Festival du Court Métrage à Alès

Amis Cramés de la Bobine, bonjour,

Dans l’impossibilité d’organiser le festival sur place, les organisateurs mettent en ligne les 100 courts métrages de leur sélection. Rendez-vous à festival d’Alès pour obtenir un identifiant et un code.

Nous les remercions de cette généreuse intiative!

portail.lafeteducourt.com

Voir ou revoir Eric Rohmer (1)

Amis Cramé(e)s de la Bobine, vous voyez des films, vous les aimez, commentez-les ici! Pour notre part, nous voyons ou revoyons ceux d’Eric Rohmer. Et je me propose d’en toucher un mot .

Le coffret Eric Rohmer est sur l’étagère, il n’y a qu’à tirer le premier DVD qui veut bien venir, ensuite c’est comme un jeu des 7 familles, dans la famille « les contes moraux » : nous tirons le film « la boulangère de monceau et la carrière de Suzanne », puis dans « comédie et proverbes » : « Pauline à la plage », dans « l’ancien et le moderne », « Quatre aventures de Reinette et Mirabelle » et « les rendez-vous de Paris »… Voir et revoir ces films au hasard manque de méthode, j’en conviens.

On peut lire sur Wikipédia que Rohmer aimait Honoré de Balzac et Marcel Proust. Et si j’ai bien lu ailleurs, il est devenu cinéaste un peu parce qu’il avait loupé l’agrégation de lettres, un peu parce qu’il écrivait, un peu parce que sans doute depuis toujours il aimait le cinéma. Pour cet homme imaginant, l’image, le son, les mots et… « son idée sur le cinéma » ne devaient faire qu’un.

Bref, il devient d’abord un remarquable et parfois redoutable critique aux Cahiers du Cinéma, puis il y sera rédacteur en chef (d’où plus tard il sera évincé par Jacques Rivette), à ce moment, déjà il tourne. En fait Rohmer utilise la littérature pour son cinéma, amour des textes, poésie, sonorité, diction des acteurs, manières et attitudes, et puis il y a cette attention méticuleuse portée au cadre… Une esthétique et un classicisme qui détonne dans cette nouvelle vague. Remarquons le contraste avec le cinéma de Godard : A l’un, les sujets dénonciateurs et révoltés les quartiers populaires, leurs rues tristes, leurs bistrots et hôtels, leurs petits cinés, la désinvolture de ses personnages… A l’autre, les cadres bourgeois ou champêtres pour des gens que les contingences matérielles ne concernent pas ou plus et… de la tenue.

Eric Rohmer, il y a ceux qui ne l’aiment pas, et ils sont nombreux. Ils disent que ses personnages jouent d’une manière affectée, précieuse, qu’ils minaudent, que les événements, les situations, le hasard des rencontres sont artificiels… Rohmer avait choisi de ne pas se soucier de ces objections et de faire exactement ce qu’il voulait faire, c’est-à-dire une oeuvre. Et puis aurait-on fait à Marcel Proust ce type d’objections ? Oui !

Mais pour l’heure, au moment où je revois ses films, tous ces débats sont usés. Alors, on apprécie les retrouvailles et les rencontres, il y a ses personnages avec leurs désirs, les tensions feutrées qui les animent, leurs chassés-croisés, « les jeux de l’amour et du hasard », où à l’opposé les calculs petits et grands. Et on se laisse séduire et souvent déconcerter par tout ça. Par exemple dans «les rendez-vous parisiens » (1995) on trouve un sketch « les Bancs de Paris » que je vais délibérément spoiler ici :

Elle, parisienne, est prof de Math n’aime plus son fiancé mais n’ose ni le lui dire ni le quitter, elle flirt avec Lui, un prof de lettres, qui vit à Bobigny. Ils se rencontrent une fois par semaine de jardin parisien en promenades, chaque jardin, chaque promenade les rapproche un peu. En tous les cas, ils ont plaisir à être ensemble. L’année avance, le temps se rafraîchit. À la suite d’une promenade à Montmartre, Elle qui ne voulait pas s’engager avec Lui pour ne pas trahir son fiancé lui propose à brûle-pourpoint de passer trois jours à l’hôtel, « comme des touristes » ! Pas dans n’importe  quel hôtel, à Montmartre, près du Bateau-Lavoir…Depuis longtemps, elle rêvait d’y séjourner. Mais au moment où ils y arrivent, avec leurs bagages, ils aperçoivent un couple qui y pénètre. Elle connaît bien l’homme de ce couple, c’est son propre fiancé ! Avec Rohmer, nous ne sommes pas dans les femmes d’amis de Courteline…Que croyez-vous qu’il se passa ? Soit ! Elle et Lui n’iront pas à l’hôtel.

Alors ?

Alors, Elle se sent tout d’un coup libre. Libre comme l’air. Elle congédie Lui, le prétendant, en disant : Tu étais le complément de mon fiancé et je n’ai plus de fiancé, nous n’avons donc plus de raison de demeurer ensemble, tu ne le complètes plus…

Par cette étrange comptabilité, la voici libérée.

Tout est ainsi dans Rohmer, l’ordinaire, le banal ouvrent sur la vie, inattendue, libre, bondissante et créative…

Ne comptons pas trop, que je tente de raconter Pauline à la plage (1983), ce film sur les amours de vacances, (là encore, la toile de fond est banale) où l’on peut voir dans une très belle distribution, Arielle Dombasle (Marion), splendide, qui sait si utilement s’auto-leurrer. (N’oublions pas que c’est à Rohmer que nous devons entre autres les débuts au cinéma d’Arielle Dombasle et de Fabrice Luchini.)

Fin de la première partie

PS : Les bancs de Paris, (les bancs publics) confortables et délassants, n’existent quasiment plus à Paris. Les rares nouveaux modèles sont conçus dans le même esprit que ce qui a valu leur suppression. Empêcher qu’on s’y allonge et qu’on y dorme!

Les Combattants

Les Combattants : Affiche

Un film de Thomas Caillet (1h38)
sorti le 20 août 2014
avec Adèle Haenel, Kevin Azais, Brigitte Roüan

Il passe à la télé.
Les mots me manquent
Si je l’avais vu à sa sortie, il y a presque 6 ans, je n’aurais pas noté ce mot qui maintenant nous a envahi.
Et, comme Madeleine/Adèle, je n’aurais pas cru à ça …

Le film est formidable, les dialogues très soignés. Un conseil : activer le sous-titrage en français. Ça permet de ne rien rater car ce n’est pas toujours très bien articulé, les acteurs sont très très bien choisis et très émouvants.
Une scène marquante sur les incendies de forêt spontanés. Quand la nature se débrouille toute seule pour survivre. On pense à l’Australie.

Un très beau film.
Grave et drôle.

Marie-No

Quai des orfèvres

Quai des Orfèvres : Affiche

Un film de Henri-Georges Clouzot (1947)
avec Louis Jouvet, Bernard Blier, Suzy Delair, Simone Renant, Charles Dullin, Robert Dalban, Raymond Bussières

Après L’assassin habite au 21 en 1942, Henri-Georges Clouzot tourne en 1947 avec Suzy Delair, qui est alors sa compagne, Quai des Orfèvres. adapté de Légitime défense, roman policier de Stanislas-André Steeman paru en Belgique en 1942.

Suzanne Delaire était née le 31 décembre 1917 à Paris 18ème.
Suzy Delair est morte, à 102 ans, la semaine dernière, le 15 mars 2020. 
Artiste de music-hall en premier lieu, on va oublier son côté « vert-de-grisette », sa voix de nez en vogue dans ses jeunes années, pour garder en tête ses rôles dans des films mémorables tel que  Quai des Orfèvres rediffusé en ce moment à la télé.
Je l’ai revu. Bien m’en a pris :  un régal de chaque instant.

Quai des Orfèvres, on le connaît par cœur mais il fait partie des films qu’on revoit inlassablement, toujours impressionnés par les dialogues, la mise en scène, et par la distribution, la virtuosité des acteurs, tous aujourd’hui disparus, Louis Jouvet et Bernard Blier bien sûr, époustouflants, pour la performance du chef opérateur.
On le revoit pour la musique et les décors qui nous transportent dans le Paris de cette époque-là, juste après la guerre, pour les costumes de Jacques Fath, grand couturier réaliste, pour la variété des thèmes abordés, certains audacieux en ce temps-là comme le métissage, la mono-parentalité masculine, l’homosexualité féminine avec le personnage de Dora, magnifique Simone Renant (la classe absolue), pour l’érotisme enveloppé de fourrure.

Et on revoit avec plaisir les scènes mythiques telle que celle où l’inspecteur Antoine allume sa pipe avec un morceau de papier où est noté l’adresse de Brignon, le vieux cochon. Un indice disparaît peu à peu sous nos yeux …
Et la dernière scène entre Dora et l’inspecteur Antoine et la fameuse réplique :
« Vous m’êtes particulièrement sympathique Mlle Dora, vous savez pourquoi ?… Vous êtes un type dans mon genre, avec les femmes vous n’aurez jamais de chance. »

Marie-No

PS : La distribution : Corona 😉 (à la création)
Ciné France actuellement

« Chez-soi »Bande à Part de J.L Godard

Juste avant la guerre, nous sommes passés prendre quelques films à la médiathèque de Montargis.  Dedans, quelques films de Jean-Luc Godard, « Bande à Part » est le premier de cette série que nous regardons. (Rien que le titre est amusant, il nous parle autant de Godard, que du film, que de la situation actuelle). Nous sommes en 1964, c’est son 7ème film, il vient de terminer le Mépris, ce film a été fait avec trois sous et trois formidables acteurs, Anna Karina (Odile) , Sami Frey (Frantz) , Claude Brasseur(Arthur).  Le scénario du film est une adaptation de « Pigeon Vol de Dolorès Hitchens, paru dans la Série Noire. Un critique dit que c’était un film cadeau pour Anna Karina, car il y avait de l’eau dans le gaz dans leur couple, Anna était déprimée, et Jean Luc Godard, a voulu lui faire jouer des scènes à son goût,  où elle pourrait  aussi danser et chanter, ce qu’elle aimait beaucoup.  

Que dit le Pitch ? « Les mésaventures tragi-comiques de deux malfrats, Frantz  et Arthur, qui avec l’aide d’Odile, jeune fille naïve, tentent un coup minable : dérober une somme d’argent volée au fisc par l’oncle d’Odile ». Un triangle vaguement amoureux, un scénario franchement mince, une sorte Bush Cassidy et le Kid avant l’heure ! (c’est peu dire).  Ce qui m’a interessé dans ce film, c’est 1964, celui de Patrick Modiano, de Léo Mallet, de Manchette et quelques autres. Avec ses maisons plates et ses rues tristes, ses simca pseudo-américaines… et ce que j’ai aimé avec un peu de nostalgie, ce sont  les manières d’être au monde de cette époque-là, de se vêtir, d’occuper l’espace, de se parler. La presse, les informations, (Arthur nous lit un article sur les Tutsi et les Hutu). Ensuite, il y a ce style « nouvelle vague », avec sa décontraction, sa liberté, et sa pertinence /impertinente  et  sa drôlerie qui préfigurent mai 1968. Mais cette nouvelle vague ne serait-elle pas tout compte fait, un reflet du monde de l’époque. (Qu’on se souvienne de la tonalité, de l’air du temps de certains documentaires  de Jean Rouch ou de Chris Marker).  

Et puis il y a l’ambiance sonore, la voix of,  l’univers musical de Michel Legrand à la minute de silence (très drôle). 

Quant au hold-up il n’est que prétexte à nous faire regarder vivre ensemble ces  trois personnages,  l’humour partout,  le résumé du film au bout de 8 minutes pour les retardataires, un cours d’anglais pour adulte ;   une superbe danse : un Madison incongru, mais qui va tellement  de soi ;  une absurde mais nécessaire visite de musée ; les blagues ( Odile : « vous devriez changer votre air con contre une R8 »)  puis vient ce braquage foutraque et en guise de Happy End… Frantz nous offre une conclusion  « raisonnable » de l’affaire.  

Fin. 

PS 1) Je suis bien conscient d’être un peu nostalgique, peut-être vous aussi, pour le voir, sauf si vous l’avez chez vous, il vous faudra attendre la réouverture de la médiathèque…

PS 2) Vous avez-vu dans le titre, je vous ai épargné « on est chez soi! »

PS 3) Il me semble que l’air du temps de notre époque est parfaitement représenté par Matthieu Barreyre (L’époque)

5 gestes « barrière » au COVID-19

  1. PREVENTION Rester chez vous
  2. MAINS Les lavez souvent et méthodiquement
  3. COUDE Tousser ou éternuer dans son coude
  4. VISAGE Eviter de le toucher
  5. DISTANCES Les garder

Aviator : Affiche

de Martin Scorsese (26/01/05)
avec Leonardo di Caprio, Cate Blanchett

Synopsis : Vingt ans de la vie tumultueuse d’Howard Hughes, industriel, milliardaire, casse-cou, pionnier de l’aviation civile, inventeur, producteur, réalisateur, directeur de studio et séducteur insatiable. Cet excentrique et flamboyant aventurier devint un leader de l’industrie aéronautique en même temps qu’une figure mythique, auréolée de glamour et de mystère.

Le ciné de Marie

Marie a déjà publié dans le blog, dans la rubrique cinéma d’ailleurs, ici de brefs articles sur quelques films qu’elle a vu au ciné « les 400 coups » . Peut-être seront-ils proposés sur nos étranges lucarnes…Et donc je vous livre ses commentaires (l’administrateur)

NOTRE-DAME DU NIL de Atiq Rahimi

Le 3 février. Cette fois, c’est une exhortation avant sortie de film que je vous transmets : à partir du 05/02, Notre-dame du Nil se donnera aux «  400 coups », réalisé à partir du roman de Scolastique Mukasonga sur les prémices  du drame rwandais. Il s’inscrit dans une suite de récits qui sont autant d’hommages vibrants de S. Mukasonga à ses parents, tous disparus lors des massacres. Notons : Inyenzi ou les cafards ; La femme aux pieds nus ; L’Ignifou. L’écriture fluide et sincère de S.M. nous aide à mieux comprendre ce terrible drame. 

Samedi 8 février : je sors de la salle avec l’émotion dans la gorge. Le film est très fidèle au roman mais les événements étant concentrés sur 1h45 au lieu de 240 pages, on est plus facilement submergé par les sentiments.

Les interprètes sont magnifiques ; la voix off a quelque chose de magnétique.

L’ADIEU de Lulu Wang

La dernière image disparue, il m’a fallu quelque temps et des échanges avec mon accompagnatrice pour goûter toute la saveur de ce film car je m’attendais à un tout autre propos. Le dénouement, à l’opposé de ce que laisse supposer le titre, inattendu et surprenant, lui confère une véritable dimension humoristique.

Le fil rouge en est une question : « Faut-il annoncer à la grand-mère qu’elle est en phase terminale ? » C’est alors que cette famille chinoise, éparpillée de par le monde (USA et Japon) se rassemble autour de l’aïeule au prétexte du mariage d’un cousin. Tous se rallient à la coutume chinoise de ne rien dire, sauf Billi, la petite-fille empreinte de culture américaine…

Rassemblement familial, manifestations de tendresse et d’égards pour Naï- Naï, retour aux traditions, tout cela n’aurait pas lieu sans l’échéance annoncée, tout en nous offrant une plongée dans des traditions chinoises bien différentes des nôtres.

THE LIGHTHOUSE de Robert Eggers

Á ne pas manquer, sauf pour les âmes trop tendres et les amateurs d’eau de rose !

C’est un film d’exception, d’une rare intensité dramatique. Toutefois, il captive autant par ce qu’il relate que par la place exceptionnelle donnée aux images.

Le format carré en resserrant le cadrage, le noir et blanc confèrent toute l’intimité nécessaire à ce huis-clos. Sue le généreux dégradé de gris alternent l’ombre te la lumière, au gré du mouvement de la lanterne, creusant les traits des visages, nourrissant l’inquiétude voir l’effroi induit par certaines scènes.

Deux visages pour deux personnages qui s’épient, se mesurent, se défient, s’affrontent et se déchirent, oubliés en pleine mer, attendant la relève qui ne viendra pas.

Le gardien de phare en titre s’est arrogé le rôle de possesseur exclusif de « la lumière » traitant en esclave le novice qui le seconde auquel il interdit tout accès à la lanterne. Dans cet isolement des plus hostiles chacun, pour échapper à ses démons, s’adonne à son phantasme : la lanterne pour l’un, le charme de la sirène pour l’autre.

Entre beuveries, confidences, bagarres, rapprochements, ce temps hors du monde laisse émerger délire, folie, violence jusqu’à l’ultime paroxysme car, le charme de la sirène rompu, ce sera, entre les deux hommes, la lutte sans merci pour « la lumière » … et le mythe de Prométhée n’est pas loin, se révélant pleinement dans la dernière image.

Á COUTEAUX TIRES de Rian Johnson

C’est distrayant au possible ! La critique de la haute société anglaise se fond dans une énigme policière digne des meilleures d’Agatha Christie. Le rythme est effréné, les fausses pistes nombreuses, les personnages hauts en couleur, les traquenards complexes et insoupçonnables. Ici, pas de Hercule Poirot mais un Benoît Blanc pour démêler les subterfuges et faire triompher les bons sentiments. On rit beaucoup car rien n’est bien tragique dans cet imbroglio où l’humour l’emporte.

HORS NORMES de Eric Tolédano et Olivier Nakache

Poignant, émouvant, captivant, magnifique ! 

Aucun misérabilisme, aucune sensiblerie dans ce film au ton juste pour traiter des jeunes autistes, enfermés dans un monde auquel nul n’a accès. Le film met en évidence combien, devant ces cas hors normes, les familles, les structures sont démunies. Ce sont des êtres hors normes aussi qui essaient d’apporter des solutions. Vincent Cassel et Reda Kaleb leur donnent vie avec brio, au travers de dialogues puissants, parfois « coup de poing ».

Á voir !

UNE VIE CACHEE de Terrence Malick

Après l’Anschluss, un paysan autrichien, fervent catholique, refuse de prêter serment au IIIème Reich et restera fidèle à sa conscience jusqu’à la mort. Emprisonné, il subit la cruauté de ses geôliers ; au village, son épouse subit celle des autres villageois mais chacun d’eux se réconforte dans l’amour de l’autre ; chacun puisant dans sa foi le courage de résister en dépit du doute qu’engendre le mutisme divin.

Ce film, bouleversant et magnifique, d’une superbe esthétique (soutenue par une superbe musique) oppose la poésie et la beauté de la nature à l’horreur de la haine humaine, tout en posant des questions graves et fondamentales. La fidélité à la conscience est-elle justifiée quand naît la certitude que les événements n’en seront pas changés ? Sauver sa peau justifie-t-il de se renier ? Orgueil ou héroïsme ?

Peut-être peut-on trouver une réponse dans l’ineffable regard de Frantz.

Amis Cramés de la Bobine, Bonjour!

Durant cette pandémie, nous souhaiter bonne chance serait indécent, car nous savons que si toutefois nous en avions, d’autres en auront moins que nous. Et puis ce blog est conçu pour parler de cinéma. Pour en parler comme des amateurs, pour partager,  c’est ce qui compte.  Le blog sert habituellement à commenter des films que nous avons vus, le plus souvent ensemble,  lors des séances des Cramés de la Bobine et parfois ailleurs. 

Savez-vous qu’il y a environ 350 lecteurs par mois pour ce blog ? Si l’on en croit le module d’analyse, il y a même des lecteurs dans une dizaine de pays. (J’en profite pour saluer et transmettre mes amitiés à Don, USA.). Je me dis que pendant cette crise sanitaire majeure, si ça va bien pour vous, peut-être vous sera-t-il loisible de parler de ce que vous avez vu à la télé, sur un DVD, peu importe.

Vous avez vu un film, il vous a plu,  parlez-nous en. 

Si le cœur vous en dit, vous postez votre commentaire sur le site, vous pouvez aussi l’envoyer à georges.joniaux45@orange.fr Le cinéma selon chacun en somme !

Pour commencer  cette série… vous trouverez ci après « le Ciné de Marie ». Nous vous en souhaitons bonne lecture. Prenez soin de vous, au plaisir de vous lire !   Amicalement

Vivarium de Lorcan Finnegan

Vivarium : Affiche

Film irlandais (11 mars 2020 1h38mn) de Lorcan Finnegan avec Imogen Poots, Jesse Eisenberg, Jonathan Aris, Senan Jenning

Avertissement à l’attention des optimistes : SPOILER

Pour une fois, spoiler
après tout, je l’ai déjà vu, on ne le passera pas en avril et peut-être jamais, alors …

Synopsis : À la recherche de leur 1ère maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement…

vivarium \vi.va.ʁjɔm\ nom commun masculin, du latin vivarium, nom commun neutre (« vivier »)
Endroit où l’on garde et élève des petits animaux vivants en tentant de reconstituer leur biotope
(le premier vivarium public ou maison pour reptiles a été créé en 1849 au Zoo de Londres)
Un vivarium c’est donc un leurre, ils se croient à la maison mais en fait de home, sweet home, les petites bestioles sont piégées et, ils pourront longtemps chercher : il n’y a pas d’échappatoire !

Gemma et Tom, la trentaine, un gentil petit couple hétéro de la classe moyenne ont le mode de vie de leurs pairs en société de consommation et les idéaux qui vont avec, ceux qui leur ont été vendus avec les injonctions sociales dont ils ont été abreuvés.
Avoir un travail, une âme sœur : faits
Être propriétaires, avoir des enfants, un chien : en cours.
Dire tout de suite que Imogen Poots et Jesse Eisenberg, sont parfaits ! Imogen Poots n’est pas Cramée, Jesse Eisenberg guère plus cramé qu’elle mais lui on le connaît depuis The social Network et surtout Café Society.
Ils ont la taille qu’il faut pour se perdre dans les méandres du scénario de Vivarium, nous entraînant avec Gemma et Tom dans le labyrinthe du lotissement où toutes les maisons sont rigoureusement identiques, identiques jusqu’au vertige, jusqu’à la folie et où, par inadvertance, ils ont mis les pieds pour y vivre une petite vie, une vie trop petite où les jours, les semaines, les mois, les années vont se répéter, toujours pareils, sans fin. Livrés à eux-mêmes, seuls dans ce microcosme bien loin de leurs rêves, le jeune couple, confiné dans le décor, va se débattre et apprendre à ses dépens que le paysage se prolonge loin, loin là-bas, très loin, jusqu’à l’horizon, en fait et qu’il n’y a pas de voie de sortie.
Leur avenir est bouclé et dans ce « clé en mains » figure même l’enfant, bien emballé comme venu d’ailleurs et qu’ils ne reconnaissent pas pour le leur, bel et bien livré pourtant dans cette maison de ce lotissement-ci, chez eux donc. Modernité oblige, le travail est mâché, la nourriture livrée à domicile, comme par magie : il faut juste élever cette chose et s’ils s’acquittent avec succès de cette mission alors ils seront libres. Libres ? C’est quoi, déjà ?
Dans ce lotissement étrange où toutes les maisons sont peintes en vert serpent, où le ciel est toujours bleu, où même les nuages sont sans surprise, toujours de la même forme et exactement au même endroit, l’inquiétude est palpable, notre curiosité attisée, en alerte des révélations dispensées au goutte à goutte.
Drame conjugal version thriller surnaturel, Vivarium ne ressemble à rien d’autre, Vivarium est étonnant dans sa forme et pose une question bien embarrassante : être comme tout le monde, se retrouver tous les jours, à la même place, face à l’autre, chercher quelque chose à se dire, se nourrir de ce qui nous a été réservé, ne plus rien choisir et si c’était cela le vrai enfer ?
Vivarium égratigne la société de consommation et les chimères de perfection auxquelles elle veut faire croire.

« C’est un conte à la fois surréaliste et tordu, à la fois sombre, ironiquement drôle, triste et effrayant » déclare le réalisateur Lorcan Finnegan.

Un conte grinçant, glaçant.
Tout ça finira mal.

Marie-No

VIVA IL CINEMA 2020 à Tours!

Tours prend des airs italiens pour son 7ème et très attendu festival Viva il Cinéma.  Nous ne coupons pas le mercredi soir aux discours de bienvenue. Ils sont chaleureux, les intervenants furent brefs,  l’une des personnalités affirmait que son discours serait aussi restreint que les subventions…

Bénévoles, Louis D’orasio le Directeur artisitique et le Président du Festival

Parmi  ces personnalités, le Directeur Artistique Louis d’Orazio, a exprimé son regret devant l’absence  des réalisateurs et réalisatrices et acteurs italiens, en quarantaine pour cause de coronavirus. 

L’une d’elles, Laura Chiosonne  lui écrivait :  « à  vouloir protéger la vie contre la mort, on finit par protéger la mort contre la vie ». La culture est l’art,  c’est en effet la vie, le cinéma en est l’une de ses plus belles expressions. 

Suit le premier film, un film de bienvenue, léger, une comédie Bentornato présidente.  Peppino (de son prénom) fut président du conseil sur un malentendu. Et il a vite compris que ce n’était pas sa place. Il se retire à la montagne avec sa jolie femme, et Guevara, sa gentille enfant. Mais sa femme qui s’ennuie est appelée au Quirinal, elle le quitte. Peppino est prêt à tout pour la reconquerir, il devient « l’homme de paille » des populistes au pouvoir, et c’est sans compter sur sa roublardise…bon ! vous savez tout. 

On ne peut pas dire que ce film brille par la finesse de son message. C’est distrayant. 

« Il campione » un film de Leonardo d’Agostini. Je commence à l’envers en vous disant que le jeune acteur Andrea Carpenzano, qui interpète un jeune et richissime prodige du foot est absolument parfait dans son rôle. Il y a beaucoup de films sur le sport et l’argent. Celui-ci est très bien pourquoi ?  Parce qu’on  fait intervenir d’autres choses.  La question de l’enfance, des d’apprentissages. Ce jeune prodige du foot se distingue aussi par des comportements caractériels. On organise un casting de prof. ( le remarquable Stéfano Accorsi)   Avec cette rencontre,  la donne va changer. C’est  vif, touchant, prenant et surprenant. J’en arrive à me demander pourquoi j’ai toujours détesté le foot ! 

Note  4/5

« Bangla » Voici un film de Phaïm Bhuiyan interprété par Phaïm Bhuiyan, un jeune homme 50% Italien, 50% Bangali, mais 100 % Torpignattara (quartier pauvre de Rome). Il est amoureux d’une jeune romaine, et là… Il faut faire un choix. Avec un dilemme pareil que tous les amateurs de cinéma connaissent, peut-on encore faire un film. Oui car Phaïm déguingandé  a du punch,  de l’humour, de l’autodérision, il est imaginatif et tellement drôle. C’est un personnage fabuleux qu’on reverra… Louis d’Orazio nous dit qu’il est incontrôlable, qu’il est trop occupé à faire tout ce qui lui passe par la tête pour faire la promotion de son film !  Je ne dirai qu’une chose, il nous faut Bangla. D’autant que Jean Claude Mirabella que nous avons rencontré durant le Festival, connaît le sujet, les lieux…
Alors pourquoi s’en priver ?

Note  : 5/5

« Effetto Domino » un film de Alessandro Rosseto. Un projet immobilier de luxe pour vieux à qui on  fait croire qu’ils sont immortels qu’ils le seront d’autant qu’on va réaliser le Paradis sur terre. Des hommes d’affaires, entrepreneurs,  banque, un zest de corruption et de jeu d’influence et comme le titre du film l’indique,  tout ce bon monde va méthodiquement, à la queue leu leu,  se rentrer dedans. On peut dérouler le film en phases,  qui vont du champagne à la ruine…C’est ce qu’a fait le réalisateur. Mais franchement est-ce que vous ne finiriez pas par vous ennuyer, même si on place des suicides au milieu ? 

Note 2/5

Sembra Mio Figlio (on dirait mon fils) Un film de Costanza Quatriglio  là il faut reprendre le synopsis, « Ismail et son frère Hassan ont fuit  les persécutions talibans lorsqu’ils étaient enfants. Aujourd’hui en Italie, Ismail n’a pas oublié sa mère … il entrevoit l’espoir de la retrouver ». Ce film tient du documentaire, mais  fait ce qu’aucun documentaire ne peut faire, montrer l’inquiètude, l’angoisse,  la peur, les personnages sont pris comme dans un syphon. Pas encourageant ce commentaire ? Ajoutons que ce cinéma nous apprend  ce qu’est le Pakistan et ce qu’est  l’exil d’un réfugié. 

Note 4/5

« Selfie »  est quelque chose entre fiction et documentaire de Agostino Ferrente : Ce film a obtenu le prix des jeunes et le Prix du Jury du Festival de Tours (SVP). Rien que le nom du film est dissuasif, imaginez-vous l’angle de prise de vue d’un selfie et  presque tout un film comme ça !  En plus les quartiers les plus pauvres  de Naples. Passons sur nos préjugés esthétiques et sociaux, trafic de drogue, violence gratuite, sous culture, camorra etc… et regardons, ces jeunes garçons avec leurs joies et leurs peines, avec leur amitié et leurs occupations. Ecoutons les jeunes filles qui font des « projets » d’avenir. A-t-on besoin d’inventer des histoires glauques et de rapports de force pour parler des quartiers pauvres ?  Voici un film comme une leçon d’amitié et d’humanité.

Note 5/5

Tutto il mio folle amore (mon amour fou)  Gabriele Salvatores  l’adolescent qu’on nous montre a des troubles dont certains s’apparentent à des formes d’autisme. (D’ailleurs, la cheffe de Service de Pédo-psychiatrie de Tours a animé le débat). Mais il faut sortir du jugement clinique, c’est un film sur la tendresse et l’altérité. Ce jeune a une mère épatante,  un père d’adoption qui aime ce jeune comme son propre fils, et un père inconnu qui impromtu apparaît dans sa vie,  et dans leurs folles aventures tous ces personnages sont remarquables  de tolérance mutuelle.  Ce film interroge aussi d’une manière serrée et joyeuse  la question de la paternité. Peut-on faire un bon film avec de bons sentiments ? Oui.

Note 3,5/5

Genitori quasi perfetti (des parents presque parfaits) Laura Chiossonne une mère  seule invite des enfants et leurs parents pour l’anniversaire de son fils unique. Et ce temps est l’occasion de nous montrer une galerie de portraits. C’est drôle, mais  sans surprise. 

Note 2,5/5

Nome di Donna (nom de femme) Marco Tullio Giordana Voici un film Mee too, le harcèlement d’un Directeur d’une Maison de Retraite contre une employée de service, mis a jour par une femme qui rompt la loi du silence. Un film sans surprise.

Note 3/5

Ride (elle rit) Valerio Mastrandea  avec Chiara Martegiani. Nous connaissons très bien ce réalisateur qui est un acteur formidable (Euforia, une famille italienne) . Mais ici , il est réalisateur. Une jeune femme vient de perdre son mari  et elle n’arrive pas à éprouver de chagrin. C’est un film déconcertant, car qui exige beaucoup du spectateur, il est composé comme un puzzle auquel il manquerait des pièces. Et le spectateur doit imaginer quelles sont ces pièces. Qui étaient le défunt, cette veuve, le père et le frère du défunt…De quoi est-il mort ? Ensuite il y a les condoléances, une galerie de portraits de gens peinés, mais de quoi le sont-ils ? Ensuite il y a l’actrice (qui est la femme du réalisateur), elle le fascine et le mot n’est pas trop fort !

Note 4/5

Et le meilleur pour la fin  Nevia un film de Nunzia de Stefano. Ça se passe à Naples. Une jeune fille de 18 ans (Virginia Apicella)  vit  avec sa petite sœur  chez sa grand-mère, dans un parc de containers. On ne peut pas dire que le monde des adultes est très structurant pour cette jeune fille, ni sa vie dépourvue d’adversité. Ce qui nous est montré, c’est une tension vers un but. Etre soi parmi les autres.  Il y a des accents felliniens dans ce film et on pense à Giulietta Masina.  Ce film il faut le voir absolument. Il est simple, comme souvent les plus belles choses et il donne de la joie !

Note 5/5

Nous passerons sur quelques autres splendeurs, moins actuelles. Merci à cette splendide équipe de bénévoles pour ce superbe travail et notre reconnaissance à Louis d’Orazio et de Jean A.Gili éminents spécialistes du cinéma Italien… et à ce propos nous avons aussi eu le plaisir de rencontrer Jean-Claude Mirabella, il nous dit, (je cite à peu près) on pourrait faire le même parallèle entre le cinéma Français et le cinéma Italien que celui qui est fait dans la littérature. Le cinéma français s’interroge sur « comment aimer », l’italien nous dit comment gouverner, c’est à dire « comment vivre ensemble ».

Georges