L’armée des ombres

L’ARMÉE DES OMBRES
Semaine du 21 au 26 avril 2016
Soirée-débat dimanche 24 à 20h30

Présenté par Jean-Loup Ballay
Film français (1969, 2h20) de Jean-Pierre Melville avec Lino Ventura, Simone Signoret, Paul Crauchet, Jean-Pierre Cassel, Nathalie Delon, Paul Meurisse et Serge Reggiani

Peu de monde pour ce film Ciné-Culte déjà bien diffusé à la télévision et connu du public. Comme le remarque Claude, c’est tout autre chose de le voir au cinéma. C’est pour ma part la quatrième fois que je vois ce film, je ne me rappelais même pas qu’il était en couleur. Jean-Loup assure qu’on est mieux placé pour apprécier ce film lorsqu’on l’a vu à sa sortie en 1969. Sans connaître ses raisons, j’ai tendance à l’approuver, en 1969, nombre spectateurs dans les salles de cinéma avaient connu la guerre. Le spectateur de 2016 est un autre, il n’a plus la même préparation pour recevoir ce film. Nous n’avons plus le même imaginaire collectif.

Or, voici un film sur la résistance qui ne montre rien de l’action de résistance à proprement parler. Il nous fait ressentir dès la première image le climat d’oppression puis celui de la résistance. Il y transpire la méfiance et l’inquiétude, la mort guette à chaque instant. …Les corbeaux, les nazis, la milice, les forces de l’ordre, les espions… Il nous montre aussi l’esprit de résistance où seule l’abnégation est estimable. Il décrit une organisation interne, pyramidale, cloisonnée, avec un mode de communication prudent, un système de décision souvent binaire, dicté par les seules nécessités de survivre en tant que mouvement de Résistance.

Ajoutons à cette tonalité angoissante, la tonalité des rapports humains altiers, aristocratiques des chefs de guerre avec leur base. Nous ne connaissons plus ces codes de domination vieille France –Il y en a d’autres désormais– La vision élitaire de Melville concernant les chefs de la Résistance est confortée par sa direction d’acteurs.

Tonalité angoissante, tonalité autoritaire, ce film est sorti en salle en novembre 1969, donc après mai 1968. En avril 1969, Charles de Gaule cesse d’exercer ses fonctions de Président de la République et si parmi les ombres de « l’armée des ombres » plane celle du Général et du monde d’hier, c’est aussi qu’elle plane dans l’esprit de Jean-Pierre Melville au moment où il réalise son film.

Georges

Les premiers, les Derniers, de Bouli Lanners

 

Les premiers, les derniers,  décors et paysages.

Dès les premières images, on est saisi par ce paysage de rase campagne, de « morne plaine » qui semble imaginaire. Pourtant, nous sommes bien dans le Loiret près d’Orléans. On aperçoit ce paysage de la départementale 2020, vers Saran et Artenay puis au delà de l’A19. On voit d’abord des rails en béton sur pilotis de l’aérotrain qui parcourt insolite sur plus de 20 km, plaines et bois. « C’est l’invention de l’ingénieur Jean Bertin  Polytechnicien qui, de 1963 à 1974, qui s’est consacré à la conception et aux essais de l’Aérotrain projet d’abord soutenu par les pouvoirs publics mais qui est finalement abandonné par l’État le 17 juillet 1974, il aurait dû relier Paris à Orléans en moins de vingt minutes, contre une heure aujourd’hui encore ».

C’est la Beauce pouilleuse que parcourt cette voie de béton, elle est ainsi nommée parce qu’elle est calcaire et sèche. Voici un florilège des termes des critiques pour exprimer le paysage de ce film : « Ruralité froide, un territoire monotone, la Beauce plate et gelée, une étendue vaste et glacée, un grand ciel où se déploie un horizon sans fin, des plans vides à perte de vue, infinis, Un monde à l’agonie, balayé de vents glaciaux…et à la verticale, des entrepôts et pavillons usés, silos à grain et gares céréalières, abandonnés ».

Ajoutons, que paradoxalement, lorsqu’on a vu chemin faisant, l’urbanisation des bords de la départementale 2020 entre Saran et Artenay, on éprouve un réel réconfort en apercevant ce décor de fin du monde !

C’est d’une manière fortuite que Bouli Lanners a découvert le lieu du tournage. Il nous dit qu’à l’occasion d’un voyage à Toulouse, par peur phobique de monter en avion, il a pris le train et aperçu ce rail. Après repérage, c’est décidé, il y fera son film et le paysage va dicter le scénario. Il sera vite écrit. Mais pourquoi ce paysage plutôt qu’un autre ?

Bouli Lanners est belge et il aime la Belgique, celle Jacques Brel. Mais cette Belgique de Brel, du plat pays, n’existe plus. « Plus de plaines sans ronds-points. Partout…des ronds points. » nous dit-il.

Or, Bouli Lanners est peintre de formation, ses préférences vont à la peinture flamande, pas difficile d’imaginer que Bosch et Bruegel doivent compter pour lui. Tous deux témoignent de l’attente apocalyptique. Hieronymus Bosch avec Le jugement dernier ou de Pieter Bruegel  avec Le triomphe de la mort. Tout autant, il aime Constable le peintre Anglais, pour ses paysages, ses horizons. Donc il compose les paysages qu’il filme comme on peindrait des tableaux, avec des lignes d’horizon basses, (encore que pour ce que j’ai observé, la ligne d’horizon est souvent à 50% de l’image),  et il parle des couleurs comme un peintre de sa palette :   bleu, brun, terre de sienne, et du bleu outre-mer… … et pour la verticalité il utilise des silos, gares, et hangars désaffectés. La désolation des lieux donne une idée de fin du monde.

Bouli Lanners aime aussi les Westerns, avant de tourner Les premiers, les derniers, il a revu une centaine de westerns, son gout remonte à l’enfance, il est sans exclusive, il en connaît les genres, les codes, les décors. C’est la forme de cinéma qui a nourri son enfance, il prétend connaître le Montana sans y être jamais allé. On a tendance à le croire. Comme réalisateur, il a plaisir à filmer des plans extérieurs infinis et des intérieurs de western, bistrot aménagé comme un saloon, maison de Clara ressemblant à un Ranch.

Sa préférence pour les grandes largeurs façonne sa technique. Son format c’est le scope dont il loue la beauté, il n’aime pas les images carrées. Il aime l’alternance des plans larges et serrés. Durant le tournage il recherche toujours la liberté de mouvement des caméras. Dans ce décor, ses caméras peuvent tourner à 360°, sans contrainte.

 Au point où nous en sommes, on en sait déjà beaucoup, il est Belge, peintre, il a un gout prononcé pour les westerns, il recherche la liberté de mouvement pour ses personnages. Son choix esthétique tout comme celui du scenario nous dit quelque chose de ses gouts, de ce qui l’a nourrit, mais aussi de l’état du monde, de l’humanité et de l’existence ; la sienne, la notre.

On a souvent dit de ce film qu’il est aussi un road-movie, mais dans ce cas, si les personnages se déplacent d’un point à un autre, ils ne savent pas toujours exactement où ils vont, ni ce qu’ils cherchent. Esther et Willie vont voir la fille d’Esther sans trop savoir où elle est, ni son âge. Gilou et Cochise cherchent un téléphone un peu comme des chasseurs un gibier au gré des signes. Quant à Jésus, il sait où il va ! Normal, il doit être providentiel, mais tout de même ses déplacements sont inattendus, faits de retour en arrière et de chemins latéraux (les voies du seigneur !) Comme dans tous les films de Bouli Lanners, c’est davantage l’errance qui caractérise les personnages. Leur chemin se fait en marchant. Errer n’est pas se tromper nous dit-on…errer est une démarche réfléchie et spirituelle, une quête.

 Le paysage, avec son esthétique de la fin du monde annoncée, lieu d’errance aux formes inquiétantes, aux teintes sombres, fait écho au questionnement existentiel angoissé des personnages, et plus loin de Bouli Lanners lui même, encore plus loin, du « reste du monde ».

En ce qui concerne le reste du monde, Bouli Lanners aime passer des heures dans les bistrots à écouter parler les gens, il rapporte que les sujets sur la fin des temps sont courants. Avec les guerres à forme religieuse, la cop 21, « nous sommes loin de l’optimisme d’il y a 50 ans » nous dit-il. Sans doute, la peinture flamande qu’il a tant étudiée l’aide à percevoir dans la population ce surgissement de l’apocalypse.

Il n’est pas rare de voir un décor nous parler comme un personnage et parfois mieux que les personnages eux mêmes. Quand tout va mieux, les cieux s’éclaircissent, les arbres prennent des feuilles, etc. Ici encore, lieu et situation se répondent et se justifient mutuellement, ils forment un parfait agencement. Agencement qui fourmille de craintes obscures, de tensions et de désirs…mais ce n’est pas la fin du monde, nous sommes dans le « comme si », il ne faut pas s’y méprendre,  « le téléphone fonctionne, et ça prouve que la société fonctionne » nous fait remarquer Bouli Lanners.

En voyant Les premiers, les derniers, on comprend pourquoi à l’occasion d’une interview Bouli Lanners s’est déclaré chrétien et… animiste. Par ce dernier terme, il reconnaît sa dette  au paysage, source d’inspiration poètique pour le scénario et l’image , et dans le film, il montre que le paysage n’est pas seulement autour des personnages, il les contient,  il est en eux, il les façonne ,  il porte une part de leur devenir.

Georges

 

« This is not a love story » Ceci n’est pas une pipe !

Eh  bien voilà c’est parti, voici notre premier commentaire sur « this is not a love story », un film de Alfonso Gomez-Rejon projeté et discuté le 05.01.2016.

Ceci n’est pas une pipe !

Hier soir,   “This is not a love story”…..présenté par Delphine, son commentaire allait bien au film –syntone- Delphine, a réalisé en quelque sorte une fausse anti-présentation. Avec une pointe d’humour elle nous dit « c’est un film du genre bien connu Teen movie, le sujet n’est pas nouveau, il y a beaucoup de clichés, le scénario n’est pas original, mais il se dégage quelque chose de ce film  plein de clins d’œil cinématographiques»… Ça marche, autant de messages paradoxaux mettent en attente, je n’ai pas été déçu.

Comme sa présentation, le film est lui-même tissé de paradoxes. Il est drôle et grave, très grave, pourtant drôle tout de même. Nous avons assisté sous une forme de comédie à quelque chose qui serait en même temps un drame absolu. Sarah, une adolescente risque de mourir…et elle ne va pas mourir …Greg son ami nous en assure, il a peut-être raison.

Tout comme le titre du film pour la distribution française qui sonne comme une dénégation paradoxale, le premier dialogue « tension-détente » entre Sarah et Greg nous empoigne :

Sarah : « Je te connais à peine, et si tu viens par pitié, parce que j’ai une leucémie, tu peux repartir d’où tu viens »

Greg interdit : …« Non je viens parce que c’est ma mère qui me l’a demandé !… S’il te plait restons ensemble aujourd’hui afin que ma mère (que je déçois tant) ne soit pas déçue… »

Après cette réponse digne de l’école de communication de Palo-Alto (consternante et déconcertante, drôle et humble) Sarah peut baisser la garde et une amitié peut se nouer…Une relation lourde-légère. Une relation où avec tendresse, l’on ne se touche pas, comme dans l’amour courtois. Ineffable.

Le tableau de la jeune Sarah, avec sa joie et son courage, sa force de décision si typique des adolescents bouleverse, souvenons-nous de son immense et fabuleux regard noir jusqu’au dernier instant…Et puis, en mode mineur, il y a l’abnégation délicate et sincère du jeune Greg, il nous montre l’humanité dans ce qu’elle a de beau.

Bravo Delphine, ce film de « deuxième choix » comme tu dis, ne nous fera pas regretter le premier. Tu as raison, ce n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est un bon choix, vous êtes de cet avis, ou au contraire vous avez été déçu(e) par ce film, pourquoi pas le dire à la suite ? Welcome !

Georges

 

Message de Delphine : Si tu veux rajouter une critique très pertinente du film, voici le lien suivant vers un autre blog

http://camdansunfilm.com/2015/11/15/tomber-amoureux-de-this-is-not-a-love-story/

Voilà qui est fait…

Bienvenue

Vous aimez le cinéma, les cramés de la bobine, vos aimez son site, nous espérons que vous aimerez son Blog… Mais un blog, pourquoi faire ?

Pour prolonger les débats du mardi et tous les autres débats sur la sélection des Cramés de la Bobine. Pour continuer la discussion. Les débats c’est une manière de croiser nos regards, d’échanger sur les films, c’est le lieu ou chacun dit ce qu’il veut, ce qu’il pense, et ou on peut se dire « bon sang, mais c’est bien sûr !» ou encore « je ne suis pas en accord avec cette manière de voir… »

Aucun débat ne peut épuiser un film, il donne toujours à voir  plus que nos commentaires… et nous avons souvent hélas, l’esprit de l’escalier, c’est quelquefois après le film qu’on a le plus à dire. Et certains d’entre nous n’aiment pas trop parler en public. Alors pourquoi ne pas continuer la conversation ici ?
…Et puis on peut aussi, tout simplement y écrire, j’aime ou je n’aime pas ce film, sans plus de justification.  Vous avez aimé, vous n’aimez pas, dites le ici. Avec vos avis nous améliorons ensemble notre sélection.