Dunkerque de Chritopher Nolan

“Dunkerque” : Christopher Nolan nous immerge au cœur de la bataille …

C’est le mois d’août, je suis allé voir ce film.
« www.telerama.fr/…/dunkerque-

19 juil. 2017 – Si le réalisateur britannique signe un film de guerre ultra efficace, il n’apporte rien de vraiment nouveau au genre ».

Mais de quel genre s’agit-il donc  ?   

Lettre de Prades 58ème ciné-rencontre 2017, suite et fin.

 

….

Après Rafi Pitts, difficile de changer de réalisateur. Or, la suite c’est Jean-Pierre Améris. Rien de comparable dans leur cinéma, ni le style, ni la démarche. C’est un homme de grande taille (2,05 mètres) qui se présente à nous, il est séduisant, d’une manière très différente de Pitts, mais séduisant. Il est d’un abord humble, disponible, sympathique, il est calme, convaincant.

Jean-Pierre Améris puise dans sa vie, dans son enfance et ses identifications, ses peines et joies, la matière de ses films. Ses personnages principaux sont remarquables et différents des autres, ils sont pêle-mêle, malade incurable, grand timide, autiste, sourd et aveugle, défiguré, solitaire… Ce sont des blessés, des stigmatisés, des boucs émissaires potentiels.. Nous avons pu voir 8 films, C’est la vie, les émotifs anonymes, Je m’appelle Elisabeth, Marie Heurtin, L’homme qui rit, Maman est folle, La joie de vivre, Famille à louer. La tonalité de ses films occupe toute la palette entre comédie et tragédie. Son dessein n’est jamais de montrer le poids du destin et la force des choses, mais l’être qui se déploie face à l’adversité et les heureuses conjonctions, les mains qui se tendent dans leur vie. – Alors, nul apitoiement chez Améris, juste la compassion et la dignité qu’il faut pour nous montrer des êtres que nous regardons peu habituellement – Parmi ces films, j’ai été plus particulièrement touché par Marie Heurtin, c’était la première fois que je le voyais. De quoi est faite la foi d’une religieuse qui décide de chercher à communiquer,  d’apprendre à parler à une enfant sourde et aveugle, quels sont ses mobiles ? Comment apprendre ? Par quelles méthodes et quelles voies? La rencontre de ces deux êtres est une expérience de la bonté. Au total, si je devais caractériser le cinéma de Jean-Pierre Améris, c’est l’idée de  « providence » qui me viendrait à l’esprit. Je crois que c’est cela qu’il montre le plus souvent.

Courts-métrages : Quel dommage cette disparition des courts-métrages de nos salles, qu’à peu près partout désormais, on préfère considérer que les spectateurs viennent 30 minutes avant la séance juste pour voir des publicités débiles et/ou vulgaires. Nous en avons vu 18, des  » brefs-métrages », parmi eux, des petits bijoux. Panthéon Discount a été élu meilleur d’entre eux, et il est excellent, mais objectivement, un réel départage est impossible. Pensons par exemple au dernier d’entre eux, une poignée de main historique, un « haïku » cinématographique à la fois  drôle, grave  et triste !

Le film surprise (judicieusement sélectionné par les jeunes) : West Side Story. Le revoir,  le revoir sur grand écran, merveille.

 Avant-premières : Marie-No a parlé dindivisibili, je ne vois rien à ajouter, c’est dit.

En revanche Djam de Tony Gatlif est de l’avis de beaucoup, un superbe film. Voici le synopsis : Djam, une jeune femme grecque, est envoyée à Istanbul par son oncle Kakourgos, un ancien marin passionné de Rébétiko, pour trouver la pièce rare qui réparera leur bateau. Elle y rencontre Avril, une française de dix-neuf ans, seule et sans argent, venue en Turquie pour être bénévole auprès des réfugiés. Djam, généreuse, insolente, imprévisible et libre la prend alors sous son aile sur le chemin vers Mytilène. Un voyage fait de rencontres, de musique, de partage et d’espoir. C’est l’art du synopsis de parler d’un film sans en parler vraiment. Ajoutons que Djam est un personnage lumineux et libre tout comme son oncle Kakourgos (qui signifie le malfaiteur en grec, et qui pourtant l’est moins que d’aucuns).

Si l’on veut bien mettre de côté le film sur Pablo Casals qui ouvre davantage le festival du même nom qu’il ne ferme les cinés-rencontres et dont on peut dire qu’il est honnête, mais dont on ne peut pas dire qu’il soit une révolution dans le cinéma, Makala d’Emmanuel Gras serait alors la clôture, et donc le bouquet. Voici le synopsis : Décidé à connaître un avenir meilleur, Kabwita entreprend, depuis son village reculé, un périlleux voyage jusqu’à Kinshasa. Le documentariste Emmanuel Gras le suit dans son périple, avec l’attention des grands maîtres italiens. Et une pudeur magnifique. Je n’avais jamais vu un film pareil, c’est un quasi documentaire qui serait tellement bien scénarisé qu’on est totalement gagné et qu’on devient captif de ce jeune homme que nous suivons pas à pas. C’est un film bouleversant au plein sens du terme. Après l’avoir vu, on ne revient jamais à la case départ.

…Et à propos de départ,  celui de Prades, avec un petit pincement.

 

Lettre de Prades 2017, 58ème Ciné-rencontre

Lettre de Prades 2017, 58ème Ciné-rencontres

Amis Cramés de la Bobine, bonjour,

Nous sommes à mi-parcours de ce voyage en première classe à Prades, un pays de cinéma, la salle de Prades s’appelle le Lido, elle est belle, confortable, peu de salles sont aussi chargées de souvenirs qu’elle, tant elle  a accueilli, de festival en festival, de grands noms du cinéma.

Pour l’instant nous en sommes à deux rétrospectives, à commencer par des films de G.W Pabst utilement présentés par P.Eisenreich de la revue Positif et Benoît Jacquot. C’est du ciné en noir et blanc et c’est pour l’essentiel du muet…en 7 films. Alors, lorsqu’on ne connaît pas, on va voir le premier par curiosité un peu condescendante (c’était pas mal pour l’époque), les autres parce qu’on se laisse gagner par ces films-là, ils sont inventifs et convaincants..

Voici ce que nous avons pu voir : La rue sans joie, Loulou, le journal d’une fille perdue, l’amour de Jeanne Ney, les mystères d’une âme, quatre de l’infanterie, le drame de Shanghai, la tragédie de la mine. Les cinéphiles avertis sauront apprécier le menu et ceux qui le sont moins, comme moi, ravis (aux deux sens du terme) s’ils ont la chance d’en voir un.

Nous sommes au moment Rafi Pitts, un cinéaste contemporain iranien, actuellement à Los-Angelès, aux Etats Unis, il aurait dû venir à Prades mais il est coincé, attendant les papiers qui lui permettront de rentrer aux USA s’il en sort. Mais c’est là  un scénario peu artistique imaginé par le Président Trump, dont il est question,  alors passons.

Heureusement Skype, heureusement Mamad Haghighat pour assurer le contact et les premières questions. Commençons par ce dernier. Il est critique, réalisateur, directeur de salle (le Champollion!) et promoteur du cinéma iranien en France et dans le monde. Authentiquement humble et direct,  il a le chic pour poser des questions facilitantes et de faire des remarques à la fois franches  et sympathiques. Quant à Rafi Pitts, il nous apparaît comme un homme doux, engageant, vérifiez vous-même sur internet, vous verrez un beau visage, avec il me semble, une oreille droite discrètement décollée, les « dents du bonheur », un  sourire lumineux. Dans son répertoire linguistique, il dispose d’au moins 3 langues courantes dont un français naturel, car il a vécu en France.

Pour ce qui me concerne, je ne connaissais pas Rafi Pitts, devait-on le situer aux côtés des Kiarostami, Farhadi, Panahi … ? En somme, parmi les grands noms du cinéma Iranien ? Oui, et sans l’ombre d’une hésitation. Et c’est tout le mérite du Festival de Prades de faire connaître en France un tel réalisateur par une sélection de 8 fictions et un documentaire.

Si vous deviez vous constituer à l’image des trousses de premiers secours, une trousse de films d’urgence, pourquoi ne pas y placer  un film de  Rafi Pitts ? En attendant, disons tout de suite que nous avons eu l’avantage de voir avant vous Soy Néro qui sera sur les écrans français en septembre. Gaëlle Vidalie a réalisé un documentaire  sur Rafi  (No return : Rafi Pitts) dont l’essentiel se déroule pendant qu’il dirige Soy Néro. On le voit le réalisateur en mouvement, on le voit être avec ses acteurs et l’équipe. Bien qu’exigeant, il sait accueillir l’émergence de l’imprévu, et la vérité de ses acteurs.

M’autoriseriez-vous un conseil ? Allez voir Soy Néro. Et si vous ne le pouvez, allez dans votre médiathèque préférée, empruntez Salandar, 5ème Saison ou encore Sanam. Ah! Sanam, nous en sortons, quelle émotion ! Des plans de toute beauté, dès les premières images on est saisi. Rien que le début, une colline dans la campagne, au loin, sur la crête une silhouette humaine apparaît, évanescente. Elle bouge, elle court, on la voit descendre  semblant décrire une courbe vers la gauche. Elle grandit. Pas assez. Derrière, un cavalier, puis deux, trois et quatre ; ils poursuivent cet homme ? C’est une image presque abstraite qui se précise un peu mais nous n’en verrons à peine davantage, un bruit sec et mat, le film commence. Qui voit cette scène ?  Nous.  Nous, par les yeux d’Issa, 10 ans. Un contre champs nous fera faire sa connaissance, quel visage lui aussi, et quel  acteur ! Ne lisez pas le synopsis, c’est inutile. Regardez les visages des hommes, des femmes, regardez les yeux et les mains celle (Roya Nonahali) la mère de Issa par exemple, regardez les paysages, regardez jouer ce jeune Ismail Amini qui interprète l’enfant Issa ;  n’en perdez rien. Laissez-vous aller à votre émotion, vous y réfléchirez après. Ça sera un autre moment riche.

Je termine en disant que Gaëlle Vidalie dont il était question tout à l’heure a assisté Rafi Pitts dans la réalisation d’un documentaire Abel Ferrara, (Abel Ferrara, Not Guilty)  dont curieusement, c’était aujourd’hui l’anniversaire. Je ne vais pas faire les louanges de ce documentaire dans ce billet ni d’Abel Ferrara et ça me frustre un peu mais il faut bien terminer un billet. D’abord, il est tard.

A une prochaine pour peut-être pour dire un mot d’Abel F et du reste…la  suite du programme promet.

Amitiés des Cramés à Prades.

Georges J

De toutes mes Forces- Chad Chenouga

3 prix au Festival de Valenciennes 2017

Du 29 juin au 4 juillet

En Présence du réalisateur Chad Chenouga

 Film français (mai 2017, 1h38) de Chad Chenouga avec Khaled Alouach, Yolande Moreau et Laurent Xu

Distributeur : Ad Vitam

 

Synopsis : Nassim est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer. Malgré la bienveillance de la directrice, il refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre. Tel un funambule, Nassim navigue entre ses deux vies, qui ne doivent à aucun prix se rencontrer…

« Deux choses en préalable ».

-Merci à Françoise pour la présentation de Chad Chenouga, de nous avoir signalé 17 rue bleue, le premier film de Chad Chenouga novembre 2001. Comme nous avons aimé « De toutes mes forces » on cherchera à mieux connaître ce réalisateur en se procurant ce film coûte que coûte.

-Et puis, Chad Chenouga débattant sur son film a assuré la réussite de la clotûre de notre saison des Cramés de la Bobine, le public a été conquis par son authenticité, sa sympathie, la qualité de ses réponses à nos questions. Il y a des moments comme ça !

Maintenant, un mot sur le film, ou plutôt sur ce que j’en ai noté.

Nassim est orphelin, ce n’est pas un thème rare, cinétrafic en dénombre 186, des misérables en passant par Tarzan… et je me souviens de               « l’incompris » de Luigi Comencini, cet enfant auquel son père déniait tout chagrin. Ici, l’orphelin c’est Nassim (Khaled Alouach) dont la mère est morte d’une overdose. Il l’a vue gisante, couchée face contre sol, morte. C’est lui qui allait chercher ses médicaments psychotropes à la pharmacie. Il ne peut pas s’autoriser à exprimer ouvertement son chagrin, il lui faudrait alors parler d’elle aux autres, vous imaginez ? On se souvient fugacement de « Fais de beaux rêves » de Marco Bellocchio, la mort par suicide de la mère provoque chez Massimo un sentiment d’abandon, de culpabilité, de honte. Egale douleur pour Nassim et quant à la honte, c’est aussi celle de ne pas être recueilli par sa tante, de devenir une sorte de paria. Il est alors placé dans un foyer d’accueil. Ainsi commence le parcours de Nassim responsable de son présent et de son avenir. Le décor est planté, comment Nassim va-t-il s’y prendre ?

Parmi ce que Chad Chenouga nous donne à voir, j’ai remarqué la manière dont le jeune adolescent met rapidement en place des stratégies d’isolation de ses différentes situations de vie. Il y a son monde psychique marqué par son amour pour sa mère et de son deuil ; il y a aussi le monde du lycée qui représente l’idéal social de Nassim ; et enfin le monde du foyer d’accueil pour orphelin qui représente sa vie quotidienne et un stigmate. Trois entités, trois mondes qui de son point de vue, ne sont pas conciliables, ne doivent pas correspondre, ce serait dangereux. Cela exige habileté et subterfuges (voir la scène sur subterfuge)

Lorsque par inadvertance, ces mondes se recoupent, tout se dérègle pour Nassim, voici quelques illustrations parmi bien d’autres :

-Accepter de dormir chez les parents de sa petite amie au lieu de rentrer au foyer, transforme le carosse en citrouille, aboutit à des mesures de rétorsion de la directrice du foyer. (Sorties, téléphones, etc.)

-Offrir à sa petite amie les boucles d’oreilles de maman, induisent l’inhibition sexuelle de Nassim.

-Laisser un livre tamponné par le foyer chez sa petite amie aboutit à ce qu’elle découvre le « pot aux roses » et que leur relation en soit brisée.

Tout conforte donc Nassim dans son « système » protecteur d’évitement, de cloisonnement et de contrôle, où le souci de paraître prime. Cet exercice exige de l’habileté, du style. Et à propos de style, regardons Nassim, les vêtements de Nassim, il porte de belles chemises, ce n’est pas si fréquent à son âge en 2017. Il porte aussi un remarquable foulard bleu . (Notons en passant un très beau plan de Nassim sur fond bleu). La « vêture » de Nassim (comme on dit au Foyer) ne ressemble qu’à lui-même, elle est subtilement hors des codes vestimentaires des milieux qu’il fréquente. Il est élégant. Au demeurant, c’est un garçon comme les autres, bien de son âge, à l’aise avec ses nombreux potes et les filles.

Les personnages clés qui jalonnent sa vie sont principalement des femmes. Sa mère (petit rôle essentiel et  impeccable de Zineb Trici, pâle, maladive) ; Sa (trop curieuse) petite amie ;  Madame Cousin, la patiente Directrice à la tendresse rentrée, (Yolande Moreau) ;  la déterminée  Zawadi (Jisca Kalvanda, vous vous souvenez de « Divines » ?) ; ou encore  Mina pour son « don de soi », cette jeune fille « ensinte » qui n’est pas sans rappeler le personnage d’ Elodie Bouchez dans « la faute à Voltaire » d’Abdellatif Kechiche.

Singulièrement, en même temps qu’il nous livre le monde compartimenté et douloureux de Nassim, Chad Chenouga montre aussi la possibilité d’un monde ouvert et sa patte de réalisateur  nous fait sentir la tension, la volonté de « devenir » de Nassim. En ce sens, « De toutes mes forces » est un titre parfait.

Autres remarques : 

Chad Chenouga nous a expliqué comment il a fait travailler ses acteurs…au bout c’est une réussite. Bien sûr, nous sommes nombreux à aimer Yolande Moreau, ici elle est une directrice de foyer lucide et clémente, la femme qu’elle représente derrière sa fonction demeure sensible, empathique. Quant aux jeunes, nous leur souhaitons un bel avenir. Pour ma part, je suivrai plus particulièrement Khaled qui commence sa carrière avec ce rôle en or et qui promet, et Jisca cette jeune actrice énergique, débordante de vie et de spontanéité,   j’anticipe bien ce qu’ils nous réservent.

J’ajouterai que cette histoire, trois fois celle de Chad, puisqu’il l’a vécue, écrite et tournée nous apparaît sincère et émouvante. Et je suis d’accord avec Eliane pour noter ce que ce film doit à son cadrage, à ses plans qui parfois se resserrent sur Nassim marquant son enfermement, et à son montage rigoureux et rythmé.

Encore merci Monsieur Chad Chenouga,  et à bientôt pour  votre prochain film.