Vu en prévisionnement : A perfectly normal Family-Malou Leth Reymann

A perfectly normal Family est un premier film (1h33) de la Danoise Malou Leth Reymann.

« Emma, une adolescente, grandit au sein d’une famille tout à fait ordinaire jusqu’au jour où son père décide de devenir une femme.
Ce bouleversement au sein de cette famille aimante conduit chacun à se questionner et à se réinventer ».

Il y a nombre films sur les changements de sexe, du travestissement au transsexualisme. Nous en avons vu certains aux cramés de la bobine ou ailleurs. Cette histoire là est bien différente, c’est d’abord une histoire de famille.

Nous sommes avec des jeunes gens, elle, bonne maman, lui, bon papa, bons époux dans une famille moyenne, sympathique et tranquille. Un jour, au début d’un repas, la mère jette : « Nous allons divorcer! ». Le père est gêné, ne tient pas à en discuter. Et la mère ajoute : « Votre père veut devenir une femme ! » -Regard interrogatif et inquiet des enfants devant cette incongruité !-

Tout est là, dans cette vérité explosive. C’est un film qui n’esquive pas le problème, ne s’en tire ni par l’humour, ni par l’érotisme, ni n’importe quel autre artifice, mais prend le sujet tel qu’il se pose d’une manière radicale, celui de l’identité. On devine la souffrance morale pour cet homme, on imagine sa vie et ce que représente concrètement ce point de passage où il a prononcé la chose et où il va assumer de devenir irreversiblement femme… Mais le film ne s’en tient pas là, « Lui » qui est devenu Femme a deux filles. Qu’est-ce que ça signifie pour elles, et plus particulièrement pour Emma, adolescente en devenir ?

Le film avance par touches légères. Dans cette histoire, les malentendus ne sont pas toujours où on les attend. C’est un film juste et concret sur la vie quotidienne d’après. Comment et à quel prix l’aménager ? Est-il possible pour cette famille de retrouver une distance acceptable pour préserver ce qui les lie et continuer de s’aimer ?

Soulignons un jeu d’acteurs très maîtrisé, parfaitement dirigé. Un très beau film!

Voir ou revoir Eric Rohmer (2ème épisode)

Cette fois-ci, on continue avec quatre films : Le beau mariage 1982 « comédies et proverbes », la femme de l’aviateur 1981 « comédies et proverbes », l’amour l’après-midi « six contes moraux » 1972, l’ami de mon amie 1987  » comédies et proverbes » 

Dans cette série Eric Rohmer comme dans la précédente, dont je tire les films dans le désordre, les acteurs et actrices sont jeunes. Les actrices ont ceci de commun : Minois, taille moyenne, minceur. (On ne verrait pas Rosy de Palma ou Corinne Maziero dans l’un de ses films). Quant aux lieux de vie, ils oscillent entre la bohème et l’intérieur bourgeois. Les professions sont majoritairement tertiaires sup, souvent libérales ou enseignants, plus rarement apparaissent des « petits emplois », quand c’est le cas, ils sont tenus par des jeunes filles en devenir : vendeuses et serveuses, (ce sont souvent des jobs d’étudiantes) dans ce monde, on peut rencontrer des artistes, souvent des peintres. Les vêtements sont à la mode de leur époque. La tonalité douce des voix, indique la position sociale des personnages. Leur phrasé caractéristique s’accompagne souvent de bavardages, comme si les choses se passaient ailleurs que dans les mots. Les tête à tête succèdent aux mondanités toujours présentes sous forme de cocktails ou surprises parties. Souvent les personnages n’ont pas trop de temps pour manger, alors ce sera léger et sur le pouce dans un bistrot à moins que ce ne soit un sandwich dans un parc. Rohmer met en scène le public qui va voir ses films, il lui tend un miroir. Mais peut-on s’arrêter à ces remarques ? N’y a-t-il pas autre chose ? D’où vient le fait qu’on est tout de même captif ?  

Et de nos jours, peut-on encore faire des films dans la voie choisie par Eric Rhomer ? On pense tout de suite à Guillaume Brac de Tonnerre et surtout des « Contes de juillet » qui comme « l’ami de mon amie » d’Éric Rohmer nous conduit à Pontoise. Mais Rohmer c’est aussi une manière de vivre et de penser son temps. Entre l’hier de ses films et aujourd’hui, assez peu de temps s’est écoulé, mais suffisamment pour constater des écarts : L’esthétique, les décors, la mode, les manières de se parler et de se toucher, la courtoisie et la muflerie, l’érotisme, tout cela a bougé. Pourtant sous la surface des choses, l’œuvre est toujours présente. Alors retournons au coffret Rohmer.

Le beau mariage

« Le beau mariage » est tout indiqué pour poursuivre… Un casting très Rohmerien, Sabine (Béatrice Romand, qui a joué dans moult film de Rohmer), Edmond (André Dussolier), et Clarisse (Arielle Dombasle). Plaquée par son amant marié, Sabine décide à son tour de se marier, elle ne sait pas avec qui, mais qu’importe ce détail, sûr d’elle et de son charme, elle veut faire le mariage qui fera d’elle une femme libre… De toutes contingences matérielles. Faut-il aimer pour se marier ou se marier puis apprendre à aimer ? Sabine est une femme entreprenante, Edmond lui plaît, c’est un avocat très occupé, (un Dussolier crispant au possible !). Mais qu’à cela ne tienne, fonçons ! Constatons au moins que Sabine a une conception de la réciprocité dans le couple qui ne se laisse pas enfermer dans un rapport économique : le travail source de liberté et d’égalité n’est pas son sujet. Mais qui penserait comme elle en 2020 ? On se prend alors à estimer avantages et inconvénients de nos idéaux changeants.

La femme de l’aviateur

Vient ensuite la « femme de l’aviateur » avec Rohmer les acteurs sont pris dans un type de jeu qui ne peut pas être autre que celui choisi par Rohmer ! L’acteur principal c’est Philippe Marlaud un jeune homme qui interprète François. Il avait joué dans « Passe ton bac d’abord » de Pialat. La femme de l’aviateur sera hélas son dernier film, il mourra brûlé dans un accident de camping à l’âge de 22 ans. Anne est interprétée par Marie Rivière qui avait joué en 1978 dans Perceval le Gallois, et continuera avec Rohmer et bien d’autres grands réalisateurs, plus tard, elle se rendra célébre en aimant et en épousant un bandit, Roger Knobelspiess, elle produira un récit pour sa défense « Un amour aux assises ». Anne Laure Meury, elle aussi jouait dans Perceval, (tout comme d’ailleurs Fabrice Lucchini qu’on verra quelques secondes dans le film), ce sera Lucie, un prénom bien mérité ! Ce film c’est l’enquête involontaire et grâce à Lucie, joyeuse, d’un amant éconduit… La façon d’être aimé ne pèse pas lourd quand on aime, mais tout de même… Et il y a quelque chose qui rappelle les rendez-vous de Paris dans ce film, sans doute les parcs et jardins, mais aussi une touche d’humour et la délicatesse. 

L’amour l’après-midi

Dans cette seconde série, c’est l’Amour l’après-midi que j’ai le mieux aimé. Je ne dois pas être le seul car il figure dans le top 10 des entrées pour les films de Rohmer. Pour le premier rôle, on trouve Bernard Verley, un tout jeune homme qui avait déjà et aura plus encore une carrière considérable, au théâtre, au cinéma, à la télé. Dans « l’amour l’après-midi » il sera Frédéric, ensuite il y a Françoise Verley son épouse, dans le rôle d’Hélène… son épouse. Puis Zouzou, une égérie des années soixante, soixante-dix, ainsi nommée pour son zézaiement, ancien mannequin de chez Catherine Arlé, etc. Elle sera Chloé. Frédéric est un homme heureux, persuadé de son charme irrésistible, comme souvent les êtres qui se sentent aimés. (cf L’artifice du médaillon magique).Mais l’amour l’après-midi ne se laisse pas contenir dans ce résumé, n’oublions pas deux choses, la première, ce film appartient aux contes moraux, (j’aimerais qu’un jour on m’explique en quoi consiste la morale de Rohmer, non qu’il en soit privé, mais elle m’échappe un peu), la seconde dont il faut se souvenir, il y a souvent de belles promenades dans les films de Rohmer, mais toujours avec humour et malice, il nous promène encore davantage …

L’ami de mon amie

L’ami de mon amie se passe dans le nouveau Pontoise et ses environs. On se demande pourquoi ce film a été réalisé, sans doute pour assurer la promotion d’un art de vivre à Cergy-Pontoise (je ne sais pas si c’est un film de commande), ou pour nous raconter une histoire. Les deux sans doute. Il n’est pas certain que Rohmer aurait accepté de tourner dans n’importe quelle ville nouvelle, avec Cergy Pontoise, comme le fera plus tard Guillaume Brac, il filme un lieu où il fait bon vivre parce qu’il a été conçu pour ça. Les gens marchent où flânent dans les rues piétonnes, les parcs et jardins, se retrouvent aux terrasses de cafés, il y a aussi l’Oise et ses méandres, les sports nautiques. Autant Godard conteste dans un monde de moteurs et n’en sort jamais vraiment, autant Rohmer se débarrasse de tout ce qui le gène, qu’il ne trouve pas beau, du coup, les voitures y sont très rares. A Cergy, Rohmer aurait des difficultés de nos jours, la ville ne vieillit pas trop bien et nombre d’espaces verts sont rognés pour y placer des parkings ou pour « densifier ». Mais revenons au film, Emmanuelle Chaulet (Blanche) joue son premier film, le suivant sera avec Claire Denis. Sophie Renoir (la petite fille de…) interprète Léa son amie. Eric Viellard joue Fabien et François Eric Gendron (le fils de…) Alexandre. Tout est dans le titre excepté peut-être les points de suspensions. Avec Rohmer il faut toujours faire attention, un amour peut en cacher un autre. On sera aussi amusé par le signifiant jeu de couleurs dans les vêtements des personnages. 

Au centre des films de Rohmer il y a le désir. Comment et pourquoi naissent, se font et défont les amitiés et les amours sont ses questions pour cette série. Son érotisme est assez pudique, il y a parfois des nus comme dans l’amour l’après-midi, mais pas plus que ça. La parade amoureuse, la séduction l’intéressent davantage : un décor, une manière de s’habiller, et une manière de conter fleurette qui est en même temps une partie de fleuret.

Et remarquons une constante, les personnages de Rohmer sont fair-play. Quand ils se séparent, ce n’est jamais la fin du monde.

Georges

La Fille au bracelet et Acusada

Je tombe avec retard sur cette critique de Jacques Morice dans Télérama : «La fille au bracelet » de Stéphane Demoustier s’est largement inspirée du scénario d’Acusada,de Gonzalo Tobal, thriller argentin baroque, nettement plus ampoulé. Sa mise en scène à lui est sobre, rigoureuse, visant la justesse, la crédibilité des interrogatoires, des témoignages et des plaidoiries, de la fougueuse avocate générale (Anaïs Demoustier) à l’avocate de la défense, posée, chevronnée. » 

On est avec Télérama d’accord pour souligner le superbe casting du film et pour dire que c’est un film qui tient sa place dans la liste des nombreux films de procès.

Rappelons d’abord que sans Acusada, la fille au bracelet n’existerait pas, car il s’agit bien d’une sorte de « variation, réinterprétation » du scénario original d’Acusada. 

Acusada a ses faiblesses, il a aussi beaucoup de qualités. Il y a une toile de fond sociale autour du procès, elle est d’une grande richesse : Fortune et infortune, justice et vérité, les médias, les jeux de rôle, les gens. Quant aux ressorts psychologiques, ils sont nombreux : culpabilités, dits et non-dits, secrets et mensonges, destruction des liens et attributs sociaux… Ce film met en lumière un dispositif global autour d’une affaire judiciaire, qui concerne de nombreux acteurs, en premier chef l’accusée puis la justice, l’avocat de la défense, la presse, la famille de la victime, les amis, les amours, le peuple. Il nous dit qu’être accusé, c’est supporter que tout devienne empoisonné autour de soi.

Autant Acusada était ouvert à tous vents mauvais, autant « La fille au bracelet » est un quasi-huis clos, celui du tribunal (et c’est moche, toute la gamme des teintes marron y passe). Ce choix de huis clos a le mérite de donner un sentiment d’oppression et de claustration, mais en même temps relègue la dimension sociale de l’accusation, la réduit à une affaire « papa, maman, le juge et moi ».

Dans « Acusada », il y a l’extérieur ce n’est pas seulement la rue, les maisons, et des gens hostiles, indifférents ou bienveillants, ce sont aussi les médias. Ceux des « nouveaux chiens de garde » tels qu’en a parlé Serge Halimi -C’est-à-dire des personnes serviles, complaisantes, populistes, toujours prêtes à faire diversion (du puma à l’accusé…)

Enfin, au tribunal, la jeune fille au bracelet est derrière une cage de verre. La première fois que j’ai vu une cage de verre dans un procés, c’était lors du procés Eichman. Et tout le monde comprenait de quoi il s’agissait. Il ne s’agissait nullement de mettre une bête en cage, ou de l’humilier. Il s’agissait de protéger cet homme, éventuellement contre lui-même (on se rappelle de H.Goering à Nuremberg) et éventuellement du public. C’est-à-dire en somme de protéger la vérité.

Dans la jeune fille au bracelet, à quoi sert cette cage en verre ? Et pour le quasi-ensemble des accusés, à quoi sert-elle ? Quels sont les arguments qui justifient ce dispositif ? Ils sont peu louables ! Ce sont effectivement des cages!

Mais, c’est un fait, depuis peu ces cages existent, le film ne ment pas. Et, bon sang, contre elles, il n’y a pas l’ombre d’une protestation de l’avocat de la défense dans ce film, alors que dedans se tiendra une jeune qui arrive au monde. Cette cage est là, dans sa plus parfaite normalité, aussi conforme que le film qui nous la montre. Mais le réalisateur est davantage du côté de la cage que du bracelet.

Pour finir, en transformant Acusada en un film français, « la fille au bracelet » on en a fait un film intime et assez conformiste, un film qui ne questionne rien. Comme le casting est remarquable et qu’il est bien joué, c’est un film d’acteurs, un film  plaisant de plus !

Voir ou revoir Eric Rohmer (1)

Amis Cramé(e)s de la Bobine, vous voyez des films, vous les aimez, commentez-les ici! Pour notre part, nous voyons ou revoyons ceux d’Eric Rohmer. Et je me propose d’en toucher un mot .

Le coffret Eric Rohmer est sur l’étagère, il n’y a qu’à tirer le premier DVD qui veut bien venir, ensuite c’est comme un jeu des 7 familles, dans la famille « les contes moraux » : nous tirons le film « la boulangère de monceau et la carrière de Suzanne », puis dans « comédie et proverbes » : « Pauline à la plage », dans « l’ancien et le moderne », « Quatre aventures de Reinette et Mirabelle » et « les rendez-vous de Paris »… Voir et revoir ces films au hasard manque de méthode, j’en conviens.

On peut lire sur Wikipédia que Rohmer aimait Honoré de Balzac et Marcel Proust. Et si j’ai bien lu ailleurs, il est devenu cinéaste un peu parce qu’il avait loupé l’agrégation de lettres, un peu parce qu’il écrivait, un peu parce que sans doute depuis toujours il aimait le cinéma. Pour cet homme imaginant, l’image, le son, les mots et… « son idée sur le cinéma » ne devaient faire qu’un.

Bref, il devient d’abord un remarquable et parfois redoutable critique aux Cahiers du Cinéma, puis il y sera rédacteur en chef (d’où plus tard il sera évincé par Jacques Rivette), à ce moment, déjà il tourne. En fait Rohmer utilise la littérature pour son cinéma, amour des textes, poésie, sonorité, diction des acteurs, manières et attitudes, et puis il y a cette attention méticuleuse portée au cadre… Une esthétique et un classicisme qui détonne dans cette nouvelle vague. Remarquons le contraste avec le cinéma de Godard : A l’un, les sujets dénonciateurs et révoltés les quartiers populaires, leurs rues tristes, leurs bistrots et hôtels, leurs petits cinés, la désinvolture de ses personnages… A l’autre, les cadres bourgeois ou champêtres pour des gens que les contingences matérielles ne concernent pas ou plus et… de la tenue.

Eric Rohmer, il y a ceux qui ne l’aiment pas, et ils sont nombreux. Ils disent que ses personnages jouent d’une manière affectée, précieuse, qu’ils minaudent, que les événements, les situations, le hasard des rencontres sont artificiels… Rohmer avait choisi de ne pas se soucier de ces objections et de faire exactement ce qu’il voulait faire, c’est-à-dire une oeuvre. Et puis aurait-on fait à Marcel Proust ce type d’objections ? Oui !

Mais pour l’heure, au moment où je revois ses films, tous ces débats sont usés. Alors, on apprécie les retrouvailles et les rencontres, il y a ses personnages avec leurs désirs, les tensions feutrées qui les animent, leurs chassés-croisés, « les jeux de l’amour et du hasard », où à l’opposé les calculs petits et grands. Et on se laisse séduire et souvent déconcerter par tout ça. Par exemple dans «les rendez-vous parisiens » (1995) on trouve un sketch « les Bancs de Paris » que je vais délibérément spoiler ici :

Elle, parisienne, est prof de Math n’aime plus son fiancé mais n’ose ni le lui dire ni le quitter, elle flirt avec Lui, un prof de lettres, qui vit à Bobigny. Ils se rencontrent une fois par semaine de jardin parisien en promenades, chaque jardin, chaque promenade les rapproche un peu. En tous les cas, ils ont plaisir à être ensemble. L’année avance, le temps se rafraîchit. À la suite d’une promenade à Montmartre, Elle qui ne voulait pas s’engager avec Lui pour ne pas trahir son fiancé lui propose à brûle-pourpoint de passer trois jours à l’hôtel, « comme des touristes » ! Pas dans n’importe  quel hôtel, à Montmartre, près du Bateau-Lavoir…Depuis longtemps, elle rêvait d’y séjourner. Mais au moment où ils y arrivent, avec leurs bagages, ils aperçoivent un couple qui y pénètre. Elle connaît bien l’homme de ce couple, c’est son propre fiancé ! Avec Rohmer, nous ne sommes pas dans les femmes d’amis de Courteline…Que croyez-vous qu’il se passa ? Soit ! Elle et Lui n’iront pas à l’hôtel.

Alors ?

Alors, Elle se sent tout d’un coup libre. Libre comme l’air. Elle congédie Lui, le prétendant, en disant : Tu étais le complément de mon fiancé et je n’ai plus de fiancé, nous n’avons donc plus de raison de demeurer ensemble, tu ne le complètes plus…

Par cette étrange comptabilité, la voici libérée.

Tout est ainsi dans Rohmer, l’ordinaire, le banal ouvrent sur la vie, inattendue, libre, bondissante et créative…

Ne comptons pas trop, que je tente de raconter Pauline à la plage (1983), ce film sur les amours de vacances, (là encore, la toile de fond est banale) où l’on peut voir dans une très belle distribution, Arielle Dombasle (Marion), splendide, qui sait si utilement s’auto-leurrer. (N’oublions pas que c’est à Rohmer que nous devons entre autres les débuts au cinéma d’Arielle Dombasle et de Fabrice Luchini.)

Fin de la première partie

PS : Les bancs de Paris, (les bancs publics) confortables et délassants, n’existent quasiment plus à Paris. Les rares nouveaux modèles sont conçus dans le même esprit que ce qui a valu la suppression des anciens. Empêcher qu’on s’y allonge et qu’on y dorme!

« Chez-soi »Bande à Part de J.L Godard

Juste avant la guerre, nous sommes passés prendre quelques films à la médiathèque de Montargis.  Dedans, quelques films de Jean-Luc Godard, « Bande à Part » est le premier de cette série que nous regardons. (Rien que le titre est amusant, il nous parle autant de Godard, que du film, que de la situation actuelle). Nous sommes en 1964, c’est son 7ème film, il vient de terminer le Mépris, ce film a été fait avec trois sous et trois formidables acteurs, Anna Karina (Odile) , Sami Frey (Frantz) , Claude Brasseur(Arthur).  Le scénario du film est une adaptation de « Pigeon Vol de Dolorès Hitchens, paru dans la Série Noire. Un critique dit que c’était un film cadeau pour Anna Karina, car il y avait de l’eau dans le gaz dans leur couple, Anna était déprimée, et Jean Luc Godard, a voulu lui faire jouer des scènes à son goût,  où elle pourrait  aussi danser et chanter, ce qu’elle aimait beaucoup.  

Que dit le Pitch ? « Les mésaventures tragi-comiques de deux malfrats, Frantz  et Arthur, qui avec l’aide d’Odile, jeune fille naïve, tentent un coup minable : dérober une somme d’argent volée au fisc par l’oncle d’Odile ». Un triangle vaguement amoureux, un scénario franchement mince, une sorte Bush Cassidy et le Kid avant l’heure ! (c’est peu dire).  Ce qui m’a interessé dans ce film, c’est 1964, celui de Patrick Modiano, de Léo Mallet, de Manchette et quelques autres. Avec ses maisons plates et ses rues tristes, ses simca pseudo-américaines… et ce que j’ai aimé avec un peu de nostalgie, ce sont  les manières d’être au monde de cette époque-là, de se vêtir, d’occuper l’espace, de se parler. La presse, les informations, (Arthur nous lit un article sur les Tutsi et les Hutu). Ensuite, il y a ce style « nouvelle vague », avec sa décontraction, sa liberté, et sa pertinence /impertinente  et  sa drôlerie qui préfigurent mai 1968. Mais cette nouvelle vague ne serait-elle pas tout compte fait, un reflet du monde de l’époque. (Qu’on se souvienne de la tonalité, de l’air du temps de certains documentaires  de Jean Rouch ou de Chris Marker).  

Et puis il y a l’ambiance sonore, la voix of,  l’univers musical de Michel Legrand à la minute de silence (très drôle). 

Quant au hold-up il n’est que prétexte à nous faire regarder vivre ensemble ces  trois personnages,  l’humour partout,  le résumé du film au bout de 8 minutes pour les retardataires, un cours d’anglais pour adulte ;   une superbe danse : un Madison incongru, mais qui va tellement  de soi ;  une absurde mais nécessaire visite de musée ; les blagues ( Odile : « vous devriez changer votre air con contre une R8 »)  puis vient ce braquage foutraque et en guise de Happy End… Frantz nous offre une conclusion  « raisonnable » de l’affaire.  

Fin. 

PS 1) Je suis bien conscient d’être un peu nostalgique, peut-être vous aussi, pour le voir, sauf si vous l’avez chez vous, il vous faudra attendre la réouverture de la médiathèque…

PS 2) Vous avez-vu dans le titre, je vous ai épargné « on est chez soi! »

PS 3) Il me semble que l’air du temps de notre époque est parfaitement représenté par Matthieu Barreyre (L’époque)

VIVA IL CINEMA 2020 à Tours!

Tours prend des airs italiens pour son 7ème et très attendu festival Viva il Cinéma.  Nous ne coupons pas le mercredi soir aux discours de bienvenue. Ils sont chaleureux, les intervenants furent brefs,  l’une des personnalités affirmait que son discours serait aussi restreint que les subventions…

Bénévoles, Louis D’orasio le Directeur artisitique et le Président du Festival

Parmi  ces personnalités, le Directeur Artistique Louis d’Orazio, a exprimé son regret devant l’absence  des réalisateurs et réalisatrices et acteurs italiens, en quarantaine pour cause de coronavirus. 

L’une d’elles, Laura Chiosonne  lui écrivait :  « à  vouloir protéger la vie contre la mort, on finit par protéger la mort contre la vie ». La culture est l’art,  c’est en effet la vie, le cinéma en est l’une de ses plus belles expressions. 

Suit le premier film, un film de bienvenue, léger, une comédie Bentornato présidente.  Peppino (de son prénom) fut président du conseil sur un malentendu. Et il a vite compris que ce n’était pas sa place. Il se retire à la montagne avec sa jolie femme, et Guevara, sa gentille enfant. Mais sa femme qui s’ennuie est appelée au Quirinal, elle le quitte. Peppino est prêt à tout pour la reconquerir, il devient « l’homme de paille » des populistes au pouvoir, et c’est sans compter sur sa roublardise…bon ! vous savez tout. 

On ne peut pas dire que ce film brille par la finesse de son message. C’est distrayant. 

« Il campione » un film de Leonardo d’Agostini. Je commence à l’envers en vous disant que le jeune acteur Andrea Carpenzano, qui interpète un jeune et richissime prodige du foot est absolument parfait dans son rôle. Il y a beaucoup de films sur le sport et l’argent. Celui-ci est très bien pourquoi ?  Parce qu’on  fait intervenir d’autres choses.  La question de l’enfance, des d’apprentissages. Ce jeune prodige du foot se distingue aussi par des comportements caractériels. On organise un casting de prof. ( le remarquable Stéfano Accorsi)   Avec cette rencontre,  la donne va changer. C’est  vif, touchant, prenant et surprenant. J’en arrive à me demander pourquoi j’ai toujours détesté le foot ! 

Note  4/5

« Bangla » Voici un film de Phaïm Bhuiyan interprété par Phaïm Bhuiyan, un jeune homme 50% Italien, 50% Bangali, mais 100 % Torpignattara (quartier pauvre de Rome). Il est amoureux d’une jeune romaine, et là… Il faut faire un choix. Avec un dilemme pareil que tous les amateurs de cinéma connaissent, peut-on encore faire un film. Oui car Phaïm déguingandé  a du punch,  de l’humour, de l’autodérision, il est imaginatif et tellement drôle. C’est un personnage fabuleux qu’on reverra… Louis d’Orazio nous dit qu’il est incontrôlable, qu’il est trop occupé à faire tout ce qui lui passe par la tête pour faire la promotion de son film !  Je ne dirai qu’une chose, il nous faut Bangla. D’autant que Jean Claude Mirabella que nous avons rencontré durant le Festival, connaît le sujet, les lieux…
Alors pourquoi s’en priver ?

Note  : 5/5

« Effetto Domino » un film de Alessandro Rosseto. Un projet immobilier de luxe pour vieux à qui on  fait croire qu’ils sont immortels qu’ils le seront d’autant qu’on va réaliser le Paradis sur terre. Des hommes d’affaires, entrepreneurs,  banque, un zest de corruption et de jeu d’influence et comme le titre du film l’indique,  tout ce bon monde va méthodiquement, à la queue leu leu,  se rentrer dedans. On peut dérouler le film en phases,  qui vont du champagne à la ruine…C’est ce qu’a fait le réalisateur. Mais franchement est-ce que vous ne finiriez pas par vous ennuyer, même si on place des suicides au milieu ? 

Note 2/5

Sembra Mio Figlio (on dirait mon fils) Un film de Costanza Quatriglio  là il faut reprendre le synopsis, « Ismail et son frère Hassan ont fuit  les persécutions talibans lorsqu’ils étaient enfants. Aujourd’hui en Italie, Ismail n’a pas oublié sa mère … il entrevoit l’espoir de la retrouver ». Ce film tient du documentaire, mais  fait ce qu’aucun documentaire ne peut faire, montrer l’inquiètude, l’angoisse,  la peur, les personnages sont pris comme dans un syphon. Pas encourageant ce commentaire ? Ajoutons que ce cinéma nous apprend  ce qu’est le Pakistan et ce qu’est  l’exil d’un réfugié. 

Note 4/5

« Selfie »  est quelque chose entre fiction et documentaire de Agostino Ferrente : Ce film a obtenu le prix des jeunes et le Prix du Jury du Festival de Tours (SVP). Rien que le nom du film est dissuasif, imaginez-vous l’angle de prise de vue d’un selfie et  presque tout un film comme ça !  En plus les quartiers les plus pauvres  de Naples. Passons sur nos préjugés esthétiques et sociaux, trafic de drogue, violence gratuite, sous culture, camorra etc… et regardons, ces jeunes garçons avec leurs joies et leurs peines, avec leur amitié et leurs occupations. Ecoutons les jeunes filles qui font des « projets » d’avenir. A-t-on besoin d’inventer des histoires glauques et de rapports de force pour parler des quartiers pauvres ?  Voici un film comme une leçon d’amitié et d’humanité.

Note 5/5

Tutto il mio folle amore (mon amour fou)  Gabriele Salvatores  l’adolescent qu’on nous montre a des troubles dont certains s’apparentent à des formes d’autisme. (D’ailleurs, la cheffe de Service de Pédo-psychiatrie de Tours a animé le débat). Mais il faut sortir du jugement clinique, c’est un film sur la tendresse et l’altérité. Ce jeune a une mère épatante,  un père d’adoption qui aime ce jeune comme son propre fils, et un père inconnu qui impromtu apparaît dans sa vie,  et dans leurs folles aventures tous ces personnages sont remarquables  de tolérance mutuelle.  Ce film interroge aussi d’une manière serrée et joyeuse  la question de la paternité. Peut-on faire un bon film avec de bons sentiments ? Oui.

Note 3,5/5

Genitori quasi perfetti (des parents presque parfaits) Laura Chiossonne une mère  seule invite des enfants et leurs parents pour l’anniversaire de son fils unique. Et ce temps est l’occasion de nous montrer une galerie de portraits. C’est drôle, mais  sans surprise. 

Note 2,5/5

Nome di Donna (nom de femme) Marco Tullio Giordana Voici un film Mee too, le harcèlement d’un Directeur d’une Maison de Retraite contre une employée de service, mis a jour par une femme qui rompt la loi du silence. Un film sans surprise.

Note 3/5

Ride (elle rit) Valerio Mastrandea  avec Chiara Martegiani. Nous connaissons très bien ce réalisateur qui est un acteur formidable (Euforia, une famille italienne) . Mais ici , il est réalisateur. Une jeune femme vient de perdre son mari  et elle n’arrive pas à éprouver de chagrin. C’est un film déconcertant, car qui exige beaucoup du spectateur, il est composé comme un puzzle auquel il manquerait des pièces. Et le spectateur doit imaginer quelles sont ces pièces. Qui étaient le défunt, cette veuve, le père et le frère du défunt…De quoi est-il mort ? Ensuite il y a les condoléances, une galerie de portraits de gens peinés, mais de quoi le sont-ils ? Ensuite il y a l’actrice (qui est la femme du réalisateur), elle le fascine et le mot n’est pas trop fort !

Note 4/5

Et le meilleur pour la fin  Nevia un film de Nunzia de Stefano. Ça se passe à Naples. Une jeune fille de 18 ans (Virginia Apicella)  vit  avec sa petite sœur  chez sa grand-mère, dans un parc de containers. On ne peut pas dire que le monde des adultes est très structurant pour cette jeune fille, ni sa vie dépourvue d’adversité. Ce qui nous est montré, c’est une tension vers un but. Etre soi parmi les autres.  Il y a des accents felliniens dans ce film et on pense à Giulietta Masina.  Ce film il faut le voir absolument. Il est simple, comme souvent les plus belles choses et il donne de la joie !

Note 5/5

Nous passerons sur quelques autres splendeurs, moins actuelles. Merci à cette splendide équipe de bénévoles pour ce superbe travail et notre reconnaissance à Louis d’Orazio et de Jean A.Gili éminents spécialistes du cinéma Italien… et à ce propos nous avons aussi eu le plaisir de rencontrer Jean-Claude Mirabella, il nous dit, (je cite à peu près) on pourrait faire le même parallèle entre le cinéma Français et le cinéma Italien que celui qui est fait dans la littérature. Le cinéma français s’interroge sur « comment aimer », l’italien nous dit comment gouverner, c’est à dire « comment vivre ensemble ».

Georges

Sympathie pour le Diable-Guillaume de Fontenay

4 prix au Festival International des Jeunes Réalisateurs de Saint-Jean-de-Luz 2019, 4 prix au Festival de Waterloo 2019

Film français (novembre 2019, 1h40) de Guillaume de FontenayAvec Niels Schneider, Ella Rumpf, Vincent Rottiers et Clément Métayer

Présenté par Georges Joniaux, le 25.02.2020

Synopsis : Sarajevo, novembre 92, sept mois après le début du siège.Le reporter de guerre Paul Marchand nous plonge dans les entrailles d’un conflit fratricide, sous le regard impassible de la communauté internationale. Entre son objectivité journalistique, le sentiment d’impuissance et un certain sens du devoir face à l’horreur, il devra prendre parti.

31 films sont recensés avec pour toile de fond la guerre en Yougoslavie, et Guillaume de Fontenay en réalise un de plus !  Projeté en 2020, il se déroule sur la période 1992, 1993 ». Chaque film est au service de son présent.

En 1994 on est dans l’évènement,  Marcel Ophuls réalise  « Veillée d’armes » qui  comme son titre l’indique est dedans, on va y aller, et on regarde alors  derrière soi,   la comparaison avec le nazisme et son cortège est au premier plan.

En 2006,  on est juste derrière, avec « Sarajevo mon amour » de Jasmila Zbanic, c’est la traumatologie de guerre qui est traitée, celle directe des adultes et celle indirecte des enfants.

En 2019, avec Guillaume de Fontenay cette guerre agit autant comme un passé refoulé,  que comme une actualité potentielle. Une guerre entre des gens qui s’entendaient bien, savaient vivre ensemble sans se sentir menacés dans leur identité,  où les traditions religieuses se perdaient un peu, où les mariages inter-religieux étaient courants, serait selon son point de vue, une menace présente tant les nationalismes, les replis identitaires de toutes obédiences inquiètent.  Le réalisateur fait donc d’une pierre deux coups, un film souvenir, car Sarajevo n’intéresse plus grand monde,  est actuel,  d’autant que désormais, les revendications identitaires s’accompagnent de beaucoup de bruits de bottes.

Mais ce film vaut autant pour son HISTOIRE  en forme d’avertissement que pour la petite histoire de  son personnage, Paul Marchand. La manière dont le réalisateur a vécu cette guerre de Sarajevo l’a été sous le prisme des éditoriaux et témoignages de Paul, reporter free-lance pour les Radio Francophones du Canada et d’Europe.

Guillaume de Fontenay  écoutait Paul  à la radio, et en 1997, il a lu son livre. Après un temps de dégoût et de rejet, cette lecture a fait son chemin. Il a rencontré Paul. C’était un écorché vif, intelligent et engagé qui écrivait d’une manière fulgurante.  Il y a certainement eu  chez le réalisateur une sorte de fascination pour cet homme et une amitié aussi d’ailleurs. 

Paul Marchand appartient  aux journalistes engagés, à ces témoins qui sont parfois acteurs, n’hésitant pas par exemple à transporter des détonateurs. En cela il n’est pas exceptionnel. John Laurence qui fut journaliste pour CBS au Vietnam entre 1965 et 1970 décrit des faits semblables au Vietnam. Ce qui est moins courant, c’est le rapport  de Paul au danger. « Dans l’odeur du sang et de la poudre, je m’épanouis enfin. Je suis dans la ligne de mire de la mort, c’est un bonheur exceptionnel » écrit-il. Son exposition courante au danger, son refus de porter un casque ou de se déplacer en véhicule blindé, son rodéo en vieille ford  sur la « Sniper alley », ne sont pas seulement des attitudes de bravoure et de provocation, elles sont d’abord un rapport aux mondes, son monde intérieur et le monde tel qu’il est. «Il avait trouvé la paix dans le chaos, la destruction, et le désespoir » estime Jean Hasfeld lui-même reporter à Sarejevo.

Paul Marchand est de ces personnages malades qui justement parce qu’ils sont malades savent mieux que quiconque  voir et exprimer avec force et sagacité les réalités dérangeantes. Ce n’est pas tant par sa bravoure de kamikaze qui révèle un rapport au monde assez distordu que par son courage de dire et d’obliger à entendre des vérités dérangeantes, que ce personnage se distingue.

Guillaume de Fontenay fait un film  juste du point de vue du personnage, et juste sur la situation, on est immergé dans cette histoire dont il a su rendre la violence la douleur et l’angoisse, la mort et la survie, son cadre, son ambiance.

D’autant que ce film est tourné sur place dans un pays qui n’a pas encore fini de panser ses blessures. Ni de les penser au demeurant ! Et c’est par ce talent à immerger le spectateur, à produire des émotions de toutes sortes que le cinéma est un art. (Quand je pense que c’est un premier film !)

Un point me semble constant qui forme un trait d’union entre les films que j’ai vu  sur ce sujet, la dénonciation du nationalisme des Serbes. Oui il fut et continue de l’être.  Mais,  il faudrait vérifier qu’il n’y a pas un biais de perception de milieu artistique et de l’opinion  dans cette manière de décrire la genèse de cette guerre.  Elle n’intervient pas seulement par le réveil d’une génération dormante de nationalistes extrême droitistes, elle intervient dans un contexte historique de déstabilisation globale, on peut nommer 1980, la mort de Tito, 1989, l’implosion de l’URSS, 1992, la préparation de Maastrich.  Il y a aussi une situation économique désastreuse après la mort de Tito, le pays a une lourde dette de près de 20 milliards, et une inflation insensée. La machine à produire de la pauvreté est une machine très inégalitaire. Et le nationalisme est le refuge et le cache-misère de cette situation. Les solutions « bouc émissaire » sont   typiques  des situations anomiques.  En d’autres termes, j’aimerais qu’on me confirme que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes avant le siège de Sarajevo et que donc les éléments de dissociation et de dislocation n’ont été  que le fait de nationalistes serbes, je crois que ce serait difficile. Sur ce plan, Boba Lizdek, (la fixeuse d’alors) dans une interview donnée à la « revue internationale » en 2012 ne dit rien d’autre.

Pour finir, chapeau bas à Niels Schneider qui une fois de plus, et peut-être davantage encore, grâce à ce film et à ce rôle,  démontre qu’il est un acteur exceptionnel. Je range ce film parmi les films importants de nos projections aux cramés de la bobine. Un film qui compte.

Georges

Bavardage sur les Oscars

2020-Oscars, So White
Le Canard Enchaîné du 12.2.2020

Lundi :

-Allo Marie-No! On vient de voir la cérémonie d’ouverture des Oscars à la Télé, formidable! tu n’aurais pas l’intention d’en parler dans le blog ?

-Merci de penser à moi, mais je n’ai pas bien suivi les Oscars cette année à part de voir des gugusses défiler et prononcer à tour de rôle le mot magique « Parasite »
Parasite, Parasite, Parasite 
Remarque ça peut-être rassurant qu’ils aient choisi ce film … mais pourquoi tout pour le même ?
C’est quand même démesuré. Cet engouement collectif fait flipper…

Extrait du Canard Enchaîné :

« Cérémonie toujours dominée par des réalisateurs blancs, même si le palmarès a couronné l’excellent « Parasite » de Boon Jong-Ho. Avec Queen & Slim, l’Académie avait pourtant l’occasion de distinguer un film puissant et stylé, alliant message politique percutant et romantisme désespéré qui a été imaginé écrit et réalisé par deux femmes noires, Lena Waithe et Melissa Matsoukas ».

Merci à Marie No pour son commentaire sagace, et Queen & Slim, à suivre! .

Georges

Gloria Mundi Robert Guédiguian

Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine pour Ariane Ascaride à la Mostra de Venise 2019

Film français(novembre 2019, 1h47) de Robert Guédiguian avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaîs Demoustier, Robinson Stevenin, Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet et Diouk Koma.

Présenté par Laurence Guyon le 28.01.2020

Synopsis : Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria.
Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie… 
En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Quand un coup du sort fait voler en éclat ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider.

Au centre de Gloria Mundi  « Cash Service », qui nous dit  quelque chose sur l’état du monde d’aujourd’hui.   Aurore et Bruno  sont les petits chefs d’une entreprise qui porte en elle le signe d’un changement économique, le signe d’une économie de récession.  Economie de récession ? Oui,  pour une  partie croissante de la population, comme le disait l’un de nos Présidents, il  existe une fracture sociale. Et c’est le choix de Robert Guédiguian  de nous la montrer. 

Ce magasin est donc emblématique de la société actuelle, qui ayant perdu une large part de son industrie, propose essentiellement du travail dans les secteurs de service,  souvent de seconde main et quelquefois du travail au noir et pour une large part sous-payé et à durée déterminée.  Dans ce film,  Aurore (Lola Naymark, magnifique !) et Bruno (Grégoire Leprince Ringuet) les patrons sont chargés de bien cyniques et méchants rôles. Leur langage des affaires  singe à s’y méprendre le sabir du management actuel, à moins que ce ne soit l’inverse.

À côté,  il  y  a Sylvie (Ariane Ascaride)  la mère, Richard, le père (Jean-Pierre Darroussin) et Mathilda (Anaïs Demoustier), la fille aînée. Comme 75% de la population française ces gens travaillent  eux aussi dans le secteur tertiaire. 

Et, dans ce secteur tertiaire, on rencontre forcément la précarisation des emplois.  Elle explique la naissance prometteuse d’Uber dont Nicolas (Robinson Stevenin, bon sang ce qu’il ressemble à son père !)  est le représentant dans le film. Nous verrons que c’est un  travail  qui pour ne  pas être celui  d’un bras cassé, peut le devenir.  

Robert Guédiguian, montre la dynamique de déclassement/relégation des classes moyennes, mal payées,  précarisées, à la merci de tous les coups, fragilisées sans rémission possible, dont  même les lieux de vie  sont progressivement détruits ou bouleversés.

Et au total, un monde où ces classes moyennes paupérisées sont désunies à tous les niveaux, familial (Mathilda/Aurore), professionnel (Sylvie /ses collègues de l’équipe de ménage) (Nicolas/les chauffeurs de taxi).

L’arrivée dans le film du ténébreux Daniel (Gérard Meylan qui n’a aucunement à forcer le jeu) donne au film la touche romanesque dont il avait besoin pour ne pas être seulement  un inventaire de la misère du monde.

Avec ce film,  Robert Guédiguian  demeure dans sa veine réaliste, mais il semble que l’étau se resserre. Je me souviens par exemple, de Marius et Jeannette, le premier film que j’ai vu de lui (et en avant-première svp), les pauvres y étaient facécieux, parfois un peu roublards,  ils avaient de l’humour et pouvaient se défendre. Ce n’est plus le cas.

Gloria Mundi  m’apparaît d’abord comme  la nostalgie d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.  Celui où tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Un monde qui tenait sur ses deux jambes. L’une, le profit et  l’enrichissement  continu par le  travail. L’autre,  la consommation avec pour  seule limite, un « pouvoir d’achat » qui n’était pas immuable, compte tenu d’une croissance exceptionnelle.  Une époque où  commence une ferveur quasi religieuse  pour le veau d’or de  la consommation.   

Tout cela s’accompagnant de solidarités humaines,  de famille,  de quartier de travail et de classe sociale …   Bref, de lien social.   La vision du Monde  de Robert Guédiguian c’est un peu celle de  la fin du  bonheur des boomers.  (Génération de nombreux Cramés de la Bobine, dont je suis)

Robert Guediguian comme son aîné Ken Loach réalise un cinéma de très bonne facture, mais qui est aussi celui d’une génération  un peu aveugle sur elle-même, son mode de vie et qui voudrait tant que ça continue.  Le film porte aussi  la vision un peu masochique d’un peuple qui subit et ne peut que subir face à un « système » tout puissant. 

Il serait intéressant que des gens de la nouvelle génération, tels Matthieu Barreyre (L’époque) ou d’autres, qui probablement ont un autre rapport au monde, nous parlent du même sujet avec le regard de  leur âge.

Mais revenons à Gloria Mundi,  pour notre bonheur  Robert Guediguian fait jouer ses acteurs fétiches, qui sont à chacun de ses films, un peu les nôtres, ils sont bons et crédibles, et on est heureux de voir que sa famille s’agrandit.

Georges

En Bref

Vu 1917 de Sam Mendes, un oscar possible!

Je lis que depuis American Beauty en 2000, Sam Mendes n’avait jamais été aussi près d’un Oscar. En fait, c’est un film dont le scénario ressemble un peu à un scénario de jeu vidéo. Alors, Amis gameurs bonne séance!

Georges

PS : 10 février, vu la remise des Oscars, mixage et son et effets spéciaux pour Sam Mendes. Tout à fait d’accord 🙂