BlacKkKlansman – Spike Lee

 

Soirée débat mardi 25 à 20h30

Film américain (vo, Août 2018, 2h14) de Spike Lee avec John David Washington, Adam Driver et Topher Grace

Présenté par Jean-Pierre Robert
Synopsis :  Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par le commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. 

 

A brûle-pourpoint, j’ai un sentiment mitigé par rapport à ce film. D’abord,  il faut reconnaître  avec « le Monde »,  que c’est un film haletant, comme le sont les bons thrillers. Il y a aussi de remarquables acteurs. Ensuite, la manière de fondre et de faire se rejoindre les années 60 et l’actualité du moment est remarquable. Et puis l’infiltration du KKK, est un sujet réjouissant. Ajoutons qu’il y a eu la présentation-débat animée par Jean-Pierre, avec  mesure et objectivité et plutôt tonique.

Maintenant,  j’ai quelques objections, d’abord le premier plan,  commence par une citation : (autant en emporte le vent? dites moi  si  le savez.)  on voit  la guerre de sécession et son prix en  morts, en blessés, et en souffrance. Mais pourquoi ces blessés sont-ils  bien rangés  à même le sol, le long d’une voie ferrée,  pour être brancardé ensuite ailleurs ?   Démonstrative mais curieuse logistique.  Voilà qui  ouvre le film, la guerre du Nord contre le Sud, le racisme est au Sud,  du coup, on sait où est sa place exacte. (Cette séquence et d’autres montrent que le cinéma peut parfois comme la guerre être  une  affaire de grosse artillerie)

Ensuite, on est devant un film dynamique, bien joué, bien filmé, mais dont le scénario m’indispose parfois, je ne vais pas faire une liste, voici un  exemple, pourquoi donc Spike Lee fait-il un parallèle entre les discours  qui revendiquent le  Pouvoir Noir et ceux du Pouvoir Blanc Suprématiste ? Peut-on placer sur un pied d’égalité  le discours de l’opprimé et celui de l’oppresseur ?  C’est ce que fait ce film et   c’est ce qui me  gène.

J’ai apprécié le  passage de fiction  à documentaire, il est magique dans ce film tant l’actualité présente  en épouse les formes. D’une certaine manière les séquences de Charlottesville et le discours du Président Trump  confèrent au film une note d’authenticité, puisque  réalité et  fiction se continueraient  tout comme le passé et le présent.

Je ne doute pas du présent, peut-être que cette manière d’évoquer le passé ne me convient qu’à moitié. Pour la première moitié,  le film  de Speek Lee est efficace et attractif, et pour la seconde, je lui trouve trop de faux équilibres.

Ajoutons que ce film a obtenu le Grand Prix à Cannes 2018. Nous avons vu et nous verrons des films moins schématiques qui n’ont pas eu cet honneur , dont c’est une litote, le mérite n’est pas moindre.

 

 

1 réflexion sur « BlacKkKlansman – Spike Lee »

  1. J’ai retrouvé la scène d’ouverture dans le livre. Mélanie, la belle-sœur de Scarlett est sur le point d’accoucher et Scarlett part à la recherche du Docteur Meade qui a prédit un accouchement très difficile.
    Quand je relis tous ces passages, je me demande comment j’ai pu me laisser emporter par ce roman très raciste, effectivement, que j’ai adoré à l’adolescence et que je relirai volontiers.
    Au moment de la sortie du film, l’actrice qui joue la nourrice de Scarlett a obtenu un Oscar du Meilleur second rôle et a essuyé des quolibets de la part des militants des droits civiques qui l’ont accusée de camper une servante. Elle leur a répondu que c’était un rôle de composition, par ailleurs bien payé alors qu’eux occupaient toujours des postes de domestiques. (je cite de mémoire).

    « Après avoir tourné la rue, au coin de l’hôtel d’Atlanta, elle vit la gare et les voies sur toute leur longueur. Alors elle s’arrêta, épouvantée. Gisant épaule contre épaule, tête contre pieds sous le soleil implacable, des centaines de blessés étaient alignés à même les voies, les quais et les trottoirs. Certains demeuraient immobiles, mais un grand nombre se tordaient en gémissant. Partout des nuées de mouches harcelaient les hommes, recouvraient leurs visages d’essaims bourdonnants. Partout on voyait du sang et des pansements souillés. Partout on entendait hurler et jurer les hommes qu’emportaient les brancardiers. L’odeur du sang, de la sueur, des corps sales et des excréments montait en vagues fétides. Les infirmiers couraient çà et là au milieu des hommes prostrés et marchaient souvent sur des blessés tant les rangs – 450 – étaient serrés. Ceux qu’on piétinait ainsi levaient passivement les yeux et attendaient que vînt leur tour d’être emmenés. La main collée à la bouche, Scarlett recula. Il lui semblait qu’elle allait vomir. Elle ne pouvait aller plus loin. Elle avait vu quantité de blessés à l’hôpital, quantité de blessés sur la pelouse de tante Pitty après la bataille de la Rivière, mais elle n’avait jamais rien vu de pire. Elle n’avait jamais rien vu de comparable à ces corps puants et sanglants qui brûlaient sous un soleil féroce. C’était un enfer de souffrances, d’odeurs nauséabondes, de cris… et vite, vite, vite. Les Yankees arrivent ! les Yankees sont là ! Creusant les épaules, les yeux écarquillés pour reconnaître le docteur Meade parmi les hommes qui se tenaient debout, elle s’engagea au milieu des blessés. Mais elle s’aperçut qu’elle ne pouvait continuer à regarder devant elle, car, si elle n’y prêtait pas attention, elle risquait de marcher sur quelque pauvre soldat. Elle retroussa ses jupes et s’efforça de s’approcher d’un groupe de personnages qui dirigeaient les mouvements des brancardiers. Tandis qu’elle avançait, des mains fiévreuses la tiraient par le bas de sa robe, des voix marmonnaient : « Madame, de l’eau !… S’il vous plait, madame, de l’eau ! Pour l’amour du Christ, de l’eau ! » Elle se dégageait comme elle pouvait. La sueur ruisselait sur son visage. Si par malheur elle mettait le pied sur l’un de ces hommes, elle pousserait un hurlement et s’évanouirait. Elle enjamba des morts, des hommes qui gisaient les yeux vides, les mains crispées sur des ventres où le sang séché avait collé les uniformes aux lèvres des plaies, des hommes dont les poils de barbe étaient raidis par le sang, dont les mâchoires fracassées laissaient échapper un son qui devait signifier : « De l’eau ! de l’eau ! » Si elle ne trouvait pas le docteur Meade, elle allait se mettre à crier, elle allait devenir folle. Elle fixa le groupe qu’elle avait remarqué et lança du plus fort qu’elle put : « Docteur Meade ! Est-ce que le docteur Meade est là ? » Un homme se détacha du groupe et regarda de son côté. C’était le docteur. Il était en bras de chemise et avait relevé ses – 451 – manches jusqu’aux épaules. Sa chemise et son pantalon étaient aussi rouges que des vêtements de boucher et même le bout de sa barbe gris fer était maculé de sang. Son visage était celui d’un homme ivre de fatigue, de rage impuissante et de pitié. Ses joues couvertes de poussière avaient pris une teinte grise et la sueur y avait tracé de longues rigoles. Pourtant, lorsqu’il appela Scarlett, celle-ci fut frappée de son ton calme et résolu. « Dieu merci, vous voilà. J’ai de quoi employer tous les bras disponibles. » Pendant un moment, Scarlett le regarda, éberluée ; puis d’un geste pudique, elle rabaissa ses jupes. Elles tombèrent sur le visage sale d’un blessé qui essaya de détourner la tête afin de ne pas être étouffé sous leurs plis. Que voulait bien dire le docteur ? La poussière sèche soulevée par les ambulances collait au visage de Scarlett, les odeurs ignobles lui emplissaient le nez comme un liquide infect. « Pressez-vous, mon enfant ! Par ici ! Elle retroussa de nouveau ses jupes et s’élança vers le docteur parmi les rangées de corps. Elle lui posa la main sur le bras et sentit qu’il tremblait de fatigue bien que son visage ne révélât aucun signe de faiblesse. « Oh ! docteur ! s’écria-t-elle. Il faut que vous veniez. Mélanie est en train d’accoucher. » Il la regarda comme si ces mots n’éveillaient rien en lui. Aux pieds de Scarlett un homme étendu à même le sol, la tête sur sa cantine, eut un sourire plein de compassion. « Ils vont arranger ça », fit-il d’un ton encourageant. Scarlett ne fit même pas attention à lui et secoua le bras du docteur. « C’est Mélanie. L’enfant. Docteur, il faut que vous veniez. Elle… le… » L’heure n’était pas aux formules délicates, mais il était pénible de prononcer ces mots devant des centaines d’hommes qui écoutaient. « Les douleurs sont plus fortes. Je vous en prie, docteur ! — Un enfant ! Bonté divine ! » rugit le docteur, et son visage se tordit soudain sous l’empire de la haine et de la colère, d’une colère qui n’était point dirigée contre Scarlett ou quelqu’un – 452 – d’autre, mais contre un monde où de telles choses pouvaient se produire. « Vous n’êtes pas folle ? Je ne peux pas quitter ces hommes. Ils se meurent, ils se meurent par centaines… Je ne peux tout de même pas les laisser pour un maudit bébé. Tâchez de trouver une femme pour vous aider. Ma femme, par exemple. » Scarlett ouvrit la bouche pour lui dire pourquoi Mme Meade ne pouvait pas venir, mais elle la referma brusquement. Le docteur ne savait pas que son propre fils était blessé ! Elle se demanda ce qu’il ferait s’il savait et quelque chose lui dit que même si Phil était à l’agonie le docteur ne sen irait pas et resterait à prodiguer ses soins à tous ces blessés au lieu d’un seul. « Non, il faut que vous veniez, docteur. Vous savez bien, vous avez dit vousmême que ça n’irait pas tout seul… » Était-ce bien elle, Scarlett, qui prononçait tout haut ces paroles terriblement choquantes au milieu de cet enfer brûlant et gémissant ? « Elle va mourir si vous ne venez pas. » Le docteur se dégagea sans ménagement et répondit comme s’il n’avait pas entendu Scarlett, comme s’il savait à peine de quoi il s’agissait. « Mourir ? Oui, ils mourront tous… tous ces hommes. Pas de pansements, pas de remèdes, pas de quinine, pas de chloroforme. Oh ! mon Dieu, si l’on pouvait avoir un peu de morphine, juste un tout petit peu de morphine pour ceux qui souffrent le plus. Un tout petit peu de chloroforme. Que Dieu maudisse les Yankees ! Que Dieu maudisse les Yankees ! — Qu’ils soient voués à tous les diables, docteur ! » fit l’homme étendu sur le sol en découvrant ses dents au milieu de sa barbe. Scarlett se mit à trembler. Des larmes d’effroi lui brûlaient les yeux. Le docteur n’allait pas revenir avec elle. Mélanie allait mourir. « Au nom du Ciel, docteur, je vous en supplie ! » Le docteur Meade se mordit la lèvre et avança le menton tandis que son visage s’apaisait. – 453 – « Mon petit, je vais essayer. Je ne peux rien vous promettre mais je vais essayer. Quand ces hommes seront pansés. Les Yankees arrivent et les troupes quittent la ville. Je ne sais pas ce qu’on va faire des blessés. Il n’y a pas de train. La ligne de Macon a été prise… mais je vais essayer. Allez-vous-en, maintenant. Ne me gênez pas. Il n’y a pas grand-chose à faire quand un bébé vient au monde. Il n’y a qu’à nouer le cord… » Un planton venait de toucher le bras du docteur qui se retourna et commença à donner ses instructions d’une voix tonnante et à désigner du doigt un blessé, puis un autre. L’homme à terre adressa à Scarlett un regard plein de pitié. Alors la jeune femme fit demi-tour, car le docteur l’avait oubliée. Elle se faufila rapidement le long des rangées de blessés et regagna la rue du Pêcher. Le docteur ne venait pas. Elle allait être obligée de tout faire par elle-même »

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