Fémis, ndlr], tu n’as jamais été assistant. Es-tu certain qu’il suffit de voir beaucoup de films pour savoir comment on fait ? » J’étais terrifiée pour lui. Il avait de quoi m’en vouloir !»
«Les Mistons»
«Il y a une originalité qu’on mesure mal aujourd’hui. François a fait ses premiers pas avec un film de fiction tourné avec de vrais acteurs – Gérard Blain et Bernadette Lafont pour la première fois à l’écran. Les futurs cinéastes débutaient plutôt par des documentaires, comme l’ont fait Alain Resnais, Jacques Demy, Agnès Varda. Avant les Mistons, un petit film est resté inédit car François ne voulait pas qu’on le voie. C’est Une visite, un court métrage sans le son.»
L’éclat Léaud
«Jean-Pierre était déjà apparu dans la Tour, prends garde ! de Georges Lampin. Mais son vrai premier rôle, c’est évidemment les Quatre Cents Coups. Il n’avait pas l’âge du rôle, il ne correspondait pas tout à fait au gamin, mais sa détermination reste tangible dans les essais filmés. A l’origine, le film devait être un triptyque sur les enfants composés de trois sketchs. Les Mistons aurait été l’un d’entre eux, les Quatre Cents Coups le deuxième, et François avait déjà écrit l’embryon de l’Argent de poche qui aurait été le dernier volet. Mais très vite, les Quatre Cents Coups ont naturellement pris toute la place.
«A travers sa propre histoire, François voulait atteindre une vérité. Il a donc coécrit le scénario avec Marcel Moussy qui avait un passé d’instituteur. Car aussi autobiographique soit-il, le film est décalé dans le temps. C’est pendant l’Occupation et tout de suite après la Libération que François a éprouvé ce que vit le petit Doinel. Le film documente, à l’insu de François, l’époque où il a été tourné : tout ce Paris disparu de la fin des années 50. Mais c’est un effet d’après coup lié à la justesse du film et aux conditions de tournage dans les rues de Paris.
«Jean-Pierre avait fini par habiter chez nous car François craignait qu’il n’arrive en retard. En temps normal, il était pensionnaire, et évidemment, très content de prendre le large. Par la suite, il y a eu une chambre à disposition pour Jean-Pierre dans les bureaux du Carrosse – la maison de production que François avait fondée pour tourner ses films. François se sentait responsable de lui. Responsable à cause du succès du film qui l’avait écarté de la scolarité. Il l’aimait comme acteur et comme jeune homme, sans cependant se retrouver en lui. Antoine Doinel ressemble à l’un et à l’autre, sans être ni l’un ni l’autre. C’est un condensé des deux. L’un des motifs de la saga Doinel était de continuer de voir Jean-Pierre évoluer sous sa caméra. Lorsqu’on parle de mimétisme, il y a des gestes que Léaud a copiés sur François. Mais c’était des indications de jeu ! Entre eux deux et Doinel, c’était un pur amour à trois ! André Bazin, le père spirituel de François, est mort le premier jour du tournage, et j’ai accouché de ma fille aînée, Laura, le dernier jour.»
Se reconnaître
«La Peau douce a été tourné chez nous, dans l’appartement où je vis encore aujourd’hui, et je ne peux pas dire qu’il fasse partie de mes films préférés ! François compartimentait sa vie, et même si l’appartement était un décor pratique, la décision de tourner à la maison m’a surprise. Peut-être devait-il sentir qu’il n’allait pas rester longtemps dans cet appartement. C’est en voyant le film que j’ai compris l’état de notre couple. Par la suite, j’ai rarement été fâchée contre les films, même lorsqu’ils se rapportaient à notre vie. En vérité, Baisers volés n’est pas une histoire qui me concerne beaucoup. Le modèle du personnage de Claude Jade est une autre jeune fille. Mais comme dans Domicile conjugal, j’ai vécu la situation absurde où François m’appelle d’un restaurant parce qu’il s’ennuie avec une femme. Et comme le personnage de Claude Jade, j’avais un souci des convenances : « Tu ne peux pas la laisser en plan. Reste au moins jusqu’au dessert. Sois poli ! » Les petits boulots incroyables d’Antoine Doinel sont décalqués de la vie de François. Entre autres, il avait été engagé à Ciné Revue pour rendre invisible des poils pubiens qui s’échappaient des bikinis.»
La famille
«Nous avons vécu l’un avec l’autre beaucoup plus longtemps séparés qu’ensemble. Nos relations ont duré toute la vie, elles sont devenues plus libres et plus fortes avec la séparation. Au début, François consacrait ses week-ends à nos deux filles, Laura et Eva. Puis, quand les filles sont parties, François a continué à destiner ses dimanches à sa famille, c’est-à-dire moi. Ces dimanches étaient jour de cinéma. François s’étant marié surtout pour avoir une famille, il a gardé la famille après le divorce.»
Au volant
«François aimait les femmes qui conduisaient, comme dans les films de Hitchcock. Quand il était au volant, il faisait tout le contraire des autres conducteurs. Si quelqu’un l’emboutissait, il sortait immédiatement de la voiture : « Je suis désolé, c’est de ma faute. » Au début, il a conduit une voiture de sport qui s’est cassée en deux lamentablement. Il a continué avec des voitures plus modestes. On ne peut pas dire que François mettait sa virilité dans l’accélérateur.»
Un film de vacances
«Même si le projet de l’Argent de poche est ancien, il a été conçu comme un film de vacances après Adèle H. Sauf que ça a été l’un des tournages les plus fatigants de François du fait de la centaine d’enfants présents. J’ai bien sûr accepté que Laura et Eva jouent et travaillent avec leur père. Eva a détesté l’expérience. Entre le scénario et le tournage, elle avait grandi et, adolescente, ça ne lui plaisait pas du tout d’embrasser un garçon devant la caméra de son père. Elle ne savait pas ce qu’il allait lui demander. J’ai été une mère indigne ! Comme souvent, la scène était tirée d’un souvenir d’enfance de François.»
La prégnance
«Comme les gens ont vu François interpréter certains rôles et qu’il aimait lire les textes en off de certains de ses films, son visage et sa voix étaient familiers. C’est paradoxalement dans ses films les moins autobiographiques qu’il était présent physiquement. Ils tissent une toile intime tout en étant toujours accessibles et fictionnels. Rohmer aussi a inventé un monde qui lui est propre, mais qui ne le découvre pas.»
Le malentendu
«François était considéré comme le gentil, à la limite de l’académisme, voire, insulte suprême, bourgeois. Dans l’opposition à Godard, c’est toujours Jean-Luc qui gagne. Je crois surtout que François a toujours refusé d’être le porte-drapeau de quoi que ce soit et n’a jamais transformé sa notoriété en pouvoir. Il se tenait loin des modes et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle l’Enfant sauvage, sorti en 1969, a été dénigré dans certains pays. Le film a été compris comme une défense de la figure autoritaire, alors que pour François, qui avait dû s’éduquer seul, il était un hommage à André Bazin. Et surtout, François n’a jamais voulu faire des films d’avant-garde. C’est bien sûr François qui a connu l’exclusion sociale, plus que tout autre. Par opposition à une jeunesse complètement fauchée, errante, allant de chambre en chambre, s’engageant comme soldat, puis désertant, François a toujours tenu à ne jamais être débraillé sur un plateau. Je ne crois pas l’avoir jamais vu en jean. La nourriture, la décoration de son appartement, tout ce qui ne concernait pas directement le cinéma n’avaient aucun intérêt pour lui. Il inventait, mais c’était sans emphase. Il innovait, quand ça lui traversait l’esprit et que c’était drôle, comme dans certaines scènes de Tirez sur le pianiste. Encore un accueil public désastreux ! On oublie souvent que beaucoup de films de François n’ont pas été appréciés à leur sortie, si l’on excepte les Quatre Cents Coups et le Dernier Métro. François disait souvent : « Un film sur quatre rencontre le public, et les trois autres, si on arrive à sauver les meubles, c’est déjà très bien. » Jules et Jim a rencontré la critique mais n’a pas du tout été triomphal au box-office !»
«Les Quatre Cents Coups» bis
«Assez tardivement dans sa vie, François m’a dit qu’il aimerait retourner une version des Quatre Cents Coups plus dure. Il attendait le décès de ses parents pour s’y mettre. Ça ne s’est pas fait car son père lui a survécu. J’étais très étonnée, car le film me semblait déjà suffisamment âpre.»
Etre juif
«On n’évoquait pas beaucoup de mon enfance juive pendant la guerre. Ce n’est pas qu’il ne voulait pas m’écouter, mais je n’en parlais pas, estimant avoir été une petite fille très aimée. François aussi, cependant, s’est découvert juif. Pendant le tournage de Baisers volés, le directeur de l’agence qui a servi de modèle à Antoine Doinel lui a demandé s’il n’y avait pas une enquête qu’il aimerait faire, en cadeau. On n’a pas toujours besoin d’un détective, mais François a saisi l’occasion : « Je serais content si vous pouviez retrouver la trace de mon père. » On savait peu de chose sur ce père biologique, à part qu’il était étudiant dentiste quand il a rencontré la mère de François. L’agence a rendu un rapport au conditionnel, sur un homme, Roland Lévy, dentiste, habitant Belfort, qui, chaque soir, promenait son chien à la même heure. Roland était aussi le second prénom de François. Quand, à la parution de la biographie, cette information a été rendue publique, j’ai reçu un coup de fil des enfants de cet homme. « On aimerait beaucoup être de la famille de François Truffaut. Mais, malheureusement, notre père n’a jamais eu de chien. » Ce qui laisse planer un doute sur la véracité du rapport.
«Ce qui me semble important, c’est la satisfaction de François vis-à-vis de cette enquête qui consolidait sa théorie sur sa naissance : à savoir que la famille de sa mère était antisémite et que c’était la raison pour laquelle son père en avait été écarté. Il pensait que ses grands-parents préféraient encore que leur fille élève un enfant toute seule qu’avec un juif. A-t-il d’ailleurs su la grossesse de la jeune fille ? Janine de Monferrand, la mère de François, avait tout juste 18 ans lorsqu’elle l’attendait. Ses parents l’ont fait accoucher en cachette. Le bébé a été mis en nourrice. François avait déjà 4 ou 5 ans lorsqu’il est revenu dans sa famille, après le mariage de sa mère avec Roland Truffaut. L’enfant avait été trimballé de nourrices en grands-mères – la mère de son père adoptif l’aimait beaucoup. Il était une marque d’infamie qui a obligé sa mère à se marier, pas forcément avec l’homme de son choix, mais avec celui qui acceptait de reconnaître l’enfant. François ne comprenait pas pourquoi socialement il était toujours présenté comme plus jeune que son âge. Quand il avait 8 ans, ses parents disaient qu’il en avait 6, pour que sa mère ait l’air majeur à a naissance. C’est vers 8 ans, en fouillant dans des papiers, qu’il a découvert la vérité sur son état civil.»
A la recherche d’un point de vue maternel
«Janine de Monferrand ressemble au personnage de la Petite Voleuse, le film que Claude Miller tournera après la mort de François, d’après un script qu’il avait écrit. Comme la petite voleuse, elle a été enfermée Au bon pasteur, une institution pour rééduquer les délinquantes, les marginales et autres filles-mères comme on disait. Le film se termine sur une échographie où l’on voit que la jeune fille attend « un petit agité ». On peut imaginer qu’il s’agit de François lui-même. Même si, par ailleurs, il était aussi parti d’un autre personnage : une jeune femme délurée rencontrée lors de ses quatre cents coups.»
L’héritage moral
«Par testament, François m’a désignée PDG des Films du Carrosse. J’ai compris sa décision comme une reconnaissance vis-à-vis de mon père. J’avais toujours eu des jobs subalternes dans le cinéma, mais il savait qu’être directrice ne me ferait pas perdre la tête et que j’obéirais à certains principes de rigueur et d’honnêteté. Cependant, j’ignorais les rouages de la société. Comme François compartimentait sa vie, je ne connaissais pas les techniciens ni les acteurs. J’ai connu plus tard Fanny Ardant, avec qui j’ai des liens d’amitié. Le catalogue des films était le capital qu’il laissait à ses trois filles, Laura, Eva, et Joséphine, la fille de Fanny [Ardant]. Il a été bien géré grâce aux collaborateurs de François. Je l’ai vendu à MK2 quand les canaux de diffusion se métamorphosaient et qu’il y avait un risque que les enjeux m’échappent.»
Lire des lettres
«Je me suis retrouvée après la mort de François face à une montagne de correspondance très bien classée, qui ne me concernait pas. Pendant longtemps, j’ai eu beaucoup de répugnance à lire des lettres qui ne m’étaient pas destinées, et je ne les ai d’ailleurs toujours pas toutes lues. La correspondance amoureuse a été remise au notaire de François. Chacune des femmes ou leurs ayants droit ont pu les récupérer vingt ans après la mort de François.»
Aujourd’hui
«Au début, je n’aimais pas l’idée de commémorer les 30 ans de la disparition de François. Il est présent dans ma vie, et même s’il ne l’était pas, je serais invariablement ramenée à lui, en dépit du peu d’années où l’on a formé un couple. On ne s’est disputés qu’une fois, et ça a été le divorce. Je n’ai formé aucune rancune contre lui, ma tranquillité n’est pas de complaisance. Mais la nuit, ma violence se réveille dans des cauchemars. « Et là encore, tu m’as menti. » Je serais prête à prendre un revolver pour le tuer ! Je le raterais, je ne sais pas tirer. A chaque cauchemar, je suis bouleversée d’être restée aussi jeune, à mon âge. Il me faut un instant pour me rendre compte qu’il ne s’agit plus de moi.»
Anne Diatkine

LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L’OEUF de Wang QUANAN

Synopsis : Le corps d’une femme est retrouvé au milieu de la steppe mongole. Un policier novice est désigné pour monter la garde sur les lieux du crime. Dans cette région sauvage, une jeune bergère, malicieuse et indépendante, vient l’aider à se protéger du froid et des loups. Le lendemain matin, l’enquête suit son cours, la bergère retourne à sa vie libre mais quelque chose aura changé.

Présentation Marie Annick Laperle

                                                            

 Peu de monde dans la salle pour ce film tourné en Mongolie, par le réalisateur chinois Wang Quanan. Mais les spectateurs présents n’oublieront pas les ciels indigo et les bandes de terre mongole embrassant la totalité de l’écran, s’étirant à l’infini. Pour ma part, je n’oublierai pas les scènes en apparence simples, que le cinéaste filme comme des scènes universelles dont la beauté vient de l’intérieur, en dehors de la volonté de produire « la belle image » : le corps nu d’une femme morte dans les hautes herbes de la steppe, les couleurs du ciel changeant avec les heures de la journée, la mise à mort d’un mouton ou le vêlage d’une vache, un arrêt de bus  perdu quelque part sur une piste et sorti tout droit d’un tableau de Hopper, un flic qui danse autour du cadavre maintenant recouvert d’un drap, sur une chanson d’Elvis Presley « Love me tender », sans oublier les deux magnifiques scènes d’amour, éclairées à la lumière d’un feu ou de lampes frontales.

Six ans après avoir subi toutes les indélicatesses de la censure chinoise pour son sixième film «  Au pays du cerf blanc », Wang Quanan choisit la Mongolie Extérieue, pays indépendant, pour filmer librement et nous livre un film lent, plutôt contemplatif qui donne le sentiment qu’il ne se passe pas beaucoup de choses. Pourtant, mon attention n’a cessé d’être mobilisée par la beauté des  levers et des couchers de soleil, par la simplicité des scènes de vie quotidienne, par la mise en scène et par le portrait étonnant de cette femme des steppes insolite.

                A partir d’un dispositif minimaliste, le cinéaste parvient à nous faire ressentir l’infinitude du temps et de l’espace, à resituer l’homme dans son rapport avec la nature et à engager une réflexion sur la vie et sur la mort. Les premières images donnent le ton : une voiture de police avance dans le noir, braquant ses phares sur une steppe jaune et déserte, soudainement traversée par des chevaux libres. Un des occupants du véhicule, des chasseurs parlant de chasse, dit : « ce que l’homme voit n’est pas toujours la réalité ». Deux tour de roue plus loin, le cadavre d’une femme surgit dans les phares. On ne saura rien de l’enquête et le meurtrier sera tout de suite retrouvé car le propos est ailleurs. Derrière ce cadavre, les policiers verront un drame passionnel avec souffrance et sentiments violents. La femme des steppes y verra le cycle de la vie. Le corps aurait pu se décomposer, l’herbe y aurait proliféré, les moutons s’en seraient nourris, l’homme aurait mangé le mouton. Et la femme morte aurait éventuellement pu se réincarner. Pas de quoi en faire un drame. Le regard que l’homme porte sur ce qu’il voit, créé sa réalité.

  Le fait de filmer en plan large et de donner la priorité au ciel qui peut occuper quatre-vingts pour cent de l’écran, donne à voir des personnages dont la taille est réduite par rapport aux éléments naturels. Ce dispositif permet de voir l’histoire comme une scène de théâtre où les personnages ont des interactions mais avec une sorte de distance et de détachement. Nous aussi, spectateurs, nous avons un détachement, une sorte de recul sur les événements que nous voyons à l’écran. Ce recul permet des moments d’humour et une acceptation de notre dérisoire condition humaine.

                 Mais venons en à l’histoire de la femme des steppes et du jeune flic. On l’appelle Dinosaure, elle vit seule avec son troupeau et envoie paître son ami qui lui propose ses services d’étalon ou lui conseille de vite en trouver un autre que lui. Cette femme-là est une guerrière qui sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas. Elle s’est affranchie de bien des carcans liés à sa condition pour exprimer sa puissance sans faire d’histoires. Elle va d’abord endosser le statut de femme protectrice de la vie en venant protéger le jeune policier inexpérimenté, du froid et de l’attaque d’une louve. Maniant le fusil sans l’ombre d’une émotion, même après un coït inattendu avec le jeune homme, elle abat l’animal au troisième tir avec son intuition de femme qui sait sans avoir vu. Dans la scène d’amour mémorable qui précède, sous le regard bienveillant et la toison chaude d’un chameau de bactriane, à travers les flammes d’un feu bienfaisant et sous l’effet libérateur de la vodka, notre femme des steppes devient l’initiatrice à l’amour, malicieuse et décomplexée. Le jeune flic utilisé comme étalon de reproduction s’en verra transformé en homme capable de séduire la jeune policière stagiaire qui retourne à Oulan Bator. Mais pas avant d’avoir goûté l’ivresse d’une chevauchée  nocturne à moto, illuminée de pétards lancés dans le ciel indigo. Quant à la femme des steppes, dont le rôle est tenu par une véritable bergère nomade, quelque chose a également changé pour elle. Elle a un œuf en elle. Elle est enceinte. Sa vache également qui va bientôt mettre bas. C’est le moment d’appeler Orgil pour qu’il l’aide. La scène se déroule dans un clair obscur digne d’un tableau de maître flamand, à la lueur des lampes frontales des deux protagonistes. Après la scène de la mise à mort du mouton, c’est celle de la naissance, de l’accueil d’une nouvelle vie. C’est le moment  de dire à Orgil, toujours amoureux et qui vient de lui offrir un œuf de dinosaure fossilisé, qu’elle aussi a un œuf dans le ventre. S’en suit une scène d’amour à la fois réaliste et magique, filmée également à la seule lumière des lampes frontales des deux personnages et dont les halos s’agitent dans le noir, comme si  leurs deux âmes dansaient dans la nuit.

  Le film s’ouvrait sur une scène de mort, il s’achève sur une promesse de vie. Entre les deux il y a l’amour. Il y a la vie. La femme est celle qui en assure la continuité, qui la perpétue.     Objet de trafic par cupidité, l’oeuf de dinosaure est ici le symbole d’une origine antédiluvienne et d’un monde disparu. Il rappelle la menace de disparition qui pèse sur le mode de vie des nomades mongoles. Dans ce monde traditionnel, la technologie a fait irruption avec la moto, le portable, les tests de grossesse et la pilule avortive. Un avion qui traverse le ciel et  au loin la cheminée qui fume d’une usine  viennent signaler que le monde fourmillant des villes et de l’agitation n’est pas loin. L’oeuf, présent dans bien des civilisations anciennes est aussi le symbole de la naissance du monde. Il est le symbole universel qui représente la vie à venir et qui en éclot. C’est la naissance et la régénération du cycle de la vie. Par sa forme ovale, il suggère l’infini.

                                                                                             Marie Annick

L’Amore in città

Novembre 1953, 1h49
ressorti en salles le 22 juin 2020
(diffusé actuellement sur Ciné+classic)

Six histoires par six grands metteurs en scène italiens sur la misère de l’amour à Rome au début des années 50.

Amore che si paga de Carlo Lizzani
Tentato suicido, de Michelangelo Antonioni
Un’agenzia matrimoniale de Federico Fellini
Storia d Caterina de Francesco Maselli
Paradiso per 3 ore de Dino Risi
Gli italiani si voltano d’Alberto Lattuada

Ce film, vu hier soir sur Ciné+classic m’a fortement impressionnée et juste avant que notre WE du cinéma ne commence, aujourd’hui à 14h30 !
Ce sextuple portrait de la jeune fille italienne des années 1950 entre en résonance avec la société contemporaine.
En 1953, l’Italie se reconstruit. En 1953, à Rome, autour de Rome, c’est la misère noire, très très noire …
Le cinéma italien, lui, par les succès du courant néoréaliste, commence sa renaissance et Cesare Zavattini (scénariste avec Vittorio de Sica sur Ladri di biciclette, Miracolo a Milano …), initie ce film de six sketchs et autant de regards portés sur la condition féminine en 1953, à Rome et qui en 2020 nous étourdissent, certains plus que les autres, tant ils se catapultent avec la condition féminine d’aujourd’hui, cf le sketch final, Gli italiani si voltano d’Alberto Lattuada !
Ces courts métrages de 1953 sont à mille lieues des sketchs satiriques du cinéma italien des années 1960 et 1970 ! 
Dans L’Amore in citta, Federico Fellini, Dino Risi ou Michelangelo Antonioni racontent des « histoires vraies », caméra au poing, collée à la misère, dressant le portrait-type de la jeune fille pauvre italienne du début des années 50. Les cinéastes sont de reporters, leurs scénarios, des faits-divers.
Pour Un’agenzia matrimoniale, Fellini filme déjà un journaliste faussement désinvolte qui plus tard se perdra dans La dolce vita, tandis que dans Paradiso per 3 ore Dino Risi promène sa caméra sur ses congénères au dancing en un tableau où jeunesse, beauté, laideur, fraicheur et transpiration se mêlent devant son regard sarcastique. en un bouquet entêtant.

L’Amore in citta, est à voir assolutamente !

L’occasion de renouer avec un cinéma exigeant et hyper réaliste et le temps du pain noir où rien ne portait à sourire …
Mais le temps de la comédie italienne et son pain blanc allait arriver !

Un « Amore in citta » aujourd’hui serait noir
et sans gluten 

Marie-No

Des Hommes de Alice Odiot et Jean-Robert Viallet

Des hommes : Affiche

Film documentaire français
19 février 2020 1h23
Présenté par Marie-Annick Laperle
soirée mardi 15 septembre 2020 à 20h30

Sujet : 25 jours en immersion dans la prison des Baumettes. 30 000 mètres carrés et 2 000 détenus dont la moitié n’a pas 30 ans.
Une prison qui raconte les destins brisés, les espoirs, la violence, la justice et les injustices de la vie. C’est une histoire avec ses cris et ses silences, un concentré d’humanité, leurs yeux dans les nôtres.

« toutes les villes ont des particularités : ses remparts, son église du XVIIe, (…). À Marseille, on pourrait dire : son stade, son musée, sa prison. » J.R.Viallet
Achevé en 2018, quelques semaines avant la fermeture du bâtiment, Des Hommes a pour cadre la prison des Baumettes, dont les conditions de détentions ont été jugées inhumaines en 2012 par le contrôleur général des lieux de privation de liberté et a été fermée en 2018. Les deux réalisateurs se sont plongés en immersion totale pendant 25 jours dans le quotidien infernal des détenus, « dans ce lieu de privation de liberté où l’objectif est de punir ».
On a l’impression que tout est mis en place pour qu’ils ne puissent rebondir.
Une plongée saisissante et fascinante dans l’enfer de cette prison insalubre, surpeuplée et mythique, pour esquisser le portrait de détenus à la vie suspendue, englués dans un système judiciaire obtus.
Les Baumettes semblent constituer un cadre pour les jeunes détenus : ils y vont, sortent, reviennent, repartent. Et reviennent.
« Quand la prison commence à devenir un cadre pour la jeunesse, ça interroge, c’est problématique » dit  A. Odiot . « Quand on cherche dans les détails, dans les recoins et dans les petits moments de relations humaines, on voit que l’humanité peut resurgir » confie J.R. Viallet.
Jamais montrée, la violence est omniprésente. Les morts en promenade, à la douche. Un homme condamné pour sept ans dit joliment « la prison, c’est la cuisine du diable – soit t’es le couteau, soit t’es la fourchette ».
La caméra baladeuse chope le quotidien, saisissant autant ce que les détenus veulent dire, essaient de dire, que ce qu’ils laissent échapper, et ce qu’ils veulent taire.
Si l’innocence peut être surjouée le temps d’une commission disciplinaire, la souffrance, elle, n’est pas feinte et transpire à chaque plan.
Des moments de grande lucidité suivis de regards dans le vide,, comme si mieux valait de ne plus penser. On y repère un Benni au masculin.
Un documentaire exceptionnel sur des enfants devenus des hommes.
Des hommes qui nous regardent.
Terrible.

Marie-No

Benni de Nora Fingscheidt

Benni : Affiche
Film allemand
(vostfr, 22 juin 2020, 1h58)
avec Helena Zengel, Albrecht Schuch, Gabriela Maria Schmeide
 
Présenté par Maïté Noël,
Soirée mardi 8 septembre 2020 à 20h30
 
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
 
Synopsis : Benni a neuf ans. Négligée par sa mère, elle est enfermée depuis sa petite enfance dans une violence qu’elle n’arrive plus à contenir. Prise en charge par les services sociaux, elle n’aspire pourtant qu’à être protégée et retrouver l’amour maternel qui lui manque tant. De foyer en foyer, son assistante sociale et Micha, un éducateur, tenteront tout pour calmer ses blessures et l’aider à trouver une place dans le monde.

 

Privée de l’amour de sa mère, comme dépossédée, en d’autres temps, autres lieux, on aurait soigné la petite Bernadette en crise à grand renfort d’eau bénite, d’ail et de mixtures. On l’aurait confiée à un exorciste, à un désenvouteur. Fût un temps où Satan était bien commode. Las, peine perdue, ni dieu, ni diable ne pouvaient rien à ce qu’on nommait alors simplement « hystérie ». Faute de soins et d’attention maternels, le vide se serait creusé et serait devenu abyssal. Pareil.
De nos jours, c’est autre chose. Nous sommes passés bien sûr à d’autres thérapies. On a construit des institutions pleines de lumières et de couleurs et Benni y est accueillie un temps et puis, les places étant comptées, envoyée un jour piquer ses crises ailleurs, des lieux où Benni est observée par des professionnels de l’âme, bienveillants mais qui ont leur vie, des horaires et qui doivent se protéger pour pouvoir revenir, où Benni doit prendre des cachets qui masquent sans colmater. Qu’est-ce que ça peut bien faire au fond sur une Benni, tout ça … La maintenir debout, vivante pour hurler sa détresse. Et en attendant qu’elle ait l’âge d’être internée pour de bon, l’envoyer au Kenya . « Benni in Afrika ! » se moque cet éducateur sceptique.
Pas mieux. Chacun fait ce qu’il peut.
Benni est sortie du cadre de la vie ordinaire, elle est hors champ, hors d’atteinte et on ne peut que constater qu’il semble que cela soit déjà trop tard pour la « recadrer », pour la rattraper,  pour la calmer et arriver à pérenniser son calme. La mère n’ira jamais assez bien pour guérir ses blessures à elle et a fortiori celles de sa fille, enfant. La mère continue à creuser le sillon des tourments, ceux de Leo et après viendra Alicia et elle aura peur d’eux un jour comme elle a peur déjà de Benni.
Quel malheur ! quelle désespérance !
Ce film montre la souffrance de cette enfant de neuf ans qui ne peut que faire régner la terreur pour exprimer sa colère. Puisque sa mère ne la « calcule » pas, elle se fera remarquée par tous. Puisque sa mère ne l’aime pas, elle se fera détester par tous. Puisqu’on la « range » là, elle se sauvera. 
Pour en avoir été privée, Benni cherchera sans doute toute sa vie, à se caler contre le sein de sa mère et pouvoir y rester jusqu’à l’apaisement.
Helena Zengel incarne Benni et y est remarquable. Bien préparée et accompagnée, il semblerait qu’elle n’ait pas souffert des scènes pourtant violentes qu’elle a eu à jouer. C’était par morceaux, par scène, sans succession et elle dit que, bien que mesurant la signification de chaque geste, de chaque cri, elle ne s’impliquait pas elle-même dans l’action. Forte personnalité, maturité impressionnante … bilingue.
Bientôt Tom Hanks pour partenaire … ça démarre fort pour Helena Zengel, 9 ans lors du tournage, 12 ans maintenant.
La réalisatrice, Nora Fingscheidt parvient à mettre l’accent aussi bien sur le travail remarquable du collectif que sur l’inadaptabilité de Benni à se mettre dans le moule qu’on lui propose : centre et famille d’accueil, école … et aussi sur l’impossibilité de la mère à être mère. Benni est imprévisible. Elle court et on la suit, on arrive encore à la suivre, à la retrouver. 
Sur le qui-vive, jusqu’au bout du film.

A voir

Marie-No

Benni – Interview Helena Zengel

🤩Les salles de cinéma sont ouvertes de nouveau depuis lundi. L'occasion de voir enfin quelques films sortis avant le début du confinement mais aussi pour découvrir quelques pépites inédites. Et justement, nous vous conseillons très vivement d'aller découvrir Benni, le film choc de Nora Fingscheidt, portrait d'une enfant de 9 ans, négligée par sa mère et enfermée depuis sa petite enfance dans une violence qu'elle n'arrive plus à contenir…Le film est aussi l'occasion de découvrir l'impressionnant travail de sa jeune actrice Helena Zengel dont vous n'êtes pas prêts d'oublier le regard et la détermination. En janvier, elle donnera la réplique à Tom Hanks dans News of the world, le nouveau film de Paul Greengrass. Une véritable star en devenir… En attendant, la comédienne nous parle de Benni dans cet extrait de l'émission Pils de la semaine🎬 Et pour en savoir + sur les autres sorties ciné, c'est par ici…▶️ https://bit.ly/pilsdu23juin

Gepostet von CINE+ am Freitag, 26. Juni 2020